{"id":10606,"date":"2021-08-22T07:32:22","date_gmt":"2021-08-22T05:32:22","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/un-processus-sans-sujet-2\/"},"modified":"2021-09-19T15:38:53","modified_gmt":"2021-09-19T13:38:53","slug":"un-processus-sans-sujet","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/un-processus-sans-sujet\/","title":{"rendered":"Un processus sans sujet"},"content":{"rendered":"\n<p>Pour introduire mes r\u00e9flexions plus personnelles sur la question du clivage j\u2019aimerais commencer par rappeler quelques unes des propositions essentielles de Freud sur la question et ainsi mesurer le legs freudien. L\u2019article majeur de Freud est celui qu\u2019il consacre en 1937 au \u00ab&nbsp;<em>Clivage du Moi dans le processus de d\u00e9fense<\/em>&nbsp;\u00bb. Dans cet article Freud examine les r\u00e9actions psychiques de certains gar\u00e7ons lors de la d\u00e9couverte dans l\u2019enfance de la diff\u00e9rence des sexes, d\u00e9couverte qui passe principalement par la vision du sexe f\u00e9minin. Pour ces gar\u00e7ons, remarque Freud, la situation est traumatique dans la mesure o\u00f9 elle menace une partie de leur \u00e9conomie psychique en lien avec une menace de castration pesant sur l\u2019activit\u00e9 auto-\u00e9rotique. Dans un premier temps, l\u2019enfant fait fi de cette menace, g\u00e9n\u00e9ralement prof\u00e9r\u00e9e par un adulte mais on peut penser qu\u2019elle est pr\u00e9sente m\u00eame sans \u00eatre formul\u00e9e, &#8211; \u00ab&nbsp;le narcissisme secondaire affirme Freud est repris \u00e0 l\u2019objet&nbsp;\u00bb et donc toujours susceptible d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;repris par l\u2019objet&nbsp;\u00bb -, jusqu\u2019\u00e0 ce que la d\u00e9couverte de l\u2019absence de p\u00e9nis chez une femme &#8211; sa m\u00e8re &#8211; ou une petite fille &#8211; sa s\u0153ur ou un \u00e9quivalent &#8211; donne corps \u00e0 la menace et \u00e0 la possibilit\u00e9 de ne pas avoir de p\u00e9nis. D\u00e8s lors le gar\u00e7on &#8211; certains gar\u00e7ons &#8211; se trouve plac\u00e9 devant une alternative en impasse, une double contrainte paradoxale&nbsp;: s\u2019il veut pr\u00e9server son activit\u00e9 auto- \u00e9rotique il doit contredire la menace de punition et donc sa \u00ab&nbsp;d\u00e9couverte&nbsp;\u00bb du sexe f\u00e9minin sans p\u00e9nis, mais s\u2019il contredit cette menace il devra renoncer \u00e0 int\u00e9grer un pan fondamental de la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il vient de d\u00e9couvrir et qui fait de lui un gar\u00e7on \u2013 alors diff\u00e9renci\u00e9 de la fille. L\u2019alternative porte sur la r\u00e9gulation narcissique et l\u2019identit\u00e9, et elle ne comporte pas d\u2019issue, l\u2019enfant ne peut ni renoncer \u00e0 une activit\u00e9 auto-\u00e9rotique qui \u00e9taye sa r\u00e9gulation narcissique, ni renoncer \u00e0 int\u00e9grer une \u00ab&nbsp;d\u00e9couverte&nbsp;\u00bb qui forme l\u2019assise de son identit\u00e9 de gar\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud fait alors l\u2019hypoth\u00e8se que face \u00e0 cette alternative paradoxale dans laquelle on ne peut renoncer \u00e0 rien sans dommages fondamentaux, l\u2019enfant se \u00ab&nbsp;d\u00e9chire&nbsp;\u00bb, ou plut\u00f4t il d\u00e9chire son Moi, sa subjectivit\u00e9, en deux partie&nbsp;; dans l\u2019une, il continue de se comporter en secret comme s\u2019il n\u2019avait rien d\u00e9couvert et peut ainsi maintenir tranquillement son activit\u00e9 auto- \u00e9rotique, dans l\u2019autre il donne une place officielle \u00e0 l\u2019id\u00e9e de f\u00e9minin sans p\u00e9nis, de f\u00e9minin ch\u00e2tr\u00e9. L\u2019enfant se coupe pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;coup\u00e9&nbsp;\u00bb, d\u2019encourir la menace de castration, face \u00e0 l\u2019alternative impossible, il se clive. Cependant Freud raffine son hypoth\u00e8se de deux mani\u00e8res car la d\u00e9chirure cause un dommage qu\u2019il faut pouvoir r\u00e9parer. En appui sur la derni\u00e8re perception visuelle pr\u00e9c\u00e9dant la d\u00e9couverte catastrophique, &#8211; par exemple une chaussure, une botte, un porte-jarretelles, une dentelle de sous v\u00eatement, etc. &#8211; il suture, ou tente de suturer la d\u00e9chirure en \u00e9rigeant un f\u00e9tiche issu de la derni\u00e8re perception pr\u00e9c\u00e9dant la \u00ab&nbsp;catastrophe de la d\u00e9couverte du sexe f\u00e9minin. C\u2019est la \u00ab&nbsp;solution perverse&nbsp;\u00bb la solution \u00e0 l\u2019origine du f\u00e9tichisme ou de la composante f\u00e9tichique de la sexualit\u00e9 masculine qui se r\u00e9v\u00e8lera au moment de l\u2019apr\u00e8s-coup de l\u2019adolescence. Mais, souligne-t-il ultimement, une trace perceptive r\u00e9siduelle marque quand m\u00eame la \u00ab&nbsp;victoire&nbsp;\u00bb de la perception de la r\u00e9alit\u00e9, et c\u2019est du c\u00f4t\u00e9 non plus du corps vu ou parl\u00e9 qu\u2019il la trouve mais du corps \u00ab&nbsp;senti&nbsp;\u00bb, du c\u00f4t\u00e9 donc d\u2019une sensation de \u00ab&nbsp;chatouillis&nbsp;\u00bb qui affecte le pied du sujet. Nous reviendrons plus loin sur la question du corps senti.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut constater que l\u2019hypoth\u00e8se de Freud est compos\u00e9e d\u2019un ensemble de propositions finement articul\u00e9es entre elles, mais ce n\u2019est pourtant pas son dernier mot concernant le clivage. Dans <em>L\u2019abr\u00e9g\u00e9<\/em> il revient en effet sur celui-ci, principalement pour en \u00e9largir la port\u00e9e en particulier aux processus de d\u00e9fense de la psychose. Mais \u00e0 cette occasion il ajoute une remarque sur laquelle on n\u2019a pas assez mis l\u2019accent \u00e0 mon avis. Quand, dit-il, le sujet en proie \u00e0 un \u00e9tat psychotique d\u00e9lirant commence \u00e0 pouvoir sortir de celui-ci, il d\u00e9crit une partie de lui rest\u00e9e \u00ab&nbsp;saine&nbsp;\u00bb pendant tout l\u2019acc\u00e8s psychotique et qui observait comme \u00ab&nbsp;du dehors&nbsp;\u00bb ce qui se d\u00e9roulait dans la psych\u00e9&nbsp;: le sujet s\u2019\u00e9tait donc retir\u00e9 de la sc\u00e8ne du d\u00e9lire et pouvait revenir se manifester lorsque celui-ci cessait (ou alors, autre possibilit\u00e9, son retour permettait au d\u00e9lire de cesser). Cette remarque \u00e9voque celle \u00e0 propos de la \u00ab&nbsp;folie de la surveillance&nbsp;\u00bb en 1932 dans laquelle il \u00e9voque cette partie du moi d\u00e9tach\u00e9e du moi et qui surveille de l\u2019int\u00e9rieur les processus de celui-ci&nbsp;; on \u00e9voquera bien s\u00fbr aussi, au del\u00e0 de Freud, l\u2019automatisme mental de De Cl\u00e9rambault. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que Freud introduit une remarque concernant la pr\u00e9sence d\u2019une partie \u00ab&nbsp;spectatrice&nbsp;\u00bb du fonctionnement psychique donc retir\u00e9e de la sc\u00e8ne mais se tenant n\u00e9anmoins \u00e0 sa p\u00e9riph\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les <em>\u00c9tudes sur l\u2019Hyst\u00e9rie<\/em> il avait not\u00e9 &#8211; mais il s\u2019agissait d\u00e9j\u00e0 d\u2019un fonctionnement quasi d\u00e9lirant du sujet &#8211; la pr\u00e9sence pendant les crises d\u2019hyst\u00e9rie de ce qu\u2019il avait alors nomm\u00e9 un \u00ab&nbsp;spectateur indiff\u00e9rent&nbsp;\u00bb. C\u2019est la m\u00eame \u00ab&nbsp;indiff\u00e9rence affective&nbsp;\u00bb qu\u2019il a aussi rep\u00e9r\u00e9 dans le r\u00eave de nudit\u00e9. \u00c0 sa suite Joyce McDougall a pu noter dans les <em>sc\u00e9narii<\/em> pervers la pr\u00e9sence d\u2019un \u00ab&nbsp;spectateur anonyme&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se que je me propose de d\u00e9velopper \u00e0 partir des remarques est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une auto- repr\u00e9sentation des processus psychiques, le sujet s\u2019auto-repr\u00e9sente et il auto-repr\u00e9sente qu\u2019il s\u2019est retir\u00e9 de la sc\u00e8ne. Au clivage <em>du<\/em> Moi, dans lequel le sujet est d\u00e9chir\u00e9 par l\u2019alternative paradoxale \u00e0 laquelle il est contraint, il faut donc ajouter un second processus, que j\u2019ai propos\u00e9 de nommer le clivage <em>au<\/em> Moi &#8211; mais il s\u2019agit d\u2019un sens particulier du clivage du Moi, l\u2019exp\u00e9rience est cliv\u00e9e du Moi -, dans lequel le sujet se coupe de son exp\u00e9rience subjective en se retirant de celle-ci. Le sujet se retire pour ne pas se d\u00e9chirer, il se retire pour survivre, il ne pourra revenir sur sc\u00e8ne, se retrouver comme acteur et sujet que lorsqu\u2019il aura trouv\u00e9 une solution pour suturer la menace de br\u00e8che que l\u2019exp\u00e9rience catastrophique lui a fait encourir. Clivage <em>du<\/em> Moi et clivage <em>au<\/em> Moi sont donc \u00e9troitement articul\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De catastrophe en d\u00e9ception narcissique primaire<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour creuser plus avant la question du retrait de la subjectivit\u00e9, je propose de partir de la question de la pr\u00e9histoire de l\u2019exp\u00e9rience catastrophique. Si l\u2019exp\u00e9rience de la vision du sexe f\u00e9minin est catastrophique pour certains gar\u00e7ons, mais certains gar\u00e7ons seulement, la question se pose de savoir ce qui produit cette diff\u00e9rence. On peut peut-\u00eatre all\u00e9guer des conjonctures g\u00e9n\u00e9tiques, ce ne peut \u00eatre <em>a priori<\/em> exclu mais c\u2019est l\u00e0 sortir du strict champ de la m\u00e9tapsychologie et est donc ind\u00e9cidable pour la psychanalyse. Et cela n\u2019emp\u00eache de toute fa\u00e7on pas d\u2019ouvrir la question de circonstances ant\u00e9rieures intervenant dans le contexte traumatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud commence \u00e0 souligner la question de l\u2019impact de l\u2019angoisse de castration dans la gen\u00e8se du f\u00e9tiche d\u00e8s l\u2019article de 1927 sur le f\u00e9tichisme et \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il explore l\u2019impact de l\u2019angoisse de castration dans diff\u00e9rents textes comme, en particulier celui qu\u2019il consacre \u00e0 l\u2019effroi face \u00e0 \u00ab&nbsp;la t\u00eate de m\u00e9duse&nbsp;\u00bb (1922). On se souvient de l\u2019argument que file Freud dans ce texte. L\u2019effroi caus\u00e9 par la t\u00eate de m\u00e9duse doit \u00eatre mis en lien avec l\u2019angoisse de castration, la multiplication des serpents qui couvrent la t\u00eate de la m\u00e9duse repr\u00e9sente, tels des f\u00e9tiches, autant de d\u00e9nis de la castration f\u00e9minine. L\u2019hypoth\u00e8se est celle d\u2019un d\u00e9placement du bas vers le haut, du sexe f\u00e9minin vers le visage f\u00e9minin. En appui de sa d\u00e9monstration appara\u00eet une figure, celle de la t\u00eate de M\u00e9duse peinte par le Caravage. Mais on ne peut qu\u2019\u00eatre frapp\u00e9 par l\u2019\u00e9trange grimace peinte par l\u2019artiste, \u00e9trange grimace qui \u00e9voque un affect de terreur ou d\u2019effroi. Le visage montre l\u2019affect du sujet qui l\u2019observe, c\u2019est un visage effrayant\/effray\u00e9, un visage-miroir de l\u2019affect de celui qui l\u2019observe. Simple co\u00efncidence peut-\u00eatre. Mais dans l\u2019article qu\u2019il consacre en 1927 au f\u00e9tichisme et dans lequel il se penche en particulier sur une forme de f\u00e9tichisme singuli\u00e8re &#8211; sans doute tir\u00e9e de la cure de <em>L\u2019homme aux loups<\/em> &#8211; le f\u00e9tiche se situe aussi sur le visage, sur un \u00ab&nbsp;brillant du visage&nbsp;\u00bb. Ce f\u00e9tiche est singulier, et il est singulier qu\u2019il soit pris comme exemple majeur du f\u00e9tichisme car il est totalement atypique et ceci \u00e0 plusieurs titres. Tout d\u2019abord pas de bottes, de porte-jarretelles, de frou-frou ou de falbalas d\u2019aucune sorte. Il appara\u00eet ensuite dans un tableau clinique qui n\u2019est pas principalement marqu\u00e9 du sceau de la perversion, il \u00ab&nbsp;joue&nbsp;\u00bb sur les mots et les effets de traduction de l\u2019Allemand \u00e0 l\u2019Anglais &#8211; du <em>glance at the nose<\/em> (coup d\u2019\u0153il sur le nez) de l\u2019anglais au <em>glanz<\/em> allemand (brillant du nez) -. Effets de traductions qui contiennent une inversion potentielle du sujet&nbsp;: est-ce le nez qui \u00ab&nbsp;brille&nbsp;\u00bb, ou le regard port\u00e9 sur lui qui fait briller le nez, voire, pourquoi pas, la rencontre des deux, ind\u00e9cision du sujet de la \u00ab&nbsp;brillance&nbsp;\u00bb&nbsp;? Enfin c\u2019est un f\u00e9tiche \u00ab&nbsp;d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9&nbsp;\u00bb ce qui <em>a priori<\/em> peut para\u00eetre surprenant dans la mesure o\u00f9 tout porte \u00e0 penser que le f\u00e9tiche agit par sa mat\u00e9rialisation perceptive, que celle-ci est n\u00e9cessaire pour absorber l\u2019hallucination du p\u00e9nis manquant. De nouveau, c\u2019est sur ou autour du visage qu\u2019il se manifeste, et de nouveau le jeu des traductions produit une forme d\u2019effet \u00ab&nbsp;miroir&nbsp;\u00bb entre le visage de l\u2019objet et le regard du sujet. En outre, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 vrai de la t\u00eate de M\u00e9duse, le d\u00e9placement du bas vers le haut interroge dans la mesure o\u00f9 l\u2019hypoth\u00e8se du d\u00e9placement perceptif anti-traumatique repose sur celle d\u2019un arr\u00eat sur image de la derni\u00e8re perception pr\u00e9c\u00e9dent la vision traumatique. C\u2019est plausible concernant tout ce qui entoure directement le sexe f\u00e9minin, les porte-jarretelles, les bottes, les petites culottes, etc., c\u2019est plus difficile \u00e0 suivre quand le sexe et le visage sont ainsi superpos\u00e9s par d\u00e9placement.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr face \u00e0 ces diff\u00e9rentes difficult\u00e9s, on ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de type \u00ab&nbsp;structuraliste&nbsp;\u00bb qui a pr\u00e9value \u00e0 un certain moment de l\u2019histoire de la psychanalyse&nbsp;: l\u2019angoisse de castration est un \u00ab&nbsp;organisateur structural&nbsp;\u00bb et il plie les donn\u00e9es perceptives au besoin de sa fonction organisatrice et r\u00e9organisatrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est peut \u00eatre pas inutile d\u2019explorer une perspective diff\u00e9rente et peut-\u00eatre compl\u00e9mentaire si nous conservons en m\u00e9moire notre question de d\u00e9part&nbsp;: pourquoi certains gar\u00e7ons et certains gar\u00e7ons seulement, pourquoi par exemple \u00ab&nbsp;<em>L\u2019homme aux loups<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;? Freud indique que l\u2019auto-\u00e9rotisme chez son patient avait re\u00e7u des renforcements consid\u00e9rables en lien avec un climat de s\u00e9duction sexuelle. Poursuivant l\u2019enqu\u00eate, N. Abraham et M.Torok, dans <em>Le verbier de l\u2019homme aux loups<\/em>, avancent des arguments essentiels dans le m\u00eame sens, ils s\u2019appuient sur une analyse minutieuse de l\u2019histoire du patient pour faire l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019organisation d\u2019une crypte chez celui-ci, le lien de la crypte au clivage m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre plus explor\u00e9 du coup.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais proposer une hypoth\u00e8se compl\u00e9mentaire en partant de la remarque avanc\u00e9e plus haut qu\u2019il y a des effets-miroirs aussi bien dans <em>La t\u00eate de M\u00e9duse<\/em> que dans le cas analys\u00e9 dans l\u2019article sur le f\u00e9tichisme. Mon hypoth\u00e8se serait la suivante&nbsp;: il s\u2019est produit un point de fragilit\u00e9 narcissique ant\u00e9rieur \u00e0 la d\u00e9couverte du sexe f\u00e9minin, point de fragilit\u00e9 narcissique li\u00e9 \u00e0 un \u00e9chec ou une torsion, plus ou moins \u00e9tendu de la \u00ab&nbsp;fonction miroir du visage maternel&nbsp;\u00bb d\u00e9crite par D.W. Winnicott.<\/p>\n\n\n\n<p>La fonction miroir du visage de la m\u00e8re &#8211; mais sans doute plus g\u00e9n\u00e9ralement des r\u00e9ponses premi\u00e8res de l\u2019environnement maternant &#8211; est l\u2019une des exp\u00e9riences majeures de la r\u00e9gulation narcissique premi\u00e8re. Entre l\u2019<em>infans<\/em> et lui-m\u00eame, il y a le reflet que l\u2019environnement lui restitue de lui, de ses affects et de ses processus internes. L\u2019enfant se d\u00e9couvre et s\u2019identifie \u00e0 partir de ces reflets et \u00e9chos. On doit m\u00eame faire l\u2019hypoth\u00e8se, tout son appareillage premier le laisse pressentir, que d\u00e8s la naissance, le b\u00e9b\u00e9 \u00ab&nbsp;attend&nbsp;\u00bb un tel type de r\u00e9ponse, qu\u2019il na\u00eet avec la pr\u00e9conception d\u2019un environnement miroir de lui-m\u00eame, ce que le concept de narcissisme infantile tente d\u2019ailleurs tr\u00e8s bien de cerner. Quand la \u00ab&nbsp;fonction miroir&nbsp;\u00bb est insuffisante ou quand elle subit des torsions trop importantes &#8211; l\u2019environnement interpr\u00e8te les \u00e9tats affectifs et les processus des b\u00e9b\u00e9s en fonction de ses caract\u00e9ristiques propres et de sa propre capacit\u00e9 \u00e0 entrer en contact avec ses propres \u00e9tats internes &#8211; le b\u00e9b\u00e9 vit une d\u00e9ception narcissique primaire qu\u2019il endure sans pouvoir identifier pr\u00e9cis\u00e9ment la source de son mal-\u00eatre. Cela provoque une forme de traumatisme primaire et mobilise des d\u00e9fenses contre l\u2019impact de cette situation traumatique et en particulier des d\u00e9fenses qui amputent le d\u00e9veloppement de sa subjectivation, des d\u00e9fenses par \u00ab&nbsp;retrait de sa subjectivit\u00e9&nbsp;\u00bb hors des exp\u00e9riences traumatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette perspective, le trauma affecte la mise en place du \u00ab&nbsp;f\u00e9minin primaire&nbsp;\u00bb, de la toute premi\u00e8re rencontre avec la question du f\u00e9minin, la question de la nature de la r\u00e9ceptivit\u00e9 de l\u2019environnement maternant. Mais elle l\u2019affecte de telle mani\u00e8re que le sujet, s\u2019il en garde des traces, n\u2019est pas en mesure de s\u2019en faire une repr\u00e9sentation utilisable, une repr\u00e9sentation symbolisable. La d\u00e9couverte post\u00e9rieure et donc secondaire des signes corporels du f\u00e9minin va donner l\u2019occasion au petit enfant de \u00ab&nbsp;figurer&nbsp;\u00bb au dehors la blessure premi\u00e8re li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9ception narcissique primaire. La \u00ab&nbsp;sexualisation&nbsp;\u00bb de la blessure rend possible une suture partielle du trauma, elle permet au sujet de \u00ab&nbsp;revenir sur sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb, sur la sc\u00e8ne dont il avait d\u00fb se retirer. Aller plus loin impose la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre en compte des travaux post-freudiens sur le clivage et la premi\u00e8re enfance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Apr\u00e8s et au del\u00e0 de Freud<\/h2>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orisation du clivage que Freud nous propose est en large conformit\u00e9 avec sa r\u00e9f\u00e9rence centrale \u00ab&nbsp;au vu et \u00e0 l\u2019entendu&nbsp;\u00bb, r\u00e9f\u00e9rence que ne cesse d\u2019\u00e9grener ses divers textes. Nous devons \u00e0 S. Ferenczi d\u2019avoir assez t\u00f4t propos\u00e9 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il pouvait y avoir des clivages de diff\u00e9rents niveaux et donc peut-\u00eatre des formes de retrait de l\u2019investissement du sujet, des formes de son degr\u00e9 de pr\u00e9sence \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e0 ses exp\u00e9riences subjectives (Erlebnis). Il souligne en particulier qu\u2019il peut y avoir des formes de clivages \u00ab&nbsp;profonds&nbsp;\u00bb qui affectent la possibilit\u00e9 m\u00eame de se sentir. Il ne s\u2019agit donc plus simplement de ne pas voir ou de ne pas (se) voir, mais il s\u2019agit de ne plus sentir ce qu\u2019on sent, de ne plus (se) sentir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Freud, dans la majeure partie de son \u0153uvre, la symbolisation et l\u2019activit\u00e9 repr\u00e9sentative sont r\u00e9duite \u00e0 l\u2019op\u00e9ration qui fait passer de la repr\u00e9sentation de chose (visuelle) \u00e0 la repr\u00e9sentation linguistique ou repr\u00e9sentation de mot. M\u00eame s\u2019il entrevoit un processus qui fait passer de la trace premi\u00e8re (la trace mn\u00e9sique perceptive, la \u00ab&nbsp;mati\u00e8re premi\u00e8re psychique&nbsp;\u00bb, le repr\u00e9sentant psychique de la pulsion, la motion pulsionnelle, le \u00c7a, etc.) \u00e0 la repr\u00e9sentation de chose, il r\u00e9duit ce processus \u00e0 une forme de \u00ab&nbsp;domptage&nbsp;\u00bb \u00e9nerg\u00e9tique, \u00e0 un deuil premier de la recherche de \u00ab&nbsp;l\u2019identit\u00e9 de perception&nbsp;\u00bb hallucinatoire ou quasi hallucinatoire. Ce n\u2019est que lorsqu\u2019il s\u2019avise, dans <em>Construction en analyse<\/em> de la possibilit\u00e9 que perception et hallucination soient simultan\u00e9es, que ce mod\u00e8le commence \u00e0 \u00eatre s\u00e9rieusement battu en br\u00e8che et qu\u2019il entrevoit la possibilit\u00e9 que la perception soit investie de mani\u00e8re hallucinatoire. Il en fait alors un pivot possible du traitement de la psychose.<\/p>\n\n\n\n<p>D.W. Winnicott fondera quant \u00e0 lui l\u2019ensemble de sa th\u00e9orisation sur la simultan\u00e9it\u00e9 d\u2019une hallucination (le cr\u00e9\u00e9) et d\u2019une perception (le trouv\u00e9) pour former le paradoxe des processus cr\u00e9\u00e9s\/trouv\u00e9s. D. Anzieu pour son compte ouvrira toute la question de l\u2019importance du corps senti en introduisant le concept de \u00ab&nbsp;Moi-peau&nbsp;\u00bb puis la probl\u00e9matique des diverses \u00ab&nbsp;enveloppes psychiques&nbsp;\u00bb. De tels apports modifient en partie notre repr\u00e9sentation de ce que Freud appelait en 1911 \u00ab&nbsp;le cours des \u00e9v\u00e8nements psychiques&nbsp;\u00bb&nbsp;; elle la modifie en introduisant le senti et donc un niveau suppl\u00e9mentaire de complexit\u00e9, au-del\u00e0 du simple passage du vu \u00e0 l\u2019entendu, et par voie de cons\u00e9quence une complexification de la question du clivage. Il me faut donc essayer de pr\u00e9ciser maintenant comment, compte-tenu de ces apports, on peut mod\u00e9liser le \u00ab&nbsp;cours des \u00e9v\u00e8nements psychiques&nbsp;\u00bb et ce qui peut affecter chacune de ses \u00e9tapes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le cours des \u00e9v\u00e8nements psychiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Il nous faut partir de l\u2019impact premier de l\u2019exp\u00e9rience psychique, ce que Freud nomme \u00e0 diverses reprises (1900, 1920, 1923) \u00ab&nbsp;la mati\u00e8re premi\u00e8re psychique&nbsp;\u00bb, mais qu\u2019il nomme \u00e0 d\u2019autres moments selon son angle d\u2019approche comme nous l\u2019avons \u00e9voqu\u00e9 plus haut&nbsp;: trace mn\u00e9sique perceptive, repr\u00e9sentant psychique de la pulsion, \u00c7a, ou motion pulsionnelle. Cette mati\u00e8re premi\u00e8re est <em>complexe<\/em>, elle est multi-perceptive (elle se compose d\u2019impression en provenance des cinq sens) multi-sensorielle (elle mobilise la sensori-motricit\u00e9) et multi-pulsionnelle. Mais elle est aussi en partie <em>inconsciente<\/em>. Elle est en partie, et m\u00eame quand l\u2019exp\u00e9rience n\u2019est pas traumatique, <em>\u00e9nigmatique<\/em> du fait de sa complexit\u00e9 et qu\u2019elle est en partie inconsciente et peut-\u00eatre \u00ab&nbsp;non susceptible de devenir consciente sous sa forme premi\u00e8re&nbsp;\u00bb (Freud, 1923). Mais elle ne peut, non plus, \u00eatre d\u2019embl\u00e9e subjectiv\u00e9e, elle est \u00ab&nbsp;mati\u00e8re psychique&nbsp;\u00bb, \u00c7a, pas encore mati\u00e8re subjective&nbsp;: la trace premi\u00e8re est trace de l\u2019impact du r\u00e9el sur un sujet, elle m\u00eale ce qui vient du dehors, le non moi, et l\u2019impact et la r\u00e9action du sujet, de mani\u00e8re non discrimin\u00e9e puisqu\u2019elle est \u00e0 l\u2019interface des deux, elle est donc \u00ab&nbsp;sans sujet ni objet&nbsp;\u00bb. Hypercomplexe et \u00e9nigmatique la \u00ab&nbsp;mati\u00e8re premi\u00e8re psychique&nbsp;\u00bb n\u2019est pas imm\u00e9diatement saisissable, elle doit \u00eatre m\u00e9diatis\u00e9e et d\u00e9condens\u00e9e pour devenir assimilable et int\u00e9grable.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re urgence de l\u2019appareil psychique est de la <em>dompter<\/em> (Freud), de s\u2019en assurer la mainmise. Ce n\u2019est que dans un second temps, et dans un climat de s\u00e9curit\u00e9 que le sujet pourra se pr\u00e9senter de nouveau l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue pour tenter de la symboliser et l\u2019int\u00e9grer. \u00ab&nbsp;Le temps o\u00f9 \u00e7a se passe n\u2019est pas le temps o\u00f9 \u00e7a se signifie&nbsp;\u00bb aime \u00e0 souligner A. Green.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pour subjectiver l\u2019exp\u00e9rience le sujet \u00e0 besoin de \u00ab&nbsp;la faire passer dans les sens&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;rien n\u2019est dans la pens\u00e9e qui ne fut d\u2019abord dans les sens&nbsp;\u00bb souligne Freud \u00e0 diverses reprises \u00e0 partir de Locke. Et s\u2019il ne m\u00e9conna\u00eet pas l\u2019objection de Leibniz \u2013 \u00ab&nbsp;si ce n\u2019est la pens\u00e9e elle-m\u00eame&nbsp;\u00bb &#8211; Freud affine sa r\u00e9ponse en soulignant que si la pens\u00e9e elle-m\u00eame n\u2019est pas dans les sens par contre sa symbolisation et son appropriation subjective passent, elles, par les sens (Freud 1913, chapitre sur l\u2019animisme). L\u2019exp\u00e9rience va donc devoir \u00eatre m\u00e9diatis\u00e9e et pour cela transf\u00e9r\u00e9e dans des objets \u00ab&nbsp;mat\u00e9rialis\u00e9s&nbsp;\u00bb. C\u2019est l\u00e0 que la fonction miroir de l\u2019environnement premier joue tout son r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res formes de repr\u00e9sentations symboliques produites par cette mani\u00e8re de retracer l\u2019impression dominante de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites en France par D Anzieu et P Aulagnier respectivement sous les noms de \u00ab&nbsp;signifiants formels&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;pictogrammes&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit de processus \u00ab&nbsp;sans sujet&nbsp;\u00bb conform\u00e9ment \u00e0 notre hypoth\u00e8se concernant la mati\u00e8re premi\u00e8re psychique, des processus qui se pr\u00e9sentent sous une forme sensori-motrice&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e7a glisse&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00e7a prend&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00e7a tombe&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00e7a p\u00e9n\u00e8tre&nbsp;\u00bb ou encore \u00ab&nbsp;trou sans fond&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;blessure ouverte&nbsp;\u00bb etc., plus ou moins accompagn\u00e9e des pictogrammes d\u2019appropriation \u00ab&nbsp;prendre en soi&nbsp;\u00bb ou de rejet comme \u00ab&nbsp;cracher&nbsp;\u00bb. Ces premi\u00e8res formes repr\u00e9sentatives vont \u00eatre ensuite d\u00e9ploy\u00e9es et explor\u00e9es pour \u00eatre sc\u00e9naris\u00e9es dans des mises en sc\u00e8nes qui vont proposer ou d\u00e9terminer un sujet et un objet pour configurer des <em>sc\u00e9narii<\/em> susceptibles de raconter une histoire. Par exemple un patient raconte la s\u00e9rie de r\u00eaves suivante&nbsp;: premier r\u00eave \u00ab&nbsp;deux parties se rejoignent&nbsp;\u00bb, second r\u00eave, \u00ab&nbsp;deux planches s\u2019assemblent \u00e7a fait comme une luge, je monte sur la luge et glisse, je l\u2019arr\u00eate et remonte la pente&nbsp;\u00bb. Il commente, \u00ab&nbsp;je vais mieux avant \u00e7a ne s\u2019arr\u00eatait pas&nbsp;\u00bb. Quand le sujet (re)vient sur sc\u00e8ne il peut contr\u00f4ler le signifiant formel \u00ab&nbsp;\u00e7a glisse&nbsp;\u00bb et prendre les commandes du processus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Retour au clivage<\/h2>\n\n\n\n<p>Le clivage op\u00e8re lors de ces premi\u00e8res op\u00e9rations du cours des \u00e9v\u00e8nements psychiques, il affecte la possibilit\u00e9 du sujet \u00e0 venir ou revenir sur la sc\u00e8ne pour en prendre le contr\u00f4le, en devenir le sujet, l\u2019acteur et ainsi \u00e0 sortir de la contrainte de r\u00e9p\u00e9tition \u00ab&nbsp;sans sujet&nbsp;\u00bb. L\u2019impression premi\u00e8re, la mati\u00e8re premi\u00e8re de l\u2019exp\u00e9rience est traumatique, elle produit de l\u2019effroi, de la terreur et une agonie psychique qui marque l\u2019effort du sujet pour tenter de la dompter, de s\u2019en rendre ma\u00eetre mais aussi son \u00e9chec. Face \u00e0 cet \u00e9chec le sujet potentiel se retire pour \u00ab&nbsp;survivre&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;clivage <em>au<\/em> moi&nbsp;\u00bb et il mobilise des d\u00e9fenses contre le retour de l\u2019exp\u00e9rience traumatique &#8211; immobilisation, gel de l\u2019exp\u00e9rience, tentative de neutralisation \u00e9nerg\u00e9tique par des contre-investissements\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant l\u2019op\u00e9ration de retrait subjectif produit une blessure narcissique ouverte v\u00e9cue comme une amputation de l\u2019\u00eatre, une reddition, un an\u00e9antissement, elle est douloureuse. Si le sujet ne peut \u00ab&nbsp;endurer et dompter&nbsp;\u00bb l\u2019exp\u00e9rience traumatique, il peut encore, ultime effort, auto-repr\u00e9senter son processus de retrait. Ce sont les formes de ce retrait qui se retrouvent dans les angoisses extr\u00eames auxquelles la psychose, mais plus g\u00e9n\u00e9ralement les situations traumatiques, nous confrontent, c\u2019est ce retrait qui donne l\u2019impression de mort imminente qui accompagne le traumatisme, de catastrophe identitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet se retire par liqu\u00e9faction, ou par morcellement, par d\u00e9sint\u00e9gration, n\u00e9antisation, etc. Les angoisses auto-repr\u00e9sentent ensuite la proc\u00e9dure de retrait du sujet, la forme \u00e0 laquelle il a d\u00fb recourir ou qui a accompagn\u00e9 le retrait, m\u00e9taphoris\u00e9es la plupart du temps \u00e0 partir du corps, elles t\u00e9moignent du fait que cette op\u00e9ration s\u2019est accompagn\u00e9e de lutte pour rester en sc\u00e8ne et d\u2019un \u00e9chec plus ou moins \u00e9tendu de cette lutte pour rester sujet. Mais la survie n\u2019est pas la vie, m\u00eame si elle permet de continuer \u00e0 vivre. Les exp\u00e9riences non int\u00e9gr\u00e9es du fait du clivage et du retrait subjectif sont soumises \u00e0 la contrainte de r\u00e9p\u00e9tition &#8211; c\u2019est ce que Freud comprend lors de son exil terminal \u00e0 Londres peu avant sa mort -, elles tendent \u00e0 faire retour, \u00e0 \u00eatre r\u00e9activ\u00e9es, en qu\u00eate d\u2019un statut psychique mieux subjectiv\u00e9. Mais ce \u00ab&nbsp;retour du cliv\u00e9&nbsp;\u00bb menace \u00e0 son tour l\u2019\u00e9conomie de survie que le sujet a pu mettre en place et il d\u00e9veloppe des m\u00e9canismes de d\u00e9fense contre le retour du cliv\u00e9 ou organise des formations psychiques palliatives &#8211; qui sont au c\u0153ur des tableaux des souffrances narcissiques-identitaires (R. Roussillon, 1999) &#8211; qui restent tr\u00e8s psychiquement co\u00fbteuses.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce co\u00fbt qui peut conduire les sujets \u00e0 tenter une demande d\u2019aide ou \u00e0 mettre en place des formes d\u2019appels \u00e0 l\u2019aide \u00ab&nbsp;sans sujet&nbsp;\u00bb demandeur, et qui peut rendre possible la rencontre avec un dispositif de soin qui peut tenter d\u2019offrir une alternative aux \u00ab&nbsp;solutions historiques&nbsp;\u00bb mises en place par le sujet.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10606?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour introduire mes r\u00e9flexions plus personnelles sur la question du clivage j\u2019aimerais commencer par rappeler quelques unes des propositions essentielles de Freud sur la question et ainsi mesurer le legs freudien. 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