{"id":10605,"date":"2021-08-22T07:32:22","date_gmt":"2021-08-22T05:32:22","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/lembarras-du-corps-dans-la-construction-identitaire-transgenre-a-ladolescence-corps-et-adolescence-partie-2-2\/"},"modified":"2021-09-22T12:27:07","modified_gmt":"2021-09-22T10:27:07","slug":"lembarras-du-corps-dans-la-construction-identitaire-transgenre-a-ladolescence-corps-et-adolescence-partie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/lembarras-du-corps-dans-la-construction-identitaire-transgenre-a-ladolescence-corps-et-adolescence-partie\/","title":{"rendered":"L&#8217;embarras du corps dans la construction identitaire transgenre \u00e0 l&rsquo;adolescence"},"content":{"rendered":"\n<p>Pour dire les choses d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s simple, l\u2019adolescent nous confronte aux exigences les plus oppos\u00e9es par rapport \u00e0 la g\u00e9nitalit\u00e9, par rapport \u00e0 la sexualit\u00e9, par rapport \u00e0 la diff\u00e9rence homme-femme, par rapport \u00e0 la scolarit\u00e9, aux adultes. A cet univers impitoyable, comment r\u00e9agit-il&nbsp;? Il pourrait dire comme Pr\u00e9vert&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je pense \u00e0 autre chose mais je ne pense qu\u2019\u00e0 \u00e7a<\/em>&nbsp;\u00bb. Raymond Cahn (<em>Autour de l\u2019\u0153uvre de R. Cahn &#8211; Vers un nouvel espace analytique<\/em>, Paris, In Press, 2009)<\/p>\n\n\n\n<p>Changer de sexe&nbsp;? Mais c\u2019est aussi simple que d\u2019apprendre \u00e0 voler&nbsp;: on se jette en avant, et on rate le sol\u2026 Kate Bornstein (cit\u00e9e par P. H. Castel, <em>La m\u00e9tamorphose impensable<\/em>, Paris, Gallimard, 2003).<\/p>\n\n\n\n<p>La transition transsexuelle, envisag\u00e9e ou revendiqu\u00e9e par un adolescent ou une adolescente, confronte le psychanalyste, le psychoth\u00e9rapeute, \u00e0 une \u00e9nigme bouleversante et vertigineuse. Bouleversante car elle exprime une d\u00e9tresse immense et propose comme l\u2019\u00e9crit Castel, \u00ab&nbsp;<em>un court-circuit troublant entre une question de cat\u00e9gorisation et la remise en question radicale du corps pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019atteinte directe de la chair<\/em>&nbsp;\u00bb (Castel, 2003). Bouleversante car on per\u00e7oit jusque parfois dans le malaise contre-transf\u00e9rentiel qui affecte notre propre corps de th\u00e9rapeute, qu\u2019il peut s\u2019agir d\u2019une question de vie ou de mort. Bouleversante \u00e9galement par la d\u00e9tresse et l\u2019incompr\u00e9hension dans laquelle elle plonge le plus souvent les parents. Enfin, \u00e9nigme vertigineuse car, \u00e0 l\u2019instar de celle de la sphinge, elle nous projette dans un champ de questionnement infini, succession d\u2019apories&nbsp;: Qu\u2019est-ce que la nature humaine&nbsp;? Qu\u2019est-ce qui la d\u00e9finit&nbsp;? Quelles sont ses limites&nbsp;? A quelles r\u00e9alit\u00e9s doit-elle se soumettre&nbsp;?\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>De cette rencontre aucune vie psychique, aucun savoir un tant soit peu rationalisant ne peuvent en sortir indemnes. C\u2019est ce qu\u2019exp\u00e9rimentent le psychanalyste ou le psychoth\u00e9rapeute qui rencontrent un adolescent souffrant, selon la nosographique actuelle, de dysphorie de genre. Dans mon exp\u00e9rience clinique, j\u2019ai le plus souvent rencontr\u00e9 des adolescents ou adolescentes en grande d\u00e9tresse, entour\u00e9s de parents eux-m\u00eames en souffrances, dans l\u2019angoisse et l\u2019incompr\u00e9hension, sentiments et affects parfois amplifi\u00e9s par la rencontre d\u2019un corps m\u00e9dical leur semblant accepter comme une \u00e9vidence banale la perspective d\u2019une trans-identit\u00e9, avec ses cons\u00e9quences sur les possibles changements du corps \u00e0 venir (fr\u00e9quemment \u00e9voqu\u00e9s par les parents sous le terme de mutilations). Quel travail psychoth\u00e9rapique et psychanalytique peut-on proposer et mettre en \u0153uvre avec ces adolescents&nbsp;? Des adolescents dans un d\u00e9sir de transition parfois si clairement, voir bruyamment explicit\u00e9, pour qui leur corps est devenu un objet d\u2019embarras voir de d\u00e9testation, alors que nous sommes par ailleurs familiers, dans le travail psychoth\u00e9rapique durant cette p\u00e9riode de d\u00e9veloppement, des possibles flottements et confusions concernant l\u2019identit\u00e9 sexu\u00e9e (identit\u00e9 de genre) et les pr\u00e9f\u00e9rences sexuelles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019identit\u00e9 de genre au fil du temps<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019identit\u00e9 transgenre d\u00e9signe une personne dont l\u2019identit\u00e9 ou l\u2019expression sexuelle ne correspond pas au sexe qui lui a \u00e9t\u00e9 assign\u00e9 \u00e0 la naissance.<\/p>\n\n\n\n<p>John Money, psychologue am\u00e9ricain, est un auteur de r\u00e9f\u00e9rence. A la suite de sa th\u00e8se soutenue en 1952, il va r\u00e9aliser un grand nombre d\u2019\u00e9tudes sur les inter-sexes et les \u00ab&nbsp;pseudo-hermaphrodites&nbsp;\u00bb. Pseudo, car il va avancer l\u2019id\u00e9e, bas\u00e9e sur des analyses statistiques solides portant sur de grands \u00e9chantillons, que le sexe d\u2019assignation r\u00e9sultant du mode d\u2019\u00e9ducation, constitue la variable la plus pr\u00e9dictive du r\u00f4le de genre (<em>gender-role<\/em>) que ne le sont le sexe chromosomique, ou la morphologie ambig\u00fce des organes sexuels externes (Money et al., 1957). Avec ce signifiant de <em>gender-role<\/em>, Money lie la perception intime du genre avec sa repr\u00e9sentation sociale. L\u2019identit\u00e9 de genre qui \u00e9merge de ses travaux est \u00e0 la fois une repr\u00e9sentation subjective personnelle et une repr\u00e9sentation sociale qui a valeur d\u2019assignation de r\u00f4le en fonction du ou des groupes d\u2019appartenance. Une distinction importante \u00e9mane des travaux de Money mais \u00e9galement de ceux du psychanalyste Robert Stoller, autre auteur de r\u00e9f\u00e9rence, la distinction entre sexe et genre (entendons sexualit\u00e9 et genre). Stoller (1975) \u00e9voque un jeu de forces biologiques et psychologiques, parfois convergent ou divergent. En cas de divergence, le psychologique peut l\u2019emporter sur le biologique\u2026 Quant \u00e0 Money, qui partage le point de vue libertaire de Hooker (psychologue am\u00e9ricain qui a lutt\u00e9 pour la d\u00e9pathologisation de l\u2019homosexualit\u00e9), il plaide pour la libert\u00e9 d\u2019orientation sexuelle ind\u00e9pendamment des contraintes biologiques de la procr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend le retentissement consid\u00e9rable de ces travaux dans les mouvements f\u00e9ministes, puis, plus tard, les mouvements de lib\u00e9ration gay et lesbiens des ann\u00e9es 1970, initi\u00e9s aux \u00c9tats-Unis par les \u00e9v\u00e8nements de Stonewall (bar gay de Greenwich Village) et la fondation du <em>Gay Liberation Front<\/em>. La sociologie am\u00e9ricaine va se passionner pour ces questions, des <em>women\u2019s studies<\/em> aux <em>gender<\/em> et <em>queer studies<\/em> en passant par les <em>gay and lesbian studies<\/em>, conf\u00e9rant une l\u00e9gitimation scientifique dans le champ universitaire aux questions pos\u00e9es sur la sc\u00e8ne sociale et politique, non sans introduire quelques confusions. Colette Chiland, \u00e0 de nombreuses occasions, a soulign\u00e9 cette confusion que peut engendrer l\u2019usage extensif du terme de genre dans sa port\u00e9e militante et subversive, en conduisant \u00e0 int\u00e9grer, dans la notion d\u2019identit\u00e9 de genre, l\u2019orientation sexuelle comme composante de cette identit\u00e9. Elle recommandait l\u2019usage de l\u2019adjectif \u00ab&nbsp;sexu\u00e9(e)&nbsp;\u00bb pour se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la distinction entre les sexes, et de \u00ab&nbsp;sexuel(le)&nbsp;\u00bb lorsque l\u2019on consid\u00e8re l\u2019orientation et les pr\u00e9f\u00e9rences sexuelles (Chiland, 1995).<\/p>\n\n\n\n<p>Les changements soci\u00e9taux relatifs \u00e0 l\u2019appr\u00e9hension de la notion de genre sont consid\u00e9rables depuis 30&nbsp;ans. Le terme transgenre est apparu au d\u00e9but des ann\u00e9es 90. Aujourd\u2019hui, le signifiant transgenre est connu d\u2019une grande partie des adolescents, il est pr\u00e9sent dans leur univers <em>via<\/em> internet, les r\u00e9seaux sociaux, les s\u00e9ries, litt\u00e9rature et mangas\u2026 Il englobe un ensemble diversifi\u00e9 d\u2019identit\u00e9s sexu\u00e9es jusqu\u2019au refus de la sexuation&nbsp;: travestis, transsexuels, <em>drag-queen<\/em>, binaire non binaire\u2026 Dans le champ des id\u00e9es, des id\u00e9ologies et du militantisme politique, la remise en cause de la diff\u00e9rence sexuelle (au sens de sexuation) va jusqu\u2019\u00e0 l\u2019appr\u00e9hension et la d\u00e9finition d\u2019un nouveau corps mutant, \u00ab&nbsp;<em>une nouvelle notion de l\u2019appareil somatique pour prendre en compte les modalit\u00e9s historiques et externalis\u00e9es du corps, celles qui existent m\u00e9diatis\u00e9es par les technologies num\u00e9riques ou pharmacologiques, biochimiques ou proth\u00e9tiques<\/em>&nbsp;\u00bb (Preciado, 2020). La proposition laisse songeur\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Des pr\u00e9occupations et objets de discussions adolescents au militantisme politique, force est de constater comme le souligne Lemma, que \u00ab&nbsp;<em>la capacit\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 transgenre d\u2019incorporer toutes les diff\u00e9rences entre les sexes et les pr\u00e9f\u00e9rences sexuelles est devenu un moyen d\u2019activisme et d\u2019identification personnelle<\/em>&nbsp;\u00bb (Lemma, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on aborde le sujet par la clinique, l\u2019embarras est historiquement de mise. Castel synth\u00e9tise de fa\u00e7on tr\u00e8s claire la question&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Voil\u00e0 une pathologie dont on n\u2019arrive pas \u00e0 savoir si elle en est une, parce qu\u2019elle est auto-diagnostiqu\u00e9e, que sa th\u00e9rapie par les hormones ou la chirurgie est auto-prescrite, et que le r\u00e9sultat final sera \u00e9videmment aussi auto-\u00e9valu\u00e9. Le m\u00e9decin, endocrinologue ou psychiatre, peu importe, est compl\u00e9tement instrumentalis\u00e9 au service d\u2019une demande sur laquelle il ne peut se faire d\u2019id\u00e9e objective. Il est, en tous les points o\u00f9 il s\u2019efforce de p\u00e9n\u00e9trer et d\u2019\u00e9valuer les propos du transsexuel, rejet\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur par la courbure d\u2019un cercle argumentatif parfaitement clos. Peu de psychiatres appr\u00e9cient\u2026 Mais c\u2019est peut-\u00eatre, encore une fois, l\u2019aveu que le transsexualisme n\u2019est pas leur affaire\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb (Castel, 2003).<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil des \u00e9volutions nosographiques, suivant l\u2019\u00e9volution des id\u00e9es mais aussi l\u2019influence des revendications militantes, se sont succ\u00e9d\u00e9s les termes de transsexualisme, l\u2019incongruence de genre puis depuis la dysphorie de genre dont le DSM-V a fait une cat\u00e9gorie \u00e0 part. Le terme de dysphorie de genre est venu marquer une forme de d\u00e9pathologisation du d\u00e9sir de changement d\u2019identit\u00e9 sexu\u00e9e. Ce que pointe la notion de dysphorie de genre, c\u2019est le sentiment de souffrance, de d\u00e9tresse qui peut \u00eatre v\u00e9cu et plus ou moins ais\u00e9ment exprim\u00e9 par des adolescents ou des adultes dont l\u2019identit\u00e9 de genre, l\u2019identit\u00e9 sexu\u00e9e, ne correspond pas au sexe qui leur a \u00e9t\u00e9 assign\u00e9 \u00e0 la naissance. Ainsi, l\u2019APA (<em>American Psychiatric Association<\/em>) pr\u00e9cise dans l\u2019\u00e9dition du DSM V&nbsp;: \u00ab&nbsp;la non-conformit\u00e9 de genre n\u2019est pas en soi un trouble mental. L\u2019\u00e9l\u00e9ment primordial dans la dysphorie de genre est la pr\u00e9sence de la d\u00e9tresse clinique significative associ\u00e9e \u00e0 la condition&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces \u00e9volutions, le d\u00e9bat est bien loin d\u2019\u00eatre apais\u00e9 entre les tenants d\u2019une remise en cause radicale de la consid\u00e9ration m\u00e9dicale<sup>1<\/sup>, et ceux affirmant l\u2019in\u00e9vitable souffrance li\u00e9e \u00e0 cette condition<sup>2<\/sup>. Demeure cependant une r\u00e9alit\u00e9 de la clinique adolescente \u00e0 laquelle les praticiens sont de plus en plus confront\u00e9s, dans laquelle l\u2019identit\u00e9 sexu\u00e9e ou l\u2019identit\u00e9 de genre est parfois floue, parfois contest\u00e9e, l\u2019orientation sexuelle ind\u00e9termin\u00e9e ou mise en sommeil, le corps ni\u00e9, dissimul\u00e9 et souvent attaqu\u00e9, et dont l\u2019issue peut \u00eatre une transition m\u00e9dicalement assist\u00e9e int\u00e9grant hormonoth\u00e9rapie et parfois chirurgie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019identit\u00e9, la sexuation, la sexualit\u00e9 et le corps \u00e0 l\u2019adolescence<\/h2>\n\n\n\n<p>Le corps de l\u2019enfance est un corps sexu\u00e9 qui, dans la vie sociale, aid\u00e9 par le v\u00eatement, la coupe de cheveux, est ais\u00e9ment \u00e9vocateur d\u2019une certaine androgynie. La pubert\u00e9, par l\u2019apparition des caract\u00e8res sexuels secondaires, \u00e9loigne ce corps de l\u2019androgynie (apparition de la barbe, d\u00e9veloppement des seins, mue de la voix, etc\u2026). Stoller (1978) a soulign\u00e9 la raret\u00e9 d\u2019un d\u00e9terminisme qui serait pr\u00e9sent d\u00e8s la naissance. C\u2019est souvent \u00e0 l\u2019adolescence que la question de l\u2019identit\u00e9 de genre se pose de fa\u00e7on bruyante et douloureuse. Le corps et ses transformations n\u2019y sont \u00e9videmment pas pour rien. La dissimulation devient n\u00e9cessaire \u00e0 celle ou celui qui refuse la sexuation que r\u00e9v\u00e8lent de fa\u00e7on de plus en plus marqu\u00e9e ces transformations, en m\u00eame temps qu\u2019elle oppose un principe de r\u00e9alit\u00e9 violent aux fantasmes imaginaires d\u2019un autre corps conforme \u00e0 la sexuation d\u00e9sir\u00e9e. Ce d\u00e9saveu par le corps rend sans doute encore plus imp\u00e9rieux le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme appartenant \u00e0 l\u2019autre sexe, par ce que l\u2019adolescent peut au moins changer et choisir&nbsp;: son pr\u00e9nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous savons de l\u2019adolescence qu\u2019en tant que processus, elle op\u00e8re comme un catalyseur des difficult\u00e9s identitaires en m\u00eame temps qu\u2019elle consiste en une recomposition des enjeux relationnels entre d\u00e9pendance et qu\u00eate d\u2019autonomie (Jeammet et Corcos, 2005), de par l\u2019av\u00e8nement de la sexualit\u00e9 g\u00e9nitale et la sexualisation nouvelle des liens. La construction d\u2019une identit\u00e9 sexu\u00e9e doit d\u00e9sormais s\u2019articuler avec le sexuel (Chiland, 1995).<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019a d\u00e9velopp\u00e9 Gutton dans ses travaux sur le pubertaire, le corps d\u00e9sormais pub\u00e8re ouvre au pubertaire comme processus par lequel l\u2019enjeu psychique de l\u2019infantile domin\u00e9 par l\u2019emprise (dans lequel la sexualit\u00e9 demeure majoritaire, imaginaire et \u00e9nigmatique), s\u2019ouvre \u00e0 la rencontre sexuelle et amoureuse, dans un nouvel enjeu de compl\u00e9mentarit\u00e9&nbsp;; enjeu excitant et effrayant qui met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la solidit\u00e9 des assises narcissiques. Pour se repr\u00e9senter le processus, si l\u2019on suit Gutton, il existe un archa\u00efque g\u00e9nital (Gutton, 91) qu\u2019il faut comprendre comme \u00ab&nbsp;<em>le fonctionnement \u00e9nigmatique, tel qu\u2019il est saisi par la nouvelle force biologique lorsque la psych\u00e9 n\u2019\u00e9tait g\u00e9r\u00e9e jusqu\u2019alors que par la seule sexualit\u00e9 infantile. Le pubertaire prend source \u00e0 un archa\u00efque pr\u00e9cis\u00e9ment renouvel\u00e9 par le g\u00e9nital<\/em>&nbsp;\u00bb (Gutton 2008). Le travail psychique de l\u2019adolescence, c\u2019est au fond, dans cette perspective, de pouvoir \u00ab&nbsp;retrouver de l\u2019archa\u00efque mais aussi de s\u2019en sortir&nbsp;\u00bb (Gutton, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas d\u2019un point de vue d\u00e9veloppemental d\u2019identit\u00e9 neutre, asexu\u00e9e, qui se sexualiserait dans un second temps, affirme Chiland (2016). L\u2019identit\u00e9 est d\u2019embl\u00e9e sexu\u00e9e avec une d\u00e9couverte progressive des diverses dimensions de la sexualisation et de la sexualit\u00e9. S\u2019affirmer dans une identit\u00e9 de genre binaire suppose d\u2019accepter et de se reconna\u00eetre dans un corps de jeune femme ou de jeune homme. Mais s\u2019affirmer dans la construction de son identit\u00e9 et de sa sexualit\u00e9 rel\u00e8ve \u00e9galement de transactions intersubjectives et identificatoires qui poursuivent et complexifient celles ayant port\u00e9 la construction de la sexualit\u00e9 infantile. Pour Chiland, si l\u2019on consid\u00e8re ces enjeux identificatoires et certains ressorts des intentionnalit\u00e9s prises dans l\u2019intersubjectivit\u00e9, \u00eatre biologiquement gar\u00e7on et vouloir \u00eatre de l\u2019autre sexe, \u00eatre fille et vouloir \u00eatre gar\u00e7on ne sont pas port\u00e9s par les m\u00eames revendications. La fille qui se veut gar\u00e7on voudrait \u00ab&nbsp;s\u2019affirmer, \u00eatre une personne sur qui on se repose&nbsp;; le gar\u00e7on qui se veut fille aurait soif de s\u00e9duire, il voudrait \u00eatre <em>la plus belle de toutes les filles<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019hypoth\u00e8se fait penser, mais sa g\u00e9n\u00e9ralisation parait hasardeuse et r\u00e9ductrice. Ce d\u00e9sir n\u2019est en tout cas pas \u00e9vident chez Timoth\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La voie transsexuelle dans la construction identitaire adolescente appr\u00e9hend\u00e9e par la clinique psychoth\u00e9rapique<\/h2>\n\n\n\n<p>Timoth\u00e9e a 16&nbsp;ans et est n\u00e9 Alice. Depuis 4&nbsp;ans \u00eatre fille est \u00ab&nbsp;insupportable&nbsp;\u00bb, et les seins une \u00ab&nbsp;entit\u00e9 corporelle inappropri\u00e9e, une erreur, une mauvaise blague\u2026&nbsp;\u00bb, comme il le dit souvent avec un humour qui ne contient que partiellement l\u2019angoisse qui en r\u00e9sulte. Il vit seul avec son p\u00e8re, avec qui la relation est apais\u00e9e et le lien affectif fort. Ses parents se sont s\u00e9par\u00e9s lorsqu\u2019il avait 9&nbsp;ans et sa m\u00e8re a quitt\u00e9 Paris pour Gen\u00e8ve o\u00f9 elle a reconstruit sa vie rapidement et a eu deux enfants, un gar\u00e7on puis une fille. Pendant plus de 3&nbsp;ans, Timoth\u00e9e n\u2019a eu aucun contact et aucune nouvelle de sa m\u00e8re. Un abandon qu\u2019il d\u00e9crit comme tel. Depuis trois ans, le contact s\u2019est r\u00e9tabli et Timoth\u00e9e revoit sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019occasion des vacances scolaires. Cela se passe tr\u00e8s bien, dit-il, et il manifeste une grande affection pour ses demi-fr\u00e8re et s\u0153ur. Lorsqu\u2019il parle de sa m\u00e8re, c\u2019est \u00e9galement avec affection. Il d\u00e9crit une maman adorable mais particuli\u00e8re, \u00ab&nbsp;relationnellement pas tr\u00e8s comp\u00e9tente et vraiment perch\u00e9e, \u00e0 moiti\u00e9 dans notre monde et \u00e0 moiti\u00e9 dans le Cosmos et ses recherches en physique des particules&nbsp;\u00bb. Vers ses 12&nbsp;ans, Timoth\u00e9e a consult\u00e9 dans un service de p\u00e9dopsychiatrie, montrant les signes d\u2019un effondrement d\u00e9pressif. Un suivi p\u00e9dopsychiatrique s\u2019est engag\u00e9. Le diagnostic de dysphorie de genre a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 au bout d\u2019un an et Timoth\u00e9e m\u2019a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9 pour une psychoth\u00e9rapie, il venait d\u2019avoir 14&nbsp;ans. Les plaintes d\u00e9pressives, quasi m\u00e9lancoliques (envie de rien, fatigue permanente, tristesse, d\u00e9testation de soi-m\u00eame\u2026) se sont exprim\u00e9es d\u2019embl\u00e9e, ainsi que la d\u00e9testation de son corps, plus particuli\u00e8re les seins, entit\u00e9 selon son expression \u00ab&nbsp;innommable&nbsp;\u00bb. Timoth\u00e9e est un adolescent tr\u00e8s sensible, plut\u00f4t introverti. Il mesure un peu plus d\u20191m70, son allure est athl\u00e9tique m\u00eame si la passion pour le sport et notamment la natation s\u2019est \u00e9teinte. Se retrouver devant d\u2019autres dans un vestiaire, en surv\u00eatement et tee-shirt ou pire en maillot de bain est devenu impossible. Ses cheveux sont courts, originellement blonds mais souvent color\u00e9s et Timoth\u00e9e soigne une forme d\u2019androgynie, par la coupe de cheveux et ses v\u00eatements, sweet-shirts \u00e0 capuches, pantalons types militaires larges, baskets montantes. Il aime l\u2019hiver et appr\u00e9hende l\u2019\u00e9t\u00e9, la chaleur, qui rendent ses v\u00eatements-camouflages pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s difficilement portables. Il sort peu, le plus souvent avec son p\u00e8re, et passe beaucoup de temps dans sa chambre \u00e0 relire ses romans pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s d\u2019enfance ainsi que des mangas <em>Shonen<\/em> et \u00e0 communiquer <em>via<\/em> les r\u00e9seaux sociaux avec des amis qui, majoritairement, sont des adolescents que Timoth\u00e9e n\u2019a jamais rencontr\u00e9s en dehors des \u00e9changes num\u00e9riques ou plus rarement vid\u00e9os. Depuis la classe de 4<sup>\u00e8me<\/sup>, la scolarit\u00e9 g\u00e9n\u00e8re des angoisses immenses, peur du jugement des autres adolescents, sentiment de ne pas trouver sa place dans l\u2019univers social coll\u00e9gien et lyc\u00e9en, d\u00e9motivation par rapport aux apprentissages (m\u00eame si Timoth\u00e9e se montre, en termes de r\u00e9sultats, tout \u00e0 fait performant). Timoth\u00e9e ne s\u2019est pas d\u00e9scolaris\u00e9 mais rate beaucoup de cours, de fa\u00e7on s\u00e9lective&nbsp;: cours d\u2019\u00e9ducation physique et certains cours pour lesquels sa revendication r\u00e9cente (d\u00e9but de seconde) d\u2019\u00eatre appel\u00e9 par les professeurs Timoth\u00e9e et non Alice a re\u00e7u une fin de non-recevoir (deux enseignants en maths et anglais ont refus\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p>En s\u00e9ance, Timoth\u00e9e (qui souhaite que je l\u2019appelle Tim) associe aujourd\u2019hui de fa\u00e7on ais\u00e9e parfois fulgurante. Voici quelques extraits d\u2019une s\u00e9ance r\u00e9cente.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div><em>Tim&nbsp;: Je suis descendu du m\u00e9tro, j\u2019avais du mal \u00e0 respirer, une douleur dans la poitrine\u2026 c\u2019est dr\u00f4le, encore elle&nbsp;! \u2026 Bref c\u2019est dingue. Je ne sais pas de quoi j\u2019avais peur&nbsp;! Peut-\u00eatre des gens\u2026 je ne sais pas\u2026 \u00e7a me fait penser \u00e0 mercredi dernier, je suis all\u00e9e voir mon ami J. \u00e0 Reims. Premi\u00e8re sortie post confinement au milieu des humains&nbsp;! \u2026(-il rit-) \u2026 Lorsque le train est arriv\u00e9 en gare et que je suis sorti du wagon, l\u2019angoisse&nbsp;!<\/em><br><em>A. P.&nbsp;: Peur de quoi&nbsp;?<\/em><br><em>Tim&nbsp;: Je ne sais pas\u2026 qu\u2019il soit l\u00e0 ou qu\u2019il ne soit pas l\u00e0, ou les deux, je ne sais pas\u2026 (expiration douloureuse\u2026)<\/em><br><em>AP&nbsp;: Que s\u2019est-il pass\u00e9&nbsp;?<\/em><br><em>Tim&nbsp;: Il \u00e9tait l\u00e0 et il est venu vers moi \u2026&nbsp;; Ouah, c\u2019\u00e9tait g\u00e9nial&nbsp;! (soupir d\u2019apaisement)<\/em><br><em>A. P.&nbsp;: Cette sc\u00e8ne, ce moment te fait penser \u00e0 d\u2019autres moments&nbsp;?<\/em><br><em>Tim&nbsp;: D\u2019autres moments&nbsp;? non je ne sais pas\u2026<\/em><br><em>A. P.&nbsp;: Parce que moi, en t\u2019\u00e9coutant je pensais \u00e0 ta m\u00e8re \u2026 (Tim m\u2019avait, quelques s\u00e9ances auparavant, parl\u00e9 bri\u00e8vement de son ambivalence lorsque sa grand-m\u00e8re maternelle lui avait, il y a 3&nbsp;ans, annonc\u00e9 que sa m\u00e8re voulait la revoir \/ sa grand-m\u00e8re maternelle continue de l\u2019appeler Alice)<\/em><br><em>Tim&nbsp;: C\u2019est dr\u00f4le ce que vous dites&nbsp;! Lorsque j\u2019ai revu ma m\u00e8re pour la premi\u00e8re fois, il y a trois ans, c\u2019\u00e9tait \u00e0 la gare de l\u2019Est. J\u2019attendais avec ma grand-m\u00e8re sur le quai. J\u2019\u00e9tais terrifi\u00e9e, j\u2019avais du mal \u00e0 respirer, une boule dans l\u2019estomac, envie de dispara\u00eetre\u2026 C\u2019est incroyable qu\u2019on se dise tout cela, c\u2019est dingue ces liens\u2026<\/em>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Tim commence seulement \u00e0 pouvoir penser ces \u00e9v\u00e8nements d\u00e9terminants de son histoire d\u2019enfance et de d\u00e9but d\u2019adolescence, l\u2019histoire d\u2019un lien rompu, d\u2019un abandon et de retrouvailles dont les paroles de Tim expriment l\u2019intensit\u00e9 affective et les op\u00e9rations de d\u00e9placement \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Qu\u2019est-ce que ces \u00e9v\u00e8nements ont construit dans son imaginaire dont l\u2019acc\u00e8s pourrait nous permettre, ensemble, de comprendre ce qui se joue chez lui dans le plaisir et l\u2019apaisement \u00e0 rester dans un monde de l\u2019enfance, monde a-conflictuel et monde de tous les possibles imaginaires \u00e0 l\u2019instar de cette m\u00e8re qui dispara\u00eet et r\u00e9appara\u00eet et tout va bien dans le meilleur des mondes imaginaires&nbsp;? Qu\u2019est-ce que repr\u00e9sente pour lui, du point de vue de cette m\u00e8re, d\u2019\u00eatre gar\u00e7on ou fille&nbsp;? Est-ce indiff\u00e9rent&nbsp;? Ne l\u2019est-ce pas&nbsp;? Me parlant lors d\u2019une s\u00e9ance de l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019un gar\u00e7on du lyc\u00e9e possiblement gay lui portait (gar\u00e7on assez entreprenant qui avait essay\u00e9 de l\u2019embrasser dans les couloirs de l\u2019\u00e9tablissement) et de l\u2019apaisement, m\u00eame de \u00ab&nbsp;l\u2019enthousiasme&nbsp;\u00bb (terme utilis\u00e9 par Tim) qu\u2019un rendez-vous pr\u00e9vu avec ce gar\u00e7on, suscitait en lui, Tim m\u2019informait la s\u00e9ance suivante, qu\u2019arriv\u00e9 sur place, il avait d\u00fb faire demi-tour et rentrer. Lorsqu\u2019il a, \u00e0 nouveau, \u00e9voqu\u00e9 dans notre conversation la tentative avort\u00e9e du gar\u00e7on pour l\u2019embrasser et l\u2019\u00e9moi ressenti, \u00e0 ma remarque&nbsp;: \u00ab&nbsp;la sexualit\u00e9 cela peut faire peur&nbsp;\u00bb, il a r\u00e9pondu par un hochement de t\u00eate spontan\u00e9 et affirmatif, avant de me regarder, interloqu\u00e9, et de me demander comme inquiet&nbsp;: \u00ab&nbsp;mais qu\u2019est-ce que vous voulez dire par sexualit\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb\u2026 La conception du corps en psychanalyse est longtemps rest\u00e9e une conception li\u00e9e au corps biologique (Dejours, 2009), jusque dans le mod\u00e8le psychosomatique qui faisait dire \u00e0 De M\u2019Uzan \u00ab&nbsp;<em>le sympt\u00f4me somatique est b\u00eate, et lorsque le corps se manifeste, c\u2019est sous le r\u00e9gime \u00e9conomique des esclaves de la quantit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb (De M\u2019Uzan, 1984).<\/p>\n\n\n\n<p>En proposant la gen\u00e8se et un mod\u00e8le de construction d\u2019un deuxi\u00e8me corps, un corps \u00e9rotique, Dejours (2006) arrache le corps \u00e0 la gouvernance du biologique et du quantitatif. Il d\u00e9veloppe l\u2019id\u00e9e que, par un m\u00e9canisme de subversion libidinale, une multitude de jeux se d\u00e9veloppent par \u00e9tayage sur certaines fonctions physiologiques (succion, mastication, d\u00e9f\u00e9cation, motricit\u00e9, etc\u2026), ainsi que sur l\u2019usage d\u2019un certain nombre d\u2019organes, peau-toucher, organes phonatoires-voix, etc\u2026 L\u2019extension du principe d\u2019\u00e9tayage \u00e0 l\u2019ensemble du corps aboutit, par ces jeux et au fil du d\u00e9veloppement, \u00e0 la construction d\u2019un deuxi\u00e8me corps, le corps \u00e9rotique, qui traduit dans le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant, sa capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9manciper de l\u2019ordre biologique. Mais Dejours, s\u2019appuyant sur les th\u00e9orisations de Laplanche concernant la situation anthropologique fondamentale et la s\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, pr\u00e9cise que ces jeux \u00e9rotiques et cette subversion libidinale ne seraient pas possibles sans l\u2019intervention de l\u2019adulte qui prend soin du corps de l\u2019enfant et sans l\u2019intervention du corps de l\u2019adulte qui interagit avec l\u2019enfant, dans des interactions infiltr\u00e9es par les \u00e9mergences de l\u2019inconscient sexuel de l\u2019adulte. Si l\u2019on suit ce mod\u00e8le, ce qu\u2019introduit la pubert\u00e9 c\u2019est la possibilit\u00e9 de la subversion libidinale de la fonction de reproduction, qui consiste en un un&nbsp;r\u00e9am\u00e9nagement complet de l\u2019organisation du corps \u00e9rotique qui cependant doit composer avec les rat\u00e9s de la construction pr\u00e9alable du corps \u00e9rotique issu de la sexualit\u00e9 infantile. C\u2019est un d\u00e9fi consid\u00e9rable pour le narcissisme adolescent, d\u00e9fi d\u2019autant plus effrayant que les assises narcissiques sont fragiles. Mais \u00ab&nbsp;qu\u2019est-ce que la sexualit\u00e9 dont vous parlez&nbsp;?&nbsp;\u00bb questionne Tim inquiet. Assur\u00e9ment cette excitation d\u2019origine nouvellement hormonale, qui elle-m\u00eame excite un corps \u00e9rotique fa\u00e7onn\u00e9 par la sexualit\u00e9 infantile qui lorsqu\u2019elle convoque l\u2019autre adolescent avec son excitation et ses d\u00e9sirs \u00e0 lui\/elle, rappelle Tim \u00e0 son \u00ab&nbsp;<em>corps incertain qui se transforme et se d\u00e9robe, concentre sur lui les craintes parano\u00efdes, suspicieuses et pers\u00e9cutrices<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup>, conf\u00e9rant \u00e0 la situation la qualit\u00e9 d\u2019une menace incestueuse, et \u00e0 ce gar\u00e7on un pouvoir \u00e0 m\u00eame de faire vaciller jusqu\u2019\u00e0 son identit\u00e9, contrairement \u00e0 J., cet ami r\u00e9mois, rencontr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois apr\u00e8s 6 mois d\u2019active correspondance par mail et <em>Chat<\/em>, ce gar\u00e7on \u00ab&nbsp;<em>comme un jumeau&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb qui permet d\u2019\u00e9loigner le danger de la sexualit\u00e9 g\u00e9nitale et de vivre la tendresse. La s\u00e9ance suivante, Tim am\u00e8ne un r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div><em>Tim&nbsp;: j\u2019ai fait un r\u00eave&nbsp;: un gar\u00e7on et une fille grimpent sur une falaise et la fille tombe. Elle tombe dans l\u2019eau. D\u2019abord elle se fracasse sur les rochers puis je la vois descendre sous l\u2019eau sur le dos et dispara\u00eetre. On aurait dit qu\u2019elle souriait. Le gar\u00e7on avait de longs cheveux noirs, comme X. (personnage du Manga favori de Tim). Je crois que c\u2019\u00e9tait moi, ou que j\u2019\u00e9tais lui bref\u2026 Puis le gar\u00e7on\u2026 enfin\u2026 j\u2019\u00e9tais sur une sorte de route entour\u00e9e de montagnes. C\u2019\u00e9tait beau, je regardais les sentiers qui montaient\u2026 je crois que mon p\u00e8re \u00e9tait plus loin derri\u00e8re dans la voiture. Un gar\u00e7on arrive, avec un sac \u00e0 dos habill\u00e9 trop cool, top, un look d\u2019enfer. Il est avec son sac \u00e0 dos, perdu avec une carte et un texte dans les mains. C\u2019est \u00e9crit dans une langue \u00e9trang\u00e8re, et je la connais pas, mais c\u2019est bizarre, je la comprends\u2026 on rit \u00e0 s\u2019\u00e9touffer\u2026<\/em><br><em>A.P.&nbsp;: Ce gar\u00e7on sur la route, c\u2019\u00e9tait le m\u00eame que celui de la falaise&nbsp;?<\/em><br><em>Tim&nbsp;: Non, il \u00e9tait comme\u2026 comment d\u00e9j\u00e0&nbsp;?\u2026 Lizbeth&nbsp;! Vous savez, l\u2019h\u00e9ro\u00efne de Mill\u00e9nium&nbsp;!<\/em><br><em>A.P.&nbsp;: Mais c\u2019est une femme&nbsp;?\u2026<\/em><br><em>Tim&nbsp;: Oui mais non\u2026 je veux dire comme elle, en gar\u00e7on&nbsp;!<\/em><br><em>A.P.&nbsp;: Et ton p\u00e8re dans la voiture&nbsp;?<\/em><br><em>Tim&nbsp;: Ouais, bizarre. C\u2019\u00e9tait mon p\u00e8re, c\u2019\u00e9tait sa voiture et pas vraiment mon p\u00e8re.<\/em><br><em>A travers le pare-brise, je voyais qu\u2019il ne me quittait pas du regard, mais tranquille, pos\u00e9 tranquille sur son si\u00e8ge&nbsp;!<\/em>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Au p\u00e8re aimant mais repr\u00e9sentant d\u00e9sormais une menace incestueuse se substitue, dans l\u2019imaginaire, la figure du th\u00e9rapeute, \u00ab&nbsp;attentif et tranquille&nbsp;\u00bb dans son fauteuil. Un p\u00e8re\/m\u00e8re ajust\u00e9, d\u00e9gag\u00e9 de l\u2019ambivalence pulsionnelle et permettant, toujours dans l\u2019imaginaire inconscient et pr\u00e9conscient, le d\u00e9ploiement d\u2019exp\u00e9riences identificatoires narcissiques, le jeu des transactions incarn\u00e9es entre le soi et ses doubles. Fille, gar\u00e7on, gar\u00e7on-fille, les personnages se d\u00e9ploient sur la sc\u00e8ne psychique tels les personnages de Pirandello<sup>4<\/sup>. Tim a associ\u00e9 \u00e0 propos de ce r\u00eave sur ses amis imaginaires dont il avait d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 bri\u00e8vement au d\u00e9but de la th\u00e9rapie. Ses amis imaginaires \u00e9taient au nombre de quatre, une fille et trois gar\u00e7ons, tous de son \u00e2ge&nbsp;: une fille r\u00e9confortante au caract\u00e8re facile et stable (Tim ne peut en dire encore grand-chose), un guerrier courageux (que Tim associe \u00e0 son p\u00e8re), un peintre qui voulait \u00eatre un ange (asexu\u00e9 dit-il) et un d\u00e9mon (monstre sans genre qu\u2019il associe aux \u00e9pisodes de scarification). Les amis imaginaires de Tim ont commenc\u00e9 \u00e0 se faire un peu plus rares et plus discrets lorsque Tim a renou\u00e9 un lien avec sa m\u00e8re&nbsp;; ils ont disparu peu apr\u00e8s le d\u00e9but de la th\u00e9rapie. Une forme de narration partag\u00e9e semble avoir pris le relais, et Tim r\u00e9alise dans l\u2019imaginaire des identit\u00e9s et s\u2019essaye dans la vie \u00e0 des formes possibles. Je ne sais quelle voie de construction identitaire et quelle orientation sexuelle va advenir, m\u00eame si \u00eatre gar\u00e7on demeure une revendication essentielle pour Tim. Lors de notre derni\u00e8re s\u00e9ance avant les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9, Tim me confiait au sujet de correspondants sur les r\u00e9seaux sociaux ayant d\u00e9but\u00e9 une hormonoth\u00e9rapie ou envisageant une mammectomie, \u00ab&nbsp;<em>quelque part \u00e7a me rassure car je sais que \u00e7a existe et que c\u2019est une possibilit\u00e9, mais \u00e7a me terrifie aussi d\u2019intervenir comme cela sur le corps&nbsp;! d\u00e9j\u00e0 que je tourne de l\u2019\u0153il pour une prise de sang&nbsp;!\u2026 je ne veux pas aller trop vite, je veux que les choses soient claires, et aujourd\u2019hui j\u2019ai besoin de temps, m\u00eame si c\u2019est dur&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9er les conditions, dans une dynamique transf\u00e9rocontre transf\u00e9rentielle, d\u2019un \u00e9prouv\u00e9 des tensions entre, pour reprendre les expressions de De M\u2019Uzan (2005), le d\u00e9veloppement des idiomes identitaires et sexuels, en permettre la narration, le r\u00e9cit dans une co-construction qui fait intervenir par moment les traductions du th\u00e9rapeute mais privil\u00e9gie les mots de l\u2019adolescent, tel est, me semble-t-il, un sens essentiel de la psychoth\u00e9rapie de Tim comme de la psychoth\u00e9rapie \u00e0 l\u2019adolescence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pour conclure<\/h2>\n\n\n\n<p>Lemma a cette formule heureuse&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Comprendre le sens de la construction identitaire transgenre doit prendre en consid\u00e9ration l\u2019inscription sociale du signifi\u00e9 \u201cgenre\u201d, l\u2019exp\u00e9rience subjective incarn\u00e9e mais \u00e9galement les identifications inconscientes du corps, donc les effets\/fonctions psychiques de la modification du corps&nbsp;\u00bb<\/em> (Lemma, 2018). Je ne crois pas que la psychanalyse puisse r\u00e9pondre au pourquoi de la transition transgenre sauf \u00e0 se fourvoyer dans de pseudo dogmes psychologiques ou repr\u00e9sentations qui rel\u00e8vent peut-\u00eatre plus de pr\u00e9jug\u00e9s id\u00e9ologiques que de consid\u00e9rations scientifiques. A ce titre, Salomon souligne que la valeur d\u2019une perspective analytique sur le genre et la sexualit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le que la relation entre une partie du corps et sa fonction sexuelle ou sa signification sexu\u00e9e est au mieux \u00ab&nbsp;une concordance aux liens l\u00e2ches plut\u00f4t qu\u2019une topique index\u00e9e, encha\u00een\u00e9e et rigide&nbsp;\u00bb (Salamon, 2010).<\/p>\n\n\n\n<p>A propos de l\u2019homosexualit\u00e9, Widl\u00f6cher a tenu les propos suivants qui \u00e9clairent&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>je ne crois pas que la psychanalyse soit en mesure de r\u00e9pondre \u00e0 la question pourquoi l\u2019homosexualit\u00e9&nbsp;? et cette question ne m\u2019int\u00e9resse gu\u00e8re, ce qui m\u2019int\u00e9resse en tant que psychanalyste, donc praticien de l\u2019\u00e9coute, c\u2019est comment se d\u00e9ploie une vie mentale et psychique chez une personne dont l\u2019orientation sexuelle est homosexuelle<\/em>&nbsp;?&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enjeu pour le th\u00e9rapeute serait de ne pas pr\u00e9juger du caract\u00e8re probl\u00e9matique ou salvateur de la voie de construction identitaire (malgr\u00e9 la pression qui peut s\u2019exercer de la part des parents mais aussi de l\u2019environnement m\u00e9dical et soignant). Pour l\u2019adolescent, le parcours pubertaire consiste \u00e0 traduire, lier l\u2019excitation \u00e0 une production psychique. Cela suppose de pouvoir penser ce qui se produit et se vit dans le corps. Une fonction essentielle de la relation et de la communication psychoth\u00e9rapique est de permettre cette pens\u00e9e, cette co-pens\u00e9e adolescent-adulte, et de s\u2019en donner le temps.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>\u00ab&nbsp;<em>S\u2019entendre dire que votre vie genr\u00e9e vous condamne \u00e0 une vie de souffrance est en soi inexorablement blessant. C\u2019est une parole qui pathologise et la pathologisation fait souffrir<\/em>&nbsp;\u00bb (Butler, 2009).<\/li><li>A l\u2019instar de C. Chiland qui voyait dans l\u2019\u00e9volution des terminologies nosographiques des affaires de compromis ne pouvant dissimuler une r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>tous souffrent<\/em>&nbsp;\u00bb (Chiland, 2012).<\/li><li><em>Cf<\/em>. Daniel Marcelli, <em>L\u2019adolescence, entre corps et psych\u00e9, entre MOI et JE<\/em>, dans le <em>Carnet Psy<\/em> n\u00b0238\/nov. 2020 (Dossier \u00ab&nbsp;Corps et Adolescence&nbsp;\u00bb, partie 1).<\/li><li>Pirandello, L (1997) <em>Six personnages en qu\u00eate d\u2019auteur.<\/em> Paris, Folio, Gallimard.<\/li><li>Propos tenus lors d\u2019un s\u00e9minaire de l\u2019<em>Association Psychanalytique de France<\/em> en mars 2010.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n<p>Butler, J (1990)&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Gender Trouble&nbsp;: Feminism and the Subversion of Identity<\/em>. New York&nbsp;: Routledge.<\/p>\n<p>Butler J. (2009) Le transgenre et les \u00ab&nbsp;attitudes de r\u00e9volte&nbsp;\u00bb, In M. David-M\u00e9nard (dir.),&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Sexualit\u00e9s, genre et m\u00e9lancolie&nbsp;: s\u2019entretenir avec Judith Butler<\/em>, Paris, Campagne premi\u00e8re.<\/p>\n<p>Castel, P. H. (2003).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">La m\u00e9tamorphose impensable. Essai sur le transsexualisme et l\u2019identit\u00e9 personnelle.<\/em>&nbsp;Paris, Gallimard.<\/p>\n<p>Chiland, C (1995). Troubles de l\u2019identit\u00e9 sexu\u00e9e chez l\u2019enfant et l\u2019adolescent. In S. Lebovici, R. Diatkine, M. Soul\u00e9 (eds.),&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Nouveau Trait\u00e9 de Psychiatrie de l\u2019Enfant et de l\u2019Adolescent<\/em>, Tome II, 2<sup class=\"exposant\">nde<\/sup>&nbsp;Ed. Paris, PUF&nbsp;: 959-69.<\/p>\n<p>Chiland, C (2016). Parler clair et raison garder sur la question du genre,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Enfance et Psy<\/em>, 69&nbsp;: 13-25.<\/p>\n<p>Chiland C. (2012). Les mots et les r\u00e9alit\u00e9s,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">L\u2019information psychiatrique<\/em>, 87 (4)&nbsp;: 261-67.<\/p>\n<p>Dejours, C (2006)&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le corps d\u2019abord<\/em>. Paris, Payot.<\/p>\n<p>Dejours, C (2009) Corps et psychanalyse.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">L\u2019Information psychiatrique<\/em>, 85&nbsp;: 227-34.<\/p>\n<p>De M\u2019Uzan, M (2005)&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Aux confins de l\u2019identit\u00e9.<\/em>&nbsp;Paris, Gallimard.<\/p>\n<p>De M\u2019Uzan, M (1984)&nbsp;<em class=\"marquage italique\">La Bouche de l\u2019inconscient<\/em>. Paris, Gallimard.<\/p>\n<p>Gutton, P (1991)&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le pubertaire<\/em>. Paris, PUF.<\/p>\n<p>Gutton, P (2007) Le pubertaire savant.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Adolescence<\/em>, (25) 2&nbsp;: 347-58.<\/p>\n<p>Gutton, P (2008)&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le Pubertaire Savant.<\/em>&nbsp;Paris, L\u2019Esprit du Temps.<\/p>\n<p>Jeammet P, Corcos M (2005)&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Evolution des probl\u00e9matiques \u00e0 l\u2019adolescence. L\u2019\u00e9mergence de la d\u00e9pendance et ses am\u00e9nagements<\/em>. Paris, Doin.<\/p>\n<p>Lemma, A (2013) The body one has and the body one is&nbsp;: the transexual\u2019s need to be seen.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Int. J. Psychoanal.<\/em>, 94 (2)&nbsp;: 277-92.<\/p>\n<p>Lemma, A (2018) Trans-itory identities&nbsp;: some psychanalytic reflexions on transgender identities,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Int. J. Psychoanal.<\/em>, 99 (5)&nbsp;: 1089-06.<\/p>\n<p>Money J., Hampson J.G., Hampson J.L. (1957). Imprinting and the establishment of gender role.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">AMA Archives of Neurology and Psychiatry<\/em>, 77&nbsp;: 333-36.<\/p>\n<p>Preciado, P B (2020). J<em class=\"marquage italique\">e suis un monstre qui vous parle.<\/em>&nbsp;Paris, Grasset.<\/p>\n<p>Salamon, G (2010).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Assuming a Body&nbsp;: Transgender and the Rhetorics of Materiality<\/em>. New York, Columbia University Press.<\/p>\n<p>Stoller, R (1975).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Sex and Gender II. The Transsexual Experiment.<\/em>&nbsp;London, Hogarth Press.<\/p>\n<p>Stoller, R (1978).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Recherches sur l\u2019identit\u00e9 sexuelle.<\/em>&nbsp;Paris, Gallimard.<\/p><div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10605?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour dire les choses d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s simple, l\u2019adolescent nous confronte aux exigences les plus oppos\u00e9es par rapport \u00e0 la g\u00e9nitalit\u00e9, par rapport \u00e0 la sexualit\u00e9, par rapport \u00e0 la diff\u00e9rence homme-femme, par rapport \u00e0 la scolarit\u00e9, aux adultes. A&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1214],"thematique":[176,177],"auteur":[1442],"dossier":[493],"mode":[60],"revue":[517],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10605","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-psychanalyse","thematique-corps","thematique-narcissisme","auteur-antoine-perier","dossier-corps-et-adolescence","mode-payant","revue-517","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10605","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10605"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10605\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14906,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10605\/revisions\/14906"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10605"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10605"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10605"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10605"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10605"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10605"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10605"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10605"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10605"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}