{"id":10597,"date":"2021-08-22T07:32:22","date_gmt":"2021-08-22T05:32:22","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-creation-adolescente-dans-lespace-virtuel-cindy-forner-de-lecriture-virtuelle-a-la-fiction-2\/"},"modified":"2021-09-19T00:15:31","modified_gmt":"2021-09-18T22:15:31","slug":"la-creation-adolescente-dans-lespace-virtuel-cindy-forner-de-lecriture-virtuelle-a-la-fiction","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-creation-adolescente-dans-lespace-virtuel-cindy-forner-de-lecriture-virtuelle-a-la-fiction\/","title":{"rendered":"La cr\u00e9ation adolescente dans l\u2019espace virtuel. Cindy Forner : de l\u2019\u00e9criture virtuelle \u00e0 la fiction"},"content":{"rendered":"\n<p>Parler de cr\u00e9ation et de ses environnements au 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle interpelle quant aux environnements contemporains tels que les espaces virtuels. L\u2019espace virtuel peut-il se constituer comme environnement propice au processus de cr\u00e9ation et comment cela peut-il \u00eatre possible&nbsp;? L\u2019image, l\u2019\u00e9criture, la mise en sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale sont convoqu\u00e9es au sein des r\u00e9seaux sociaux. D\u00e8s lors, comment le sujet peut-il se saisir de ces m\u00e9diations pour que l\u2019espace virtuel devienne un espace de cr\u00e9ation, un atelier virtuel dans lequel s\u2019exp\u00e9rimente la mati\u00e8re num\u00e9rique sur la toile&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace virtuel des r\u00e9seaux sociaux offre \u00e0 l\u2019internaute une surface o\u00f9 d\u00e9poser des contenus psychiques, telle une toile virtuelle. Surface extra-topique, surface du m\u00eame se situant au dehors du Moi. D\u00e8s lors il existe une extension du topospsychique sur la surface virtuelle que j\u2019ai nomm\u00e9 le Moi-virtuel<sup>1<\/sup>. Sans d\u00e9velopper ici cette notion, ce reflet \u00e9cranique du sujet se constitue comme une m\u00e9diation, une repr\u00e9sentation de soi mall\u00e9able, projet\u00e9e dans l\u2019espace virtuel, et par laquelle l\u2019adolescent r\u00e9am\u00e9nage les enjeux pulsionnels et narcissico-objectaux. La mati\u00e8re num\u00e9rique constitutive du Moi-virtuel et de l\u2019espace virtuel rev\u00eat les qualit\u00e9s du m\u00e9dium mall\u00e9able, selon les cinq caract\u00e9ristiques d\u00e9gag\u00e9es par R. Roussillon<sup>2<\/sup>. Elle est, en soi, <em>indestructible<\/em> par le sujet&nbsp;: il faudrait une v\u00e9ritable catastrophe climatique pour d\u00e9truire les multiples serveurs \u00e0 l\u2019origine du r\u00e9seau Internet. L\u2019espace virtuel est <em>toujours disponible<\/em>. \u00c0 n\u2019importe quelle heure du jour et de la nuit, il est possible de s\u2019y connecter. Ceci permet \u00e0 l\u2019internaute d\u2019interagir avec la surface virtuelle selon son rythme et sa temporalit\u00e9. De ce fait, l\u2019espace virtuel a en quelque sorte <em>une vie propre<\/em>, ind\u00e9pendante du sujet. Quand le sujet n\u2019est pas connect\u00e9, l\u2019espace virtuel existe toujours et change au gr\u00e9 des modifications apport\u00e9es par les autres internautes. Ces modifications soulignent le <em>caract\u00e8re sensible<\/em> de la mati\u00e8re num\u00e9rique, en ce sens qu\u2019elle est support d\u2019interactions, de traces, d\u2019inscriptions. Enfin, la mati\u00e8re num\u00e9rique est propice \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de formes&nbsp;: formes textuelles, en image, en mouvement. Ceci rend compte de son caract\u00e8re <em>ind\u00e9finiment transformable<\/em>&nbsp;: il est possible de modifier les images par des logiciels mais aussi de supprimer, d\u2019ajouter, de modifier, de d\u00e9placer, d\u2019archiver ces images ou ces textes. De ce fait, le profil ou la page sur un r\u00e9seau social est toujours en mouvement et en transformation.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la plupart de ces formes, r\u00e9sultantes des diverses publications et de la manipulation de la mati\u00e8re num\u00e9rique mall\u00e9able, restent du domaine de la cr\u00e9ativit\u00e9 au sens de Winnicott, \u00ab&nbsp;inh\u00e9rente au fait de vivre&nbsp;\u00bb, permettant \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019individu l\u2019approche de la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup>, certaines de ces mises en forme deviennent des \u0153uvres ou des objets culturels \u00e0 part enti\u00e8re en \u00e9tant relay\u00e9es par la communaut\u00e9 virtuelle qui en assure la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. C\u2019est le cas de la jeune \u00e9crivaine Cindy Forner. A 16 ans, elle \u00e9dite en 2013 son ouvrage <em>Le jardin d\u2019Eden<\/em><sup>4<\/sup>. Mais avant d\u2019arriver \u00e0 cette publication d\u2019ouvrage, sa page <em>Facebook<\/em>, en temps r\u00e9el, nous d\u00e9voile comment l\u2019\u00e9criture comme \u00ab&nbsp;d\u00e9fouloir&nbsp;\u00bb, pour reprendre ses termes, se transformera au sein de l\u2019environnement virtuel en une \u00e9criture auto-fictive, puis en une fiction. Je souhaite retranscrire ces trois temps d\u2019\u00e9criture comme tenant lieu du processus cr\u00e9ateur chez l\u2019adolescente tout en mettant en lumi\u00e8re l\u2019importance de l\u2019environnement virtuel dans celui-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Cindy, <em>alias<\/em> Elsa, son pseudonyme, cr\u00e9e une page <em>Facebook<\/em> sur laquelle elle livre l\u2019\u00e9chec de sa premi\u00e8re histoire d\u2019amour. Elle a 14 ans lorsqu\u2019elle rencontre Jordan sur <em>Facebook.<\/em> Cette histoire d\u2019amour sera fulgurante. Jordan la quittera apr\u00e8s leur premi\u00e8re relation sexuelle. Suite \u00e0 cette chute de l\u2019id\u00e9alit\u00e9, Cindy s\u2019attachera corps et \u00e2me \u00e0 lui, alors qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9tourn\u00e9 son regard d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier temps de l\u2019\u00e9criture pour Cindy est celui que j\u2019ai qualifi\u00e9 <em>d\u2019\u00e9criture \u00e0 vif<\/em> en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019ouvrage d\u2019E. Kestemberg, afin de rendre compte de cet \u00e9tat de crise adolescente. Cindy commence sur <em>Facebook<\/em> une \u00e9criture de soi, sur le mod\u00e8le du journal intime (elle nomme d\u2019ailleurs sa page <em>Le journal d\u2019une adolescente<\/em>), \u00e0 cette diff\u00e9rence pr\u00e8s, que ce journal est lu et comment\u00e9 par des milliers de personnes. Elle met en images et en mots son histoire, dans une temporalit\u00e9 quasi r\u00e9elle. Chaque jour, elle publie sur sa page un nouveau \u00ab&nbsp;chapitre&nbsp;\u00bb. Cette concordance temporelle du v\u00e9cu et de l\u2019\u00e9criture se traduit par une \u00e9criture sans artifice, sans effet de style, dans un jaillissement d\u2019\u00e9motions et dans une retranscription au plus pr\u00e8s de son v\u00e9cu. Elle confie&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019avais trop besoin d\u2019\u00e9crire. L\u2019envie de parler me d\u00e9mangeait, je ne savais pas \u00e0 qui en parler, alors je me suis dit pourquoi pas sur une page <em>Facebook<\/em> (\u2026). Je voulais parler de toute notre histoire sans tabou, des meilleurs aux pires moments, plus rien n\u2019allait, j\u2019allais tellement mal \u00e0 cette \u00e9poque.&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>. Elle raconte tout, retranscrivant les <em>chats<\/em>, les appels, les sms, sa jalousie, ses tromperies, tout. Elle nous livre ses angoisses, sa peur de l\u2019autre, son d\u00e9sespoir, l\u2019insupportable d\u2019\u00eatre transparente aux yeux des hommes et c\u2019est toute la trag\u00e9die adolescente qui se livre \u00e0 nous. L\u2019\u00e9criture \u00e0 vif est quasi-orale, avec un langage simplifi\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Chapitre 1.<br><em>Il est genre 1h du mat Et je geek sur Facebook. Je viens de recevoir une demande d\u2019ajout d\u2019ami Jordan Dupont. J\u2019ai 28 amis en commun avec donc je d\u00e9cide de l\u2019accepter.<\/em><br><em>Elsa McGowen (01h05)&nbsp;: Hei&nbsp;: D on se connait&nbsp;?<\/em><br><em>Jordan Dupont (01h10)&nbsp;: Nan mais je t\u2019ai trouv\u00e9 jolie j\u2019aimerais faire ta connaissance<\/em><br><em>Elsa McGowen (01h15)&nbsp;: Merci et Pourquoi pas<\/em><br><em>Jordan Dupont (01h17)&nbsp;: Appart si tu ne veux pas Bien sur&nbsp;:\/<\/em><br><em>Elsa McGowen (01h20)&nbsp;: Je n\u2019ai pas dis sa&nbsp;!<\/em><br><em>Jordan Dupont (01h22)&nbsp;: Ah ouf mais je viens de voir que t\u2019es en couple&nbsp;:\/<\/em><br><em>Elsa McGowen (01h25)&nbsp;: Ahah nan c\u2019est mon meilleur ^^<\/em><br><em>Jordan Dupont (01h27)&nbsp;: Ah ok tant mieux pour moi (\u2026) Je vis qu\u2019il aime une de mes photos et qu\u2019il la commente<\/em><br><em>\u2022 Magnifique \u2665 (1 mai, 1h57) (\u2026)<\/em><br><em>\u2022 Nan mais arr\u00eat e de menti r&nbsp;; D \u2665Je vais bouder \u00e2pres si tu continu a dire je suis magnifique&nbsp;; D (1 mai, 2h02)<\/em><br><em>\u2022 Mais c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9 si tu boude pas je te ferais des c\u00e2lins mdr (1 mai, 2h03) (\u2026)<\/em><br><em>\u2022 Sauf si tu ne veux pas (1 mai, 20h47)<\/em><br><em>\u2022 O si je l\u2019ai veux&nbsp;! (1 mai, 20h48) (\u2026)<\/em>&nbsp;\u00bb\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans cet extrait, l\u2019\u00e9criture appara\u00eet comme celle de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 en r\u00e9sonance avec la pouss\u00e9e pulsionnelle adolescente par laquelle il est possible de dire de suite ce qu\u2019on pense et ce qu\u2019on ressent. Aussit\u00f4t v\u00e9cu, aussit\u00f4t \u00e9crit, aussit\u00f4t publi\u00e9, laissant para\u00eetre de multiples fautes d\u2019orthographes, de grammaire et de syntaxe. Ici, Cindy ne cherche pas \u00e0 travailler une cr\u00e9ation de style litt\u00e9raire. Il s\u2019agit d\u2019une \u00ab&nbsp;\u00e9criture de la vie en cours, scand\u00e9e par le temps qui passe&nbsp;\u00bb<sup>6<\/sup>, comme celle du journal intime. Cette <em>\u00e9criture \u00e0 vif<\/em> est accentu\u00e9e par l\u2019espace virtuel qui est lui-m\u00eame un lieu de l\u2019instantan\u00e9. Dans ce lieu, les sentiments, les ressentis, les v\u00e9cus peuvent s\u2019inscrire sur la toile sous une impulsion, une d\u00e9charge m\u00e9diatis\u00e9e par la machine virtuelle et le dispositif <em>Facebook<\/em>. L\u2019\u00e9criture au virtuel devient un expiatoire et le virtuel, un lieu de l\u2019expulsion de ce qui assaille l\u2019adolescent dans son quotidien et en son corps. Le second extrait du chapitre 30 met en lumi\u00e8re ceci&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>c\u2019est a partir de l a que j\u2019ai commence a me detacher de Jordan \u2026 la que sa personnalite a commence a me degouter Pourquoi&nbsp;? Ma meilleure amie a fait croire a Jordan que jetais a l\u2019hosto et tout se qu\u2019il a trouver a dire cest \u00ab\u00a0t\u2019inquiete Best\u00a0\u00bb putain mais on dirait je suis une inconnu quoi&nbsp;! nan mais la il est pas serieux quand meme&nbsp;! Nan mais putain i me degoute on dirait i me conait pas on dirait je suis n\u2019importe qui \u2026 Ouais cette fois ci c\u2019est la fin&nbsp;! comme j\u2019ai deja dis oui i tient a mais lire entre les lignes, c\u2019est plus pour moi, sa me fait plus rire&nbsp;! c\u2019etait marrant&nbsp;! mais la sa me fait plus rire<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>7<\/sup>.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9criture appara\u00eet l\u00e0 comme le d\u00e9p\u00f4t de soi sur la toile, en ce moment incertain qu\u2019est l\u2019adolescence. Cindy semble \u00eatre en qu\u00eate d\u2019une expression<sup>8<\/sup> ou peut-\u00eatre de la d\u00e9charge de cette pression propre \u00e0 la crise adolescente. Cindy nous met \u00e0 la vue cet extrait de soi, ce qu\u2019elle extrait d\u2019elle-m\u00eame, cet \u00e9tranger en soi, ce pulsionnel qui presse au dedans de soi, impalpable, abstrait, immat\u00e9riel. L\u2019\u00e9crit lui donne forme en contenant les \u00e9mois conflictuels et assaillants.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre enjeu de cette \u00e9criture \u00e0 vif est que cette \u00e9criture de soi quotidienne, lors de ce moment du changement adolescent, appara\u00eet comme une \u00e9criture du moment pubertaire, une \u00e9criture de l\u2019\u00e9tranger en soi. Cette <em>\u00e9criture \u00e0 vif<\/em> est une tentative de donner forme au pubertaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors du Chapitre 13, elle va jusqu\u2019\u00e0 nous raconter sa premi\u00e8re relation sexuelle avec Jordan&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Je me mit donc a lui enlever sa chemise, il me collait contre lui j\u2019etonament j\u2019avais peur parce que je me disais que ca y est ca allait ce passe que ca aller etre lui mas dieu que j\u2019etais amoureuse de lui, je le sentais de plus en plus proche que moi et a present ma seule idee etait de franchir les quelques centimetre qui nous separe et sa se passa\u2026 Je l\u2019aime \u2026 comme une dingue et comme je l\u2019ai dis dans l\u2019intro j\u2019attendais le bon jordan etait le bon\u2026&nbsp;\u00bb<sup>9<\/sup>.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Sa page <em>Facebook<\/em> sera pour elle un lieu de d\u00e9placement et de projection de son mal-\u00eatre mais surtout de l\u2019inconciliable qui vient la frapper avec la survenue d\u2019une sexualit\u00e9 avec ce jeune homme. Tout au long de ce premier temps d\u2019\u00e9criture, nous percevons la lutte de l\u2019adolescente contre la r\u00e9actualisation des fantasmes \u0153dipiens, et sa tentative de mettre \u00e0 distance le courant sensuel, dont la charge libidinale \u00e0 la pubert\u00e9 investit fortement les objets infantiles primaires, ceci au profit d\u2019un courant tendre, relay\u00e9 par le soutien affectif de ses fans. Nous pouvons ici entendre, comme le note A. Brun, que \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9criture pourra repr\u00e9senter pour l\u2019adolescent un mode de traitement du pulsionnel pubertaire. (\u2026). Il s\u2019agirait donc pour le jeune de tenter de r\u00e9guler la menace de d\u00e9bordement pulsionnel \u00e0 la pubert\u00e9, par une mise en r\u00e9cit de l\u2019aventure de son corps&nbsp;\u00bb<sup>10<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, c\u2019est dans l\u2019interactivit\u00e9 que cette <em>\u00e9criture \u00e0 vif<\/em> trouve quasiment simultan\u00e9ment une r\u00e9ponse, un \u00ab&nbsp;regard sur&nbsp;\u00bb, un partage qui apaise l\u2019incompr\u00e9hensible fulgurance d\u2019un ressenti ou d\u2019un v\u00e9cu. Et cette interactivit\u00e9 avec la communaut\u00e9 virtuelle est primordiale car elle se constitue comme environnement r\u00e9flexif. Cette communaut\u00e9 virtuelle \u00e9voque le ch\u0153ur antique, r\u00e9agissant \u00e0 la mise en repr\u00e9sentation sur la sc\u00e8ne facebookienne. Le ch\u0153ur adolescent se constitue comme un environnement bienveillant qui soutiendra la transformation de l\u2019\u00e9criture \u00e0 vif en une \u00e9criture auto-fictive. Cette \u00e9criture au virtuel est toujours adress\u00e9e \u00e0 un autre et se situe d\u2019embl\u00e9e, non pas dans un cach\u00e9\/montr\u00e9 comme le journal intime papier, mais dans un montr\u00e9 dans lequel se situe l\u2019enjeu majeur de cette \u00e9criture. Elle s\u2019inscrit dans la logique de la communaut\u00e9 virtuelle du partage et de la communication textualis\u00e9e. Le journal intime au virtuel <sup>11<\/sup>. <em>Facebook<\/em>, comme d\u2019autres sites de partage, propose un espace de t\u00e9moignage, o\u00f9 les autres, les lecteurs, en deviennent les t\u00e9moins, ici les t\u00e9moins de la transformation adolescente.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second temps de l\u2019\u00e9criture chez Cindy fait suite \u00e0 l\u2019ensemble des retours des fans qui suivent sa page. Ils se comptent au nombre de 8700. \u00c0 chaque publication, des centaines de jeunes \u00ab&nbsp;aiment&nbsp;\u00bb, et commentent. Beaucoup de jeunes filles s\u2019identifient \u00e0 cette histoire, et \u00e9crivent&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00e7a me touche beaucoup \u2026 J\u2019ai pleur\u00e9\u2026 On dirait mon histoire\u2026 j\u2019ai les larmes aux yeux \u2026 J\u2019ai l\u2019impression que c\u2019est ma vie que t\u2019\u00e9cris.<\/em>&nbsp;\u00bb. D\u2019autres l\u2019encouragent, la confortent dans ses choix&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>en effet, il ne te m\u00e9rite pas, ni ton sang, ni tes larmes, ni ton amour ni tout l e reste&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb <em>\u00ab&nbsp;Tu es une fille forte, moi je n\u2019aurai m\u00eame pas surmont\u00e9 tout \u00e7a \u00e0 ta place.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Du courage \u00e0 toi&nbsp;\u00bb<\/em>. Ou encore elles insultent celui qui lui fait tant de mal&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>c\u2019est un salaud \u2026 c\u2019est trop un batard, quel connard. Il se moque de toi l\u00e0. Remballe-le&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb Cindy Suscite l\u2019envie de la lire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019aime ton histoire\u2026 Moi qui n\u2019aime pas lire, je suis accroc&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb. Chacune suit avec attention le d\u00e9roulement de l\u2019histoire car elles y trouvent une r\u00e9sonance avec leur propre v\u00e9cu et une possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9changer autour des difficult\u00e9s d\u2019une premi\u00e8re relation amoureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Cindy trouve alors sur l\u2019\u00e9cran-miroir son reflet port\u00e9 par l\u2019\u00e9cho des autres, r\u00e9p\u00e9tant en ch\u0153ur \u00ab&nbsp;tu es belle, tu es formidable&nbsp;\u00bb. Ce ch\u0153ur contemporain soutient les retrouvailles illusoires avec le narcissisme infantile. Ce premier temps du reflet, repris par le ch\u0153ur, est essentiel pour l\u2019adolescente en mal d\u2019estime d\u2019elle-m\u00eame. La marche en cadence du ch\u0153ur adolescent assure une fonction de <em>holding<\/em><sup>12<\/sup> psychique. L\u2019adolescente est port\u00e9e, soutenue par ses pairs, dessinant un \u00ab&nbsp;vivre ensemble&nbsp;\u00bb (<em>living together<\/em> de Winnicott), et assurant une continuit\u00e9 d\u2019existence renforc\u00e9e par l\u2019\u00e9criture qui affirme l\u2019unit\u00e9 du <em>Je<\/em>. L\u2019environnement des pairs acquiert \u00ab&nbsp;une fonction fondamentale de soutien narcissique.&nbsp;\u00bb<sup>13<\/sup>. Par ce soutien quotidien et ses paroles affectueuses, Cindy trouve un moyen d\u2019affirmer son existence. De ce r\u00e9cit entendu par les autres et inclus dans un \u00e9change, \u00e9merge un sens. La surface virtuelle est ici utilis\u00e9e comme une v\u00e9ritable m\u00e9diation interactive qui permet de saisir l\u2019exp\u00e9rience psychique, l\u2019exp\u00e9rience pubertaire. La surface virtuelle comme m\u00e9diation \u00ab&nbsp;s\u2019anime&nbsp;\u00bb<sup>14<\/sup> des exp\u00e9riences de chacun. La pr\u00e9sence des autres virtualis\u00e9s appara\u00eet fondamentale dans ces journaux intimes en ligne car elle induit une sorte de correspondant bienveillant \u00e0 qui l\u2019on \u00e9crit ses m\u00e9saventures, ses inqui\u00e9tudes et ses questionnements. <em>L\u2019\u00e9criture \u00e0 vif<\/em> en pr\u00e9sence de l\u2019autre soutient une certaine connaissance de soi tout en participant \u00e0 la construction paradoxale de l\u2019intime et au renforcement narcissique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ch\u0153ur adolescent fonctionne ici comme le double lors du psychodrame, il soutient l\u2019\u00e9laboration et la subjectivation du sujet. Cet environnement r\u00e9flexif assure un appui ext\u00e9rieur, temporaire, mais n\u00e9cessaire comme support d\u2019identification au moment du vacillement propre au choc pubertaire. Cette relation avec ces autres \u00ab&nbsp;permet l\u2019avanc\u00e9e cr\u00e9atrice&nbsp;\u00bb<sup>15<\/sup>. Cette avanc\u00e9e chez Cindy est double&nbsp;: il existe une avanc\u00e9e cr\u00e9atrice dans cette \u00e9criture \u00e0 proprement parl\u00e9e vers la publication d\u2019un ouvrage, et une avanc\u00e9e psychique cr\u00e9atrice. En effet, Cindy raconte dans son histoire au quotidien qu\u2019elle ne cesse de revenir vers Jordan malgr\u00e9 son rejet ou son indiff\u00e9rence face \u00e0 elle, r\u00e9p\u00e9tition de sa relation au p\u00e8re qu\u2019elle d\u00e9voile au fil de l\u2019\u00e9crit. Passer par l\u2019\u00e9criture \u00e0 vif sur <em>Facebook<\/em> lui permit, selon son discours, de s\u2019extraire de cette r\u00e9p\u00e9tition. Par le soutien du ch\u0153ur adolescent, elle survit \u00e0 la destructivit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 cette relation amoureuse. Ceci lui permet de quitter ce jeune homme et d\u2019investir autre chose, sa page et l\u2019\u00e9dition future de son livre, puis une nouvelle relation. Il existe donc un mouvement projectif des uns sur les autres&nbsp;: Cindy projette sur sa page son histoire, et le ch\u0153ur adolescent projette en son histoire leur histoire. Ce mouvement projectif en miroir, qui pourrait se nommer <em>mouvement r\u00e9flexif de projection<\/em>, consolide ses assisses narcissiques. Par le regard porteur du ch\u0153ur, la libido fait retour sur le Moi, en tant qu\u2019objet d\u2019amour. Suite aux remarques gratifiantes de ses fans, elle d\u00e9cide de reprendre son texte pour \u00e9crire, dit-elle, une \u00ab&nbsp;version plus travaill\u00e9e&nbsp;\u00bb qu\u2019elle condense en une trentaine de chapitres, alors que la premi\u00e8re version en comptait cent. Cette seconde version n\u2019a aucune concordance temporelle avec le premier jet d\u2019\u00e9criture. Apparait l\u2019\u00e9criture auto-fictive. Cindy commence \u00e0 op\u00e9rer une transformation de son r\u00e9cit et, par ricochet, de soi et de sa r\u00e9alit\u00e9. A partir du moment o\u00f9 elle retravaille son \u00e9crit pour lui donner une valeur narrative, l\u2019\u00e9criture au virtuel devient une \u00e9criture autofictive&nbsp;: elle s\u2019inspire de faits r\u00e9els mais il existe une transformation narrative, plus ou moins romanc\u00e9e. En voici quelques extraits&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Chapitre 1.<br><em>C\u2019\u00e9tait il y a maintenant 25 mois, par une nuit glaciale de Mai, c\u2019\u00e9tait la nuit a cheval entre le 30 Avril et le Premier mai. Un jour qui pour moi \u00e9tait comme tout autre, qui pour moi n\u2019avait rien de bien sp\u00e9cial ni m\u00eame que ce jour plut\u00f4t que cette nuit changerait \u00e0 Jamais ma vie. Il \u00e9tait dans les minuits et je m\u2019ennuyais un peu sur Facebook (\u2026).<\/em><br>\u00ab&nbsp;<em>Demande D\u2019ajout a la Liste d\u2019ami. Jordan Dupont<\/em>&nbsp;\u00bb<br><em><em>Jordan Dupont&nbsp;? Qui est ce&nbsp;? Je suis all\u00e9 sur son Facebook rien n\u2019\u00e9tai t bloque, sa photo de profille <sup>16<\/sup><\/em><\/em>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Chapitre 15<br>D<em>ans mes reves J\u2019aurais une longue et une relation parfaite avec un garcon, on resterait de longues ann\u00e9es ensembles et je le presenterai a ma famille malheureusement rien ne s\u2019est passe ainsi. (\u2026)<\/em><br><em>Pendant des jours plus rien n\u2019allai t avec Jordan, Quasiment plus d\u2019appel, plus de tendresse quand on se voyait ca partait en live. Mon caractere n\u2019etait plus le m\u00eame et je le savais oh oui j e l e savais, Je repondai sa ma mere, j\u2019envoyais bouler mon beau-pere je ne calculais plus mes s\u0153urs ni m\u00eame mes cours. Puis est arrive le jour ou tout s\u2019est fini. Ou plutot ou tout a commence le 4 Juin 2010. (\u2026) Ce jour la sera rapide les souvenirs me hante et les larmes coulent. (\u2026)<\/em>&nbsp;\u00bb\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019\u00e9crivain S. Doubrovsky, l\u2019auto-fiction devient un outil de qu\u00eate identitaire. Il \u00e9crit \u00e0 ce propos&nbsp;: \u00ab&nbsp;Depuis que je transforme ma vie en phrases je me trouve int\u00e9ressant. \u00c0 mesure que je deviens le personnage de mon roman, je me passionne pour moi\u2026 Ma vie rat\u00e9e sera une r\u00e9ussite litt\u00e9raire.&nbsp;\u00bb<sup>17<\/sup>. Cette \u00e9criture autofictive au virtuel participe \u00e0 la \u00ab&nbsp;fabrication de la l\u00e9gende personnelle&nbsp;\u00bb de l\u2019adolescent. Pour reprendre P. Gutton, \u00ab&nbsp;Par ce travail de \u00ab&nbsp;r\u00e9dacteur&nbsp;\u00bb, l\u2019op\u00e9ration adolescente permet le passage du roman familial (infantile) au \u00ab&nbsp;mythe individuel&nbsp;\u00bb<sup>18<\/sup>. L\u2019\u00e9criture en ligne permet \u00e0 l\u2019adolescente de proposer d\u2019autres versions d\u2019elle-m\u00eame, qui vont, dans l\u2019espace virtuel, trouver confirmation dans le regard des autres virtualis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9criture dans l\u2019interactivit\u00e9 am\u00e8ne un mouvement de transformation, de reformation de soi. Elle appr\u00e9hende de la sorte une nouvelle forme, une nouvelle image d\u2019elle-m\u00eame. L\u2019\u00e9criture en <em>interactivit\u00e9<\/em> poss\u00e8de une fonction repr\u00e9sentative, par laquelle le pulsionnel se r\u00e9gule et une pens\u00e9e advient dans l\u2019apr\u00e8s-coup de l\u2019\u00e9crit et de ce regard virtualis\u00e9. Cindy commence \u00e0 se penser \u00e9crivaine et commence \u00e0 r\u00eaver l\u2019envoi de son \u00e9crit \u00e0 un \u00e9diteur. Ceci est fortement encourag\u00e9 par la communaut\u00e9 virtuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Du va-et-vient identificatoire entre l\u2019adolescent et les autres virtualis\u00e9s \u00e0 travers l\u2019\u00e9cran-miroir et l\u2019\u00e9criture, l\u2019adolescent construit son identit\u00e9, ou du moins atteste de son identit\u00e9, investissant ce qu\u2019il n\u2019est plus, l\u2019enfant, et ce qu\u2019il n\u2019est pas encore, l\u2019adulte. En ce sens, l\u2019\u00e9criture autofictive au virtuel est une \u00e9criture du devenir. Elle permet \u00e0 l\u2019adolescente de se regarder et de se voir changer, elle devient spectatrice de sa vie<sup>19<\/sup>. Elle lui permet aussi de se penser \u00e9crivaine. La relecture, dans l\u2019apr\u00e8s-coup des \u00e9v\u00e9nements, rend visible le chemin parcouru. Penser l\u2019\u00e9criture au virtuel comme autofictive am\u00e8ne \u00e0 entendre la part cr\u00e9ative de l\u2019espace virtuel. Le dispositif <em>Facebook<\/em> comme sc\u00e8ne vers laquelle convergent les regards peut assurer un ajustement narcissico-pulsionnel, n\u00e9cessaire pour la cr\u00e9ation subjectale de l\u2019adolescent.<\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 l\u2019engouement des fans, elle \u00e9crit une troisi\u00e8me version qu\u2019elle d\u00e9cide d\u2019envoyer \u00e0 un \u00e9diteur. Mais ce troisi\u00e8me temps d\u2019\u00e9criture se fera en dehors de la communaut\u00e9 virtuelle. Les fans d\u00e9couvriront la version finale une fois seulement qu\u2019elle sera \u00e9dit\u00e9e. La reconnaissance de cet \u00e9diteur d\u00e9termine l\u2019identit\u00e9 de cr\u00e9ateur litt\u00e9raire dans la sph\u00e8re sociale. Elle se d\u00e9sengage ensuite de sa premi\u00e8re page <em>Facebook<\/em> pour en cr\u00e9er une autre qu\u2019elle qualifie de \u00ab&nbsp;page d\u2019\u00e9crivaine&nbsp;\u00bb, <em>La plume noire<\/em>, puis en vue de la sortie de son livre <em>Le jardin d\u2019Eden<\/em><sup>20<\/sup>, elle cr\u00e9e une autre page en son nom propre pour la promotion de son livre. Dans ce trajet, nous percevons comme l\u2019\u00e9criture de soi sur <em>Facebook<\/em> rel\u00e8ve d\u2019une \u00ab&nbsp;v\u00e9ritable entreprise de transformation de soi, de \u00ab\u00a0self-fabrication\u00a0\u00bb, selon une expression de l\u2019auteur (M. Leiris) qui lui permettrait de se cr\u00e9er lui-m\u00eame par sa cr\u00e9ation&nbsp;\u00bb<sup>21<\/sup>. <em>L\u2019\u00e9criture au virtuel<\/em> a model\u00e9 l\u2019\u00eatre adolescent. En construisant son \u0153uvre, Cindy s\u2019est construite elle-m\u00eame. Cette autocr\u00e9ation soutient le travail du deuil adolescent car \u00ab&nbsp;cr\u00e9er, c\u2019est ne plus pleurer ce qu\u2019on a perdu et qu\u2019on sait irr\u00e9cup\u00e9rable, mais le remplacer par une \u0153uvre telle qu\u2019\u00e0 la construire on se reconstruit soi-m\u00eame.&nbsp;\u00bb<sup>22<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ce troisi\u00e8me temps de transformation de l\u2019\u00e9criture, Cindy nous permet de saisir la force sublimatoire \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans son r\u00e9cit. Cette sc\u00e8ne sublimatoire appara\u00eet dans l\u2019apr\u00e8s-coup du succ\u00e8s de son premier r\u00e9cit, premier r\u00e9cit qui n\u2019est pas encore sublimation mais qui condense r\u00e9alit\u00e9 et id\u00e9alit\u00e9. Les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me versions proposent des lectures diff\u00e9rentes de soi par les autres et par elle-m\u00eame. La version \u00e9dit\u00e9e de Cindy devient un objet socialement valoris\u00e9, effet de la pulsion sublim\u00e9e. Elle inclut de l\u2019insolite par rapport \u00e0 sa v\u00e9ritable histoire\u00a0: elle semble devenir Eden, et \u00ab\u00a0tout irait mieux\u00a0\u00bb, non pas si Jordan \u00e9tait l\u00e0, mais si Aurore \u00e9tait l\u00e0. L\u2019auteur n\u2019est plus celui qui a v\u00e9cu l\u2019histoire mais celui qui la raconte, soulignant le d\u00e9placement psychique op\u00e9r\u00e9 depuis la premi\u00e8re version. La surprise est grande pour le lecteur quand il se rend compte que l\u2019histoire relat\u00e9e n\u2019est plus la m\u00eame que la premi\u00e8re narr\u00e9e sur la sc\u00e8ne <em>Facebook<\/em>, alors que Cindy a toujours maintenu une r\u00e9ciprocit\u00e9 entre les deux \u00e9crits. Ce dernier r\u00e9cit dans lequel nous retrouvons pourtant certaines phrases pr\u00e9cises de la premi\u00e8re narration d\u00e9voile l\u2019histoire de deux adolescentes amoureuses l\u2019une de l\u2019autre. \u00c9tranget\u00e9 \u00e0 la lecture, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 \u00e9tait apparue bruyante et traumatique dans la premi\u00e8re version, Cindy raconte dans son roman une relation homosexuelle fusionnelle, \u00ab\u00a0une histoire magique mais pourtant compliqu\u00e9e<sup>23<\/sup>, \u00e9crit-elle. Appara\u00eet ici une \u00e9criture fictive\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Ce jour-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait un samedi, Eden s\u2019en souvient comme si c\u2019\u00e9tait hier pourtant cela commence \u00e0 dater. Elle a \u00e9t\u00e9 aim\u00e9e plus que n\u2019importe qui, elle avait quinze ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits. Une histoire de la sorte n\u2019est pas souvent cont\u00e9e mais pourtant, je m\u2019 y aventure. Elle n\u2019est pas une histoire d\u2019amour avec un footballeur, ce n\u2019est pas une intello coinc\u00e9e et il n\u2019y a rien de f\u00e9erique, c\u2019est simplement les dures lois de l a vi e dans notre g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9senchant\u00e9e\u2026 Eden et Aurore avaient grandi ensemble, elles s\u2019aimaient. Oh oui, elles s\u2019aimaient&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le titre, <em>Le jardin d\u2019Eden<\/em>, devient alors explicite pour le lecteur&nbsp;: il ne retrouvera pas cette premi\u00e8re histoire d\u2019amour avec Jordan, histoire pass\u00e9e, symbolis\u00e9e, mais celle de l\u2019\u00e9veil \u00e0 la sexualit\u00e9 et \u00e0 la fantasmatisation de la jeune fille. Un apr\u00e8s-coup en somme de <em>l\u2019\u00e9criture \u00e0 vif<\/em>. Cindy se distingue en arri\u00e8re-fond de ces lignes romanc\u00e9es, \u00e0 travers lesquelles se lit toujours la force de ses ressentis et de son v\u00e9cu. Le travail de la sublimation s\u2019entend dans cet am\u00e9nagement du d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 et de la nouveaut\u00e9 et dans \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9laboration adolescente&nbsp;\u00bb<sup>24<\/sup>, impliquant une r\u00e9appropriation d\u2019un corps \u00e9tranger. Elle permet \u00e0 l\u2019adolescent de sortir de l\u2019impasse de l\u2019infantile et de ses imagos internes pour se cr\u00e9er son histoire, en liant le courant tendre de l\u2019enfance et le courant sensuel \u00e9mergeant avec la pubert\u00e9. Le troisi\u00e8me r\u00e9cit est porteur de cette liaison psychique, formant un \u00e9crit in\u00e9dit. Son histoire devient \u0153uvre. Dans ce mouvement d\u2019\u00e9criture de soi, elle nous d\u00e9voile comment se construit pour cette adolescente l\u2019image d\u2019un <em>Je<\/em> devenu <em>Autre.<\/em> Le travail d\u2019\u00e9criture est alors un lieu de renaissance, d\u2019une cr\u00e9ation dont elle ne soup\u00e7onnait pas l\u2019existence au commencement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la cr\u00e9ation \u00e0 l\u2019adolescence n\u2019est pas simplement cr\u00e9ation d\u2019une forme qui deviendrait \u0153uvre mais elle est remaniement pulsionnel et identitaire, construction et coconstruction d\u2019une subjectivation. Il s\u2019agit de <em>se cr\u00e9er adolescent<\/em> en utilisant le support de la toile num\u00e9rique. Nous voyons \u00e0 travers le processus cr\u00e9ateur chez Cindy Forner, comment la m\u00e9diation <em>Facebook<\/em> peut s\u2019envisager comme une <em>mati\u00e8re transformable \u00e0 plusieurs<\/em>. Il s\u2019agirait alors d\u2019une <em>mati\u00e8re intersubjective<\/em> par laquelle le sujet peut se reconna\u00eetre et s\u2019identifier \u00e0 la forme cr\u00e9\u00e9e, en soutenant la fabrique identitaire de l\u2019adolescent.<\/p>\n\n\n\n<p>Vient de publier <em>L\u2019adolescent face \u00e0 Facebook. Enjeux de la virtualescence<\/em>, Paris, In Press, 2016.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>A. Gozlan, <em>Enjeux psychiques des r\u00e9seaux sociaux chez les adolescents. Une m\u00e9tapsychologie de la virtualescence<\/em>, th\u00e8se de doctorat soutenue le 20 d\u00e9cembre 2013, Universit\u00e9 Paris Diderot.<\/li><li>A. Brun, <em>M\u00e9diation th\u00e9rapeutique et psychose infantile<\/em>, Paris, Dunod, 2007, p.148.<\/li><li>D.-W. Winnicott, <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>, Gallimard, 1975. p.95.<\/li><li>C. Forner, <em>Le jardin d\u2019Eden<\/em>, Soci\u00e9t\u00e9 des \u00e9crivains, 2013.<\/li><li>J\u2019ai contact\u00e9 Cindy par mail, en utilisant l\u2019adresse mail qu\u2019elle donnait sur sa page <em>Facebook<\/em>. Elle dit avoir longuement h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre mais accepta finalement de r\u00e9pondre \u00e0 mes questions. Elle ne reconduis\u00eet pas l\u2019\u00e9change.<\/li><li>J.-F. Chiantaretto, \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture de soi au f\u00e9minin. Narcissisme et auto-investigation chez l\u2019adolescente\u00a0\u00bb, <em>Cahiers de l\u2019infantile<\/em>, Paris, L\u2019harmattan, 2008, p. 96.<\/li><li>Les fautes d\u2019orthographe sont d\u2019origine.<\/li><li>Expression vient du radical latin <em>pressio<\/em>, pression.<\/li><li>Les fautes d\u2019orthographe sont d\u2019origine.<\/li><li>Brun, \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb, in <em>Manuel des m\u00e9diations th\u00e9rapeutiques<\/em>, ss la dir. de A. Brun, B. Chouvier, R. Roussillon, Paris, Dunod, 2013, p.308.<\/li><li>A. Levallois, \u00ab\u00a0Je et moi dans l\u2019exp\u00e9rience psychanalytique et dans l\u2019\u00e9criture autobiographique\u00a0\u00bb, <em>Autobiographie, journal intime et psychanalyse<\/em>, ss la dir. de J.-F. Chiantaretto, A. Clancier, A. Roche, Economica, 2005, p.20.<\/li><li>D.-W. Winnicott, \u00ab\u00a0La th\u00e9orie de la relation parent-nourrisson\u00a0\u00bb, <em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Editions Payot, 1969, p.365.13- G. Guzman et al., \u00ab\u00a0Fun\u00e9railles d\u2019un double virtuel\u00a0\u00bb, <em>Adolescence<\/em>, 2012\/2, n\u00b080, p.381-390.<\/li><li>G. Guzman et al., \u00ab\u00a0Fun\u00e9railles d\u2019un double virtuel\u00a0\u00bb, <em>Adolescence<\/em>, 2012\/2, n\u00b080, p.389. Les auteurs pr\u00e9cisent que \u00ab\u00a0Internet, et les espaces virtuels qu\u2019il procure, offre <em>via<\/em> les r\u00e9seaux sociaux une nouvelle modalit\u00e9 de lien, particuli\u00e8rement adapt\u00e9 au fonctionnement adolescent\u00a0\u00bb, du fait des enjeux de s\u00e9paration-individuation, de la fragilit\u00e9 narcissique et des sentiments de solitudes et d\u2019abandon.<\/li><li>R. Roussillon \u00e9crit que le m\u00e9dium utilis\u00e9 dans le groupe th\u00e9rapeutique est en g\u00e9n\u00e9ral un m\u00e9dium inanim\u00e9, mat\u00e9riel. C\u2019est par le transfert et le travail avec la m\u00e9diation que celle-ci s\u2019anime de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue d\u00e9pos\u00e9e par le sujet dans le m\u00e9dium. R. Roussillon, \u00ab\u00a0M\u00e9diation et cr\u00e9ation. Pour une m\u00e9tapsychologie de la m\u00e9diation\u00a0\u00bb, <em>Le Journal des psychologues<\/em>, 2012\/5, n\u00b0298, p.31.<\/li><li>P. Gutton, <em>Le g\u00e9nie adolescent<\/em>, Odile Jacob, 2008,p.79.<\/li><li>Les fautes d\u2019orthographe sont d\u2019origine.<\/li><li>S. Doubrovsky, <em>Un amour de soi<\/em>, Gallimard, 2001, p.105.<\/li><li>P. Gutton, op. cit., p.148.<\/li><li>A. Brun, \u00ab\u00a0\u00c9criture de soi et temporalit\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019\u0153uvre de M. Leiris (1901-1990)\u00a0\u00bb, in <em>Cliniques de la cr\u00e9ation<\/em>, sous la dir. de A. Brun et J.-M. Talpin, Belgique\u00a0: De Boeck Sup\u00e9rieur \u00ab\u00a0Oxalis\u00a0\u00bb, 2007, p.8.<\/li><li>C. Forner, <em>Le jardin d\u2019Eden<\/em>, Soci\u00e9t\u00e9 des \u00e9crivains, 2013.<\/li><li>A. Brun, <em>\u00c9criture de soi et temporalit\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019\u0153uvre de M. Leiris (1901-1990)<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p.9.<\/li><li>D. Anzieu, <em>L\u2019auto-analyse de Freud et la d\u00e9couverte de la psychanalyse<\/em>, Tome 1, Paris\u00a0: P.U.F., 1959, p.26.<\/li><li>C. Forner, <em>op. cit.<\/em>, p.31.<\/li><li>P. Gutton, <em>op. cit.<\/em>, p.144.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10597?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parler de cr\u00e9ation et de ses environnements au 21e si\u00e8cle interpelle quant aux environnements contemporains tels que les espaces virtuels. L\u2019espace virtuel peut-il se constituer comme environnement propice au processus de cr\u00e9ation et comment cela peut-il \u00eatre possible&nbsp;? 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