{"id":10596,"date":"2021-08-22T07:32:22","date_gmt":"2021-08-22T05:32:22","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/exposition-david-hockney-2\/"},"modified":"2021-09-18T12:59:33","modified_gmt":"2021-09-18T10:59:33","slug":"exposition-david-hockney","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/exposition-david-hockney\/","title":{"rendered":"Exposition : David Hockney"},"content":{"rendered":"\n<p>Courez-y, si vous ne l\u2019avez d\u00e9j\u00e0 fait et pendant qu\u2019il est encore temps, avant que cette exposition grandiose, venant de la <em>Tate<\/em> de Londres, n\u2019aille \u00e0 New York au <em>Metropolitan<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les grandes \u0153uvres sont peut-\u00eatre celles qui nous posent sans cesse des questions. C\u2019est le cas avec Hockney. C\u2019est pourquoi on peut passer beaucoup de temps dans l\u2019exposition, ou y revenir, tant chaque \u0153uvre nous arr\u00eate et nous interroge. Avec Hockney, l\u2019\u00e9vidence devient une question. Un paysage, un visage, un int\u00e9rieur, une piscine, quoi de plus \u00e9vident&nbsp;? Et pourtant, avec lui tout devient \u00e9nigmatique. Qu\u2019est-ce que cela vient faire l\u00e0&nbsp;? Ce bouquet de tulipes&nbsp;? Ce nageur dans une piscine&nbsp;? Et pourtant. Que serait une piscine sans nageur&nbsp;? Que serait un nageur sans piscine&nbsp;? Mais ici ce rapport est d\u00e9construit, suscitant presque un sentiment d\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9. Qui est-il&nbsp;? Que fait-il l\u00e0&nbsp;? On retrouve ce sentiment dans la salle des doubles portraits. Tous magnifiques, mais tous troublants. Sur chaque tableau, il y a deux personnages, dans un d\u00e9cor tr\u00e8s stylis\u00e9, d\u00e9pouill\u00e9, presque vide, \u00e0 la Hopper. Peu d\u2019objets, mais on sent que chacun a une signification qui nous \u00e9chappe et qu\u2019on tente de d\u00e9coder, ou \u00e0 d\u00e9faut de deviner.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dire qu\u2019on ne s\u2019ennuie pas \u00e0 l\u2019exposition Hockney&nbsp;! Il nous met au travail, comme le fait Bion avec ses lecteurs \u00e0 qui il ne donne pas des id\u00e9es toutes faites mais qu\u2019il met en position de recr\u00e9er ses id\u00e9es. Les personnages ne semblent avoir aucun lien entre eux. Un peu comme chez Balthus. Ils s\u2019ignorent&nbsp;? Chacun dans sa bulle&nbsp;? Qui sont ces couples&nbsp;? Il y a en particulier, le portrait de ses parents, <em>My parents<\/em>. Fig\u00e9s, la m\u00e8re, assise, regarde le peintre, son fils&nbsp;; le p\u00e8re au contraire semble indiff\u00e9rent \u00e0 sa pr\u00e9sence, plong\u00e9 dans un livre. Il y a quelques objets&nbsp;: le p\u00e8re lit un ouvrage sur la photographie, dans l\u2019\u00e9tag\u00e8re il y a un livre sur Chardin et <em>A la Recherche<\/em>\u2026 de Proust, que Hockney a pass\u00e9 dix-huit mois \u00e0 lire \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt ans. Accroch\u00e9 au mur entre les deux parents, il y a un cadre-miroir, sur lequel est attach\u00e9 une carte du tableau de Fra Angelico, <em>Le bapt\u00eame du Christ<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une premi\u00e8re version, David Hockney s\u2019\u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 lui-m\u00eame dans ce miroir. Il l\u2019a quitt\u00e9 et remplac\u00e9 par un tableau. Modestie&nbsp;? Ou est-il sorti du tableau pour peindre la sc\u00e8ne&nbsp;? Le premier tableau peint par Hockney est un portrait de son p\u00e8re, qu\u2019il aimait beaucoup. Curieusement, dans cette \u0153uvre de jeunesse, il y a d\u00e9j\u00e0 un cadre, dont on ne sait pas si c\u2019est un tableau ou un miroir, car il se situe, presque cach\u00e9, derri\u00e8re le p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Parc des Sources, Vichy<\/em>, David Hockney a peint deux amis assis sur des chaises et une troisi\u00e8me chaise vide, la sienne, qu\u2019il a quitt\u00e9e. Passer d\u2019une position \u00e0 une autre afin d\u2019avoir une vision polyfocale. Dedans ou dehors ou les deux \u00e0 la fois, c\u2019est justement l\u2019enjeu des perspectives invers\u00e9es auxquelles est consacr\u00e9e une grande salle. \u00ab&nbsp;Quand vous renversez la perspective, ce que Picasso a fait avec le Cubisme, l\u2019observateur peut voir toutes les faces d\u2019un m\u00eame objet, il se d\u00e9place dans l\u2019espace et se trouve partout au m\u00eame instant&nbsp;\u00bb. La vision est mobile et s\u00e9quentielle, et la grande question pour les peintres est de rendre cette mobilit\u00e9, ce que ne peut pas faire la photographie, qui ne saisit qu\u2019un instant. Or on ne peut pas percevoir l\u2019espace sans le temps, dit Hockney, dans un petit texte tr\u00e8s int\u00e9ressant intitul\u00e9 Picasso. \u00ab&nbsp;Votre vue est compos\u00e9e de milliers d\u2019images changeantes que l\u2019esprit synth\u00e9tise en un tout&nbsp;\u00bb. La vid\u00e9o intitul\u00e9e <em>Les Quatre Saisons<\/em> nous fait plonger dans les quatre saisons d\u2019un m\u00eame paysage, au moyen de technologies num\u00e9riques tr\u00e8s sophistiqu\u00e9es. Et il est vrai que cela cr\u00e9e un effet magique.<\/p>\n\n\n\n<p>A 80 ans, Hockney continue \u00e0 se passionner &#8211; et \u00e0 pratiquer &#8211; toutes les nouvelles technologies au fur et \u00e0 mesurer qu\u2019elles apparaissaient sur le march\u00e9, fax, photocopieurs, i-phones, i-pads, dont il dit qu\u2019elles renouvellent le regard. Il y a le plaisir esth\u00e9tique, des couleurs, des compositions sophistiqu\u00e9es, des ambiances. Mais il y a aussi le plaisir intellectuel d\u2019\u00eatre avec une pens\u00e9e complexe, nourrie par une immense culture. Hockney est un penseur qui pense en images, sur \u00ab&nbsp;la fa\u00e7on de repr\u00e9senter l\u2019espace \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel nos esprits et nos corps se d\u00e9placent&nbsp;\u00bb, question fondamentale de la peinture.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis presque 80 ans, il a \u00ab&nbsp;toujours \u00e9t\u00e9 obs\u00e9d\u00e9 par le fait de voir&nbsp;\u00bb. Et \u00e0 onze ans, lui qui \u00e9tait d\u2019un milieu modeste, a d\u00e9cid\u00e9 de devenir peintre. Comment a pu na\u00eetre une telle vocation&nbsp;? C\u2019est toujours une question myst\u00e9rieuse. Un petit d\u00e9tail biographique&nbsp;: son p\u00e8re, qui n\u2019\u00e9tait pas artiste, peignait cependant des couchers de soleil sur les portes de la maison familiale. Et Hockney \u00e9voque l\u2019immense plaisir de poser de la peinture sur une surface. \u00ab&nbsp;Je pourrais passer une journ\u00e9e enti\u00e8re \u00e0 peindre une porte d\u2019une seule et m\u00eame couleur&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10596?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Courez-y, si vous ne l\u2019avez d\u00e9j\u00e0 fait et pendant qu\u2019il est encore temps, avant que cette exposition grandiose, venant de la Tate de Londres, n\u2019aille \u00e0 New York au Metropolitan. Les grandes \u0153uvres sont peut-\u00eatre celles qui nous posent sans&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1318],"thematique":[396],"auteur":[1391],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[638],"type_article":[451],"check":[2023],"class_list":["post-10596","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-exposition","thematique-art","auteur-simone-korff-sausse","mode-gratuit","revue-638","type_article-articles","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10596","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10596"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10596\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14176,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10596\/revisions\/14176"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10596"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10596"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10596"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10596"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10596"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10596"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10596"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10596"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10596"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}