{"id":10593,"date":"2021-08-22T07:32:22","date_gmt":"2021-08-22T05:32:22","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/deux-en-un-un-pour-deux-linterlocution-interne-de-lanalyste-en-question-2\/"},"modified":"2021-10-01T15:04:13","modified_gmt":"2021-10-01T13:04:13","slug":"deux-en-un-un-pour-deux-linterlocution-interne-de-lanalyste-en-question","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/deux-en-un-un-pour-deux-linterlocution-interne-de-lanalyste-en-question\/","title":{"rendered":"Deux en un, un pour deux : l\u2019interlocution interne de l\u2019analyste en question"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>Ou qu\u2019est-ce que la cure analytique si ce n\u2019est (&#8230;) non plus commander ou persuader, ce qui implique toujours de faire pression et de forcer en faisant appel \u00e0 quelque transcendance de la parole (devenant message), mais simplement activer de l\u2019entre entre l\u2019analysant et son analyste&nbsp;?<sup>1<\/sup>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La formulation m\u00eame du titre de ce colloque, avec le \u00ab&nbsp;ou&nbsp;\u00bb qui suppose le \u00ab&nbsp;et&nbsp;\u00bb, est essentielle dans les temps troubl\u00e9s o\u00f9 nous sommes en mati\u00e8re d\u2019identit\u00e9. Et le sous-titre oblige non seulement \u00e0 aborder la question du p\u00e8re et de la m\u00e8re dans les termes d\u2019un entre-deux, mais en outre situe cet entre-deux entre la bipolarit\u00e9 psychique masculin\/f\u00e9minin et la diff\u00e9rence corporelle des sexes. Est ainsi maintenue et revivifi\u00e9e la dimension de l\u2019\u00e9nigmatique, au c\u0153ur du lien entre le sexuel infantile et ce que j\u2019appellerais la composition relationnelle de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des remerciements adress\u00e9s aux organisateurs, je voudrais faire \u00e9tat de ma reconnaissance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Catherine Chabert. Dans <em>L\u2019amour de la diff\u00e9rence<\/em><sup>2<\/sup>, elle nous offre un apport th\u00e9orique et clinique d\u00e9cisif pour cette journ\u00e9e et trouve une forme d\u2019\u00e9criture en pleine connivence avec l\u2019exp\u00e9rience analytique, sans c\u00e9der \u00e0 la tentation fictionnelle, une \u00e9criture qui sait nous faire ressentir le contre-transfert et nous en parler. Ma reconnaissance va \u00e9galement \u00e0 Catherine Matha, qui m\u2019a fait d\u00e9couvrir la pens\u00e9e de Fran\u00e7ois Jullien, ce penseur de l\u2019entre-deux et de l\u2019\u00e9cart abordant les notions de diff\u00e9rence et d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u00e0 partir d\u2019une th\u00e9orisation de l\u2019intime. Il aura \u00e9t\u00e9 une source d\u2019inspiration d\u00e9cisive pour mon propos. Et il me semble tellement essentiel de garder \u00e0 l\u2019esprit que nous ne cessons de nous former, en tant que psychanalystes, <em>aussi<\/em>, de l\u2019ext\u00e9rieur de la psychanalyse. Dans un rapport qu\u2019il faut esp\u00e9rer cr\u00e9atif et singulier \u00e0 ce que Freud nommait les \u00ab&nbsp;sciences connexes&nbsp;\u00bb, mais surtout, \u00e0 partir de ce qui nous est donn\u00e9 \u00e0 vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ecrire, analyser, aimer. Qui \u00e9crit qui, qui analyse qui, qui aime qui&nbsp;? L\u2019\u00e9nigme du d\u00e9sir&nbsp;? Plut\u00f4t l\u2019\u00e9nigme de l\u2019amour, l\u00e0 o\u00f9 s\u2019associent le besoin et le d\u00e9sir, c\u2019est-\u00e0-dire l\u00e0 o\u00f9 il aura fallu que s\u2019intriquent suffisamment bien le d\u00e9sir et le besoin du p\u00e8re et de la m\u00e8re. La rencontre de l\u2019\u00e9nigme de l\u2019amour et de l\u2019\u00e9nigme de la cure, commun\u00e9ment appel\u00e9e amour de transfert, si elle a bien lieu dans l\u2019espace analytique, n\u2019est pleinement officialis\u00e9e que lorsque l\u2019analyste passe \u00e0 l\u2019\u00e9criture et accepte de voir dans les mots qu\u2019il \u00e9crit, la preuve des \u00e9prouv\u00e9s li\u00e9s \u00e0 son dialogue int\u00e9rieur en situation. Le dialogue int\u00e9rieur de l\u2019analyste<sup>3<\/sup> met en mots un ensemble de polarit\u00e9s, un espace tendu et d\u00e9ploy\u00e9 entre deux p\u00f4les, \u00e9missif et r\u00e9ceptif, actif et passif, le diff\u00e9rent et le semblable, la parole dans l\u2019\u00e9coute et l\u2019\u00e9coute dans la parole\u2026 Et avec ces diff\u00e9rentes figures de la s\u00e9paration et de l\u2019accueil, il s\u2019agit bien des diff\u00e9rents aspects des p\u00f4les masculin et f\u00e9minin d\u00e9terminant la vie psychique, dans ses multiples croisements avec les figures paternelles et maternelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>deux en un<\/em> de ce dialogue int\u00e9rieur chez l\u2019analyste d\u00e9ploie un entre-deux g\u00e9n\u00e9rant le <em>un pour deux<\/em> de l\u2019offre contre-transf\u00e9rentielle accueillant par anticipation la demande transf\u00e9rentielle &#8211; <em>un pour deux<\/em> dont vient t\u00e9moigner l\u2019\u00e9criture de l\u2019analyste lorsqu\u2019il s\u2019y risque et lorsqu\u2019il consent \u00e0 ne pas t\u00e9moigner pour l\u2019analysant, \u00e0 ne pas occuper toute la place, mais \u00e0 donner sa version de l\u2019entre-deux du transfert et du contre-transfert, laissant ainsi la place \u00e0 une version potentielle, autre, de l\u2019autre. L\u2019analyste s\u2019affirme par l\u00e0, jusque dans l\u2019apr\u00e8s-coup, comme tiers garant du cadre, c\u2019est-\u00e0-dire aussi garant du caract\u00e8re irr\u00e9ductiblement \u00e9nigmatique du fonctionnement de l\u2019un et de l\u2019autre comme de la relation de l\u2019un avec l\u2019autre. Le <em>un pour deux<\/em> est ici suppos\u00e9 se situer tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du <em>un en deux<\/em> de la non-s\u00e9paration, de la compl\u00e9tude imaginaire que cherchent \u00e0 maintenir par l\u2019agir les patients chez qui pr\u00e9domine une probl\u00e9matique limite, pour lesquels l\u2019angoisse de la perte pr\u00e9vaut sur l\u2019angoisse de castration.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Premi\u00e8re sc\u00e8ne<\/em><\/strong>. P\u00e8re <em>ou<\/em> m\u00e8re&nbsp;? Un gar\u00e7on de dix ans voit son p\u00e8re poignarder \u00e0 mort sa m\u00e8re devant lui. Il est plac\u00e9 dans un foyer d\u2019accueil et pris en charge par une psychologue qu\u2019il semble investir. La prise en charge est interrompue apr\u00e8s quelques mois, du fait du placement dans une famille d\u2019accueil. L\u2019\u00e9ducatrice r\u00e9f\u00e9rente propose alors \u00e0 l\u2019enfant de rencontrer un analyste. Lors du premier rendez-vous, hors la pr\u00e9sence de l\u2019enfant, elle raconte la chose \u00e0 l\u2019analyste et pr\u00e9cise les troubles du sommeil et de l\u2019attention qui, outre la tristesse envahissante, l\u2019ont amen\u00e9e \u00e0 proposer cette rencontre. Puis, en pr\u00e9sence de l\u2019enfant, elle souligne le besoin de l\u2019enfant de parler de tout ce qui lui est arriv\u00e9. L\u2019enfant sourit et restera souriant et dans le d\u00e9sir de communiquer les deux premi\u00e8res s\u00e9ances, pendant lesquelles il parle de sa famille d\u2019accueil puis dessine silencieusement. Il dessine, d\u2019une part, la sc\u00e8ne du meurtre de sa m\u00e8re, d\u2019autre part, une sc\u00e8ne familiale de facture apparemment \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb, \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019y manque le p\u00e8re&nbsp;! L\u2019analyste est troubl\u00e9 car il n\u2019est plus s\u00fbr de la sc\u00e8ne de meurtre \u00e9voqu\u00e9e par l\u2019\u00e9ducatrice et il se sent pris dans une position du type double contrainte, o\u00f9 il ne peut ni <em>interroger<\/em> l\u2019enfant, ni y renoncer. Et l\u2019enfant, \u00e0 partir de la s\u00e9ance d\u2019apr\u00e8s, o\u00f9 il d\u00e9chire le dessin du meurtre, s\u2019installe durablement dans un silence provocateur, sur le mode surjou\u00e9 du \u00ab&nbsp;Quoi&nbsp;? Pourquoi tu me regardes&nbsp;?&nbsp;\u00bb. La p\u00e9riode silencieuse d\u00e9bouche sur une p\u00e9riode de plus en plus provocatrice, explorant les limites du cadre sur un mode relativement temp\u00e9r\u00e9, jouant l\u2019agressivit\u00e9 plut\u00f4t que l\u2019agissant. Au fil des s\u00e9ances, de brefs moments d\u2019humour partag\u00e9 se font jour pour accompagner les provocations. Ces moments apparaissent apr\u00e8s deux s\u00e9ances marqu\u00e9es par des larmes li\u00e9es \u00e0 une peur r\u00e9actionnelle, suite \u00e0 une intervention de l\u2019analyste marquant la limite \u00e0 ne pas d\u00e9passer. Dans ce m\u00eame mouvement, la pr\u00e9occupation obs\u00e9dante de l\u2019enfant, concernant la fiabilit\u00e9 de l\u2019engagement de l\u2019analyste \u00e0 ne pas parler des s\u00e9ances \u00e0 l\u2019\u00e9ducatrice ou \u00e0 l\u2019assistante maternelle, s\u2019apaise notablement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces premiers mois de psychoth\u00e9rapie, l\u2019analyste est investi transf\u00e9rentiellement comme le p\u00e8re qui supplante la m\u00e8re (la psychologue, voire l\u2019\u00e9ducatrice) et pourrait non seulement la <em>planter<\/em> mais aussi et surtout <em>planter<\/em> le fils, t\u00e9moin du meurtre et venant en t\u00e9moigner. <em>Planter<\/em>&nbsp;: poignarder et concevoir. La figure transf\u00e9rentielle du p\u00e8re associe le meurtre et la conception, l\u2019angoisse du meurtre et la demande d\u2019amour. L\u2019analyste est ainsi d\u2019embl\u00e9e amen\u00e9 \u00e0 prendre la mesure de son offre contre-transf\u00e9rentielle&nbsp;: <em>l\u2019accueil<\/em> du besoin vital qu\u2019a l\u2019enfant d\u2019\u00eatre accueilli, c\u2019est-\u00e0-dire, pour Ferenczi, investi comme gratifiant aux plans narcissique et libidinal, indissociablement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Deuxi\u00e8me sc\u00e8ne<\/em><\/strong>. Un homme quitte une femme. La m\u00e8re de ses enfants. Pour une autre femme, elle aussi m\u00e8re. Il est plus \u00e2g\u00e9 que celle-ci, leurs parents et leurs enfants ont toutefois le m\u00eame \u00e2ge. Avec la premi\u00e8re femme, il s\u2019aimait survivant et il l\u2019aimait pour sa capacit\u00e9, \u00e0 elle, de survivre \u00e0 <em>leur<\/em> autodestructivit\u00e9. Il sollicitait alors l\u2019analyste comme t\u00e9moin impuissant et interdit d\u2019\u00e9coute, maintenu dans une position de m\u00e8re toute-puissante venant menacer un lien conjugal fond\u00e9 sur l\u2019investissement d\u2019un penser commun. Avec la seconde femme, il entreprend de s\u2019ouvrir au risque de l\u2019amour et de permettre \u00e0 l\u2019amour de survivre \u00e0 <em>son<\/em> autodestructivit\u00e9, qu\u2019il peut enfin ressentir et exp\u00e9rimenter dans le transfert sur l\u2019analyste. L\u2019analyste est autoris\u00e9 maintenant \u00e0 occuper et une position tierce, de garant du cadre, et une place de p\u00e8re tuable &#8211; tuable parce que vivant et capable de survivre \u00e0 la haine. Avec la premi\u00e8re femme, l\u2019homme, \u00e0 d\u00e9faut de disposer en lui de quelqu\u2019un pour l\u2019aimer, cherchait \u00e0 se rendre aimable comme enfant d\u00e9prim\u00e9 et mal accueilli. Du m\u00eame geste, il r\u00e9cusait sa d\u00e9pression dans le recours \u00e0 l\u2019agir. Un agir visant \u00e0 d\u00e9placer la haine sur la femme, particuli\u00e8rement lorsqu\u2019elle est devenue m\u00e8re &#8211; une haine auto- destructrice du f\u00e9minin malade chez sa m\u00e8re et son p\u00e8re. Avec la seconde femme, qui ne supporte pas ses postures d\u2019enfant mal aim\u00e9, il tend \u00e0 accepter de s\u2019aimer mieux en prenant contact en lui avec l\u2019enfant d\u00e9prim\u00e9. Il para\u00eet pouvoir suffisamment d\u00e9sirer et \u00eatre d\u00e9sir\u00e9 par la femme dans la m\u00e8re et la m\u00e8re dans la femme, tout en jouant, semble-t-il avec mesure, hors toute confusion, le r\u00f4le fantasmatique attendu par elle et pour elle, de p\u00e8re et de m\u00e8re, diff\u00e9rents et compl\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyste aura d\u00fb pour cela, et pendant une longue p\u00e9riode, supporter le labeur du contre-transfert. Un labeur contre-transf\u00e9rentiel lui permettant de suffisamment incarner dans le transfert une figure hybride m\u00ealant le f\u00e9minin malade du p\u00e8re et de la m\u00e8re&nbsp;: incapable d\u2019accueillir, c\u2019est-\u00e0-dire de prendre soin, et impuissant \u00e0 s\u00e9parer, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 penser.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Troisi\u00e8me sc\u00e8ne.<\/em><\/strong> Une femme rencontre un homme qui quitte une femme pour elle. Elle vient juste de commencer une analyse et sera longtemps occup\u00e9e par un fantasme obs\u00e9dant&nbsp;: l\u2019analyste lui aurait adress\u00e9 cet homme, comme une sorte d\u2019auxiliaire, pour l\u2019aider \u00e0 la fois \u00e0 vivre et \u00e0 faire son analyse. Elle se pr\u00e9cipite dans une vie commune avec cet homme et commencera une mani\u00e8re de travail analytique avec lui &#8211; travail dont elle parle de mani\u00e8re d\u00e9taill\u00e9e \u00e0 l\u2019analyste, r\u00e9duit \u00e0 la position silencieuse d\u2019une complicit\u00e9 vis-\u00e0-vis de son dessaisissement. Lorsqu\u2019enfin la femme pourra interroger ses sentiments amoureux dans son analyse, l\u2019analyste r\u00e9pondra par un agir contre-transf\u00e9rentiel, peut-\u00eatre in\u00e9vitable&nbsp;: il voudra la rassurer en lui confirmant qu\u2019elle aimait son compagnon. La femme pourra alors commencer \u00e0 ha\u00efr l\u2019analyste et par l\u00e0 m\u00eame, commencer son analyse, c\u2019est-\u00e0-dire commencer \u00e0 utiliser l\u2019analyste, au sens winnicottien du terme.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019agir de l\u2019analyste a rendu manifeste le refoulement de sa haine pour la patiente qui le dessaisissait de sa position au profit de l\u2019homme \u00ab&nbsp;aim\u00e9&nbsp;\u00bb. Et de ce fait, il a autoris\u00e9 la patiente \u00e0 exprimer sa propre haine et non plus \u00e0 l\u2019agir &#8211; sa haine pour l\u2019analyste, qui prenait projectivement la d\u00e9fense de l\u2019homme et se prot\u00e9geait ainsi tant de sa haine \u00e0 lui que de sa haine \u00e0 elle&nbsp;; et sa haine pour l\u2019homme, qui en jouant \u00e0 l\u2019analyste exer\u00e7ait une emprise sur elle d\u2019autant plus forte qu\u2019elle la requ\u00e9rait, elle, pour se prot\u00e9ger du risque de l\u2019amour. Car l\u2019enjeu que rec\u00e9lait et r\u00e9v\u00e9lait ce d\u00e9but d\u2019analyse, c\u2019\u00e9tait bien le rem\u00e8de co\u00fbteux utilis\u00e9 face \u00e0 l\u2019angoisse de perdre l\u2019amour&nbsp;: la haine pour l\u2019autre l\u00e0 o\u00f9 il est emp\u00each\u00e9 d\u2019aimer, une haine ayant fonction de d\u00e9saveu chez soi du besoin de l\u2019amour au c\u0153ur du d\u00e9sir. Et la confrontation \u00e0 l\u2019angoisse de la perte supposait de sortir de la confusion entre l\u2019analyse et la vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Quatri\u00e8me sc\u00e8ne<\/em><\/strong>. Un homme perd sa femme et sa s\u0153ur dans la m\u00eame p\u00e9riode, toutes les deux d\u00e9c\u00e9d\u00e9es d\u2019un cancer foudroyant. Pendant des ann\u00e9es, il reste fid\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00e9pouse morte, s\u2019occupant avec soin des enfants dans une maison restant strictement inchang\u00e9e. Rencontrant une nouvelle femme et s\u2019installant dans un lien amoureux durable, il est saisi d\u2019angoisses corporelles extr\u00eames qui l\u2019am\u00e8nent vers un analyste &#8211; il en a d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 plusieurs \u00e0 diff\u00e9rents moments de sa vie, sans jamais parvenir \u00e0 v\u00e9ritablement les utiliser, toujours au sens winnicottien. Ces angoisses, qui ne rel\u00e8vent pas en propre d\u2019un registre hypocondriaque, ont pour lieu exclusif le ventre et se manifestent \u00e9lectivement en relation avec l\u2019engagement amoureux actuel. Apr\u00e8s un accident somatique grave, ayant n\u00e9cessit\u00e9 une op\u00e9ration en urgence, les angoisses de fa\u00e7on surprenante s\u2019apaisent plut\u00f4t et la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9pouse morte commence \u00e0 appara\u00eetre comme un \u00e9cran protecteur vis-\u00e0-vis d\u2019une m\u00e8re au phallicisme triomphant&nbsp;: impossible \u00e0 perdre et impossible \u00e0 aimer, en place d\u2019amante mortif\u00e8re et de meurtri\u00e8re d\u2019un p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9 depuis d\u00e9j\u00e0 longtemps d\u2019une maladie grave.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques mois plus tard, la m\u00e8re meurt et le fils vend la maison qui le rattachait \u00e0 l\u2019\u00e9pouse morte. Il part s\u2019installer avec sa nouvelle compagne dans la ville de son enfance, \u00e0 bonne distance de sa maison natale, qui \u00e9tait habit\u00e9e par sa m\u00e8re et qu\u2019il d\u00e9cide de conserver comme maison familiale de vacances, lui permettant d\u2019accueillir enfants et petits-enfants. La psychoth\u00e9rapie est ainsi interrompue, au bout de quelques ann\u00e9es. Et les angoisses reviennent rapidement. L\u2019homme appelle l\u2019analyste au t\u00e9l\u00e9phone, qui lui en avait propos\u00e9 la possibilit\u00e9. Apr\u00e8s deux entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques, l\u2019homme profite d\u2019un voyage pour solliciter une s\u00e9ance, laquelle sera exceptionnelle, dans tous les sens du terme. \u00c9crivain reconnu vivant de sa plume, son discours associe alors de fa\u00e7on saisissante deux \u00e9l\u00e9ments apparemment \u00e9trangers. D\u2019une part, il constate une \u00e9volution de son \u00e9criture, qui abandonne ce qu\u2019il nomme \u00ab&nbsp;un roman familial&nbsp;\u00bb centr\u00e9 sur la lign\u00e9e paternelle, pour une \u00e9criture pleinement fictionnelle. D\u2019autre part, il met en mots de fa\u00e7on in\u00e9dite ses angoisses corporelles au niveau du ventre&nbsp;: \u00ab&nbsp;un trou&nbsp;\u00bb, comme \u00ab&nbsp;une fermeture \u00e9clair qui s\u2019ouvre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La catastrophe, qui avait trouv\u00e9 son lieu dans le corps, peut enfin avoir lieu dans des mots trouvant la bonne adresse transf\u00e9rentielle. Les angoisses habitant le ventre et qui permettaient la rencontre catastrophique du p\u00e8re et de la m\u00e8re, se d\u00e9livrent dans une parole qui <em>s\u2019ouvre<\/em> et s\u2019offre \u00e0 l\u2019analyste. L\u2019homme met en \u0153uvre l\u2019apr\u00e8s-coup&nbsp;: l\u2019apr\u00e8s-coup de la mort de sa m\u00e8re, de la vente de la maison le s\u00e9parant de l\u2019\u00e9pouse morte et de la s\u00e9paration d\u2019avec l\u2019analyste. Cette mise en \u0153uvre de l\u2019apr\u00e8s-coup est confirm\u00e9e par le discours sur l\u2019\u00e9criture, qui peut se reconna\u00eetre lib\u00e9r\u00e9e da la t\u00e2che qui lui \u00e9tait allou\u00e9e jusque-l\u00e0&nbsp;: combler le vide de p\u00e8re pour la m\u00e8re &#8211; pour la m\u00e8re et non pas pour lui. Les mots deviennent aptes \u00e0 exprimer l\u2019angoisse et montrent \u00e0 l\u2019analyste la sc\u00e8ne fantasmatique de la rencontre en l\u2019homme de ses p\u00e8re et m\u00e8re. Ils l\u2019autorisent \u00e0 se voir en train de mettre \u00e0 l\u2019\u0153uvre p\u00e8re et m\u00e8re&nbsp;: autrement dit, de na\u00eetre \u00e0 lui-m\u00eame. L\u2019\u00e9criture viendrait donner un corps \u00e0 cette naissance, non plus assigner une place vid\u00e9e mais d\u00e9signer une place vacante, \u00e0 occuper. L\u2019absence et l\u2019\u00e9cart se sont possiblement substitu\u00e9s au vide et \u00e0 la confusion dans et par la repr\u00e9sentation du vide et de la confusion &#8211; la mise en mots permettant d\u2019associer plus librement \u00e9prouv\u00e9, affect, repr\u00e9sentations de mot et de chose. Et \u00e0 la fin de cette s\u00e9ance si particuli\u00e8re, l\u2019homme demandera \u00e0 l\u2019analyste de revenir pour des s\u00e9ances \u00e9pisodiques, programm\u00e9es en fonction de ses voyages &#8211; ce que l\u2019analyste acceptera. Peut-\u00eatre comme pour mettre en jeu l\u2019absence et mettre du jeu dans l\u2019identit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 il y avait l\u2019identique de la r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces situations cliniques sont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment diverses. Diverses quant au type de mat\u00e9riel&nbsp;: le tout d\u00e9but d\u2019une psychoth\u00e9rapie, la derni\u00e8re phase d\u2019une longue analyse, la r\u00e9sistible mise en place d\u2019une analyse, l\u2019interruption d\u2019une psychoth\u00e9rapie. Et diverses aussi quant aux probl\u00e9matiques&nbsp;: un gar\u00e7on confront\u00e9 au meurtre de sa m\u00e8re par son p\u00e8re&nbsp;; un homme se s\u00e9parant de la m\u00e8re de ses enfants avec laquelle il s\u2019enfermait dans la haine du f\u00e9minin malade de ses p\u00e8re et m\u00e8re&nbsp;; une femme cherchant la haine de l\u2019analyste pour ouvrir la possibilit\u00e9 de l\u2019analyse et de l\u2019amour&nbsp;; un homme qui trouve comme \u00e9crivain une mani\u00e8re de combler le vide de p\u00e8re pour la m\u00e8re. Avec cette diversit\u00e9 clinique, je voulais sugg\u00e9rer la diversit\u00e9 des probl\u00e9matiques caract\u00e9risant la psycho-pathologie des limites, qui convoque comme on sait les limites de la psychanalyse et des psychanalystes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste qu\u2019une modalit\u00e9 d\u2019\u00e9criture clinique s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 moi, tr\u00e8s s\u00e9lective et orient\u00e9e, avec quatre \u00ab&nbsp;sc\u00e8nes cliniques&nbsp;\u00bb l\u2019une \u00e0 la suite de l\u2019autre, le recours \u00e0 la troisi\u00e8me personne et surtout, une pr\u00e9sentation particuli\u00e8re des patients &#8211; revendiquant sa nature contre-transf\u00e9rentielle et mettant au premier plan la reconstruction de la dynamique de vie du patient, plut\u00f4t que la reconstruction de la dynamique de la cure. L\u2019essentiel d\u2019une cure se joue autour de la capacit\u00e9 de l\u2019analysant \u00e0 <em>cr\u00e9er<\/em> seul et dans le lien maintenu \u00e0 l\u2019analyste, entre les s\u00e9ances, dans sa vie int\u00e9rieure et relationnelle, ce qu\u2019il <em>trouve<\/em> avec l\u2019analyste pendant les s\u00e9ances &#8211; ce qu\u2019il trouve&nbsp;: les potentialit\u00e9s cr\u00e9atrices d\u2019un \u00e9cart de la r\u00e9ponse de l\u2019analyste par rapport \u00e0 la demande transf\u00e9rentielle. Or, cette capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre seul dans l\u2019absence et la pr\u00e9sence de l\u2019autre est plus ou moins d\u00e9faillante avec une probl\u00e9matique limite. Elle doit \u00eatre gagn\u00e9e \u00e0 partir du fa\u00e7onnage de cet entre-deux du transfert et du contre-transfert, dans la s\u00e9ance, par le dialogue <em>en<\/em> l\u2019analyste (<em>deux en un<\/em>). Et le but consiste pr\u00e9cis\u00e9ment ici \u00e0 montrer l\u2019\u0153uvre de ce dialogue int\u00e9rieur au travers d\u2019une pr\u00e9sentation clinique unifi\u00e9e par le travail d\u2019\u00e9laboration contre-transf\u00e9rentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dialogue int\u00e9rieur de l\u2019analyste conditionne chez les patients domin\u00e9s par une probl\u00e9matique limite l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 comme espace de l\u2019entre-deux, de l\u2019\u00e9cart int\u00e9rieur entre soi et l\u2019autre, de la tension entre les p\u00f4les masculin et f\u00e9minin crois\u00e9s avec les figures paternelle et maternelle de la s\u00e9paration et de l\u2019accueil. Ce dialogue int\u00e9rieur prend en charge en l\u2019analyste la confrontation entre la demande transf\u00e9rentielle et l\u2019offre contre-transf\u00e9rentielle. L\u2019analyste se parle pendant la s\u00e9ance, autre mani\u00e8re de dire qu\u2019il \u00e9coute son \u00e9coute, que son \u00e9coute a besoin d\u2019un interlocuteur interne, semblable diff\u00e9rent en soi qui ouvre l\u2019au-del\u00e0 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi, dans les mots, \u00e0 travers l\u2019exp\u00e9rience du deux en un.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019au-del\u00e0&nbsp;:<\/em> en termes plus convenus, est d\u00e9sign\u00e9e ainsi la fonction tierce du cadre, telle qu\u2019elle est garantie par le tiers interne ou le cadre interne de l\u2019analyste. Le deux en un, le dialogue en l\u2019analyste vient mat\u00e9rialiser l\u2019espace int\u00e9rieur de celui-ci comme espace de l\u2019entre-deux g\u00e9n\u00e9rant et mettant \u00e0 l\u2019\u0153uvre le cadre interne dans sa fonction de diff\u00e9renciation et de contenance. La dimension du tiers n\u2019est pas possible sans le cadre interne et avec une probl\u00e9matique limite, il faut d\u2019abord rendre possible cette dimension, qui ne peut advenir pour le patient qu\u2019avec <em>l\u2019exp\u00e9rience<\/em> du dialogue int\u00e9rieur chez l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul Denis l\u2019a rappel\u00e9 dans un livre r\u00e9cent<sup>4<\/sup>, le concept m\u00eame de contre-transfert a constitu\u00e9 un enjeu central tout au long de l\u2019histoire de la psychanalyse jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Les controverses concernent la l\u00e9gitimit\u00e9 m\u00eame du concept, contest\u00e9e par Lacan. Elles portent aussi sur la conception restreinte ou \u00e9largie du concept&nbsp;: d\u00e9signe-t-il seulement les r\u00e9actions pr\u00e9conscientes et inconscientes de l\u2019analyste au transfert&nbsp;? Je me situe quant \u00e0 moi dans la lign\u00e9e des travaux de Michel Neyraut<sup>5<\/sup> puis Andr\u00e9 Green<sup>6<\/sup>, qui ont d\u00e9finitivement th\u00e9oris\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019une pr\u00e9cession du contre-transfert sur le transfert, d\u2019une offre contre-transf\u00e9rentielle pr\u00e9c\u00e9dant et conditionnant la demande transf\u00e9rentielle &#8211; Neyraut allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 penser le contre-transfert en termes de demande. Il s\u2019agit bien de d\u00e9finir le contre-transfert comme l\u2019implication du fonctionnement psychique de l\u2019analyste par le transfert de l\u2019analysant. Et l\u2019implication porte sur l\u2019ensemble du fonctionnement psychique de l\u2019analyste&nbsp;: non seulement tout ce qui a trait \u00e0 sa pratique analytique (son exp\u00e9rience clinique, sa formation, ses appartenances institutionnelles, sa conception de la psychanalyse et ses engagements th\u00e9oriques), mais tous les investissements relationnels, sociaux et culturels qui le constituent dans la dynamique de ses identifications. Il faut bien pr\u00e9ciser n\u00e9anmoins que cet ensemble est relatif, \u00e0 trois \u00e9gards&nbsp;: du fait qu\u2019il est \u00e9volutif et par nature non totalisable au regard du parcours de vie et de formation de l\u2019analyste&nbsp;; du fait qu\u2019il est au moins potentiellement modifiable \u00e0 chaque s\u00e9ance et bien s\u00fbr avec chaque patient&nbsp;; et surtout du fait que cet ensemble est impliqu\u00e9 <em>chaque fois diff\u00e9remment et partiellement avec chaque patient<\/em> &#8211; in\u00e9galement aimant\u00e9 dans la singularit\u00e9 toujours in\u00e9dite du transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste le plus important&nbsp;: le transfert implique toujours l\u2019inanalys\u00e9 de l\u2019analyste, qui active le destin en l\u2019analyste de l\u2019inanalys\u00e9 de ses propres analystes. Tel est bien le c\u0153ur du contre-transfert, c\u2019est-\u00e0-dire le c\u0153ur vivant et <em>instabilisant<\/em> de la position d\u2019analyste. Cette instabilit\u00e9 est constitutionnelle et se r\u00e9v\u00e8le dans le dialogue originel et originaire de Freud et Ferenczi, dialogue qui vient d\u00e9ployer de fa\u00e7on \u00e0 la fois f\u00e9conde et malheureuse la polarit\u00e9, la dualit\u00e9 cr\u00e9atrice au principe m\u00eame du processus cr\u00e9ateur chez Freud. Le dialogue Freud-Ferenczi vient mat\u00e9rialiser le passage, d\u2019un auto-transfert dans l\u2019\u00e9criture, caract\u00e9risant la cr\u00e9ation d\u2019abord solitaire de Freud, \u00e0 un croisement transf\u00e9rentiel dans l\u2019alliance du commencement freudien et du recommencement ferenczien<sup>7<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme pour tout analyste, la th\u00e9orie a chez Ferenczi une fonction d\u2019auto-observation et d\u2019auto-th\u00e9orisation, enjeu d\u2019une lutte entre lev\u00e9e et renforcement du refoulement &#8211; \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019elle prend chez lui une charge dramatique particuli\u00e8re. Une charge qui tient autant \u00e0 la donne structurale de leurs places respectives dans la sc\u00e8ne <em>originelle<\/em> de la psychanalyse qu\u2019\u00e0 la personnalit\u00e9 de Ferenczi et Freud &#8211; notamment l\u2019embo\u00eetement catastrophique de leur relation au registre maternel. Freud est un analyste d\u00e9finitivement sans analyste, pour lequel la place de l\u2019analyste est occup\u00e9e par l\u2019invention de la psychanalyse. Face \u00e0 lui, Ferenczi est un analysant d\u00e9finitivement sans analyste, condamn\u00e9 \u00e0 faire comme Freud alors qu\u2019il ne peut, lui, que r\u00e9inventer la psychanalyse&nbsp;: r\u00e9inventer la psychanalyse afin d\u2019occuper pour Freud la place de l\u2019analyste, c\u2019est-\u00e0-dire donc de l\u2019analyste de l\u2019analyste, dans l\u2019espoir ou l\u2019attente d\u2019avoir un analyste et d\u2019\u00eatre un analysant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019apr\u00e8s-coup de cette impossibilit\u00e9 inaugurale, chaque analyste, dans l\u2019intimit\u00e9 de l\u2019affectation transf\u00e9rentielle des patients, doit apprendre \u00e0 renoncer \u00e0 faire l\u2019analyste <em>et<\/em> pour Freud <em>et<\/em> pour Ferenczi. Cela signifie qu\u2019il revient \u00e0 l\u2019analyste d\u2019assumer pour lui-m\u00eame d\u2019investir <em>fantasmatiquement<\/em> la place d\u2019analyste de son propre analyste et d\u2019autoriser le patient \u00e0 rivaliser avec lui \u00e0 cet endroit &#8211; la responsabilit\u00e9 de l\u2019analyste \u00e9tant de maintenir un \u00e9cart diff\u00e9rentiel suffisant entre les fantasmes de l\u2019un et les fantasmes de l\u2019autre. Pour cela, il appartient \u00e0 l\u2019analyste de distinguer, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, sa r\u00e9ponse contre-transf\u00e9rentielle en r\u00e9action \u00e0 l\u2019affectation transf\u00e9rentielle et d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, ce que j\u2019appellerais l\u2019\u0153uvre contre-transf\u00e9rentielle. L\u2019\u0153uvre contre-transf\u00e9rentielle, soit un travail \u00e9laboratif d\u00e9m\u00ealant ce qui reste agissant &#8211; susceptible d\u2019induire un agir &#8211; de son transfert sur son propre analyste, et ce qui rel\u00e8ve de son offre au transfert du patient.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dialogue entre Freud et Ferenczi n\u2019a pu trouver son lieu &#8211; lieu que chaque analyste a la charge de trouver\/cr\u00e9er en lui, dans la situation analytique. Autrement dit, la rencontre analytique de Freud et Ferenczi, si elle n\u2019a pas lieu dans la mesure o\u00f9 n\u2019advient qu\u2019une relation, qui plus est \u00e0 dominante passionnelle, donne vraiment lieu \u00e0 la mise en \u0153uvre, <em>entre eux deux<\/em>, d\u2019un inanalys\u00e9 qui n\u2019appartient en propre, ni \u00e0 l\u2019un, ni \u00e0 l\u2019autre. Apr\u00e8s eux, chaque analyste, dans son penser hors la cure ou \u00e0 partir de la cure, est suppos\u00e9 affronter la t\u00e2che d\u2019avoir \u00e0 rendre vivable, \u00e9laborable et cr\u00e9atif le travail en lui de l\u2019inanalys\u00e9 de ses analystes, tel qu\u2019il rencontre ses propres r\u00e9sistances \u00e0 l\u2019analyse dans la pratique m\u00eame de l\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sans doute dans cette perspective qu\u2019il faudrait reconsid\u00e9rer beaucoup des questions qui nous agitent en tant qu\u2019analystes autour du contre- transfert, telles qu\u2019elles sont rendues plus vives avec les probl\u00e9matiques limites. On a longtemps sch\u00e9matiquement oppos\u00e9 l\u2019id\u00e9e de neutralit\u00e9 et le primat des exigences scientifiques, chez Freud, \u00e0 l\u2019analyse mutuelle et au primat des exigences th\u00e9rapeutiques, chez Ferenczi. Et ce sch\u00e9ma p\u00e8se aujourd\u2019hui encore lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019opposer fonction miroir et fonction empathique de l\u2019analyste, opposition que la clinique des limites obligerait \u00e0 penser en termes de tension n\u00e9cessaire plut\u00f4t qu\u2019en termes d\u2019exclusion. Plus fondamentalement, l\u2019investissement sexuel et narcissique du fonctionnement psychique du patient par l\u2019analyste, en tant qu\u2019il est source d\u2019une auto- investigation de son propre psychisme, caract\u00e9rise toute cure. Mais il devient l\u2019enjeu central avec une probl\u00e9matique limite.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse n\u2019est possible que si le patient peut faire l\u2019exp\u00e9rience de <em>se retrouver<\/em> dans le fonctionnement psychique de l\u2019analyste, ce qui suppose pour ce type de patients de pouvoir le ha\u00efr&nbsp;: ha\u00efr l\u2019analyste l\u00e0 o\u00f9 le patient est ha\u00ef par lui, c\u2019est-\u00e0-dire l\u00e0 o\u00f9 il peut adresser son auto-destructivit\u00e9 et donc la transformer en destructivit\u00e9, puis en agressivit\u00e9, si l\u2019un et l\u2019autre y survivent. L\u2019attaque portera bien s\u00fbr au plus vif de l\u2019inanalys\u00e9 de l\u2019analyste, au plus vif de ce qui reste inanalys\u00e9 voire inanalysable de son transfert sur ses propres analystes. L\u2019acte interpr\u00e9tatif devra \u00eatre avec ces patients ch\u00e8rement gagn\u00e9, dans la mesure o\u00f9, comme l\u2019a bien th\u00e9oris\u00e9 Neyraut, il a pour origine un affect contre-transf\u00e9rentiel en prise directe avec l\u2019inanalys\u00e9 de l\u2019analyste. Le dialogue int\u00e9rieur de l\u2019analyste comme lieu et vecteur d\u2019auto-observation devient ainsi essentiel, en ce qu\u2019il produit et constitue du tiers, seule mani\u00e8re de sauver la distinction entre le cadre et l\u2019analyste, distinction que les probl\u00e9matiques limites attaquent. Pour le dire autrement, l\u2019enjeu est ici le maintien pour le patient d\u2019un \u00e9cart entre l\u2019analyste interpr\u00e8te et l\u2019analyste <em>affectuable<\/em> -le registre limite faisant du patient un tueur d\u2019affects en mal d\u2019adresse.<\/p>\n\n\n\n<p>Laurence Kahn l\u2019a soulign\u00e9 r\u00e9cemment avec force<sup>8<\/sup>, apr\u00e8s Andr\u00e9 Green&nbsp;: la sc\u00e8ne analytique se joue \u00e0 quatre et non pas \u00e0 deux, activant l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 interne de l\u2019analyste et de l\u2019analysant. \u00c0 ceci pr\u00e8s qu\u2019avec un patient aux prises avec une probl\u00e9matique limite, le contact avec son alt\u00e9rit\u00e9 interne doit \u00eatre (r)\u00e9tabli dans et par l\u2019attaque de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 interne de l\u2019analyste.<\/p>\n\n\n\n<p>Je terminerai n\u00e9anmoins en revenant \u00e0 un registre plus n\u00e9vrotique, en r\u00e9sonance avec <em>L\u2019amour de la diff\u00e9rence<\/em>, de Catherine Chabert et <em>L\u2019\u00e9cart et l\u2019entre<\/em>, de Fran\u00e7ois Jullien. Et si l\u2019intime cr\u00e9\u00e9 \u00e0 deux dans l\u2019analyse permettait de repenser l\u2019entre-deux entre p\u00e8re et m\u00e8re, dans l\u2019alliance et l\u2019\u00e9cart du masculin et du f\u00e9minin en <em>chaque un<\/em> des deux&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Jullien F. (2012), <em>L\u2019\u00e9cart et l\u2019entre<\/em>, Galil\u00e9e, pp. 65-66.<\/li><li>Chabert C. (2011), <em>L\u2019amour de la diff\u00e9rence<\/em>, PUF.<\/li><li><em>Cf.<\/em> Chiantaretto J.-F. (2011), <em>Trouver en soi la force d\u2019exister. Clinique et \u00e9criture<\/em>, Campagne Premi\u00e8re.<\/li><li>Denis P. (2010), <em>Rives et d\u00e9rives du contre-transfert<\/em>, Paris, PUF.<\/li><li>Neyraut M. (1974), <em>Le transfert<\/em>, Paris, PUF.<\/li><li><em>Cf.<\/em> notamment Green A. (1974), \u00ab&nbsp;L\u2019analyste, la symbolisation et l\u2019absence dans le cadre analytique&nbsp;\u00bb, in Green A., <em>La folie priv\u00e9e<\/em>, Paris, Gallimard, 1990.<\/li><li>Concernant le dialogue Freud-Ferenczi&nbsp;: <em>cf<\/em>. Chiantaretto J.-F. (2016), \u00ab&nbsp;Au commencement \u00e9tait le meurtre&nbsp;\u00bb, <em>Le Coq-H\u00e9ron<\/em>, n\u00b0224, 2016\/1.<\/li><li>Kahn L. (2014), <em>Le psychanalyste apathique et le patient postmoderne<\/em>, Paris, Editions de l\u2019Olivier.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10593?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ou qu\u2019est-ce que la cure analytique si ce n\u2019est (&#8230;) non plus commander ou persuader, ce qui implique toujours de faire pression et de forcer en faisant appel \u00e0 quelque transcendance de la parole (devenant message), mais simplement activer de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[171],"auteur":[1482],"dossier":[637],"mode":[60],"revue":[516],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10593","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-bisexualite","auteur-jean-francois-chiantaretto","dossier-pere-ou-mere-entre-bisexualite-psychique-et-difference-des-sexes","mode-payant","revue-516","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10593","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10593"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10593\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16268,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10593\/revisions\/16268"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10593"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10593"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10593"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10593"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10593"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10593"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10593"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10593"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10593"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}