{"id":10584,"date":"2021-08-22T07:32:20","date_gmt":"2021-08-22T05:32:20","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/au-commencement-donald-winnicott-michel-tournier-et-la-fonction-phorique-2\/"},"modified":"2021-09-21T10:59:01","modified_gmt":"2021-09-21T08:59:01","slug":"au-commencement-donald-winnicott-michel-tournier-et-la-fonction-phorique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/au-commencement-donald-winnicott-michel-tournier-et-la-fonction-phorique\/","title":{"rendered":"Au commencement&#8230;Donald Winnicott, Michel Tournier et la fonction phorique"},"content":{"rendered":"\n<p>Nos r\u00e9flexions anthropopsychopathologiques nous conduisent \u00e0 penser que dans le processus de construction de l\u2019enfant, en fonction de son g\u00e9nome, de son histoire et de celle du groupe auquel il appartient, une identit\u00e9 se construit faisant de lui un sujet \u00e0 nul autre pareil. Bien s\u00fbr, il peut arriver qu\u2019une souffrance psychique en r\u00e9sulte, et avec ce sujet, il faudra d\u00e9ployer tout un art de la rencontre, ce qu\u2019on peut appeler aussi une ph\u00e9nom\u00e9nologie du transfert, pour l\u2019aider \u00e0 faire-avec son identit\u00e9 authentique. Ce travail psychoth\u00e9rapique porte sur le monde interne. Or ce monde interne se cr\u00e9\u00e9 par repr\u00e9sentation des exp\u00e9riences que le petit d\u2019homme fait depuis qu\u2019il existe. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette articulation que l\u2019air du temps vient jouer un r\u00f4le fondamental, en fragilisant les fonctions parentales que Winnicott nous a appris \u00e0 prendre en consid\u00e9ration, et qui surd\u00e9terminent le commencement. Je veux parler du <em>holding environment<\/em> et de ses copains de promo le <em>handling<\/em> et l\u2019<em>object presenting<\/em>. Je ne pourrai pas d\u00e9velopper autant que je le souhaiterais tous ces \u00e9l\u00e9ments de la pens\u00e9e winnicottienne mais au moins vous redonner le go\u00fbt de le faire. En tout \u00e9tat de cause, je crois qu\u2019au-del\u00e0 des parents qui semblent fragilis\u00e9s dans la fondation du monde de leurs enfants, les soignants, aussi bien \u00e0 titre individuel qu\u2019en \u00e9quipe, sont \u00e9galement touch\u00e9s par ce processus qui conduit au <em>burn out<\/em> un trop grand nombre d\u2019entre eux. Et ce n\u2019est pas avec des remises en ordre s\u00e9curitaires de type <em>p\u00e8re-fouettard<\/em> qu\u2019une solution sera trouv\u00e9e. Bien au contraire, en remettant en marche les <em>appareils \u00e0 penser les pens\u00e9es<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les derni\u00e8res pages de son journal, d\u00e9couvert par son \u00e9pouse Clare quelques temps seulement apr\u00e8s sa mort, Winnicott citait T.S. Eliott : \u00ab <em>Co\u00fbtant moins que rien, ce que nous appelons le commencement est souvent la fin, et faire une fin, commencer la fin, c\u2019est de l\u00e0 que nous partons<\/em><sup>1<\/sup> \u00bb et il ajoutait, fac\u00e9tieux, \u00ab <em>Oh God !, May I be alive when I die<\/em> (<em>Fais que je vive au moment de ma mort<\/em> !<sup>2<\/sup>).<\/p>\n\n\n\n<p>On peut dire que jusqu\u2019au bout, Winnicott a su montrer les forces \u00e0 l\u2019\u0153uvre en lui, en appui sur une bonne s\u00e9curit\u00e9 interne. Dans l\u2019article que Clare a r\u00e9dig\u00e9 pour <em>L\u2019Arc<\/em> en hommage \u00e0 son mari, elle poursuit : \u00ab D\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, Donald a su qu\u2019on l\u2019aimait. Il connut donc (vous appr\u00e9cierez le \u00ab donc \u00bb \u00e0 sa juste valeur) dans son foyer une s\u00e9curit\u00e9 qu\u2019il pouvait consid\u00e9rer comme allant de soi. Dans une maison aussi vaste, toutes sortes de relations \u00e9taient possibles et il y avait suffisamment d\u2019espace pour que les tensions in\u00e9vitables fussent isol\u00e9es et r\u00e9solues \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cadre m\u00eame. Partant de cette position de base, Donald \u00e9tait libre d\u2019explorer tous les espaces disponibles dans la maison et le jardin, autour de lui, de remplir ces espaces avec des fragments de lui-m\u00eame et d\u2019\u00e9difier ainsi progressivement son monde \u00e0 lui. Cette capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre chez lui, lui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s utile tout au long de sa vie. (\u2026). Et chez les Winnicott, tous avaient un sens irr\u00e9sistible de l\u2019humour, ce qui avec la joie et le sentiment de s\u00e9curit\u00e9 que leur offrait leur cadre, signifiait qu\u2019il ne se produisait jamais chez eux de\u00a0<em>trag\u00e9dies<\/em>, mais uniquement des\u00a0<em>\u00e9pisodes amusants<\/em>.<sup>3<\/sup> \u00bb Mais tout le monde ne s\u2019appelle pas Winnicott, et certains de nos contemporains ne disposent pas des conditions personnelles, familiales et mat\u00e9rielles de ce grand praticien, voire m\u00eame <em>patricien<\/em>, de la psychanalyse d\u2019enfants. Toutefois on y sent la qualit\u00e9 du lien entre les membres de la tribu Winnicott. C\u2019est dans une telle perspective que le concept de <em>holding<\/em>, que j\u2019ai essay\u00e9, \u00e0 ma mani\u00e8re, de traduire en fran\u00e7ais par <em>fonction phorique<\/em> prend une \u00e9norme importance.<\/p>\n\n\n\n<p>Jan Abram nous r\u00e9sume de fa\u00e7on synth\u00e9tique la le\u00e7on winnicottienne en insistant sur ce qui nous servira dans l\u2019\u00e9loge de son \u0153uvre. \u00ab Les soins maternels, dans leurs menus d\u00e9tails, juste avant et imm\u00e9diatement apr\u00e8s la naissance, constituent un environnement qui contient (<em>holding environment<\/em>). Cela comprend la pr\u00e9occupation maternelle primaire qui permet \u00e0 la m\u00e8re de donner un soutien n\u00e9cessaire au moi de son b\u00e9b\u00e9. La tenue psychique et physique dont le b\u00e9b\u00e9 a besoin continue d\u2019\u00eatre importante tout au long de son d\u00e9veloppement, et l\u2019environnement contenant ne perd jamais de son importance pour personne<sup>4<\/sup> \u00bb. Cette notion est une reprise de l\u2019intuition de Freud au sujet de la c\u00e9sure de la naissance : \u00ab la m\u00e8re, <em>disait-il<\/em>, qui avait d\u2019abord apais\u00e9 tous les besoins du f\u0153tus par les am\u00e9nagements de son ventre, poursuit aussi en partie la m\u00eame fonction par d\u2019autres moyens apr\u00e8s la naissance. Vie intra-ut\u00e9rine et premi\u00e8re enfance sont bien plus en continuum que la c\u00e9sure frappante de l\u2019acte de la naissance ne nous le laisse croire. L\u2019objet maternel psychique remplace pour l\u2019enfant la situation f\u0153tale biologique. Nous ne devons pas oublier pour autant que dans la vie intra-ut\u00e9rine la m\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas un objet, et qu\u2019en ce temps-l\u00e0, il n\u2019y avait pas d\u2019objet<sup>5<\/sup> \u00bb. Mais l\u2019id\u00e9e de Freud va plus loin, car je vois dans cette r\u00e9flexion la matrice de ce qui fondera le concept de \u00ab transfert \u00bb, comme processus poussant le sujet \u00e0 la recherche de l\u2019objet, une nouvelle fois, lorsque la souffrance psychique le contraint \u00e0 se faire aider. La continuit\u00e9 de la fonction contenante pour accueillir voire recueillir les fragments d\u2019images du corps lorsque les angoisses mettent en p\u00e9ril la survie psychique des patients pr\u00e9sentant des pathologies archa\u00efques est \u00e0 mes yeux fondamentale. A ce titre, et en prenant un ordre chronologique d\u00e9veloppemental, et non pas historique, la th\u00e9orie libidinale freudienne vient se \u00ab lover \u00bb dans la th\u00e9orie bowlbyienne de l\u2019attachement qui insiste davantage sur l\u2019importance, programm\u00e9e g\u00e9n\u00e9tiquement, des r\u00e9flexes archa\u00efques comme r\u00e9ponses \u00e0 la discontinuit\u00e9 de la naissance, avant d\u2019en d\u00e9duire deux grands types d\u2019attachement <em>secure<\/em> et <em>insecure<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est par la continuit\u00e9 des soins maternels juste avant et juste apr\u00e8s la naissance que l\u2019aventure du <em>holding<\/em> commence, en int\u00e9grant tous ces \u00e9l\u00e9ments qui peuvent para\u00eetre disparates. En effet, les physiologistes de l\u2019obst\u00e9trique et les psychologues du d\u00e9veloppement insistent sur l\u2019entourance du f\u0153tus par le muscle ut\u00e9rin qui cr\u00e9\u00e9 une continuit\u00e9 entre les deux sujets en interactions, et qui conduit par exemple \u00e0 une premi\u00e8re mise en forme de l\u2019ajustement postural intra-ut\u00e9rin, sur fond de pr\u00e9-dialogue tonique. Le b\u00e9b\u00e9, une fois n\u00e9, va investir sa \u00ab maman paroi \u00bb dans une continuit\u00e9 protectrice, et les r\u00e9flexes archa\u00efques d\u00e9crits par les p\u00e9diatres \u00e0 ce stade du d\u00e9veloppement sont la face neurologique du processus d\u2019attachement, relay\u00e9e par la libidinalisation de ces exp\u00e9riences, jusqu\u2019\u00e0 en constituer un m\u00e9canisme identificatoire sp\u00e9cifique d\u2019un monde en deux dimensions, d\u00e9crit successivement par Esther Bick et Didier Anzieu sous le nom d\u2019identit\u00e9 adh\u00e9sive, et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e par Meltzer sous celui d\u2019identification adh\u00e9sive normale ou pathologique, ouvrant ensuite sur un monde en trois dimensions, celui des identifications projectives normales et pathologiques. Certes, comme nous l\u2019a appris Lebovici, \u00ab la m\u00e8re est investie avant d\u2019\u00eatre per\u00e7ue \u00bb, mais apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 un objet<sup>6<\/sup> procurant des sensations \u00e0 son b\u00e9b\u00e9, d\u2019abord chaque sensation pour elle-m\u00eame, puis gr\u00e2ce aux capacit\u00e9s de comodalisation du b\u00e9b\u00e9, et en appui sur la psych\u00e9 maternelle, les liant entre elles lors des fameux moments d\u2019\u00ab attraction consensuelle maximale \u00bb. Dans une telle perspective, on comprend mieux l\u2019importance primordiale de la fonction phorique d\u00e9crite par Winnicott : \u00ab La tenue (<em>holding<\/em>) prot\u00e8ge des blessures physiologiques, prend en compte la sensibilit\u00e9 de la peau du b\u00e9b\u00e9 (le toucher, la temp\u00e9rature), la sensibilit\u00e9 auditive, visuelle, la sensibilit\u00e9 \u00e0 la chute (gravitation), et l\u2019absence de connaissance chez le b\u00e9b\u00e9, de quoi que ce soit d\u2019autre que lui-m\u00eame. Elle implique une continuit\u00e9 de soins le jour et la nuit et elle est diff\u00e9rente pour chaque b\u00e9b\u00e9, parce qu\u2019elle fait partie du b\u00e9b\u00e9 et qu\u2019il n\u2019y a pas deux b\u00e9b\u00e9s semblables. Elle s\u2019adapte aussi jour apr\u00e8s jour aux menues transformations du b\u00e9b\u00e9, li\u00e9es \u00e0 sa croissance et \u00e0 son d\u00e9veloppement, \u00e0 la fois physique et psychique\u202f<sup>7<\/sup> \u00bb. Ma question depuis longtemps est de comprendre quelles cons\u00e9quences nous pouvons en tirer dans la th\u00e9rapeutique y compris dans sa dimension institutionnelle. En effet, Winnicott insiste sur ce point : \u00ab dans le traitement des schizo\u00efdes, <em>dit-il<\/em>, si l\u2019analyste doit \u00eatre pr\u00eat \u00e0 donner toutes les interpr\u00e9tations possibles sur le mat\u00e9riel pr\u00e9sent\u00e9, il ne doit pas se laisser entra\u00eener de ce c\u00f4t\u00e9 car ce n\u2019est pas ce qui convient au patient. Celui-ci a surtout besoin d\u2019un soutien non sophistiqu\u00e9 de son moi. Il a besoin d\u2019\u00eatre tenu (<em>holding<\/em>). Cette tenue, semblable au travail de la m\u00e8re qui prend soin de son b\u00e9b\u00e9, reconna\u00eet implicitement la tendance du patient \u00e0 se d\u00e9sint\u00e9grer, \u00e0 cesser d\u2019exister, \u00e0 tomber pour toujours.<sup>8<\/sup> \u00bb. Je crois vraiment depuis maintenant quelques ann\u00e9es que j\u2019exerce ce m\u00e9tier, que ce que Winnicott nous dit \u00e0 propos des schizo\u00efdes peut \u00eatre \u00e9tendu \u00e0 beaucoup de pathologies pr\u00e9sent\u00e9es par les b\u00e9b\u00e9s, les enfants et les adolescents, voire les adultes. Et c\u2019est sans doute ce qui fonde pour moi la r\u00e9flexion dite institutionnelle. Et comme souvent dans notre monde de la psychopathologie, le destin pulsionnel est ouvert sur des possibilit\u00e9s qui peuvent conduire le sujet tant\u00f4t vers des <em>trag\u00e9dies<\/em> tant\u00f4t vers des <em>\u00e9pisodes amusants<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, s\u2019il est un \u00e9crivain qui a cr\u00e9\u00e9 des personnages d\u00e9cisifs dans ce domaine, c\u2019est Michel Tournier. C\u2019est d\u2019ailleurs dans son \u0153uvre que j\u2019ai trouv\u00e9 le concept de fonction phorique qui sous-tend son formidable roman <em>Le Roi des aulnes<\/em><sup>9<\/sup>. Je me plais \u00e0 penser que ces deux personnes auraient d\u00fb se rencontrer. J\u2019imagine assez un dialogue du genre :<\/p>\n\n\n\n<p><em>Michel Tournier<\/em> : \u00ab Cher Donald, quand on m\u2019a dit que vous aviez tant travaill\u00e9 sur cette histoire de <em>holding<\/em> \u00e0 propos des soins maternels, je n\u2019ai pas pu m\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 une notion qui traverse en quelque sorte mes romans, pour affleurer surtout dans l\u2019un d\u2019entre eux pour lequel j\u2019ai beaucoup d\u2019affection, <em>le Roi des aulnes<\/em>. Quand j\u2019y repense \u00e0 l\u2019aide des d\u00e9veloppements que vous avez r\u00e9alis\u00e9s de votre c\u00f4t\u00e9, je me dis que d\u00e8s <em>Vendredi ou les limbes du Pacifique<\/em>, j\u2019\u00e9tais \u00e0 la recherche de h\u00e9ros phoriques. Egalement dans les <em>M\u00e9t\u00e9ores<\/em>. Et l\u00e0 o\u00f9 il appara\u00eet en pleine gloire, c\u2019est avec <em>Abel Tiffauges<\/em>. Mais l\u2019influence du po\u00e8me de Goethe est pour moi un commandement : la mort est au bout du chemin. \u00ab Le h\u00e9ros de la bonne phorie, la phorie blanche et salvatrice, le g\u00e9ant Christophe, s\u2019humilie comme une b\u00eate de somme sous le poids des voyageurs auxquels il fait traverser \u00e0 gu\u00e9 le fleuve qu\u2019il a choisi. C\u2019est qu\u2019il y a de l\u2019abn\u00e9gation dans la phorie. Mais c\u2019est une abn\u00e9gation \u00e9quivoque, secr\u00e8tement poss\u00e9d\u00e9e par l\u2019inversion maligne-b\u00e9nigne, cette myst\u00e9rieuse op\u00e9ration qui sans rien changer apparemment \u00e0 la nature d\u2019une chose, d\u2019un \u00eatre, d\u2019un acte retourne sa valeur, met du plus o\u00f9 il y avait du moins et du moins o\u00f9 il y avait du plus. Ainsi le bon g\u00e9ant qui se fait b\u00eate de somme pour sauver un petit enfant est-il tout proche de l\u2019homme de proie qui d\u00e9vore les enfants. Qui porte l\u2019enfant, l\u2019emporte. Qui le sert humblement, le serre criminellement. Bref l\u2019ombre de Saint-Christophe, porteur et sauveur d\u2019enfant, c\u2019est le <em>Roi des aulnes<\/em>, emporteur et assassin d\u2019enfant<sup>9<\/sup> \u00bb. D\u2019ailleurs Delion avait eu l\u2019occasion de lire un fragment de po\u00e8me de Yves Bonnefoy, <em>Les planches courbes<\/em>, il y a quelques ann\u00e9es lors d\u2019une journ\u00e9e de la WAIMH, dans lequel le passeur se noie avec l\u2019enfant qu\u2019il porte sur ses \u00e9paules : \u00ab L\u2019esquif ne coule pas, cependant, c\u2019est plut\u00f4t comme s\u2019il se dissipait dans la nuit, et l\u2019homme nage, maintenant, le petit gar\u00e7on toujours agripp\u00e9 \u00e0 son cou. N\u2019aie pas peur, dit-il, le fleuve n\u2019est pas si large, nous arriverons bient\u00f4t. Oh, s\u2019il te pla\u00eet, sois mon p\u00e8re, sois ma maison !<sup>10<\/sup> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>Winnicott<\/em> : Cher Michel, je n\u2019ai pas eu l\u2019occasion de lire vos romans, mais je crois comprendre ce sur quoi vous voulez insister. Et si votre <em>Roi des aulnes<\/em> est de la m\u00eame veine que ce po\u00e8me de Bonnefoy, alors, bravo !, car pour cet enfant, voil\u00e0 bien un monde sans m\u00e8re. \u00ab On pense souvent que je parle de la m\u00e8re et des personnes qui s\u2019occupent des b\u00e9b\u00e9s, comme si elles \u00e9taient parfaites, ou comme si elles correspondaient \u00e0 ce que dans le jargon kleinien, ou \u00e0 Marseille, on appelle une \u00ab bonne m\u00e8re \u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, je parle toujours de la \u00ab m\u00e8re suffisamment bonne \u00bb ou de la \u00ab m\u00e8re non suffisamment bonne \u00bb parce que lorsque nous parlons de la m\u00e8re r\u00e9elle, nous savons que ce qu\u2019elle peut faire de mieux est d\u2019\u00eatre suffisamment bonne. Le terme \u00ab suffisamment \u00bb, prend progressivement une acception de plus en plus large au fur et \u00e0 mesure que s\u2019accro\u00eet la capacit\u00e9 du b\u00e9b\u00e9 d\u2019accepter le manque gr\u00e2ce \u00e0 sa compr\u00e9hension, sa tol\u00e9rance \u00e0 la frustration<sup>11<\/sup> \u00bb. Donc vous avez sans doute raison quand vous souhaitez d\u00e9ployer dans vos romans, le c\u00f4t\u00e9 obscur du portage, les risques de la fonction phorique, la refermeture de la phorie sur l\u2019emprise, l\u2019asservissement du petit d\u2019homme. De suffisamment bonne, la m\u00e8re peut devenir insuffisamment bonne et m\u00eame tout, sauf bonne. Les carences affectives sont d\u2019ailleurs l\u00e0, parmi beaucoup d\u2019autres conditions de souffrance, pour nous montrer les cons\u00e9quences cliniques de tels troubles de la fonction phorique.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Michel Tournier<\/em> : Cher Donald, \u00ab partant du th\u00e8me phorique, simple comme le geste de poser un enfant sur son \u00e9paule, j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019\u00e9difier une architecture romanesque par un d\u00e9ploiement purement technique empruntant ses figures successives \u00e0 une logique profonde. La phorie prend racine dans l\u2019Adam archa\u00efque, puis se d\u00e9veloppe, s\u2019inverse, se d\u00e9guise, se r\u00e9fracte, s\u2019exasp\u00e8re, toujours couverte par le l\u00e9ger manteau de la psychologie et de l\u2019histoire.<sup>12<\/sup> \u00bb. Par exemple dans mon roman <em>Vendredi<\/em>, lorsque Hunter, le capitaine du <em>Whitebird<\/em>, propose \u00e0 <em>Robinson<\/em> de mettre fin \u00e0 ses vingt-huit ann\u00e9es de solitude sur Sperenza, en l\u2019embarquant avec lui, celui-ci pr\u00e9f\u00e8re y rester pour cultiver son monde sans autrui, au point de ne m\u00eame pas poser la question \u00e0 <em>Vendredi<\/em>, qui d\u00e8s lors, est r\u00e9duit au rang d\u2019animal de compagnie. Il faudra que ce dernier, saisissant la chance qui lui est donn\u00e9e, s\u2019enfuie de l\u2019\u00eele \u00e0 bord du bateau, pour retrouver une position subjective, le d\u00e9gageant de l\u2019emprise de son sauveur baptiseur. Et si vous avez l\u2019occasion de lire le <em>Roi des aulnes<\/em>, vous verrez que mon ogre \u00ab rel\u00e8ve du type anal, et non pas du type phallique, comme ses deux grands pr\u00e9d\u00e9cesseurs litt\u00e9raires <em>Gargantua<\/em> et <em>Pantagruel<\/em> (\u2026). Le personnage fantastique de la ballade de Goethe qui cherche \u00e0 s\u00e9duire l\u2019enfant, finalement l\u2019arrache \u00e0 son p\u00e8re pour le tuer<sup>13<\/sup> \u00bb. Mes incarnations de la fonction phorique se sont arr\u00eat\u00e9es en chemin, au stade sadique anal comme vous le dites, vous les psychopathologues, et je revendique le r\u00f4le de celui qui parle ouvertement de la noirceur de l\u2019homme. Quand on tente de comprendre la violence qui envahit le monde d\u2019aujourd\u2019hui, on peut se poser la question du rapport entre cette violence musculaire et cette fixation sur le muscle anal qui n\u2019est qu\u2019un des muscles de l\u2019ensemble du corps. Et c\u2019est vrai, prendre le monde avec ses muscles est moins civilis\u00e9 que le prendre avec ses repr\u00e9sentations.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Donald Winnicott<\/em> : Oui je comprends mieux ce que vous voulez faire passer comme message sur les risques d\u2019id\u00e9alisation pour le petit d\u2019homme, et la n\u00e9cessit\u00e9 pour vous d\u2019en peindre la face cach\u00e9e, ses potentialit\u00e9s morbides et meurtri\u00e8res. Et pour ma part, je vois une explication possible dans le fait que \u00ab le b\u00e9b\u00e9 doit d\u2019abord dominer : il doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 de tout \u00e9l\u00e9ment perturbateur. La vie doit se d\u00e9rouler selon le rythme du b\u00e9b\u00e9, ce qui n\u00e9cessite que sa m\u00e8re lui pr\u00eate attention de fa\u00e7on pr\u00e9cise et continue<sup>14<\/sup> \u00bb. Et pour cette attitude maternelle qui doit rapidement \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par une fonction limitante en appui sur le paternel, le risque est grand de bifurquer vers les diff\u00e9rentes emprises possibles sur l\u2019enfant. Comme une sorte de difficult\u00e9 \u00e0 faire confiance au bon niveau et au bon moment \u00e0 son enfant.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Pierre Delion<\/em> : Chers ma\u00eetres et amis, ne pensez-vous pas que finalement vous parlez de ph\u00e9nom\u00e8nes compl\u00e9mentaires ? Vous, cher Donald, vous parlez de l\u2019art et de la mani\u00e8re dont on peut \u00e9lever les b\u00e9b\u00e9s en partant d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 des parents que vous d\u00e9crivez avec forces d\u00e9tails et avec une pertinence qui vous a attir\u00e9 de nombreux admirateurs winnicottophiles, et si j\u2019ai bien entendu ce sur quoi vous insistez davantage, c\u2019est sur la posture de \u00ab m\u00e8re ad\u00e9quate sans plus \u00bb qui traduit mieux <em>good enough mother<\/em> selon votre amie Joyce Mc Dougall. En effet, cet \u00e9l\u00e9ment instaure d\u00e8s le d\u00e9but de la vie une sorte de prise en compte du principe de r\u00e9alit\u00e9 assum\u00e9e par la m\u00e8re alors m\u00eame que son b\u00e9b\u00e9 est d\u2019abord selon Freud, dans un fonctionnement psychique de type principe de plaisir-d\u00e9plaisir. Et la tenue, le <em>holding<\/em>, la phorie qu\u2019elle d\u00e9ploie \u00e0 cette occasion n\u2019est que le d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 venir. On comprend d\u2019autant mieux comment l\u2019assomption par la m\u00e8re en appui sur le p\u00e8re d\u2019une s\u00e9curit\u00e9 de base va envelopper le b\u00e9b\u00e9 d\u2019un pr\u00eat narcissique \u00e0 taux z\u00e9ro \u00e0 valoir dans son d\u00e9veloppement. Nul doute que l\u2019adolescence sera un moment particulier pour v\u00e9rifier que le pr\u00eat n\u2019\u00e9tait pas gag\u00e9 sur des cr\u00e9ances irr\u00e9couvrables, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019y montrer qu\u2019on peut d\u00e9plier de nouvelles enveloppes \u00e0 partir des anciennes. Si d\u00e9prime est le petit diminutif affectueux de d\u00e9pression, on comprend mieux que\u00a0<em>subprime<\/em>\u00a0puisse rimer avec suppression. D\u2019ailleurs vous l\u2019\u00e9crivez : \u00ab Si la situation se maintient (<em>holding<\/em>), l\u2019environnement doit \u00eatre test\u00e9 encore et encore dans sa capacit\u00e9 de supporter l\u2019agressivit\u00e9, d\u2019emp\u00eacher ou de r\u00e9parer la destruction, de tol\u00e9rer la g\u00eane, de reconna\u00eetre l\u2019\u00e9l\u00e9ment positif qu\u2019il y a dans la tendance antisociale, de fournir et de pr\u00e9server l\u2019objet qui doit \u00eatre cherch\u00e9 et trouv\u00e9. Dans les cas favorables, des conditions b\u00e9n\u00e9fiques peuvent, au cours du temps, permettre \u00e0 l\u2019enfant de trouver et d\u2019aimer une personne au lieu de continuer \u00e0 chercher et \u00e0 r\u00e9clamer des objets de substitution qui ont perdu leur valeur symbolique. Au stade suivant, l\u2019enfant a besoin de faire l\u2019exp\u00e9rience du d\u00e9sespoir, et non pas simplement de l\u2019espoir, au sein d\u2019une relation. Une r\u00e9elle possibilit\u00e9 de vie pour l\u2019enfant se tient au-del\u00e0 de cette \u00e9preuve \u00bb. Et vous ajoutez, et vraiment \u00e7a me fait tr\u00e8s plaisir parce que vous rejoignez les pr\u00e9occupations de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, que \u00ab lorsque l\u2019\u00e9quipe et le directeur d\u2019une institution ont accompagn\u00e9 l\u2019enfant \u00e0 travers tous ces processus, ils ont fait pour lui un travail th\u00e9rapeutique qui est certainement comparable \u00e0 un travail analytique.<sup>15<\/sup> \u00bb<br>Et vous cher Michel Tournier, vous avez certes \u00e9crit le <em>Roi des aulnes<\/em> mais aussi, et avant ce dernier, le g\u00e9nial <em>Vendredi ou les limbes du Pacifique<\/em>. Ceux qui ne l\u2019ont pas lu, devraient, toutes affaires cessantes, se le procurer. Les autres, vous savez d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il s\u2019agit du r\u00e9cit mettant en musique les diff\u00e9rentes fa\u00e7ons dont un sujet humain peut se d\u00e9velopper lorsque l\u2019environnement n\u2019est justement pas ad\u00e9quat du tout. Il pourrait aussi s\u2019appeler \u00ab <em>la crainte de l\u2019effondrement<\/em> \u00bb comme l\u2019a si bien dit Donald \u00e0 propos des agonies primitives. Nous y voyons un <em>Robinson<\/em>, seul survivant d\u2019un naufrage, passer par diff\u00e9rents stades de reconstruction de son \u00eatre-au-monde sur Sperenza, l\u2019\u00eele sur laquelle il a \u00e9chou\u00e9. Manquant par d\u00e9finition de <em>holding<\/em>, il va tenter d\u2019en trouver des avatars successifs en exp\u00e9rimentant diff\u00e9rents types de contenants : creuser fr\u00e9n\u00e9tiquement une pirogue dans un \u00e9norme arbre loin de la plage, et r\u00e9aliser au bout de quelques jours que cette solution \u00e9tait d\u00e9risoire, de quoi faire r\u00e9fl\u00e9chir par ailleurs les accros du boulot ! Puis la souille, sorte de mar\u00e9cage hant\u00e9 par le <em>Comte Zaroff<\/em>, dans lequel le seul agrippement possible est la pouss\u00e9e d\u2019Archim\u00e8de, ou le <em>tonus pneumatique<\/em> de Bullinger, formant une sorte de moi-pulmonaire luttant contre la tentation d\u00e9pressive de la noyade. Puis la grotte f\u0153tale et son petit crat\u00e8re alv\u00e9olaire, contenant min\u00e9ral dur dans lequel il se love pour y retrouver la conscience minimale de ses limites corporelles, sorte de \u00ab remast\u00e9risation pr\u00e9natale \u00bb ch\u00e8re \u00e0 Sylvain Missonnier, et ainsi lutter efficacement contre les angois\u00adses de d\u00e9membrement, faute d\u2019un \u00ab <em>hand\u00adling<\/em> efficace \u00bb. Enfin reconstruit <em>a minima<\/em>, il va faire l\u2019inventaire de son \u00eele, notant tout ce qu\u2019elle poss\u00e8de sur le registre du conservatoire de Speranza ouvert \u00e0 cette occasion, dans une tentative obsessive totalisatrice d\u2019auto <em>object presenting<\/em>, de repr\u00e9senter toutes les caract\u00e9ristiques de ses qualit\u00e9s naturelles par leurs seules quantit\u00e9s, pr\u00e9c\u00e9dant de loin la loi HPST (H\u00f4pital Privatis\u00e9 Sans Th\u00e9rapeutes) ! La rencontre avec un autre sera d\u00e8s lors possible, et, comme chacun sait, elle aura lieu un <em>Vendredi<\/em>. Vous nous montrez l\u00e0, cher Michel Tournier, la mani\u00e8re dont vous avez reconstitu\u00e9 le d\u00e9veloppement d\u2019un enfant par le n\u00e9gatif, comme dans le <em>Roi des aulnes<\/em>, vous nous montrez la fonction phorique par le n\u00e9gatif.<br>Bref, cher Donald et cher Michel, vous \u00eates tous les deux de fameux psychopathologues, et je tenais \u00e0 vous en remercier du fond du c\u0153ur. Mais qu\u2019il me soit permis de vous prendre comme objets d\u2019arri\u00e8re-plan phoriques pour poursuivre ma d\u00e9monstration concernant les b\u00e9b\u00e9s, les enfants et les adolescents qui ont manqu\u00e9 de fonction phorique dans leurs interactions pr\u00e9coces. Les syst\u00e8mes de soins qui ont \u00e9t\u00e9 mis au point pour les accueillir, souvent malgr\u00e9 eux, tout enferm\u00e9s qu\u2019ils sont souvent dans l\u2019auto-agrippement \u00e0 leurs col\u00e8res vaines et \u00e0 leurs r\u00e9criminations inf\u00e9condes, doivent \u00eatre pens\u00e9s \u00e0 l\u2019au(l)ne de ce manque fondamental chez eux. C\u2019est dans cette perspective que j\u2019ai depuis longtemps soutenu l\u2019id\u00e9e que la continuit\u00e9 des soins, traduction en termes de possibilisation, comme le propose Henri Maldiney, de la relation transf\u00e9rentielle, devait b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une r\u00e9flexion m\u00e9tapsychologique sur les diff\u00e9rentes formes de transfert en fonction des psychopathologies de chacun des sujets souffrants. Et partant, des diff\u00e9rentes formes d\u2019institutions, entendez \u00ab cons\u00adtellations transf\u00e9rentielles \u00bb, en capacit\u00e9s pour les recevoir et les transformer. Les soignants des \u00e9quipes de p\u00e9dopsychiatrie qui accueillent des b\u00e9b\u00e9s et des adolescents ne peuvent faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019une telle r\u00e9flexion, sous peine de devoir imposer aux patients qu\u2019ils pr\u00e9tendent soigner une fonction phorique digne de la ballade de Goethe mise en musique par Schubert et qui se termine par la mort de l\u2019enfant port\u00e9. Conclusions de l\u2019autopsie : maltraitance institutionnelle. Ce ne serait pas \u00e0 l\u2019\u00e9quipe soignante de s\u2019adapter aux souffrances psychiques de chaque patient, mais au patient de se mouler dans le protocole qu\u2019elle lui a mitonn\u00e9 pour la souffrance standard qu\u2019il pr\u00e9sente. Aussi, pour porter l\u2019enfant sur nos \u00e9paules psychiques tout le temps n\u00e9cessaire mais \u00ab juste ce qui suffit \u00bb comme le propose H\u00e9l\u00e8ne Chaigneau, est-il int\u00e9ressant de compl\u00e9ter cette premi\u00e8re fonction phorique d\u2019une deuxi\u00e8me et d\u2019une troisi\u00e8me qui la dialectise. Une institution digne de ce nom propose des espaces d\u2019accueil et d\u2019observation de la souffrance psychique, comme autant de lieux entour\u00e9s dans le temps et dans l\u2019espace par un cordon sanitaire constitu\u00e9 des appareils psychiques des soignants, qui peuvent, dans les bons cas, former un \u00ab collectif \u00bb selon le concept d\u00e9velopp\u00e9 par Jean Oury. Alors \u00ab faire institution \u00bb devient-il possible\u2026 Ces limitations concr\u00e8tes par le pr\u00e9texte de l\u2019activit\u00e9 th\u00e9rapeutique, par la permanence de son horaire, de sa fr\u00e9quence, ses faibles variations dans le processus du soin d\u2019un enfant, sont comme autant d\u2019occasions d\u2019exercer un portage de la souffrance psychique de l\u2019enfant, une fonction phorique. En rester l\u00e0 serait d\u00e9j\u00e0 utile, mais ne requiert que les comp\u00e9tences du monde de l\u2019aide \u00e0 autrui. Par contre, mettre son appareil psychique de soignant \u00e0 la disposition de cette souffrance qui s\u2019y exprime de diff\u00e9rentes mani\u00e8res est une r\u00e9ponse subjectale au processus transf\u00e9rentiel qui cherche \u00e0 s\u2019y d\u00e9ployer. Cette fonction que je qualifie de s\u00e9maphorique (je suis porteur des signes de souffrance psychique du patient qui ne peut toujours l\u2019exprimer par le langage articul\u00e9 dans une parole) peut s\u2019apparenter au contre-transfert et aux contre attitudes produites par les soignants en relation avec les ph\u00e9nom\u00e8nes transf\u00e9rentiels dont ils sont sujets. Chacun des soignants peut travailler pour lui ces aspects de son aventure professionnelle sur le mode de la supervision individuelle ou groupale, et cette approche est non seulement n\u00e9cessaire mais extr\u00eamement formatrice. Dans d\u2019autres cas, tels que ceux de pathologies graves de la personnalit\u00e9, il peut \u00eatre int\u00e9ressant de recourir \u00e0 des approches institutionnelles, telles que celles qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites par Tosquelles avec sa \u00ab constellation transf\u00e9rentielle \u00bb ou Racamier avec son rappel de la recherche men\u00e9e \u00e0\u00a0<em>Chesnut Lodge<\/em>\u00a0par Stanton et Schwarz. Cette troisi\u00e8me fonction que je nomme la\u00a0<em>fonction m\u00e9taphorique<\/em>\u00a0est une fa\u00e7on institutionnelle de faciliter le travail de transformation des \u00e9l\u00e9ments\u00a0<em>b\u00eata<\/em>\u00a0bizarres qui envahissent souvent le champ transf\u00e9rentiel de personnalit\u00e9s pathologiques, notamment psychotiques et\u00a0<em>border line<\/em>.<br>Ce faisant, une institution devient un espace d\u2019accueil de la souffrance psychique qui tente de s\u2019ajuster \u00e0 chaque patient au niveau pertinent, et permet aussi bien au b\u00e9b\u00e9 avec ses parents, qu\u2019\u00e0 l\u2019enfant ou l\u2019adolescent, d\u2019y rencontrer \u00e0 nouveau les objets perdus-trouv\u00e9s-cr\u00e9\u00e9s \u00e0 partir desquels il pourra reconstruire sa narration en premi\u00e8re personne. Nul doute que Winnicott, en nous laissant l\u2019h\u00e9ritage ouvert qu\u2019il portait en lui depuis sa toute petite enfance, et qu\u2019il n\u2019a cess\u00e9 d\u2019enrichir tout au long de sa vie, nous permet de penser, chacun de nous, en premi\u00e8re personne, et contribue ainsi \u00e0 endiguer la confusion qui r\u00e9sulte aujourd\u2019hui de toutes les attaques que la psychopathologie psychanalytique subit de plein fouet.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Eliott, TS., \u00ab Little giddings : the four quartets \u00bb, in Winnicott,\u00a0<em>L\u2019arc<\/em>, 69, 1977, 28.<\/li><li>Britton-Winnicott, Clare, \u00ab D. Winnicott en personne \u00bb,\u00a0<em>L\u2019arc<\/em>, 69, 1977, 28.<\/li><li>Id., 30-31.<\/li><li>Abram, J.,\u00a0<em>Le langage de Winnicott<\/em>, Trad. Athanassiou, C., Popesco, Paris, 2001, 356.<\/li><li>Freud, S.,\u00a0<em>Inhibition, sympt\u00f4me, angoisse<\/em>, \u0152uvres compl\u00e8tes, XVII, PUF, Paris, 1992, 254.<\/li><li>Objet est un terme probl\u00e9matique. Il s\u2019agit plut\u00f4t \u00e0 ce stade de l\u2019int\u00e9grale des objets partiels d\u00e9crits par Klein. Mais il y aurait tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le vecteur \u00ab contact \u00bb tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 par Szondi puis r\u00e9\u00e9labor\u00e9 par Schotte pour r\u00e9soudre la question du pr\u00e9-objectal. Dans\u00a0ces moments d\u2019int\u00e9gration pr\u00e9coces, les rythmes (Maldiney) peuvent d\u00e9j\u00e0 constituer une premi\u00e8re matrice contenante.<\/li><li>Winnicott, DW.,(1960)\u00a0<em>La th\u00e9orie de la relation parent-nourrisson, De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Payot, 1969.[Abram 358]<\/li><li>Winnicott, DW., (1963) \u00ab Th\u00e9orie des troubles psychiatriques en fonction des processus de maturation de la petite enfance \u00bb,\u00a0<em>Processus de maturation<\/em>, Payot, 1970. [Abram, 360]<\/li><li>Tournier, M.,\u00a0<em>Le roi des aulnes, Le vent paraclet<\/em>, Gallimard folio, Paris, 1979, 125<\/li><li>Bonnefoy, Y.,\u00a0<em>Les planches courbes<\/em>, Mercure de France, Paris, 2001, 99-104.<\/li><li>Winnicott, DW., (1952)\u00a0<em>Lettre \u00e0 Roger Money-Kyrle<\/em>, Lettres vives, Gallimard, Paris, 1989.<\/li><li>Tournier, M., op., cit., p129.<\/li><li>Id., p.118.<\/li><li>Winnicott, DW., (1947) \u00ab La haine dans le contre-transfert \u00bb,\u00a0<em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Payot, Paris, 1969.<\/li><li>Winnicott, DW., (1956) \u00ab La tendance antisociale \u00bb,\u00a0<em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Payot, 1969.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10584?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nos r\u00e9flexions anthropopsychopathologiques nous conduisent \u00e0 penser que dans le processus de construction de l\u2019enfant, en fonction de son g\u00e9nome, de son histoire et de celle du groupe auquel il appartient, une identit\u00e9 se construit faisant de lui un sujet&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1231,1223,1214],"thematique":[459,458],"auteur":[1412],"dossier":[461],"mode":[60],"revue":[686],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10584","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-enfance","rubrique-perinatalite","rubrique-psychanalyse","thematique-jeu","thematique-winnicott","auteur-pierre-delion","dossier-winnicott-et-la-creation-humaine","mode-payant","revue-686","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10584","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10584"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10584\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14753,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10584\/revisions\/14753"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10584"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10584"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10584"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10584"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10584"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10584"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10584"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10584"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10584"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}