{"id":10580,"date":"2021-08-22T07:32:20","date_gmt":"2021-08-22T05:32:20","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/dune-violence-paradoxale-2\/"},"modified":"2021-09-30T20:53:57","modified_gmt":"2021-09-30T18:53:57","slug":"dune-violence-paradoxale","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/dune-violence-paradoxale\/","title":{"rendered":"D\u2019une violence paradoxale"},"content":{"rendered":"\n<p>N\u2019\u00e9tant ni psychiatre ni psychanalyste, endossant donc ici le r\u00f4le du profane, je n\u2019en suis pas moins concern\u00e9 par un certain souci pour ce que les Anciens appelaient <em>psukh\u00e8<\/em>. Si, en effet, psychiatres et psychanalystes s\u2019occupent du psychisme, ils croisent d\u2019embl\u00e9e dans les parages de la philosophie qui s\u2019int\u00e9resse elle aussi \u00e0 l\u2019\u00e2me ou \u00e0 la conscience&nbsp;: <em>psukh\u00e8<\/em>. Les premiers, m\u00e9decins ou th\u00e9rapeutes, <em>traitent<\/em> les \u00e2mes&nbsp;; le philosophe <em>commerce<\/em> avec elle. Ils soignent, quand le second pr\u00e9tend faire venir ou revenir \u00e0 la vie, f\u00fbt-elle vie de la pens\u00e9e \u2013 c\u2019est le sens de la ma\u00efeutique socratique. La proximit\u00e9 n\u2019exclut pas la distance, au contraire, elle la pr\u00e9suppose et cette distance peut \u2013 du moins faut-il l\u2019esp\u00e9rer \u2013 \u00e9clairer diff\u00e9remment ce dont nous voulons parler&nbsp;: le rapport de la violence et du soin.<\/p>\n\n\n\n<p>On contestera peut-\u00eatre qu\u2019un rapport puisse exister entre le soin qui, visant \u00e0 restaurer un sujet atteint, \u00e0 lui faire recouvrer autant que possible son int\u00e9grit\u00e9, semble se situer du c\u00f4t\u00e9 de la sollicitude, de l\u2019attention \u00e0 la souffrance d\u2019autrui et la violence, la plupart du temps aveugle et sourde du moins au souci de l\u2019autre. Pourtant, chacun le sait, la situation th\u00e9rapeutique est par nature paradoxale, qui implique toujours l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une certaine violence exerc\u00e9e en vue du bien. <em>Se r\u00e9soudre \u00e0 faire du mal pour le bien<\/em>&nbsp;: tel est le paradoxe exprim\u00e9 simplement et telle est au fond l\u2019une des formulations possibles de la maxime du soignant. C\u2019est vrai pour la chirurgie qui tranche les chairs ou ampute les membres, retire ou r\u00e9duit les organes en vue du salut du patient op\u00e9r\u00e9 ou plus modestement de sa sant\u00e9, voire parfois simplement de son bien-\u00eatre. Ce n\u2019est pas moins vrai, en certaines occasions, de la m\u00e9dication, en psychiatrie ou ailleurs, voire m\u00eame du \u00ab&nbsp;traitement psychique&nbsp;\u00bb dont Freud aimait \u00e0 dire que la parole est le principal instrument. La parole de la cure psychanalytique, apparemment plus douce que bien des mol\u00e9cules chimiques, contient \u00e9galement un certain consentement \u00e0 l\u2019usage d\u2019une <em>violence b\u00e9n\u00e9fique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le profane trouvera sans doute difficilement concevable que des troubles morbides du corps ou de l\u2019\u00e2me puissent \u00eatre dissip\u00e9s par la \u201csimple\u201d parole du m\u00e9decin. Il pensera qu\u2019on lui demande de croire \u00e0 la magie. En quoi il n\u2019aura pas tout \u00e0 fait tort&nbsp;; les mots de nos discours quotidiens ne sont rien d\u2019autre que magie d\u00e9color\u00e9e.<sup>1<\/sup>\u00bb La parole est porteuse de significations, elle se d\u00e9passe elle-m\u00eame vers le sens qu\u2019elle v\u00e9hicule <em>volens nolens<\/em>. Par-del\u00e0 le message qu\u2019elle d\u00e9livre, en-de\u00e7\u00e0 de ce qu\u2019elle exprime d\u2019abord, elle est toujours aussi sympt\u00f4me et ce caract\u00e8re \u00ab&nbsp;infini&nbsp;\u00bb (entendez&nbsp;: ne se finissant pas en soi, ne se limitant jamais \u00e0 son seul contenu &#8211; tout Dit renvoyant, selon L\u00e9vinas, \u00e0 un Dire plus fondamental<sup>2<\/sup>) du langage est aussi un des \u00e9l\u00e9ments de sa magie, comme le soulignait Walter Benjamin<sup>3<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour mettre en \u0153uvre une telle magie, le th\u00e9rapeute doit pouvoir acc\u00e9der \u00e0 tous les recoins du psychisme de son patient. Aucune r\u00e9serve ne saurait persister, aucun secret&nbsp;: ils constitueraient de droit autant d\u2019obstacles \u00e0 la compr\u00e9hension de ce que rec\u00e8le le psychisme, conscient ou inconscient&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il va sans dire que le traitement psychanalytique n\u2019admet pas ce droit d\u2019asile. Qu\u2019on essaie, par exemple, de d\u00e9cr\u00e9ter, dans une ville comme Vienne, qu\u2019aucune arrestation ne sera op\u00e9r\u00e9e dans des endroits tels que le Grand-March\u00e9 ou la cath\u00e9drale Saint-Etienne et qu\u2019on se donne ensuite la peine de capturer un malfaiteur d\u00e9termin\u00e9. On peut \u00eatre certain qu\u2019il ne se trouvera pas ailleurs que dans l\u2019un de ces deux asiles<sup>4<\/sup>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le traitement psychanalytique doit \u00eatre panoptique, qui vise \u00e0 mettre \u00e0 nu ce qui se d\u00e9robe ordinairement aux regards. Il doit forcer les r\u00e9sistances et faire en quelque sorte violence \u00e0 l\u2019intimit\u00e9 psychique du patient, en vue de sa gu\u00e9rison.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Anciens avaient coutume de comparer philosophie et m\u00e9decine. Cic\u00e9ron en est un bon exemple qui \u00e9crit dans ses <em>Tusculanes<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les philosophes appellent maladies tous les troubles de l\u2019\u00e2me&nbsp;; et ils disent que celui qui n\u2019est pas sage n\u2019est jamais exempt de ces maladies. Or, ceux qui sont malades sont en mauvaise sant\u00e9 (ils sont <em>in-sanitatem<\/em>, d\u00e9pourvus de sant\u00e9, <em>mal-sains<\/em>), et les \u00e2mes de tous les non-sages sont malades&nbsp;; donc tous les non-sages sont fous (<em>insaniunt<\/em> \u2013 de <em>insania<\/em>&nbsp;: la folie)<sup>5<\/sup>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9decine traitant du corps, c\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e2me <em>(psukh\u00e8)<\/em> que se consacrait la philosophie qui n\u2019est pas exempte de sortil\u00e8ges&nbsp;! Car pour \u00eatre efficace, il lui faut faire violence \u00e0 l\u2019\u00e2me en vue de son bien, c\u2019est-\u00e0-dire en vue du plein recouvrement de son statut et de sa puissance d\u2019animation. La pens\u00e9e n\u2019avait alors rien d\u2019un loisir (au sens moderne de ce terme) r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 quelques oisifs. Il y \u00e9tait question de naissance, et d\u2019une naissance qui, comme toute naissance, associe la souffrance et la vie. L\u2019effort de la pens\u00e9e ne se compare dans ce paradigme qu\u2019aux douleurs de l\u2019enfantement, et le philosophe par excellence est le digne fils de sa sage-femme de m\u00e8re, qui accouche les esprits des id\u00e9es qu\u2019ils portent en eux. Aux yeux des profanes, les sages-femmes peuvent ais\u00e9ment faire figure de magiciennes qui ont, \u00e0 en croire Socrate, le pouvoir \u00ab&nbsp;par les m\u00e9dicaments qu\u2019elles donnent et par leurs chants (\u2026) \u00e0 la fois d\u2019\u00e9veiller<sup>6<\/sup>&nbsp;\u00bb Si les soignants ont pour t\u00e2che de gu\u00e9rir, ils savent aussi du fait de leur comp\u00e9tence, de ce que les Grecs appelaient leur <em>tekhn\u00e8<\/em> \u2013 leur savoir-faire -, d\u00e9clencher les maux qu\u2019ils soignent. Le rem\u00e8de \u2013 <em>pharmakon<\/em> \u2013 peut ais\u00e9ment s\u2019inverser en poison \u2013 <em>pharmakon<\/em> \u2013 c\u2019est en grec un seul et m\u00eame mot.<\/p>\n\n\n\n<p>La question de la comp\u00e9tence est essentielle parce qu\u2019elle pointe ce qui conf\u00e8re au soignant un pouvoir sur celui qu\u2019il soigne. Le soignant agit, le soign\u00e9 p\u00e2tit, au sens premier du terme. Le soin est rarement doux et anodin. D\u00e8s lors que son but consiste \u00e0 traiter v\u00e9ritablement, il exclut le confort car il ne peut agir efficacement qu\u2019\u00e0 n\u2019\u00eatre pas inoffensif. Soigner, c\u2019est vraisemblablement toujours prendre un risque&nbsp;; \u00eatre soign\u00e9, c\u2019est ind\u00e9niablement en courir un&nbsp;: certains traitements sont d\u2019ailleurs \u00e0 ce point douloureux qu\u2019on peut \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 y renoncer, tant la maladie semble parfois pr\u00e9f\u00e9rable au rem\u00e8de cens\u00e9 en d\u00e9livrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me de la violence concerne au premier chef les soignants dans leur relation avec ceux dont ils ont la charge. Car chaque patient constitue \u00e0 la rigueur un \u00ab&nbsp;cas&nbsp;\u00bb au sens o\u00f9 un cas, toujours n\u00e9cessairement singulier, rev\u00eat en m\u00eame temps une sorte d\u2019exemplarit\u00e9 et constitue de la sorte une figure de ce que Sartre appelait <em>l\u2019universel-singulier<\/em>. Le cas \u00e9chappe aux g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s massives \u2013 d\u2019o\u00f9 la difficult\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 tout traitement, qui en appelle n\u00e9cessairement \u00e0 ce que Pascal appelait <em>l\u2019esprit de finesse<\/em>. \u00c9chapper aux g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s, cela signifie aussi ne pas s\u2019en tenir aux lois d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablies, au connu, chercher, exp\u00e9rimenter et l\u00e0 encore, la violence du soin peut trouver un lieu o\u00f9 se d\u00e9ployer.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains cas peuvent, s\u2019ils parviennent aux oreilles des profanes, provoquer le scandale (je pense notamment aux cas d\u2019anorexie grave dont il a \u00e9t\u00e9 question lors de cette journ\u00e9e). C\u2019est par lui qu\u2019est souvent abord\u00e9e, dans l\u2019espace public, la question de la violence du soin. Le <em>scandale<\/em>, c\u2019est ce qui d\u00e9clenche l\u2019indignation, la r\u00e9probation morale. Mais le scandale cache comme souvent l\u2019essentiel qui est l\u2019extr\u00eame <em>d\u00e9sarroi<\/em> dans lequel sont parfois plong\u00e9s soignants et soign\u00e9s. D\u00e9sarroi qui provoque un sentiment de d\u00e9tresse, existentiel plus que moral. Que faire lorsqu\u2019on est confront\u00e9 \u00e0 des pathologies psychiques violentes qui poussent un patient \u00e0 s\u2019auto-d\u00e9truire plus ou moins patiemment&nbsp;? Comment nourrir celui ou celle qui refuse obstin\u00e9ment d\u2019absorber la moindre nourriture&nbsp;? Peut-on forcer quelqu\u2019un pour lui sauver la vie&nbsp;? Ne doit-on le faire qu\u2019\u00e9pisodiquement, en attendant que le patient recouvre un certain discernement&nbsp;? Que faire s\u2019il tarde \u00e0 en faire preuve&nbsp;? Car la violence n\u2019est acceptable qu\u2019\u00e0 titre exceptionnel (on peut alors se dire qu\u2019il fallait bien \u00e7a pour r\u00e9gler la situation). Reconduite chaque jour, elle devient pr\u00e9visible et moins facile \u00e0 inscrire au registre de l\u2019exception. Est-il supportable pour celui dont la t\u00e2che est de soigner, de soulager les souffrances d\u2019en infliger d\u2019autres au nom du souci du patient et de sa vie&nbsp;? Face \u00e0 ces questions, on peut comprendre le d\u00e9sarroi du personnel soignant, d\u00e9pouill\u00e9 de ce qui ordinairement permet de comprendre, de supporter, etc. La lumi\u00e8re crue jet\u00e9e par une violence jug\u00e9e n\u00e9cessaire d\u00e9sarme certitudes et bons sentiments d\u2019un m\u00eame coup. <em>L\u00e0 o\u00f9 l\u2019\u00e9vidence ne se trouve plus, l\u00e0 o\u00f9 donc plus rien ne cr\u00e8ve les yeux et o\u00f9 on est contraint d\u2019avancer sans y voir, le probl\u00e8me de la violence se pose dans toute son acuit\u00e9<\/em> \u2013 ce qui ne signifie pas en toute clart\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, l\u2019\u00e9vidence n\u2019interdit pas en tant que telle tout recours \u00e0 la violence&nbsp;: rien ne ressemble davantage \u00e0 une \u00e9vidence, on le sait, qu\u2019une certitude dogmatique qui, du haut de son indiscutable savoir, impose ses vues. Mais cette violence du dogme n\u2019est pas essentielle ici. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale d\u2019ailleurs, une telle violence r\u00e9v\u00e8le assez rapidement sa nature et sa critique la plus traditionnelle consiste \u00e0 opposer \u00e0 sa lumi\u00e8re, aveuglante, une autre lumi\u00e8re, plus subtile, \u00e0 faire jouer le savoir vivant contre le savoir fig\u00e9. Apr\u00e8s des ann\u00e9es de r\u00e8gne sans partage, le dogmatisme n\u2019a plus bonne presse et de fait ne suffit plus aujourd\u2019hui (me semble-t-il au risque d\u2019\u00eatre exag\u00e9r\u00e9ment optimiste) \u00e0 justifier une pratique th\u00e9rapeutique d\u2019autant plus s\u00fbre d\u2019elle-m\u00eame qu\u2019au profane elle ne devrait aucun compte.<\/p>\n\n\n\n<p>La violence du soin, \u00e0 lire les r\u00e9cits des soignants en psychiatrie n\u2019a pas grand-chose de dogmatique, elle ne fait pas l\u2019objet d\u2019une affirmation premi\u00e8re, mais est rendue n\u00e9cessaire par l\u2019imp\u00e9ratif de sauver une vie apparemment fatigu\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame, d\u2019une vie dont l\u2019\u00e9nergie est orient\u00e9e vers la destruction des autres ou de soi. Elle n\u2019est pas <em>a priori<\/em>, mais <em>a posteriori<\/em>. Ici se v\u00e9rifie la remarque de Sartre selon laquelle \u00ab&nbsp;la violence se donne toujours pour une contre-violence, c\u2019est-\u00e0-dire pour une riposte \u00e0 la violence de l\u2019autre<sup>7<\/sup>&nbsp;\u00bb. Elle se vit toujours dans un halo manich\u00e9en comme r\u00e9ponse \u00e0 une violence subie, r\u00e9ellement ou imaginairement, et qui n\u2019a pas laiss\u00e9 d\u2019autre choix que la violence. C\u2019est vrai certainement pour le malade qui subit la violence de sa propre anorexie et de ce qui l\u2019a d\u00e9clench\u00e9e et que l\u2019on contraint &#8211; nouvelle violence &#8211; \u00e0 se nourrir. Mais c\u2019est vrai aussi, et \u00e7a ne l\u2019est pas moins, pour les soignants qui recourent \u00e0 la contention pour contrer ce d\u00e9sir suicidaire et se heurtent alors \u00e0 la r\u00e9sistance du patient. D\u00e8s lors, la certitude de ce qu\u2019il faut faire se d\u00e9robe et c\u00e8de la place au doute. Doute de ceux qui se voient contraints d\u2019exercer leur soin avec une certaine violence dont ils ne d\u00e9cident pas, qui leur semble s\u2019imposer \u00e0 eux qui n\u2019ont pas m\u00eame l\u2019apparente certitude du dogme pour \u00e9clairer leur action th\u00e9rapeutique et qui n\u2019ont plus non plus le b\u00e9n\u00e9fice de la puissance magique de la parole, celle-ci se heurtant \u00e0 un refus absolu et non n\u00e9gociable. De ce fait, leur action curative est comme d\u00e9sarm\u00e9e, m\u00eame au cas o\u00f9 elle serait n\u00e9anmoins efficace. La violence dont ils sont les agents, ils la subissent \u00e9galement en retour \u2013 la magie change de camp \u2013 si l\u2019on peut dire. Leur propre violence leur fait violence et c\u2019est cet enchev\u00eatrement de violence qui constitue l\u2019acuit\u00e9, opaque et pesante, de ce dont nous parlons.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00e9chapper au cercle de la violence, il faudrait pouvoir faire un pas de c\u00f4t\u00e9, mais personne ne peut pr\u00e9tendre savoir ce qui rendrait ce pas possible. Il y faudrait un certain g\u00e9nie au sens o\u00f9 Sartre disait que le g\u00e9nie est la capacit\u00e9 \u00e0 trouver une issue aux situations les plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es, et le g\u00e9nie, comme on sait, \u00e9chappe aux r\u00e8gles du savoir-faire, il est pure invention. L\u2019acte de soigner sollicite, au moins face \u00e0 des cas paroxystiques, un tel g\u00e9nie, il ne saurait s\u2019accomplir dans une routine s\u00fbre de son bon droit. C\u2019est dire \u00e0 nouveau la violence qu\u2019il exerce sur celui qui, s\u2019il veut soigner, est enjoint au g\u00e9nie comme \u00e0 celui qui, soign\u00e9, est enjoint \u00e0 la patience et \u00e0 la puissance de vivre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Freud, 1, p. 2.<\/li><li>L\u00e9vinas, p. 78 et suivant.<\/li><li>Benjamin, p. 146.<\/li><li>Freud, 2, p. 270.<\/li><li>Cic\u00e9ron, p. 297.<\/li><li>Platon, 149 c-d.<\/li><li>Sartre, p. 245.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Benjamin Walter, \u00ab&nbsp;Sur le langage en g\u00e9n\u00e9ral et sur le langage humain&nbsp;\u00bb, in <em>\u0152uvres I<\/em>, Gallimard, 2000.<\/p>\n\n\n\n<p>Cic\u00e9ron, <em>Tusculanes<\/em>, in <em>Les Sto\u00efciens<\/em>, Gallimard, 1962.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund, 1 &#8211; \u00ab&nbsp;Traitement psychique&nbsp;\u00bb, in <em>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes<\/em> I, PUF, 1984.<\/p>\n\n\n\n<p>2 &#8211; <em>Introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Payot, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9vinas Emmanuel, <em>Autrement qu\u2019\u00eatre ou au-del\u00e0 de l\u2019essence<\/em>, r\u00e9ed. Le livre de poche, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>Platon, <em>Th\u00e9\u00e9t\u00e8te<\/em>, Garnier-Flammarion, 1995.<\/p>\n\n\n\n<p>Sartre Jean-Paul, <em>Critique de la raison dialectique<\/em>, Gallimard, 2<sup>e<\/sup> ed., 1985.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10580?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u2019\u00e9tant ni psychiatre ni psychanalyste, endossant donc ici le r\u00f4le du profane, je n\u2019en suis pas moins concern\u00e9 par un certain souci pour ce que les Anciens appelaient psukh\u00e8. 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