{"id":10578,"date":"2021-08-22T07:32:20","date_gmt":"2021-08-22T05:32:20","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/nympheas-labstraction-americaine-et-le-dernier-monet-2\/"},"modified":"2021-09-17T19:35:11","modified_gmt":"2021-09-17T17:35:11","slug":"nympheas-labstraction-americaine-et-le-dernier-monet","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/nympheas-labstraction-americaine-et-le-dernier-monet\/","title":{"rendered":"Nymph\u00e9as. L\u2019abstraction am\u00e9ricaine et le dernier Monet"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Nymph\u00e9as. L\u2019abstraction am\u00e9ricaine et le dernier Monet<\/em>. Mus\u00e9e de l\u2019Orangerie. Jusqu\u2019au 20 ao\u00fbt 2018<\/h2>\n\n\n\n<p>On a beau conna\u00eetre <em>les Nymph\u00e9as<\/em> de Monet, on n\u2019en finit pas d\u2019\u00eatre impressionn\u00e9s par cette incroyable entreprise, qui a occup\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019obsession (mais les grandes \u0153uvres peuvent-elles se passer d\u2019obsession&nbsp;?) les dix derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie. On peut dire que c\u2019est une chance que Monet ait v\u00e9cu vieux, car il a eu le temps de d\u00e9velopper son art, dont on voit ici l\u2019aboutissement. De m\u00eame que pour Rembrandt, Le Titien, Picasso, les \u0153uvres des peintres vieillissants sont empreintes de cette libert\u00e9 de celui qui n\u2019a plus rien \u00e0 prouver, qui peut s\u2019\u00e9loigner des codes culturels de son \u00e9poque, pour inaugurer des mani\u00e8res de cr\u00e9er innovantes. C\u2019est pourquoi ces derni\u00e8res \u0153uvres sont souvent mal appr\u00e9ci\u00e9es au moment de leur cr\u00e9ation, pour \u00eatre admir\u00e9es des d\u00e9cennies plus tard. C\u2019est cela que met en lumi\u00e8re l\u2019exposition de l\u2019<em>Orangerie<\/em>, qui montre l\u2019influence de Monet sur les peintres am\u00e9ricains de l\u2019abstraction lyrique des ann\u00e9es 50-60. L\u2019exposition est petite, mais tr\u00e8s compl\u00e8te et surtout elle inclut les immenses <em>Nymph\u00e9as<\/em> du mus\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le propos de l\u2019exposition, c\u2019est la d\u00e9couverte des <em>Nymph\u00e9as<\/em> par les artistes am\u00e9ricains. Parfois le rapprochement n\u2019est pas \u00e9vident pour le spectateur et semble un peu forc\u00e9 par les critiques d\u2019art. Encore que, lorsqu\u2019on voit <em>le Pont Japonais<\/em> de Monet, entour\u00e9 d\u2019un magnifique Riopelle et d\u2019un somptueux Joan Mitchell, les affinit\u00e9s sautent aux yeux. Plus qu\u2019une ressemblance, c\u2019est la d\u00e9marche formelle qui est en jeu, une nouvelle tendance picturale, qui s\u2019oppose \u00e0 l\u2019abstraction analytique du cubisme.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019un renversement. Il ne s\u2019agit pas seulement de mettre en \u00e9vidence l\u2019influence des <em>Nymph\u00e9as<\/em> de Monet sur les peintres abstraits am\u00e9ricains des ann\u00e9es 50, mais de montrer comment ces Am\u00e9ricains, en se r\u00e9appropriant les <em>Nymph\u00e9as<\/em>, leur donnent une nouvelle vie et en r\u00e9v\u00e8lent le caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire. En effet, les <em>Nymph\u00e9as<\/em> avaient \u00e9t\u00e9 assez mal accueillis lors de leur installation \u00e0 l\u2019<em>Orangerie<\/em> en 1927, puis presqu\u2019oubli\u00e9s, consid\u00e9r\u00e9s comme l\u2019art d\u00e9mod\u00e9 d\u2019un artiste vieillissant, atteint de troubles visuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 50, le directeur de la <em>MoMA<\/em> de New York, Alfred Baar, acquiert plusieurs <em>Nymph\u00e9as<\/em> de Monet, qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9 jusque-l\u00e0 par le mus\u00e9e. D\u2019embl\u00e9e, elles ont un succ\u00e8s immense.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Clement Greenberg, \u00ab&nbsp;le pape de la critique d\u2019art&nbsp;\u00bb \u00e0 New York, qui a montr\u00e9 combien l\u2019\u0153uvre tardive et peu appr\u00e9ci\u00e9e de Monet est alors devenue le point de d\u00e9part d\u2019une nouvelle esth\u00e9tique, celle qui privil\u00e9gie la lumi\u00e8re, les reflets, les sensations, et est consid\u00e9r\u00e9e comme une des sources de l\u2019abstraction.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019entr\u00e9e de la salle des <em>Nymph\u00e9as<\/em>, en introduction \u00e0 l\u2019exposition, est expos\u00e9e une toile d\u2019Ellsworth Kelly, <em>Tableau vert<\/em>, que cet artiste a peint d\u00e8s le lendemain de sa visite aux <em>Nymph\u00e9as<\/em>, une r\u00e9v\u00e9lation qui a inaugur\u00e9 sa c\u00e9l\u00e8bre s\u00e9rie des Monochromes. Sam Francis, fascin\u00e9 lui aussi par l\u2019\u0153uvre de Monet, a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je fais du Monet tardif pur<\/em>&nbsp;\u00bb. <em>Les Nymph\u00e9as<\/em> ont profond\u00e9ment et durablement marqu\u00e9 ces artistes dans leur chemin vers l\u2019abstraction. C\u2019est Joan Mitchell qui est peut-\u00eatre la repr\u00e9sentante la plus importante du courant de l\u2019abstraction lyrique, elle qui s\u2019est install\u00e9e dans une maison \u00e0 V\u00e9theuil, proche de Giverny.<\/p>\n\n\n\n<p>Etrange parcours, quand-m\u00eame, que ces <em>Nymph\u00e9as<\/em>. On sait que tous les artistes, d\u00e8s 1850, ont \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9s par les estampes japonaises, qu\u2019ils d\u00e9couvraient, Monet le premier, qui en poss\u00e9dait d\u2019ailleurs une tr\u00e8s belle collection, habillant tous les murs de sa maison de Giverny. L\u2019artiste s\u2019est lanc\u00e9, \u00e0 coup de grands travaux, \u00e0 r\u00e9aliser ce jardin, sans avoir jamais \u00e9t\u00e9 au Japon, inventant de toutes pi\u00e8ces un paysage dont l\u2019unique destination sera d\u2019\u00eatre peint, ce qui curieusement ne lui est apparu que secondairement. \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai mis du temps \u00e0 comprendre mes nymph\u00e9as\u2026 Je les cultivais sans songer \u00e0 les peindre\u2026Et puis, tout d\u2019un coup, j\u2019ai eu la r\u00e9v\u00e9lation des f\u00e9eries de mon \u00e9tang. J\u2019ai pris ma palette. Depuis ce temps, je n\u2019ai gu\u00e8re eu d\u2019autre mod\u00e8le.<\/em>&nbsp;\u00bb D\u00e8s lors, en effet, toute son \u00e9nergie est consacr\u00e9e \u00e0 peindre les n\u00e9nuphars, les saules et le pont japonais. Comment a-t-il pu capter cette esth\u00e9tique des estampes et de la po\u00e9sie japonaise&nbsp;? On dit que c\u2019est C\u00e9zanne qui a donn\u00e9 \u00e0 voir ce qu\u2019est r\u00e9ellement une pomme. Est-ce que Monet donne \u00e0 voir ce qu\u2019est r\u00e9ellement un pont japonais&nbsp;? Dr\u00f4le d\u2019histoire que ce petit pont, venu du Japon en France, puis qui a travers\u00e9 l\u2019Atlantique pour fasciner les peintres am\u00e9ricains, qui le font retraverser dans l\u2019autre sens, en faisant de l\u2019<em>Orangerie<\/em> un lieu de p\u00e8lerinage. C\u2019est \u00e9tonnant aussi de voir ces Japonais, qui ont une passion pour Monet, venir \u00e0 l\u2019<em>Orangerie<\/em> voir les <em>Nymph\u00e9as<\/em>, puis \u00e0 Giverny pour emprunter ce petit pont, perdu quelque part en Normandie.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10578?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nymph\u00e9as. L\u2019abstraction am\u00e9ricaine et le dernier Monet. 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