{"id":10574,"date":"2021-08-22T07:32:20","date_gmt":"2021-08-22T05:32:20","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/jean-fautrier-matiere-et-lumiere-2\/"},"modified":"2021-09-17T23:27:10","modified_gmt":"2021-09-17T21:27:10","slug":"jean-fautrier-matiere-et-lumiere","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/jean-fautrier-matiere-et-lumiere\/","title":{"rendered":"Jean Fautrier : Mati\u00e8re et Lumi\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Jean Fautrier <em>Mati\u00e8re et Lumi\u00e8re<\/em>, Mus\u00e9e d\u2019Art Moderne de la Ville de Paris, Jusqu\u2019au 20 mai 2018<\/h2>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre qu\u2019un grand peintre est celui qui nous laisse avec une question sans r\u00e9ponse, celle de savoir pourquoi nous sommes tellement touch\u00e9s par son \u0153uvre. Si tel est le cas, Jean Fautrier est un grand peintre. Cette \u0153uvre singuli\u00e8re, inclassable, tr\u00e8s belle, fait vivre au spectateur une exp\u00e9rience esth\u00e9tique qui reste myst\u00e9rieuse, inexplicable.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s la premi\u00e8re salle, encore tr\u00e8s r\u00e9aliste, on sent que cet artiste ne fait pas dans l\u2019anecdote. Il exprime la dimension tragique de l\u2019humain. On y voit des femmes ingrates, modestes, mais, contrairement \u00e0 Toulouse-Lautrec, ces femmes n\u2019inspirent pas de compassion. Les corps sont lourds, les regards sont durs, les visages sont d\u00e9form\u00e9s, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment laids. M\u00eame sa compagne, Andr\u00e9e Pierson, est repr\u00e9sent\u00e9e de mani\u00e8re impitoyable, sans aucune douceur. Ensuite l\u2019\u0153uvre \u00e9volue, selon un trajet en dents de scie, alternant des p\u00e9riodes de reconnaissance et des \u00e9clipses, dont les \u00e9tapes sont remarquablement expos\u00e9es par le Mus\u00e9e, jusqu\u2019au bouquet final des derni\u00e8res salles.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, les nus s\u2019assombrissent, s\u2019accompagnant d\u2019animaux \u00e9corch\u00e9s, et appara\u00eet la mati\u00e8re rugueuse qui caract\u00e9rise la peinture de Fautrier. Puis \u00e9clate la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il revient \u00e0 la peinture, apr\u00e8s la guerre, il met au point une technique qui lui est tr\u00e8s personnelle. Il appose au couteau une masse d\u2019enduit blanc sur du papier maroufl\u00e9, sur laquelle il d\u00e9pose des pigments de couleur qu\u2019il mod\u00e8le, gratte, \u00e9tale, creuse. Ce faisant, il s\u2019\u00e9carte de la peinture traditionnelle. \u00ab&nbsp;Je n\u2019allais pas faire comme les autres,&nbsp;\u00bb dit-il. Et en effet, il tient \u00e0 son originalit\u00e9 et l\u2019affirme avec sa fa\u00e7on sarcastique. Il a probablement eu besoin de cette technique personnelle pour inventer ce qu\u2019il appelle l\u2019art informel, dont il est le pr\u00e9curseur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le tragique est toujours l\u00e0, en particulier avec la s\u00e9rie des <em>Otages<\/em>, visages, tr\u00e8s effac\u00e9s, de prisonniers de la Gestapo, mais c\u2019est d\u2019une grande beaut\u00e9, contrastant avec l\u2019horreur du contenu, ce qui a pu faire dire \u00e0 certains que ce serait \u00ab&nbsp;joliesse&nbsp;\u00bb. Fautrier a souvent \u00e9t\u00e9 incompris et isol\u00e9, d\u2019autant plus qu\u2019il avait une personnalit\u00e9 complexe et un caract\u00e8re difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut absolument voir la vid\u00e9o de la discussion entre Jean Paulhan et Fautrier, sur l\u2019art abstrait et l\u2019art informel. Merveilleux exemple de ce que pouvait \u00eatre une conversation entre deux intellectuels au cours des ann\u00e9es cinquante. Dans l\u2019art abstrait, dit Paulhan, on enl\u00e8ve quelque chose. Dans l\u2019art informel, on se situe avant la chose.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins Fautrier n\u2019entre jamais dans le courant de l\u2019abstraction qui a domin\u00e9 le monde de l\u2019art apr\u00e8s la guerre, mais il veut \u00ab&nbsp;lib\u00e9rer la figuration&nbsp;\u00bb, donnant aux formes un statut d\u2019ind\u00e9termination. C\u2019est une appr\u00e9hension in\u00e9dite de l\u2019espace et de la forme. Les formes et les couleurs se fondent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les sculptures, autre aspect de son \u0153uvre, participent \u00e0 cette qu\u00eate d\u2019une forme informelle, toujours centr\u00e9e sur la figure humaine, dont il cherche en quelque sorte l\u2019invariant \u00e0 travers les variations d\u00e9form\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les derni\u00e8res salles, saisissantes par la beaut\u00e9 des toiles lumineuses aux couleurs si raffin\u00e9es, le spectateur \u00e9prouve comme une exp\u00e9rience in\u00e9dite, qui bouscule le rapport entre le fonds et la forme.<\/p>\n\n\n\n<p>Une salle enti\u00e8re est consacr\u00e9e aux \u00ab&nbsp;Objets&nbsp;\u00bb, o\u00f9 l\u2019on voit des tableaux repr\u00e9sentant des objets ordinaires &#8211; une passoire, une cl\u00e9, des cartons &#8211; qui \u00e0 notre vue deviennent extraordinaires et nous interpellent, tant la force qui s\u2019en d\u00e9gage reste myst\u00e9rieuse. Comment a-t-il fait pour qu\u2019une passoire ait une telle pr\u00e9sence&nbsp;? Ces objets sont diff\u00e9rents des bouteilles de Morandi, qui d\u00e9gagent une force spirituelle, ici on est comme happ\u00e9 par ces objets transcend\u00e9s. Ne suscitent-ils pas une impression d\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9, lorsque des objets prennent vie et que la diff\u00e9rence entre inanim\u00e9 et anim\u00e9 s\u2019estompe&nbsp;? Ces objets ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s dans la galerie <em>Rive Droite<\/em> en 1955. Leur pr\u00e9sence \u00e9nigmatique est tellement d\u00e9rangeante qu\u2019elle a rebut\u00e9 les visiteurs et qu\u2019aucune \u0153uvre n\u2019a \u00e9t\u00e9 vendue.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10574?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean Fautrier Mati\u00e8re et Lumi\u00e8re, Mus\u00e9e d\u2019Art Moderne de la Ville de Paris, Jusqu\u2019au 20 mai 2018 Peut-\u00eatre qu\u2019un grand peintre est celui qui nous laisse avec une question sans r\u00e9ponse, celle de savoir pourquoi nous sommes tellement touch\u00e9s par&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1318],"thematique":[396],"auteur":[1391],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[482],"type_article":[451],"check":[2023],"class_list":["post-10574","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-exposition","thematique-art","auteur-simone-korff-sausse","mode-gratuit","revue-482","type_article-articles","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10574","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10574"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10574\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13807,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10574\/revisions\/13807"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10574"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10574"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10574"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10574"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10574"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10574"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10574"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10574"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10574"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}