{"id":10570,"date":"2021-08-22T07:32:17","date_gmt":"2021-08-22T05:32:17","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-psychiatrie-se-dissoudra-t-elle-dans-le-neoliberalisme-quelques-reflexions-dun-pedo-psychiatre-sur-les-conditions-de-la-psychiatrie-transferentielle-2\/"},"modified":"2021-09-22T12:02:39","modified_gmt":"2021-09-22T10:02:39","slug":"la-psychiatrie-se-dissoudra-t-elle-dans-le-neoliberalisme-quelques-reflexions-dun-pedo-psychiatre-sur-les-conditions-de-la-psychiatrie-transferentielle","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-psychiatrie-se-dissoudra-t-elle-dans-le-neoliberalisme-quelques-reflexions-dun-pedo-psychiatre-sur-les-conditions-de-la-psychiatrie-transferentielle\/","title":{"rendered":"La psychiatrie se dissoudra-t-elle dans le n\u00e9olib\u00e9ralisme ? Quelques r\u00e9flexions d\u2019un p\u00e9do-psychiatre sur les conditions de la psychiatrie transf\u00e9rentielle"},"content":{"rendered":"\n<p>Je vous propose deux ou trois points sur lesquels nous pourrons travailler pour ne pas oublier la question de l\u2019humain dans l\u2019\u00e9quation en question. Ce qui m\u2019a vraiment form\u00e9 est la confrontation directe avec les situations impossibles des patients, dont on m\u2019avait confi\u00e9 tr\u00e8s vite la responsabilit\u00e9 de les soigner. Quand j\u2019ai commenc\u00e9 la psychiatrie, ses lieux de soins ressemblaient plus \u00e0 l\u2019asile qu\u2019\u00e0 autre chose. Il y avait tr\u00e8s peu de psychiatres, ce qui mettait les quelques \u00ab\u00a0psychiatres en formation\u00a0\u00bb devant la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9pondre des soins pour les patients hospitalis\u00e9s. Et j\u2019ai eu cette chance de tomber dans la p\u00e9riode de la mise en place de la psychiatrie de secteur (1972-73), pr\u00e9-d\u00e9termin\u00e9e par tout ce que mes ma\u00eetres avaient r\u00e9fl\u00e9chi ensemble pour aboutir \u00e0 la cr\u00e9ation de ce dispositif formidable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mes yeux, la psychiatrie de secteur est la r\u00e9volution psychiatrique du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Paradoxalement, elle est souvent vue comme une organisation un peu lointaine et d\u00e9shumanis\u00e9e. Alors que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la volont\u00e9 d\u2019une psychiatrie humaine qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa cr\u00e9ation. On dit souvent de la psychiatrie de secteur qu\u2019elle est obsol\u00e8te. Vous \u00eates dans un secr\u00e9tariat, vous entendez la secr\u00e9taire r\u00e9pondre \u00e0 une demande de rendez-vous&nbsp;: -\u00ab&nbsp;Vous habitez dans quelle rue&nbsp;? Pas de chance, c\u2019est l\u2019autre secteur, je vais vous donner son num\u00e9ro&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les gens caricaturent le secteur en disant que c\u2019est \u00e7a. C\u2019est scandaleux, car le secteur ce n\u2019est pas \u00e7a du tout. C\u2019est une philosophie de soins qui consiste vraiment \u00e0 traiter le patient dans son contexte de vie tout le temps qu\u2019il faudra. Ce qui donne toute son importance au concept de \u00ab&nbsp;continuit\u00e9 des soins&nbsp;\u00bb. Bonnaf\u00e9 a propos\u00e9 au minist\u00e8re que le concept de \u00ab&nbsp;transfert&nbsp;\u00bb, h\u00e9ritage freudien s\u2019il en est, soit repris sous le terme de \u00ab&nbsp;continuit\u00e9 des soins&nbsp;\u00bb. Tous nos p\u00e8res fondateurs avaient compris que ce nouveau dispositif devait permettre de suivre le patient tout le temps n\u00e9cessaire, des ann\u00e9es voire toute une vie. Par exemple, pour des enfants autistes ou des adultes schizophr\u00e8nes, psychotiques, toutes ces graves pathologies psychiatriques, il ne s\u2019agit pas seulement de les soigner pendant la crise, pendant l\u2019urgence, il s\u2019agit de les soigner pendant tout le temps qui sera n\u00e9cessaire. Ce qui ne veut pas dire pour autant les soigner \u00e0 plein temps&nbsp;: il est n\u00e9cessaire d\u2019adapter, en fonction de chaque patient, le costume th\u00e9rapeutique sur mesure qu\u2019on va fabriquer avec lui et ses soignants. Et \u00e9videmment pour cela il faut faire du travail de haute couture, qui \u00e9volue avec le temps pour un m\u00eame patient. Toute cette philosophie de la psychiatrie de secteur est f\u00e9cond\u00e9e par une m\u00e9thode qui permet de la faire vivre, la psychoth\u00e9rapie institutionnelle au sens large. Tosquelles, Oury, Racamier, Daumezon, et beaucoup d\u2019autres, tous ces gens ont r\u00e9fl\u00e9chi pour mettre en place un syst\u00e8me dans lequel accompagner les patients de fa\u00e7on humaine et coh\u00e9rente. C\u2019est dans ce creuset que je me suis form\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et il s\u2019est produit un certain nombre d\u2019\u00e9v\u00e8nements qui ont fait que &#8211; comme le disait Maurice Corcos en introduction &#8211; progressivement, une pens\u00e9e m\u00e9dicale de l\u2019accompagnement du malade mental a perdu de son importance dans le rapport de force entre la techno-bureaucratie et les soignants charg\u00e9s d\u2019accompagner les malades mentaux dans la vie quotidienne. Cela a abouti au fait qu\u2019aujourd\u2019hui nous vivions dans un environnement tr\u00e8s probl\u00e9matique pour soigner humainement. Comment puis-je rendre compte \u00e0 un patient du fait que, mes moyens \u00e9tant diminu\u00e9s, je ne vais plus pouvoir le voir toutes les semaines comme il en aurait besoin, mais tous les quinze jours, puis progressivement tous les mois&nbsp;? Il pourrait se jeter par la fen\u00eatre&nbsp;! C\u2019est un probl\u00e8me de moyens bien s\u00fbr, mais qui met notre \u00e9thique dans un sale p\u00e9trin. Vous, comme moi, si un patient a besoin d\u2019\u00eatre vu toutes les semaines, m\u00eame si nous n\u2019en avons plus les moyens, nous le verrons quand m\u00eame, mais jusqu\u2019\u00e0 quelles limites&nbsp;? n\u2019est-ce pas dans ces conditions qu\u2019appara\u00eet le fameux \u00ab&nbsp;<em>burn out<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que dans cette logique l\u00e0, toute la question de la formation prend une place consid\u00e9rable. En effet, nos jeunes coll\u00e8gues qui se forment aujourd\u2019hui, aussi bien les infirmiers que les internes, les psychologues, vont \u00eatre confront\u00e9s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de la maladie mentale au cours de leur stage et \u00e7a va produire chez eux des effets que les psychanalystes appellent \u00ab&nbsp;le contre-transfert&nbsp;\u00bb. C\u2019est un mauvais mot parce que \u00e7a semble vouloir dire qu\u2019on est contre le transfert. Or, ce n\u2019est pas \u00e7a du tout&nbsp;! je pr\u00e9f\u00e8re la notion de \u00ab&nbsp;double transfert&nbsp;\u00bb chez Salomon Resnik, qu\u2019il d\u00e9veloppe dans son formidable livre, <em>Temps des glaciations<\/em>. La relation entre le patient et le soignant actualise chez le patient la fa\u00e7on dont il s\u2019est construit dans son enfance. Il utilise donc la psych\u00e9 du soignant pour y projeter sa dramaturgie personnelle, et surtout ses traumatismes, ses angoisses, ses difficult\u00e9s existentielles. Et cela produit des effets sur le soignant, c\u2019est le transfert. Et la relation en retour du soignant avec le patient produit des effets sur le patient, qu\u2019on souhaite positifs. De mon point de vue, c\u2019est aussi une relation transf\u00e9rentielle. Mais classiquement nous l\u2019appelons \u00ab&nbsp;contre-transfert&nbsp;\u00bb. La fonction du soignant est de transformer ce qu\u2019il a re\u00e7u du patient en \u00e9l\u00e9ments assimilables, compr\u00e9hensibles, acceptables. Cela l\u2019am\u00e8ne \u00e0 discerner dans tout ce \u00ab&nbsp;tas de choses&nbsp;\u00bb \u00e9chang\u00e9es dans la relation, ce qu\u2019on nomme le \u00ab&nbsp;mat\u00e9riel transf\u00e9rentiel&nbsp;\u00bb, ce qui vient du patient de ce qui vient de lui. Sinon, sa fonction th\u00e9rapeutique peut n\u2019avoir aucun effet, voire devenir iatrog\u00e8ne pour le patient. Donc c\u2019est tr\u00e8s important que ceux qui sont en formation, et qui, de ce fait, vont \u00eatre \u00ab&nbsp;pris&nbsp;\u00bb dans ce double transfert, puissent en extraire une fonction th\u00e9rapeutique.<\/p>\n\n\n\n<p>Sinon, les angoisses projet\u00e9es par le patient dans le transfert avec son ou ses soignants peuvent avoir des effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res sur eux. Cela peut aller de l\u2019envahissement de la psych\u00e9 du soignant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de continuer \u00e0 faire ce m\u00e9tier jusqu\u2019\u00e0 la tentative de ne plus \u00eatre en lien avec le patient. Cette derni\u00e8re peut prendre diff\u00e9rentes formes plus ou moins conscientes qui vont de la prescription m\u00e9dicamenteuse exclusive (\u00ab&nbsp;je vous soigne avec les m\u00e9dicaments, pour la discussion, allez voir un psychoth\u00e9rapeute&nbsp;!&nbsp;\u00bb) \u00e0 la position d\u2019expert (\u00ab&nbsp;je donne un avis scientifique objectif qui ne doit pas \u00eatre entach\u00e9 par la relation&nbsp;\u00bb). Mais une autre forme, \u00e9tudi\u00e9e par des psychanalystes comme M. Balint, pour qui j\u2019ai une grande v\u00e9n\u00e9ration, existe. J\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 un groupe Balint quand j\u2019\u00e9tais jeune interne dans le service de Jaques Henry \u00e0 Sainte-Gemmes-sur-Loire. Norbert le Gu\u00e9rinel, ethnologue et psychanalyste venait faire un groupe de supervision avec les infirmiers et les internes qui le souhaitaient, et le m\u00e9decin chef participait au groupe de supervision&nbsp;; de temps en temps il parlait des relations transf\u00e9rentielles qu\u2019il avait avec des patients qu\u2019il prenait en psychoth\u00e9rapie. Dans ce groupe, la question de la hi\u00e9rarchie se travaillait de fait. Il me semble donc qu\u2019il y a ici quelque chose qui est une source de formation tr\u00e8s importante. La fonction Balint est justement cette possibilit\u00e9 offerte dans notre formation (initiale et\/ou continue) de soumettre le \u00ab&nbsp;tas de choses&nbsp;\u00bb qui peut nous envahir lors de la rencontre avec le patient. Soumettre ce tas de choses \u00e0 une tentative d\u2019analyse pour nous et pour le patient est un gage de qualit\u00e9 de travail et un outil de pr\u00e9vention de la sant\u00e9 mentale du soignant. Cela permet de mettre en forme la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019exercice de la psychiatrie d\u2019une autre fa\u00e7on que la seule expertise ou la recherche exclusive. Non pas que je sois contre les recherches et les expertises, les deux sont \u00e9videmment n\u00e9cessaires. Mais ce n\u2019est pas le fond de la pratique de la psychiatrie. Quand je vois les \u00e9tudes des psychiatres d\u2019aujourd\u2019hui, j\u2019ai peur qu\u2019on mette la recherche au premier plan, et que de fait cela serve \u00e0 ne pas prendre en consid\u00e9ration de fa\u00e7on suffisamment coh\u00e9rente la question du transfert\/contre-transfert, et celle de tout soignant qui est confront\u00e9 \u00e0 un malade mental. La recherche en psychiatrie est fondamentale pour avancer dans la compr\u00e9hension des maladies mentales. Mais je ne suis pas s\u00fbr que de former tous les psychiatres sur ce seul r\u00e9f\u00e9rentiel en fasse pour autant des chercheurs de qualit\u00e9, sans compter que la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la formation psychoth\u00e9rapique aura disparu entretemps. Or les psychiatres de secteur doivent essentiellement soigner les patients avec leurs \u00e9quipes. Ce basculement des r\u00e9f\u00e9rences fondamentales risque de nous emmener vers une domination id\u00e9ologique des neurosciences qui p\u00e8se beaucoup sur les organisations des dispositifs de soins et sur les formations propos\u00e9es aux plus jeunes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre tendance dominante, c\u2019est la tendance expertale&nbsp;: ne pas \u00eatre en contact affectif avec le patient pour pouvoir \u00eatre objectif. Ce qui \u00e9loigne de la capacit\u00e9 du soin. Les gens s\u2019en sortent tr\u00e8s bien en disant \u00ab&nbsp;cela ne veut pas dire qu\u2019on ne veut pas qu\u2019il soit soign\u00e9&nbsp;; les soignants doivent le faire, mais il faut quand m\u00eame qu\u2019il y ait des experts, qui, eux, ne peuvent \u00eatre soignants&nbsp;\u00bb. Comment peut-on devenir expert sans passer par une longue exp\u00e9rience du soin&nbsp;? Nous voyons de plus en plus appara\u00eetre des sp\u00e9cialistes, experts dans leur domaine, d\u2019un sympt\u00f4me&nbsp;: THADA, TOC, TED, troubles \u00ab&nbsp;dys&nbsp;\u00bb, souvent regroup\u00e9s dans des centres ressources, et se pr\u00e9sentant comme les experts incontournables de tel domaine psychiatrique. Les \u00e9quipes de secteur sont disqualifi\u00e9es de fait dans ces nouvelles organisations et le patient veut disposer d\u2019un avis d\u2019expert. Cette f\u00e9tichisation de l\u2019expertise risque de d\u00e9mobiliser l\u2019ensemble des soignants. L\u2019exemple de l\u2019autisme est, de ce point de vue, absolument d\u00e9monstratif.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, quand on reprend l\u2019histoire de la psychiatrie, une premi\u00e8re tentative tr\u00e8s humanisante avec Pinel et Pussin a eu lieu. En appui sur les <em>Encyclop\u00e9distes<\/em>, l\u2019id\u00e9e est formul\u00e9e que les malades mentaux sont des citoyens de droit comme les autres. Un effort doit \u00eatre tent\u00e9 pour les faire appartenir \u00e0 la communaut\u00e9. Esquirol, gr\u00e2ce \u00e0 la loi de 1838, va d\u00e9dier des espaces aux malades mentaux, les asiles. Mais tr\u00e8s vite va se reproduire dans les asiles ce qui se produisait d\u00e9j\u00e0 pour les malades mentaux dans la soci\u00e9t\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire des m\u00e9canismes d\u2019exclusion. Et vous connaissez bien ce m\u00e9canisme&nbsp;: les plus fous sont mis au fond de l\u2019asile tandis que les moins fous sont plus pr\u00e8s de la sortie.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis Freud invente le concept de \u00ab&nbsp;transfert&nbsp;\u00bb, ce qui va r\u00e9volutionner totalement la psychopathologie. Mais ses \u00e9l\u00e8ves qui vont appliquer le concept de transfert freudien aux psychotiques ou aux autistes, vont aboutir \u00e0 des catastrophes. Il va falloir attendre les travaux de Tosquelles qui consistent \u00e0 dire&nbsp;: il faut une institution pour accueillir toutes ces pathologies graves, voire gravissimes. Se d\u00e9gage ainsi progressivement dans l\u2019histoire une notion qui va avoir beaucoup d\u2019importance \u00e0 mes yeux&nbsp;: celle de l\u2019institution, lieu dans lequel la rencontre entre un patient et \u00ab&nbsp;ses&nbsp;\u00bb soignants. Et ce que je propose d\u2019appeler la constellation transf\u00e9rentielle, c\u2019est la r\u00e9union de ces soignants qui vont se rassembler dans le cadre d\u2019une r\u00e9union ayant des crit\u00e8res tr\u00e8s sp\u00e9cifiques en psychiatrie et dans laquelle ils vont pouvoir exprimer chacun leur contre-transfert. Et c\u2019est la r\u00e9union de ces contre-transferts tr\u00e8s diff\u00e9rents dans la constellation transf\u00e9rentielle qui permet de traiter le patient.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces choses l\u00e0 ne tombent pas du ciel&nbsp;: on les apprend. Et pour les apprendre, il faut \u00eatre au contact avec le patient, et avoir des dispositifs qui permettent de le travailler. C\u2019est tout le sens du <em>p\u00e1thei m\u00e1thos<\/em> des Grecs anciens, \u00ab&nbsp;l\u2019enseignement par l\u2019\u00e9preuve&nbsp;\u00bb, franchir l\u2019\u00e9preuve de la rencontre avec des gens qui vont nous aider, partager la souffrance avec l\u2019autre et en faire quelque chose qui lui permette de moins souffrir, et \u00e0 nous de ne pas trop souffrir par projection. Il ne s\u2019agit pas d\u2019envoyer tous les psychiatres en formation sur un divan, mais de les y int\u00e9resser dans le cadre d\u2019enseignements tels que les groupes Balint, ou telles que les m\u00e9thodes d\u2019observations du b\u00e9b\u00e9 invent\u00e9es par Esther Bick, ou les groupes d\u2019\u00e9tudes psychopathologiques de cas cliniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs pistes de travail peuvent \u00eatre propos\u00e9es&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; La premi\u00e8re consiste \u00e0 pr\u00e9senter les \u00e9l\u00e9ments de base de l\u2019apprentissage de nos m\u00e9tiers comme compl\u00e9mentaires. A titre d\u2019exemple, il est tr\u00e8s important de pr\u00e9senter le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant selon le point de vue du neurop\u00e9diatre qui va s\u2019appuyer sur les neurosciences avec toutes les d\u00e9couvertes extraordinaires de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, mais aussi selon celui du p\u00e9dopsychiatre-psychanalyste qui pr\u00e9sentera le d\u00e9veloppement psychoaffectif de l\u2019enfant, y compris avec les apports r\u00e9cents de la th\u00e9orie de l\u2019attachement. Cela fait appara\u00eetre les savoirs comme compl\u00e9mentaires et \u00e9vite les pr\u00e9jug\u00e9s qui ne manquent pas de survenir lorsque l\u2019enseignement est propos\u00e9 sous la forme de choix&nbsp;: \u00ab&nbsp;Soit je choisis la recherche et les neurosciences, soit je choisis la psychanalyse&nbsp;\u00bb. Si je commence ma formation avec cet \u00e9tat d\u2019esprit, je vais me retrouver dans un univers dans lequel les choses sont cliv\u00e9es. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de les traiter dans la formation d\u00e8s le d\u00e9part, sans confusion, la psychopathologie est distincte des neurosciences, mais avec l\u2019id\u00e9e de leur compl\u00e9mentarit\u00e9. Le r\u00e9flexe archa\u00efque de <em>grasping<\/em> vu par le neurop\u00e9diatre pour un petit b\u00e9b\u00e9 qui vient de na\u00eetre est tr\u00e8s int\u00e9ressant pour comprendre le m\u00e9canisme d\u2019identification adh\u00e9sive pathologique de l\u2019autiste. Et si on ne fait pas ces liens-l\u00e0, cela n\u2019aide pas les jeunes \u00e0 faire des ponts entre ces diff\u00e9rents aspects, et \u00e0 consid\u00e9rer comme aussi important de se former en neurosciences qu\u2019en psychopathologie.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; La deuxi\u00e8me concerne la fonction Balint. Elle doit faire l\u2019objet d\u2019un apprentissage prolong\u00e9. On a insist\u00e9 sur le fait que les internes souhaitaient une grande mobilit\u00e9 au cours de leurs stages. Je pense que c\u2019est un fantasme tr\u00e8s int\u00e9ressant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je veux d\u00e9couvrir le monde. Je suis nomm\u00e9 dans cette r\u00e9gion et je vais aller voir les diff\u00e9rents types de psychiatries pratiqu\u00e9es, et plus j\u2019en verrai plus j\u2019apprendrai.&nbsp;\u00bb. Seulement, cela est contradictoire avec le fait que si je veux apprendre vraiment mon m\u00e9tier et que, pendant mon internat, je ne fais que des stages diff\u00e9rents en changeant tous les six mois, il n\u2019y aucun moment o\u00f9 je pourrai approfondir la relation en continu avec un patient, ce qui serait une mine d\u2019apprentissage initiatique \u2013 sur la psychoth\u00e9rapie par exemple \u2013 tout \u00e0 fait fondamentale. Il faudrait ainsi pouvoir d\u00e9passer ces paradoxes et rendre possible le fait de suivre des patients pendant un certain temps et donc d\u2019\u00eatre en supervision par exemple dans un groupe Balint, pour pouvoir faire connaissance avec un patient dans le cadre d\u2019un suivi continu et long. Parce que la maladie mentale n\u2019est pas une petite maladie qui dure cinq minutes. La fonction Balint semble tr\u00e8s importante \u00e0 privil\u00e9gier dans la formation que l\u2019on propose aux \u00e9tudiants de nos m\u00e9tiers. Et j\u2019insiste sur cet aspect, ces \u00ab&nbsp;histoires&nbsp;\u00bb Balint ne concernent pas seulement les relations avec un patient en psychoth\u00e9rapie individuelle. Jacques Hochmann a beaucoup insist\u00e9 sur la notion d\u2019\u00ab&nbsp;institution mentale&nbsp;\u00bb, y compris en groupe. Les constellations transf\u00e9rentielles sont des groupes o\u00f9 l\u2019on apprend \u00e0 plusieurs \u00e0 \u00eatre les supports d\u2019un transfert d\u2019une personne qui n\u2019a pas encore acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la relation objectale. Par exemple, le schizophr\u00e8ne ou l\u2019autiste. Cela s\u2019apprend aussi dans ces groupes Balint. Cette exp\u00e9rience fait partie des outils n\u00e9cessaires pour notre m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; La troisi\u00e8me piste de travail est une formation plus sp\u00e9cifique destin\u00e9e \u00e0 ceux qui veulent vraiment se former \u00e0 la psychoth\u00e9rapie. Je pense qu\u2019il est de notre responsabilit\u00e9 de m\u00e9decins hospitaliers, et\/ou universitaires de proposer des dispositifs pour que l\u2019on puisse se former \u00e0 ces techniques tr\u00e8s approfondies que sont les techniques psychoth\u00e9rapiques. C\u2019est dans cette perspective qu\u2019\u00e0 Lille, j\u2019ai propos\u00e9 il y a maintenant plusieurs ann\u00e9es, de cr\u00e9er un <em>Institut de formation \u00e0 la psychoth\u00e9rapie psychanalytique d\u2019enfants<\/em>, fonctionnant avec deux volets compl\u00e9mentaires. Un DU de cinq ans (une ann\u00e9e probatoire et quatre ans de formation), cr\u00e9\u00e9 en 2009 \u00e0 la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de Lille 2. Et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette formation universitaire et de ses approches th\u00e9oriques, une formation pratique dans le cadre d\u2019un CMPP exp\u00e9rimental cr\u00e9\u00e9 \u00e0 cet effet. Celui-ci permet aux \u00e9tudiants inscrits au DU de pouvoir faire des psychoth\u00e9rapies \u00e0 trois s\u00e9ances par semaine avec des enfants et une supervision hebdomadaire de ce travail psychoth\u00e9rapique. Cette formation est ouverte aux psychologues et aux internes. Progressivement, nous accueillons aussi des psychomotriciens et des infirmiers en fonction de leur exp\u00e9rience et de leur motivation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces pistes sont importantes \u00e0 mettre en place pour que l\u2019on puisse lutter contre cette atmosph\u00e8re p\u00e9nible qui promeut les seules neurosciences. C\u2019est une vision partielle de la maladie mentale qui revient r\u00e9guli\u00e8rement. Rappelons-nous les conflits du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le risque de cette logique serait d\u2019aller vers une psychiatrie que j\u2019appelle m\u00e9chamment \u00ab&nbsp;v\u00e9t\u00e9rinaire&nbsp;\u00bb, avec son corollaire, le logiciel DSM pouss\u00e9 \u00e0 son paroxysme&nbsp;: observer les signes et en d\u00e9duire le m\u00e9dicament \u00e0 prescrire. Il faut donc pouvoir perp\u00e9trer des pratiques, des r\u00e9flexions et des formations qui permettent d\u2019articuler \u00e0 ce premier \u00e9l\u00e9ment essentiel \u2013 les neurosciences \u2013 les aspects psychopathologiques fondamentaux. Ceux-ci sont port\u00e9s notamment par les freudiens, mais \u00e9galement par tout ce qui tourne autour de l\u2019anthropologie (on a parl\u00e9 de l\u2019importance de l\u2019environnement dans la maladie mentale)&nbsp;: les anthropologues et les sociologues sont l\u00e0 pour nous ouvrir un certain nombre de fen\u00eatres que nos deux premiers m\u00e9tiers &#8211; neurosciences et psychopathologie &#8211; n\u2019ouvrent pas suffisamment. Et l\u2019on voit que dans ces conditions, sont r\u00e9unis les param\u00e8tres permettant \u00e0 ceux qui s\u2019engagent dans ce m\u00e9tier de le faire sans le risque de devoir choisir entre \u00ab&nbsp;j\u2019\u00e9vite la rencontre avec le malade mental parce que j\u2019ai bien vu que \u00e7a me faisait des choses que je ne peux pas traiter&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;faire de la science comme alibi pour ne pas \u00eatre en contact avec le patient&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut donc absolument transmettre cette n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une articulation entre ces diff\u00e9rents champs \u00e0 nos plus jeunes coll\u00e8gues, quel que soit leur statut, seule possibilit\u00e9 pour une \u00ab&nbsp;psychiatrie transf\u00e9rentielle&nbsp;\u00bb. Il en va de l\u2019avenir de la psychiatrie pour qu\u2019elle ne se dissolve pas dans le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10570?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je vous propose deux ou trois points sur lesquels nous pourrons travailler pour ne pas oublier la question de l\u2019humain dans l\u2019\u00e9quation en question. 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