{"id":10544,"date":"2021-08-22T07:32:15","date_gmt":"2021-08-22T05:32:15","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/travail-genre-et-care-en-clinique-le-travail-maternel-2\/"},"modified":"2022-01-12T14:15:49","modified_gmt":"2022-01-12T13:15:49","slug":"travail-genre-et-care-en-clinique-le-travail-maternel","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/travail-genre-et-care-en-clinique-le-travail-maternel\/","title":{"rendered":"Travail, genre et \u00a0\u00bbcare\u00a0\u00bb en clinique : le travail maternel"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019histoire des placements familiaux pour adultes en Europe trouve en la colonie de Geel son origine. Au XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le fou de Dieu laisse la place au fou du m\u00e9decin et le d\u00e9bat s\u2019installe sur ce type de pratique m\u00e9dicale au regard de la s\u00e9curit\u00e9 qu\u2019offre la prise en charge hospitali\u00e8re (donc aujourd\u2019hui rien de nouveau&nbsp;!). L\u2019engorgement des asiles et les n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9conomiques contribuent alors \u00e0 la reproduction de l\u2019exp\u00e9rience de Geel, notamment \u00e0 Dun-sur-Auron en 1891 puis \u00e0 Ainay-le-Ch\u00e2teau en extension. Ces colonies familiales connaitront des succ\u00e8s divers. De lieux de libert\u00e9, elles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9peintes comme des lieux d\u2019exclusion<sup>1<\/sup>. C\u2019est la sectorisation de la psychiatrie, fin des ann\u00e9es 50 qui a relanc\u00e9 ces pratiques en les pensant comme dispositifs de soins.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019AFT<sup>2<\/sup> (Accueil Familial Th\u00e9rapeutique), fils des \u00ab&nbsp;colonies&nbsp;\u00bb, se raconte comme un conte merveilleux auquel personne (de sens\u00e9) ne peut croire&nbsp;: des fous qui vont mieux alors qu\u2019ils sont accueillis chez Mr et Mme Toutlemonde&nbsp;? C\u2019est presque irr\u00e9el&nbsp;! \u00ab&nbsp;Je n\u2019y crois pas, tu peux me raconter ce que tu veux sur ton placement mais je n\u2019y crois pas&nbsp;! Il y a beaucoup de maltraitance dans ces familles d\u2019accueil&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Il faut \u00eatre une sainte ou cupide pour faire ce travail&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;C\u2019est de l\u2019accueil\u2026 C\u2019est pas du travail&nbsp;!&nbsp;\u00bb \u2026 sont autant de repr\u00e9sentations de l\u2019accueil familial th\u00e9rapeutique qui circulent tant dans les milieux populaires qu\u2019acad\u00e9miques. Elles se sont construites et ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9hicul\u00e9es par et dans le discours des \u00ab&nbsp;professionnels&nbsp;\u00bb du soin, des scientifiques ou encore dans la litt\u00e9rature. On se souvient des Th\u00e9nardier de Victor Hugo<sup>3<\/sup>, mis\u00e9rables exploitant des plus mis\u00e9rables encore. L\u2019AFT est pris depuis sa naissance dans des consid\u00e9rations morales. La pratique de celles qu\u2019on appelait alors les \u00ab&nbsp;nourrici\u00e8res&nbsp;\u00bb \u00e9tant soit encens\u00e9e, soit condamn\u00e9e. Ces derni\u00e8res sont d\u00e9peintes soit comme des saintes, port\u00e9es par un id\u00e9al d\u2019abn\u00e9gation et de d\u00e9vouement maternel \u00ab&nbsp;naturel&nbsp;\u00bb soit comme des tortionnaires exploitant des patients vuln\u00e9rables, fragiles et d\u00e9pendants.<\/p>\n\n\n\n<p>Concr\u00e8tement, de quoi s\u2019agit-il&nbsp;? L\u2019organisation du travail des familles d\u2019accueil th\u00e9rapeutique en psychiatrie, rev\u00eat des formes tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Peu s\u2019appuient sur le travail d\u2019une unit\u00e9 fonctionnelle hospitali\u00e8re d\u00e9di\u00e9e uniquement \u00e0 ce travail sp\u00e9cifique. A partir de l\u2019analyse du travail des familles d\u2019accueil th\u00e9rapeutique, nous pouvons dire que pour l\u2019essentiel, ce sont des femmes et pour beaucoup maghr\u00e9bines ou antillaises. Elles accueillent chez elles, dans leur famille, jours et nuits, tous les jours de l\u2019ann\u00e9e (en dehors de leurs cinq semaines de cong\u00e9s), des patients adultes de psychiatrie. Elles sont embauch\u00e9es par l\u2019h\u00f4pital public, en contrat \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e correspondant \u00e0 l\u2019accueil r\u00e9el d\u2019un patient \u00e0 leur domicile. Au d\u00e9part du patient, leur contrat s\u2019arr\u00eate et est susceptible de ne pas reprendre si l\u2019unit\u00e9 d\u00e9di\u00e9e ne leur confie pas d\u2019autre patient. Elles sont pay\u00e9es \u00ab&nbsp;\u00e0 la nuit\u00e9e&nbsp;\u00bb si bien que quand le patient s\u2019absente (part en famille, en week-end, en vacances etc.) ou est hospitalis\u00e9, elles ne per\u00e7oivent que des indemnit\u00e9s correspondant \u00e0 la \u00ab&nbsp;location de la chambre&nbsp;\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire environ 1\/5<sup>\u00e8me<\/sup> de leur salaire). Elles sont donc dans des situations tr\u00e8s pr\u00e9caires et d\u00e9pendantes des relations entretenues avec l\u2019\u00e9quipe d\u00e9di\u00e9e, interface entre elles et l\u2019administration hospitali\u00e8re. La plupart sont des m\u00e8res de famille qui veulent concilier leur vie familiale, leur r\u00f4le de m\u00e8re et une activit\u00e9 professionnelle leur permettant de mettre \u00e0 profit \u00ab&nbsp;ce qu\u2019elles savent faire&nbsp;\u00bb. L\u2019une des principales contraintes de leur travail consiste \u00e0 rendre le placement continu, constant et durable&nbsp;: leur r\u00e9mun\u00e9ration et la qualit\u00e9 de leur travail en d\u00e9pend.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart de ces patients pr\u00e9sentent des psychoses dissociatives dites \u00ab&nbsp;d\u00e9ficitaires&nbsp;\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire marqu\u00e9es par des signes n\u00e9gatifs comme l\u2019apragmatisme, l\u2019incurie, l\u2019aboulie. Les accueillantes familiales sont en charge de veiller sur la sant\u00e9 de ces personnes et de leur fournir un cadre de vie chaleureux et soutenant. En somme, leur travail consiste \u00e0 prendre soin de ces adultes, d\u00e9pendant pour les gestes parfois les plus simples de la vie quotidienne comme se laver ou manger. Elles sont amen\u00e9es \u00e0 \u00eatre en charge de t\u00e2ches maternantes et soignantes aupr\u00e8s de ces patients. Non en ex\u00e9cutant ces gestes elles-m\u00eames comme le feraient des assistantes de vie mais en travaillant, avec eux, \u00e0 la reconqu\u00eate d\u2019une autonomie de vie quotidienne. Aucun projet d\u2019AFT n\u2019est men\u00e9 dans le cadre d\u2019hospitalisations sous contrainte. L\u2019accord et la participation des patients sont n\u00e9cessaires. Ils peuvent quitter le dispositif quand ils le veulent, \u00e0 tout moment. Pour que le placement tienne, il faut donc conqu\u00e9rir la coop\u00e9ration du patient. Il s\u2019agit effectivement de coop\u00e9ration et non de consentement. Non seulement ces patients doivent accepter le cadre de la prise en charge mais pour que des b\u00e9n\u00e9fices th\u00e9rapeutiques en soient retir\u00e9s&nbsp;\u2013&nbsp;gage du bon travail&nbsp;\u2013, ils doivent se \u00ab&nbsp;mettre au travail&nbsp;\u00bb en acceptant d\u2019\u00eatre, en quelque sorte, d\u00e9plac\u00e9s dans leur fa\u00e7on de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe peu de litt\u00e9rature portant sur ce type de prise en charge, et encore moins sur les sp\u00e9cificit\u00e9s du travail fait par ces accueillantes familiales th\u00e9rapeutiques<sup>4<\/sup>. Pour comprendre le fonctionnement de l\u2019accueil, toutes ces sources reviennent \u00e0 des hypoth\u00e8ses naturalisantes, consistant \u00e0 d\u00e9finir soit des traits moraux, des types de personnalit\u00e9s et\/ou des fonctionnements familiaux<sup>5<\/sup>, la r\u00e9sultante d\u2019une dynamique sociale<sup>6<\/sup>, ou encore des \u00ab\u00a0capacit\u00e9s th\u00e9rapeutiques spontan\u00e9es\u00a0\u00bb<sup>7<\/sup>. Aucune n\u2019accorde de place \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence au travail. Pourtant cet accueil n\u2019est pas gratuit et est encadr\u00e9 par des contraintes sociales, mat\u00e9rielles et organisationnelles. C\u2019est donc bien un travail mais qui reste \u00e0 caract\u00e9riser. Cette contribution s\u2019attachera \u00e0 montrer ce que la prise en compte de la centralit\u00e9 du travail renouvelle en mati\u00e8re de discussion clinique et th\u00e9orique sur la question du <em>Maternel<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019AFT&nbsp;: un travail de <em>Care<\/em>&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>La formulation des activit\u00e9s domestiques et \u00e9ducatives intra-familiales en termes de travail en France prend ses sources dans les travaux des sociologues du travail f\u00e9ministes<sup>8<\/sup>. Elles se sont attach\u00e9es \u00e0 d\u00e9montrer d\u2019une part la situation diff\u00e9rente des hommes et des femmes face au travail et d\u2019autre part, que cette diff\u00e9rence n\u2019est pas la cons\u00e9quence de diff\u00e9rences biologiques mais de construits sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont essentiellement ces travaux f\u00e9ministes qui ont permis de consid\u00e9rer le travail domestique comme une activit\u00e9 de travail, au m\u00eame titre que le travail salari\u00e9, \u00e9largissant ainsi dans le m\u00eame temps la d\u00e9finition \u00e0 faire du concept de travail. Celui-ci ne pouvant pas se circonscrire \u00e0 la r\u00e9mun\u00e9ration, au salariat et encore moins \u00e0 l\u2019emploi. C\u2019est ainsi que la question du genre est venue interroger la discipline notamment par les apports de P. Molinier concernant le travail de soin<sup>9<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, on a tendance \u00e0 regrouper les m\u00e9tiers de l\u2019aide et du soin sous le terme plus englobant de <em>Care<\/em>. Le terme d\u00e9signe \u00e0 la fois le souci, la sollicitude, mais aussi le \u00ab&nbsp;prendre soin de&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;l\u2019attention port\u00e9e \u00e0 autrui&nbsp;\u00bb. Le souci de l\u2019autre est au centre du travail salari\u00e9 dans les cr\u00e8ches, les maternelles, les \u00e9coles, les coll\u00e8ges, les caisses d\u2019allocations familiales, etc. Le <em>Care<\/em> n\u2019est pas seulement une th\u00e9orie ou un courant d\u2019id\u00e9e, c\u2019est surtout une s\u00e9rie d\u2019activit\u00e9s. Si on suit cette id\u00e9e, on ne peut pas d\u00e9crire le <em>Care<\/em> sans prendre en consid\u00e9ration le travail et les activit\u00e9s qui lui sont sous-jacents. Ce terme permet de penser ensemble toute une s\u00e9rie d\u2019activit\u00e9s qui ont en commun d\u2019\u00eatre r\u00e9alis\u00e9es soit par des femmes, soit par des populations migrantes, minoritaires, et d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des professions subalternes et non qualifi\u00e9es<sup>10<\/sup>. Des activit\u00e9s indispensables, invisibles pour qui ne s\u2019attarde pas \u00e0 les regarder et dont d\u00e9pendent notre confort et souvent notre vie elle-m\u00eame. Dans ces activit\u00e9s, il y a non seulement des t\u00e2ches mat\u00e9rielles, parfois p\u00e9nibles ou rebutantes, mais aussi tout un travail d\u2019attention aux besoins des autres qui requiert des comp\u00e9tences et l\u2019exp\u00e9rience de ce que cela veut dire que de tenir compte de l\u2019autre, de ses besoins. L\u2019exp\u00e9rience de devoir faire avec la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et la souffrance d\u2019autrui est au centre de ce que P. Molinier a propos\u00e9 d\u2019appeler le \u00ab&nbsp;travail de <em>Care<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>11<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019origine des travaux sur le <em>Care<\/em> est \u00e0 situer dans les travaux d\u2019une psychologue am\u00e9ricaine, Carol Gilligan<sup>12<\/sup>. Elle propose une d\u00e9finition du <em>Care<\/em> qui repose sur une disposition psychologique inh\u00e9rente au d\u00e9veloppement psychoaffectif des femmes. Elle ouvre la voie \u00e0 des travaux qui s\u2019inscrivent avant tout dans le champ de la philosophie morale et politique, plaidant pour une \u00ab&nbsp;voix diff\u00e9rente&nbsp;\u00bb en morale. Les perspectives \u00e9thiques et de philosophie morale rencontrent les recherches f\u00e9ministes. Parmi ces premiers travaux portant sur le <em>Care<\/em>, certains sont plus critiqu\u00e9s, notamment ceux des \u00ab&nbsp;maternalistes&nbsp;\u00bb dont la figure de proue est Nel Noddings<sup>13<\/sup>. Elle souligne les b\u00e9n\u00e9fices d\u2019une \u00e9thique du soin f\u00e9minine par contraste avec une morale masculine. Sur ce point, rien de tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 encore des perspectives d\u00e9velopp\u00e9es par C. Gilligan. L\u00e0 o\u00f9 une nette distinction s\u2019op\u00e8re, c\u2019est sur la conception du soin soutenue par N. Noddings. Selon cette derni\u00e8re, le soin est structur\u00e9 sur un mod\u00e8le dyadique &#8211; ce que r\u00e9cuse par exemple Joan Tronto<sup>14<\/sup>. L\u2019arch\u00e9type en serait la dyade m\u00e8re-enfant&nbsp;; la maternit\u00e9 \u00e9tant alors con\u00e7ue comme exp\u00e9rience sp\u00e9cifique capable de servir de socle \u00e0 une conception du lien social centr\u00e9 sur le soin d\u2019autrui<sup>15<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si effectivement cette conception du lien social semble discutable, c\u2019est aussi parce qu\u2019elle repose sur une vision tr\u00e8s naturaliste largement r\u00e9pandue de l\u2019activit\u00e9 maternelle. Elle repr\u00e9sente par ailleurs le risque d\u2019enfermer la femme dans une perspective n\u00e9o-conservatrice puisque sa place et son r\u00f4le social se voient rabattus sur l\u2019activit\u00e9 maternelle et \u00e9ducative, non valoris\u00e9e et non reconnue sur la sc\u00e8ne sociale. De plus, elle ne s\u2019appuie pas sur la prise en consid\u00e9ration des liens entretenus entre pens\u00e9e et action dans ces pratiques maternelles. On ne peut alors pas comprendre en quoi ces activit\u00e9s pourraient permettre l\u2019\u00e9mancipation f\u00e9minine.<\/p>\n\n\n\n<p>Les th\u00e9oriciennes du <em>Care<\/em> les plus connues en France sont celles qui se sont justement d\u00e9marqu\u00e9es de ce naturalisme f\u00e9minin. Ce que la clinique du travail des familles d\u2019accueil en psychiatrie adulte montre, c\u2019est que le maternage et l\u2019accueil r\u00e9clament un travail. Ils se d\u00e9crivent au travers d\u2019activit\u00e9s tr\u00e8s concr\u00e8tes, pragmatiques et centr\u00e9es sur les besoins sp\u00e9cifiques d\u2019un autre d\u00e9pendant. Les familles d\u2019accueil se disent r\u00e9aliser des t\u00e2ches de maternage. Elles le revendiquent comme tel. Le maternage est difficile et \u00e9prouvant. Il passe par de la souffrance, la r\u00e9pression pulsionnelle et le renoncement \u00e0 des pr\u00e9rogatives personnelles. Dans le m\u00eame temps o\u00f9 ces accueillantes revendiquent la reconnaissance des efforts et de la souffrance endur\u00e9e, elles revendiquent \u00e9galement leur \u00e9panouissement dans le travail. Paradoxalement, c\u2019est ce plaisir et l\u2019\u00e9panouissement dans le travail, le gain subjectif dont elles t\u00e9moignent qui est accueilli avec le plus de scepticisme, voir de m\u00e9fiance.<\/p>\n\n\n\n<p>Sara Ruddick<sup>16<\/sup>, autre \u00ab&nbsp;maternaliste&nbsp;\u00bb ne consid\u00e8re pas le \u00ab&nbsp;maternel&nbsp;\u00bb comme quelque chose d\u2019abstrait mais de tr\u00e8s concret, inscrit dans la r\u00e9alit\u00e9. Selon S. Ruddick, la M\u00e8re (c\u2019est-\u00e0-dire la personne en charge de donner les soins maternels, quelle que soit son identit\u00e9 sexuelle) r\u00e9alise toute une s\u00e9rie d\u2019activit\u00e9s pragmatiques et concr\u00e8tes. Endormir, donner le bain \u00e0 un enfant par exemple n\u00e9cessite la convocation d\u2019habilet\u00e9s techniques et \u00e9motionnelles complexes. Ce n\u2019est pas une \u00ab&nbsp;disposition psychologique&nbsp;\u00bb<sup>17<\/sup>, un ensemble de \u00ab&nbsp;fonctions&nbsp;\u00bb<sup>18<\/sup> et de \u00ab&nbsp;r\u00f4les&nbsp;\u00bb mais une pratique codifi\u00e9e par des r\u00e8gles et des valeurs et qui \u00ab&nbsp;provoque la pens\u00e9e&nbsp;\u00bb nous dit S. Ruddick. Ces t\u00e2ches peuvent se faire de mani\u00e8re instrumentale mais <em>ordinairement<\/em><sup>19<\/sup>, elles provoquent la pens\u00e9e maternelle. \u00ab&nbsp;Par ce besoin de sollicitude (n\u00e9cessaire au travail bien fait), une discipline distincte (au sens d\u2019ensemble de r\u00e8gles et de m\u00e9thodes n\u00e9cessaires \u00e0 la mise en \u0153uvre d\u2019une activit\u00e9 particuli\u00e8re) \u00e9merge&nbsp;\u00bb. (S. Ruddick, 1989, p24.)<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame s\u2019il existe une grande variabilit\u00e9 (socioculturelle, psychologique, historique, \u00e9conomique etc.) dans la mise en \u0153uvre de ces pratiques, elles sont codifi\u00e9es et l\u2019\u00e9chec en fait partie int\u00e9grante. La seule \u00ab&nbsp;pens\u00e9e&nbsp;\u00bb ne pr\u00e9sume pas du succ\u00e8s ou de l\u2019\u00e9chec des pratiques de maternage. La contingence et l\u2019impr\u00e9vu sont quotidiens. Pour aller plus loin que S. Ruddick, il semble que la pratique maternante engendre la pens\u00e9e et qu\u2019\u00e0 ce titre, elle puisse contribuer \u00e0 l\u2019accomplissement de soi, permettre un gain subjectif. Ce qui est en accord avec la place accord\u00e9e au travail dans la vie subjective pour C. Dejours<sup>20<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux choses sont \u00e0 noter&nbsp;: d\u2019une part, les habilet\u00e9s n\u00e9cessaires pour effectuer ces t\u00e2ches ne sont ni inn\u00e9es, ni spontan\u00e9es et d\u2019autre part, elles engendrent de la pens\u00e9e, font penser la M\u00e8re. Ce qui fait penser la M\u00e8re et l\u2019am\u00e8ne \u00e0 construire des r\u00e8gles (qui sont les r\u00e8gles de vie reprises en famille), ce n\u2019est pas seulement le besoin de protection de l\u2019enfant, sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 mais les contraintes support\u00e9es par les M\u00e8res devant s\u2019occuper d\u2019enfants ou de proches. Faire, devoir mettre en \u0153uvre le soin de l\u2019autre fait na\u00eetre la pens\u00e9e et l\u2019activit\u00e9 d\u00e9ontique<sup>21<\/sup>. C\u2019est \u00e0 partir de ces r\u00e8gles et valeurs que peut \u00eatre jug\u00e9 ce qui se fait ou ne se fait pas. Voil\u00e0 r\u00e9cus\u00e9e la th\u00e8se d\u2019une int\u00e9riorisation simple des r\u00e8gles sociales et des valeurs. Leur transmission et leur appropriation se font par le truchement de ce qu\u2019on peut bien appeler un <em>travail subjectif<\/em>. De cet engagement dans l\u2019activit\u00e9, nous dit S. Ruddick, na\u00eet ce qu\u2019elle appelle la \u00ab&nbsp;pens\u00e9e maternelle&nbsp;\u00bb. Contrairement \u00e0 ce que soutient C. Gilligan, la pens\u00e9e morale advient de l\u2019exp\u00e9rience et non d\u2019un d\u00e9veloppement psychosexuel. Le point restant critiquable \u00e9tant celui d\u2019une \u00ab&nbsp;sp\u00e9cificit\u00e9&nbsp;\u00bb de cette pens\u00e9e. L\u2019\u00e9cueil de la f\u00e9minisation et du naturalisme n\u2019est pas \u00e9vit\u00e9. Il faut tout de m\u00eame admettre que l\u2019avanc\u00e9e est ici importante&nbsp;: le <em>Care<\/em> s\u2019appuie sur une s\u00e9rie d\u2019exp\u00e9riences et d\u2019activit\u00e9s comme le note \u00e9galement J. Tronto mais en plus, de ces exp\u00e9riences et activit\u00e9s naissent la pens\u00e9e. S. Ruddick apporte un jalon suppl\u00e9mentaire \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de ce que serait le travail de <em>Care<\/em>&nbsp;: elle lie action et pens\u00e9e. En somme, le quotidien n\u2019est pas b\u00eate. Ceux qui sont en charge du quotidien pensent\u2026 et travaillent&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Travail \u00e9motionnel\/ Travail affectif<\/h2>\n\n\n\n<p>Ces t\u00e2ches de maternage ne peuvent pas \u00eatre \u00ab&nbsp;bien faites&nbsp;\u00bb quand elles sont ex\u00e9cut\u00e9es de mani\u00e8re d\u00e9saffect\u00e9e. La m\u00e8re est soumise \u00e0 des prescriptions et des attendus \u00e9motionnels. Lui sont prescrits ce qu\u2019elle doit <em>normalement<\/em> ressentir et communiquer \u00e0 l\u2019enfant quand elle est en charge de ses soins. Ces t\u00e2ches sont encadr\u00e9es par des prescriptions et des attendus sociaux sens\u00e9s d\u00e9finir ce que serait une \u00ab&nbsp;bonne m\u00e8re&nbsp;\u00bb. En premi\u00e8re intention, il conviendrait donc de parler d\u2019un \u00ab&nbsp;travail \u00e9motionnel&nbsp;\u00bb (A. Hochschild)<sup>22<\/sup>. Si la r\u00e9f\u00e9rence au travail \u00e9motionnel permet d\u2019\u00e9clairer l\u2019articulation entre le social et les pratiques maternelles, elle ne permet pas de saisir l\u2019extr\u00eame variabilit\u00e9 de ces relations m\u00e8re-enfant ni m\u00eame celle de la qualit\u00e9 des soins. Elle ne permet pas de comprendre non plus des situations singuli\u00e8res comme l\u2019\u00e9chec de la mise en place des relations de soins primordiales, sinon \u00e0 les figer du c\u00f4t\u00e9 de la \u00ab&nbsp;nature&nbsp;\u00bb du pourvoyeur de soin.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour comprendre qu\u2019une M\u00e8re ne ressemble \u00e0 aucune autre, il faut r\u00e9introduire la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la singularit\u00e9 subjective, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019Inconscient. Nourrir et partager le temps du repas r\u00e9clament aux familles d\u2019accueil un \u00ab&nbsp;travail affectif&nbsp;\u00bb, r\u00e9alis\u00e9 dans la coop\u00e9ration avec les autres membres de la famille. Il s\u2019agit de donner un cadre de vie chaleureux et amener le patient \u00e0 s\u2019inscrire dans des relations avec les membres de la famille. Il faut investir le patient alors que lui, parfois tr\u00e8s herm\u00e9tique, ne t\u00e9moigne que peu d\u2019affects ou fait preuve d\u2019une affectivit\u00e9 \u00ab&nbsp;bizarre&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agira de faire preuve de patience mais aussi parfois de fermet\u00e9, d\u2019amener le patient \u00e0 manger de mani\u00e8re adapt\u00e9e avec les autres par exemple, et de \u00ab&nbsp;partager ce temps&nbsp;\u00bb avec les autres, de ne pas c\u00e9der au d\u00e9go\u00fbt ou encore \u00e0 l\u2019irritation ressentis face \u00e0 lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Les t\u00e2ches impliquant le soin \u00e0 apporter \u00e0 un autre que soi, comme tout travail, impliquent le passage par un \u00ab\u00a0corps \u00e0 corps\u00a0\u00bb avec l\u2019autre (C. Dejours, 2009). Bien prendre soin de quelqu\u2019un ne peut pas se faire de mani\u00e8re d\u00e9sincarn\u00e9e, d\u00e9saffect\u00e9e ou m\u00e9canique. Ces t\u00e2ches mobilisent donc un corps qui nous permet de ressentir l\u2019autre et sa souffrance, le corps \u00e9rotique infiltr\u00e9 et model\u00e9 par le sexuel infantile\u00a0; le corps affect\u00e9 et anim\u00e9 par la pulsion. C\u2019est pour cela que nous parlons d\u2019un travail affectif et non d\u2019un travail \u00e9motionnel. Or l\u2019engagement de ce corps pulsionnel dans une voie socialis\u00e9e n\u2019est pas ais\u00e9. Il r\u00e9clame un \u00ab\u00a0domptage de la pulsion\u00a0\u00bb<sup>23<\/sup>. Il n\u00e9cessite un \u00ab\u00a0travail psychique\u00a0\u00bb de traitement de ces diff\u00e9rents \u00ab\u00a0messages\u00a0\u00bb adress\u00e9s par le social. Qu\u2019est-ce que cela signifie de ressentir du plaisir \u00e0 vivre ensemble et de le communiquer \u00e0 l\u2019autre accueilli\u00a0? Que veut dire de ressentir de la \u00ab\u00a0tristesse adapt\u00e9e\u00a0\u00bb au d\u00e9c\u00e8s d\u2019une patiente\u00a0? Que signifient ces injonctions et qu\u2019attend-on r\u00e9ellement de celui auquel on les adresse\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Il va falloir \u00ab&nbsp;composer&nbsp;\u00bb entre les exigences sociales et ce qu\u2019on est. Il va falloir traduire ces messages ambigus comme \u00ab&nbsp;s\u2019attacher\u2026 mais pas trop&nbsp;\u00bb. Dans la th\u00e9orie laplanchienne<sup>24<\/sup>, l\u2019adulte pris dans une situation de soin, parce qu\u2019il a un Inconscient sexuel refoul\u00e9 ne peut pas se cantonner \u00e0 des comportements strictement hygi\u00e9no-di\u00e9t\u00e9tiques. Ses comportements sont contamin\u00e9s par ce qui vient de son Inconscient (affects, fantasmes) et qui contribue \u00e0 exciter l\u2019enfant. Le message compromis sexuellement est dit \u00ab&nbsp;implant\u00e9&nbsp;\u00bb dans le corps de l\u2019enfant, lui qui \u00e9tait primitivement d\u00e9pourvu de toute sexualit\u00e9. Excit\u00e9 par la dimension \u00e9nigmatique du message, l\u2019enfant s\u2019efforcera alors de traduire, non pas le message lui-m\u00eame mais l\u2019effet de ce message sur son propre corps. Le travail psychique est engendr\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rience corporelle nouvelle. Cette traduction, in\u00e9vitablement imparfaite, contribuera alors \u00e0 la formation de son propre Inconscient.<\/p>\n\n\n\n<p>Les messages venant de la structure sociale, J. Laplanche les d\u00e9signe sous le nom de \u00ab&nbsp;messages d\u2019assignation&nbsp;\u00bb, caract\u00e9ris\u00e9e par leur nature prescriptive et normative, voir normalisante. Il introduit la notion d\u2019assignation \u00e0 propos de l\u2019identit\u00e9 de genre. Ces messages ne sont jamais simplement int\u00e9rioris\u00e9s. Ils font toujours l\u2019objet d\u2019un traitement intrapsychique conduisant \u00e0 une construction identitaire plus ou moins stable. Ils ne passent ni par l\u2019apprentissage, ni par le conditionnement mais font l\u2019objet d\u2019un \u00ab&nbsp;travail-<em>Arbeit<\/em>&nbsp;\u00bb sur la sc\u00e8ne psychique. \u00ab&nbsp;Toute la communication humaine est par la suite encha\u00een\u00e9e \u00e0 ce processus&nbsp;\u00bb (CD, 2014)<sup>25<\/sup>. Pour poursuivre \u00e0 partir de J. Laplanche, l\u2019exigence de traduction des messages d\u2019assignation ne s\u2019impose pas au seul enfant mais \u00e9galement \u00e0 l\u2019adulte convoqu\u00e9 dans une relation de soin. \u00ab&nbsp;On fait avec ce qu\u2019on est&nbsp;\u00bb&nbsp;: les accueillantes cherchent un travail mettant \u00e0 profit \u00ab&nbsp;ce qu\u2019elles savent faire&nbsp;\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire leur permettant de s\u2019appuyer sur des habilet\u00e9s d\u00e9velopp\u00e9es dans les t\u00e2ches de maternage et \u00e9ducatives qu\u2019elles ont d\u00fb remplir aupr\u00e8s de leurs enfants ou de leurs proches mais qui sont \u00e9galement, pour une part, leur h\u00e9ritage d\u2019enfant. Qui plus est, ce travail de traduction s\u2019appuie sur des ressorts collectifs et sociaux. Les t\u00e2ches de maternage ne sont pas ex\u00e9cut\u00e9es d\u2019une mani\u00e8re solipsiste. Elles s\u2019inscrivent dans un r\u00e9seau, un collectif engag\u00e9 autour de l\u2019enfant ou de l\u2019autre d\u00e9pendant (m\u00e9decins, \u00e9ducateurs, famille, amis etc.) qu\u2019il faudra coordonner et avec lequel il faudra coop\u00e9rer. Tant et si bien que la formule winnicotienne \u00ab&nbsp;un b\u00e9b\u00e9 (seul), \u00e7a n\u2019existe pas&nbsp;\u00bb devrait \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par une seconde formule&nbsp;: \u00ab&nbsp;une M\u00e8re (seule), \u00e7a n\u2019existe pas&nbsp;\u00bb. On peut alors consid\u00e9rer que la part du travail intrapsychique (n\u00e9cessaire au soin de qualit\u00e9), li\u00e9 aux t\u00e2ches maternantes, consiste en un traitement de messages d\u2019assignation qui certes incluent la question du genre mais ne s\u2019y limitent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour envisager le maternage sorti du champ de la \u00ab&nbsp;fibre maternelle&nbsp;\u00bb, voir de la \u00ab&nbsp;nature f\u00e9minine&nbsp;\u00bb, il faut alors le consid\u00e9rer comme un \u00ab&nbsp;travail vivant&nbsp;\u00bb (C. Dejours, 2009, <em>op. cit<\/em>) c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois intrapsychique (<em>Arbeit<\/em>) mais aussi inscrit dans le champ social (<em>Poiesis<\/em>). Ce <em>travail maternel<\/em> d\u00e9finissant une production particuli\u00e8re, celle d\u2019un sujet et des potentialit\u00e9s de lien social. Selon la psychodynamique du travail, les habilet\u00e9s (tact, patience, douceur, fermet\u00e9 etc.) ne r\u00e9sultent pas seulement d\u2019un h\u00e9ritage singulier mais aussi de l\u2019engagement de la subjectivit\u00e9 toute enti\u00e8re dans un affrontement avec l\u2019\u00e9chec, l\u2019al\u00e9a, l\u2019impr\u00e9vu c\u2019est-\u00e0-dire tout ce qui caract\u00e9rise le r\u00e9el de travail. Cette endurance dans la lutte avec le r\u00e9el, conduit finalement \u00e0 un d\u00e9placement de soi. Il faut, en somme, remanier son rapport \u00e0 soi-m\u00eame pour trouver la solution. De sorte qu\u2019en fin de compte, \u00ab&nbsp;travailler ce n\u2019est jamais uniquement produire, c\u2019est aussi se transformer soi-m\u00eame&nbsp;\u00bb (C. Dejours, 2009, <em>op. cit<\/em>). Au terme de cette \u00e9preuve, sont acquises de nouvelles habilet\u00e9s, de nouvelles comp\u00e9tences. Si bien que pour la psychodynamique du travail, le travail repr\u00e9sente une deuxi\u00e8me voie, une voie de rattrapage des rat\u00e9s ou des failles r\u00e9sultant de notre histoire psychosexuelle infantile individuelle. Il ne suffit pas d\u2019avoir eu une \u00ab&nbsp;bonne m\u00e8re&nbsp;\u00bb pour le devenir, m\u00eame s\u2019il \u00ab&nbsp;faut avoir re\u00e7u pour pouvoir ensuite donner&nbsp;\u00bb (D. Anzieu, 1974, p143)<sup>26<\/sup>. Comme le notait d\u00e9j\u00e0 B. Bettelheim<sup>27<\/sup>, non seulement \u00ab&nbsp;l\u2019amour ne suffit pas&nbsp;\u00bb mais il ne suffit pas non plus d\u2019avoir des habilet\u00e9s propices au travail maternel pour pouvoir prendre soin d\u2019un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Au terme de cette pr\u00e9sentation, nous proposons de red\u00e9finir le maternel (et la famille) \u00e0 partir de la double centralit\u00e9 du travail et du sexuel. Ce qui nous permet de discuter la th\u00e8se d\u2019une sublimation par la maternit\u00e9. S\u2019interrogeant sur les origines de la vie<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wrapper-children-grnote wp-block-list\"><li>C\u2019est ainsi que D. Jodelet analysait les colonies comme celle d\u2019Ainay le Ch\u00e2teau. Folie et repr\u00e9sentations sociales, Paris, PUF, 1989<\/li><li>Accueil Familial Th\u00e9rapeutique.<\/li><li>Hugo V. (1862),&nbsp;<em>Les Mis\u00e9rables<\/em>, Paris, Le livre de poche, 1998.<\/li><li>Y compris du point de vue des ressources humaines. Jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment figurait sur leur fiche de paye la d\u00e9nomination d\u2019 \u00ab&nbsp;assistante maternelle&nbsp;\u00bb.<\/li><li>On peut citer ici plusieurs auteurs qui ont \u00e9crit sur le sujet \u00e0 partir de leur pratique. Citons \u00e0 titre d\u2019exemple l\u2019ouvrage publi\u00e9 par l\u2019\u00e9quipe d\u2019A.F.T. de l\u2019h\u00f4pital Sainte-Anne, sous la direction de M. Perrasse,&nbsp;<em>L\u2019accueil familial th\u00e9rapeutique pour adultes. Des familles qui soignent&nbsp;?<\/em>, Paris, Lavoisier, 2011.<\/li><li>Jodelet D.,&nbsp;<em>Folie et repr\u00e9sentations sociales<\/em>, Paris, PUF, 1989.<\/li><li>Sans P,&nbsp;<em>Le placement familial, ses secrets et ses paradoxes<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 1997.<\/li><li>Je fais r\u00e9f\u00e9rence notamment aux travaux de D. Kergoat, ou encore ceux d\u2019H. Hirata.<\/li><li>Molinier P.,&nbsp;<em>L\u2019\u00e9nigme de la femme active<\/em>, Paris, Payot, 2003.<\/li><li>Tronto J. et Fisher B., \u00ab&nbsp;Toward a Feminist Theory of Caring&nbsp;\u00bb in E. Abel and M. Nelson,&nbsp;<em>Circles of Care<\/em>, Albany, SUNY Press, 1990, pp 36-5<\/li><li>Molinier P.,&nbsp;<em>Le travail de Care, Paris, La dispute, 2013.<\/em><\/li><li>Gilligan C. (1982),&nbsp;<em>Une voix diff\u00e9rente&nbsp;: pour une \u00e9thique du Care<\/em>, Paris, Champ Flammarion 2008.<\/li><li>Noddings N.(1984),&nbsp;<em>Caring, a feminist approach to Ethics and Moral Education<\/em>, University of California Press, 2003<\/li><li>Pour J. Tronto, le&nbsp;<em>Care<\/em>&nbsp;est avant tout une affaire collective et une question politique. Elle le d\u00e9finit comme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une activit\u00e9 caract\u00e9ristique de l\u2019esp\u00e8ce humaine qui inclut tout ce que nous faisons en vue de maintenir, continuer ou de r\u00e9parer notre \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb de telle sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde inclut nos corps, nos individualit\u00e9s (<em>selves<\/em>) et notre environnement, que nous cherchons \u00e0 tisser ensemble dans un maillage complexe qui soutient la vie.&nbsp;\u00bb (1990, op. cit.)<\/li><li>On notera l\u2019influence de D.W. Winnicott sur de nombreux travaux appartenant aux th\u00e9ories du&nbsp;<em>Care<\/em>.<\/li><li>Ruddick S.,&nbsp;<em>Maternal Thinking. Toward a politics of peace<\/em>, Boston, Beacon Press, 1989. Notons que les travaux de S. Ruddick ne font pas encore l\u2019objet de traduction. Ses ouvrages ne sont pas diffus\u00e9s en France. Il faut donc se les procurer aux Etats-Unis. Les r\u00e9f\u00e9rences cit\u00e9es ici sont de ma propre traduction.<\/li><li>Je fais ici allusion aux travaux de D. W. Winnicott concernant la capacit\u00e9 de la m\u00e8re \u00e0 \u00eatre \u00ab&nbsp;suffisamment bonne&nbsp;\u00bb.<\/li><li>Je fais ici r\u00e9f\u00e9rence aux travaux issus de l\u2019\u00e9cole anglaise, notamment ceux de W. R. Bion autour de la fonction&nbsp;<em>alpha<\/em>.<\/li><li>C\u2019est-\u00e0-dire quand elles sont li\u00e9es \u00e0 des \u00e9motions nous dit S. Ruddick.<\/li><li>Dejours C.,&nbsp;<em>Travail vivant<\/em>, tome 1, Paris, Payot, 2009.<\/li><li>C\u2019est-\u00e0-dire l\u2019activit\u00e9 consistant \u00e0 produire des r\u00e8gles et des valeurs. Ce sont \u00e9galement ces r\u00e8gles qui constituent \u00ab&nbsp;le collectif&nbsp;\u00bb en psychodynamique du travail.<\/li><li>Hochschild A. (1983),&nbsp;<em>The managed Heart<\/em>, Berkeley, University of California Press.<\/li><li>Freud S. (1937),&nbsp;<em>L\u2019analyse finie et l\u2019analyse infinie<\/em>. Paris, PUF, 2012.<\/li><li>Laplanche J. (1987), \u00ab&nbsp;fondements&nbsp;: vers la th\u00e9orie de la s\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e&nbsp;\u00bb in Nouveaux fondements pour la psychanalyse., pp 89-148. Paris, PUF, 2008.<\/li><li>Dejours C., \u00ab&nbsp;Que faire de l\u2019inconscient dans le travail \u00e9motionnel&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Communication pour le colloque \u00ab&nbsp;\u00c9motions et travail&nbsp;\u00bb<\/em>, septembre 2014.<\/li><li>Anzieu D. (1974), \u00ab&nbsp;La peau&nbsp;: du plaisir \u00e0 la pens\u00e9e&nbsp;\u00bb in Zazzo R. et coll,&nbsp;<em>L\u2019attachement<\/em>, Neuch\u00e2tel, Delachaux et Niestl\u00e9.<\/li><li>Bettelheim B. (1950),&nbsp;<em>L\u2019amour ne suffit pas<\/em>, Paris, le livre de poche, 1994.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non wp-block-heading\">Bibliographie<\/h1>\n\n\n\n<ul class=\"wrapper-children-biblio wp-block-list\"><li id=\"rb1\" class=\"refbiblio\">Anzieu D. (1974), \u00ab&nbsp;La peau&nbsp;: du plaisir \u00e0 la pens\u00e9e&nbsp;\u00bb in Zazzo R. et coll,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">L\u2019attachement<\/em>, Neuch\u00e2tel, Delachaux et Niestl\u00e9.Bion W.R (1962),&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Aux sources de l\u2019exp\u00e9rience<\/em>, Paris, PUF, 2003.<\/li><li id=\"rb2\" class=\"refbiblio\">Bettelheim B. 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