{"id":10538,"date":"2021-08-22T07:32:15","date_gmt":"2021-08-22T05:32:15","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/decorporation-et-impersonnalisation-dans-lanorexie-mentale-post-pubere-2\/"},"modified":"2021-09-16T09:44:42","modified_gmt":"2021-09-16T07:44:42","slug":"decorporation-et-impersonnalisation-dans-lanorexie-mentale-post-pubere","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/decorporation-et-impersonnalisation-dans-lanorexie-mentale-post-pubere\/","title":{"rendered":"D\u00e9corporation et impersonnalisation dans l\u2019anorexie mentale post-pub\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p>Le temps diphas\u00e9 de la sexualit\u00e9 humaine fait advenir un refoulement transformateur, celui de la latence, fragilis\u00e9 par l\u2019adolescence&nbsp;: le refoulement devient plus poreux, pr\u00e9cipitant la fragilit\u00e9 du Moi adolescent. L\u2019intensit\u00e9 de la charge pulsionnelle pub\u00e8re intervient avant que l\u2019adolescent puisse en \u00eatre l\u2019acteur et le conteneur, notamment en termes de remaniements des instances du Moi. \u00c0 cette intensit\u00e9 pulsionnelle s\u2019ajoute la reviviscence de fantasmes \u0153dipiens, visit\u00e9s par la pubert\u00e9&nbsp;: pour la premi\u00e8re fois, les d\u00e9sirs incestueux et parricides sont r\u00e9alisables. L\u2019adolescent retrouve une certaine familiarit\u00e9 psychique avec ces d\u00e9sirs refoul\u00e9s pendant le processus de latence, d\u00e9sirs d\u2019autant plus affolants qu\u2019ils ne sont pas encore \u00e9labor\u00e9s. Dans sa temporalit\u00e9, le processus d\u2019adolescence repr\u00e9sente l\u2019ensemble du travail de secondarisation de l\u2019appareil psychique, incluant une meilleure capacit\u00e9 de contenance des fantasmes les plus crus. La porosit\u00e9 relative du refoulement indique que le fonctionnement psychique est troubl\u00e9 par l\u2019adolescence&nbsp;: le fonctionnement des limites psychiques (Houssier, 2003), dans l\u2019articulation entre limites tourn\u00e9es vers le monde interne (refoulement, pr\u00e9conscient) et celles externes (pare-excitation, perception\/conscience), est remis en cause comme le montre la clinique de l\u2019anorexie mentale. L\u2019anorexie mentale est un paradigme psychopathologique anti-processuel&nbsp;: le sentiment de familiarit\u00e9 avec soi-m\u00eame et son corps vient \u00e0 \u00eatre remis en question de fa\u00e7on radicale. Cette d\u00e9familiarisation permet de mieux saisir l\u2019intensit\u00e9 affolante des conflits adolescents&nbsp;: l\u2019adolescent devient soudainement \u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame comme \u00e0 ce qui l\u2019entoure. Un double ressenti pr\u00e9domine alors, d\u2019incompr\u00e9hension et d\u2019angoisse, face \u00e0 la perte de contact avec le sentiment de familiarit\u00e9 procur\u00e9 jusque-l\u00e0 par le corps infantile. Sous l\u2019effet d\u2019un collapsus entre l\u2019actuel et le refoul\u00e9, entre conscient et inconscient, les limites entre imaginaire et r\u00e9alit\u00e9 tendent \u00e0 s\u2019estomper, confrontant l\u2019adolescent \u00e0 un \u00e9prouv\u00e9 \u00e9nigmatique, \u00e0 une fragilit\u00e9 durable.<\/p>\n\n\n\n<p>En articulant l\u2019anorexie avec la question de l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 (Freud, 1919), on pourrait proposer la d\u00e9finition suivante&nbsp;: \u00e0 l\u2019adolescence, le travail de subjectivation, d\u2019appropriation somato-psychique consiste \u00e0 rendre familier ce qui est devenu \u00e9tranger, inconnu. Ce processus de refamiliarisation rencontre l\u2019\u00e9laboration, <em>via<\/em> la familiarisation, des d\u00e9sirs incestuo-parricides. L\u2019ensemble de ce processus soutient la possibilit\u00e9 d\u2019une vie psychique \u00e0 la conflictualit\u00e9 supportable. L\u2019opposition ou couple d\u2019oppos\u00e9 \u00e9tranger-familier qui sous-tend le v\u00e9cu adolescent s\u2019inscrit dans le droit fil de la proposition de D.W. Winnicott (1975) concernant la capacit\u00e9 \u00e0 se sentir r\u00e9el&nbsp;; elle touche l\u2019intime de l\u2019\u00eatre, et rejoint les pr\u00e9occupations narcissiques identitaires propres \u00e0 toute trajectoire d\u2019adolescence. Dans son inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 comme dans ses failles psychopathologiques, l\u2019exploration de l\u2019adolescence interroge sur ce potentiel psychotique, r\u00e9v\u00e9lant la profondeur des changements psychiques \u00e0 perlaborer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une tuante s\u00e9paration dans les g\u00e9n\u00e9rations<\/h2>\n\n\n\n<p>Julie a douze ans et demi lorsque je la rencontre&nbsp;; ses parents sont tr\u00e8s inquiets car depuis plusieurs mois, elle s\u2019est enferm\u00e9e dans des conduites anorexiques&nbsp;; elle est \u00e0 la limite de l\u2019hospitalisation, mais r\u00e9ussit \u00e0 se maintenir \u00e0 trente kilos pour \u00e9viter la s\u00e9paration que cela occasionnerait avec ses parents. Dans l\u2019entretien pr\u00e9liminaire avec les parents, la m\u00e8re explique qu\u2019elle a eu une relation \u00ab&nbsp;tr\u00e8s difficile&nbsp;\u00bb avec sa m\u00e8re, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e il y a quatre ans, au point qu\u2019elle a fait une psychoth\u00e9rapie. Nourrisson, la m\u00e8re de Julie a refus\u00e9 de s\u2019alimenter, sollicitant une inqui\u00e9tude extr\u00eame quant \u00e0 sa survie. La grand-m\u00e8re maternelle n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord pour que sa fille ait un second enfant, Julie, \u00e0 quarante ans, treize ans apr\u00e8s son fils. Enseignante devenue ing\u00e9nieur, \u00ab&nbsp;j\u2019ai fait \u00e9cran, quand m\u00eame&nbsp;\u00bb, dit-elle, ajoutant que gr\u00e2ce \u00e0 sa psychoth\u00e9rapie, elle pensait \u00e9viter les difficult\u00e9s qu\u2019elle a connues \u00e0 la naissance de son fils.<\/p>\n\n\n\n<p>Re\u00e7ue seule, Julie, d\u2019une voie fluette qui peine \u00e0 se faire entendre comme si elle mangeait les mots, m\u2019explique qu\u2019elle p\u00e8se toute nourriture et que le contrat qu\u2019elle a pass\u00e9 avec elle-m\u00eame, c\u2019est de manger ce qui est pes\u00e9, \u00ab&nbsp;jamais plus mais peut-\u00eatre moins&nbsp;\u00bb. Cette id\u00e9e a \u00e9merg\u00e9 vers neuf ans, mais elle est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par des \u00e9l\u00e9ments cliniques signant le d\u00e9but des troubles alimentaires&nbsp;: elle se souvient, \u00e0 huit ans, qu\u2019elle \u00e9tait boulotte et qu\u2019elle commen\u00e7ait \u00e0 regarder dans l\u2019assiette des autres pour voir ce qu\u2019ils mangent, en quantit\u00e9. Sa croissance s\u2019est arr\u00eat\u00e9e, et elle est d\u00e9sormais dans le souci absolu de la performance. Elle confie admirer l\u2019image d\u2019extr\u00eame maigreur de ceux qui sortent des camps de concentration, ou encore des enfants africains.<\/p>\n\n\n\n<p>La perte de contact avec la r\u00e9alit\u00e9 de son corps est perceptible&nbsp;; alors que son corps est filiforme, elle continue \u00e0 courir avec son chien, travaille toujours pour \u00eatre la premi\u00e8re au coll\u00e8ge, danse, sautille et ne peut pas s\u2019asseoir (sauf en s\u00e9ance, sur le bout du fauteuil). La prise en charge par la psychiatre consultante qui me l\u2019a adress\u00e9e, ainsi que la prise en charge somatique par un m\u00e9decin, a entra\u00een\u00e9 la mise en place d\u2019interdits ou de restrictions concernant la course et le sport. Le cadre est \u00e9voqu\u00e9 avec les parents, Julie \u00e9voquant son d\u00e9sir de venir seule et \u00e9tant d\u2019accord pour venir. Je la re\u00e7ois dans un premier temps deux fois par semaine en face \u00e0 face. Tr\u00e8s t\u00f4t, Julie \u00e9voque l\u2019interdit de tout ce qui est associ\u00e9 pour elle au plaisir des sensations corporelles&nbsp;: toute son activit\u00e9 est ma\u00eetris\u00e9e et contr\u00f4l\u00e9e intellectuellement, dans une coupure radicale avec le corps. Lorsqu\u2019elle mange, elle est envahie par des pens\u00e9es centr\u00e9es sur la crainte d\u2019\u00eatre grosse, calculant sans cesse le poids de chaque aliment qu\u2019elle est en train de manger. Si elle ne ma\u00eetrise pas ce qu\u2019elle mange, elle craint de se sentir oblig\u00e9e de tout manger, dans ce qui ressemblerait \u00e0 une orgie alimentaire. Son fantasme de devenir grosse en mangeant est \u00e0 l\u2019origine d\u2019un sentiment de panique et d\u2019angoisse de type catastrophique, que nous traduirons plus tard en&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si je mange, il va m\u2019arriver quelque chose de terrible&nbsp;\u00bb (la mort). La nourriture repr\u00e9sente les enjeux impensables autour de la sexualit\u00e9&nbsp;: s\u00e9paration avec les parents, rencontre de l\u2019autre sexe, acceptation de sa f\u00e9minit\u00e9 et de sa castration.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle fait le r\u00e9cit suivant&nbsp;: dix mois avant notre rencontre, \u00e0 onze ans, elle a eu une fois ses r\u00e8gles&nbsp;; c\u2019\u00e9tait en d\u00e9cembre et pendant les vacances de No\u00ebl, elle a d\u00e9but\u00e9 son r\u00e9gime, fond\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e \u00ab&nbsp;Jamais plus qu\u2019hier&nbsp;\u00bb. En fait, elle pense au repas toute la journ\u00e9e, avec l\u2019id\u00e9e que si elle retient sa faim, le soir elle aura \u00e9norm\u00e9ment de plaisir en mangeant, ce qu\u2019elle ne s\u2019autorise en fait jamais. Le soir, elle mange avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle va perdre ce qu\u2019elle est en train de manger, en courant le lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019elle pourrait lire ou \u00e9couter de la musique, activit\u00e9s donnant acc\u00e8s \u00e0 une sensation de plaisir passif, elle travaille dans l\u2019id\u00e9e de remplir l\u2019obligation d\u2019\u00eatre parfaite&nbsp;; sa journ\u00e9e ne peut \u00eatre bonne qu\u2019\u00e0 condition d\u2019avoir ex\u00e9cut\u00e9 le programme qu\u2019elle s\u2019est fix\u00e9e, et qui lui permet de couper toute \u00e9mergence d\u2019un impr\u00e9vu. Courir devient synonyme d\u2019\u00e9viter de penser, par l\u2019excitation maniaque, afin d\u2019\u00e9viter tout changement et tout moment passif. Le caract\u00e8re compulsif voire addictif de ces courses provoque la suppression par la psychiatre de la danse, son corps sans muscle devant \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9 de tout exc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Clivage et conflits paradoxaux<\/h2>\n\n\n\n<p>Grossir est associ\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de grandir, elle qui est petite comme sa m\u00e8re. Si elle grandit, elle peut perdre ses parents, et elle s\u2019imagine directement adulte, sans passer par l\u2019adolescence, seule et coup\u00e9e de tout lien affectif. Son seul moyen d\u2019exister est d\u2019avoir de bonnes notes \u00e0 l\u2019\u00e9cole et d\u2019\u00eatre anorexique. Enfant, elle parlait peu, retranch\u00e9e derri\u00e8re la parole des parents qui parlaient \u00e0 sa place et qu\u2019elle observait. Elle appara\u00eet comme prisonni\u00e8re d\u2019un d\u00e9sir de disparition, d\u2019effacement&nbsp;: pas de corps, juste une pens\u00e9e d\u00e9tach\u00e9e de toute satisfaction autre qu\u2019intellectuelle. Elle fait cinquante fois l\u2019aller et retour dans l\u2019escalier qui m\u00e8ne de sa chambre \u00e0 la cuisine et au salon. \u00ab&nbsp;J\u2019ai l\u2019impression de ne plus \u00eatre dans la r\u00e9alit\u00e9 lorsque j\u2019utilise mon corps comme \u00e7a&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019investissement progressif de la psychoth\u00e9rapie s\u2019oppose au fantasme d\u2019effacement qui s\u2019impose \u00e0 Julie dans son lien \u00e0 tout autre, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u00e9tant un des principaux points d\u2019achoppement de sa probl\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019utilisation de l\u2019humour, ou encore de repr\u00e9sentations m\u00e9taphoriques, servent cet investissement, autant qu\u2019au d\u00e9veloppement d\u2019un champ repr\u00e9sentationnel \u00e0 animer. Cela implique un harassant travail de maintien du travail de traduction, par l\u2019interpr\u00e9tation. La r\u00e9p\u00e9tition de certaines interventions finit par prendre place progressivement dans ses propres verbalisations, m\u00eame si elle n\u2019\u00e9voque jamais d\u2019\u00e9l\u00e9ments propres \u00e0 la dynamique transf\u00e9rentielle. Si elle se laisse aller \u00e0 la passivit\u00e9, c\u2019est la crainte d\u2019\u00eatre envahie sans limites par les excitations sexuelles ou sensuelles. J\u2019ai \u00e0 nouveau l\u2019impression qu\u2019elle zappe ce que je peux lui dire, et qu\u2019elle reprend un discours r\u00e9p\u00e9titif d\u00e9sincarn\u00e9. Est-ce un travail de liaison qui op\u00e8re \u00e0 bas bruit ou la r\u00e9p\u00e9tition dans le transfert d\u2019une identification adh\u00e9sive o\u00f9 elle avale sans les int\u00e9grer les contenus propos\u00e9s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La souplesse de la limite fait d\u00e9faut&nbsp;: sur le plan intrapsychique, elle semble avoir \u00e9rig\u00e9 une paroi non \u00e9tanche dress\u00e9e entre la conscience et les fantasmes inconscients. Il y a un aplatissement de la vie fantasmatique par le r\u00e9el&nbsp;; le corps est coup\u00e9 de sa relation au fantasme. Les difficult\u00e9s \u00e0 associer t\u00e9moignent de cette rigidit\u00e9 intrapsychique, comme un mur entre les fantasmes et la pens\u00e9e concr\u00e8te. Au fur et \u00e0 mesure du travail, \u00e0 la faveur du dispositif favorisant la r\u00eaverie, \u00e9mergent cependant quelques possibilit\u00e9s d\u2019association, de liaison de pens\u00e9es. Si elle s\u2019arr\u00eate de bouger, elle meurt, comme sa grand-m\u00e8re qui s\u2019\u00e9tait endormie et ne s\u2019\u00e9tait pas r\u00e9veill\u00e9e, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e dans son sommeil. Le rituel autour du repas est le suivant&nbsp;: il faut qu\u2019elle courre ou sautille sans cesse pour pouvoir s\u2019autoriser un repas imagin\u00e9 comme une source extr\u00eame de plaisir, organis\u00e9 par un fantasme de d\u00e9voration. Elle rechute sur le plan alimentaire par l\u2019anorexie. Les parents manifestent alors leur inqui\u00e9tude. Les repas, elle les accumule dans son ventre, sans possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9vacuation&nbsp;; le corps comme une machine d\u00e9sensorialis\u00e9e. \u00ab&nbsp;C\u2019est comme si je voulais \u00eatre ind\u00e9pendante pour mieux rester petite&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une sc\u00e8ne primitive meurtri\u00e8re<\/h2>\n\n\n\n<p>Quelques souvenirs commencent \u00e0 affluer en s\u00e9ance&nbsp;: elle se souvient de la grand-m\u00e8re maternelle, anxieuse et pr\u00e9occup\u00e9e par la mort, appelant sans cesse sa m\u00e8re pour savoir si elle et ses parents n\u2019avaient pas eu d\u2019accident de voiture, lorsqu\u2019ils avaient le moindre retard pour aller la voir. Quelques contenus crus commencent \u00e0 infiltrer les s\u00e9ances. La sexualit\u00e9 g\u00e9nitale est v\u00e9cue comme dangereuse car rattach\u00e9e fantasmatiquement \u00e0 une sc\u00e8ne primitive violente o\u00f9 une femme est poignard\u00e9e par quelqu\u2019un qui sort d\u2019un placard. Elle rapporte ainsi qu\u2019un jour, dans une chambre d\u2019h\u00f4tel qu\u2019elle devait partager avec son fr\u00e8re, elle lui a demand\u00e9 de v\u00e9rifier s\u2019il n\u2019y avait pas un homme cach\u00e9 dans le placard qui surgirait dans la nuit pour lui donner un coup de couteau. Elle a aussi \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par ce qui est arriv\u00e9e \u00e0 une joueuse de tennis, Monica Seles, qui a \u00e9t\u00e9 poignard\u00e9e dans le dos. Puis elle demande ce qui se passe pendant l\u2019acte sexuel, car elle est tr\u00e8s inqui\u00e8te lorsque ses copines en parlent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il para\u00eet que \u00e7a fait mal&nbsp;\u00bb. Le soir, elle court pour d\u00e9charger la mauvaise excitation sexuelle traumatique pour pouvoir \u00e9viter les troubles d\u2019endormissement qu\u2019elle conna\u00eet sinon. Le d\u00e9ni du corps sexu\u00e9 s\u2019accompagne d\u2019un d\u00e9ni de toute temporalit\u00e9. Le temps ne semble pas pouvoir \u00eatre pris en compte&nbsp;: tout doit se passer comme toujours, pour que rien ne change jamais, ni son corps d\u2019enfant, ni sa relation aux autres et \u00e0 ses parents. En m\u00eame temps, elle se plaint que sa vie n\u2019est qu\u2019une succession de contraintes visant \u00e0 accomplir un programme d\u00e9nu\u00e9 de plaisir tandis que les plaisirs sont \u00e0 port\u00e9e de main, accessibles dans la r\u00e9alit\u00e9. Le cadre de la cure sollicite le renforcement d\u00e9fensif de Julie&nbsp;: associer, avoir du plaisir \u00e0 penser, lier les repr\u00e9sentations et faire advenir des affects, repr\u00e9sente tout ce \u00e0 quoi elle s\u2019oppose.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, malgr\u00e9 l\u2019accentuation de certains sympt\u00f4mes depuis qu\u2019elle vient \u00e0 ses s\u00e9ances, c\u2019est pour elle une r\u00e9compense de venir, dont il faut qu\u2019elle se punisse en courant jusqu\u2019\u00e0 tomber par terre, \u00e9vanouie ou dans le coma. Je lui formule qu\u2019elle s\u2019oppose \u00e0 mon nourrissage par la parole et la pens\u00e9e. Lorsque ses parents sortent et la laissent seule, elle transgresse alors les interdits qu\u2019ils ont pos\u00e9s en courant. Ne pas bouger et ne pas courir, c\u2019est \u00eatre immobile et mourir. Sa grand-m\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e dans son sommeil, elle ne s\u2019est pas r\u00e9veill\u00e9e. Etre active s\u2019oppose \u00e0 sa crainte que se r\u00e9alise magiquement, \u00ab&nbsp;comme \u00e7a&nbsp;\u00bb, ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 sa grand-m\u00e8re. Seule face \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement qu\u2019elle pose comme d\u00e9clenchant et traumatique, Julie s\u2019imagine mourir si elle s\u2019endort ou si elle s\u2019arr\u00eate de bouger. Les temps vides, ou morts, il faut \u00e0 tout prix les remplir, ou encore les \u00e9vider comme un corps plein.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle continue de monter et descendre les escaliers. Je lui renvoie qu\u2019en courant de la sorte, elle fuit aussi le lien aux autres et \u00e0 ses parents. \u00ab&nbsp;En courant, j\u2019ai l\u2019impression \u00e0 un moment donn\u00e9 de devenir comme un chiffon&nbsp;\u00bb. Progressivement, elle prend conscience qu\u2019il y a des moments, comme les repas, o\u00f9 elle est en dehors de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;; cela l\u2019apaise lorsqu\u2019elle peut parler \u00e0 ses parents. Elle arr\u00eate de peser ses aliments mais la coupure li\u00e9e aux vacances de No\u00ebl (seule avec ses parents) a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 beaucoup d\u2019excitation, d\u00e9charg\u00e9e dans son activit\u00e9 d\u2019escalier. Elle \u00e9voque une th\u00e9orie sexuelle infantile&nbsp;: on peut avoir un b\u00e9b\u00e9 dans le ventre en mangeant&nbsp;; elle relie cette id\u00e9e au fait qu\u2019actuellement, elle ne ressent plus si elle a faim ou pas, son corps semblant d\u00e9sinvesti de sa valeur de signal. Le doute vient remettre en cause l\u2019existence m\u00eame du corps dans l\u2019incarnation sensorielle et \u00e9motionnelle qui le constitue.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle r\u00e9p\u00e8te des plaintes \u00e0 l\u2019identique qui nous mettent tous deux dans une totale impuissance. Comment manger pour grandir sans grossir&nbsp;? Comment \u00eatre s\u00fbre que manger va faire grandir&nbsp;? Elle recrache maintenant une partie de la nourriture qu\u2019elle met dans la bouche. Recracher exprime sa col\u00e8re envers les parents lorsqu\u2019ils l\u2019\u00e9nervent, vont au cin\u00e9ma sans elle et avoir du plaisir. Recracher, c\u2019est manger sans manger, comme elle souhaiterait grandir (physiquement) sans grandir (devenir une jeune femme). Les paroles sont comme des aliments&nbsp;: Julie go\u00fbte mes propos pour les recracher, paroles mortelles comme le lait mortif\u00e8re de la grand-m\u00e8re maternelle. Parler ne fait pas partie du programme et fait grossir&nbsp;; fantasmatiquement, la parole poss\u00e8de alors un pouvoir f\u00e9condant de changement. La d\u00e9sensorialisation de ses sensations lui donne l\u2019impression de ne pas \u00eatre humaine, \u00ab&nbsp;comme dans un r\u00eave&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Tous dans le m\u00eame sac&nbsp;: un corps familial sans limites<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Quand je mange beaucoup, j\u2019ai l\u2019impression que mon ventre devient gros comme un ballon, qu\u2019il va \u00e9clater&nbsp;\u00bb, comme si son corps \u00e9tait \u00e9lastique, d\u00e9formable en un repas, objet manipulable. Il faut se gaver pour survivre, comme si son corps allait retenir sans l\u2019\u00e9vacuer tout ce qu\u2019elle mange, et qu\u2019elle pourrait g\u00e9rer la faim \u00e0 partir de ce remplissage. Puis l\u2019angoisse des repas avec ses parents \u00e9merge, surtout avec son p\u00e8re&nbsp;; quand elle ne mange pas, elle imagine les priver aussi de nourriture&nbsp;: son corps et celui de ses parents sont confondus, un seul et m\u00eame sac. Ce fantasme de corps commun s\u2019accompagne de repr\u00e9sentations incestueuses rabattues sur la nourriture&nbsp;: lorsque son fr\u00e8re vient chez ses parents, il faut maigrir avant et apr\u00e8s pour pouvoir profiter de sa pr\u00e9sence sans \u00eatre d\u00e9bord\u00e9e par l\u2019angoisse. La crainte d\u2019un repas orgiaque o\u00f9 les limites se dissolvent est telle qu\u2019elle v\u00e9rifie en le pesant chaque aliment qu\u2019elle mange. Le danger du partage d\u2019un repas avec son p\u00e8re renvoie \u00e0 la crainte qu\u2019il la contamine car en mangeant la m\u00eame nourriture, elle pourrait attraper le m\u00eame gros ventre que lui. Alors, il faut rester debout avant le repas pour se fatiguer et avoir le droit de manger apr\u00e8s. Aussi, elle est m\u00e9contente que son p\u00e8re mange beaucoup et avec plaisir car elle imagine qu\u2019elle r\u00e9cup\u00e8re dans son ventre ce qu\u2019il mange. Lui mange, elle grossit&nbsp;: une bouche, un ventre, pas de diff\u00e9rence des sexes et des g\u00e9n\u00e9rations mais un espace corporel commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs figures d\u2019une probl\u00e9matique de la limite sont rep\u00e9rables chez Julie. Dans le langage de l\u2019acte se m\u00e9taphorise la perte des limites. Lorsque Julie court jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement, elle perd le contact avec ses limites corporelles. Le corps est instrumentalis\u00e9, d\u00e9sensorialis\u00e9. Le danger sexuel est \u00e9cart\u00e9, mais celui de la perte de la limite somatique guette. Une autre figure de cette perte des limites pr\u00e9domine&nbsp;: lorsqu\u2019elle court \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la maison, elle fait des allers et retours entre la cuisine et sa chambre, s\u00e9par\u00e9es par un escalier. Entre le registre oral et g\u00e9nital, cet escalier, passerelle entre-deux qu\u2019elle franchit sans cesse, finit par lui faire perdre le sens de ses actes. Cette impression d\u2019\u00eatre perdue dans un espace entre-deux &#8211; ni enfant ni adolescente &#8211; cr\u00e9e un sentiment d\u2019absurdit\u00e9 d\u00e9pressiog\u00e8ne en dehors de toute temporalit\u00e9 humaine. Dans le temps de crise, ses propos sont impersonnels&nbsp;; tandis que la d\u00e9personnalisation concerne l\u2019adolescent capable de r\u00e9gresser, ici, l\u2019impersonnalisation t\u00e9moigne de la mise \u00e0 distance de l\u2019autre en soi, l\u2019\u00e9tranger interne qui envahit le sujet qui se d\u00e9personnalise. Julie illustre sa m\u00e9galomanie sur fond d\u2019impasse identificatoire en ne voulant ressembler \u00e0 personne, et surtout pas \u00e0 ses parents. Ce d\u00e9faut d\u2019introjection rel\u00e8ve d\u2019imagos parentales mal diff\u00e9renci\u00e9es, confondues avec sa propre image comme dans un contact peau \u00e0 peau au caract\u00e8re ind\u00e9fini.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019anorexie mentale repr\u00e9sente une impasse identificatoire au parent de m\u00eame sexe, provoquant un d\u00e9faut de production imag\u00e9e. L\u2019\u00e9chec de l\u2019int\u00e9riorisation de l\u2019objet implique n\u00e9cessairement des achoppements dans les limites entre soi et l\u2019objet, entre conscient et inconscient, entre les instances\u00a0; mais \u00e9galement un flou des repr\u00e9sentations facteur de r\u00e9surgences de l\u2019archa\u00efque, celui-ci \u00e9tant entendu comme une confusion entre la pulsion, son objet et le Moi (Jeammet, 1990). Dans ces conditions, l\u2019\u00e9mergence d\u2019un d\u00e9sir est per\u00e7ue comme l\u2019expression d\u2019une d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019objet du d\u00e9sir et tend ainsi \u00e0 se confondre avec la source pulsionnelle, entravant le travail du langage de l\u2019acte ayant une valeur symbolique de diff\u00e9renciation d\u00e9fensive avec l\u2019imago maternelle (Houssier, 2018). Le renoncement \u00e0 une identit\u00e9 sexu\u00e9e entrave toute compl\u00e9mentarit\u00e9 des sexes, sur fond d\u2019impasse du travail de personnalisation-diff\u00e9renciation remis en tension par l\u2019adolescence. Le corps peut-il \u00eatre envisag\u00e9 comme le lieu du contre-d\u00e9lire anorexique\u00a0? Certains \u00e9l\u00e9ments confortent cette hypoth\u00e8se, notamment la fonction du clivage anorexique. L\u2019annulation du corps s\u2019accompagne du repli, toute relation d\u2019objet \u00e9tant source d\u2019angoisse. A l\u2019impersonnalisation des liens s\u2019articule une d\u00e9corporation, avec son corollaire fantasmatique mettant en doute le lien entre le moi et le corps. Le corps r\u00e9el est ni\u00e9, posant la question d\u2019un pendant au d\u00e9lire psychotique par l\u2019existence dans l\u2019anorexie d\u2019un d\u00e9lire excorpor\u00e9 et extrapsychique (Houssier, 2011).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n<p>Freud S. (1919), \u00ab\u00a0L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9\u00a0\u00bb, dans\u00a0<em class=\"marquage italique\">L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 et autres essais<\/em>, Paris, Gallimard, 1985, p. 213-263.<\/p>\n<p>Houssier, F., Emergence du concept de limite psychique \u00e0 partir des premiers travaux psychanalytiques, in Scelles R. (sous la direction de),\u00a0<em class=\"marquage italique\">Liens, limites et transformations<\/em>, Paris, Dunod, 2003, p. 17-36.<\/p>\n<p>Houssier F., Positions psychotiques dans la cure d\u2019une adolescente anorexique, in F. Marty (sous la dir. de),\u00a0<em class=\"marquage italique\">Psychopathologie de l\u2019adolescent\u00a0: 10 cas cliniques<\/em>, Paris, In Press, 2011, p. 213-233.<\/p>\n<p>Houssier F., Boulimie et d\u00e9linquance\u00a0: f\u00e9minin incestuel dans le mouvement de personnalisation-diff\u00e9renciation, in\u00a0<em class=\"marquage italique\">Adolescence<\/em>, 36, 1, 2018, p. 85-96.<\/p>\n<p>Jeammet, P., Les destins de l\u2019auto-\u00e9rotisme \u00e0 l\u2019adolescence, in\u00a0<em class=\"marquage italique\">Devenir \u00ab\u00a0adulte\u00a0\u00bb\u00a0?<\/em>, All\u00e9on A.-M., Morvan O., Lebovici S. (sous la dir.), Paris, PUF, 1990, p. 52-80.<\/p>\n<p>Winnicott D. W.,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>, Paris, Gallimard, 1975.<\/p>\n\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10538?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le temps diphas\u00e9 de la sexualit\u00e9 humaine fait advenir un refoulement transformateur, celui de la latence, fragilis\u00e9 par l\u2019adolescence&nbsp;: le refoulement devient plus poreux, pr\u00e9cipitant la fragilit\u00e9 du Moi adolescent. L\u2019intensit\u00e9 de la charge pulsionnelle pub\u00e8re intervient avant que l\u2019adolescent&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1215],"thematique":[252],"auteur":[1471],"dossier":[576],"mode":[60],"revue":[472],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10538","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-addictions","auteur-florian-houssier","dossier-la-contrainte-addictive-entre-trouble-de-lhumeur-et-trouble-des-limites","mode-payant","revue-472","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10538","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10538"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10538\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13435,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10538\/revisions\/13435"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10538"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10538"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10538"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10538"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10538"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10538"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10538"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10538"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10538"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}