{"id":10536,"date":"2021-08-22T07:32:15","date_gmt":"2021-08-22T05:32:15","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/couple-et-nouveau-ne-au-temps-du-confinement-2\/"},"modified":"2021-09-15T10:03:26","modified_gmt":"2021-09-15T08:03:26","slug":"couple-et-nouveau-ne-au-temps-du-confinement","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/couple-et-nouveau-ne-au-temps-du-confinement\/","title":{"rendered":"Couple et nouveau-n\u00e9 au temps du confinement"},"content":{"rendered":"\n<p>Le post-partum pr\u00e9coce attire l\u2019attention des cliniciens et chercheurs&nbsp;: des termes tels que \u00ab&nbsp;quatri\u00e8me trimestre de la grossesse&nbsp;\u00bb (I. Bayot) ou p\u00e9riode des \u00ab&nbsp;quarante jours&nbsp;\u00bb (J. Rochette Guglielmi), tentent de cerner le fonctionnement psychique de ce moment. Il se caract\u00e9rise par les vacillements identitaires dans la famille et la co-\u00e9mergence progressive du sentiment de soi du b\u00e9b\u00e9 dans le miroir de la relation primaire qui r\u00e9fl\u00e9chit aussi \u00e0 la m\u00e8re, au p\u00e8re, le d\u00e9ploiement de leur nouvelle identit\u00e9 parentale. Cette p\u00e9riode de vuln\u00e9rabilit\u00e9 appelle l\u2019enveloppe protectrice de l\u2019environnement, jusqu\u2019\u00e0 ce que les assises identitaires du b\u00e9b\u00e9 et des parents se manifestent&nbsp;: chez le b\u00e9b\u00e9, par ses progr\u00e8s d\u00e9veloppementaux qui lui donnent acc\u00e8s aux liens intersubjectifs, chez les parents par l\u2019acquisition de la confiance dans leurs aptitudes \u00e0 se sentir, se voir parents dans le lien avec leur enfant. La p\u00e9riode du confinement qui s\u2019est prolong\u00e9e pendant plus de deux mois, dur\u00e9e qui correspond au temps n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9mergence pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9e, met en exergue une composante essentielle de cette enveloppe protectrice postnatale primaire, peut-\u00eatre insuffisamment soulign\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Il s\u2019agit de la <em>cocr\u00e9ation de l\u2019unit\u00e9 originaire compos\u00e9e par le couple, et le b\u00e9b\u00e9<\/em>. Cette hypoth\u00e8se d\u00e9place l\u2019accent encore mis le plus souvent sur la dyade m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9. En maternit\u00e9 le p\u00e8re (ou la compagne de la m\u00e8re) est accueilli, mais consid\u00e9r\u00e9 volontiers comme une aide pour la m\u00e8re et le b\u00e9b\u00e9, un \u00ab&nbsp;intendant&nbsp;\u00bb pour la dyade plut\u00f4t qu\u2019un partenaire \u00ab&nbsp;total&nbsp;\u00bb de la cr\u00e9ation d\u2019une unit\u00e9 \u00e0 trois, garant de la relation du couple et des relations de chacun avec le nouveau-n\u00e9, selon un cheminement d\u00e9licat entre r\u00e9gression (l\u2019estompage momentan\u00e9 des fronti\u00e8res psychiques, les r\u00e9miniscences) et progression (l\u2019\u00e9mergence diff\u00e9renciante du \u00ab&nbsp;se sentir m\u00e8re&nbsp;; se sentir p\u00e8re&nbsp;\u00bb avec ce \u00ab&nbsp;b\u00e9b\u00e9 l\u00e0&nbsp;\u00bb). Si l\u2019on s\u2019accorde sur la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019enveloppe groupale pour la croissance psychique de tout \u00eatre humain, mes observations en p\u00e9riode de confinement me permettent d\u2019attirer l\u2019attention sp\u00e9cifiquement sur la fragile et n\u00e9cessaire coop\u00e9ration du couple, avec et autour du nouveau-n\u00e9. Elle est menac\u00e9e \u00e0 divers titres, par des facteurs internes et externes. Le confinement, en limitant drastiquement les contacts avec l\u2019ext\u00e9rieur, l\u2019a isol\u00e9e artificiellement et en ouvre l\u2019\u00e9tude&nbsp;: la fragilit\u00e9 et l\u2019importance de l\u2019unit\u00e9 originaire pour le devenir de la famille, appellent une r\u00e9flexion sur les modalit\u00e9s de soutien et de soin \u00e0 son \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9flexion clinique qui va suivre est tir\u00e9e de mon travail de psychologue clinicienne et psychanalyste en maternit\u00e9, tel que je l\u2019ai poursuivi pendant la p\u00e9riode du confinement et au sortir de celui-ci. Je d\u00e9cris d\u2019abord les conditions de mon exercice professionnel&nbsp;; ensuite les illustrations cliniques alimentent l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle l\u2019unit\u00e9 originaire est une unit\u00e9 \u00e0 trois, compos\u00e9e progressivement par le couple et le b\u00e9b\u00e9. Elle se fonde sur la solidarit\u00e9 dans le couple et a besoin d\u2019\u00eatre d\u00e9limit\u00e9e et prot\u00e9g\u00e9e des intrusions ext\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n<p>Je travaille dans une maternit\u00e9 priv\u00e9e des environs de Grenoble, qui compte 2000 accouchements par an et dispose d\u2019un petit service de n\u00e9onatologie de 6 lits (niveau 2A). Cette maternit\u00e9 n\u2019a accueilli aucune m\u00e8re ou b\u00e9b\u00e9\u2026 malades de la Covid-19&nbsp;; il \u00e9tait convenu dans le <em>R\u00e9seau P\u00e9rinatal Alpes Is\u00e8re<\/em> que tous les cas seraient regroup\u00e9s au CHU. Notre r\u00e9gion a \u00e9t\u00e9 peu touch\u00e9e, m\u00eame si certains soignants de notre \u00e9tablissement ont \u00e9t\u00e9 malades. Un service de r\u00e9animation \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 accueillir des malades au cas o\u00f9 le CHU ne pourrait plus assurer ces soins mais ce service est rest\u00e9 vide. Les \u00e9quipes \u00e9taient pr\u00eates \u00e0 combattre, en grande vigilance. Bien que confin\u00e9e \u00e0 domicile (sauf pour les urgences), j\u2019avais des contacts t\u00e9l\u00e9phoniques avec l\u2019\u00e9quipe chaque semaine, lors de mes temps de pr\u00e9sence habituels, de m\u00eame que ma coll\u00e8gue avec qui j\u2019\u00e9tais en contact \u00e9galement. Ces \u00e9changes avec les soignants pouvaient \u00eatre tr\u00e8s courts, ou beaucoup plus longs, ou diff\u00e9r\u00e9s \u00e0 un peu plus tard en fonction de leur disponibilit\u00e9 et de leur \u00e9tat d\u2019esprit. Je me suis montr\u00e9e souple, accueillant les mouvements d\u00e9fensifs ou ambivalents \u00e0 mon \u00e9gard. Les femmes venaient accoucher accompagn\u00e9es du conjoint qui \u00e9tait pr\u00e9sent pour l\u2019accouchement et pour le temps d\u2019accueil du b\u00e9b\u00e9 (soit les deux heures, environ, suivant la naissance). Mais il devait rentrer ensuite au domicile et ne revenait que pour chercher femme et enfant au bout de 3 jours (environ) et rentrer \u00e0 la maison. Apr\u00e8s la phase aig\u00fce de la crise, le p\u00e8re a pu rester 3 heures par jour jusqu\u2019\u00e0 mi-juin&nbsp;; puis sa pr\u00e9sence n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e dans le temps \u00e0 condition qu\u2019il demeure dans la chambre&nbsp;; les autres visites restaient interdites. Contre toute attente, cette situation \u00ab&nbsp;cruelle&nbsp;\u00bb, un mot dans lequel se sont reconnues des m\u00e8res, a sollicit\u00e9 des capacit\u00e9s inconnues. Les m\u00e8res ont pris appui sur l\u2019\u00e9quipe qui a mobilis\u00e9 toutes ses ressources d\u2019empathie et de disponibilit\u00e9, connaissant la solitude oblig\u00e9e des m\u00e8res et des b\u00e9b\u00e9s. Les sages-femmes lib\u00e9rales ont continu\u00e9 les visites \u00e0 domicile. L\u2019\u00e9quipe proposait \u00e0 toutes les m\u00e8res la disponibilit\u00e9 t\u00e9l\u00e9phonique des psychologues. Un certain nombre de familles ont saisi cette opportunit\u00e9 de soutien au t\u00e9l\u00e9phone et pris appui sur ces entretiens r\u00e9guliers pendant le temps du confinement, puis au sortir de celui-ci. Comme il s\u2019agissait de consultations t\u00e9l\u00e9phoniques, je ne voyais pas le b\u00e9b\u00e9 mais j\u2019en \u00e9coutais l\u2019observation par les parents. La cr\u00e9ativit\u00e9 s\u2019est trouv\u00e9e sollicit\u00e9e au sein du couple parental, soulignant la d\u00e9licatesse de la transition vers l\u2019accueil d\u2019un enfant. J\u2019ai choisi pour illustrer ce processus, des observations cliniques concernant l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un premier enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, je constate une nette augmentation des s\u00e9parations de couples, d\u00e8s la grossesse ou peu apr\u00e8s la naissance du b\u00e9b\u00e9. La d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019autre instaur\u00e9e par l\u2019arriv\u00e9e du b\u00e9b\u00e9, la rivalit\u00e9 entre les partenaires, le sentiment d\u2019in\u00e9galit\u00e9 entre eux et de perte de libert\u00e9, leur sentiment d\u2019abandon au profit du nouvel \u00eatre, r\u00e9sonnent avec des valeurs soci\u00e9tales plus ou moins implicites mais agissantes, et pourraient favoriser les ruptures. Le confinement, in\u00e9dit et impr\u00e9vu, a boulevers\u00e9 cette donne sociale implicite et sollicit\u00e9 d\u2019autres ressources psychiques, mobilisables (au profit de la nouvelle famille) ou non (risquant alors de pr\u00e9cipiter la rupture). Le couple est une cr\u00e9ation par laquelle les jeunes deviennent adultes et s\u2019affranchissent de leur famille d\u2019origine, de la d\u00e9pendance aux objets d\u2019amour primaire et infantile. Ce mouvement d\u2019autonomie se joue dans un paradoxe puisque le couple amoureux cherche aussi \u00e0 r\u00e9aliser dans cette relation neuve, les attentes d\u2019amour, d\u2019attachement, de reconnaissance r\u00e9ciproque pr\u00e9sentes d\u00e8s l\u2019enfance. N\u00e9anmoins, la relation \u00e0 deux tol\u00e8re plut\u00f4t bien ce paradoxe, entre d\u00e9pendance informul\u00e9e et libert\u00e9 revendiqu\u00e9e. La survenue d\u2019une grossesse et l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un enfant bousculent cet \u00e9quilibre. \u00c0 ce moment-l\u00e0 reviennent en force et r\u00e9gressivement les motions inconscientes&nbsp;: d\u00e9sirs inassouvis, deuils non faits, revendications et blessures infantiles se r\u00e9veillent. Ce mouvement r\u00e9gressif cr\u00e9e un rapproch\u00e9 aux racines inconscientes, avec la famille d\u2019origine de chacun. Ce rapproch\u00e9 est ambivalent&nbsp;; il peut s\u2019exprimer par des conflits conjugaux concernant les repr\u00e9sentations d\u2019\u00eatre parents avec l\u2019enfant \u00e0 venir&nbsp;; parfois un d\u00e9m\u00e9nagement est l\u2019occasion d\u2019aller vivre temporairement chez un parent, rationnellement par \u00e9conomie, inconsciemment par peur de manquer de la s\u00e9curit\u00e9 et de la protection attendues du couple, ce qui le fragilise dans ses potentialit\u00e9s et suscite des tensions. La r\u00e9gression affective s\u2019exprime aussi par les modes de pr\u00e9sence des familles d\u2019origine, dont on craint l\u2019intrusion ou au contraire, l\u2019absence voire l\u2019abandon. Les liens du couple sont vuln\u00e9rables. Du c\u00f4t\u00e9 des (futurs) grands-parents, les liens avec leurs enfants devenant parents sont \u00e9galement fragilis\u00e9s, requ\u00e9rant une nouvelle organisation des places dans l\u2019espace psychique groupal. Observons, \u00e0 partir d\u2019un cas clinique, le destin de cette conflictualit\u00e9 lors du confinement.<\/p>\n\n\n\n<p><em>A la maternit\u00e9, Lisa s\u2019\u00e9tait sentie incapable de s\u2019occuper de son nouveau-n\u00e9. Elle s\u2019\u00e9tait enfuie de la chambre pour se r\u00e9fugier dans la salle des petits d\u00e9jeuners (que la sage-femme avait ouverte pour elle&nbsp;; nous \u00e9tions la veille du confinement, mais certaines pr\u00e9cautions \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en place, notamment la fermeture de cette salle commune). J\u2019avais \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e en urgence. Cette rencontre a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9but d\u2019une s\u00e9rie de s\u00e9ances au t\u00e9l\u00e9phone d\u00e8s le retour \u00e0 domicile. Les angoisses reposaient sur les r\u00e9miniscences de l\u2019adolescence de cette jeune femme, marqu\u00e9e par les intrusions de sa m\u00e8re&nbsp;: celle-ci, depuis le divorce d\u2019avec le p\u00e8re, prenait sa fille pour confidente et l\u2019envahissait de toutes sortes de probl\u00e8mes y compris ceux de sa vie sexuelle. Lisa trouvait inconsciemment un b\u00e9n\u00e9fice homosexuel \u00e0 ces confidences, mais cette relation intime avec la m\u00e8re nuisait \u00e0 celle du jeune couple. L\u2019arriv\u00e9e du b\u00e9b\u00e9 et la d\u00e9pendance \u00e9veill\u00e9e \u00e0 son contact, plongeaient Lisa dans la culpabilit\u00e9 de ne plus pouvoir \u00e9pauler sa m\u00e8re, ne plus \u00eatre en fantasme l\u2019objet exclusif de sa m\u00e8re. Ce fantasme fusionnel reposait sur une carence de la petite enfance&nbsp;: Lisa ne pouvait pas compter sur la pr\u00e9sence de sa m\u00e8re, plusieurs fois hospitalis\u00e9e en psychiatrie pour d\u00e9pressions. Le p\u00e8re et la grand-m\u00e8re paternelle assuraient la continuit\u00e9 aupr\u00e8s de la petite fille. Le confinement a pouss\u00e9 et permis \u00e0 Arnaud, le compagnon de Lisa, de prendre sa place aupr\u00e8s d\u2019elle et de leur enfant&nbsp;: en cong\u00e9 paternit\u00e9 puis en t\u00e9l\u00e9travail, il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent pendant plus de deux mois. Lisa&nbsp;: \u00ab&nbsp;je n\u2019aurais pas pens\u00e9 r\u00e9agir comme \u00e7a, \u00e9tant maman. J\u2019avais peur de ne pas r\u00e9pondre \u00e0 ses besoins. \u00catre entre soi, avec Arnaud et Pierre (le b\u00e9b\u00e9)&nbsp;: \u00e7a permet de s\u2019adapter au b\u00e9b\u00e9, d\u2019\u00eatre \u00e0 son rythme&nbsp;\u00bb. Au long de ces semaines de confinement, la patiente a un contact par t\u00e9l\u00e9phone ou par WhatsApp avec sa m\u00e8re&nbsp;: la distance impos\u00e9e par le confinement et le soutien du conjoint, la prot\u00e8gent et lui permettent d\u2019exprimer qu\u2019elle a besoin d\u2019\u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e des \u00ab&nbsp;d\u00e9versements&nbsp;\u00bb d\u2019angoisse de la part de sa m\u00e8re. Arnaud l\u2019aide \u00e0 situer la succession des g\u00e9n\u00e9rations&nbsp;: un jour que la grand-m\u00e8re est au t\u00e9l\u00e9phone&nbsp;: \u00ab&nbsp;elle criait&nbsp;\u00bb raconte Lisa, le b\u00e9b\u00e9 Pierre pleure. Arnaud sugg\u00e8re \u00e0 Lisa les paroles suivantes&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019\u00e9coute mon b\u00e9b\u00e9, alors toi, tu dois m\u2019\u00e9couter&nbsp;; j\u2019attends de toi, en tant que m\u00e8re, une \u00e9coute&nbsp;\u00bb. Le jeune couple, s\u2019appuyant sur nos entretiens, a pu circonscrire plus ais\u00e9ment les intrusions de la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente et tracer le p\u00e9rim\u00e8tre de son intimit\u00e9 autour du b\u00e9b\u00e9. Ils ont d\u00e9couvert leurs capacit\u00e9s propres, \u00e9galement soutenues par les visites de la sage-femme&nbsp;: elle \u00e9tait la seule visite ext\u00e9rieure, rompant le sentiment d\u2019isolement&nbsp;; elle pouvait attester, objectivement, de la bonne croissance du b\u00e9b\u00e9 et de la comp\u00e9tence des parents. Lisa a pris conscience, en m\u2019en parlant, du \u00ab&nbsp;jeu malsain&nbsp;\u00bb, c\u2019est son terme, entre elle et sa m\u00e8re. De m\u00eame qu\u2019elle a relativis\u00e9 le peu d\u2019investissement, pensait-elle, par son p\u00e8re. Le b\u00e9b\u00e9 prenait sa place, par la description qu\u2019elle m\u2019en faisait&nbsp;; elle racontait les inventions qu\u2019elle et Arnaud mettaient en place pour soulager les tensions du b\u00e9b\u00e9 et la coop\u00e9ration d\u2019eux deux comme nouveaux parents, qui avaient le temps de se parler, de se reposer aussi des nuits \u00e9court\u00e9es\u2026 De trouver leurs marques&nbsp;: personne pour critiquer les essais-erreurs, dire ce qu\u2019il faut faire\u2026 Moi aussi l\u2019analyste, j\u2019\u00e9tais \u00e0 distance, au t\u00e9l\u00e9phone. L\u2019ambivalence a pu s\u2019exprimer, sans risque d\u2019une r\u00e9torsion qui aurait pu prendre la forme d\u2019un abandon (c\u2019est bien s\u00fbr ce que Lisa redoutait de la part de ses propres parents)&nbsp;: parfois elle n\u2019\u00e9tait pas au bout du fil&nbsp;; elle me rappelait quelques minutes, ou quelques heures plus tard, en disant qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas disponible et nous reprenions rendez-vous&nbsp;; je la laissais d\u00e9cider si elle, ou moi, allait appeler. Il arrivait aussi qu\u2019elle appelle tr\u00e8s en retard sur l\u2019horaire convenu. Je me suis toujours pli\u00e9e \u00e0 ce que j\u2019ai consid\u00e9r\u00e9 comme ses besoins, tout en lui rappelant lorsque cela \u00e9tait le cas, que la s\u00e9ance serait \u00e9court\u00e9e car elle avait appel\u00e9 en retard, ce qui n\u2019emp\u00eachait pas d\u2019en reprogrammer une autre un prochain jour. Les s\u00e9ances \u00e9taient ainsi hebdomadaires ou bi-hebdomadaires. La dur\u00e9e des s\u00e9ances \u00e9tait de 45 mn, que Lisa a \u00e9court\u00e9e parfois pour r\u00e9pondre aux besoins de Pierre\u2026 Une difficult\u00e9 s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e au d\u00e9confinement, lorsque le jeune p\u00e8re a d\u00fb retourner au travail, ce qui a pu se faire tr\u00e8s progressivement. Comment prot\u00e9ger cette construction \u00e0 trois&nbsp;? Serait-elle suffisamment solide face aux sollicitations de l\u2019entourage, face au retour des relations sociales&nbsp;? A cet \u00e9gard, la prise de confiance permise par ce temps initial partag\u00e9 a \u00e9t\u00e9 protectrice. Elle ne dispense pas du travail psychique de diff\u00e9renciation puis s\u00e9paration qui doit se poursuivre, mais elle lui offre un rythme, une chronologie, un d\u00e9roulement dans le temps.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9flexion sur le dispositif<\/h2>\n\n\n\n<p>Les consultations t\u00e9l\u00e9phoniques r\u00e9alisent un dispositif in\u00e9dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019outil \u00ab&nbsp;t\u00e9l\u00e9phone&nbsp;\u00bb peut augmenter la mall\u00e9abilit\u00e9 de l\u2019analyste, si celui-ci se laisse faire&nbsp;: nous observons un processus de retournement par lequel la patiente fait vivre \u00e0 l\u2019analyste \u00e0 la fois l\u2019indisponibilit\u00e9 et l\u2019emprise des imagos parentales, maternelle en particulier. Ce processus primaire de retournement passif-actif a son int\u00e9r\u00eat&nbsp;: Lisa partage avec l\u2019analyste l\u2019exp\u00e9rience douloureuse&nbsp;; elle peut se repr\u00e9senter un lien plus distanci\u00e9, plus souple avec l\u2019imago maternelle en l\u2019absence de r\u00e9torsion de celle-ci. C\u2019est comme un jeu de cache-cache, o\u00f9 Lisa prend la ma\u00eetrise en se faisant chercher et trouver. De m\u00eame, sa fa\u00e7on d\u2019\u00e9courter quelques s\u00e9ances, pouvait me signaler que c\u2019\u00e9taient son b\u00e9b\u00e9 et son couple qui \u00e9taient prioritaires et non pas moi, alors mise \u00e0 la place de sa m\u00e8re&nbsp;; ou bien c\u2019\u00e9tait encore un moyen de me signaler ce que cela fait, d\u2019\u00eatre laiss\u00e9e \u00ab&nbsp;en plan&nbsp;\u00bb, r\u00e9\u00e9dition de situations infantiles. J\u2019ai observ\u00e9 dans plusieurs situations cliniques ces processus de retournement passif-actif, leur fr\u00e9quence m\u2019a sembl\u00e9 r\u00e9pondre \u00e0 la situation d\u2019impuissance impos\u00e9e par le confinement et par la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de nous tous face au virus.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis \u00e9tonn\u00e9e de la facilit\u00e9 avec laquelle les femmes enceintes ou accouch\u00e9es, les couples, ont investi ce dispositif&nbsp;; ils n\u2019ont pas souhait\u00e9 de vid\u00e9o-consultation, qui aurait permis le contact visuel. Quel a pu \u00eatre le sens de l\u2019absence de vision&nbsp;? La seule voix, si elle r\u00e9alise une intimit\u00e9 d\u2019oreille \u00e0 oreille, impose aussi une distance. Or l\u2019analyste repr\u00e9sente toujours dans le transfert, une imago parentale. Il apporte donc un risque d\u2019intrusion en tant que figure de transfert surmo\u00efque jugeante et critique &#8211; comme le b\u00e9b\u00e9 d\u2019ailleurs, r\u00e9veillant les sentiments de culpabilit\u00e9 conscients et inconscients des \u00ab&nbsp;devenant parents&nbsp;\u00bb. Il apporte aussi un risque d\u2019abandon, s\u2019il ne se montre pas suffisamment disponible, pr\u00e9sent et attentif, en \u00e9cho aux besoins primaires de s\u00e9curit\u00e9 et de continuit\u00e9 \u00e9veill\u00e9s dans l\u2019unit\u00e9 originaire. Le m\u00e9dium \u00ab&nbsp;voix&nbsp;\u00bb pourrait ainsi r\u00e9aliser une sorte de compromis entre la pr\u00e9sence et l\u2019absence, plut\u00f4t favorable \u00e0 l\u2019\u00e9laboration psychique. L\u2019analyste doit aussi se contenter de ce m\u00e9dium qui limite l\u2019emprise. Il est priv\u00e9 des observations directes des interactions parents-b\u00e9b\u00e9, au c\u0153ur des dispositifs de th\u00e9rapie conjointe.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un registre plus r\u00e9gressif, la voix est la modalit\u00e9 de communication privil\u00e9gi\u00e9e entre le f\u0153tus et le monde ext\u00e9rieur&nbsp;: elle fait vibrer le liquide amniotique qui masse le corps du b\u00e9b\u00e9 et son syst\u00e8me auditif. Confinement et voix, r\u00e9aliseraient un environnement symboliquement ut\u00e9rin, potentiellement favorable \u00e0 la poursuite de la nidification du b\u00e9b\u00e9 commenc\u00e9e d\u00e8s la grossesse (S. Missonnier), dans l\u2019unit\u00e9 originaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet environnement in\u00e9dit, fond\u00e9 sur une r\u00e9gression topique ut\u00e9rine, le couple et le b\u00e9b\u00e9 sont dans un terreau commun. Ils ont besoin de construire \u00e0 trois une nouvelle organisation qui donne lieu \u00e0 un espace mental partag\u00e9 d\u2019o\u00f9 vont \u00e9merger les identit\u00e9s nouvelles et diff\u00e9renci\u00e9es. Nous pouvons faire une analogie avec le d\u00e9veloppement de l\u2019embryon, qui se produit par la croissance et la diff\u00e9renciation des cellules. Mes observations cliniques me conduisent \u00e0 penser qu\u2019il ne s\u2019agit pas v\u00e9ritablement d\u2019une perte des identit\u00e9s (sauf en cas de psychopathologie) mais plut\u00f4t d\u2019une \u00e9mergence, dans un espace-temps transitionnel et paradoxal&nbsp;: le fonds commun des identifications primaires tend vers l\u2019indiff\u00e9renciation&nbsp;: celle-ci est n\u00e9anmoins limit\u00e9e et tol\u00e9rable gr\u00e2ce aux fronti\u00e8res qui demeurent et permettent que des liens se cr\u00e9ent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9flexion sur l\u2019unit\u00e9 originaire<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019unit\u00e9 originaire appara\u00eet ainsi comme l\u2019unit\u00e9 couple-b\u00e9b\u00e9, une \u00ab&nbsp;bulle \u00e0 trois&nbsp;\u00bb selon l\u2019expression de certains patients. Le couple m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9 auquel on adjoint le p\u00e8re, est une repr\u00e9sentation courante mais insatisfaisante pour penser l\u2019enveloppe psychique premi\u00e8re et la clinique des temps originaires. Le confinement met en lumi\u00e8re ce point&nbsp;: l\u2019absence du conjoint, durement ressentie \u00e0 la maternit\u00e9, lui a permis de prendre une place importante et reconnue, tr\u00e8s valoris\u00e9e \u00e0 domicile. Les deux parents se sont retrouv\u00e9s ensemble, sans autre soutien par la pr\u00e9sence concr\u00e8te de membres de la famille habituellement pr\u00e9sents, pour prendre soin du b\u00e9b\u00e9, assurer leur survie et leur croissance dans un contexte marqu\u00e9 par une anxi\u00e9t\u00e9 et une communaut\u00e9 de destin&nbsp;: on est tous pareils, on doit faire face. Le p\u00e8re (ou la compagne de la m\u00e8re) ont pu exp\u00e9rimenter \u00e0 quel point ils sont irrempla\u00e7ables dans leur r\u00f4le de soutien de la m\u00e8re, de partenaire du b\u00e9b\u00e9, diff\u00e9rent d\u2019elle mais tout aussi indispensable, de partenaire dans le couple, t\u00e9moignant l\u2019amour pour la femme par son attention, son souci de comprendre, de rendre l\u2019autre heureux alors que les supports sociaux habituels, familiaux et amicaux, sont \u00e0 distance. Ces couples ont ainsi eu le temps de construire leur enveloppe \u00e0 trois, pr\u00e9serv\u00e9e des intrusions possibles ou imaginairement redout\u00e9es, de l\u2019entourage. Tout s\u2019est pass\u00e9 comme si la r\u00e9activation des conflits g\u00e9n\u00e9rationnels, souvent aig\u00fce \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une naissance, avait connu une tr\u00eave. Cet apaisement oblig\u00e9 du conflit g\u00e9n\u00e9rationnel (les forces n\u2019\u00e9tant pas en pr\u00e9sence\u2026) a permis le d\u00e9ploiement de l\u2019unit\u00e9 originaire \u00e0 trois et donn\u00e9 des forces pour se positionner ensuite comme parents responsables, plus confiants en eux, plus ouverts \u00e0 la rencontre apais\u00e9e avec les figures grand-parentales ou autres.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Katia se sentait tr\u00e8s mal avec ses beaux-parents suite \u00e0 la naissance de l\u2019enfant, ayant peur d\u2019en \u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e. Elle avait \u00e9t\u00e9 accueillie comme leur fille, partageait leurs valeurs\u2026 \u00e9tant elle-m\u00eame issue d\u2019un milieu dans lequel elle ne se reconnaissait pas. Elle leur en \u00e9tait reconnaissante et ne comprenait pas sa propre r\u00e9action violente de d\u00e9fiance, qui risquait de donner lieu \u00e0 des conflits avec le p\u00e8re du nouveau-n\u00e9, attach\u00e9 \u00e0 ses parents. Cette d\u00e9fiance \u00e9tait apparue d\u00e8s la grossesse, la future m\u00e8re ayant besoin de temps pour int\u00e9grer son nouvel \u00e9tat, les modifications corporelles, une certaine ambivalence \u2026 tandis que les beaux-parents montraient un enthousiasme enviable. N\u2019\u00e9taient-ils pas venus, le jour de l\u2019accouchement, sous les fen\u00eatres de la clinique avec plein de ballons accroch\u00e9s \u00e0 leur voiture&nbsp;? Et la jeune m\u00e8re, sous le choc de la naissance et de la rencontre avec le nouveau-n\u00e9, n\u2019en \u00e9tait pas \u00e0 se r\u00e9jouir de cette fa\u00e7on tellement d\u00e9monstrative. Elle se demandait donc si elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une mauvaise m\u00e8re. Une bonne partie de ses craintes, de ses projections ont pu \u00eatre \u00e9labor\u00e9es au cours des entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement suivis, o\u00f9 elle a pu revisiter les conflits avec sa propre famille, apaiser la relation avec le conjoint qui s\u2019est fortement engag\u00e9 aupr\u00e8s d\u2019elle et du b\u00e9b\u00e9, la rassurant sur ses comp\u00e9tences de maman dans le cadre protecteur du confinement&nbsp;: pas de confrontation, pas de rencontre oblig\u00e9e, de pr\u00e9sentation sociale oblig\u00e9e du b\u00e9b\u00e9. Les deux premiers mois (qui ont co\u00efncid\u00e9 avec le confinement \u2026) sont ceux qui permettent la rencontre, l\u2019adaptation r\u00e9ciproque et la sortie de la d\u00e9pressivit\u00e9 si la relation s\u2019ajuste bien avec le nouveau-n\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ces observations donnent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la temporalit\u00e9 du couple devenant parental. Tout se passe comme si faire face ensemble, cr\u00e9er la solidarit\u00e9 dans une situation o\u00f9 on n\u2019a pas le choix (confin\u00e9s, on ne peut pas regretter que le b\u00e9b\u00e9 nous emp\u00eache d\u2019aller au cin\u00e9ma\u2026) pouvait imposer une contention (un carcan obligatoire) qui peut se transformer en contenance, dans la recherche et la cocr\u00e9ation d\u2019un rythme \u00e0 trois, source de satisfaction et de fiert\u00e9. D\u00e9couvrir que l\u2019on peut faire avec ce qu\u2019on a, d\u00e9couvrir la valeur inestimable de la pr\u00e9sence de l\u2019autre, de l\u2019\u00e9change, de la d\u00e9pendance simple que l\u2019on peut avoir \u00e0 son \u00e9gard (pas humiliante\u2026), cr\u00e9er son territoire \u00e9motionnel avec un support discret (psychologue, sage-femme\u2026), font contre-poids au climat plus habituel dans notre <em>socius<\/em>&nbsp;: celui, narcissique, du tout, tout de suite, tout ensemble, tout \u00e0 moi, tout contr\u00f4le. D\u00e9couvrir que l\u2019on peut \u00eatre acteur et actif, et solidaire, en d\u00e9pit d\u2019une situation d\u2019impuissance (le virus n\u2019est pas tellement contr\u00f4lable) est assez analogue \u00e0 la situation biopsychologique du nouveau-n\u00e9&nbsp;: tellement d\u00e9pendant d\u2019un environnement potentiellement dangereux en regard de sa n\u00e9ot\u00e9nie, il est pourtant capable d\u2019agir sur et avec les \u00eatres humains qui prennent soin de lui, de s\u2019en remettre \u00e0 eux (il n\u2019a pas d\u2019autre solution) en cocr\u00e9ant la s\u00e9curit\u00e9 et la confiance.<\/p>\n\n\n\n<p>Un travail psychique sp\u00e9cifique de couple est requis, pour ce passage de deux \u00e0 trois. Si la relation amoureuse sexuelle du couple est \u00e0 l\u2019origine du b\u00e9b\u00e9, la cr\u00e9ation de l\u2019unit\u00e9 originaire, \u00ab&nbsp;bulle \u00e0 trois&nbsp;\u00bb sollicite la solidarit\u00e9, le dialogue, dans le couple amoureux. Pour mener ce travail psychique \u00e0 bien, le couple a besoin de temps, de calme, de m\u00eame que le b\u00e9b\u00e9 a besoin de temps pour cocr\u00e9er avec ses parents les grands rythmes vitaux et l\u2019intersubjectivit\u00e9. Au-del\u00e0 de la crise sanitaire donc, comment pouvons-nous penser les conditions d\u2019un accompagnement respectueux de cette d\u00e9marche de \u00ab&nbsp;couple avec b\u00e9b\u00e9&nbsp;\u00bb, laissant l\u2019espace-temps de leur prise de responsabilit\u00e9 dans un espace psychique partag\u00e9, offrant une place au tiers sans menacer l\u2019union&nbsp;? Quelle \u00e9laboration de la relation de transfert est-elle requise&nbsp;? Quels sont les dispositifs favorables \u00e0 cette \u00e9volution&nbsp;? Il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas de faire l\u2019apologie du confinement, mais de chercher l\u2019ajustement de la distance et les modalit\u00e9s qui la signalent. La distance physique impos\u00e9e \u00e0 l\u2019entourage et en particulier \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente, pose la question de la distance \u00e9motionnelle qui serait \u00e0 trouver-cr\u00e9er face au conflit g\u00e9n\u00e9rationnel vivement r\u00e9activ\u00e9 au moment d\u2019une naissance et transf\u00e9r\u00e9 dans la relation avec le th\u00e9rapeute. L\u2019image souvent utilis\u00e9e pour figurer cette position grand-parentale d\u2019arri\u00e8re-plan, est le tableau tr\u00e8s connu de Sainte Anne en tierce (L\u00e9onard de Vinci). L\u2019arri\u00e8re-plan est ici figur\u00e9 spatialement. Comment peut-il se traduire temporellement, au b\u00e9n\u00e9fice de tous&nbsp;? Au b\u00e9n\u00e9fice tant de l\u2019unit\u00e9 originaire couple-b\u00e9b\u00e9, que des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes et des relations entre g\u00e9n\u00e9rations&nbsp;? L\u2019exp\u00e9rience difficile du confinement oriente mon \u00e9coute diff\u00e9remment, que je re\u00e7oive la femme enceinte ou jeune m\u00e8re, avec ou sans le b\u00e9b\u00e9, avec ou sans le conjoint\u2026 J\u2019ai plus clairement en t\u00eate le n\u00e9cessaire et fragile d\u00e9ploiement de cet espace transitionnel que repr\u00e9sente l\u2019unit\u00e9 originaire. Au mois de juillet 2020, Adrien Taquet, secr\u00e9taire d\u2019Etat charg\u00e9 de l\u2019enfance et de la famille, s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 favorable \u00e0 l\u2019allongement du cong\u00e9 paternit\u00e9 \u00e0 un mois. Nous pouvons saluer cette prise de conscience et pr\u00e9coniser le double, deux mois, le temps de la construction paisible de la protectrice \u00ab&nbsp;unit\u00e9 originaire&nbsp;\u00bb, suffisamment \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019agitation ambiante et du rythme de vie trop rapide en regard du tempo pr\u00e9coce<sup>1<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Note<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li> Dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14\u00a0novembre 2020, le S\u00e9nat a vot\u00e9 en faveur du cong\u00e9 paternit\u00e9 allong\u00e9 \u00e0 28 jours. Cette mesure est largement adopt\u00e9e par 341 voix, sans modification apport\u00e9e apr\u00e8s le vote du texte en premi\u00e8re lecture par l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Elle entrera en vigueur au 1<sup style=\"color: initial; font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, &quot;Segoe UI&quot;, Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, &quot;Helvetica Neue&quot;, sans-serif;\">er<\/sup><span style=\"background-color: rgba(0, 0, 0, 0.2); font-size: revert; color: initial; font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, &quot;Segoe UI&quot;, Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, &quot;Helvetica Neue&quot;, sans-serif;\"> juillet 2021.<\/span> <\/li><\/ol>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h1>\n\n\n\n<p>Bayot Ingrid.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le quatri\u00e8me trimestre de la grossesse<\/em>, collection 1001 B\u00e9b\u00e9s, Er\u00e8s, 2018.<\/p>\n\n\n\n<p>Hays Marie-Aim\u00e9e.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">La d\u00e9pression p\u00e9rinatale<\/em>, collection La vie de l\u2019enfant, Er\u00e8s, 2017.<\/p>\n\n\n\n<p>Missonnier Sylvain.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Devenir parent, na\u00eetre humain<\/em>, collection Le fil rouge, PUF, 2009.<\/p>\n\n\n\n<p>Perez Sanchez (Manuel) et Abello (Nuria) (1980). \u00ab&nbsp;Unit\u00e9 originaire&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Rev. fran\u00e7. Psychanal<\/em>., 4\/1981, 777-786.<\/p>\n\n\n\n<p>Rochette Guglielmi Jo\u00eblle. \u00ab&nbsp;40 jours&nbsp;\u00bb, in&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Cent mots pour les b\u00e9b\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui<\/em>, Dir. P. Ben Soussan, collection 1001 B\u00e9b\u00e9s, Er\u00e8s, 2009, 256-261.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10536?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le post-partum pr\u00e9coce attire l\u2019attention des cliniciens et chercheurs&nbsp;: des termes tels que \u00ab&nbsp;quatri\u00e8me trimestre de la grossesse&nbsp;\u00bb (I. Bayot) ou p\u00e9riode des \u00ab&nbsp;quarante jours&nbsp;\u00bb (J. Rochette Guglielmi), tentent de cerner le fonctionnement psychique de ce moment. 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