{"id":10535,"date":"2021-08-22T07:32:15","date_gmt":"2021-08-22T05:32:15","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/le-travail-du-negatif-dans-les-troubles-alimentaires-2\/"},"modified":"2021-09-16T10:51:10","modified_gmt":"2021-09-16T08:51:10","slug":"le-travail-du-negatif-dans-les-troubles-alimentaires","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-travail-du-negatif-dans-les-troubles-alimentaires\/","title":{"rendered":"Le travail du n\u00e9gatif dans les troubles alimentaires"},"content":{"rendered":"\n<p>Le n\u00e9gatif \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez certains sujets hyperphages <sup>1<\/sup>, se manifeste par une d\u00e9clinaison d\u2019hallucinations n\u00e9gatives concernant principalement et paradoxalement l\u2019acte de se nourrir et l\u2019image corporelle telle qu\u2019elle est effac\u00e9e dans le miroir. Le n\u00e9gatif traduit la d\u00e9sertification psychique propre \u00e0 l\u2019attaque des liens internes, l\u2019\u0153uvre du narcissisme de mort ainsi que la d\u00e9prise mortif\u00e8re des objets externes par le Moi, qui, en tentant de les expurger, se liquide lui-m\u00eame en tant qu\u2019objet d\u2019investissement pulsionnel. \u00ab&nbsp;Il se fait dispara\u00eetre devant l\u2019intrusion du trop-plein d\u2019un bruit qu\u2019il faut r\u00e9duire au silence <sup>2<\/sup>&nbsp;\u00bb. Ainsi se constitue au sein de l\u2019appareil psychique un espace d\u2019anti-liaison et d\u2019antimati\u00e8re, soit le n\u00e9gatif <em>de l\u2019espace o\u00f9 le Je peut advenir<\/em><sup>3<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les enclaves autistiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Marie, que je rencontre dans un cadre analytique en face \u00e0 face depuis de tr\u00e8s nombreuses ann\u00e9es, \u00e9tait venue me voir, enjointe par plusieurs personnes de son entourage, sans \u00eatre convaincue, dans les premiers temps de la cure, que la parole puisse l\u2019aider d\u2019une quelconque mani\u00e8re. Cette femme d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9e, tr\u00e8s ob\u00e8se, \u00e9tait marqu\u00e9e par de nombreuses pertes traumatiques&nbsp;: sa m\u00e8re alcoolique lorsqu\u2019elle avait sept ans, sa tante qui l\u2019avait alors recueillie alors qu\u2019elle terminait sa pubert\u00e9, puis son premier mari dans un incendie domestique. Il semble, tel que Marie put le reconstruire dans l\u2019apr\u00e8s coup de nos s\u00e9ances, que chacun de ces deuils fut suivi d\u2019une prise de poids consid\u00e9rable. Marie \u00e9voquait des conditions de nourrissage catastrophiques&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ma m\u00e8re a commenc\u00e9 \u00e0 boire quand je suis n\u00e9e et lorsque mon p\u00e8re l\u2019a quitt\u00e9e. Je l\u2019ai toujours vue vider ses verres avec le regard perdu dans le vague, elle ne me regardait jamais en face. Sa ch\u00e9rie c\u2019\u00e9tait la bouteille, pas moi. Elle me gavait pour avoir la paix et pouvoir retourner boire. Je nous revois \u00e0 table, elle avec son verre, moi avec mon tas de nouilles qui d\u00e9bordait de l\u2019assiette&nbsp;\u00bb. Au fil de nos rencontres elle parvenait \u00e0 historiciser ces m\u00e9tamorphoses corporelles mais toujours en fixant le sol, sans jamais me regarder. \u00ab&nbsp;Pendant des ann\u00e9es, apr\u00e8s chaque \u00e9t\u00e9, je ne rentrais plus dans mes robes de l\u2019ann\u00e9e d\u2019avant, je rachetais des robes. Je me disais&nbsp;: cette fois, \u00e7a y est, j\u2019ai atteint mon poids maximum&nbsp;! \u00c7a a \u00e9t\u00e9 terrible quand j\u2019ai pass\u00e9 les 100 kilos. Je me suis dit que je ne pourrais jamais les d\u00e9passer. Aujourd\u2019hui, j\u2019en fais 150, Il n\u2019y a pas de limite, je suis grosse, mais dans quelques ann\u00e9es si je continue comme \u00e7a, comment serais-je&nbsp;? Je finis toujours par m\u2019y habituer.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me vois pas comme je suis, je me vois floue dans les miroirs. Je me p\u00e8se une fois par an \u00e0 la m\u00e9decine du travail, c\u2019est tout.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le trouble alimentaire de Marie \u00e9tait mixte, soit une hyperphagie interprandiale (grignotages) durant la journ\u00e9e et une hyperphagie prandiale vesp\u00e9rale (repas hypercaloriques en quantit\u00e9 et qualit\u00e9). Elle disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne peux pas ne pas grignoter quelque chose\u2026 Je suis un vrai rongeur. La premi\u00e8re chose que font les nutritionnistes, c\u2019est de m\u2019interdire de grignoter. C\u2019est horrible, comme si on m\u2019enlevait une partie de la bouche j\u2019ai peur de me vider comme une baignoire sans son bouchon\u2026 Un jour je regardais un b\u00e9b\u00e9 sucer sa t\u00e9tine, je trouvais qu\u2019il me ressemblait, et je me suis dit, si on lui enl\u00e8ve sa t\u00e9tine il va se d\u00e9gonfler comme un ballon. Quand je suis au r\u00e9gime, je ne suis plus dans mon \u00e9tat normal, ma t\u00eate se brouille et je perds l\u2019\u00e9quilibre, comme si je d\u00e9ambulais sur une poutre toute \u00e9troite ou sur un tronc d\u2019arbre au-dessus d\u2019un gouffre\u2026 J\u2019ai peur de tomber. Alors je craque, ma bouche redevient normale et le sol retrouve sa stabilit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Genevi\u00e8ve Haag <sup>4<\/sup> insiste sur le v\u00e9cu d\u2019amputation du pourtour de la bouche, chez les enfants autistes, \u00e0 l\u2019origine de leurs difficult\u00e9s articulatoires ou de leur mutisme se r\u00e9v\u00e9lant lorsque quand ces enfants passent des objets sur la bouche et sa p\u00e9riph\u00e9rie. Les repr\u00e9sentations d\u2019amputation d\u2019une partie de la bouche &#8211; partie qui s\u2019arracherait avec l\u2019objet nourriture -traversant les \u00e9prouv\u00e9s de Marie en la laissant dans l\u2019effroi, relevaient-ils de proto-fantasmes fonctionnant sur le registre de l\u2019originaire, tels que les a d\u00e9crits Piera Aulagnier <sup>5<\/sup>&nbsp;? Le prototype de la repr\u00e9sentation pictographique est la compl\u00e9mentarit\u00e9 des zones bouche-mamelon. Dans le registre de l\u2019originaire, l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019allaitement provoque plaisir corporel et affect de plaisir. C\u2019est aussi une exp\u00e9rience d\u2019auto-engendrement de la psych\u00e9 et de l\u2019objet sein car il n\u2019y a, \u00e0 ce stade, pas de dualit\u00e9 entre les objets-zone. Piera Aulagnier affirme que le d\u00e9plaisir na\u00eet de l\u2019obligation de passer \u00e0 une autre repr\u00e9sentation ce qui n\u00e9cessite une forme d\u2019autodestruction. L\u2019exp\u00e9rience d\u2019arrachement de la zone bouche-mamelon est le prototype archa\u00efque de l\u2019angoisse de castration demeurant dans l\u2019impens\u00e9 et l\u2019impensable, car peinant \u00e0 acqu\u00e9rir le statut de repr\u00e9sentation primaire et secondaire&nbsp;: trame du pensable et du langage. Elle continue de fonctionner sur le registre de l\u2019originaire. Une forme de d\u00e9plaisir dut \u00eatre \u00e9vit\u00e9e co\u00fbte que co\u00fbte, dans les tous premiers temps de la vie psychique de Marie, au prix d\u2019un sympt\u00f4me secondairement morbide et destructeur. Dans de telles probl\u00e9matiques orales archa\u00efques, il semblerait que le grignotage repr\u00e9sente un prolongement de la succion nourrici\u00e8re et non pas du su\u00e7otement auto-\u00e9rotique <sup>6<\/sup>. Il perp\u00e9tue un engramme pictographique bouche-mamelon amarr\u00e9 aux distorsions pr\u00e9coces de la relation m\u00e8re-enfant \u00e9maill\u00e9e de moments catastrophiques possiblement \u00e0 tonalit\u00e9 autistique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019agrippement \u00e0 la zone compl\u00e9mentaire bouche-mamelon est normalement une d\u00e9fense contre l\u2019an\u00e9antissement. Dans l\u2019hyperphagie de Marie, elle semble davantage constituer une fixation autistique, persistante. La nourriture devrait id\u00e9alement et \u00e9ternellement combler le trou buccal sans quoi le manque, plus qu\u2019un d\u00e9plaisir, devient une menace d\u2019autodestruction, et ceci malgr\u00e9 les risques d\u2019une ob\u00e9sit\u00e9 morbide et du cort\u00e8ge de souffrances qu\u2019elle impose. Pour Marie, dont le nourrissage fut v\u00e9cu comme une catastrophe, la repr\u00e9sentation archa\u00efque d\u2019une amputation buccale s\u2019associe \u00e0 la repr\u00e9sentation d\u2019une amputation spatiale formant un double signifiant formel&nbsp;: une bouche s\u2019arrache, le sol se r\u00e9tr\u00e9cit. L\u2019acte de grignotage lui permet de reconstruire une unit\u00e9 buccale porteuse d\u2019une limite dedans\/dehors, et des d\u00e9marcations spatiales dessus\/dessous, \u00e9troit\/large, stable\/instable redonnant au monde et au corps une apparence de quadridimentionnalit\u00e9 d\u00e9finie par Donald Meltzer <sup>7<\/sup>. Soulignons que le passage de la tridimensionnalit\u00e9 \u00e0 la quadridimentionnalit\u00e9, n\u00e9cessite une bonne int\u00e9gration des auto-\u00e9rotismes et qu\u2019il est corr\u00e9l\u00e9 au processus de s\u00e9paration d\u2019avec l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e9tat cr\u00e9pusculaire<\/h2>\n\n\n\n<p>Le trouble alimentaire vesp\u00e9ral de Marie \u00e9tait diff\u00e9rent du trouble diurne. Elle rentrait de sa journ\u00e9e de travail et mangeait des aliments \u00ab&nbsp;mous et r\u00e9confortants&nbsp;\u00bb en quantit\u00e9 gargantuesque, et souvent sans se mettre \u00e0 table. \u00ab&nbsp;J\u2019essaie le plus possible de d\u00eener seule. Quand je d\u00eene avec ma famille, en g\u00e9n\u00e9ral c\u2019est comme s\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 table avec moi, mais si je vois leurs regards atterr\u00e9s, je r\u00e9alise que quelque chose n\u2019est pas normal. Je ne me rends pas compte de tout ce que je mange. Je me vois manger mais je crois que je ne mange pas tout \u00e7a. Je suis comme hypnotis\u00e9e, apr\u00e8s je suis hagarde et puis je m\u2019effondre dans un sommeil profond&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie, fit \u00e9tat de v\u00e9ritables angoisses agonistiques et d\u00e9sorganisantes, alors qu\u2019apr\u00e8s la lev\u00e9e du d\u00e9ni de ses troubles, elle tenta d\u2019\u00e9viter le recours au gavage. Ces tentatives de sevrage firent sauter le clivage entre les repr\u00e9sentations psychiques id\u00e9iques et verbales et l\u2019auto-repr\u00e9sentation de son action et de l\u2019\u00e9tat de son corps, qui la pla\u00e7ait, dans une situation quasi-dissociative et d\u00e9fensive&nbsp;:\u00ab&nbsp;Je me vois manger mais je crois que je ne mange pas tout \u00e7a.&nbsp;\u00bb G\u00e9rard Apfeldorfer qualifie \u00e0 juste titre ce v\u00e9cu d\u2019\u00e9tat <em>cr\u00e9pusculaire<\/em>. Il \u00e9crit \u00e0 propos des ob\u00e8ses hyperphages&nbsp;: \u00ab&nbsp;Beaucoup de sujets mangent dans un \u00e9tat de semi-conscience pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tat cr\u00e9pusculaire. Toute pens\u00e9e, toute r\u00e9flexion sont alors absentes. Il n\u2019y a donc ni culpabilit\u00e9 \u00e0 manger, ni critique possible de ce qu\u2019on est en train de faire. De purs automatismes prennent le relais de la conscience. Ensuite ce sera comme effac\u00e9, gomm\u00e9 <sup>8<\/sup>&nbsp;\u00bb. Cet \u00e9tat s\u2019apparente \u00e0 une hallucination n\u00e9gative, condensant un ensemble de m\u00e9canismes de d\u00e9fense contre des angoisses archa\u00efques sans nom. L\u2019hallucination n\u00e9gative dans sa forme pathologique est, entre autres&nbsp;: \u00ab&nbsp;destin\u00e9e \u00e0 denier la crainte du sujet des effets de sa propre hostilit\u00e9 en fait du plaisir que la mise en \u0153uvre de celle-ci lui procurerait s\u2019il avait le pouvoir de l\u2019exercer librement <sup>9<\/sup>.&nbsp;\u00bb Elle est \u00e0 l\u2019\u0153uvre au c\u0153ur de l\u2019\u00e9tat cr\u00e9pusculaire et porte sur la repr\u00e9sentation d\u2019un encha\u00eenement d\u2019actions. Il est probable que, face \u00e0 la culpabilit\u00e9 et \u00e0 la massivit\u00e9 de l\u2019angoisse li\u00e9e au gavage, qui fit revivre \u00e0 Marie un nourrissage maternel catastrophique, le refoulement n\u2019est pas suffisamment op\u00e9rant. Ainsi, \u00ab&nbsp;l\u2019hallucination n\u00e9gative est mise en \u0153uvre par l\u2019angoisse face au retour du refoul\u00e9 lequel n\u2019est pas per\u00e7u comme tel mais comme une actualisation r\u00e9alisante (\u2026). En somme il s\u2019agiterait plut\u00f4t d\u2019un retour (sans aller) d\u2019un \u00e9v\u00e9nement psychique \u00e0 \u00e9puiser (plus qu\u2019\u00e0 refouler) <sup>10<\/sup>&nbsp;\u00bb. L\u2019<em>acting<\/em> de gavage vise d\u2019abord \u00e0 absorber l\u2019angoisse. Il \u00e9choue et laisse place, dans un second temps, \u00e0 une angoisse \u00e9minemment plus primitive, v\u00e9cue comme l\u2019actualisation d\u2019un \u00e9v\u00e8nement psychique et non comme un retour du refoul\u00e9. Cette angoisse est ainsi, et \u00e0 son tour, annul\u00e9e par une s\u00e9rie de m\u00e9canismes de d\u00e9fenses du registre du n\u00e9gatif dont l\u2019\u00e9tat cr\u00e9pusculaire repr\u00e9sente la forme la plus manifeste, la plus complexe, et sans doute la plus aboutie car la plus efficace pour pr\u00e9server le sujet de l\u2019angoisse et de ses effets d\u00e9structurants. Avant l\u2019endormissement narcoleptique, l\u2019\u00e9tat de vide hypnotique que vit Marie est un blanc (<em>blank<\/em>) psychique, un trou au c\u0153ur m\u00eame de sa pens\u00e9e et de ses affects, une anesth\u00e9sie temporaire vidant le Moi-corps de sa substance vivante, remplac\u00e9e par une nourriture lourde et mat\u00e9rielle, d\u00e9pouill\u00e9e de toute charge pulsionnelle&nbsp;; un mat\u00e9riau \u00e0 la fois venu d\u2019un environnement non-humain et pour autant et paradoxalement familier. L\u2019\u00e9vacuation de la pens\u00e9e et de ses racines repr\u00e9sentationnelles est paroxystique dans l\u2019\u00e9tat cr\u00e9pusculaire concomitant ou post\u00e9rieur au gavage. Ce processus n\u00e9gativant vise \u00e0 faire na\u00eetre \u00ab&nbsp;la repr\u00e9sentation d\u2019une absence de repr\u00e9sentation <sup>11<\/sup>&nbsp;\u00bb, mais \u00e9galement \u00e0 \u00ab&nbsp;disperser l\u2019affect&nbsp;\u00bb<sup>12<\/sup>. Cette d\u00e9saffectation du monde interne du sujet et de ses relations au monde humain, frappe notamment Marie au moment des repas, au cours desquels les commensaux sont effac\u00e9s du champ perceptif et <em>de facto<\/em> affectif. L\u2019\u00e9tat cr\u00e9pusculaire signe sans doute le retour du cliv\u00e9 \u00e9tabli sur les failles du maternage pr\u00e9coce et le d\u00e9faut de structure encadrante comme \u00e9cran de projection aux fantasmes infantiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Le repas est un cadre souple, articul\u00e9 autour de l\u2019universalit\u00e9 de la commensalit\u00e9 et des r\u00e8gles qui conditionnent sa dur\u00e9e, soit l\u2019ordre des aliments servis et mang\u00e9s, les horaires ainsi que le d\u00e9but et la fin du repas. Elles rappellent symboliquement les interdits alimentaires et les tabous qu\u2019ils sous-tendent, et accompagnent la commensalit\u00e9. Le repas sert de tuteur \u00e0 l\u2019<em>oralit\u00e9 logique<\/em> telle que la d\u00e9finit Pierre F\u00e9dida et par laquelle il souligne que parole et nourriture peuvent concomitamment occuper la bouche, mais ne doivent en aucun cas s\u2019y m\u00e9langer, en \u00e9crivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faudrait \u00eatre fou ou enfant pour pers\u00e9v\u00e9rer \u00e0 croire que les mots et les aliments peuvent se m\u00e9langer, que rien ne s\u00e9pare les mots des choses et qu\u2019enfin pas plus le corps n\u2019a de limites, que la logique et le temps n\u2019ont un sens <sup>13<\/sup>&nbsp;\u00bb. Ce principe structure l\u2019\u00e9ducation alimentaire <em>via<\/em> une de ses injonctions centrales&nbsp;: <em>On ne parle pas la bouche pleine<\/em>. Le gavage et l\u2019\u00e9tat cr\u00e9pusculaire op\u00e8rent un mouvement de d\u00e9sobjectalisation, dans le sens o\u00f9 ils vont \u00e0 rebours de la commensalit\u00e9. Celle-ci oblige le sujet \u00e0 \u00eatre sous le regard de l\u2019objet, et n\u00e9cessite une capacit\u00e9 de n\u00e9gativation partielle de sa pr\u00e9sence, pour que la nourriture joue son double r\u00f4le de satisfaction du besoin et de pourvoyeur de plaisir auto-\u00e9rotique. \u00ab&nbsp;Le fondement de la capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul est l\u2019exp\u00e9rience d\u2019\u00eatre seul en pr\u00e9sence de quelqu\u2019un <sup>14<\/sup>&nbsp;\u00bb. Dans la mesure o\u00f9 le sujet hyperphage ne peut pas momentan\u00e9ment et partiellement n\u00e9gativer l\u2019Autre, dans la mesure o\u00f9 il peut difficilement \u00eatre seul en pr\u00e9sence de quelqu\u2019un, il s\u2019impose une rupture avec le monde dont l\u2019isolement est la configuration manifeste et dont l\u2019\u00e9tat cr\u00e9pusculaire est la forme psychique. Il annule l\u2019Autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, le v\u00e9cu cr\u00e9pusculaire entretient un \u00e9troit rapport avec le d\u00e9ni de l\u2019hyperphagie et s\u2019apparente \u00e0 la relation hypnotiseur\/hypnotis\u00e9 que Freud qualifie de \u00ab&nbsp;formation en masse \u00e0 deux <sup>15<\/sup>&nbsp;\u00bb, et de laquelle il pr\u00e9cise qu\u2019elle se d\u00e9termine, tels les ph\u00e9nom\u00e8nes de groupes par une inhibition quant aux buts des pulsions sexuelles. L\u2019\u00e9tat cr\u00e9pusculaire est \u00e0 ce titre un \u00e9tat d\u2019auto-hypnose qui permet de disperser la pulsion sexuelle. La formation de masse trouve une incarnation dans le corps massif&nbsp;: ce corps de masse d\u00e9libidinalis\u00e9 qui dans le regard de l\u2019Autre peut \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 une foule. \u00ab&nbsp;\u00catre gros c\u2019est \u00eatre plusieurs, on prend plusieurs places.&nbsp;\u00bb disait Marie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le miroir sans tain<\/h2>\n\n\n\n<p>Marie pouvait tr\u00e8s difficilement regarder son corps dans un miroir, Elle s\u2019y voyait floue. Un \u00e9pisode singulier d\u00e9cida d\u2019un mouvement processuel mutatif dans le traitement de ma patiente. Alors qu\u2019elle d\u00e9ambulait dans un grand magasin, elle vit son corps tel qu\u2019il \u00e9tait dans le reflet d\u2019un miroir dans un autre miroir. Sur le chemin qui la ramenait chez elle, elle pensa&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Depuis combien de temps suis-je enferm\u00e9e dans ce corps difforme<\/em>&nbsp;\u00bb, faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 deux traits saillants de son ob\u00e9sit\u00e9&nbsp;: l\u2019effacement de l\u2019image dans le miroir et l\u2019enfermement de soi \u00e0 m\u00eame le corps. Il lui avait fallu l\u2019irruption d\u2019un miroir dans le miroir, d\u2019un double reflet, pour que son d\u00e9ni se d\u00e9robe et cause un certain effroi. L\u2019<em>Heimlich\/Unheimlich<\/em> r\u00e9v\u00e9la \u00e0 Marie un trait d\u2019union jusque-l\u00e0 dissip\u00e9, un lien entre l\u2019intime et l\u2019\u00e9tranger. La semaine suivante, \u00e0 la suite d\u2019un s\u00e9ance, elle se rendit de nouveau, curieuse, dans le m\u00eame magasin. Cette fois, elle crut apercevoir dans le reflet du miroir, le regard terroris\u00e9 d\u2019une vendeuse. Ce regard la troubla, puis la fit vaciller jusqu\u2019\u00e0 la limite de la d\u00e9personnalisation, jusqu\u2019\u00e0 la limite d\u2019une rupture du clivage d\u00e9fensif s\u00e9parant les images internes et externes et finit par la pr\u00e9cipiter dans une honte \u00e9trange, jusque-l\u00e0 inconnue elle se dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;cette vendeuse m\u2019a d\u00e9shabill\u00e9e du regard.&nbsp;\u00bb A la suite de cette s\u00e9quence, Marie voulut avoir deux corps&nbsp;: un premier corps toujours ob\u00e8se pour elle-m\u00eame, pour continuer de se sentir ancr\u00e9e dans le monde et un second corps mince pour satisfaire le regard des autres&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ce serait comme une combinaison int\u00e9grale, que je pourrais mettre ou retirer \u00e0 ma guise<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but de nos entretiens, Marie r\u00e9pondait \u00e0 mes interpr\u00e9tations de transfert toujours de la m\u00eame mani\u00e8re, et r\u00e9p\u00e9tait&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pourquoi dites-vous cela&nbsp;? \u00c7a ne vous concerne pas ce que je viens de dire, \u00e7a me concerne moi. Il n\u2019y a aucun lien entre nous. Pour moi vous n\u2019\u00eates qu\u2019une grande oreille, vous n\u2019existez pas vraiment<\/em>.&nbsp;\u00bb La construction apr\u00e8s-coup du regard de la vendeuse put advenir lorsqu\u2019une premi\u00e8re sp\u00e9cularit\u00e9 s\u2019incarna dans mon regard, apr\u00e8s quelques entretiens au cours desquels elle put enfin me regarder. C\u2019est possiblement \u00e0 moi, et dans un mouvement de sexualisation, qu\u2019elle adressait le fantasme d\u2019avoir deux corps, dont un pourrait potentiellement me s\u00e9duire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour participer \u00e0 la construction d\u2019un miroir interne stable et apr\u00e8s de longues s\u00e9ances sur ce sujet, je sugg\u00e9rai \u00e0 Marie de tenter de regarder son corps en pr\u00e9sence d\u2019un tiers en qui elle avait confiance. Cette proposition s\u2019imposa \u00e0 moi \u00e0 l\u2019issue de la sc\u00e8ne du grand magasin, au cours de laquelle elle vit, gr\u00e2ce \u00e0 un double reflet son corps pour la premi\u00e8re fois tel qu\u2019il \u00e9tait depuis tant d\u2019ann\u00e9es. Alors, Marie parvint \u00e0 regarder son corps dans le miroir de sa chambre \u00e0 coucher en tenant sa fille ain\u00e9e, en l\u00e9ger surpoids <sup>16<\/sup>, dans le fond de la pi\u00e8ce\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai regard\u00e9 ses yeux qui m\u2019accompagnaient et dans lesquels j\u2019ai vu de la tendresse, ensuite j\u2019ai pu regarder mon corps, mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de repasser plusieurs fois par les yeux de ma fille, et si elle ne me regardait pas \u00e0 ce moment-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait le drame<\/em>\u00a0\u00bb. Ainsi la m\u00e8re de tendresse doit-elle aussi se construire par le regard tendre. Le regard trop absent ou trop p\u00e9n\u00e9trant est, au m\u00eame titre que le geste trop retenu ou trop effracteur, \u00e0 la source des failles dans la structure encadrante, aussi bien sp\u00e9culaire que corporelle. Marie avait pu pour la premi\u00e8re fois mirer son corps lorsque, un miroir situ\u00e9 dans son dos doubla celui plac\u00e9 devant elle, cr\u00e9ant le regard d\u2019une m\u00e8remiroir. Genevi\u00e8ve Haag<sup>17<\/sup> donne une place centrale \u00e0 l\u2019int\u00e9gration de la surface du dos dans le d\u00e9veloppement psychique. Cette int\u00e9gration se fait, d\u2019une part par le regard maternel (<em>object presenting<\/em>) et, d\u2019autre part par l\u2019exp\u00e9rience tactile (<em>holding<\/em> et <em>handling<\/em>), et constitue un arri\u00e8re-plan de s\u00e9curit\u00e9 qui joue un r\u00f4le fondamental dans la constitution des contenants, de la peau psychique et dans le d\u00e9passement de la fusion avec la peau maternelle. L\u2019image d\u2019un corps entier et s\u00e9par\u00e9 du corps de la m\u00e8re s\u2019\u00e9taye en partie sur la construction de cette surface. Chez les ob\u00e8ses tels que Marie, pour lesquels des poches autistiques organisent en partie l\u2019image du corps, le manque d\u2019arri\u00e8re-plan dorsal est litt\u00e9ralement projet\u00e9 dans le manque de tain r\u00e9fl\u00e9chissant du miroir. Le miroir n\u00e9gativant &#8211; ne pas se voir &#8211; est l\u2019\u00e9quivalent dans le champ de la perception de l\u2019image, du v\u00e9cu cr\u00e9pusculaire &#8211; ne pas se voir faire &#8211; dans le champ de la perception-repr\u00e9sentation de l\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wrapper-children-biblio wp-block-list\"><li> Nous distinguons l\u2019hyperphagie qui conduit \u00e0 l\u2019ob\u00e9sit\u00e9, en g\u00e9n\u00e9ral sans compulsion, de la boulimie avec raptus, souvent marqu\u00e9e par un poids stable et des conduites d\u2019annulations r\u00e9troactives (vomissement, exercice physique outrancier, prise de laxatif, \u00e9pisodes de restriction alimentaire type anorexique). Nous nous permettons de renvoyer le lecteur \u00e0 notre ouvrage. J. Vargioni, <em>Corps ob\u00e8ses, corps m\u00e9lancoliques<\/em>, Paris, PUF, 2015.<\/span> <\/li><li> A. Green (1979), \u00ab L\u2019angoisse et le narcissisme \u00bb,\u00a0<em>Narcissisme de vie, narcissisme de mort<\/em>, Editions de Minuit, 1983, p. 152.<\/span> <\/li><li> P. Aulagnier, La violence de l\u2019interpr\u00e9tation : du pictogramme \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9, Paris, PUF, 1975. <\/li><li> G. Haag, \u00ab Autisme infantile pr\u00e9coce et ph\u00e9nom\u00e8nes autistiques. R\u00e9flexions psychanalytiques \u00bb, in :\u00a0<em>La psychiatrie de l\u2019enfant<\/em>, vol. 27 n\u00b02, 1984, pp. 293-354.<\/span> <\/li><li> P. Aulagnier, <em>Op.cit.<\/em> <\/li><li> Voir \u00e0 ce propos la distinction que souligne Laplanche entre succion et su\u00e7otement in : J. Laplanche,\u00a0<em>Vie et mort en psychanalyse<\/em>, Paris, Flammarion, 1970 <\/li><li> D. Meltzer et al. (1975), <em>Explorations dans le domaine de l\u2019autisme<\/em>, Paris, Payot, 1984. <\/li><li> G. Apfeldorfer (1991), <em>Je mange, donc je suis\u00a0: surpoids et troubles du comportement alimentaire<\/em>, Payot, 2002, p. 109. <\/li><li> A. Green, \u00ab Le travail du n\u00e9gatif et l\u2019hallucinatoire : L\u2019hallucination n\u00e9gative \u00bb,\u00a0<em>Le travail du n\u00e9gatif<\/em>, Paris, Les \u00e9ditions de minuit, 1993, p. 274. <\/li><li> <em>Ibid.<\/em>, p. 275. <\/li><li> <em>Ibid.<\/em>, p. 262. <\/li><li> Voir : J. McDougall, \u00ab Affects : dispersion et d\u00e9saffectation \u00bb,\u00a0<em>Th\u00e9\u00e2tre du corps<\/em>, Paris, Gallimard, 1989, pp. 117-138. <\/li><li> P. F\u00e9dida (1972), \u00ab L\u2019oralit\u00e9 logique \u00bb,\u00a0<em>Corps du vide et espace de s\u00e9ance<\/em>, \u00e9ditions Jean-Pierre Delarge, 1977, p. 271 <\/li><li> D.W. Winnicott (1956), \u00ab La capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul \u00bb,\u00a0<em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1989, p. 333 <\/li><li> S. Freud (1921), \u00ab Psychologie des masses et analyse du moi \u00bb,\u00a0<em>OCF-P XVI<\/em>, Paris, PUF, 1991, p. 53.<\/span> <\/li><li> Cette fille en surpoids mais non ob\u00e8se, repr\u00e9sentait pour ma patiente, \u00e0 la fois un double, et un moi id\u00e9al, d\u2019o\u00f9 son intervention dans un dispositif de sp\u00e9cularit\u00e9. <\/li><li> G. Haag, \u00ab La constitution du fond dans l\u2019expression plastique en psychanalyse de l\u2019enfant : sa signification dans la construction de la psych\u00e9 \u00bb, in :\u00a0<em>Le dessin dans le travail psy chanalytique avec l\u2019enfant<\/em>, dir. S. Decobert, F. Sacco, Toulouse, \u00c9r\u00e8s, 1995 pp. 63-87. <\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10535?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le n\u00e9gatif \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez certains sujets hyperphages 1, se manifeste par une d\u00e9clinaison d\u2019hallucinations n\u00e9gatives concernant principalement et paradoxalement l\u2019acte de se nourrir et l\u2019image corporelle telle qu\u2019elle est effac\u00e9e dans le miroir. 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