{"id":10532,"date":"2021-08-22T07:32:15","date_gmt":"2021-08-22T05:32:15","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/le-groupe-therapeutique-des-meres-endeuillees-2\/"},"modified":"2021-10-02T12:15:26","modified_gmt":"2021-10-02T10:15:26","slug":"le-groupe-therapeutique-des-meres-endeuillees","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-groupe-therapeutique-des-meres-endeuillees\/","title":{"rendered":"Le groupe th\u00e9rapeutique des m\u00e8res endeuill\u00e9es"},"content":{"rendered":"\n<p>Le deuil p\u00e9rinatal, de par sa nature singuli\u00e8re, objectale et narcissique, n\u00e9cessite un accompagnement sp\u00e9cifique. Plusieurs types d\u2019approche th\u00e9rapeutique peuvent \u00eatre propos\u00e9s pour les m\u00e8res, les p\u00e8res et les couples qui ont perdu un b\u00e9b\u00e9 \u00e0 l\u2019aube de la vie. Fr\u00e9quemment ce sont des consultations th\u00e9rapeutiques avant et apr\u00e8s une interruption m\u00e9dicale de grossesse (IMG) ou une mort f\u0153tale <em>in utero<\/em> (MFIU) mais aussi lors de la grossesse suivante et apr\u00e8s la naissance du pu\u00een\u00e9. Ces consultations peuvent se poursuivre par une psychoth\u00e9rapie individuelle. Depuis quelques ann\u00e9es, une autre approche de ces grossesses non abouties nous a sembl\u00e9 pertinente et indispensable. Il s\u2019agit de la constitution d\u2019un groupe th\u00e9rapeutique dont l\u2019objectif est de contenir les psychismes totalement d\u00e9sorganis\u00e9s et \u00e9clat\u00e9s des m\u00e8res ayant v\u00e9cu des \u00e9v\u00e9nements tr\u00e8s violents et destructeurs. C\u2019est ainsi que depuis 2007 s\u2019est cr\u00e9\u00e9, avec Joyceline Siksou puis avec Isabelle Caillaud, un groupe de m\u00e8res endeuill\u00e9es. Si l\u2019origine de ce groupe repose sur des \u00e9l\u00e9ments cliniques pr\u00e9gnants, il s\u2019appuie \u00e9galement sur de solides rep\u00e8res th\u00e9oriques. En effet, avec la mort et la travers\u00e9e d\u2019un terrible moment de crise et d\u2019\u00e9branlement identitaire multipliant \u00e0 l\u2019infini les effets bien connus du <em>post partum<\/em>, s\u2019associe le traumatisme qui est l\u2019une des meilleures indications de groupe. La capacit\u00e9 de mettre en mots et en r\u00e9cit le trauma est un moment important dans l\u2019\u00e9laboration des traumatismes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un groupe th\u00e9rapeutique de m\u00e8res<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce groupe s\u2019adresse \u00e0 des femmes car il permet de recentrer l\u2019\u00e9laboration psychique autour de la maternit\u00e9 et constitue ainsi une pr\u00e9vention des grossesses \u00e0 venir. Mais aussi parce que le deuil p\u00e9rinatal touche les femmes en plein corps et ravive le v\u00e9cu corps \u00e0 corps de la m\u00e8re avec sa propre m\u00e8re dans ses aspects les plus primaires. La blessure narcissique marque plus que tout autre deuil cette perte intimement li\u00e9e au corps de la m\u00e8re&nbsp;: chair de sa chair. Avec la perte d\u2019un f\u0153tus, c\u2019est d\u2019une partie d\u2019elle-m\u00eame dont la m\u00e8re doit se d\u00e9faire, d\u2019une partie d\u2019elle ni s\u00e9par\u00e9e corporellement, ni psychiquement. Son corps travers\u00e9 par la mort, n\u2019a pas su retenir la vie et n\u2019a pas pu fabriquer un b\u00e9b\u00e9 vivant et bien portant, ce dont elles se sent coupable. Peut-\u00eatre ne donnerait-il jamais plus la vie, la m\u00e8re est renvoy\u00e9e aux liens \u00e0 sa m\u00e8re, aux souvenirs \u00e9maillant sa vie de femme, sa vie sexuelle mais aussi aux traces non dicibles, non repr\u00e9sent\u00e9es qui relient chacune \u00e0 sa propre m\u00e8re et au nourrisson qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9. Souvent, en groupe, les m\u00e8res se rem\u00e9morent l\u2019histoire traumatique de leur propre m\u00e8re&nbsp;: h\u00e9morragie, avortement, pertes aussi d\u2019un f\u0153tus, d\u2019un nourrisson&#8230; oubli\u00e9es jusque-l\u00e0 et des r\u00e9p\u00e9titions. Leur chagrin, leur honte mais aussi leur col\u00e8re voire leur haine \u00e0 l\u2019\u00e9gard du monde et notamment des autres femmes sont incommensurables et indicibles. Seules, celles qui ont v\u00e9cu la m\u00eame chose qu\u2019elles, sont fr\u00e9quentables. Seules celles-l\u00e0 peuvent les comprendre et entendre leur cri d\u00e9chirant de la chair bless\u00e9e, leur douleur sans nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Tania vient au groupe \u00e0 la suite de la mort <em>in utero<\/em> de sa petite fille. Sa m\u00e8re l\u2019a beaucoup soutenue. Elle est venue de l\u2019\u00e9tranger pour rester un mois aupr\u00e8s d\u2019elle. Tania est \u00e0 nouveau enceinte. Elle ne l\u2019a pas dit \u00e0 sa m\u00e8re de crainte de l\u2019angoisser. Elle raconte alors au groupe que sa m\u00e8re a perdu un b\u00e9b\u00e9 il y a 20 ans. Elle partait \u00e0 la maternit\u00e9 accoucher. Le cordon s\u2019est enroul\u00e9 autour du cou du b\u00e9b\u00e9 qui est mort \u00e0 l\u2019accouchement. Ces circonstances, elle les apprises r\u00e9cemment, depuis qu\u2019elle-m\u00eame a aussi eu un b\u00e9b\u00e9 mort dans son ventre. Sa m\u00e8re n\u2019en avait jamais parl\u00e9 auparavant. Tania a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s touch\u00e9e par la douleur de sa m\u00e8re et s\u2019est prot\u00e9g\u00e9e, se construisant elle-m\u00eame en faux-<em>self<\/em>. Un jour, Tania arrive dans le groupe, boulevers\u00e9e. Elle avait appel\u00e9e sa m\u00e8re le jour de l\u2019anniversaire de la mort de sa petite s\u0153ur sans s\u2019en \u00eatre rendue compte. Elle nous raconte qu\u2019elle a senti que sa m\u00e8re n\u2019allait pas bien. Elle lui a demand\u00e9 ce qu\u2019elle avait. Celle-ci s\u2019est mise \u00e0 pleurer et lui a dit que depuis 20 ans elle ne cessait de penser \u00e0 sa petite fille d\u00e9c\u00e9d\u00e9e et qu\u2019elle pleurait chaque jour. Soudain une attention particuli\u00e8re du groupe se porte vers cette petite fille d\u00e9c\u00e9d\u00e9e il y a longtemps d\u00e9j\u00e0. Elle est accueillie comme les autres b\u00e9b\u00e9s. Tania se sent alors soutenue par le groupe pour oser parler \u00e0 nouveau de ce drame \u00e0 sa m\u00e8re. Et depuis, \u00e0 chaque fois qu\u2019elle appelle sa m\u00e8re, elles \u00e9changent toutes les deux autour de leur b\u00e9b\u00e9 d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Quelque chose s\u2019est pass\u00e9 entre elle. La distance qui existait depuis des ann\u00e9es s\u2019est modifi\u00e9e. Un nouveau lien s\u2019est cr\u00e9\u00e9 de m\u00e8re \u00e0 m\u00e8re endeuill\u00e9e. Le travail de deuil de la petite fille d\u00e9c\u00e9d\u00e9e il y a 20 ans commence enfin \u00e0 \u00e9merger, lib\u00e9rant Tania d\u2019un fardeau qu\u2019elle portait depuis l\u2019enfance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019organisation du groupe<\/h2>\n\n\n\n<p>Le groupe a lieu toutes les semaines le vendredi pendant une heure. Nous sommes deux th\u00e9rapeutes \u00e0 animer le groupe, une p\u00e9dopsychiatre et une psychanalyste. Nous avons fait le choix d\u2019un groupe ouvert. Chaque semaine, nous accueillons une ou deux nouvelles mamans tandis que certaines habitu\u00e9es de longue date espacent les s\u00e9ances&nbsp;; elles ont repris le travail ou elles ressentent moins le besoin de venir. N\u00e9anmoins, d\u00e8s le d\u00e9but, nous pr\u00e9cisons la n\u00e9cessaire r\u00e9gularit\u00e9 des pr\u00e9sences pour permettre la continuit\u00e9 de la construction psychique groupale. Nous consacrons ensuite un temps d\u2019\u00e9laboration, indispensable dans ce type d\u2019approche. Parfois, les femmes nous pr\u00e9viennent de leur absence ou nous alertent sur un v\u00e9cu difficile au cours de la s\u00e9ance. Nous pouvons alors reprendre cette situation dans le groupe ou proposer un autre lieu pour elles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les indications<\/h2>\n\n\n\n<p>Viennent au groupe les femmes qui ont perdu un b\u00e9b\u00e9 pendant la grossesse (MFIU <em>Mort Foetale In Utero<\/em>, ou IMG <em>Interruption M\u00e9dicale de Grossesse<\/em>), \u00e0 la naissance ou \u00e0 quelques jours de vie. Certaines continuent \u00e0 venir lorsqu\u2019elles attendent \u00e0 nouveau un b\u00e9b\u00e9. Nous recevons \u00e9galement des femmes enceintes qui ont perdu un b\u00e9b\u00e9 et qui n\u2019ont pas pu \u00e9laborer sa perte et lui donner sa place. La plupart du temps, les sages-femmes et les obst\u00e9triciens des maternit\u00e9s avec lesquelles nous sommes en lien, adressent les m\u00e8res endeuill\u00e9es au groupe. Les services de n\u00e9onatalogie, confront\u00e9s \u00e9galement \u00e0 ces probl\u00e9matiques, peuvent le proposer. Cependant, nous accueillons bien d\u2019autres m\u00e8res qui ont eu connaissance du groupe par les forums, les associations, le bouche \u00e0 oreille ou lors de formations faites dans les maternit\u00e9s ou dans les r\u00e9seaux de soins. Certaines m\u00e8res sont adress\u00e9es par des coll\u00e8gues psychiatres ou psychologues qui les suivent d\u00e9j\u00e0 en psychoth\u00e9rapie. En effet, l\u2019approche groupale est tout \u00e0 fait compatible avec une d\u00e9marche personnelle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le fonctionnement au sein du groupe<\/h2>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une pr\u00e9sentation individuelle de chacune des participantes, nous engageons le lien avec le groupe autour du r\u00e9cit du traumatisme. Certaines femmes, d\u00e9bord\u00e9es d\u2019\u00e9motions et de douleur ne peuvent \u00e9mettre que des sanglots \u00e9touff\u00e9s. Elles pourront intervenir plus tard, une fois l\u2019enveloppe groupale contenante s\u00e9curisante et rassurante constitu\u00e9e. Puis le travail associatif au sein du groupe va permettre qu\u2019elles racontent un \u00e9v\u00e9nement particulier de la semaine ou un trop plein d\u2019\u00e9motions, une grande col\u00e8re, un moment de d\u00e9sespoir, un conflit avec son conjoint ou avec sa m\u00e8re, une date anniversaire douloureuse, une femme enceinte dans son entourage, l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un b\u00e9b\u00e9 dans sa famille, la reprise du travail, des r\u00e9sultats d\u2019examens m\u00e9dicaux, une c\u00e9r\u00e9monie, un l\u00e2cher de ballon, un projet de voyage, un espoir de grossesse, une remarque des enfants a\u00een\u00e9s, le manque, l\u2019incompr\u00e9hension\u2026 Nous reprenons les mots et les th\u00e8mes abord\u00e9s en essayant de maintenir par ce qui s\u2019\u00e9change une certaine fluidit\u00e9 associative tout en assurant une fonction de liaison maternelle. Plut\u00f4t que de r\u00e9agir aux questions qu\u2019elles se posent, nous favorisons la circulation de la parole entre les femmes. Les r\u00e9ponses qu\u2019elles attendent sont celles des autres m\u00e8res. Nous privil\u00e9gions un premier temps de r\u00e9cit qui se r\u00e9p\u00e8te parfois \u00e0 l\u2019identique de s\u00e9ance en s\u00e9ance, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un certain renoncement, d\u00e9collement du trauma s\u2019op\u00e8re face au r\u00e9cit d\u2019une nouvelle participante ou par l\u2019effet de l\u2019acceptation de la perte. Nous tentons de relever ce qui de l\u2019histoire individuelle de chacune peut se rapporter \u00e0 l\u2019histoire de toutes, voire \u00e0 l\u2019histoire du groupe. En renon\u00e7ant \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation imm\u00e9diate des contenus, nous soulignons les paradoxes, les figures de l\u2019\u00e9tranger familier avec neutralit\u00e9 et implication au c\u00f4t\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9 engag\u00e9e des femmes. En confirmant la pr\u00e9somption d\u2019innocence des m\u00e8res, nous \u00e9vitons l\u2019emp\u00eachement de penser et cherchons \u00e0 en savoir plus en investissant la parole par rapport \u00e0 la violence et \u00e0 l\u2019effroi de la perte. Comme le disait, Pontalis \u00ab&nbsp;tuer le mort&nbsp;\u00bb permet \u00e0 la violence de s\u2019exprimer symboliquement en acc\u00e9dant aux fantasmes et \u00e0 l\u2019angoisse qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous respectons les silences \u00e9laboratifs ou qui laissent entendre la douleur, le non dicible, les difficult\u00e9s pour certaines femmes \u00e0 parler. Nous leur offrons la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre l\u00e0 juste \u00e0 \u00e9couter les autres si elles m\u00eames ne peuvent pas s\u2019exprimer encore. Lorsque les femmes arrivent dans le groupe pour la premi\u00e8re fois elles sont souvent \u00ab&nbsp;en morceaux&nbsp;\u00bb, d\u00e9faites, \u00ab&nbsp;en vrac&nbsp;\u00bb, le dos courb\u00e9 sous le poids du chagrin, la voix monocorde et l\u2019\u0153il \u00e9teint. Petit \u00e0 petit, elles se redressent, quelque chose les tient, comme si elles avaient retrouv\u00e9 leur colonne vert\u00e9brale, un appui dorsal. Elles se restaurent, reprennent de la verticalit\u00e9 en s\u2019appuyant sur le groupe. La vie revient dans leur regard. Et c\u2019est encore plus visible la semaine d\u2019apr\u00e8s o\u00f9 certaines sont devenues vraiment jolies et habit\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le groupe&nbsp;: lieu de vie, lieu de mort, lieu de recueillement, s\u00e9pulture vivante<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est pour faire face au tragique de la perte d\u2019un enfant, ne pas s\u2019enfuir, ne pas \u00eatre l\u00e2che en r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019impatience du c\u0153ur, pour se d\u00e9barrasser au plus vite de la p\u00e9nibilit\u00e9 des \u00e9motions, qui \u00e9treint les m\u00e8res que, chaque vendredi, elles participent \u00e0 ce groupe th\u00e9rapeutique. Endiguer le flot pulsionnel, r\u00e9sister \u00e0 l\u2019impossible vengeance qui pr\u00e9side dans le travail de deuil p\u00e9rinatal et accueillir les sentiments puissants d\u2019injustice, d\u2019in\u00e9galit\u00e9 des destin\u00e9es face \u00e0 la cruaut\u00e9 de la vie et \u00e0 sa propre cruaut\u00e9, ceci est l\u2019\u00e9laboration du groupe. Avec patience et tol\u00e9rance, la haine et la soif de destruction peuvent \u00eatre accept\u00e9es du fait de la pr\u00e9sence des th\u00e9rapeutes qui sont l\u00e0 et font preuve d\u2019indestructibilit\u00e9. Ainsi, les qualit\u00e9s de <em>medium<\/em> mall\u00e9able qui survit face \u00e0 la pulsion de mort dans son caract\u00e8re vivant mais aussi dans sa cr\u00e9ativit\u00e9 est la garantie de transformation pour les m\u00e8res face au dommage narcissique qu\u2019elles ont subi. Permettre de ne pas conserver l\u2019enfant mort comme unique objet d\u2019amour et aider \u00e0 lutter contre les images d\u2019effacement au prix d\u2019\u00eatre en lien avec l\u2019inconscient au sens qu\u2019il abrite des souhaits de meurtre, de toute puissance souveraine et de crime, est une des qualit\u00e9s th\u00e9rapeutiques de ce groupe. La haine va prendre le dessus sur la cruaut\u00e9 et l\u2019aveu des m\u00e8res de devenir violentes et meurtri\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leur rivale, et particuli\u00e8rement des femmes enceintes, est fait de sentiments de honte et de culpabilit\u00e9 d\u00e9pos\u00e9s dans le groupe, espace de parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors d\u2019une s\u00e9ance du groupe, une femme raconte qu\u2019elle est tr\u00e8s en col\u00e8re contre sa cousine qui vient d\u2019annoncer dans la famille avec fiert\u00e9 qu\u2019elle est enceinte. Elle n\u2019aime pas \u00e9prouver de tels sentiments, elle ne se reconna\u00eet pas, elle, si douce et g\u00e9n\u00e9reuse habituellement. Les autres femmes vont alors intervenir, l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre pour crier elles aussi leur col\u00e8re contre les femmes enceintes, qu\u2019elle soient dans leur entourage, dans la famille ou au travail&nbsp;; elles sont envieuses, haineuses et jalouses du bonheur des autres couples. La pr\u00e9sence de femmes enceintes dans le groupe ne modifie en rien ce d\u00e9ferlement de violence qui nous traverse litt\u00e9ralement, corps et psych\u00e9. Pour accueillir ces paroles, ces sentiments si violents parfois, il nous est apparu tr\u00e8s vite que nous devions \u00ab&nbsp;nous laisser affecter sans penser puis penser ce qui nous affecte&nbsp;\u00bb et accepter d\u2019\u00eatre utilis\u00e9es comme un \u00ab&nbsp;objet mall\u00e9able&nbsp;\u00bb dont Marion Milner puis Ren\u00e9 Roussillon en ont donn\u00e9 les principales qualit\u00e9s&nbsp;: l\u2019indestructibilit\u00e9 (l\u2019objet doit pouvoir \u00eatre atteint et d\u00e9truit, changer de forme mais il doit survivre), l\u2019extr\u00eame sensibilit\u00e9, l\u2019ind\u00e9finie transformation, c\u2019est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 \u00e0 prendre toutes les formes \u00ab&nbsp;Si le <em>medium<\/em> mall\u00e9able doit \u00eatre \u00e0 la fois indestructible et extr\u00eamement sensible, c\u2019est qu\u2019il doit pouvoir \u00eatre ind\u00e9finiment transformable tout en restant lui-m\u00eame&nbsp;: c\u2019est l\u00e0 son autre paradoxe&nbsp;\u00bb, la disponibilit\u00e9 permanente et le caract\u00e8re vivant. Claire fait part au groupe des violences corporelles qu\u2019elle se fait subir en s\u2019arrachant le ventre et en se donnant des paires de claques pour tenter de transformer et d\u2019ext\u00e9rioser cette violence subie&nbsp;: \u00ab&nbsp;je me sens basculer \u00e0 tout moment dans le gouffre de la mort, dans la destruction, dans une cruaut\u00e9 absolue \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres, de ma famille et de mes amis&nbsp;; personne ne me comprend, je suis seule. Heureusement, au sein du groupe, je peux exister, \u00eatre telle que je suis, maudite, monstrueuse et meurtri\u00e8re, \u00eatre entendue, et peut-\u00eatre retrouver des semblables&nbsp;\u00bb. Ainsi, l\u2019aveu au sein du groupe th\u00e9rapeutique de ces repr\u00e9sentations et de ces sentiments dans une capacit\u00e9 d\u2019association libre rend possible pour chacune des participantes de se retrouver du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re, de la m\u00e8re en d\u00e9tresse hurlant sa douleur, non plus de la m\u00e8re meurtri\u00e8re et cruelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;se centrer sur soi, sur sa douleur pour retrouver dans ce temps de survie de la douceur et du recueillement&nbsp;\u00bb. L\u2019inscription autour des dates est essentielle dans ce travail en groupe. La reconnaissance du temps et l\u2019inscription par les dates d\u2019accouchement pr\u00e9sum\u00e9s, les dates de l\u2019annonce de la catastrophe, les dates des IMG et les dates d\u2019accouchement r\u00e9el, sont le fondement du groupe&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019annonce du diagnostic, je suis devenue une tombe ambulante, je n\u2019oublierais jamais la date&nbsp;\u00bb. C\u2019est en r\u00e9sonance avec cette question du temps qui s\u2019\u00e9coule, que le groupe est propos\u00e9 \u00e0 des temps pr\u00e9cis, r\u00e9guliers, jamais annul\u00e9s, pour que l\u2019absence d\u2019une des deux th\u00e9rapeutes ne soit pas en lien avec la mort. La co-th\u00e9rapie propos\u00e9e peut \u00eatre centr\u00e9e sur le groupe, son existence, avec un seul th\u00e9rapeute pr\u00e9sent. D\u2019apr\u00e8s Michel Neyraut, \u00ab&nbsp;au commencement est le contre transfert&nbsp;\u00bb. C\u2019est ainsi que pour chacune des th\u00e9rapeutes, le travail a \u00e9t\u00e9 de cheminer avec ses propres repr\u00e9sentations individuelles de la mort, du deuil p\u00e9rinatal et de la folie maternelle primaire ordinaire. La position th\u00e9rapeutique de ce couple maternelle\/f\u00e9minin est <em>secur e<\/em> pour les participantes car l\u2019analyse des traces mn\u00e9siques pour chacun des th\u00e9rapeutes dans un temps de post groupe est le garant de la continuit\u00e9 et de la vie de ce groupe, de sa dynamique et de son efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les nouvelles grossesses qui s\u2019engagent pour les femmes qui participent au groupe, ce dernier va avoir une fonction de portage et permettre de se centrer sur la possibilit\u00e9 de la question de la peur de l\u2019oubli du blanc, du trou, du manque de l\u2019enfant, de la crainte de l\u2019effacement pour donner une place \u00e0 l\u2019absent et accueillir le nouveau venu. La grossesse qui \u00e9tait insouciante devient angoissante car comment seront-elles capables de donner naissance \u00e0 un enfant bien vivant au sein de ce corps qui a \u00e9t\u00e9 une s\u00e9pulture&nbsp;? Apr\u00e8s 3 mois o\u00f9 elle n\u2019a jamais \u00e9voqu\u00e9 le b\u00e9b\u00e9 qu\u2019elle portait, Ariane annonce au groupe qu\u2019elle est enceinte \u00ab&nbsp;Je ne pouvais pas vous en parler ni m\u00eame y penser. J\u2019attendais l\u2019\u00e9chographie des 3 mois. Je ne l\u2019ai pas encore dit \u00e0 ma famille, j\u2019avais trop peur de ne jamais y arriver et de revivre la m\u00eame chose&nbsp;\u00bb. Une autre maman du groupe associe sur son angoisse sid\u00e9rante car elle arrive au terme o\u00f9 elle a perdu ses jumeaux. \u00ab&nbsp;Ne me parlez pas de ma grossesse, je ne pourrais pas le supporter, je vais mourir de peur&nbsp;\u00bb. En m\u00eame temps elle \u00e9prouve un sentiment de culpabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 venir \u00ab&nbsp;je suis une mauvaise m\u00e8re car je ne veux pas parler de lui&nbsp;\u00bb. Les autres m\u00e8res interviennent alors et lui disent \u00e0 l\u2019unisson \u00ab&nbsp;Mais tu n\u2019arr\u00eates pas d\u2019en parler&nbsp;\u00bb. Alors elle se met \u00e0 rire. Sans doute aurait-elle voulu en parler autrement qu\u2019en terme d\u2019angoisse voire d\u2019effroi. Je lui demande ce qu\u2019elle fait chez elle \u00ab&nbsp;Je tricote une petite couverture&nbsp;\u00bb dit-elle. Et elle ajoute \u00ab&nbsp;quelqu\u2019un m\u2019a demand\u00e9 ce que c\u2019\u00e9tait, il n\u2019\u00e9tait pas au courant de ce qu\u2019il m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9. Alors j\u2019ai r\u00e9pondu \u00ab&nbsp;c\u2019est pour le panier du chat&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00bb. On per\u00e7oit bien comment la r\u00eaverie maternelle est vite entrav\u00e9e par des repr\u00e9sentations terrifiantes. Elise qui a perdu son b\u00e9b\u00e9 il y a bient\u00f4t un an et qui vient r\u00e9guli\u00e8rement au groupe depuis plusieurs mois encha\u00eene \u00ab&nbsp;Je commence \u00e0 avoir le d\u00e9sir d\u2019un nouvel enfant, mon b\u00e9b\u00e9 mort est toujours l\u00e0, il a bien sa place. Je suis terroris\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e m\u00eame de la pens\u00e9e de ce projet mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une \u00e9tape&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les diff\u00e9rents th\u00e8mes du groupe<\/h2>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s chaque s\u00e9ance nous essayons de donner un titre \u00e9vocateur des th\u00e8mes abord\u00e9s dans le groupe. En voici quelques uns&nbsp;: les maudites, le manque de l\u2019enfant, les traces de l\u2019absence, les rituels, de l\u2019\u00e9chec au manque, les enfants a\u00een\u00e9s, les fr\u00e8res et s\u0153urs endeuill\u00e9s, la reprise du travail, refaire un b\u00e9b\u00e9, le deuil et le couple, les conjoints, la nouvelle grossesse dans le groupe, destruction et violence, de deuils en deuils, la m\u00e8re interrompue, les m\u00e8res des m\u00e8res et leur chagrin, la col\u00e8re et la peur de l\u2019effacement, le millefeuilles du deuil, la grossesse et le courage des femmes, le corps des femmes et les douleurs, l\u2019invincible de la mort, la peur de mourir de la peur, aller simple pour le paradis, la peur de l\u2019effacement\u2026 Parmi tous ces th\u00e8mes, celui de la col\u00e8re et de la violence est tr\u00e8s pr\u00e9gnant. En effet le groupe favorise tout particuli\u00e8rement l\u2019expression de ces affects toujours pr\u00e9sents qui peuvent bloquer le processus d\u2019\u00e9laboration du deuil lorsqu\u2019ils restent enfouis.<\/p>\n\n\n\n<p>La violence c\u2019est celle que ces femmes vivent de ne pas avoir pu mettre au monde un enfant vivant bien portant, c\u2019est celle de ne pas avoir pu rivaliser avec leurs m\u00e8res, leurs s\u0153urs, c\u2019est celle de ne pas avoir pu acc\u00e9der \u00e0 un nouveau statut, de ne pas avoir pu cr\u00e9er une famille, de ne pas avoir pu donner un enfant \u00e0 leur compagnon, la violence c\u2019est celle d\u2019avoir vu son enfant mort inerte, sans cri. La violence c\u2019est aussi celle de ressentir de la haine en soi contre les autres femmes enceintes ou qui ont des b\u00e9b\u00e9s. Mais la violence c\u2019est aussi celle de l\u2019entourage, de la famille et de la soci\u00e9t\u00e9. La violence ce sont toutes ces remarques des plus blessantes et des plus aberrantes \u00ab&nbsp;vous \u00eates jeunes, vous en ferez d\u2019autres&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;il n\u2019a pas v\u00e9cu&nbsp;\u00bb ce \u00e0 quoi r\u00e9pond une maman \u00ab&nbsp;Mais alors qu\u2019est-ce que j\u2019avais dans mon ventre&nbsp;? Une chose&nbsp;?&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;c\u2019est banal de perdre un b\u00e9b\u00e9, presque toutes les femmes font des fausses-couches&nbsp;!&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Recommence, retravaille, \u00e7a te fera du bien&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;\u00e7a fait 15 jours, sois forte, tu me d\u00e9\u00e7ois&nbsp;\u00bb (parole d\u2019une m\u00e8re \u00e0 sa fille) La violence faite par l\u2019entourage, la soci\u00e9t\u00e9, que deviendra-t-elle si elle n\u2019est pas accueillie par des professionnels capables de la recevoir sans \u00eatre d\u00e9truits&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quelques extraits de s\u00e9ances et de leur processus<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est vendredi. Il est 12h30. Plusieurs m\u00e8res participent au groupe. C\u2019est la premi\u00e8re fois que Lise vient au groupe des m\u00e8res endeuill\u00e9es. C\u2019est une jeune femme tr\u00e8s fr\u00eale, toute p\u00e2le. Elle cache ses mains. Plus tard elle nous apprendra qu\u2019elle avait des malformations \u00e0 la naissance et qu\u2019elle a d\u00fb subir de nombreuses op\u00e9rations. Elle vient au groupe car elle a eu une IMG \u00e0 7 mois de grossesse. Elle avait retard\u00e9 le plus possible cette d\u00e9cision car elle gardait l\u2019espoir. Elle nous raconte \u00ab&nbsp;On m\u2019avait pos\u00e9 un drain, j\u2019ai fait une infection puis une p\u00e9ritonite suivie d\u2019une embolie pulmonaire. J\u2019ai failli mourir.&nbsp;\u00bb Elle nous dit que sa m\u00e8re ne l\u2019a pas soutenue, et que pendant toute la grossesse elle allait sans cesse voir l\u2019\u00e9quipe du diagnostic ant\u00e9natal en demandant qu\u2019on fasse une IMG \u00e0 sa fille. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s dur pour Elise qui a toujours eu des relations difficiles avec sa m\u00e8re sans trop comprendre pourquoi. \u00ab&nbsp;D\u2019ailleurs elle ne parle que d\u2019IMG et jamais de la petite fille qui est morte&nbsp;\u00bb nous dit-elle. Elle nous dit qu\u2019un jour sa m\u00e8re lui a lanc\u00e9 \u00ab&nbsp;Si j\u2019avais su pour toi, j\u2019aurais avort\u00e9&nbsp;\u00bb. Elise est triste et en col\u00e8re. Une m\u00e8re du groupe lui dit alors \u00ab&nbsp;Peut-\u00eatre que cela a \u00e9t\u00e9 dur pour elle de te faire subir toutes ces interventions chirurgicales. Elle aurait sans doute voulu t\u2019\u00e9pargner cette souffrance&nbsp;\u00bb. Lise \u00e9coute, un peu perplexe devant la remarque de cette maman. Elle revient la semaine suivante. Elle est transform\u00e9e, vivante, plus jolie. Elle a parl\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re, lui a dit ce qu\u2019elle ressentait et qu\u2019elle ne pouvait accepter qu\u2019elle se comporte ainsi. Sa m\u00e8re, pour la premi\u00e8re fois lui a racont\u00e9 les diff\u00e9rentes interventions qu\u2019elle a subies quand elle \u00e9tait b\u00e9b\u00e9. Elle a pu lui dire la douleur qu\u2019elle \u00e9prouvait \u00e0 voir sa petite fille souffrir, se sentant totalement impuissante \u00e0 l\u2019apaiser. Sa m\u00e8re est devenue plus proche et au lieu de parler d\u2019IMG, elle parle maintenant de sa petite fille.<\/p>\n\n\n\n<p>Sonia vient au groupe apr\u00e8s la mort de son b\u00e9b\u00e9 pendant la grossesse. Elle entend des femmes raconter qu\u2019elles ont vu leur b\u00e9b\u00e9 mort. \u00ab&nbsp;Moi, je n\u2019ai pas voulu dit-elle car mon petit fr\u00e8re est mort \u00e0 2 ans et je l\u2019ai accompagn\u00e9 jusqu\u2019au bout et quand je me suis toujours dit que je ne reverrai jamais un enfant mort&nbsp;\u00bb. Avec beaucoup de douleur elle raconte les deux ann\u00e9es de vie de son petit fr\u00e8re. Les femmes du groupe l\u2019\u00e9coutent attentivement \u00ab&nbsp;C\u2019est surtout moi qui m\u2019en occupais, j\u2019allais \u00e0 l\u2019hopital lui donner \u00e0 manger car il ne voulait manger qu\u2019avec moi&nbsp;\u00bb. Elle avait 8 ans. On per\u00e7oit que tr\u00e8s t\u00f4t elle a du porter toute sa famille et qu\u2019elle ne demande jamais d\u2019aide \u00e0 personne. Au groupe elle dit qu\u2019elle est forte et qu\u2019elle va surmonter la mort de son b\u00e9b\u00e9. Les autres mamans du groupe interviennent \u00ab&nbsp;Tu ne peux pas tout porter&nbsp;\u00bb lui dit l\u2019une d\u2019entre elles \u00ab&nbsp;Tu a le droit de te laisser aller \u00e0 ton chagrin&nbsp;\u00bb lui lance une autre. Elle va alors r\u00e9aliser qu\u2019elle fait porter beaucoup de choses \u00e0 sa petite fille de 5 ans tout comme on l\u2019a fait avec elle. Quand Sonia revient au groupe elle est transform\u00e9e. Elle est all\u00e9e voir sa m\u00e8re et lui a parl\u00e9. Elle n\u2019aurait jamais os\u00e9 sans l\u2019intervention du groupe. Elle s\u2019est maintenant rapproch\u00e9e de sa m\u00e8re qui essaie de reprendre son r\u00f4le et de la soutenir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ce que laisse entendre le po\u00e8te \u00ab&nbsp;Avec le temps va, tout s\u2019en va&nbsp;\u00bb, le groupe des m\u00e8res endeuill\u00e9es affirme le contraire, le temps ne fait rien \u00e0 l\u2019affaire. Si la parole n\u2019existe pas alors la distance ne permet pas de constituer un objet commun sur lequel pourra se faire le deuil et cr\u00e9er ainsi la nostalgie qui s\u2019organise autour du manque. La douleur, la col\u00e8re, la honte, la culpabilit\u00e9, tous ces sentiments perdurent et emp\u00eachent le deuil et la reprise des processus de vie. Le temps ne pourra faire son \u0153uvre qu\u2019\u00e0 la condition de permettre une \u00e9laboration du v\u00e9cu traumatique de la perte du b\u00e9b\u00e9. Si on sait accompagner ces m\u00e8res, si on les aide \u00e0 survivre et \u00e0 retrouver du vivant en soi, on peut \u00eatre tr\u00e8s surpris par leur cr\u00e9ativit\u00e9 psychique et les formidables mouvements de construction-co-construction-reconstruction psychiques qu\u2019elles d\u00e9ploient devant nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette approche groupale constitue \u00e0 nos yeux un formidable travail de pr\u00e9vention des deuils pathologiques, des grossesses ult\u00e9rieures, des enfants qui na\u00eetront apr\u00e8s mais aussi des enfants d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. La rythmicit\u00e9 du groupe, du fait des rencontres hebdomadaires scande le temps du deuil et interroge le processus au travail\u00a0; ainsi tous les vendredis \u00e0 la m\u00eame heure, dans le m\u00eame lieu, des m\u00e8res endeuill\u00e9es se retrouvent et partagent sans pudeur, dans l\u2019intimit\u00e9, leur souffrance, leur violence et leur peur en pr\u00e9sence de deux th\u00e9rapeutes. Le groupe a \u00e9galement un r\u00f4le important pour les couples. Souvent les femmes sont dans l\u2019incompr\u00e9hension ou la col\u00e8re face aux r\u00e9actions de leurs conjoints. L\u00e0 aussi, la mise en commun de leurs ressentis leur permet de concevoir qu\u2019un homme qui souffre peut avoir une mani\u00e8re diff\u00e9rente de la leur pour survivre \u00e0 la perte de leur b\u00e9b\u00e9 et aux angoisses qu\u2019ils ont eu de perdre leur femme. Plus le f\u0153tus a un statut, une existence, une identit\u00e9 plus il va permettre et faciliter la capacit\u00e9 de la m\u00e8re \u00e0 faire le deuil d\u2019un objet s\u00e9par\u00e9 d\u2019elle, un deuil dit objectal. Le groupe est un moment o\u00f9 les femmes peuvent parler de leur b\u00e9b\u00e9 et le faire exister. D\u2019ailleurs quand elles reprennent leur activit\u00e9 professionnelle, elles demandent \u00e0 ne pas travailler le vendredi, c\u2019est le temps de leur b\u00e9b\u00e9 <em>mortem<\/em> lieu de s\u00e9pulture.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Soubieux M-J., Le berceau vide, <em>Deuil p\u00e9rinatal et travail du psychanalyste<\/em>, Er\u00e8s&nbsp;; 2013<\/p>\n\n\n\n<p>Missonnier S., \u00ab&nbsp;E-Baby&nbsp;: l\u2019humain virtuel&nbsp;\u00bb, <em>Spirale<\/em> n\u00b060&nbsp;; 2012<\/p>\n\n\n\n<p>Soubieux M-J, Siksou J., \u00ab&nbsp;Le travail th\u00e9rapeutique en groupe&nbsp;\u00bb in <em>Le berceau vide, Deuil p\u00e9rinatal et travail du psychanalyste<\/em>, Er\u00e8s&nbsp;; 2013&nbsp;: 190-200<\/p>\n\n\n\n<p>Pontalis J-B., <em>Fen\u00eatres<\/em>, Paris, Ailleurs&nbsp;; 2000<\/p>\n\n\n\n<p>Neyraut M., <em>Le transfert<\/em>, Le fil rouge, Puf&nbsp;; 2004<\/p>\n\n\n\n<p>Soubieux M-J., \u00ab&nbsp;Le travail du psychanalyste&nbsp;\u00bb in <em>Le berceau vide, Deuil p\u00e9rinatal et travail du psychanalyste<\/em>, Er\u00e8s&nbsp;; 2013&nbsp;: 169-190<\/p>\n\n\n\n<p>Milner M., \u00ab&nbsp;The role of illusion in symbol formation in New directions&nbsp;\u00bb in <em>Psychoanalysis<\/em> (1955), London, Karnac Book limited, 1977, traduction fran\u00e7aise M. Foghini, Rev.fran\u00e7.Psychannal., 5-5\/1979<\/p>\n\n\n\n<p>Roussillon R., <em>Paradoxes et situations limites de la psychanalyse<\/em>, Quadrige 2<sup>e<\/sup> ed., PUF, 2005<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott D.W., (1971) \u00ab&nbsp;L\u2019utilisation de l\u2019objet&nbsp;\u00bb In <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>, Paris&nbsp;: Gallimard, 1975<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10532?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le deuil p\u00e9rinatal, de par sa nature singuli\u00e8re, objectale et narcissique, n\u00e9cessite un accompagnement sp\u00e9cifique. 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