{"id":10531,"date":"2021-08-22T07:32:13","date_gmt":"2021-08-22T05:32:13","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/dependants-du-clivage-a-la-recherche-de-lunite-perdue-2\/"},"modified":"2021-09-19T15:17:28","modified_gmt":"2021-09-19T13:17:28","slug":"dependants-du-clivage-a-la-recherche-de-lunite-perdue","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/dependants-du-clivage-a-la-recherche-de-lunite-perdue\/","title":{"rendered":"D\u00e9pendants du clivage : \u00e0 la recherche de l\u2019unit\u00e9 perdue"},"content":{"rendered":"\n<p>Le clivage fait partie de la nature humaine oblig\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis l\u2019Antiquit\u00e9, on sait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un moyen au service d\u2019un passage naturel vers la condition humaine. C\u2019est un m\u00e9canisme qui contribue \u00e0 la maturation chez le b\u00e9b\u00e9 comme \u00e0 l\u2019adolescence o\u00f9 l\u2019on pourrait parler de clivage physiologique n\u00e9cessaire au franchissement de ces p\u00e9riodes de la vie. Ainsi \u00e0 l\u2019adolescence, pour faire avec la disjonction entre les courants sexuel et affectif, celui entre <em>psych\u00e9<\/em> et <em>soma<\/em>, entre les \u00e9motions et la langage verbal disponible, entre l\u2019actuel et le pass\u00e9 infantile\u2026 M\u00eame si persiste toujours cette d\u00e9ception constructive de ne plus \u00eatre le divin enfant en fusion avec la m\u00e8re ou l\u2019enfant id\u00e9alis\u00e9 que l\u2019adolescent a \u00e9t\u00e9. Ce qui conduit \u00e0 la recherche de sa moiti\u00e9\u2026 Et on sait combien certaines histoires d\u2019amour fusionnelles et addictives \u00e0 l\u2019adolescence visent \u00e0 gommer la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une diff\u00e9rence irr\u00e9ductible entre soi et l\u2019autre, et servent du m\u00eame coup de proth\u00e8se transitoire anti-clivage. L\u2019autre ne l\u2019est pas, \u00e9tant <em>alter ego<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire double narcissique, au service du renforcement de la coh\u00e9sion du <em>self.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La question est donc plut\u00f4t&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle est l\u2019ampleur du clivage&nbsp;? Quelle est sa fonction&nbsp;? Sur quels avantages transitoires ouvre-t-il&nbsp;? Comment s\u2019articulent les parties cliv\u00e9es&nbsp;? Cette articulation est-elle souple et \u00e9volutive, ou fig\u00e9e, arthrosique&nbsp;? Y-a t-il du jeu ou non entre les parties cliv\u00e9es&nbsp;? A l\u2019adolescence, je parlerai donc de \u00ab&nbsp;clivage pubertaire physiologique&nbsp;\u00bb, comme les clivages qui fonctionnent chez le tout petit, le temps n\u00e9cessaire \u00e0 la maturation. Il n\u2019y a alors transitoirement pas d\u2019harmonie entre les instances (Sur Moi, Moi et \u00c7a) &#8211; clivage horizontal, fronti\u00e8re du refoulement -, pas plus qu\u2019entre <em>soma<\/em> et <em>psych\u00e9<\/em> &#8211; clivage vertical -.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant ce terme &#8211; clivage &#8211; a pris une acception n\u00e9gative et une connotation psychopathologique pr\u00e9valente, et est souvent associ\u00e9 \u00e0 des pathologies graves install\u00e9es, du registre psychotique principalement, dans lesquelles il occupe effectivement une place d\u00e9terminante. Conform\u00e9ment au th\u00e8me pr\u00e9vu, je vais \u00e0 pr\u00e9sent centrer mon propos sur les liens entre clivage et d\u00e9pendances et addictions, en m\u2019appuyant sur 2 auteurs dont seul l\u2019un a pu conna\u00eetre l\u2019autre&nbsp;: Platon et Heinz Kohut. Ils \u00e9clairent l\u2019un et l\u2019autre le sujet de fa\u00e7on tr\u00e8s pr\u00e9cieuse par leurs mani\u00e8res respectives de traiter d\u2019un Soi grandiose. Un Soi grandiose organisateur de strat\u00e9gies destin\u00e9es \u00e0 en \u00e9viter la fragmentation ou \u00e0 en compenser les failles, en lien avec leurs fa\u00e7ons d\u2019aborder le clivage, chacun avec ses repr\u00e9sentations. Et, comme toujours, les po\u00e8tes nous seront d\u2019un grand appui, eux qui saisissent les m\u00e9canismes profonds de l\u2019\u00e2me et les gouffres qui s\u2019ouvrent devant certaines destin\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous int\u00e9resserons dans cette contribution \u00e0 deux versants apparaissant en r\u00e9action aux menaces de perte de leur unit\u00e9, identifiables chez celles et ceux qui sont aux prises avec un Soi grandiose&nbsp;: tout d\u2019abord \u00ab&nbsp;l\u2019Ennui&nbsp;\u00bb (avec un grand E) quand il est v\u00e9cu comme porteur de tous les dangers et, par ailleurs, la recherche effr\u00e9n\u00e9e de l\u2019unit\u00e9 perdue, lorsqu\u2019elle s\u2019impose de fa\u00e7on univoque. L\u2019un, l\u2019Ennui, br\u00e8che s\u2019ouvrant dans le sentiment d\u2019int\u00e9grit\u00e9 de soi, du c\u00f4t\u00e9 de la menace d\u2019un effondrement d\u00e9pressif potentiellement mortel, bien au-del\u00e0 de la morosit\u00e9 ordinaire de l\u2019adolescent d\u00e9crite par Pierre M\u00e2le<sup>1<\/sup>, ce gouffre dont parle Winnicott, avec des angoisses de d\u00e9sint\u00e9gration et que discerne si bien Baudelaire&nbsp;; l\u2019autre, la soumission au \u00ab&nbsp;principe de la primaut\u00e9 de la conservation du <em>self<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup>, c\u2019est-\u00e0-dire du maintien \u00e0 tout prix d\u2019un Soi grandiose, visant \u00e0 effacer tout risque de remise en question. Le clivage est alors indispensable pour \u00e9viter le risque majeur d\u2019effondrement, et n\u2019est alors \u00e9videmment plus un m\u00e9canisme transitoire utile. Et sur la ligne de cr\u00eate qui surplombe ces deux versants, les adolescents addicts, funambules d\u00e9pendant d\u2019artifices pour maintenir un \u00e9quilibre de plus en plus pr\u00e9caire au fil de leur avanc\u00e9e et de la d\u00e9ception, voire de la catastrophe in\u00e9vitable qui les attend et qu\u2019ils pressentent. Ce que l\u2019on appellerait en langage m\u00e9dical, une conduite addictive.<\/p>\n\n\n\n<p>Allons du c\u00f4t\u00e9 de Platon d\u2019abord, par respect pour les grands anciens<sup>3<\/sup>. Tout commence sur les flancs de l\u2019Olympe. Il y avait alors trois esp\u00e8ces d\u2019hommes&nbsp;: le m\u00e2le, la femelle et une troisi\u00e8me compos\u00e9e des deux autres, l\u2019esp\u00e8ce androgyne. Ils \u00e9taient sph\u00e9riques, avec quatre mains et quatre jambes, deux visages, quatre oreilles et deux \u00ab&nbsp;organes de la g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;\u00bb. Ils marchaient droit ou, pour courir, en tournant rapidement en appui sur leurs 8 membres. Ils \u00e9taient tr\u00e8s forts, vigoureux et courageux. Alors ils tent\u00e8rent d\u2019escalader le ciel pour combattre les dieux. Zeus \u00e9tait embarrass\u00e9&nbsp;: les tuer \u00e0 coup de tonnerre conduirait \u00e0 an\u00e9antir les hommages rendus aux Dieux&nbsp;; tol\u00e9rer leur insolence \u00e9tait exclu. C\u2019est Jupiter qui trouva la solution&nbsp;: les couper en deux pour les affaiblir et multiplier les hommages en m\u00eame temps. Ce qui fut fait, Apollon se chargeant dans un second temps de retourner le visage et de ramasser la peau au milieu du ventre, ne laissant qu\u2019un orifice, trace visible du pass\u00e9 et de l\u2019antique ch\u00e2timent, le nombril. D\u00e8s lors, chacun regrettant sa moiti\u00e9 cherchait \u00e0 se lier \u00e0 elle ou \u00e0 une autre \u00e9galement perdue. Mais l\u2019esp\u00e8ce s\u2019\u00e9teignait. Alors Zeus transposa les organes de reproduction sur le devant. Aristophane conclut ainsi son r\u00e9cit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Puisque d\u2019un nous sommes devenus deux, chacun cherche sa moiti\u00e9.&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup>. Ainsi conduits \u00e0 la modestie, la plupart des \u00eatres cherchent l\u2019amour et \u00e0 honorer les dieux, tandis que certains demeurent dans le regret insurmontable du temps o\u00f9 ils \u00e9taient tout \u00e0 eux seuls, boules androgynes \u00e0 la pr\u00e9tention de toute puissance \u00e0 l\u2019\u00e9gal des dieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Faire fi de la castration et ne pas se r\u00e9signer au destin humain, avec le manque qui le caract\u00e9rise, n\u2019est-ce pas ce qui anime l\u2019adolescent d\u00e9pendant de certains jeux vid\u00e9os dans lesquels il endosse les apparences d\u2019un h\u00e9ros capable de d\u00e9tr\u00f4ner les dieux, ou celui qui ne peut plus se passer des psycho- stimulants et de l\u2019alcool<sup>5<\/sup> qui lui donnent le sentiment d\u2019\u00eatre omnipotent&nbsp;? Ou celui qui sombre dans des dynamiques extr\u00e9mistes ravageuses dans lesquelles l\u2019autre, car diff\u00e9rent, doit \u00eatre annul\u00e9. Ou encore celle &#8211; dite anorexique &#8211; qui se remplit de manque et pr\u00e9tend \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9, capable qu\u2019elle serait de vivre au temps fig\u00e9 d\u2019une enfance pr\u00e9-g\u00e9nitale, sans besoins alimentaires \u00e0 satisfaire, \u00e9gale des dieux, androgyne comme \u00e0 l\u2019origine&nbsp;? Ivre de manque et de sensations int\u00e9roceptives, tandis que les premiers recherchent de fa\u00e7on effr\u00e9n\u00e9e les sensations et l\u2019excitation procur\u00e9es par l\u2019ext\u00e9rieur pour soutenir un sentiment d\u2019existence. Ignorants l\u2019un comme l\u2019autre le clivage fondateur et constitutif de l\u2019humain, et ainsi condamn\u00e9s \u00e0 un clivage pathog\u00e8ne, voire pathologique, dont ils d\u00e9pendent totalement.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux versants donc, disions-nous&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Allons voir dans un premier temps du c\u00f4t\u00e9 de celui qui est au bord du gouffre, luttant sans tr\u00eave pour rester en \u00e9quilibre sur la cr\u00eate, oblig\u00e9 de ce fait de prendre appui sur tous les artifices disponibles et condamn\u00e9 \u00e0 mobiliser toutes ses ressources pour parer au risque de ne plus \u00eatre tout puissant, et donc de basculer dans l\u2019horreur du vide primordial. D\u2019o\u00f9 vient cette n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse, vitale en m\u00eame temps que mortif\u00e8re pour ces sujets&nbsp;? De quelle matrice originelle tragique&nbsp;? De quelles failles du temps o\u00f9 ils \u00e9taient b\u00e9b\u00e9s&nbsp;? Le po\u00e8te nous dit les menaces auxquelles s\u2019expose celui qui redoute de baisser la garde lorsque ses assises narcissiques sont si fragiles et qu\u2019une d\u00e9pression mortelle pourrait triompher.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>\u2026 Dans la m\u00e9nagerie inf\u00e2me de nos vices<\/em><br><em>Il en est un plus laid, plus m\u00e9chant, plus immonde<\/em><br><em>Quoiqu\u2019il ne pousse ni grands gestes, ni grands cris<\/em>,<br><em>Il ferait volontiers de la terre un d\u00e9bris<\/em><br><em>Et dans un b\u00e2illement avalerait le monde&nbsp;;<\/em><br><em>C\u2019est l\u2019Ennui&nbsp;! &#8211; l\u2019\u0153il charg\u00e9 d\u2019un pleur involontaire<\/em>,<br><em>Il r\u00eave d\u2019\u00e9chafauds en fumant son houka..<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>6<\/sup>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Am\u00e9lie Nothomb nous le dit \u00e0 sa fa\u00e7on dans une interview r\u00e9cente<sup>7<\/sup>&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est vrai que je ne peux pas supporter de ne pas \u00eatre en train d\u2019\u00e9crire&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Je m\u2019arrange toujours pour commencer ma nouvelle grossesse le lendemain m\u00eame du jour o\u00f9 j\u2019ai termin\u00e9 l\u2019accouchement du pr\u00e9c\u00e9dent\u2026 Il ne faut jamais laisser cicatriser la plaie. Si elle se referme, il n\u2019y a plus moyen de la faire saigner. Et comme c\u2019est une h\u00e9morragie jouissive qui me procure un grand plaisir, je ne m\u2019accorde aucune pause.&nbsp;\u00bb Elle poursuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand je me l\u00e8ve \u00e0 4h du matin, je suis dans un \u00e9tat de noirceur qui d\u00e9passe l\u2019imagination. Il n\u2019y a que l\u2019\u00e9criture qui me permette de m\u2019en sortir&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;C\u2019est plus violent qu\u2019une drogue&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Je ne peux vivre sans m\u2019imposer chaque jour cette reconstruction matinale de moi-m\u00eame&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors&nbsp;? Pas d\u2019autre choix dans ce cas que l\u2019ivresse&nbsp;? Comme pour d\u2019autres la recherche de sensations soutenant un sentiment si pr\u00e9caire d\u2019existence&nbsp;? Que cela ait pour nom drogue, alcool, vitesse, risque, conqu\u00eate\u2026 Le but est le m\u00eame&nbsp;: parer \u00e0 la menace d\u2019effondrement en clivant ce qui est revendiqu\u00e9 comme choix personnel, voire source de plaisir, ou m\u00eame de sentiment de grandeur m\u00e9galomaniaque, de l\u2019immonde sourire de la mort. Les objets addictifs sont alors investis sans distance possible, sans jeu dans la relation que le sujet a avec eux. Ils sont au service du soutien d\u2019un narcissisme constamment menac\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une activit\u00e9 laborieuse m\u00e9canique, ou de jeux r\u00e9p\u00e9titifs qui n\u2019ont de jeu que le nom. Le sujet est d\u00e9pendant de l\u2019accrochage d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 aux objets, de peur de les perdre, ce qui l\u2019exposerait \u00e0 une d\u00e9sint\u00e9gration de son \u00eatre. Tant que l\u2019objet est tenu, l\u2019espoir est pr\u00e9sent. Ce sont ces Soi-objets dont parle Kohut<sup>8<\/sup>, au service exclusif du Soi&nbsp;: \u00ab&nbsp;objets archa\u00efques investis de libido narcissique qui ne sont pas sentis comme s\u00e9par\u00e9s et ind\u00e9pendants du Soi&nbsp;\u00bb<sup>9<\/sup>. Ce qui conduit \u00e0 la \u00ab&nbsp;fixation \u00e0 des objets archa\u00efques surestim\u00e9s et narcissiquement investis&nbsp;\u00bb. A l\u2019inverse du d\u00e9sinvestissement par l\u2019enfant, en p\u00e9riode \u0153dipienne, du sentiment de grandeur infantile, fournissant ainsi les \u00e9nergies narcissiques utiles \u00e0 l\u2019investissement coh\u00e9rent d\u2019un soi r\u00e9aliste. C\u2019est dire l\u2019importance des d\u00e9ceptions premi\u00e8res, des blessures ou des d\u00e9faillances narcissiques pr\u00e9coces, et du manque de fiabilit\u00e9 et d\u2019empathie qui ont caract\u00e9ris\u00e9 les premiers temps de leur vie. C\u2019est dire aussi la force du lien de d\u00e9pendance qui s\u2019\u00e9tablit \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces objets.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfants, ils n\u2019ont pas acquis la structure interne n\u00e9cessaire, leur psychisme \u00ab&nbsp;demeurant fix\u00e9 sur un soi-objet archa\u00efque, et, tout au cours de la vie, leur personnalit\u00e9 sera d\u00e9pendante de certains objets dans ce qui semble \u00eatre une forme intense de faim d\u2019objet. L\u2019intensit\u00e9 de la recherche de ces objets et la d\u00e9pendance ressentie \u00e0 leur \u00e9gard sont dues au fait qu\u2019ils sont recherch\u00e9s en tant que substituts des fragments absents de la structure psychique.&nbsp;\u00bb. Ce dont ils ne disposent pas ou plus \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019eux-m\u00eames serait \u00e0 rechercher imp\u00e9rativement \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>En pratique clinique, nous rencontrons ces jeunes gens pr\u00e9sentant des \u00ab&nbsp;troubles narcissiques de la personnalit\u00e9&nbsp;\u00bb, comme Kohut les nomme, sans rupture avec la r\u00e9alit\u00e9, qui fonctionnent avec l\u2019obligation qui s\u2019impose \u00e0 eux d\u2019\u00eatre grandioses dans leurs \u00e9tudes, dans des jeux vid\u00e9os<sup>10<\/sup>, dans des jeux d\u2019argent\u2026 \u00ab&nbsp;Personnes en qu\u00eate d\u2019id\u00e9al&nbsp;\u00bb, tellement vuln\u00e9rables face aux d\u00e9ceptions. Ils \u00e9prouvent un besoin imp\u00e9rieux d\u2019un retour sur image gratifiant de la part de l\u2019objet investi, tyran autant que tyrannis\u00e9. Ils nous montrent ainsi leurs tentatives de sauver leur narcissisme originel, du temps o\u00f9 ils pensaient avoir tout pouvoir sur le Soi, \u00ab&nbsp;soumis au principe de la primaut\u00e9 de la conservation du <em>self<\/em>&nbsp;\u00bb, avec un monde ext\u00e9rieur charg\u00e9 de toutes les imperfections, cliv\u00e9. Condamn\u00e9s \u00e0 tuer le temps pour ne pas \u00eatre tu\u00e9s par lui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il faut toujours \u00eatre ivre. Pour ne pas sentir l\u2019horrible fardeau du temps qui brise vos \u00e9paules et vous penche vers la terre. Il faut vous enivrer sans tr\u00eave, mais de quoi&nbsp;?&nbsp;\u00bb<sup>11<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u00eate sans fin d\u2019un objet perdu, qui dispara\u00eet \u00e0 chaque tentative de s\u2019en rapprocher. Ou encore &#8211; en priant le lecteur d\u2019excuser le saut qualitatif &#8211; Myl\u00e8ne Farmer chantant dans un album tr\u00e8s justement intitul\u00e9 <em>Points de suture<\/em>, dans lequel la suture des berges cliv\u00e9es montre sa n\u00e9cessit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>\u2026 Je m\u2019ennuie<\/em><br><em>C\u2019est le vide<\/em>,<br><em>D\u00e9esse<\/em><br><em>Le spleen<\/em><br><em>C\u2019est l\u2019hymne<\/em><br><em>A l\u2019ennui d\u2019\u00eatre<\/em>,<br><em>Je m\u2019ennuie<\/em><br><em>Un n\u00e9ant b\u00e9ant<\/em><br><em>Petite naus\u00e9e<\/em><br><em>Temps dilu\u00e9<\/em><br><em>A l\u2019infini\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ennui d\u2019\u00eatre qui m\u00e8nera certains \u00e0 la po\u00e9sie pour un temps, tandis que d\u2019autres, faute de suture possible, navigueront au gr\u00e9 des addictions entre les berges du d\u00e9sespoir et celles d\u2019une pseudo compl\u00e9tude. Sur l\u2019autre versant, d\u2019autres enjeux empruntent au b\u00e9b\u00e9 les ingr\u00e9dients de son fonctionnement douloureux. Pour ceux-l\u00e0, la partie se joue ailleurs. Du c\u00f4t\u00e9 de la menace de ne plus avoir de valeur pour l\u2019autre s\u2019ils ne sont plus tout, \u00e0 eux seuls. Dans une course poursuite avec un Id\u00e9al d\u2019eux-m\u00eames tyrannique qui les m\u00e8ne \u00e0 un Id\u00e9al toujours plus d\u00e9vastateur, avec un besoin d\u2019\u00eatre admir\u00e9s insatiable. Besoin dont ils sont d\u00e9pendants. Ce qui nous conduit tr\u00e8s directement au Soi grandiose de Kohut<sup>12<\/sup>. Dans ses travaux sur le narcissisme, Kohut pr\u00e9sente ces sujets sans empathie, occup\u00e9s sans tr\u00eave \u00e0 r\u00e9tablir une perfection manqu\u00e9e par le Soi grandiose et \u00e0 soutenir une image parfaite d\u2019eux m\u00eames. Confront\u00e9s \u00e0 une imago parentale id\u00e9alis\u00e9e, ils recherchent de fa\u00e7on addictive l\u2019admiration, c\u2019est-\u00e0-dire le soutien narcissique, sans lequel ils s\u2019effondrent. Nous les rencontrons par exemple en clinique sous l\u2019apparence des \u00ab\u00a0trop bons \u00e9l\u00e8ves\u00a0\u00bb<sup>13<\/sup>, \u00e0 la recherche de la perfection, sinon rien. S\u2019imposant de tout savoir ou, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019y parvenir, abandonner. Comme cette jeune fille, brillante \u00e9l\u00e8ve, ayant toujours \u00e9t\u00e9 abonn\u00e9e au succ\u00e8s scolaire et qui, en classe pr\u00e9paratoire fait une tentative de suicide tr\u00e8s grave apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 class\u00e9e seconde pour la premi\u00e8re fois de sa vie d\u2019\u00e9l\u00e8ve. Ou \u00e9crire\u00a0: le livre qui assurerait la reconnaissance de tous ou se l\u2019interdire. Ou encore dans des pratiques sportives intenses et exigeantes de haut niveau. Pour beaucoup, cela passe donc par des stimulations (intellectuelles, physiques\u2026) auto-inflig\u00e9es, m\u00e9canique sans plaisir, pour surmonter la menace d\u2019une fragmentation du Soi qui doit \u00eatre grandiose, sinon rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la relation \u00e0 l\u2019analyste, il en va de m\u00eame pour ces sujets&nbsp;: ils manifestent un transfert id\u00e9alisant, pouvant virer \u00e0 la d\u00e9ception, avec identifications massives \u00e0 l\u2019analyste, investi narcissiquement, objet d\u2019attentes exigeantes, et source d\u2019un v\u00e9cu de d\u00e9pendance mal support\u00e9e, au service de l\u2019hom\u00e9ostasie narcissique. L\u2019analyste n\u2019est pas investi comme personne mais comme partie du Soi, <em>self<\/em> objet, transposable sur un autre, lieu d\u2019un transfert id\u00e9alisant. Au service du maintien de l\u2019espoir illusoire du r\u00e9tablissement d\u2019un Soi grandiose, l\u2019\u00e9quilibre du patient d\u00e9pendant totalement de la relation \u00e0 l\u2019analyste. Qu\u2019ils soient occup\u00e9s comme les pr\u00e9c\u00e9dents \u00e0 soutenir l\u2019espoir du maintien d\u2019un Soi grandiose en s\u2019appuyant sur la recherche addictive de l\u2019admiration de l\u2019autre, ou qu\u2019ils tentent de combler les besoins narcissiques pr\u00e9matur\u00e9ment frustr\u00e9s et maintenus hors du champ de la conscience par tous les substituts qui s\u2019offrent \u00e0 eux, ces sujets \u00e9minemment vuln\u00e9rables r\u00e9v\u00e8lent la fronti\u00e8re entre un clivage transitoire utile et humanisant que chaque \u00eatre conna\u00eet, et un clivage au service de la survie, pathog\u00e8ne, voire pathologique, objet de nos soins.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>M\u00e2le P., <em>Psychoth\u00e9rapie de l\u2019adolescent<\/em>, Petite biblioth\u00e8que Payot, 1980<\/li><li>Kohut H., <em>Le Soi<\/em>\u00a0; PUF, collection Le fil rouge\u00a0; 1974<\/li><li>Platon, <em>Le banquet<\/em>, GF Flammarion, 1964.<\/li><li>Ibid.<\/li><li>Huerre P. et Marty F., <em>Alcool et adolescence\u00a0: jeunes en qu\u00eate d\u2019ivresses<\/em>, Albin Michel, Paris, 2007.<\/li><li>C. Baudelaire, <em>Les Fleurs du mal.<\/em> Au lecteur\u00a0; 1861. GF Flammarion, 1991-2006, p.56.<\/li><li>Nothomb A., Interview <em>Le Nouvel Observateur<\/em>, 11 septembre 2014<\/li><li>Kohut H., op. cit. p. 6<\/li><li>Kohut H., op. cit., p. 11<\/li><li>Huerre P. (sous la direction de), <em>Faut-il avoir peur des \u00e9crans\u00a0?<\/em>, Doin, 2013<\/li><li>Baudelaire C., <em>Petits po\u00e8mes en prose ou le Spleen de Paris.<\/em><\/li><li>Ibid.<\/li><li>Huerre P., <em>Faut-il plaindre les bons \u00e9l\u00e8ves\u00a0? Le prix de l\u2019excellence<\/em>, Fayard, 2005<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10531?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le clivage fait partie de la nature humaine oblig\u00e9e Depuis l\u2019Antiquit\u00e9, on sait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un moyen au service d\u2019un passage naturel vers la condition humaine. 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