{"id":10527,"date":"2021-08-22T07:32:13","date_gmt":"2021-08-22T05:32:13","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/anne-maupas-la-censure-de-lamante-en-clinique-de-lenfant-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:32:13","modified_gmt":"2021-08-22T05:32:13","slug":"anne-maupas-la-censure-de-lamante-en-clinique-de-lenfant","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/anne-maupas-la-censure-de-lamante-en-clinique-de-lenfant\/","title":{"rendered":"Anne Maupas : La censure de l&rsquo;amante en clinique de l\u2019enfant"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify\">Le 27 janvier, Anne Maupas, psychanalyste membre de la SPP et de l&#39;IPSO est venue pr&eacute;senter, dans le cadre des <em>Conf&eacute;rences d&#39;introduction &agrave; la psychanalyse<\/em> de la SPP, le concept de &laquo; censure de l&#39;amante &raquo;. M. Fain est l&#39;auteur de ce concept qu&#39;il a &eacute;labor&eacute; dans son article Pr&eacute;lude &agrave; la vie fantasmatique et dans son &oelig;uvre commune avec Denise Braunschweig.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">C&#39;est l&#39;endormissement du b&eacute;b&eacute; insomniaque qui sert de pivot &agrave; sa conception de la censure. Afin d&#39;illustrer comment ce concept, vivant, continue de germer dans le cadre de son travail d&#39;analyste d&#39;enfant, A. Maupas nous invite, g&eacute;n&eacute;reusement, &agrave; la suivre au c&oelig;ur d&#39;une th&eacute;rapie conjointe men&eacute;e &agrave; l&#39;IPSO.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Des parents consultent pour leur jeune enfant qui pr&eacute;sente des troubles importants du sommeil et de l&#39;endormissement auxquels sont associ&eacute;s des hurlements. D&#39;embl&eacute;e le cadre met en sc&egrave;ne une triangulation ; la m&egrave;re et\/ou le p&egrave;re, l&#39;enfant et le psychanalyste et r&eacute;v&egrave;le la probl&eacute;matique de la discontinuit&eacute;. Derri&egrave;re les difficult&eacute;s de s&eacute;paration bruyantes qui surviennent dans ces alternances jours\/nuits, se cache le v&eacute;cu de d&eacute;sinvestissement brutal de l&rsquo;enfant par sa m&egrave;re qui est totalement pr&eacute;occup&eacute;e par une deuxi&egrave;me grossesse.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">En suivant l&#39;id&eacute;e de M. Fain que &laquo; le seul moyen l&eacute;gal qu&#39;&agrave; la m&egrave;re pour se d&eacute;barrasser de son enfant c&#39;est de l&#39;endormir &raquo;, A. Maupas ouvre la question : comment fournir aux m&egrave;res un moyen l&eacute;gal d&#39;endormir leur enfant ?<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">D&egrave;s la premi&egrave;re s&eacute;ance, cet enfant de 18 mois qui se montre d&rsquo;embl&eacute;e tr&egrave;s familier, ne manifeste pas d&#39;angoisse phobique devant la psychanalyste, ce qui interroge d&#39;entr&eacute;e tout clinicien de l&#39;enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Les premi&egrave;res fonctions instrumentales sont apparues tr&egrave;s t&ocirc;t chez cet enfant, qui pr&eacute;sente un tableau de pr&eacute;maturit&eacute; du Moi. Les parents le d&eacute;crivent comme peu c&acirc;lin, et n&#39;ayant pas eu besoin d&#39;avoir recours &agrave; un doudou ou &agrave; une t&eacute;tine. Ils pr&eacute;sentent un enfant autonome ayant des difficult&eacute;s &agrave; acc&eacute;der &agrave; une position passive. L&#39;aire transitionnelle trop pr&eacute;caire ne permet pas un d&eacute;placement symbolique organisateur dans ses modalit&eacute;s de jeux, la r&eacute;alit&eacute; prend le dessus, l&#39;enfant reste dans le comportement et joue avec son corps propre.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Si au d&eacute;part il &eacute;tait impossible pour cet enfant de s&#39;endormir, au fil des s&eacute;ances nous observons comment &agrave; partir de jeux de cache-cache, jeux o&ugrave; il faut dormir, na&icirc;t chez lui le plaisir de jouer ses difficult&eacute;s. L&#39;excitation se transforme en plaisir car l&#39;enfant commence &agrave; &eacute;difier un Moi libidinalis&eacute;. Il va pouvoir passer d&#39;une relation duelle trop proche &agrave; une relation &agrave; trois sans vivre un d&eacute;sinvestissement brutal. Ce changement dans le jeu signe un travail de mentalisation. Quand il se laisse aller &agrave; dormir quelques nuits, arrive la peur des monstres t&eacute;moignant d&#39;une premi&egrave;re repr&eacute;sentation interne, la symbolisation se solidifie.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Au cours de la deuxi&egrave;me ann&eacute;e de th&eacute;rapie le jeune patient d&#39;A. Maupas dort enfin. Vite alarm&eacute; par les bruits ext&eacute;rieurs au bureau de consultation, c&#39;est toute la probl&eacute;matique de la pr&eacute;sence tierce qui advient ainsi, celle qui peut nous distraire, et ces &eacute;l&eacute;ments cliniques am&egrave;nent aux pr&eacute;mices de la censure. M&egrave;re et enfant exp&eacute;rimentent alors la possibilit&eacute; de se s&eacute;parer avec ambivalence et plus en tout ou rien, et les liens peuvent se conflictualiser psychiquement.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La conceptualisation de la &laquo; censure de l&rsquo;amante &raquo; retient le facteur &eacute;conomique en jeu dans le fonctionnement psychique, c&#39;est-&agrave;-dire la r&eacute;gulation de la quantit&eacute; de l&#39;excitation. Elle int&egrave;gre le fonctionnement hallucinatoire de Freud et s&rsquo;inscrit dans la deuxi&egrave;me topique.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La &laquo; censure de l&rsquo;amante &raquo; en tant que ph&eacute;nom&egrave;ne dynamique central s&#39;articule sur plusieurs niveaux et &agrave; travers diff&eacute;rentes temporalit&eacute;s.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Tandis que les parents du petit insomniaque d&eacute;plient leurs difficult&eacute;s et la souffrance de leur enfant, ils sont aussi invit&eacute;s &agrave; parler d&#39;eux. Relay&eacute;s par une attitude &agrave; la fois active de la part du psychanalyste qui joue avec l&#39;enfant tout en maintenant son &eacute;coute flottante pr&eacute;consciente, il s&#39;agit de travailler les mouvements d&#39;investissement et de d&eacute;sinvestissement car chaque membre est en th&eacute;rapie. Jouer avec l&#39;enfant est une n&eacute;cessit&eacute; pour communiquer avec lui et faire participer les parents, jeux qui parfois les d&eacute;stabilisent parce qu&rsquo;ils mobilisent, inconsciemment, leur sexualit&eacute; infantile. Jouer permet de remettre en route le fonctionnement pr&eacute;conscient des parents et d&#39;animer leur capacit&eacute;s associatives et fantasmatiques. A. Maupas fera remarquer combien la dimension quantitative sature le discours parental, l&#39;excitation non reli&eacute;e &agrave; la repr&eacute;sentation reste dans le comportement. Cr&eacute;ative, elle pose les conditions susceptibles d&#39;aboutir &agrave; des repr&eacute;sentations aptes &agrave; jouer un r&ocirc;le n&eacute;cessaire et suffisant dans l&#39;&eacute;conomie mentale permettant un travail de mentalisation et de symbolisation.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">A. Maupas telle une s&eacute;miologue de la s&eacute;ance, trouve et propose un sens aux actes de l&#39;enfant, aux petites variations du jeu ; elle s&rsquo;appuie sur les changements et diff&eacute;rences de r&eacute;gime du fonctionnement mental et observe comment la construction et la qualit&eacute; des repr&eacute;sentations vont circuler entre chaque protagoniste ; dans le <em>hic<\/em> et le <em>nunc <\/em>des s&eacute;ances et lors d&#39;effets apr&egrave;s-coup. Revenons au concept o&ugrave; la censure est le fait de l&#39;amante. La femme-amante de la sc&egrave;ne primitive, est premi&egrave;re, l&#39;enfant en est absent et exclu. C&rsquo;est pourquoi, quand la m&egrave;re endort son enfant, pour r&eacute;pondre au d&eacute;sir de son amant, elle censure sa part &eacute;rotique pour prot&eacute;ger l&rsquo;enfant se son excitation. M&egrave;re et amante, deux visages de la femme qui sont &agrave; la fois en opposition et en alternance.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">L&#39;investissement du nouveau-n&eacute; par le narcissisme de la m&egrave;re est fondamental pour la croissance somatopsychique de celui-ci, pour la libido de son moi. Quand la m&egrave;re redevient amante, elle d&eacute;sinvestit son enfant et place son narcissisme &eacute;rog&egrave;ne vers son amant, elle se tourne vers un tiers.&nbsp; Le tiers n&#39;est pas per&ccedil;u par l&#39;enfant, il existe dans la t&ecirc;te de la m&egrave;re et joue comme attracteur ; c&#39;est ce qui va permettre &agrave; l&#39;enfant de construire ses repr&eacute;sentations de l&#39;absence maternelle. L&#39;alternance m&egrave;re\/femme introduit &laquo; un tiers absent hallucinable, une pr&eacute;forme du p&egrave;re de la structure &oelig;dipienne &raquo; dit G&eacute;rard Szwec.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">M. Fain &eacute;crit : &laquo; La censure instaure une discontinuit&eacute; psychique dans la t&ecirc;te de l&#39;enfant et place l&#39;enfant dans l&#39;ordre symbolique &raquo;, c&#39;est par cette voie que la m&egrave;re transmet le message de la castration du p&egrave;re. L&#39;ordre symbolique s&#39;&eacute;difie quand l&#39;enfant se retrouve seul en pr&eacute;sence d&#39;un objet manquant. Ainsi, se cr&eacute;&eacute; chez lui un besoin de repr&eacute;sentation. Le terme de censure se base sur le mod&egrave;le de la censure du r&ecirc;ve, gardienne du sommeil. La censure &eacute;carte le d&eacute;plaisir pour maintenir le plaisir de r&ecirc;ver. La m&egrave;re censure l&rsquo;amante en &eacute;loignant ses repr&eacute;sentations g&ecirc;nantes et exerce une fonction surmo&iuml;que et pare-excitante. Elle prot&egrave;ge le b&eacute;b&eacute; d&#39;excitations externes et internes trop bruyantes.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Le pare-excitant permet le d&eacute;veloppement libidinal de l&#39;enfant et de la m&egrave;re, qui peut alterner la relation sexuelle et les soins maternels, sans le brouillage des sensations &eacute;rotiques et laissant libre cours aux mouvements de tendresse.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Une m&egrave;re qui s&#39;absente lors du coucher de son enfant, le laisse seul &laquo; avec ses zones &eacute;rog&egrave;nes &agrave; d&eacute;couvert &raquo; &eacute;crit M. Fain. Alors, l&#39;enfant se trouve charg&eacute; d&#39;une excitation qu&#39;il va devoir &eacute;couler et transformer gr&acirc;ce &agrave; ses capacit&eacute;s hallucinatoires. Le sommeil charg&eacute; de r&ecirc;ve est &laquo; l&rsquo;&eacute;chapp&eacute;e &raquo; de l&rsquo;enfant (M.Fain).<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Lorsque l&#39;enfant fait l&#39;exp&eacute;rience de la satisfaction physiologique et libidinale, il peut r&eacute;gresser dans le sommeil. Le message de la m&egrave;re qui endort son enfant est double et la qualit&eacute; du message d&eacute;pend de l&#39;intrication entre la pulsion de vie &laquo; dors pour ta croissance &raquo; et la pulsion de mort &laquo; je me d&eacute;barrasse de toi &raquo;.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">M. Fain distingue deux sortes de m&egrave;res, une m&egrave;re dite &laquo; satisfaisante &raquo; qui est capable d&rsquo;une bonne intrication des deux pulsions et qui permet &agrave; l&#39;enfant de r&ecirc;ver. Et une m&egrave;re dite &laquo; calmante &raquo; (tel un m&eacute;dicament), qui berce son enfant de mani&egrave;re op&eacute;ratoire sans valeur libidinale, et qui ne lui permet pas de vivre l&#39;exp&eacute;rience de satisfaction, l&rsquo;emp&ecirc;chant de r&eacute;gresser dans un sommeil charg&eacute; de r&ecirc;ve. Le bercement calmant devient le gardien du sommeil : d&egrave;s qu&rsquo;il cesse, le b&eacute;b&eacute; se r&eacute;veille et il faut recommencer &agrave; le bercer. C&rsquo;est ce que G. Szwec appelle un bercement auto-calmant, qui cherche &agrave; calmer l&#39;excitation par l&rsquo;excitation jusqu&#39;&agrave; l&rsquo;&eacute;puisement.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Les auditeurs ont beaucoup appr&eacute;ci&eacute; cette conf&eacute;rence vivante dans laquelle &agrave; travers la clinique, la th&eacute;orie psychosomatique a d&eacute;montr&eacute; sa pertinence.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong><em>Alexandra Depouez<br \/>\npsychologue clinicienne,<br \/>\nAEF\/SPP<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10527?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 27 janvier, Anne Maupas, psychanalyste membre de la SPP et de l&#39;IPSO est venue pr&eacute;senter, dans le cadre des Conf&eacute;rences d&#39;introduction &agrave; la psychanalyse de la SPP, le concept de &laquo; censure de l&#39;amante &raquo;. M. Fain est l&#39;auteur&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1525],"thematique":[],"auteur":[1558],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[488],"type_article":[451],"check":[],"class_list":["post-10527","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-introduction-a-la-psychanalyse","auteur-alexandra-depouez","mode-gratuit","revue-488","type_article-articles"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10527","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10527"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10527\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10527"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10527"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10527"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10527"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10527"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10527"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10527"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10527"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10527"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}