{"id":10520,"date":"2021-08-22T07:32:13","date_gmt":"2021-08-22T05:32:13","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/troisieme-topique-et-analyse-de-la-destructivite-2\/"},"modified":"2021-09-18T16:22:30","modified_gmt":"2021-09-18T14:22:30","slug":"troisieme-topique-et-analyse-de-la-destructivite","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/troisieme-topique-et-analyse-de-la-destructivite\/","title":{"rendered":"Troisi\u00e8me topique et analyse de la destructivit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>La question que je voudrais examiner est celle des processus psychiques en cause dans la transformation d\u2019un \u00eatre humain ordinaire en tortionnaire. Pour ce faire je partirai de la clinique du harc\u00e8lement au travail. Dans l\u2019analyse m\u00e9tapsychologique de la destructivit\u00e9, je discuterai la place qui revient \u00e0 ce que Freud d\u00e9signe sous le nom de pulsion d\u2019emprise, et j\u2019essayerai d\u2019en \u00e9valuer la port\u00e9e, au regard de la formalisation topique de l\u2019appareil psychique dans ce que l\u2019on d\u00e9signe sous le nom de \u00ab&nbsp;topique du clivage&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;troisi\u00e8me topique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le harc\u00e8lement au travail<\/h2>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirment certains auteurs, le harc\u00e8lement au travail dont on parle tant aujourd\u2019hui n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau. Il a toujours \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9 depuis la violence exerc\u00e9e contre les esclaves dans l\u2019Antiquit\u00e9 \u00e9gyptienne aussi bien que grecque et romaine, jusqu\u2019aux ouvriers et aux ouvri\u00e8res travaillant sur les cha\u00eenes de montage harcel\u00e9s par les petits chefs, en passant par les serfs sous l\u2019Ancien R\u00e9gime. Aujourd\u2019hui le harc\u00e8lement au travail est aussi exerc\u00e9 sur les cadres dans certaines entreprises, en particulier depuis l\u2019introduction du mod\u00e8le japonais de production dans les ann\u00e9es 90. Il consiste alors dans l\u2019organisation de s\u00e9ances publiques o\u00f9 en pr\u00e9sence de ses coll\u00e8gues, un cadre est stigmatis\u00e9 comme non rentable, incomp\u00e9tent, parasite, toxique, dangereux par l\u2019exemple qu\u2019il donne aux collaborateurs de l\u2019entreprise, par la menace qu\u2019il constitue de contamination par son mauvais esprit, son insubordination, sa surdit\u00e9 aux ordres et son incapacit\u00e9 \u00e0 tenir les objectifs. Il est frapp\u00e9 d\u2019indignit\u00e9, sali par des insultes plus grossi\u00e8res, vulgaires et machistes les unes que les autres, humili\u00e9, d\u00e9nonc\u00e9 comme un d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, compar\u00e9 bient\u00f4t \u00e0 un insecte puant ou \u00e0 un ver gluant dont la place est sous terre. Le harceleur est un cadre N +1 ou N +2, son allure ext\u00e9rieure est celle de la col\u00e8re, et il hurle. Mais la <em>dramaturgie<\/em> du harceleur n\u2019est peut-\u00eatre pas l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus important de cette mise en sc\u00e8ne. Ce qui compte avant tout, c\u2019est la publicit\u00e9, \u00e0 savoir que les autres cadres assistent \u00e0 la s\u00e9ance. Personne ne bronche, personne ne s\u2019interpose, personne ne proteste, personne ne prend la d\u00e9fense de la victime. Si les autres cadres sont invit\u00e9s \u00e0 cette d\u00e9monstration, c\u2019est parce qu\u2019ils sont directement vis\u00e9s par le harc\u00e8lement d\u2019un des leurs. Une seule victime du harc\u00e8lement et c\u2019est toute une population qui est sous l\u2019emprise de la peur. Mais ce n\u2019est pas tout. Le harc\u00e8lement public va plus loin dans son action. De t\u00e9moins muets de la sc\u00e8ne, les coll\u00e8gues deviennent en fait les complices du harceleur. Faute de s\u2019\u00eatre interpos\u00e9s pour d\u00e9fendre leur coll\u00e8gue, ils se comporteront d\u00e9sormais comme des t\u00e9moins qui ne t\u00e9moigneront pas.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le parcours psychologique de ces complices, dont un certain nombre deviendront \u00e0 leur tour des harceleurs, que je voudrais plus pr\u00e9cis\u00e9ment examiner. Le spectacle auquel ils sont tenus d\u2019assister joue \u00e0 la fois sur la peur qu\u2019il provoque en eux et sur la fascination qu\u2019il exerce sur eux. <em>Fasciner<\/em>&nbsp;: ma\u00eetriser, immobiliser par la seule puissance du regard. <em>Subjuguer<\/em>&nbsp;: mettre quelqu\u2019un dans l\u2019impossibilit\u00e9 de r\u00e9sister par l\u2019ascendant, l\u2019empire qu\u2019on exerce sur lui. Le premier temps est donc celui d\u2019une emprise exerc\u00e9e sur les t\u00e9moins par le spectacle qu\u2019on impose \u00e0 leur regard. C\u2019est un temps passif. L\u2019agresseur, par la fa\u00e7on dont il exhibe son pouvoir, autant que par l\u2019effroi qu\u2019il provoque chez la victime, subjugue le t\u00e9moin. Le processus de harc\u00e8lement commence donc par un effet de <em>capture imaginaire<\/em> sur le t\u00e9moin. Mais dans l\u2019ombre se joue, pour le t\u00e9moin de la sc\u00e8ne, un autre processus qui constitue comme un pi\u00e8ge psychique&nbsp;: <em>la jouissance<\/em>. Et cette jouissance est \u00e9lectivement en relation avec la destructivit\u00e9 qui, tapie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019appareil psychique, trouve l\u00e0, soudain, une occasion de d\u00e9charge. La jouissance l\u2019emporte sur le moi, immobilise le moi. La jouissance s\u2019accompagne d\u2019une sid\u00e9ration du moi, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle s\u2019\u00e9prouve sans \u00eatre pens\u00e9e, corr\u00e9lativement \u00e0 une paralysie de la pens\u00e9e. Et c\u2019est l\u2019effraction de la jouissance, \u00e9prouv\u00e9e sans \u00eatre pens\u00e9e, qui est probablement une exp\u00e9rience inassimilable. C\u2019est d\u2019ailleurs ce que note Ferenczi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si l\u2019enfant (abus\u00e9) se remet d\u2019une telle agression, il en ressent une \u00e9norme confusion&nbsp;; \u00e0 vrai dire, il est d\u00e9j\u00e0 cliv\u00e9, \u00e0 la fois innocent et coupable, et sa confiance dans le t\u00e9moignage de ses propres sens en est bris\u00e9e&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le terme de <em>clivage<\/em> est donc introduit et il est sans doute la clef du parcours psychique qui va du premier temps passif de sid\u00e9ration-jouissance vers le temps actif du retournement contre l\u2019autre par lequel certains t\u00e9moins deviendront \u00e0 leur tour des agresseurs. Ceux qui ont \u00e9t\u00e9 abus\u00e9s, on le sait, deviennent ult\u00e9rieurement assez fr\u00e9quemment, des abuseurs. Comment se fait le passage de la position de victime \u00e0 celle d\u2019agresseur&nbsp;? La jouissance qui signe l\u2019\u00e9viction du moi ou sa mise en crise provoque une exp\u00e9rience d\u2019effroi, mais en m\u00eame temps poss\u00e8de une puissance d\u2019<em>attraction<\/em> ou de <em>capture<\/em> qui est plac\u00e9e sous le primat de la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition, dont Stevenson rend remarquablement compte dans son roman <em>L\u2019\u00e9trange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette attraction se manifeste par un fantasme, dont la nature, toutefois est tr\u00e8s particuli\u00e8re. Ce fantasme, en effet, se r\u00e9v\u00e8le sous la forme d\u2019une image le plus souvent fixe, unique, qui est une r\u00e9plique plus ou moins fid\u00e8le de la sc\u00e8ne fascinante initiale. Et cette image se fait obs\u00e9dante, elle fait monter l\u2019excitation et fonctionne comme une contrainte imp\u00e9rieuse \u00e0 \u00ab&nbsp;y aller&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 passer \u00e0 l\u2019acte. Mutation de l\u2019immobilisation-fascination, <em>passive<\/em>, en domination, <em>active<\/em>, par la force. Cette image obs\u00e9dante ne se pr\u00eate pas \u00e0 la mise en intrigue. Elle n\u2019est pas mall\u00e9able, elle ne se laisse pas d\u00e9former, comme dans la fantaisie, ou dans ce que Freud d\u00e9signe sous le nom de <em>phantasieren<\/em>. Cette image, de ce fait, n\u2019est pas un v\u00e9ritable fantasme, elle ne proc\u00e8de pas d\u2019un retour du refoul\u00e9, et ne ressortit pas \u00e0 l\u2019inconscient sexuel. C\u2019est une image fixe qui est comme une injonction \u00e0 agir, une contrainte \u00e0 passer \u00e0 l\u2019acte, qui appartient \u00e0 l\u2019ordre de la compulsion et non \u00e0 celui de la pulsion que le cas du \u00ab&nbsp;Japonais cannibale&nbsp;\u00bb illustre bien&nbsp;: <em>Issei imagine Ren\u00e9e &#8211; la Hollandaise \u00e0 la peau blanche &#8211; le dos tourn\u00e9 et lui, sortant la carabine qu\u2019il a achet\u00e9e d\u00e8s son arriv\u00e9e en France, visant et tirant. \u00ab&nbsp;Je voulais manger de la chair d\u2019une jeune fille&nbsp;\u00bb. Il l\u2019invite chez lui et ex\u00e9cute le meurtre. Puis il allonge le cadavre, essaye de la mordre, mais la peau r\u00e9siste. Avec un couteau de cuisine, il coupe dans les parties qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re &#8211; fesses, cuisses &#8211; et se met \u00e0 manger quelques morceaux crus. Il s\u2019attaque ensuite aux seins, aux l\u00e8vres, au nez, au sexe, aux mollets qu\u2019il mange tant\u00f4t crus, tant\u00f4t cuits dans la po\u00eale et assaisonn\u00e9s de sel, de poivre et de moutarde. \u00ab&nbsp;En mangeant, je pensais tr\u00e8s fort \u00e0 elle, j\u2019essayais d\u2019associer son image \u00e0 ces morceaux de viande. Et j\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a bon parce que c\u2019\u00e9tait elle<\/em>&nbsp;\u00bb (<em>Lib\u00e9ration<\/em>, 31 mars 1983, p. 11).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le harc\u00e8lement public, lorsque l\u2019un des t\u00e9moins sera ensuite s\u00e9lectionn\u00e9 par la hi\u00e9rarchie pour devenir \u00e0 son tour un harceleur, le b\u00e9n\u00e9fice psychique qu\u2019il va tirer de cette pratique, concerne d\u2019abord et avant tout l\u2019\u00e9conomie de la peur. Le spectacle du harc\u00e8lement public lui a fait \u00e9prouver, comme \u00e0 tous les autres t\u00e9moins, la peur. Peur d\u2019\u00eatre peut-\u00eatre pouss\u00e9 \u00e0 son tour vers la place de la victime offerte au regard des autres. Aussi lorsqu\u2019il en vient un jour \u00e0 devenir \u00e0 son tour harceleur et qu\u2019il s\u2019acharne sur une victime, la peur qui l\u2019assaillait jusque l\u00e0 est annul\u00e9e par la d\u00e9charge de la compulsion de destruction. Harceler une victime, c\u2019est une exp\u00e9rience de triomphe sur la peur, ce qui constitue un ingr\u00e9dient essentiel de la jouissance. Immobilisation-fascination et peur sont maintenant remplac\u00e9es par leurs oppos\u00e9s\u00a0: passage \u00e0 l\u2019acte d\u2019un c\u00f4t\u00e9, exultation de l\u2019autre. Le passage \u00e0 l\u2019acte conjure la peur, l\u2019exultation va de pair avec la d\u00e9charge vers l\u2019ext\u00e9rieur de la destructivit\u00e9 interne. Dans le cas du Japonais, la voie du passage \u00e0 l\u2019acte est fray\u00e9e par la psychose. Notons toutefois que l\u2019affaire Sagawa Issei a eu un retentissement international \u00ab\u00a0<em>(\u2026) De retour au Japon, (il) est devenu une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, chroniqueur gastronomique passant \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et \u00e9crivant une vingtaine de livres aux titres douteux &#8211; Taberaretai (\u201cJ\u2019aimerais \u00eatre mang\u00e9\u201d), Hana no Pari ai no Pari (\u201cParis la fleur, Paris l\u2019amour\u201d) o\u00f9 il revient inlassablement sur son crime\u2026<\/em>\u00a0\u00bb (Ferrier M\u00a0: \u00ab\u00a0Art, \u00e9rotisme et cannibalisme au Japon\u00a0\u00bb\u00a0<em>Artpress<\/em>, 20\u00a0: 38-39\u00a0; 2011). Mais comment le cap est-il franchi, en l\u2019absence de pathologie d\u00e9compens\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire chez les individus ordinaires\u00a0? Une r\u00e9ponse circonstanci\u00e9e est fournie par un ouvrage consacr\u00e9 \u00e0 la formation des tortionnaires\u00a0: Pitesti<sup>3<\/sup>. Dans ce cas, on obtient la transformation d\u2019un \u00eatre humain ordinaire en brute monstrueuse, en l\u2019occurrence un \u00e9tudiant, par l\u2019exercice r\u00e9gl\u00e9 de la violence physique exerc\u00e9e sur son corps par des professionnels de la torture.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais lorsque le chemin qui m\u00e8ne \u00e0 devenir tortionnaire n\u2019est fray\u00e9 ni par la psychose ni par la violence, comment rendre compte du passage&nbsp;? C\u2019est ce probl\u00e8me qui est sp\u00e9cifiquement \u00e9tudi\u00e9 par Christophe Browning dans son livre <em>Des hommes ordinaires<\/em><sup>4<\/sup>. Et avant lui par Stanley Milgram dans son livre <em>L\u2019ob\u00e9issance \u00e0 l\u2019autorit\u00e9<\/em><sup>5<\/sup>. Pour Stanley Milgram, l\u2019\u00e9tape d\u00e9cisive dans ce parcours psychique est celle de l\u2019autorit\u00e9 et de l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 qui aboutit \u00e0 la collaboration \u00e0 la torture. C\u2019est dans le m\u00eame sens que va Christopher Browning. Et la th\u00e8se de l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 pourrait bien convenir \u00e0 ce que la clinique nous apprend des pratiques du harc\u00e8lement en entreprise. En particulier ce qui nous est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par les patients qui, venant en consultation pour d\u00e9compensation psychopathologique en rapport avec un harc\u00e8lement dont ils sont victimes, racontent comment, auparavant, parfois pendant des ann\u00e9es, ils ont \u00e9t\u00e9 eux-m\u00eames des harceleurs au service de la direction de l\u2019entreprise et se sont acharn\u00e9s sur les victimes dont la direction voulait se d\u00e9barrasser sans avoir \u00e0 payer d\u2019indemnit\u00e9 de licenciement<sup>6<\/sup>. Dans le retournement de la fascination-immobilisation, en exercice de <em>l\u2019emprise<\/em> sur la victime, le temps interm\u00e9diaire utilisant l\u2019autorit\u00e9 ou la violence n\u2019est peut-\u00eatre pas l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif du processus. Le temps crucial serait plut\u00f4t, me semble-t-il, celui de la <em>jouissance<\/em> provoqu\u00e9e par le spectacle de l\u2019emprise sur le t\u00e9moin, puis par le passage \u00e0 l\u2019acte lorsque le t\u00e9moin devient agresseur. La jouissance fonctionne comme un pi\u00e8ge psychique parce qu\u2019elle se produit malgr\u00e9 le moi, elle l\u2019emporte sur le moi et le transforme en spectateur de la compulsion destructrice. C\u2019est pourquoi il faut maintenant examiner plus pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il advient du moi sous l\u2019effet de la jouissance de l\u2019exp\u00e9rience subjective de sa propre destructivit\u00e9. Le moi, mis hors jeu assiste en quelque sorte \u00e0 la compulsion de destruction qui se produit en lui. S\u2019il est en \u00e9tat de sid\u00e9ration le moi ne se reconna\u00eet pas dans le passage \u00e0 l\u2019acte. Le moi refuse toute responsabilit\u00e9 dans l\u2019acte de torture et il r\u00e9pond&nbsp;: \u00ab&nbsp;ce n\u2019est pas moi, c\u2019est le diable en moi, c\u2019est une force \u00e9trang\u00e8re, je n\u2019y suis pour rien&nbsp;\u00bb. Toutefois, dans certains cas, cette formule simpliste ne suffit pas aux gens ordinaires. Ils ont besoin de recourir \u00e0 des justifications, qui prennent alors la forme d\u2019une rationalisation secondaire. Si la rationalisation fonctionne, c\u2019est \u00e0 condition de ne pas impliquer, dans sa mise en forme, la participation du moi. Le moi \u00e9tant hors-jeu dans le temps de la jouissance, reste hors-jeu au temps de la rationalisation. Si le moi devait trouver par lui-m\u00eame une explication, s\u2019il devait produire un travail de pens\u00e9e ou de traduction de ce \u00e0 quoi il a assist\u00e9, sinon particip\u00e9, cela signifierait, <em>de facto<\/em>, que le clivage n\u2019a pas tenu. Et immanquablement il y aurait une crise d\u2019angoisse voire une d\u00e9compensation. Le clivage tient et se trouve m\u00eame renforc\u00e9 si la rationalisation n\u2019est pas une production du moi, mais un agr\u00e9gat de st\u00e9r\u00e9otypes, de slogans, de mots d\u2019ordre ou de formules toutes faites, construit \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, par la soci\u00e9t\u00e9. La rationalisation secondaire use d\u2019une pens\u00e9e d\u2019emprunt, pr\u00eate \u00e0 l\u2019emploi, qui est mise \u00e0 disposition par les m\u00e9dias ou par le caf\u00e9 du commerce (par exemple les slogans de la communication d\u2019entreprise, le r\u00e9alisme \u00e9conomique, la mondialisation, la guerre \u00e9conomique pour le harc\u00e8lement au travail&nbsp;; ou encore les juifs qui corrompent la puret\u00e9 du sang aryen pour les tueurs du <em>Judenrein<\/em>). On pourrait montrer que ces pens\u00e9es d\u2019emprunt sont irr\u00e9ductiblement agr\u00e9g\u00e9es \u00e0 l\u2019imaginaire social, constitu\u00e9 d\u2019un r\u00e9pertoire d\u2019images qui fonctionnent pour l\u2019individu comme des \u00e9vidences antagonistes de tout travail individuel et personnel de pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre destin du moi sous l\u2019effet de la jouissance destructrice, se r\u00e9v\u00e8le lorsque le clivage est rompu\u00a0: quand au d\u00e9cours de la jouissance, le moi ne parvient pas \u00e0 se maintenir en position d\u2019extran\u00e9it\u00e9. A l\u2019issue de la crise provoqu\u00e9e par l\u2019\u00e9ruption destructrice, le moi ne r\u00e9ussit pas \u00e0 se recomposer \u00e0 l\u2019identique de ce qu\u2019il \u00e9tait avant la crise. La crise d\u2019angoisse perdure et provoque l\u2019entr\u00e9e dans un processus de d\u00e9compensation psychopathologique, n\u00e9vrotique, psychotique ou somatique. En d\u2019autres termes, dans ces cas, le clivage du moi ne r\u00e9siste pas \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la jouissance. C\u2019est ce qu\u2019avait entrevu Freud dans sa communication au Congr\u00e8s de Budapest en 1919. Le probl\u00e8me alors pos\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas celui de la pratique du harc\u00e8lement au travail, ni celui de la torture, mais celui de la participation \u00e0 la guerre. L\u2019objet du congr\u00e8s \u00e9tait les n\u00e9vroses de guerre. Certains soldats pr\u00e9sentaient des troubles psychon\u00e9vrotiques les rendant inaptes \u00e0 retourner au front. Le probl\u00e8me psychopathologique auquel Freud se trouvait confront\u00e9 \u00e9tait celui de l\u2019\u00e9tiologie de la n\u00e9vrose de guerre. Selon la th\u00e9orie psychanalytique, l\u2019origine de la n\u00e9vrose est \u00e0 rechercher dans l\u2019individu, dans son histoire, dans son pass\u00e9, dans son enfance et dans sa sexualit\u00e9. Les n\u00e9vroses de guerre, quant \u00e0 elles, semblaient provoqu\u00e9es par des causes externes, ce qui remettait en cause l\u2019\u00e9tiologie endog\u00e8ne de la n\u00e9vrose. Freud esquisse une r\u00e9ponse \u00e0 cette objection \u00e0 la th\u00e9orie des n\u00e9vroses qui anticipe sur la question du clivage\u00a0: ce que le moi ne parvient pas \u00e0 ma\u00eetriser, c\u2019est la confrontation avec \u00ab\u00a0le moi guerrier\u00a0\u00bb. Le moi pacifique serait d\u00e9stabilis\u00e9 par la d\u00e9couverte en lui-m\u00eame d\u2019un moi guerrier. Le conflit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du moi serait donc la cause de la d\u00e9compensation. Selon cette analyse, la n\u00e9vrose de guerre, comme les autres psychon\u00e9vroses, proc\u00e8derait donc d\u2019une \u00e9tiologie endog\u00e8ne et non externe. Reste pourtant une diff\u00e9rence notoire. Le conflit entre le moi pacifique et le moi guerrier semble, du point de vue topique, se situer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du moi. Dans les psychon\u00e9vroses, le conflit est situ\u00e9 entre l\u2019inconscient sexuel refoul\u00e9 et le pr\u00e9conscient. C\u2019est du moins ce qui semble devoir \u00eatre retenu dans une premi\u00e8re approche. Et c\u2019est \u00e0 l\u2019analyse de ce conflit intra-mo\u00efque que se consacre l\u2019ouvrage de Christophe Demaegdt<sup>7<\/sup>. Comme il le montre de fa\u00e7on convaincante, Freud ne va pas poursuivre dans cette voie qu\u2019il a pourtant ouverte. On est en 1919 et l\u2019ann\u00e9e suivante, Freud op\u00e8re un basculement majeur en introduisant un <em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em> o\u00f9 la n\u00e9vrose de guerre est admise comme une n\u00e9vrose traumatique. N\u00e9vrose traumatique qui fonctionne comme un arrachage du couvercle de la bo\u00eete de Pandore, d\u2019o\u00f9 jaillit une force destructrice tapie au fond de l\u2019\u00eatre humain, la pulsion de mort. Dans les <em>Nouveaux Fondements<\/em> Laplanche \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0La jouissance \u00e0 tout prix, c\u2019est le travail sans frein de la pulsion de mort\u00a0\u00bb<sup>8<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce donc que cette force destructrice qui \u00e0 partir de 1920 sera analys\u00e9e comme pulsion de mort&nbsp;? En fait ce n\u2019est pas une d\u00e9couverte nouvelle pour Freud. Auparavant, la destructivit\u00e9, il l\u2019avait envisag\u00e9e sous le titre de pulsion d\u2019emprise. \u00ab&nbsp;En 1905, la pulsion d\u2019emprise n\u2019avait pas pour but la souffrance d\u2019autrui, mais simplement n\u2019en tiendrait pas compte<sup>9<\/sup>\u00bb. Et en suivant encore Laplanche et Pontalis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Freud entend par pulsion d\u2019emprise une pulsion non sexuelle qui ne s\u2019unit que secondairement \u00e0 la sexualit\u00e9 et dont le but est de dominer l\u2019objet par la force&nbsp;\u00bb. Elle constitue le seul \u00e9l\u00e9ment pr\u00e9sent dans la cruaut\u00e9 originaire de l\u2019enfant. Derrida traduit <em>Bem\u00e4chtigungstrieb<\/em> par pulsion de pouvoir. \u00ab&nbsp;Si je dis \u00e0 l\u2019instant, dans votre direction mais sans destinataire identifiable&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oui, je souffre cruellement&nbsp;\u00bb, ou encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;On vous fait ou on vous laisse cruellement souffrir&nbsp;\u00bb, ou bien encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous la faites et vous le laissez cruellement souffrir&nbsp;\u00bb, voire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je me fais ou je me laisse cruellement souffrir&nbsp;\u00bb, eh bien, ces variations grammaticales ou s\u00e9mantiques, ces diff\u00e9rences entre faire souffrir, laisser souffrir, laisser faire etc., ces changements de personne &#8211; il pourrait y en avoir d\u2019autres, au singulier ou au pluriel, au masculin ou au f\u00e9minin, \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;vous&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;il(s)&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;elle(s)&nbsp;\u00bb, ces passages \u00e0 des formes plus r\u00e9fl\u00e9chies (\u00ab&nbsp;je me fais, ou me laisse cruellement souffrir&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;tu te fais ou tu te laisses cruellement souffrir&nbsp;\u00bb, etc.), toutes ces modifications possibles laissent un adverbe intact, un invariant qui semble, une seule fois pour toute, qualifier une souffrance, \u00e0 savoir la cruaut\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;cruellement&nbsp;\u00bb. S\u2019il y a quelque chose d\u2019irr\u00e9ductible dans la vie de l\u2019\u00eatre vivant, dans l\u2019\u00e2me, dans la psych\u00e9 (\u2026) et si cette chose irr\u00e9ductible dans la vie de l\u2019\u00eatre anim\u00e9 est bien la possibilit\u00e9 de la cruaut\u00e9 (la pulsion, si vous voulez, du mal pour le mal, une souffrance qui jouerait \u00e0 jouir de souffrir d\u2019un faire souffrir ou d\u2019un se-faire souffrir pour le plaisir), alors aucun autre discours &#8211; th\u00e9ologique, m\u00e9taphysique, g\u00e9n\u00e9tique, physicaliste, cognitiviste, etc. &#8211; ne saurait s\u2019ouvrir \u00e0 cette hypoth\u00e8se. Ils seraient tous faits pour la r\u00e9duire, l\u2019exclure, la priver de sens. Le seul discours qui puisse aujourd\u2019hui revendiquer la chose de la cruaut\u00e9 psychique comme son affaire propre, ce serait bien ce qui s\u2019appelle, depuis un si\u00e8cle \u00e0 peu pr\u00e8s, la psychanalyse&nbsp;\u00bb<sup>10<\/sup>. Au point o\u00f9 nous en sommes force est d\u2019admettre que si l\u2019on raisonne dans la premi\u00e8re topique &#8211; la topique du syst\u00e8me Inconscient \u2013 Pr\u00e9conscient-il faut la compl\u00e9ter et faire place \u00e0 deux sources pulsionnelles distinctes&nbsp;: les pulsions sexuelles d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les pulsions d\u2019emprise (ou de pouvoir) de l\u2019autre. Avec entre les deux une s\u00e9paration, un clivage.<\/p>\n\n\n\n<p>Soit\u00a0! Mais la question qui vient alors est celle de l\u2019origine de ces deux syst\u00e8mes s\u00e9par\u00e9s. Pour ce qui est de l\u2019inconscient sexuel on sait que sa formation est le r\u00e9sultat du refoulement. Dans la lecture que Laplanche propose des textes de Freud, il aboutit \u00e0 une th\u00e9orie traductive du refoulement. En substance il s\u2019agit de soutenir les \u00e9laborations premi\u00e8res de Freud, dont on retrouve par la suite plusieurs r\u00e9pliques en d\u00e9pit de son abandon des <em>neurotica<\/em> en 1897<sup>11<\/sup> et de l\u2019assertion selon laquelle la source de la pulsion se trouverait dans le biologique. Assertion que Laplanche voit comme un fourvoiement biologisant de la sexualit\u00e9<sup>12<\/sup>. Laplanche se retrouve plus pr\u00e8s de la conception de Ferenczi dans le texte d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 sur <em>La confusion de langues entre l\u2019adulte et l\u2019enfant<\/em>. Sur la base d\u2019une communication primitive entre l\u2019enfant et l\u2019adulte (relevant de l\u2019autoconservation, plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019attachement entendu comme une disposition naturelle de l\u2019enfant, inn\u00e9e et non sexuelle), l\u2019adulte r\u00e9pond aux messages corporels de l\u2019enfant (<em>grasping<\/em>, fouissement, recherche du contact avec la chaleur du corps de l\u2019adulte) par des comportements de soin\u00a0: portage, maintien du corps de l\u2019enfant contre son corps d\u2019adulte, nourrissage, etc\u2026 Ces comportements de soin de l\u2019adulte passent par un corps \u00e0 corps avec le corps de l\u2019enfant qui provoque en lui de l\u2019excitation sexuelle. De sorte que les messages auto-conservatifs ne peuvent pas demeurer rigoureusement dans le registre instrumental du soin ou de l\u2019hygi\u00e9no-di\u00e9t\u00e9tique. Ces messages sont compromis par son inconscient sexuel.\u00a0<em>De facto<\/em>\u00a0les messages de l\u2019adulte sont contamin\u00e9s de sexuel. C\u2019est ce que Laplanche d\u00e9signe sous le nom de \u00ab\u00a0message compromis\u00a0\u00bb. Dans ce corps \u00e0 corps du soin, l\u2019adulte \u00ab\u00a0implante\u00a0\u00bb dans le corps de l\u2019enfant un message qui a une fonction calmante au regard de l\u2019\u00e9tat endocrino-m\u00e9tabolique de l\u2019enfant. Mais il a aussi une dimension excitante, au plan \u00e9rotique et sensuel cette fois. Cette excitation sensuelle est tendanciellement d\u00e9stabilisante pour le moi en formation de l\u2019enfant et devient de ce fait exigence d\u2019un travail particulier, visant la liaison de cette excitation. Ce travail, selon Laplanche, prend la forme d\u2019une traduction du message par l\u2019enfant. Je dirais personnellement que la traduction ne porte pas directement sur le message. Ce que l\u2019enfant cherche \u00e0 comprendre et \u00e0 traduire, c\u2019est ce qui s\u2019\u00e9prouve dans son corps sous l\u2019effet des soins-messages-compromis de l\u2019adulte. La traduction &#8211; liaison de l\u2019excitation &#8211; profite, lorsque le proc\u00e8s parvient \u00e0 son ach\u00e8vement, \u00e0 l\u2019accroissement du pr\u00e9conscient et du moi de l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa11\">Mais dans l\u2019ombre de la traduction, il y a in\u00e9vitablement du non-traduit, un r\u00e9sidu qui a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la traduction, non seulement parce que l\u2019enfant ne dispose encore que de moyens limit\u00e9s de traduction, mais parce que toute traduction est imparfaite et laisse en attente du non-traduit. C\u2019est ce non-traduit persistant dans le corps comme source d\u2019excitation, qui constitue l\u2019inconscient sexuel refoul\u00e9. Le refoulement, en somme, est le pendant in\u00e9vitable du travail de traduction produit par le moi de l\u2019enfant. C\u2019est ainsi que la sexualit\u00e9 vient \u00e0 l\u2019enfant. Elle est le r\u00e9sultat de la s\u00e9duction in\u00e9vitablement associ\u00e9e par l\u2019adulte aux soins qu\u2019il donne \u00e0 l\u2019enfant. La th\u00e9orie de la s\u00e9duction assigne donc \u00e0 l\u2019autre adulte la responsabilit\u00e9 d\u2019entra\u00eener l\u2019enfant dans la sexualit\u00e9 humaine. C\u2019est ce que Laplanche vise lorsqu\u2019il parle de \u00ab\u00a0primat de l\u2019autre\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0retournement copernicien\u00a0\u00bb<sup>13<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les accidents de la s\u00e9duction<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans cette dynamique de s\u00e9duction-traduction, il y a du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019adulte les comportements de soin et du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019enfant l\u2019\u00e9veil d\u2019une sexualit\u00e9 qui doit beaucoup aux jeux que ce dernier exp\u00e9rimente avec son corps et avec le corps de l\u2019adulte. L\u2019\u00e9tayage de la pulsion sexuelle sur les fonctions organiques n\u2019est pas un processus solipsiste et endog\u00e8ne. L\u2019\u00e9tayage se joue entre l\u2019adulte et l\u2019enfant. A condition toutefois que l\u2019adulte soit capable de jouer \u00e0 ces jeux avec l\u2019enfant. C\u2019est la situation ordinaire qui pr\u00e9side \u00e0 la formation de la sexualit\u00e9 infantile. Mais parfois l\u2019adulte est \u00e0 son tour d\u00e9bord\u00e9 par l\u2019excitation qui se d\u00e9veloppe en lui au cours de ces jeux du corps. C\u2019est cette situation que Ferenczi analyse dans son texte sur la confusion de langue. L\u2019adulte emport\u00e9 par son inconscient sexuel abuse de l\u2019enfant. Et Ferenczi d\u2019en examiner les cons\u00e9quences sur le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant o\u00f9 le clivage occupe une place importante. Dans mon exp\u00e9rience clinique, en particulier dans le champ de la psychosomatique, j\u2019ai pu noter que ces jeux autour des soins du corps peuvent parfois exciter l\u2019adulte au point de provoquer un comportement compulsif. Non pas dans le sens de l\u2019abus sexuel, mais d\u2019un mouvement d\u2019aversion et de haine contre le corps de l\u2019enfant qui, <em>via<\/em> la perte de contr\u00f4le de son excitation, aboutit \u00e0 des actes de violence contre le corps de l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant d\u00e9bord\u00e9 par l\u2019excitation que provoque en lui la violence de l\u2019adulte, ou l\u2019abus sexuel, ne peut plus penser. Le moi de l\u2019enfant entre en crise et risque la rupture \u00e0 moins de r\u00e9agir <em>in extremis<\/em> par un \u00e9tat de stupeur, de sid\u00e9ration, de paralysie du pr\u00e9conscient. Dans cette situation, le moi \u00e9tant mis hors-jeu, il ne peut pas y avoir de travail psychique, il ne peut pas y avoir de traduction. S\u2019il n\u2019y a pas de traduction, il ne peut pas non plus y avoir de reste de traduction. En d\u2019autres termes, la dynamique traduction-r\u00e9sidu de traduction \u00e9tant impossible, il n\u2019y a pas de place ici pour le refoulement. Ce qui s\u00e9dimente au plan du fonctionnement psychique ne peut donc se situer du c\u00f4t\u00e9 inconscient sexuel refoul\u00e9\/pr\u00e9conscient. Au plan topique se forme un autre inconscient, non refoul\u00e9, non-traductif, radicalement intraduit que j\u2019ai propos\u00e9 de d\u00e9signer sous le nom d\u2019inconscient amential. Cet inconscient qui ne proc\u00e8de pas du refoulement se forme par une op\u00e9ration de\u00a0<em>proscription<\/em>, d\u2019exclusion, ou d\u2019enclavement, terme retenu par Laplanche\u00a0: au lieu d\u2019inconscient amential, il propose le terme d\u2019inconscient enclav\u00e9<sup>14<\/sup>. Cette topique fait appara\u00eetre le clivage non pas comme une d\u00e9fense, mais comme le r\u00e9sultat topologique de la diff\u00e9rence entre les proc\u00e8s de formation des deux inconscients, l\u2019un par le <em>refoulement<\/em>, l\u2019autre par la <em>proscription<\/em>. Il en r\u00e9sulte donc que chez la majorit\u00e9 des \u00eatres humains ordinaires s\u2019est form\u00e9 d\u00e8s l\u2019enfance un clivage entre deux inconscients, l\u2019inconscient sexuel refoul\u00e9 et l\u2019inconscient amential.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier inconscient, sexuel refoul\u00e9, est la source interne des pulsions sexuelles. Le secteur topique o\u00f9 il joue un r\u00f4le organisateur, poss\u00e8de toutes les caract\u00e9ristiques apparentes d\u2019un fonctionnement n\u00e9vrotique&nbsp;: le refoul\u00e9 tend \u00e0 revenir dans le pr\u00e9conscient sous les formes vari\u00e9es de l\u2019acte manqu\u00e9, du lapsus, du fantasme, du r\u00eave, du souvenir de couverture et du sympt\u00f4me. La censure entre l\u2019inconscient sexuel refoul\u00e9 et le pr\u00e9conscient fonctionne comme une membrane semi-perm\u00e9able. En revanche pour l\u2019inconscient amential, en temps normal, il n\u2019y a pas de retour. Lorsque, toutefois il se produit, le retour prend la forme de la pulsion d\u2019emprise ou pulsion de pouvoir, et son expression passe essentiellement par le registre de l\u2019acte &#8211; passage \u00e0 l\u2019acte &#8211; cruaut\u00e9 originaire de l\u2019enfant, dit Freud, destructivit\u00e9 plus ou mois bien ordonn\u00e9e du harc\u00e8lement, de la participation aux actes guerriers ou aux pratiques de la torture, chez l\u2019adulte. Et ce passage peut se produire \u00e0 l\u2019insu du moi. A moins que, profitant de l\u2019occasion de ce passage, l\u2019inconscient sexuel refoul\u00e9 apporte \u00e0 l\u2019acte une contribution qui est une forme particuli\u00e8re de co-excitation sexuelle. C\u2019est ce que Freud, semble-t-il, indique lorsqu\u2019il \u00e9crit en 1913, \u00e0 propos de \u00ab&nbsp;la pr\u00e9disposition \u00e0 la n\u00e9vrose obsessionnelle&nbsp;\u00bb&nbsp;: tandis que la passivit\u00e9 est soutenue par l\u2019\u00e9rotisme anal, \u00ab&nbsp;<em>l\u2019activit\u00e9<\/em> est due \u00e0 la pulsion d\u2019emprise au sens large, pulsion que nous sp\u00e9cifions sous le nom de sadisme quand nous la trouvons au service de la pulsion sexuelle&nbsp;\u00bb, \u00e0 propos de quoi commentant Freud, Laplanche et Pontalis \u00e9crivent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Freud entend par pulsion d\u2019emprise, une pulsion non sexuelle qui ne s\u2019unit que secondairement \u00e0 la sexualit\u00e9 et dont le but est de dominer par la force&nbsp;\u00bb. C\u2019est sans doute l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus d\u00e9rangeant du point de vue m\u00e9tapsychologique, en l\u2019occurrence du point de vue de l\u2019anthropologie psychanalytique&nbsp;: le clivage entre les deux inconscients serait pr\u00e9sent chez la plupart des \u00eatres humains ordinaires, et pas seulement chez les psychotiques, les <em>border-line<\/em> ou les sujets \u00e0 r\u00e9activit\u00e9 somatique. Cons\u00e9quence topique des conduites compulsives de l\u2019adulte \u00e0 forme d\u2019abus sexuel ou de violence sur le corps des enfants, l\u2019inconscient amential et son corollaire la pulsion d\u2019emprise (ou de pouvoir) r\u00e9sultent d\u2019un proc\u00e8s de formation probablement in\u00e9vitable. L\u2019\u00e9tendue topique de l\u2019inconscient amential, toutefois est sans doute variable d\u2019un individu \u00e0 l\u2019autre, en fonction de l\u2019importance des violences physiques ou sexuelles dont il a \u00e9t\u00e9 victime dans son enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la vie sociale quotidienne des individus ordinaires, la r\u00e9serve de destructivit\u00e9 contenue dans l\u2019inconscient amential est invisible. Parce que lorsqu\u2019elle se d\u00e9charge \u00e0 l\u2019ombre de la jouissance, cette derni\u00e8re ne se manifeste que dans l\u2019exercice de certains activit\u00e9s, en particulier dans le monde du travail (qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019entreprise, des actions de guerre ou de la pratique de la torture), plus ou moins bien s\u00e9par\u00e9es de la vie sociale ordinaire. Ainsi la s\u00e9paration des sph\u00e8res sociale et priv\u00e9e peut-elle r\u00e9pliquer et parfois contribuer \u00e0 maintenir le clivage qui s\u2019est form\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la subjectivit\u00e9. En fin de compte s\u2019\u00e9claire l\u2019\u00e9nigme de la collaboration de tant de gens ordinaires (c\u2019est-\u00e0-dire de gens qui ne sont pas des pervers organis\u00e9s), \u00e0 des actes de destructivit\u00e9 allant jusqu\u2019\u00e0 la torture, sans que cela leur occasionne de difficult\u00e9 psychique majeure. Ils collaborent, ils consentent \u00e0 apporter leur concours \u00e0 des actes que le sens moral r\u00e9prouve, et que bien souvent d\u2019ailleurs, ils r\u00e9prouvent eux-m\u00eames\u2026 du moins dans leur secteur n\u00e9vrotique (inconscient refoul\u00e9\/pr\u00e9conscient).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Destructivit\u00e9 et d\u00e9compensation<\/h2>\n\n\n\n<p>Reste bien s\u00fbr une derni\u00e8re question\u00a0: en l\u2019absence d\u2019ouverture bien temp\u00e9r\u00e9e de la br\u00e8che du clivage, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une activit\u00e9 \u00ab\u00a0professionnelle\u00a0\u00bb offrant la possibilit\u00e9 de jouir de sa destructivit\u00e9, que devient l\u2019inconscient amential\u00a0? Dans toutes les situations o\u00f9 la jouissance est provoqu\u00e9e par la s\u00e9duction venant de l\u2019autre, directement dans\u00a0<em>l\u2019exp\u00e9rience \u00e9rotique<\/em>\u00a0(au sens o\u00f9 l\u2019entend Georges Bataille) ou indirectement dans le\u00a0<em>champ social<\/em>\u00a0(comme le harc\u00e8lement public, les jeux du cirque ou les films\u00a0<em>trash<\/em>\u00a0propos\u00e9s par internet), il y a un risque de rupture non-temp\u00e9r\u00e9e du clivage. Et lorsque survient l\u2019\u00e9ruption amentiale, il y a soit un passage \u00e0 l\u2019acte violent (le raptus clastique), la fureur, soit une d\u00e9structuration de la topique psychique, dont la forme clinique \u00e0 la phase d\u2019\u00e9tat est l\u2019amentia, d\u00e9crite par Meynert<sup>15<\/sup>, c\u2019est-\u00e0-dire un \u00e9tat de confusion mentale avec une angoisse majeure. L\u2019amentia ou la lutte \u00e9perdue contre la crise amentiale, se traduit toujours par une d\u00e9compensation psychopathologique ou somatique grave. C\u2019est pourquoi il est possible de reconna\u00eetre dans ce r\u00e9servoir de destructivit\u00e9 que constitue l\u2019inconscient amential h\u00e9rit\u00e9 des accidents de la s\u00e9duction, ce qu\u2019\u00e0 partir de 1920 Freud vise sous le nom de pulsion de mort. Dont la d\u00e9signation toutefois m\u00e9riterait un correctif. Qu\u2019il s\u2019agisse du raptus amential, ou de la jouissance bien temp\u00e9r\u00e9e de la destructivit\u00e9, pulsion d\u2019emprise et pulsion de mort ne sont pas des pulsions. La d\u00e9finition de la pulsion en effet est donn\u00e9e, en 1915\u00a0: \u00ab\u00a0exigence de travail impos\u00e9e au psychisme du fait de ses relations avec le corps\u00a0\u00bb. Dans l\u2019esprit de ce texte m\u00e9tapsychologique, la pulsion est sexuelle et implique un travail psychique. La pulsion d\u2019emprise et la pulsion de mort quant \u00e0 elles ne sont pas sexuelles, m\u00eame si elles sont des rejetons des accidents de la s\u00e9duction. C\u2019est pourquoi il serait plus juste de parler de \u00ab\u00a0compulsion non sexuelle de mort\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste la derni\u00e8re configuration, o\u00f9 la topique du clivage perdure, sans jouissance ni d\u00e9charge de l\u2019inconscient amential, de fa\u00e7on stable, parfois sans aucune d\u00e9compensation pendant une vie enti\u00e8re. Comment l\u2019inconscient amential est-il alors contenu dans des limites o\u00f9 la destructivit\u00e9 ne se manifeste sous aucune forme&nbsp;? La topique du clivage dans ce cas est maintenue gr\u00e2ce \u00e0 la barri\u00e8re qu\u2019oppose \u00e0 l\u2019inconscient amential le syst\u00e8me conscient. Syst\u00e8me tr\u00e8s particulier, compos\u00e9 d\u2019un mixte d\u2019imaginaire social et de pens\u00e9e d\u2019emprunt, appropri\u00e9 subjectivement sur le mode de l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 une id\u00e9ologie mise \u00e0 disposition par la soci\u00e9t\u00e9, dont il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 question pr\u00e9c\u00e9demment \u00e0 propos de la rationalisation secondaire. Mais il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une question aussi difficile que d\u00e9rangeante, qu\u2019il n\u2019est pas possible d\u2019envisager dans le cadre de cet expos\u00e9, qui a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e r\u00e9cemment par Isabelle Gernet au cours des <em>Journ\u00e9es internationales Jean Laplanche<\/em> de Tutzing (juin 2016).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Freud d\u00e9clare en 1938&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je me trouve pour un moment dans l\u2019int\u00e9ressante position de ne pas savoir si ce que je vais communiquer doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant depuis longtemps connu et allant de soi ou comme \u00e9tant pleinement nouveau et d\u00e9concertant. Tel est je crois plut\u00f4t le cas&nbsp;\u00bb<sup>16<\/sup>. La topique du clivage plaide effectivement dans le sens de la conclusion de Freud. Le clivage est-il une banalit\u00e9&nbsp;? Oui, c\u2019est une banalit\u00e9 dans la mesure o\u00f9 on le retrouve finalement chez la plupart des humains. Ce qui n\u2019est pas banal, en revanche, c\u2019est d\u2019appr\u00e9cier, ensuite, les cons\u00e9quences de cette banalit\u00e9 au regard de la th\u00e9orie du fonctionnement psychique ordinaire, c\u2019est-\u00e0-dire les cons\u00e9quences m\u00e9tapsychologiques de cette banalit\u00e9 et de ce que cette derni\u00e8re implique non seulement au plan anthropologique, mais, au-del\u00e0, au plan politique&nbsp;; \u00e0 savoir&nbsp;: qu\u2019il y a dans tout \u00eatre humain, avec l\u2019inconscient amential, ce qu\u2019il faut pour en faire un tortionnaire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wrapper-children-grnote wp-block-list\"><li><div class=\"wrapper-note\">Ferenczi (1932)&nbsp;: \u00ab&nbsp;La confusion de langue entre les adultes et l\u2019enfant&nbsp;\u00bb in&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Psychanalyse IV, \u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Paris, Payot, 1982, p. 131.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Stevenson R L (1886)&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde<\/em>. Traduction par C-A Reichen, Lausanne, La guilde du livre (1991). Chapitre X&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le Dr Jekyll s\u2019explique&nbsp;\u00bb p. 105-136.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Ierunca V (1981)&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Pitesti. Laboratoire concentrationnaire<\/em>&nbsp;(1949-1952), Pr\u00e9face de Fran\u00e7ois Furet. Paris, Editions Michalon, 1996.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Browning C. (1992)&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Ordinary Men<\/em>. Harper Collins Publishers. Inc. Traduction fran\u00e7aise&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Des hommes ordinaires<\/em>. (Le 101\u00e8me bataillon de r\u00e9serve de la police allemande et la solution finale en Pologne). Pr\u00e9face P. Vidal-Naquet. Les Belles Lettres. 1994.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Milgram S. (1974)&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Obedience to Authority<\/em>. New York, Harper and Row.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Peze M. (2010)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le harc\u00e8lement au travail&nbsp;: contrainte par corps&nbsp;\u00bb in&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Observations cliniques en psychopathologie du travail<\/em>, Paris, PUF, Coll. Souffrance et th\u00e9orie, p. 109-130.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Demaegt C. (2016)&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Actuelles sur le traumatisme et le travail<\/em>, Paris, PUF, Coll souffrance et th\u00e9orie.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Laplanche J. (1987)&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Nouveaux fondements pour la psychanalyse<\/em>, Paris, PUF, p. 6.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Laplanche J. et Pontalis J-B (1967)&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Vocabulaire de la psychanalyse<\/em>&nbsp;; article&nbsp;: \u00ab&nbsp;emprise (pulsion d\u2019)&nbsp;\u00bb.<\/div> <\/li><li>Derrida J. (2003)&nbsp;:&nbsp;<em>L\u2019impossible au-del\u00e0 d\u2019une souveraine cruaut\u00e9<\/em>, in R. Major (dir)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Etats g\u00e9n\u00e9raux de la psychanalyse (juillet 2000)&nbsp;\u00bb. Editions Aubier Flammarion, Paris, p. 177-228. <\/li><li>Freud S. (1897)&nbsp;: Lettre n\u00b069 du 21 septembre 1897 in&nbsp;<em>La naissance de la psychanalyse<\/em>, Paris, PUF, 2009, p. 190-193, Freud S. (1912)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Du rabaissement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la vie amoureuse&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/span><em>OCFP<\/em>&nbsp;tome XI Paris PUF, p. 127-141. <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Laplanche J. (1993)&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Probl\u00e9matiques VII&nbsp;: Le fourvoiement biologisant de la sexualit\u00e9 chez Freud<\/em>, Paris, PUF, 2006<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Laplanche J. (1992)&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le primat de l\u2019autre en psychanalyse.<\/em>&nbsp;Chapitre \u00ab&nbsp;La r\u00e9volution Copernicienne inachev\u00e9e&nbsp;\u00bb, Flammarion, 1997, p III \u2013 XXXV.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Laplanche J. (2007)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sexual&nbsp;: la sexualit\u00e9 \u00e9largie au sens freudien&nbsp;\u00bb 2000-2006, Paris, PUF, 302 pages&nbsp;: \u00ab&nbsp;Trois acceptions du mot \u201cinconscient\u201d dans le cadre de la th\u00e9orie de la s\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e&nbsp;\u00bb, p 195-214.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Inceste et sexualit\u00e9 infantile<\/em>, (Conf\u00e9rence de Vienne 2006), p 275-292.<\/div> <\/li><li>Meynert T. (1867)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Der Bau der Gro\u00dfhirnrinde und seine \u00f6rtlichen Verschiedenheiten, nebst einem patholoisch-anatomischen Korollarium&nbsp;\u00bb.&nbsp;<em>Vierteljahrsschrift f\u00fcr Psychiatrie<\/em>, 1867-1868, 1: 77-93, 126-170, 198-217; 2: 88-113. <\/li><li>Freud S. (1938)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le clivage du moi dans le processus de d\u00e9fense&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>OCFP<\/em><, vol XX, p 221. <\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10520?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question que je voudrais examiner est celle des processus psychiques en cause dans la transformation d\u2019un \u00eatre humain ordinaire en tortionnaire. Pour ce faire je partirai de la clinique du harc\u00e8lement au travail. 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