{"id":10508,"date":"2021-08-22T07:32:10","date_gmt":"2021-08-22T05:32:10","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/fatum-jerome-zonder-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:32:10","modified_gmt":"2021-08-22T05:32:10","slug":"fatum-jerome-zonder","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/fatum-jerome-zonder\/","title":{"rendered":"Fatum. J\u00e9r\u00f4me Zonder"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify\">La Maison Rouge, Paris &#8211; <u>Jusqu&rsquo;au 10 mai 2015<\/u><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">En ce d&eacute;but d&rsquo;ann&eacute;e 2015 assombri par les &eacute;v&eacute;nements, nous nous demandons tous comment rendre compte de la barbarie. Avec quels mots ? Quelles images ? Nous nous heurtons &agrave; notre incapacit&eacute; &agrave; repr&eacute;senter l&rsquo;impensable. Les artistes, eux, visionnaires et intuitifs, sont peut-&ecirc;tre plus aptes &agrave; en trouver les moyens. J&eacute;r&ocirc;me Zonder est de ceux-l&agrave;. Transgressant ce qu&rsquo;il appelle &laquo; le diktat impos&eacute; par ceux qui ont d&eacute;cr&eacute;t&eacute; l&rsquo;impossibilit&eacute; de la repr&eacute;sentation &raquo;, il rel&egrave;ve le d&eacute;fi de repr&eacute;senter cette violence sous toutes ses formes, intime, historique, psychologique. C&rsquo;est d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment que ce jeune artiste a choisi d&rsquo;utiliser exclusivement le dessin, en noir et blanc, sur de tr&egrave;s grandes surfaces, refusant la gomme et le repentir, avec une incroyable virtuosit&eacute;. Car le crayon, dit-il, est plus pertinent que la peinture, moins s&eacute;ducteur aussi, pour incarner les horreurs corporelles et historiques. La Shoah, Hiroshima, le Rwanda sont les trois &eacute;v&eacute;nements historiques &laquo; qui constituent le n&oelig;ud de mon travail &raquo;. Pour rendre compte de cela, il m&eacute;lange tous les styles graphiques, il multiplie les r&eacute;f&eacute;rences &agrave; l&rsquo;histoire de la peinture (D&uuml;rer, Otto Dix, Ingres, Goya), le cin&eacute;ma, la BD. Et il m&eacute;lange aussi tous les registres du fonctionnement psychique, qui apparaissent simultan&eacute;ment dans un m&ecirc;me dessin. C&rsquo;est une remarquable illustration de la <em>Confusion des langues<\/em> de Ferenczi. Ou encore du <em>nourrisson savant,<\/em> version SM.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Ces dessins sont profond&eacute;ment d&eacute;rangeants. A les voir reproduits dans la presse, on peut &ecirc;tre tent&eacute; de ne pas y aller. Ce serait un tort. D&rsquo;abord parce que c&rsquo;est un artiste d&rsquo;un tr&egrave;s haut niveau. Ensuite parce que l&rsquo;exposition est con&ccedil;ue selon un dispositif tr&egrave;s innovant qui, paradoxalement, permet de se d&eacute;centrer de l&rsquo;horreur imm&eacute;diate. L&rsquo;espace de l&rsquo;exposition est enti&egrave;rement recouvert de graphismes, du sol au plafond, certains r&eacute;alis&eacute;s sur place par l&rsquo;artiste. Le spectateur -j&rsquo;allais dire le voyageur- parcourt un cheminement labyrinthique, d&eacute;couvrant les &oelig;uvres tout en &eacute;tant plong&eacute; dedans. &laquo; Dessiner c&rsquo;est creuser dans l&rsquo;image &raquo;, dit J&eacute;r&ocirc;me Zonder. En suivant ce trajet quasi-initiatique, nous creusons avec lui. Dans cet espace globalisant, les &oelig;uvres font partie d&rsquo;un ensemble qui t&eacute;moigne d&rsquo;une pens&eacute;e tr&egrave;s sophistiqu&eacute;e sur ce qu&rsquo;est une image, et plus sp&eacute;cifiquement une image de l&rsquo;horreur. Mais J&eacute;r&ocirc;me Zonder ne se contente pas de travailler &agrave; partir d&rsquo;images d&rsquo;archives, il nous livre toute une s&eacute;rie de sc&egrave;nes d&rsquo;enfants, qui sont peut-&ecirc;tre la partie la plus int&eacute;ressante de l&rsquo;exposition, la plus troublante aussi, et celle qui peut int&eacute;resser les psychanalystes. Trois enfants, &agrave; qui l&rsquo;artiste a donn&eacute; les pr&eacute;noms des personnages du film<em> Les Enfants du Paradis<\/em>, Garance, Baptiste et Jean-Fran&ccedil;ois sont ses mod&egrave;les, grandissant au fil des ans. Arm&eacute;s de couteaux, de ciseaux, de maillets, les enfants se livrent &agrave; des actes sexuels et des jeux sadiques, d&eacute;ployant tous les aspects de la sexualit&eacute; infantile d&eacute;crits par Freud et dont M&eacute;lanie Klein a r&eacute;v&eacute;l&eacute; l&rsquo;extr&ecirc;me sadisme, ce qu&rsquo;on ne lui a jamais pardonn&eacute;. Mais ces situations perverses mises en sc&egrave;ne par des enfants jouent sur le vacillement des limites entre la fiction et la r&eacute;alit&eacute;. Cet enfant couch&eacute; par terre, est-ce le cadavre d&rsquo;un enfant ? Ou un enfant qui joue au mort ? Ce qui est d&rsquo;observation courante. Est-ce que le couteau que tient la petite fille va r&eacute;ellement couper la t&ecirc;te de celui qui est assis devant elle, la t&ecirc;te enferm&eacute;e dans un sac en plastique, ligot&eacute; sur une chaise ? Mais &agrave; y regarder de plus pr&egrave;s, il n&rsquo;est attach&eacute; par aucune corde &hellip; Est-ce que ce sont alors deux enfants qui jouent un acte de terrorisme ? Ce qu&rsquo;ils voient tous les jours &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision. L&rsquo;un fait la victime, l&rsquo;autre le tortionnaire. Le malaise est accentu&eacute; par les d&eacute;formations corporelles, les mimiques d&rsquo;horreur ou de rire malin, les d&eacute;tails sexuels, les armes redoutables, m&eacute;lang&eacute;s &agrave; des jouets anodins, les masques. On est entre le &laquo; pour de vrai &raquo; et &laquo; pour de faux &raquo; que les enfants ma&icirc;trisent tr&egrave;s bien. Mais avec les photos d&rsquo;archives, les images de Didi-Huberman, dont l&rsquo;artiste s&rsquo;est aussi inspir&eacute;, on est bien dans le vrai&hellip; La terrible r&eacute;alit&eacute; s&rsquo;impose &agrave; nous. On n&rsquo;y &eacute;chappe plus.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">J&eacute;r&ocirc;me Zonder, artiste-penseur, expose la cruaut&eacute; potentielle du petit humain, ce que pourtant nous savons, mais pr&eacute;f&eacute;rons ignorer. Les enfants troublants de J&eacute;r&ocirc;me Zonder nous interpellent. On parle beaucoup du regard de la m&egrave;re sur son b&eacute;b&eacute;, mais qu&rsquo;en est-il du regard de l&rsquo;enfant sur l&rsquo;adulte ? Sont-ce des auto-portraits ? Jeune dipl&ocirc;m&eacute; des Beaux-Arts, l&rsquo;artiste a travaill&eacute; deux ans exclusivement sur des autoportraits, un &laquo; laboratoire &raquo;, dit-il. L&rsquo;autoportrait joue des regards crois&eacute;s du peintre et du spectateur. &laquo; Qui es-tu toi qui me regardes et m&rsquo;invites &agrave; te regarder ? Et que vois-tu ? &raquo;. Ces enfants montrent ce qu&rsquo;il en est. Et nous posent peut-&ecirc;tre une question redoutable : &laquo; Peut-on y &eacute;chapper ? &raquo;<\/p>\n<p><em>Simone Korff-Sausse<br \/>\nPsychanalyste SPP<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10508?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Maison Rouge, Paris &#8211; Jusqu&rsquo;au 10 mai 2015 En ce d&eacute;but d&rsquo;ann&eacute;e 2015 assombri par les &eacute;v&eacute;nements, nous nous demandons tous comment rendre compte de la barbarie. Avec quels mots ? Quelles images ? 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