{"id":10505,"date":"2021-08-22T07:32:10","date_gmt":"2021-08-22T05:32:10","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/les-enjeux-du-travail-clinique-en-detention-2\/"},"modified":"2021-09-19T12:40:54","modified_gmt":"2021-09-19T10:40:54","slug":"les-enjeux-du-travail-clinique-en-detention","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/les-enjeux-du-travail-clinique-en-detention\/","title":{"rendered":"Les enjeux du travail clinique en d\u00e9tention"},"content":{"rendered":"\n<p>La formation que nous, psychologues cliniciens, effectuons, ouvre \u00e0 la possibilit\u00e9 de rencontres multiples, au sein de cadres professionnels tr\u00e8s divers (la sant\u00e9, l\u2019enfance, l\u2019entreprise, le judiciaire, l\u2019arm\u00e9e, la police, en priv\u00e9&#8230;), et, plus r\u00e9cemment, dans le domaine p\u00e9nitentiaire. Mon exp\u00e9rience du milieu carc\u00e9ral me fait insister aujourd\u2019hui sur la particularit\u00e9 de ce lieu d\u2019exercice&nbsp;: la cl\u00f4ture, enceinte interdite, facteur de toutes les exacerbations.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fonctionnement de l\u2019institution p\u00e9nitentiaire touche &#8211; voire \u00e9branle &#8211; chacun. L\u2019impact de son fonctionnement en vase clos, ainsi que les rencontres de patients au comportement transgressif ne sont pas sans effet. On ne peut que s\u2019interroger sur notre pr\u00e9sence en tant que \u00ab&nbsp;soignant&nbsp;\u00bb dans un lieu de punition, de contrainte et de contention physique. La prison nous confronte \u00e0 la fascination li\u00e9e au traumatique. Une violence infiltre le quotidien carc\u00e9ral, dont \u00e9mane aussi une tr\u00e8s grande force d\u2019inertie, conjugu\u00e9e \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition monotone, immuable et mortif\u00e8re de l\u2019organisation du temps. Violence fantasmatique essentiellement, surtout ressentie et imagin\u00e9e. Le psychologue est exceptionnellement agress\u00e9 physiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail du clinicien est li\u00e9 \u00e0 notre capacit\u00e9 \u00e0 la relation et \u00e0 la symbolisation. Les enjeux cliniques sont de taille, dans un lieu o\u00f9 l\u2019individu est d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 d\u2019espace personnel, dont on sait qu\u2019il est aussi le repr\u00e9sentant de la fonction d\u2019enveloppe psychique. Il vit dans un espace cloisonn\u00e9, confin\u00e9, dans la promiscuit\u00e9, intrus\u00e9 par les regards qui passent \u00e0 travers \u00ab&nbsp;l\u2019\u0153illeton&nbsp;\u00bb de la porte close.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfermement, la d\u00e9privation, un d\u00e9s\u0153uvrement mortel, la suppression de la libert\u00e9 de bouger et de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019espace social, en m\u00eame temps qu\u2019une extr\u00eame d\u00e9pendance, tous ces aspects sont des r\u00e9alit\u00e9s particuli\u00e8res qui menacent l\u2019intimit\u00e9, l\u2019int\u00e9grit\u00e9, l\u2019identit\u00e9 du sujet, souvent d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s fragile avant d\u2019arriver ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin de se prot\u00e9ger, parfois de survivre \u00e0 l\u2019angoisse, au sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame et \u00e0 la peur, le d\u00e9tenu r\u00e9gresse&nbsp;; et il ne s\u2019agit pas ici de la r\u00e9gression au sens psychanalytique propice au travail psychique. Bien au contraire, il lui faut neutraliser toute pulsion, \u00e9chapper \u00e0 l\u2019emprise de la prison sur l\u2019espace, le corps et le temps en se r\u00e9fugiant dans le sommeil, les somnif\u00e8res, le \u00ab&nbsp;shit&nbsp;\u00bb, les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es. Mais une lutte contre cette r\u00e9gression se rencontre aussi, comme par exemple dans des activit\u00e9s de musculation effr\u00e9n\u00e9es. Se d\u00e9sinvestir soi-m\u00eame pour ne plus avoir \u00e0 renoncer \u00e0 quoi que ce soit, pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019\u00e9rosion insidieuse de la sensitivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La suspension de l\u2019agir conduit vers la d\u00e9pression. D\u2019autant plus que la temporalit\u00e9 en maison d\u2019arr\u00eat est l\u00e0 encore particuli\u00e8re. Le pr\u00e9venu se retrouve en \u00e9tat d\u2019apesanteur temporelle totale&nbsp;; il ignore tout des convocations par le juge d\u2019instruction, des visites de l\u2019avocat, de la date du jugement, de sa peine, de sa sortie\u2026 Pour l\u2019instant, et dans un temps qui s\u2019\u00e9tire \u00e0 l\u2019infini, il est condamn\u00e9 \u00e0 attendre&nbsp;! Dans ce contexte, notre identit\u00e9 professionnelle est \u00e9galement potentiellement menac\u00e9e de dilution. La question du sens de notre fonction, et du cadre \u00e0 construire et \u00e0 entretenir est essentielle. Cette notion de cadre renvoie \u00e0 celle du tiers, notion vitale dans un lieu totalitaire qui met sous emprise, nie les diff\u00e9rences et cr\u00e9e par cons\u00e9quent de la confusion, et qui tend sans cesse vers l\u2019hom\u00e9ostasie.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en valeur des personnes que le groupe social a \u00e9cart\u00e9es, les r\u00e9duisant \u00e0 des num\u00e9ros matricules, anonymes, est en opposition avec la r\u00e9duction \u00e0 la gestion, par l\u2019institution, d\u2019une masse indiff\u00e9renci\u00e9e. Le travail clinique est alors tellement mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve que cela peut nous conduire vers un besoin de r\u00e9paration totalement inconscient face \u00e0 la d\u00e9tresse. Mais \u00e9galement vers un volontarisme th\u00e9rapeutique, \u00e0 la mesure de la non-ma\u00eetrise de notre cadre. En maison d\u2019arr\u00eat, il est pr\u00e9f\u00e9rable de se pr\u00e9parer d\u2019embl\u00e9e \u00e0 la pens\u00e9e que, lorsqu\u2019on rencontre un patient, aucune ma\u00eetrise sur la dur\u00e9e du temps de prise en charge n\u2019est possible. Le d\u00e9tenu peut en effet rester quelques jours et \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 parce qu\u2019il a demand\u00e9 une libert\u00e9 provisoire&nbsp;; ou il peut rester quelques semaines ou quelques mois puis partir brusquement parce qu\u2019il est transf\u00e9r\u00e9 dans un autre \u00e9tablissement, \u00e0 cause de la surpopulation ou \u00e0 cause d\u2019un comportement ind\u00e9sirable, ou encore pour d\u2019autres raisons.<\/p>\n\n\n\n<p>La perspective d\u2019un jugement en Cour d\u2019Assises repr\u00e9sente la garantie d\u2019une meilleure co\u00efncidence entre r\u00e9alit\u00e9 externe et cadre interne, puisque le temps de d\u00e9tention pr\u00e9ventive avant la condamnation est, en moyenne, de deux ans. Mais c\u2019est l\u2019exception\u2026 Il est temps \u00e0 pr\u00e9sent de tenter d\u2019illustrer, \u00e0 travers trois vignettes, quelques aspects des enjeux de cette clinique en milieu carc\u00e9ral. Je reprendrai deux cas dans le livre que j\u2019ai \u00e9crit en 2013 (<em>Soigner en prison&nbsp;? Paradoxes. Parcours d\u2019une psychologue<\/em>, aux \u00e9ditions C\u00e9sura). Puis j\u2019exposerai le cas d\u2019un patient pour lequel la r\u00e9flexion n\u2019en finit pas de s\u2019affiner en apr\u00e8s-coups.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Madame A. \u00ab&nbsp;Femme-enfant ou la maternit\u00e9 en question.&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Ag\u00e9e de vingt-deux ans, cette jeune femme-enfant se retrouve incarc\u00e9r\u00e9e pour la mort de sa fille \u00e2g\u00e9e de deux ans, suite \u00e0 des coups qu\u2019elle lui avait port\u00e9s et dont elle ne se souvient pas. Le seul souvenir qu\u2019elle a gard\u00e9 est que, suite \u00e0 un choc contre le mur qui l\u2019a \u00ab&nbsp;r\u00e9veill\u00e9e&nbsp;\u00bb dit-elle, elle a demand\u00e9 \u00e0 sa fille \u00ab&nbsp;si elle avait bobo&nbsp;\u00bb. Le lendemain matin, la fillette \u00e9tait sans connaissance, et sa m\u00e8re demandait un m\u00e9decin, en m\u00eame temps qu\u2019une autopsie \u00e0 ce dernier. Le m\u00e9decin lui annon\u00e7ait le d\u00e9c\u00e8s de sa fille, d\u00fb sans doute \u00e0 une mort subite, \u00ab&nbsp;la mort subite du nourrisson&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Madame A., compl\u00e8tement d\u00e9molie psychiquement, me demande une psychoth\u00e9rapie sur les conseils de son avocat, mais aussi parce qu\u2019elle en ressent le besoin, dit-elle. Elle souffre tellement qu\u2019elle exprime un besoin d\u2019aide, m\u00eame si elle ignore en quoi consiste une psychoth\u00e9rapie. Bien que de contact facile, pendant plusieurs mois, les entretiens avec Madame A. sont \u00e9prouvants car elle pleure sans cesse, abondamment. Elle pleure sa petite fille.<\/p>\n\n\n\n<p>Les rencontres, sur une p\u00e9riode de deux ans, resteront difficiles, aussi parce qu\u2019elle ne sait pas parler d\u2019elle. Elle raconte des morceaux de son histoire personnelle, faisant comme si j\u2019\u00e9tais \u00e0 sa place. J\u2019ai donc eu beaucoup de difficult\u00e9s \u00e0 reconstituer une biographie&nbsp;; c\u2019est peu \u00e0 peu, dans une relation \u00e0 la fois de confiance et de d\u00e9pendance avec moi, qu\u2019elle a commenc\u00e9 \u00e0 tisser une trame \u00e0 sa propre histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Madame A. se trouvait dans un processus de deuil impossible \u00e0 r\u00e9aliser&nbsp;: elle pleurait la perte d\u2019un enfant qu\u2019elle avait elle-m\u00eame tu\u00e9&nbsp;; mais reconna\u00eetre et accepter cette monstruosit\u00e9 lui \u00e9tait inaccessible, sinon au prix d\u2019un d\u00e9doublement d\u2019elle-m\u00eame, qui diff\u00e9rencierait la \u00ab&nbsp;bonne m\u00e8re&nbsp;\u00bb de la m\u00e8re meurtri\u00e8re. Elle-m\u00eame avait \u00e9t\u00e9 enfant battue par un p\u00e8re reparti dans son pays d\u2019origine&nbsp;; enceinte \u00e0 quatorze ans d\u2019un homme \u00e9tranger toxicomane et violent \u00e0 son \u00e9gard&nbsp;; accouchant de ce premier enfant, mongolien, puis m\u00e8re de trois autres enfants dont le dernier est n\u00e9 lors de son incarc\u00e9ration&nbsp;; fille d\u2019une m\u00e8re immature, alcoolique et volage, en m\u00eame temps que fusionnelle, incarc\u00e9r\u00e9e autrefois pour des vols&nbsp;; et j\u2019ai pu tenter de comprendre avec elle comment Madame A. n\u2019a pas pu se forger une identit\u00e9 de base solide, structur\u00e9e. Totalement indiff\u00e9renci\u00e9e de sa m\u00e8re, de quelle mani\u00e8re pouvait-elle acqu\u00e9rir sa propre identit\u00e9 de m\u00e8re, et de femme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant des semaines, elle \u00e9tait effondr\u00e9e devant moi&nbsp;: j\u2019ai eu \u00e0 supporter avec elle un chagrin inextinguible, faisant craindre \u00e0 tout le monde un passage \u00e0 l\u2019acte suicidaire irr\u00e9m\u00e9diable. Madame A. \u00e9tait surveill\u00e9e comme le lait sur le feu par le personnel p\u00e9nitentiaire. Surveill\u00e9e en deux sens. En effet, d\u00e9couvrant qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 nouveau enceinte au d\u00e9but de son incarc\u00e9ration, Madame A. allait faire l\u2019objet d\u2019une surveillance tr\u00e8s suspicieuse&nbsp;: n\u2019allait-elle pas tuer son b\u00e9b\u00e9 puisqu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 tu\u00e9&nbsp;? \u00c9tait-elle capable de s\u2019occuper d\u2019enfant&nbsp;? Avait-elle m\u00eame le droit, dans le sens d\u2019un privil\u00e8ge, d\u2019\u00eatre enceinte&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il fallait en m\u00eame temps la prot\u00e9ger&nbsp;: tout comme dans notre soci\u00e9t\u00e9 actuelle, en prison, tout acte \u00e0 l\u2019encontre d\u2019un enfant appara\u00eet intol\u00e9rable, au point que les femmes ou les hommes incarc\u00e9r\u00e9s risquent d\u2019\u00eatre agress\u00e9s physiquement tr\u00e8s violemment. Cette surveillance est donc tr\u00e8s ambivalente&nbsp;: l\u2019administration p\u00e9nitentiaire se doit de garder et restituer intacts ses d\u00e9tenus, en m\u00eame temps que son personnel n\u2019est pas plus insensible que quiconque face \u00e0 la violence humaine. Heureusement, les r\u00e8gles sociales et institutionnelles sont l\u00e0 pour servir de rempart \u00e0 notre propre violence et \u00e0 un d\u00e9sir de vengeance parfois incontr\u00f4lable.<\/p>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Madame A. revenait sans rel\u00e2che sur la culpabilit\u00e9 d\u2019avoir tu\u00e9 sa fille, me r\u00e9duisant \u00e0 l\u2019impuissance, miroir de sa propre d\u00e9tresse. Cependant, l\u2019autre b\u00e9b\u00e9 arrivait. Quelque chose de la vie se manifestait en elle, qui l\u2019amenait \u00e0 raconter des choses d\u2019elle-m\u00eame, de sa vie. Elle s\u2019attachait \u00e0 moi, avait confiance. Lorsque le petit gar\u00e7on est n\u00e9, Madame A. allait mieux. Elle s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 d\u00e9sirer cet enfant, \u00e0 reprendre confiance en elle, et les surveillantes montraient moins d\u2019animosit\u00e9 \u00e0 son \u00e9gard. Nos rencontres hebdomadaires se sont alors d\u00e9plac\u00e9es \u00e0 la \u00ab&nbsp;nursery&nbsp;\u00bb. C\u2019est moi qui avais choisi de me d\u00e9placer \u00e0 la nursery, avec l\u2019id\u00e9e d\u2019accompagner et soutenir Madame A. dans cette nouvelle exp\u00e9rience de m\u00e8re, qui lui permettrait de reconsid\u00e9rer-consid\u00e9rer l\u2019image d\u2019elle-m\u00eame. J\u2019\u00e9tais donc pr\u00e9sente au sein de l\u2019intimit\u00e9 de sa chambre-cellule, assistant parfois \u00e0 la t\u00e9t\u00e9e et au change du matin. Moins d\u00e9prim\u00e9e, Madame A. parvenait \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 parler sans pleurer, \u00e0 s\u2019exprimer de fa\u00e7on plus adapt\u00e9e, \u00e0 faire revivre des souvenirs. C\u2019est comme si je l\u2019avais ranim\u00e9e. Je me la repr\u00e9sentais en effet comme une enfant, sans d\u00e9fense, spoli\u00e9e de sa propre existence, \u00e0 cause de violences \u00e0 son encontre et de l\u2019emprise de sa m\u00e8re. Elle n\u2019avait alors trouv\u00e9 que la violence \u00e0 sa disposition, impos\u00e9e \u00e0 elle comme mod\u00e8le d\u2019identification et comme issue pour survivre. Meurtrie par la naissance d\u2019un premier b\u00e9b\u00e9 mongolien alors qu\u2019elle \u00e9tait encore adolescente, battue par son mari, elle a retourn\u00e9 contre elle toutes ses pulsions agressives, dans un mouvement masochiste imp\u00e9rieux et puissant. Madame A. n\u2019avait de cesse de s\u2019accuser, se maltraitant elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait d\u2019\u00eatre incarc\u00e9r\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire s\u00e9par\u00e9e de son mari ind\u00e9pendamment de sa volont\u00e9, ainsi que nos entretiens, lui ont permis de se structurer un peu, et de se d\u00e9gager d\u2019une culpabilit\u00e9 destructrice. Elle a mis du temps avant de comprendre que son mari lui faisait du mal, et qu\u2019elle ne pouvait que penser combien elle \u00e9tait mauvaise puisqu\u2019elle avait caus\u00e9 la mort de sa fille. La p\u00e9riode du proc\u00e8s a \u00e9t\u00e9 un moment important o\u00f9, confront\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re elle-m\u00eame interpell\u00e9e par la justice au sujet de son comportement maternel, elle l\u2019a enfin un peu d\u00e9sid\u00e9alis\u00e9e, osant exprimer une agressivit\u00e9 jusque-l\u00e0 compl\u00e8tement \u00e9touff\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Monsieur D. \u00ab&nbsp;Vous avez dit pervers&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Le patient dont je vais parler illustre de mani\u00e8re encore diff\u00e9rente l\u2019investissement fait par les patients de l\u2019espace psychique que propose le psychologue. Monsieur D., \u00e2g\u00e9 d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es, est mis en examen pour crime sexuel \u00e0 l\u2019encontre de son petit-fils. Il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour des faits semblables sur des enfants auparavant. En fait, au fur et \u00e0 mesure que nous faisons connaissance, Monsieur D. me fait d\u00e9couvrir l\u2019ampleur de ses passages \u00e0 l\u2019acte, totalement intriqu\u00e9e \u00e0 celle de ses difficult\u00e9s sexuelles&nbsp;; il y a une probl\u00e9matique d\u2019identit\u00e9 sexuelle, par cons\u00e9quent d\u2019identit\u00e9 tout court. Monsieur D. me dit que, tr\u00e8s t\u00f4t, avant son adolescence, il \u00e9tait attir\u00e9 par les gar\u00e7ons, ce qui l\u2019a fait se convaincre, plus tard, qu\u2019il \u00e9tait homosexuel&nbsp;: il refusa de voir que c\u2019\u00e9tait toujours par les enfants qu\u2019il \u00e9tait attir\u00e9, et sera donc \u00e9tiquet\u00e9, \u00e0 son corps d\u00e9fendant, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 la justice, comme p\u00e9dophile. Je d\u00e9couvre encore des passages \u00e0 l\u2019acte incestueux sur ses filles&nbsp;; cela restera inabordable avec moi le temps de son incarc\u00e9ration \u00e0 Saint-Paul (anciennes prisons de Lyon), mais Monsieur D., courageusement, s\u2019empare de l\u2019espace psychologique que je lui propose et montre un d\u00e9sir de comprendre quelque chose du fonctionnement de sa personnalit\u00e9, \u00e0 la faveur de cette seconde interpellation par la justice. Il se met alors en qu\u00eate d\u2019ouvrages, outre nos entretiens r\u00e9guliers, de Fran\u00e7oise Dolto en particulier, psychanalyste d\u2019enfants. Il l\u2019a vue et entendue \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et \u00e0 la radio, et a l\u2019intuition qu\u2019il peut d\u00e9couvrir quelque chose de lui par cette approche. Il me rend compte de ce qu\u2019il comprend, et j\u2019utilise ses lectures pour l\u2019aider \u00e0 trouver-retrouver un peu le petit gar\u00e7on tr\u00e8s souffrant qu\u2019il a \u00e9t\u00e9. C\u2019est une recherche importante pour lui dans la mesure o\u00f9, cette fois, il se rend compte qu\u2019il se passe quelque chose&nbsp;; ce quelque chose est encore ext\u00e9rieur \u00e0 lui, \u00e7a l\u2019intrigue, d\u2019o\u00f9 sa recherche tr\u00e8s intellectuelle. Parall\u00e8lement \u00e0 la lecture, Monsieur D. regarde toutes les \u00e9missions \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision qui ont trait \u00e0 la d\u00e9linquance sexuelle, et la p\u00e9riode y est tr\u00e8s favorable \u00e0 ce moment-l\u00e0&nbsp;! Il est dans une recherche \u00e9perdue des diff\u00e9rences, de sa diff\u00e9rence. Il commence alors \u00e0 parler, pendant nos entretiens, de sa vie, et de l\u2019image tr\u00e8s n\u00e9gative qu\u2019il a de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre image encore lui a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e par les comptes-rendus de ses expertises psychiatriques et psychologique&nbsp;; portraits, explications, th\u00e9ories, ext\u00e9rieurs \u00e0 lui mais sur lui, et qui lui ont permis de commencer \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e0 son propre Moi, au \u00ab&nbsp;comment \u00e7a fonctionnait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb. Il est vrai que nous en sommes rest\u00e9s pendant toute une p\u00e9riode \u00e0 la description de ses passages \u00e0 l\u2019acte, \u00e0 une \u00e9num\u00e9ration au travers de laquelle je d\u00e9couvrais peu \u00e0 peu l\u2019ampleur de sa violence. Mais premi\u00e8re \u00e9tape n\u00e9cessaire, qui passait par le concret de la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>Les expertises ont repr\u00e9sent\u00e9 un pas de plus vers un travail de d\u00e9couverte de soi&nbsp;: rapports qui s\u2019adressaient \u00e0 lui directement, qui ne parlaient que de lui, mais \u00e9crits pour \u00eatre soumis publiquement au jugement de gens inconnus, jur\u00e9s et magistrats. C\u2019est bien l\u2019\u00e9preuve du proc\u00e8s, le fait de compara\u00eetre aux Assises, qui a fini de mobiliser Monsieur D. Il est arriv\u00e9 devant ses victimes, pr\u00e9sentes ou \u00e9voqu\u00e9es, avec l\u2019acceptation de sa culpabilit\u00e9 r\u00e9elle. Il reconnaissait enfin les faits pour ce qu\u2019ils \u00e9taient, c\u2019est-\u00e0-dire des actes de p\u00e9dophilie et une relation incestueuse, et non pas une homosexualit\u00e9 banalis\u00e9e, qui lui avait servi \u00e0 se dissimuler la gravit\u00e9 de son comportement.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de nos rencontres, j\u2019ai travaill\u00e9 avec lui la notion de violence.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur D. en effet r\u00e9p\u00e9tait sans cesse qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas violent, puisqu\u2019il n\u2019avait jamais forc\u00e9 les enfants \u00e0 venir chez lui, qu\u2019il ne les avait jamais forc\u00e9s s\u2019ils se refusaient \u00e0 lui. Il a peu \u00e0 peu pris conscience que la violence n\u2019est pas qu\u2019une r\u00e9alit\u00e9 physique, une chose que l\u2019on peut constater, mais que la violence morale, psychologique, est plus grave encore. Ce qu\u2019il avait ainsi d\u00e9couvert, c\u2019est surtout une diff\u00e9rence entre lui et les autres&nbsp;: m\u00eame s\u2019il n\u2019avait pas voulu faire de mal, les enfants qu\u2019il avait s\u00e9duits \u00e9taient victimes de lui, et n\u2019avaient pas ressenti les choses comme lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est arriv\u00e9 au proc\u00e8s avec cette notion, se disant pour la premi\u00e8re fois qu\u2019il avait r\u00e9p\u00e9t\u00e9 une transgression tr\u00e8s grave. Il commen\u00e7ait \u00e0 avoir honte. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 seulement, dans la psychoth\u00e9rapie, que Monsieur D. m\u2019a avou\u00e9 qu\u2019il ne se regardait jamais dans une glace depuis qu\u2019il \u00e9tait enfant, se peignant et se rasant \u00e0 vue, tant il se trouvait laid et repoussant. Il a os\u00e9 commencer \u00e0 se regarder dans un miroir en cellule. Le regard pos\u00e9 sur ce qu\u2019il y avait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui, lui permettait de se d\u00e9tacher d\u2019une enveloppe corporelle ha\u00efe, pour s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce qu\u2019il avait de \u00ab&nbsp;mauvais&nbsp;\u00bb, de ha\u00efssable en lui, contenu projet\u00e9 sur une image d\u00e9sastreuse de soi. Il a sans doute su toucher &#8211; cette fois dans un sens plus symbolique -, par sa volont\u00e9 de sinc\u00e9rit\u00e9, certaines des victimes, ses filles en particulier avec lesquelles il n\u2019avait plus aucun contact depuis longtemps. L\u2019une d\u2019elles, peu de temps apr\u00e8s le proc\u00e8s, lui a \u00e9crit que l\u2019image qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait faite de son p\u00e8re avait chang\u00e9&nbsp;; puis elle est venue le lui dire au parloir en prison.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur D. en \u00e9tait tr\u00e8s touch\u00e9 mais restait sur la d\u00e9fensive&nbsp;: comment pouvait-on rattraper tant de choses g\u00e2ch\u00e9es, \u00e9tait-il digne de respect, d\u2019estime, sans m\u00eame parler d\u2019amour&nbsp;? Sa r\u00e9action m\u2019a paru adapt\u00e9e dans la mesure o\u00f9 il avait saisi un peu la nature de son fonctionnement pervers et donc la difficult\u00e9 \u00e0 changer, ce que je ne m\u2019\u00e9tais pas fait faute de lui dire d\u2019embl\u00e9e, alors qu\u2019il me demandait de le changer. Ce bout de chemin que nous avons parcouru ne pr\u00e9dit rien de la suite&nbsp;: poursuite de la recherche introspective, stagnation, r\u00e9gression et r\u00e9p\u00e9tition&nbsp;? Avec les cons\u00e9quences qui en d\u00e9coulent par rapport au passage \u00e0 l\u2019acte, apaisement qui freine ou stoppe le recours \u00e0 l\u2019acte et \u00e0 la transgression, et \u00e9vite donc la r\u00e9cidive du comportement.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pr\u00e9sentation clinique fait ressortir l\u2019investissement d\u2019un patient dans un travail psychoth\u00e9rapique, la mani\u00e8re dont il a d\u00e9sir\u00e9 s\u2019emparer d\u2019un espace mis \u00e0 sa disposition, mais \u00e9galement l\u2019articulation justice-soin.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9, puis arr\u00eat\u00e9, que Monsieur D. -comme beaucoup d\u2019autres- s\u2019 est trouv\u00e9 confront\u00e9, par une intervention externe, \u00e0 ses actes. Il a \u00e9prouv\u00e9 un choc, qui l\u2019a, dans un second temps, confront\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame en temps qu\u2019individu coupable puis responsable de ses actes, \u00e0 la faveur de la mise entre parenth\u00e8ses, de la suspension de l\u2019agir que repr\u00e9sentent l\u2019arrestation puis l\u2019incarc\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Monsieur P.<\/h2>\n\n\n\n<p>Monsieur P. m\u2019a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9 par un psychiatre du S.M.P.R. (Service M\u00e9dico-Psychologique R\u00e9gional) alors qu\u2019il arrivait d\u2019une autre prison dans laquelle il avait fait une grave tentative de suicide. J\u2019ai pris en charge ce patient pendant six ans, de son \u00ab&nbsp;hospitalisation&nbsp;\u00bb dans notre service jusqu\u2019\u00e0 son transfert en maison centrale, suite \u00e0 une condamnation \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Monsieur P. a mobilis\u00e9 tout le service, surveillants p\u00e9nitentiaires compris, pendant presque toute la dur\u00e9e de son s\u00e9jour. Nous avons parl\u00e9 de lui de mani\u00e8re obs\u00e9dante, envahis autant par la description gla\u00e7ante des faits pour lesquels il \u00e9tait mis en examen, que par son mode de relation \u00e0 l\u2019autre, fond\u00e9 exclusivement sur l\u2019emprise et le clivage. Quels enjeux cliniques sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre, mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, face \u00e0 un homme qui n\u2019a pas en lui les limites qui emp\u00eachent de tuer, qui supprime purement et simplement qui le g\u00eane&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur P. en effet justifie, avec une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 parfaite, dans une toute-puissance sid\u00e9rante, le fait qu\u2019il ait assassin\u00e9 le mari de sa ma\u00eetresse, voulant seulement \u00ab&nbsp;rendre service&nbsp;\u00bb \u00e0 celle-ci parce qu\u2019il est convaincu que cet homme a abus\u00e9 de sa fille&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous avez vu \u00e0 combien sont condamn\u00e9s les violeurs&nbsp;? Je n\u2019ai fait que d\u00e9barrasser la terre d\u2019un salaud&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Comment ne pas \u00eatre \u00e9branl\u00e9 par quelqu\u2019un qui pense que les enfants sont des animaux, les animaux \u00e9tant eux-m\u00eames des enfants arr\u00eat\u00e9s dans leur d\u00e9veloppement&nbsp;? Quel type de traumatisme -irrepr\u00e9sentable bien s\u00fbr, impensable- a-t-il v\u00e9cu, qui lui fait placer l\u2019humanit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des animaux et d\u00e9nier l\u2019humain&nbsp;? Et qui le fait se penser lui-m\u00eame comme g\u00e9n\u00e9reux, parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;oblig\u00e9 d\u2019achever sa victime (la deuxi\u00e8me) par humanit\u00e9&nbsp;\u00bb, parce que le jeune homme r\u00e2lait et que \u00ab&nbsp;\u00e7a lui d\u00e9chirait le c\u0153ur&nbsp;\u00bb&nbsp;? Comment garder son sang-froid lorsque vous constatez que votre patient ne sait plus vous serrer la main, par peur de vous la broyer, parce qu\u2019il a (aurait&nbsp;?) d\u00e9j\u00e0 ainsi cass\u00e9 deux doigts&nbsp;? Toute la violence folle \u00e0 laquelle cet homme nous a confront\u00e9s touche aux confins de l\u2019acceptable et du pensable.<\/p>\n\n\n\n<p>La question du soin psychologique se pose forc\u00e9ment, face \u00e0 ce type de patient, qui nous a impos\u00e9 pendant longtemps ses justifications, rationalisations, son moralisme, ses incessantes plaintes et revendications somatiques. Pour tenter de saisir les enjeux -ce qui \u00e9tait mis en jeu- de la relation de mon patient \u00e0 nous, je vais le suivre dans les formes de sa tyrannie, exprim\u00e9e inlassablement \u00e0 deux niveaux&nbsp;: des plaintes somatiques, et une revendication-menace \u00e0 mourir. On l\u2019aura compris, c\u2019est par le corps que les choses passent, et c\u2019est par l\u2019exhibition de son propre an\u00e9antissement qu\u2019il nous montre les d\u00e9fenses extr\u00eames qu\u2019il a mises en place. Ces deux principales composantes \u00e9taient intriqu\u00e9es, et ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es par Monsieur P. selon son \u00e9tat psychique plus ou moins d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, et\/ou selon la quantit\u00e9 d\u2019excitation et d\u2019angoisse qui l\u2019habitaient et qu\u2019il \u00e9tait incapable de g\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il arrive au S.M.P.R., jusqu\u2019\u00e0 son jugement qui a lieu quatre ans apr\u00e8s son incarc\u00e9ration, Monsieur P. nous envahit, et nous malm\u00e8ne avec la question de sa mort. Il fixe des dates butoirs pour son suicide, dont il repousse \u00e0 chaque fois l\u2019\u00e9ch\u00e9ance, entra\u00eenant toute l\u2019\u00e9quipe avec lui dans ces agirs projectifs. A plusieurs reprises, l\u2019\u00e9quipe infirmi\u00e8re, \u00e9puis\u00e9e, sera amen\u00e9e \u00e0 souhaiter qu\u2019il passe \u00e0 l\u2019acte. N\u2019avons-nous pas aussi nos c\u00f4t\u00e9s pervers, sollicit\u00e9s alors par une anxi\u00e9t\u00e9 collective&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant des mois, au d\u00e9but de son s\u00e9jour, il nous harc\u00e8le pour un don d\u2019organes qu\u2019un Surmoi tr\u00e8s cruel lui imposait, \u00ab&nbsp;pour \u00eatre utile&nbsp;\u00bb, r\u00e9p\u00e9tant \u00ab&nbsp;j\u2019ai v\u00e9cu \u00e0 cinq cents pour cent et j\u2019ai tout vu&nbsp;\u00bb. La tyrannie s\u2019exerce de mani\u00e8re totalitaire, autant vis- \u00e0 vis de nous qu\u2019envers lui-m\u00eame, dans une relation d\u2019emprise insupportable. Il fallait qu\u2019on soit indestructible, pour ne pas \u00eatre son objet. Cela l\u2019amenait \u00e0 des positions d\u00e9lirantes, \u00e0 des raisonnements absurdes, sur un mode caract\u00e9riel qui lui \u00e9vitait l\u2019effondrement, face \u00e0 cette n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9viter l\u2019objet qui le renverrait \u00e0 son n\u00e9ant identitaire. Par exemple, parall\u00e8lement au don d\u2019organes, il r\u00e9clamait de mani\u00e8re insens\u00e9e la molaire de son chien mont\u00e9e en pendentif et rest\u00e9e \u00e0 la fouille&nbsp;; lass\u00e9 d\u2019ailleurs, un responsable p\u00e9nitentiaire a fini par la lui accorder.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois, exc\u00e9d\u00e9 d\u2019attendre un rendez-vous chez le dentiste, il a fini par se limer lui-m\u00eame la dent qui lui \u00ab&nbsp;\u00e9corchait la langue&nbsp;\u00bb. Une autre fois, il se rase les deux avant-bras en vue d\u2019un examen m\u00e9dical, arguant que lui au moins il conna\u00eet les r\u00e8gles d\u2019hygi\u00e8ne, et qu\u2019 \u00ab&nbsp;on n\u2019est jamais si bien servi que par soi-m\u00eame&nbsp;\u00bb&nbsp;! Ainsi le rapport \u00e0 son corps est-il perverti, le recours \u00e0 l\u2019acte venant pallier le d\u00e9ficit d\u2019organisation interne. Pour lui, le mot est la chose, il est pris au pied de la lettre. Pendant toute une p\u00e9riode par exemple, il s\u2019est obs\u00e9d\u00e9 \u00e0 guetter la sortie de ses boutons d\u2019herp\u00e8 s&nbsp;: un infirmier ne venait-il pas de lui dire que de cette fa\u00e7on il \u00ab&nbsp;ext\u00e9riorisait&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La violence physique d\u2019ailleurs le rassure, r\u00e9duite par lui \u00e0 \u00ab&nbsp;une simple question de technique&nbsp;\u00bb, tandis qu\u2019il ne supporte pas \u00ab&nbsp;la violence des sentiments au cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb, et ne regarde donc pas de films. La but\u00e9e contre une r\u00e9alit\u00e9 corporelle le prot\u00e8ge de l\u2019irruption d\u2019une angoisse d\u2019an\u00e9antissement, incarn\u00e9e pour lui dans la pr\u00e9sentation d\u2019affects dont il ne saurait que faire. Toutes les histoires avec son corps sont une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019appel \u00e0 un contenant. Tout au long de ces ann\u00e9es, nous avons support\u00e9, subi, l\u2019\u00e9tau de sa cruaut\u00e9, de sa froideur affective, et de son sadisme. Il me raconte un jour, par exemple, qu\u2019il a effectu\u00e9 sa sixi\u00e8me et sa cinqui\u00e8me \u00ab&nbsp;chez les fr\u00e8res&nbsp;\u00bb. Comme une bonne plaisanterie, il l\u00e2che, sous-entendant qu\u2019il en \u00e9tait l\u2019auteur&nbsp;: \u00ab&nbsp;un prof a re\u00e7u le contenu d\u2019une \u00e9prouvette\u2026 un autre a fait une chute de v\u00e9lo, sa dynamo avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9viss\u00e9e&nbsp;\u00bb. Ses \u00ab&nbsp;farces&nbsp;\u00bb le font rire, mais me font, \u00e0 moi, un peu froid dans le dos\u2026 dans mon apr\u00e8s-coup, et dans le contexte de notre relation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le souvenir du r\u00e9cit de ses deux assassinats s\u2019impose \u00e0 moi, le premier ayant bien failli \u00eatre un crime parfait, tant Monsieur P. avait peaufin\u00e9 chaque d\u00e9tail de la pr\u00e9paration de son crime. Il avait \u00e9quip\u00e9 son arme d\u2019un silencieux, fabriqu\u00e9 la poudre, \u00e9tudi\u00e9 en d\u00e9tail le trajet que devait prendre la balle pour qu\u2019on ne la retrouve pas, avec l\u2019objectif de faire passer le crime pour un accident d\u2019auto.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous n\u2019\u00e9tions pas au pays du fantasme&nbsp;! Mais c\u2019est parce que nous ne nous sommes pas laiss\u00e9s aller -individuellement et en \u00e9quipe- \u00e0 le r\u00e9duire \u00e0 sa perversion -rempart contre le d\u00e9lire de la psychose- donc \u00e0 le rejeter, que nous avons pu faire l\u2019effort d\u2019amener notre patient \u00e0 quelque chose de plus humanis\u00e9. Beaucoup plus tard, combien de fois a-t-il r\u00e9p\u00e9t\u00e9, convaincu, parfois \u00e9mu&nbsp;: \u00ab&nbsp;vous \u00eates ma famille, je n\u2019ai que vous&nbsp;\u00bb&nbsp;? Nous commencions \u00e0 avoir acc\u00e8s \u00e0 sa d\u00e9tresse, au niveau d\u2019une perception tr\u00e8s primaire.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019insiste ici sur l\u2019 importance d\u2019une \u00e9quipe qui parle, qui se parle et s\u2019affronte, afin de parvenir \u00e0 r\u00e9sister au d\u00e9sordre chaotisant, \u00e0 la destructivit\u00e9 tellement agissante chez de telles personnalit\u00e9s. Combien de fois avons-nous eu envie de l\u2019exp\u00e9dier ailleurs, confront\u00e9s \u00e0 notre impuissance, \u00e0 notre rage, \u00e0 nos positions contradictoires&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle est la nature du traumatisme primaire de Monsieur P.&nbsp;? Un jour, il me dit brutalement&nbsp;: \u00ab&nbsp;je suis un fibrome&nbsp;\u00bb. Devant mon \u00e9tonnement, il explique qu\u2019un m\u00e9decin, autrefois, lors d\u2019une consultation, avait d\u00e9couvert chez sa m\u00e8re un fibrome, mais qu\u2019 \u00ab&nbsp;il y avait aussi un b\u00e9b\u00e9&nbsp;\u00bb\u2026 et c\u2019\u00e9tait lui&nbsp;! N\u2019est-on pas l\u00e0 dans du traumatisme archa\u00efque, o\u00f9 vie et mort sont indiff\u00e9renci\u00e9es dans la psych\u00e9, o\u00f9 la vie s\u2019origine dans l\u2019horreur de la destruction&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>En six ans, il m\u2019a \u00e9t\u00e9 impossible de comprendre comment \u00e9tait compos\u00e9e sa fratrie, dans laquelle il y a eu plusieurs d\u00e9c\u00e8s. J\u2019ai malgr\u00e9 tout appris qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 en compagnie d\u2019enfants de la D.A.S.S. par une m\u00e8re sourde, cardiaque, pleine de rhumatismes, grosse&nbsp;; et qu\u2019il a appris \u00e0 coudre et cuisiner. Son p\u00e8re, alcoolique, cardiaque, est mort \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, d\u00e9shydrat\u00e9, apr\u00e8s avoir arrach\u00e9 sa perfusion, car, disait-il, \u00ab&nbsp;l\u2019eau c\u2019est pour les canards&nbsp;\u00bb&nbsp;! Le regard port\u00e9 sur ses parents est tr\u00e8s particulier. Il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;ils ne doivent pas se plaindre de moi, parce que c\u2019est eux qui m\u2019ont fait, moi j\u2019y ai \u00e9t\u00e9 pour rien\u2026Je leur ai toujours cach\u00e9 les choses graves, parce que \u00e7a aurait rien chang\u00e9 de toute fa\u00e7on&nbsp;\u00bb. Plainte path\u00e9tique et vertigineuse d\u2019un sentiment d\u2019abandon total. Il m\u2019a dit aussi qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 un enfant tr\u00e8s nerveux, calm\u00e9 avec du tranx\u00e8ne. \u00ab&nbsp;Un jour, il a fallu quatre adultes pour me ma\u00eetriser&nbsp;\u00bb. Le recours \u00e0 l\u2019acte, la recherche d\u2019une contenance par la toute-puissance exerc\u00e9e au-dehors lui ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires pour contenir un d\u00e9ferlement destructeur interne, afin de survivre psychiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est question l\u00e0 d\u2019une quantit\u00e9 d\u2019excitation, ing\u00e9rable, qui menace le sujet d\u2019an\u00e9antissement&nbsp;; il lui faut mettre en action des processus \u00e9vacuateurs, \u00e0 la place de processus int\u00e9grateurs, ici d\u00e9faillants. Un jour, Monsieur P. me dit qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rerait \u00ab&nbsp;mille fois aller casser des cailloux \u00e0 Tahiti parce que je redoute le soleil&nbsp;\u00bb, plut\u00f4t que d\u2019avoir \u00e0 endurer ce qui lui est inflig\u00e9 par la r\u00e9pression de ses pens\u00e9es&nbsp;: la subjectivation lui est intol\u00e9rable et il n\u2019a bien s\u00fbr pas acc\u00e8s \u00e0 la d\u00e9pression. Lorsqu\u2019il revient de la Cour d\u2019Assises par exemple, flanqu\u00e9 d\u2019une condamnation \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 assortie d\u2019une peine de s\u00fbret\u00e9 tr\u00e8s importante, son attitude est \u00e0 la fois path\u00e9tique et d\u00e9risoire. Il arrive en effet dans mon bureau en sautant \u00e0 cloche-pied, ridicule, me donnant envie de rire. Il s\u2019est, dit-il, fait une entorse au tribunal. Lorsqu\u2019il s\u2019est retrouv\u00e9 en cellule juste apr\u00e8s, il a bu une bi\u00e8re \u00ab&nbsp;tranquillement&nbsp;\u00bb, comme si de rien n\u2019\u00e9tait. Nous voyons la n\u00e9cessit\u00e9 pour lui du clivage (le Moi coup\u00e9 en deux), m\u00e9canisme de d\u00e9fense qui permet \u00e0 Monsieur P. de survivre psychiquement, par cons\u00e9quent physiquement aussi. La r\u00e9gression lui a \u00e9t\u00e9, \u00e9galement, inaccessible.<\/p>\n\n\n\n<p>Des s\u00e9ances de relaxation lui avaient \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es par la psychomotricienne. J\u2019ai alors \u00e9t\u00e9 alert\u00e9e par l\u2019angoisse qu\u2019il en exprimait, et me suis ouverte \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de mon inqui\u00e9tude, ayant peur qu\u2019il ne \u00ab&nbsp;d\u00e9compense&nbsp;\u00bb et en arrive \u00e0 se tuer, en perte d\u2019identit\u00e9, ainsi qu\u2019il l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9 ailleurs. Il me disait qu\u2019il avait envie de \u00ab&nbsp;dispara\u00eetre, sous le matelas\u2026 je me suis pourtant d\u00e9j\u00e0 mis dans un cercueil (il s\u2019en \u00e9tait fait fabriquer un), je ne suis pas du tout claustro, mais c\u2019\u00e9tait\u2026&nbsp;\u00bb. Il ne peut en dire plus, et je ressens avec lui un v\u00e9cu de mort trop proche. Les s\u00e9ances de relaxation ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es. Lorsque, deux ans apr\u00e8s sa condamnation, son d\u00e9part pour une Centrale approche, Monsieur P. me dit sereinement qu\u2019il n\u2019a pas de deuil \u00e0 faire (son psychiatre lui avait demand\u00e9 de se pr\u00e9parer \u00e0 la s\u00e9paration), \u00ab&nbsp;puisque je sais que vous continuez \u00e0 travailler ici&nbsp;\u00bb. La force du d\u00e9ni lui \u00e9vite de mani\u00e8re radicale toute approche subjective, et donc la souffrance entra\u00een\u00e9e par la probl\u00e9matique de la s\u00e9paration et du deuil&nbsp;; mais en m\u00eame temps, sa conviction m\u00e9galomaniaque quant \u00e0 la place perp\u00e9tuelle \u00e0 laquelle il m\u2019assigne, le prot\u00e8ge d\u2019un effondrement car il y a bien eu relation avec moi. Une fois transf\u00e9r\u00e9, de fa\u00e7on rituelle pendant quelques ann\u00e9es, l\u2019un de mes patients qui avait s\u00e9journ\u00e9 au S.M.P.R. et se retrouvait dans la m\u00eame centrale, m\u2019a fait passer par courrier \u00ab&nbsp;le bonjour de qui vous savez&nbsp;\u00bb&nbsp;: comme un clin d\u2019\u0153il, mais avec un anonymat qui le pr\u00e9servait du rapprochement avec l\u2019objet subjectiv\u00e9 que je pouvais repr\u00e9senter et pour lequel il n\u2019\u00e9tait pas encore pr\u00eat, sinon au risque d\u2019une d\u00e9compensation de nature psychotique.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil des ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s, le corps de Monsieur P. s\u2019est apais\u00e9, et il ne cherchera plus \u00e0 cliver l\u2019\u00e9quipe, les bons pouvant devenir les mauvais du jour au lendemain, et inversement. L\u2019enjeu de la clinique, dans ce type de rencontre, n\u2018est-il pas, entre autres, le fait de pouvoir supporter la non-liaison entre une partie destructrice du sujet, et une autre partie, traumatis\u00e9e, \u00e0 l\u2019abandon, sans \u00e9tayage, qui poussait notre patient \u00e0 r\u00e9clamer, exiger du soin \u00e0 corps et \u00e0 cris, au sens propre de l\u2019expression&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour terminer, je dirais que les deux institutions, p\u00e9nitentiaire et psychiatrique, ont jou\u00e9, pour ce patient, chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, de par leur sp\u00e9cificit\u00e9, un r\u00f4le important d\u2019absorption et de contenance de ses pulsions destructrices. Il s\u2019est peu \u00e0 peu apais\u00e9, en moindre danger de perte identitaire. Il a eu moins besoin d\u2019avoir recours \u00e0 la mort, tout \u00e0 la fois d\u00e9ni\u00e9e et signe d\u2019une toute-puissance repr\u00e9sentant la seule but\u00e9e envisageable lui permettant de survivre psychiquement. Il a alors accept\u00e9 l\u2019id\u00e9e (mais ne l\u2019a pas comprise) que tuer, \u00e7a ne se fait pas. Il n\u2019a pas de fantasme \u00e0 ce sujet, n\u2019est pas dans la honte ni ne ressent de culpabilit\u00e9. Il a des principes, violents, implacables, qui \u00e9vincent la diff\u00e9renciation, la subjectivation, l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 de l\u2019existence d\u2019un objet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Aux WC, tout le monde baisse sa culotte de la m\u00eame fa\u00e7on&nbsp;\u00bb. A d\u00e9faut de repr\u00e9sentations, nous avons cependant laiss\u00e9 en lui des traces. Ainsi, avant de partir, il reconna\u00eet qu\u2019il se sent fragilis\u00e9 \u00ab&nbsp;parce que je me suis ouvert ici&nbsp;\u00bb. Il en deviendrait presque touchant, s\u2019il n\u2019ajoutait imm\u00e9diatement qu\u2019il reprend la pratique du yoga (de mani\u00e8re effr\u00e9n\u00e9e et obsessionnelle), disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est pour me faire une peau parce que je suis \u00e9corch\u00e9 vif&nbsp;\u00bb, me mettant cr\u00fbment, une fois de plus, face \u00e0 sa b\u00e9ance. Il me raconte un r\u00eave quelques temps apr\u00e8s sa condamnation, qui rend compte de son angoisse d\u2019engloutissement et peut-\u00eatre de dissolution ou de liqu\u00e9faction&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est la premi\u00e8re fois que je fais un r\u00eave de la sorte\u2026 j\u2019\u00e9tais au lit avec mon amie, et excusez-moi mais je vais \u00eatre un peu grossier, je mettais un doigt dans son sexe, et puis l\u00e0 \u00e7a devient compl\u00e8tement bizarre, je me suis retrouv\u00e9 dans son ventre&nbsp;\u00bb. Je comprends alors le fait qu\u2019il entreprend des \u00e9tudes de psychologie \u00ab&nbsp;pour \u00eatre comme vous&nbsp;\u00bb, comme une tentative de repr\u00e9sentation de lui-m\u00eame, d\u2019organisation d\u2019un Moi primaire. Je n\u2019ai jamais re\u00e7u le m\u00e9moire qu\u2019il m\u2019avait tant fait miroiter\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure, je soulignerai \u00e0 nouveau la paradoxalit\u00e9 du fait d\u2019ouvrir un espace de libert\u00e9 de parole, de subjectivation, dans un lieu de contention physique et de punition. L\u2019articulation est difficile entre les enjeux s\u00e9curitaires et les enjeux cliniques-th\u00e9rapeutiques. Notre cadre, autant externe qu\u2019interne, est toujours en \u00e9quilibre, voire mis en p\u00e9ril, de par la confrontation aux modes de fonctionnement de la prison. En maison d\u2019arr\u00eat, il y a une r\u00e9elle difficult\u00e9 \u00e0 instaurer une stabilit\u00e9 de la temporalit\u00e9 des rencontres. Tout pousse l\u2019individu incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 ne pas penser, \u00e0 \u00ab&nbsp;se vider la t\u00eate&nbsp;\u00bb, \u00e0 consid\u00e9rer ce temps-l\u00e0, in-d\u00e9fini, comme perdu, \u00e0 le r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant pour ne pas avoir \u00e0 le vivre. Le groupe social fait le choix de privil\u00e9gier la s\u00e9curit\u00e9 des citoyens -notion tr\u00e8s subjective \u00e9galement- en d\u00e9robant au regard de la collectivit\u00e9 les auteurs de transgressions.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des enjeux du travail clinique ne sera-t-il pas alors de savoir rester au plus pr\u00e8s du v\u00e9cu de chaque patient&nbsp;? De pouvoir cr\u00e9er et sauvegarder une relation d\u2019objet dans laquelle se rejoue tout ce qui est interne au sujet, malgr\u00e9 la tension extr\u00eame entre un environnement drastique et son propre id\u00e9al th\u00e9rapeutique&nbsp;? De tendre vers les mises en repr\u00e9sentation d\u2019affects violents, sans tomber dans le pi\u00e8ge d\u2019une id\u00e9ologie du processus de remaniement psychique&nbsp;? On oscille parfois, comme nos patients, de l\u2019activisme \u00e0 la d\u00e9pression, en miroir de ce vide de la pens\u00e9e \u00e9voqu\u00e9 plus haut.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre enjeu, actuellement, est li\u00e9 \u00e0 la notion de sanction, aux rapports entre le p\u00e9nal et le m\u00e9dical. La peine, en effet, tire de plus en plus sa l\u00e9gitimit\u00e9 de la r\u00e9f\u00e9rence aux soins. La sanction glisse insensiblement vers le th\u00e9rapeutique. Le soin psychique s\u2019impr\u00e8gne d\u2019ambigu\u00eft\u00e9, au risque de se transformer en peine, r\u00e9duit alors \u00e0 la seule contrainte, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du processus de subjectivation et de la libert\u00e9 psychique.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10505?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La formation que nous, psychologues cliniciens, effectuons, ouvre \u00e0 la possibilit\u00e9 de rencontres multiples, au sein de cadres professionnels tr\u00e8s divers (la sant\u00e9, l\u2019enfance, l\u2019entreprise, le judiciaire, l\u2019arm\u00e9e, la police, en priv\u00e9&#8230;), et, plus r\u00e9cemment, dans le domaine p\u00e9nitentiaire. Mon&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1215],"thematique":[278,351,290],"auteur":[1460],"dossier":[614],"mode":[61],"revue":[615],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10505","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychopathologie","thematique-institution","thematique-societe","thematique-violence","auteur-elisabeth-clavairoly","dossier-la-criminalite-aujourdhui-dans-la-pratique-clinique","mode-gratuit","revue-615","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10505","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10505"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10505\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14375,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10505\/revisions\/14375"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10505"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10505"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10505"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10505"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10505"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10505"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10505"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10505"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10505"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}