{"id":10496,"date":"2021-08-22T07:32:10","date_gmt":"2021-08-22T05:32:10","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/le-sujet-tel-quil-souvre-2\/"},"modified":"2021-09-16T00:06:07","modified_gmt":"2021-09-15T22:06:07","slug":"le-sujet-tel-quil-souvre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-sujet-tel-quil-souvre\/","title":{"rendered":"Le sujet tel qu\u2019il s\u2019ouvre"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019organisation de ce colloque r\u00e9sulte en bonne partie d\u2019interrogations sur les positions th\u00e9oriques divergentes gravitant autour de la notion de \u00ab&nbsp;traumatique&nbsp;\u00bb. Elles utilisent les m\u00eames mots, interpr\u00e8tent bien s\u00fbr une clinique commune mais tendent des conceptualisations tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Le fond, \u00e0 la fois de ce qui mettrait le plus facilement d\u2019accord et, en m\u00eame temps et tr\u00e8s vite anime bien des contradictions, se centre d\u2019une abr\u00e9viation devenue extr\u00eamement commune et finalement plut\u00f4t floue&nbsp;: \u00ab&nbsp;trauma&nbsp;\u00bb. Comment \u00e9largir le mot&nbsp;? lui redonner sa gravit\u00e9, son poids propre, son histoire singuli\u00e8re&nbsp;? Voil\u00e0, il s\u2019agit de passer au tamis cette question, \u00e0 travers la clinique des \u00e9tats limites \u00e0 l\u2019adolescence laquelle va nous permettre, il nous semble, de mieux d\u00e9rouler une n\u00e9cessit\u00e9 de diff\u00e9renciation, de penser ce \u00ab&nbsp;trauma&nbsp;\u00bb certainement pas comme ensemble reproductible pour tous les \u00e2ges et tous les types d\u2019individus.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, toutes les hypoth\u00e8ses \u00e9tiopathog\u00e9niques sur le fonctionnement limite ont relev\u00e9 la notion d\u2019ant\u00e9c\u00e9dents de traumatismes, d\u2019impacts traumatiques et nous interrogerons ce lien qui appara\u00eet d\u00e8s lors comme d\u2019\u00e9vidence pour nombre de professionnels. Seulement\u2026 parle-t-on tous de la m\u00eame chose&nbsp;? Le titre retenu, \u00ab&nbsp;<em>M\u00e9moire Traumatique et fonctionnement limite<\/em>&nbsp;\u00bb, axe la r\u00e9flexion en laissant facilement \u00e9voquer le concept de <em>Trace mn\u00e9sique<\/em>, soit l\u2019axe d\u00e9veloppemental d\u2019une <em>pr\u00e9-organisation limite<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci rejoint \u00e9videmment la th\u00e9orie de l\u2019<em>apr\u00e8s-coup<\/em>, laquelle renvoie imm\u00e9diatement \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, faisant un pont &#8211; une m\u00e9moire&nbsp;? &#8211; avec ce qui se d\u00e9gage d\u2019un \u00e9v\u00e8nement. Les traces mn\u00e9siques contiennent les exp\u00e9riences sensorielles, \u00e9galement des petites quantit\u00e9s qui, n\u2019ayant pu \u00eatre \u00e9labor\u00e9es, associ\u00e9es \u00e0 des ensembles mn\u00e9siques plus grands, sont rest\u00e9es en suspens, en attente. On insistera ici sur la base sensorielle de l\u2019enregistrement, la trace mn\u00e9sique \u00e9tant d\u00e9finie entre conscience et perception&nbsp;: nous verrons gr\u00e2ce \u00e0 Fran\u00e7ois Ansermet <sup>1<\/sup> notamment comment elle vit au plus pr\u00e8s du corps et de ses impulsions. Et c\u2019est bien en interrogeant jusqu\u2019\u00e0 elle, strate par strate, ce qui peut se r\u00e9sumer comme m\u00e9moire traumatique, et qui d\u00e9passe largement la notion de pleine conscience des souvenirs, que nous soutiendrons l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une pr\u00e9-organisation limite. L\u2019exp\u00e9rience traumatique doit \u00eatre v\u00e9cue \u00e0 une p\u00e9riode o\u00f9 les traces mn\u00e9siques ne trouvent pas le moyen de leur traduction, dit Freud <sup>2<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur cet \u00ab&nbsp;apr\u00e8s&nbsp;\u00bb de l\u2019apr\u00e8s-coup, pour commencer de nous \u00e9clairer, nous pouvons associer la th\u00e9orisation de \u00ab&nbsp;situation non encore advenue&nbsp;\u00bb telle que Hayd\u00e9e Faimberg <sup>3<\/sup> la d\u00e9veloppe. Selon moi, c\u2019est bien la d\u00e9signation d\u2019une charni\u00e8re floue, mal d\u00e9finie, intrigante (qui pousse aux intrigues&nbsp;?), entre les traces mn\u00e9siques \u00e9voqu\u00e9es et un \u00e9v\u00e8nement possiblement traumatique. Un entre-deux, pas encore v\u00e9ritablement traumatique, en singulier suspens cependant, laissant planer son impression de menace, laquelle am\u00e8ne parfois les patients vers le trauma. Dans un autre cadre, Yoann Loisel <sup>4<\/sup> a d\u00e9crit aussi l\u2019apparente traumatophilie du patient limite, l\u2019orientation des agirs selon un \u00ab&nbsp;avant-coup&nbsp;\u00bb d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s organis\u00e9, d\u2019architecture transg\u00e9n\u00e9rationnelle m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Hayd\u00e9e Faimberg, elle, d\u00e9crit cette <em>situation non encore advenue<\/em> dans la dynamique de la cure classique, prenant l\u2019analysant et l\u2019analyste par surprise, lesquels d\u00e9couvrent ensemble un sc\u00e9nario inconscient, m\u00e9connu d\u2019eux, pourtant pr\u00e9sent depuis longtemps. Pour dire les choses simplement, ou davantage sur notre pont de la clinique institutionnelle, ce serait le cas de ces patients pour lesquels les \u00e9quipes s\u2019accordent si facilement sur le vite dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;y\u2019a du trauma&nbsp;\u00bb. Sorte de carte invariablement sortie par l\u2019un d\u2019entre nous, qui ne parle pas pr\u00e9cis\u00e9ment, le plus souvent, de maltraitances ou d\u2019abus, voire de n\u00e9gligences mais, plus largement, d\u2019une clinique qui \u00ab&nbsp;sent&nbsp;\u00bb le trauma. Cette s\u00e9miologie est g\u00e9n\u00e9ralement mal d\u00e9finie, le plus souvent on note au moins la discontinuit\u00e9 et la r\u00e9p\u00e9tition, des difficult\u00e9s qui sont celles du patient limite, il semble alors essentiel de mieux la circonscrire, d\u2019essayer, pour nous-m\u00eames, de filtrer davantage l\u2019\u00e9prouv\u00e9 quantitatif en petites quantit\u00e9s, temp\u00e9rer\u2026 ce qui revient \u00e0 explorer, on le verra, la question du suffisamment tendre avec l\u2019adolescent.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est bien l\u00e0 que nous sommes, tr\u00e8s vite, d\u00e9j\u00e0, inexorablement, justement aussi, au site corporel de l\u2019intrigue et des sympt\u00f4mes&nbsp;: notre corps soignant, notre coh\u00e9sion, le corps de l\u2019ado avec la charge pubertaire, singuli\u00e8rement ce qui s\u2019y joue et ce qui s\u2019y d\u00e9joue, ou n\u2019y arrive pas. Notre tact, notre int\u00e9r\u00eat aussi, c\u2019est plus massivement et pr\u00e9cocement qu\u2019on l\u2019imagine, du sensoriel pour l\u2019adolescent, notamment lorsqu\u2019il s\u2019agit de faire cet indispensable travail d\u2019une r\u00e9exploration des traces mn\u00e9siques. La question d\u00e9tective est souvent n\u00e9cessaire, comme pr\u00e9alable, comme n\u00e9cessit\u00e9 de reconna\u00eetre (conna\u00eetre, rassembler les ant\u00e9c\u00e9dents ne suffit pas), mais le soin c\u2019est davantage sans doute l\u2019exploration-requalification de ces traces par le relationnel soign\u00e9-soignant.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9voque donc une certaine qualit\u00e9 ou temporalit\u00e9 psychique, permettant d\u2019exprimer des situations psychiques nouvelles et pas encore repr\u00e9sentables&nbsp;: ce fait myst\u00e9rieux d\u2019un trauma non encore connu du patient et pourtant bien pr\u00e9sent&nbsp;? C\u2019est parfois, en tous cas, un tel v\u00e9cu dissonant qui para\u00eet amener le patient \u00e0 chercher du trauma pour y donner du sens. Une compulsion qui s\u2019ent\u00e9rine \u00e0 d\u00e9faut de rencontrer un soin suffisamment attentif \u00e0 divers d\u00e9tails sonnant curieusement. Oui, \u00e9couter o\u00f9 l\u2019inconscient nous parle, en ayant suffisamment \u00e0 l\u2019esprit que \u00e7a ne passe certainement pas par le langage, du moins le verbe. Ce sont des situations, agies, o\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre ensemble, institutionnellement (c\u2019est tout simplement mieux pour \u00eatre plusieurs \u00e0 penser), quelque chose sans savoir pr\u00e9cis\u00e9ment de quoi il s\u2019agit. On raconte ensemble une histoire\u2026 laquelle est en place et active depuis bien longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud nous a enseign\u00e9 que c\u2019est l\u2019\u00e9motion associ\u00e9e \u00e0 une effraction qui est traumatique, non l\u2019effraction elle-m\u00eame. De rester sur \u00ab&nbsp;l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb, Freud \u00e9voquait d\u2019ailleurs l\u2019effet du traumatisme avec cette formule&nbsp;: un \u00ab&nbsp;corps \u00e9tranger interne&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>. Oui mais, depuis quand&nbsp;? D\u2019autant plus en effet qu\u2019on interroge la m\u00e9moire, qu\u2019on la met au travail, qu\u2019on la d\u00e9couvre progressivement, il nous semble tr\u00e8s licite de nous d\u00e9caler de la th\u00e9orie traumatique \u00ab&nbsp;externe&nbsp;\u00bb&nbsp;: tout sur une cause venue du dehors, indubitable, comme dans la conceptualisation du syndrome de stress post-traumatique. Il s\u2019agit au contraire de relever la vuln\u00e9rabilit\u00e9 individuelle pr\u00e9alable, l\u2019organisation du pare-excitant, ce qui revient \u00e0 examiner la tol\u00e9rance du sujet \u00e0 l\u2019excitation. L\u00e0 se dessinent \u00e0 notre avis beaucoup de pistes de r\u00e9flexions, utiles aux \u00ab&nbsp;psychistes&nbsp;\u00bb, et beaucoup de leviers th\u00e9rapeutiques. Ceux-ci jusqu\u2019o\u00f9&nbsp;? Nous soignons aussi les g\u00e9n\u00e9rations suivantes. Maurice Corcos parle de m\u00e9canisme de transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle de l\u2019abus, le patient adh\u00e9rant alors \u00e0 l\u2019agression comme m\u00e9canisme constitutif du soi<sup>6<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Se d\u00e9gager de la chronologie des \u00e9v\u00e9nements de vie pour nous inscrire dans la chronologie du patient, son temps v\u00e9cu, son temps per\u00e7u, son temps appris et \u00e0 prendre, temp\u00e8re autrement et permet d\u2019interrompre certaines cha\u00eenes interg\u00e9n\u00e9rationnelles. \u00ab\u00a0Il convient de se questionner, en dehors du sens propre de l\u2019\u00e9v\u00e8nement, sur la part de la surcharge de sens prodigu\u00e9e par le sujet. Plus que l\u2019histoire en elle-m\u00eame, il s\u2019agit d\u2019appr\u00e9hender comment il se la (ra)conte\u00a0\u00bb <sup>7<\/sup>. La condition premi\u00e8re, l\u00e0 o\u00f9 nous devons nous-m\u00eames nous ouvrir, est effectivement de nous d\u00e9caler de la seule fascination d\u2019une cause ext\u00e9rieure parfaitement rep\u00e9r\u00e9e, aussi brutale soit-elle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n<p>Ansermet F., Arminjon M., Magistretti P., <em class=\"marquage italique\">Plasticit\u00e9 neuronale\u00a0: les traces et leurs destins<\/em>, Bernard Golse \u00e9d., \u00c9pist\u00e9mologie et m\u00e9thodologie en psychanalyse et en psychiatrie. Pour un vrai d\u00e9bat avec les neurosciences. Er\u00e8s, 2017, p.\u00a019-46.<\/p>\n<p>Freud S., Lettres \u00e0 W. Fliess, in <em class=\"marquage italique\">La naissance de la psychanalyse<\/em>. Paris\u00a0: PUF, 1956, p.\u00a045-306.<\/p>\n<p>Faimberg H., La Situation non encore advenue, <em class=\"marquage italique\">Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, vol. vol.\u00a082, no. 5, 2018, pp.\u00a01568-1574.<\/p>\n<p>Loisel Y., <em class=\"marquage italique\">Le Complexe Traumatique. Fonctionnement limite et trauma\u00a0: la r\u00e9alit\u00e9 rejoint l\u2019affliction<\/em>, F\u00e9dition, 2018.<\/p>\n<p>Freud S., Breuer J., (1895) <em class=\"marquage italique\">\u00c9tudes sur l\u2019hyst\u00e9rie<\/em>. Paris\u00a0: PUF, 1956, p.\u00a0254.<\/p>\n<p>Corcos M., <em class=\"marquage italique\">La terreur d\u2019exister, fonctionnements limites \u00e0 l\u2019adolescence<\/em>, Dunod, 2013.<\/p>\n<p>Corcos M., <em class=\"marquage italique\">L\u2019homme selon le DSM\u00a0: le nouvel ordre psychiatrique<\/em>, Albin Michel, 2011.<\/p><div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10496?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019organisation de ce colloque r\u00e9sulte en bonne partie d\u2019interrogations sur les positions th\u00e9oriques divergentes gravitant autour de la notion de \u00ab&nbsp;traumatique&nbsp;\u00bb. Elles utilisent les m\u00eames mots, interpr\u00e8tent bien s\u00fbr une clinique commune mais tendent des conceptualisations tr\u00e8s diff\u00e9rentes. 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