{"id":10495,"date":"2021-08-22T07:32:10","date_gmt":"2021-08-22T05:32:10","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/scarifications-a-ladolescence-laide-de-la-psychologie-projective-2\/"},"modified":"2021-09-20T00:03:33","modified_gmt":"2021-09-19T22:03:33","slug":"scarifications-a-ladolescence-laide-de-la-psychologie-projective","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/scarifications-a-ladolescence-laide-de-la-psychologie-projective\/","title":{"rendered":"Scarifications \u00e0 l&rsquo;adolescence : l&rsquo;aide de la psychologie projective"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019inflation des conduites de scarification \u00e0 l\u2019adolescence ces derni\u00e8res d\u00e9cennies justifie l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il y a \u00e0 y porter attention. Ces conduites agies constituent une forme de r\u00e9ponse auto-agressive aux situations conflictuelles raviv\u00e9es \u00e0 une p\u00e9riode de r\u00e9am\u00e9nagement narcissique et objectal o\u00f9 les enjeux de perte sont centraux.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez ces adolescents l\u2019expression du mal-\u00eatre est importante et ils manifestent l\u2019emp\u00eachement \u00e0 pouvoir trouver un \u00e9tayage objectal. La d\u00e9marche de consultation est souvent g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la d\u00e9couverte des blessures par un tiers (parents, m\u00e9decin, adultes du milieu scolaire). La question r\u00e9currente \u00ab&nbsp;<em>pourquoi je me fais du mal&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb camoufle alors l\u2019enjeu objectal&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>pourquoi me fait-on souffrir&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; forme projective de la question existentielle \u00ab&nbsp;<em>pourquoi je souffre&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019appropriation subjective peine \u00e0 s\u2019effectuer&nbsp;: plut\u00f4t <em>se blesser<\/em> que d\u2019accepter d\u2019<em>\u00eatre affect\u00e9<\/em> (Dargent &amp; Matha, 2011). D\u00e8s lors, l\u2019int\u00e9r\u00eat de la proposition de passation d\u2019\u00e9preuves projectives se r\u00e9v\u00e8le double pour ces adolescents&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>le premier int\u00e9r\u00eat est relatif \u00e0 la dimension m\u00e9diatrice du mat\u00e9riel qui offre une possibilit\u00e9 de triangulation de la rencontre, ce qui peut constituer la source d\u2019une r\u00e9assurance par rapport \u00e0 un \u00ab&nbsp;face \u00e0 face&nbsp;\u00bb v\u00e9cu comme mena\u00e7ant. La proposition d\u2019\u00e9preuves projectives s\u2019effectue en ce cas dans une perspective m\u00e9diatrice de rencontre, soit parce que les entretiens restent pauvres, tr\u00e8s d\u00e9fensifs, ou bien tr\u00e8s centr\u00e9s sur les pr\u00e9occupations symptomatiques, ou encore conflictuelles, dans un registre tr\u00e8s projectif dont l\u2019adolescent ne parvient pas \u00e0 se d\u00e9gager. La vis\u00e9e essentielle de cette proposition est alors d\u2019offrir des espaces de d\u00e9gagement par rapport \u00e0 leurs pr\u00e9occupations \u00ab&nbsp;pers\u00e9v\u00e9rantes&nbsp;\u00bb, de relancer chez ces adolescents une curiosit\u00e9 pour leur vie intrapsychique, afin de pouvoir mieux \u00e9laborer avec eux les \u00e9ventualit\u00e9s de propositions th\u00e9rapeutiques. Il est remarquable que si certains adolescents accueillent la proposition avec scepticisme, le plus souvent celle-ci trouve un accueil favorable, dans un \u00e9lan de curiosit\u00e9 clairement exprim\u00e9.<\/li><li>le deuxi\u00e8me int\u00e9r\u00eat est que cette passation offre des possibilit\u00e9s exploratoires privil\u00e9gi\u00e9es du fonctionnement psychique et conduit \u00e0 la mise au jour de conduites rep\u00e9rables et analysables (Chabert, 1994). Le Rorschach comme le TAT permettent, par la mobilisation d\u2019une <em>r\u00eaverie imageante<\/em> (Lagache, 1957), la mise en place d\u2019une situation propice \u00e0 une fine investigation psychopathologique.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ce double apport potentiel des \u00e9preuves projectives pour des adolescents (Emmanuelli, Azoulay, 2009) qui se scarifient s\u2019enrichit de la mobilisation diff\u00e9rentielle des deux \u00e9preuves. L\u2019<em>\u00c9cole de Paris<\/em> insiste sur l\u2019importance de la passation des deux \u00e9preuves, compl\u00e9mentaires, seule \u00e0 m\u00eame de pouvoir asseoir une analyse s\u00e9rieuse. Le recours aux deux \u00e9preuves projectives nous permet d\u2019approfondir tant la perspective narcissique (dont le Rorschach se fait l\u2019ambassadeur privil\u00e9gi\u00e9) autour de l\u2019engagement tr\u00e8s sp\u00e9cifique du corps dans ces conduites, que la perspective objectale (particuli\u00e8rement \u00e9clair\u00e9e par le TAT), autour des processus identificatoires et des enjeux de perte li\u00e9s \u00e0 leurs remaniements et \u00e0 la probl\u00e9matique de s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>Je propose de livrer quelques \u00e9l\u00e9ments d\u2019observation recueillis \u00e0 partir de l\u2019analyse d\u2019une vingtaine de protocoles d\u2019adolescents (Rorschach et TAT), de 14 \u00e0 17 ans.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>L\u2019\u00e9tude des fonctionnements psychiques de chacun des adolescents atteste de la diversit\u00e9 de leur organisation, ce qui contredit l\u2019id\u00e9e de l\u2019appartenance du comportement de scarification \u00e0 une organisation psychopathologique limite. L\u2019analyse des protocoles r\u00e9v\u00e8le des probl\u00e9matiques tant n\u00e9vrotiques que limites, narcissiques, voire de d\u00e9compensation psychotique, les productions restant n\u00e9anmoins tr\u00e8s marqu\u00e9es par les pr\u00e9occupations de l\u2019adolescence. Singularit\u00e9s de fonctionnement qui permettent de r\u00e9affirmer le risque qu\u2019il y a \u00e0 inf\u00e9rer un fonctionnement psychopathologique \u00e0 partir d\u2019une manifestation symptomatique et l\u2019int\u00e9r\u00eat de consid\u00e9rer un sympt\u00f4me comme porteur d\u2019un sens potentiel mais non encore advenu et \u00e0 construire avec chacun des sujets. Cependant, la diversit\u00e9 des fonctionnements psychiques s\u2019articule autour de probl\u00e9matiques qui trouvent certaines communaut\u00e9s de pr\u00e9occupations, r\u00e9f\u00e9r\u00e9es \u00e0 des enjeux limites. Ce constat doit s\u2019accompagner d\u2019un rappel&nbsp;: la force des manifestations dites \u00ab&nbsp;limites&nbsp;\u00bb au temps de la pubert\u00e9. Le statut du corps comme celui de l\u2019acte rel\u00e8vent d\u2019une logique sp\u00e9cifique, l\u2019\u00e9cart diff\u00e9renciateur entre les fantasmes et la r\u00e9alit\u00e9, entre le monde interne et le monde externe, se trouvant particuli\u00e8rement abras\u00e9. Chez les adolescents qui se scarifient, la fragilit\u00e9 des d\u00e9fenses face \u00e0 l\u2019irruption d\u2019affects de haine, de violence, accompagn\u00e9s de honte de soi, la place d\u00e9volue \u00e0 la sensorialit\u00e9, la fragilit\u00e9 du refoulement, illustrent donc l\u2019existence de ph\u00e9nom\u00e8nes limites pathognomoniques du processus d\u2019adolescence, mais dont l\u2019expression se trouve amplifi\u00e9e.<\/li><li>Une autre observation d\u2019importance concerne le constat global <em>d\u2019une diff\u00e9rence de production entre les protocoles de Rorschach et de TAT<\/em>. Les adolescents se montrent majoritairement plus \u00e0 l\u2019aise avec le Rorschach, celui-ci pr\u00e9sentant la sp\u00e9cificit\u00e9 d\u2019\u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019intensit\u00e9 de la projection, t\u00e9moin d\u2019une \u00e9paisseur fantasmatique certaine, et pouvant \u00eatre contenue de mani\u00e8re satisfaisante dans la plupart des cas. En contraste, l\u2019activit\u00e9 de sc\u00e9narisation sollicit\u00e9e sp\u00e9cifiquement par le TAT (qui implique le jeu avec la temporalit\u00e9) est marqu\u00e9e par la pr\u00e9pond\u00e9rance des proc\u00e9d\u00e9s d\u2019inhibition ou d\u2019investissement narcissique des limites. Les repr\u00e9sentations relationnelles sont sources d\u2019excitation et de menace, de mouvements de d\u00e9liaison, et concourent \u00e0 un investissement d\u00e9fensif excessif d\u00fb \u00e0 la recherche de contention. Les capacit\u00e9s de liaison et d\u2019\u00e9laboration du syst\u00e8me pr\u00e9conscient se trouvent d\u00e9bord\u00e9es \u00e0 la fois par l\u2019alt\u00e9ration de sa fonction de filtre et son manque de \u00ab&nbsp;mall\u00e9abilit\u00e9&nbsp;\u00bb, de souplesse, qui ne lui permet pas de g\u00e9rer des charges pulsionnelles trop fortes qui le d\u00e9bordent alors. Le travail de liaison para\u00eet plus op\u00e9rationnel au Rorschach du fait m\u00eame qu\u2019il autorise une meilleure expression pulsionnelle, t\u00e9moin de la vivacit\u00e9 d\u2019un monde interne non ass\u00e9ch\u00e9, mais qui peine toutefois \u00e0 s\u2019inscrire dans l\u2019alt\u00e9rit\u00e9.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Cette constatation autorise \u00e0 penser que le Rorschach permet \u00e0 ces adolescents un traitement plus ais\u00e9 des motions pulsionnelles et fantasmatiques du fait de l\u2019\u00e9tayage ou du repli narcissique s\u00e9curisant possible, voire restaurateur, favoris\u00e9 par un mat\u00e9riel construit de mani\u00e8re analogique avec les repr\u00e9sentations corporelles. Le recours au corps, dans un mouvement de r\u00e9gression narcissique, de retour sur soi, traduit la recherche d\u2019\u00e9tayage corporel face \u00e0 la difficult\u00e9 de la confrontation objectale et de la surcharge excitante que celle-ci comprend.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>D\u2019autres \u00e9l\u00e9ments significatifs vont dans ce sens, r\u00e9v\u00e9lant un\u00a0<em>investissement marqu\u00e9 de la surface<\/em>, en r\u00e9ponse aux difficult\u00e9s du processus d\u2019int\u00e9riorisation. Cet investissement se manifeste par une centration importante sur les limites, les enveloppes, rep\u00e9rable d\u2019ailleurs dans les deux \u00e9preuves projectives. Investissement du visible qui permet de circonscrire ce qui ne se voit pas, de servir l\u2019illusion d\u2019un contr\u00f4le de la r\u00e9alit\u00e9 externe en compensation d\u2019un monde interne mena\u00e7ant incontr\u00f4lable. Ceci se traduit au TAT par l\u2019utilisation renforc\u00e9e des proc\u00e9d\u00e9s caract\u00e9ristiques de l\u2019investissement de la qualit\u00e9 de l\u2019enveloppe corporelle\u00a0: soit dans une dynamique de renforcement de la fronti\u00e8re entre le dedans et le dehors, par l\u2019accent port\u00e9 sur les qualit\u00e9s sensorielles\u00a0; soit par la mise en \u00e9vidence d\u2019un d\u00e9faut de diff\u00e9renciation des limites, de la confusion entre les registres interne\/externe, concret\/abstrait, perceptif\/symbolique, la pr\u00e9sence d\u2019une certaine porosit\u00e9, qui induit fr\u00e9quemment la n\u00e9cessit\u00e9 du recours aux donn\u00e9es perceptives. Au Rorschach, le premier \u00e9l\u00e9ment significatif est le constat d\u2019un investissement faible des limites quand il n\u2019est pas port\u00e9 par les donn\u00e9es pulsionnelles et sensorielles. Celles-ci accompagnent la centration sur les limites et favorisent les possibilit\u00e9s d\u2019expression des probl\u00e9matiques et la pr\u00e9servation des capacit\u00e9s d\u2019adaptation. Constat non sans \u00e9cho avec ce que mobilise l\u2019acte de se scarifier, pour lequel les adolescents explicitent souvent l\u2019importance de la sensorialit\u00e9 mobilis\u00e9e<sup>1<\/sup>. L\u2019investissement privil\u00e9gi\u00e9 des enveloppes corporelles et de la sensorialit\u00e9, <em>via<\/em> l\u2019\u00e9tayage perceptif, rel\u00e8ve d\u2019une recherche de liaison compensatoire aux difficult\u00e9s de sc\u00e9narisation des fantasmes dont la massivit\u00e9 bouscule les possibilit\u00e9s de reprise dans une dynamique temporelle.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Li\u00e9 \u00e0 cet investissement particulier des limites, les protocoles se caract\u00e9risent par une <em>importante int\u00e9gration du blanc dans les r\u00e9ponses<\/em><sup>2<\/sup>, op\u00e9ration relevant de la fusion entre la forme de la tache et le fond. La d\u00e9limitation entre l\u2019interne et l\u2019externe devient d\u00e8s lors ind\u00e9cidable, \u00e9voquant une dynamique projective sp\u00e9cifique, comme si l\u2019\u00e9paisseur de l\u2019espace \u00e9tait ramen\u00e9e \u00e0 une surface. Les r\u00e9ponses offertes par les adolescents qui int\u00e8grent le blanc renvoient fr\u00e9quemment \u00e0 l\u2019int\u00e9riorisation d\u2019exp\u00e9riences primaires de port\u00e9e traumatique qui font \u00e9cho \u00e0 une qualit\u00e9 adh\u00e9sive de l\u2019enveloppe maternelle primitive. Ceci n\u2019est pas sans \u00e9voquer le <em>fantasme originaire du masochisme<\/em> d\u00e9crit par D. Anzieu (1985), constitu\u00e9 par la repr\u00e9sentation qu\u2019une m\u00eame peau appartient \u00e0 l\u2019enfant et \u00e0 sa m\u00e8re. C\u2019est le processus de d\u00e9fusion et d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019autonomie qui entra\u00eene une rupture et une d\u00e9chirure de cette peau commune. Or, on sait la force des enjeux d\u2019individuation inh\u00e9rents au travail de subjectivation de l\u2019adolescent. La reviviscence des enjeux primaires au moment de l\u2019adolescence r\u00e9v\u00e8lerait chez les adolescents qui se scarifient une \u00ab&nbsp;d\u00e9fusion&nbsp;\u00bb psychique mal accomplie, mal \u00e9labor\u00e9e. Leur figuration, <em>via<\/em> la coupure de scarification sur un \u00ab&nbsp;espace non s\u00e9par\u00e9&nbsp;\u00bb, en porte t\u00e9moignage dans une tentative de mise au travail et appel \u00e0 transformation de cette probl\u00e9matique. Car la coupure traduit l\u2019atteinte de la fonction contenante et unifiante de l\u2019enveloppe comme barri\u00e8re protectrice du psychisme, mais elle constitue aussi une mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de sa fonction de communication, soit de \u00ab&nbsp;filtre des \u00e9changes et d\u2019inscription des premi\u00e8res traces&nbsp;\u00bb (Anzieu, 1985).<\/li><li>Ceci nous conduit \u00e0 un nouvel \u00e9l\u00e9ment d\u2019observation concernant la question de la r\u00e9ceptivit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 \u00e0 recevoir des impressions (notamment sensorielles), donc \u00e0 \u00eatre affect\u00e9. Soit les adolescents sont en lutte importante contre toute r\u00e9ceptivit\u00e9 (c\u2019est le cas pour un tiers d\u2019entre eux), soit une relative r\u00e9ceptivit\u00e9 est possible mais elle s\u2019op\u00e8re dans une certaine conflictualit\u00e9 que r\u00e9v\u00e8lent au Rorschach les r\u00e9actions diff\u00e9rentielles aux couleurs chromatiques (rouge ou pastel) ou aux nuances de gris-noir. Les couleurs chromatiques renvoient quasi syst\u00e9matiquement \u00e0 une dimension d\u2019effraction pulsionnelle des enveloppes, en particulier pour ce qui est de la couleur rouge. La r\u00e9activit\u00e9 \u00e0 celle-ci est importante et suscite des repr\u00e9sentations qui soulignent l\u2019atteinte de soi, par le retournement sur le corps propre de la pulsion sadique<sup>3<\/sup>. Les planches pastel refl\u00e8tent une importante excitation psychique et un v\u00e9cu de dangerosit\u00e9 face \u00e0 la r\u00e9gression (particuli\u00e8rement explicite \u00e0 la planche IX), qui pourraient s\u2019expliquer comme une mobilisation d\u00e9fensive au regard du v\u00e9cu de passivation face \u00e0 l\u2019effraction pulsionnelle. Quant \u00e0 la sensibilit\u00e9 aux couleurs gris-noir, elle occupe une place importante dans ces protocoles. Leur meilleure int\u00e9gration au sein des repr\u00e9sentations met \u00e9galement l\u2019accent sur l\u2019investissement des enveloppes qui semble comporter une dimension trophique, car elle favorise une expression plus nuanc\u00e9e des probl\u00e9matiques pouvant m\u00eame parfois prendre une valeur \u00ab&nbsp;restauratrice&nbsp;\u00bb par rapport aux effets intrusifs des donn\u00e9es sensorielles pulsionnelles plus \u00ab&nbsp;brutes&nbsp;\u00bb. Ainsi, la r\u00e9ceptivit\u00e9 est davantage possible et moins dommageable quand elle concerne les enveloppes. Associ\u00e9e \u00e0 une composante plus r\u00e9gressive qui mobilise davantage l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, elle devient menace d\u2019effraction et d\u2019intrusion. Il semble que le combat men\u00e9 sur l\u2019espace des enveloppes permet paradoxalement la pr\u00e9servation de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Le dernier point sur lequel il me semble important de s\u2019arr\u00eater renvoie \u00e0 la souffrance psychique, chaque fois reconnue, m\u00eame si elle peut \u00eatre tr\u00e8s fortement combattue dans certaines situations et peine \u00e0 s\u2019int\u00e9rioriser sous forme d\u2019affects. Les m\u00e9canismes de d\u00e9ni d\u00e9pressif ne tiennent pas et la sensibilit\u00e9 d\u00e9pressive finit toujours par se manifester d\u2019une fa\u00e7on ou l\u2019autre. Ici encore, c\u2019est fr\u00e9quemment le corps qui se fait porte-parole des \u00e9prouv\u00e9s \u00e0 travers l\u2019expression de v\u00e9cus sensoriels subjectifs, de la repr\u00e9sentation d\u2019un retentissement corporel de la d\u00e9tresse reconnue, de postures signifiantes d\u2019affect<sup>4<\/sup>. Le corps, dans son expression manifeste, objectivable gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9tayage perceptif qu\u2019il offre, autorise la reconnaissance d\u2019une sensibilit\u00e9 d\u00e9pressive. Si celle-ci a du mal \u00e0 s\u2019int\u00e9rioriser, du fait m\u00eame de sa force qui met en d\u00e9faut les capacit\u00e9s de contenance sur la sc\u00e8ne psychique, le corps se fait lieu de son expression, m\u00e9diateur de liaison psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce constat fait lien avec les remarques pr\u00e9c\u00e9dentes&nbsp;: il souligne la difficult\u00e9 dans l\u2019activit\u00e9 de repr\u00e9sentations sc\u00e9naris\u00e9es et le recours compensatoire \u00e0 des voies d\u2019expression corporelle, notamment l\u2019utilisation de la perception corporelle. Celle-ci conf\u00e8re une place toute particuli\u00e8re aux enveloppes, espaces de contact entre le dedans et le dehors, qui permettent une mise en figurabilit\u00e9 du ressenti d\u00e9pressif. L\u2019expression d\u2019une sensibilit\u00e9 d\u00e9pressive est donc manifeste, mais elle ne trouve pas toujours de traduction affective. Quand celle-ci est possible, elle se heurte \u00e0 l\u2019impossible acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ambivalence du fait d\u2019un traitement probl\u00e9matique des motions haineuses. Ainsi, la mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la surface du corps semble d\u00e9volue \u00e0 jouer un r\u00f4le de sout\u00e8nement fondamental de l\u2019activit\u00e9 repr\u00e9sentative (Matha, 2010).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Ex&nbsp;:\u00ab&nbsp;Quand je me coupe, \u00e7a me fait du bien. Je sens le sang chaud qui coule, j\u2019ai des bruits dans les oreilles, \u00e7a bourdonne. Et puis, y\u2019a plein d\u2019images, des flashs comme \u00e7a\u2026&nbsp;\u00bb.<\/li><li>Dbl % int\u00e9gr\u00e9 = 18,8 %, contre une moyenne de 9,2 %, Cf Azoulay C., Emmanuelli M., Rausch de Traubenberg N., Corroyer D., Rosencwajg, Savina Y., (2007), \u00ab&nbsp;Les donn\u00e9es normatives fran\u00e7aises du Rorschach \u00e0 l\u2019adolescence et chez le jeune adulte&nbsp;\u00bb, in <em>Psychologie clinique et projective<\/em>, 13, pp. 371-409.<\/li><li>Ex. Pl. III&nbsp;: \u00ab&nbsp;deux femmes qui sont en train de laver du linge et elles se re\u00e7oivent une balle dans le dos, les deux&nbsp;\u00bb.<\/li><li>Ex. Pl. 3BM&nbsp;: \u00ab&nbsp;(\u2026) jeune femme accoud\u00e9e sur le lit, la t\u00eate tombante, les \u00e9paules avachies (\u2026) Elle cache son visage&nbsp;; elle cache son malheur. Le devant de sa robe est d\u00e9chir\u00e9, sa peau est toute \u00e9gratign\u00e9e (\u2026)&nbsp;\u00bb.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10495?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019inflation des conduites de scarification \u00e0 l\u2019adolescence ces derni\u00e8res d\u00e9cennies justifie l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il y a \u00e0 y porter attention. Ces conduites agies constituent une forme de r\u00e9ponse auto-agressive aux situations conflictuelles raviv\u00e9es \u00e0 une p\u00e9riode de r\u00e9am\u00e9nagement narcissique et objectal&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1214,1215],"thematique":[231,654],"auteur":[1378],"dossier":[655],"mode":[61],"revue":[656],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10495","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-bilan","thematique-projectifs","auteur-catherine-matha","dossier-linterpretation-des-epreuves-projectives","mode-gratuit","revue-656","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10495","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10495"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10495\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14510,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10495\/revisions\/14510"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10495"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10495"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10495"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10495"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10495"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10495"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10495"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10495"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10495"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}