{"id":10476,"date":"2021-08-22T07:32:08","date_gmt":"2021-08-22T05:32:08","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/discussion-de-rene-roussillon-2\/"},"modified":"2021-09-18T15:20:19","modified_gmt":"2021-09-18T13:20:19","slug":"discussion-de-rene-roussillon","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/discussion-de-rene-roussillon\/","title":{"rendered":"Discussion de Ren\u00e9 Roussillon"},"content":{"rendered":"\n<p>Je tiens \u00e0 te dire tout d\u2019abord \u00e0 quel point ton intervention m\u2019a parue passionnante, et d\u2019autant plus passionnante qu\u2019elle s\u2019ancre dans la pratique de la cure analytique et de la clinique psychanalytique dans un sens large. <em>Elle part de l\u2019exp\u00e9rience et elle parle \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors d\u2019une conf\u00e9rence r\u00e9cente<sup>1<\/sup>, intitul\u00e9e <em>Le cin\u00e9ma de po\u00e9sie<\/em>, l\u2019historien de l\u2019art Georges Didi-Huberman \u00e9voquait une id\u00e9e que je trouve pertinente pour introduire aujourd\u2019hui cette discussion. Il disait, approximativement, que les concepts ou les contenus en g\u00e9n\u00e9ral du travail (que nous r\u00e9alisons) d\u00e9pendent \u00e9norm\u00e9ment des formes qu\u2019on leur donne. La psychanalyse, comme la philosophie ou comme l\u2019histoire, pourraient \u00eatre pens\u00e9es de ce point de vue comme un genre, un genre litt\u00e9raire si l\u2019on veut, un genre en tout cas avec beaucoup de genres possibles. Et les concepts vont ainsi d\u00e9pendre autant de la forme que des formats qui les portent&nbsp;: un article, un essai, un livre, une conversation, une conf\u00e9rence\u2026 Certains auteurs de la psychanalyse ont la possibilit\u00e9 d\u2019avoir recours \u00e0 plusieurs <em>formes<\/em>, \u00e0 plusieurs formats, pour construire, \u00e9laborer et pr\u00e9senter &#8211; voire transmettre &#8211; leurs concepts. Comme s\u2019il s\u2019agissait de variations sur un m\u00eame th\u00e8me, avec des instruments diff\u00e9rents. Le th\u00e8me &#8211; dans ce cas la destructivit\u00e9 &#8211; est alors d\u00e9velopp\u00e9 et d\u00e9ploy\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re inh\u00e9rente, d\u2019une mani\u00e8re sp\u00e9cifique \u00e0 chacun des formats utilis\u00e9s, \u00e0 chacun des m\u00e9diums, \u00e0 chacun des styles.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un article de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, consacr\u00e9 \u00e0 la m\u00e9tapsychologie de la cr\u00e9ativit\u00e9 chez Winnicott<sup>2<\/sup>, tu \u00e9voquais justement la notion de \u00ab&nbsp;style&nbsp;\u00bb, et soulignais son importance dans l\u2019\u0153uvre de ce dernier, car il s\u2019ajustait de mani\u00e8re remarquable \u00e0 son objet. Ainsi, \u00ab&nbsp;la mani\u00e8re dont il \u00e9crit nous \u2033dit \u2033 autant sur le fond que le contenu m\u00eame de ce qu\u2019il avance et nous a fait d\u00e9couvrir.&nbsp;\u00bb Un style qui &#8211; dis-tu &#8211; \u00ab&nbsp;traduit son approche par petites touches successives, qui transmet une \u2033posture\u2033 clinique tout autant qu\u2019il la d\u00e9crit.&nbsp;\u00bb Tu concluais ces r\u00e9flexions introductives sur le style de Winnicott en disant, je te cite, qu\u2019il est \u00ab&nbsp;destin\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er une certaine \u201cambiance d\u2019\u00eatre\u201d, destin\u00e9 \u00e0 accueillir des exp\u00e9riences le plus souvent enfouies dans les profondeurs de la vie psychique et qui ne peuvent devenir manifestes que dans certaines conditions tr\u00e8s particuli\u00e8res.&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup>. Ton intervention d\u2019aujourd\u2019hui &#8211; comme c\u2019est habituellement le cas de tes conf\u00e9rences<sup>4<\/sup> -, parvient \u00e0 cr\u00e9er une certaine ambiance d\u2019\u00eatre, apte \u00e0 accueillir un certain type d\u2019exp\u00e9riences<sup>5<\/sup><sup>,<\/sup><sup>6<\/sup>. En t\u2019\u00e9coutant parler de ta conception de la destructivit\u00e9 et de la mani\u00e8re de l\u2019aborder en clinique, je me suis rappel\u00e9, en deuxi\u00e8me lieu, la si belle phrase de Michel Leiris que J.-B. Pontalis a mise en exergue dans sa <em>Pr\u00e9face<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise de <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cette capacit\u00e9 peu commune\u2026 de muer en terrain de jeu le pire d\u00e9sert.<sup>7<\/sup>\u00bb. <em>Le pire d\u00e9sert<\/em>. Il y en a plusieurs, aux origines diverses et vari\u00e9es. Il y a <em>le d\u00e9sert du jamais advenu<\/em> &#8211; sur lequel tu nous as beaucoup appris, en particulier avec certains \u00e9checs de la fonction miroir de l\u2019objet -, le d\u00e9sert de la soif, la carence, le blanc, de ce qui n\u2019a pas eu lieu, de ce qui n\u2019est pas advenu l\u00e0 o\u00f9 il aurait \u00e9t\u00e9 possible d\u2019attendre quelque chose arriver, le vide de ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9. Mais nous connaissons d\u2019autres chemins qui conduisent au d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le d\u00e9sert qui suit au d\u00e9sastre de la destruction<\/em>, de la terre br\u00fbl\u00e9e, de la terre ravag\u00e9e et d\u00e9vast\u00e9e, apr\u00e8s les guerres de tout ordre et d\u2019autres catastrophes, fussent-elles celles que le b\u00e9b\u00e9 peut craindre d\u2019avoir d\u00e9clench\u00e9es de par son amour sans piti\u00e9. Un d\u00e9sert par exc\u00e8s, pour ainsi dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Et il y a aussi <em>le d\u00e9sert de l\u2019annihilation par n\u00e9antisation, du d\u00e9sinvestissement brutal<\/em>, lorsque quelqu\u2019un d\u2019aim\u00e9 ou d\u2019ha\u00ef devient du jour au lendemain un inconnu. Une destruction plus redoutable que celle qui se manifeste sous l\u2019aspect d\u2019une haine inextinguible, car elle est froide et cruelle, pure indiff\u00e9rence. Et, dans les conditions extr\u00eames, la d\u00e9liaison qui en r\u00e9sulte peut s\u2019av\u00e9rer si massive, si brutale, si totale, que nous nous sentons devoir affronter la destruction int\u00e9grale du sens, une sorte de non-sens total ou absolu, avec de tr\u00e8s grandes difficult\u00e9s voire une impossibilit\u00e9 parfois de trouver une causalit\u00e9 convaincante dans notre travail de (re)construction. Et confront\u00e9s \u00e0 tous ces d\u00e9serts dans notre travail clinique, tu nous apprends que bien avant de pouvoir les muer en terrain de jeu, il y a cette \u00e9bauche de jeu indispensable que tu viens d\u2019\u00e9voquer et qui consiste \u00e0 introduire un \u00e9cart \u00e0 petites doses, \u00e0 la recherche de ce qu\u2019il y a de potentialit\u00e9 cr\u00e9atrice et adaptative dans la destructivit\u00e9, et qu\u2019il s\u2019agit alors de commencer par exhumer les parcelles d\u2019humanit\u00e9 qui n\u2019ont pas cess\u00e9 d\u2019exister au milieu du d\u00e9sert ou dans les d\u00e9combres, alors que la destruction de toute forme possible de l\u2019humain paraissait s\u2019\u00eatre accomplie. Peut-\u00eatre &#8211; et c\u2019est cela que je rel\u00e8ve dans ta mani\u00e8re de concevoir la destructivit\u00e9 et de lui faire face -, qu\u2019il y a de l\u2019indestructible dans le psychique et que m\u00eame lorsqu\u2019il est question de destruction, cette derni\u00e8re laisse toujours des traces, fussent-elles informes, \u00e0 partir desquelles une reconstruction pourrait \u00eatre possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que nous avons \u00e9t\u00e9 tous tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9s et interpell\u00e9s par la r\u00e9flexion que tu viens de nous exposer sur les diff\u00e9rents tableaux cliniques qui r\u00e9sultent en quelque sorte de <em>la r\u00e9ponse donn\u00e9e par l\u2019objet \u00e0 la destructivit\u00e9 du sujet<\/em>. La question centrale devient alors de savoir si l\u2019objet survit ou non \u00e0 une telle destructivit\u00e9. Tu donnes, en effet, une place centrale \u00e0 la notion de Winnicott de \u00ab&nbsp;survivance de l\u2019objet&nbsp;\u00bb<sup>8<\/sup>, notion qui s\u2019av\u00e8re d\u00e9sormais indispensable pour maintenir \u00ab&nbsp;une position authentiquement psychanalytique face \u00e0 la destructivit\u00e9&nbsp;\u00bb<sup>9<\/sup> et que tu d\u00e9veloppes d\u2019une mani\u00e8re importante. Dans la lecture que tu fais de cet apport essentiel de Winnicott<sup>10<\/sup>, \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9cart entre la destructivit\u00e9 (\u2026) et la destruction (\u2026) d\u00e9pend (en quelque sorte) de la \u2033r\u00e9ponse\u2033 propos\u00e9e par l\u2019environnement, en particulier l\u2019environnement pr\u00e9coce, aux \u00e9lans pulsionnels du sujet.&nbsp;\u00bb<sup>11<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Je soulignerai, en deuxi\u00e8me lieu, cette id\u00e9e tr\u00e8s forte et f\u00e9conde que tu \u00e9voques dans le cadre des exp\u00e9riences traumatiques, id\u00e9e selon laquelle le sujet va se retirer de lui-m\u00eame et c\u2019est dans ce creux l\u00e0 que va se loger la r\u00e9ponse de l\u2019objet&nbsp;: quelque chose de la r\u00e9alit\u00e9 va venir s\u2019incorporer ainsi en nous, avec tous les v\u00e9cus de confusion qui vont en r\u00e9sulter. Plut\u00f4t que de revenir sur ces points, je retiendrai un certain nombre de propositions g\u00e9n\u00e9rales ou de principes dans la conception de la destructivit\u00e9 que tu nous pr\u00e9sentes.<\/p>\n\n\n\n<p>1. Un premier principe me semble important. Nous sommes invit\u00e9s en quelque sorte \u00e0 poser le probl\u00e8me de la cr\u00e9ativit\u00e9 et de la destructivit\u00e9 en termes de <em>processus<\/em>. La cr\u00e9ativit\u00e9 concerne un potentiel cr\u00e9ateur. La destructivit\u00e9 concerne un potentiel destructeur. Un tel mouvement les distingue de la cr\u00e9ation et de la destruction. La cr\u00e9ation est un accomplissement. La destruction est un aboutissement. Entre cr\u00e9ativit\u00e9 et cr\u00e9ation, entre destructivit\u00e9 et destruction, il y a <em>tout l\u2019\u00e9cart du processus<\/em>, de production pour le premier, de d\u00e9mant\u00e8lement pour le deuxi\u00e8me. Il y a en somme tout l\u2019\u00e9cart du premier mouvement \u00e0 la r\u00e9alisation achev\u00e9e<sup>12<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>2. Un deuxi\u00e8me principe consid\u00e8re que si nous avons besoin de cr\u00e9ativit\u00e9 pour vivre &#8211; et que cette cr\u00e9ativit\u00e9 exprime ce qui fait que nous sommes vivants -, la destructivit\u00e9 est \u00e9galement condition et manifestation de la vie&nbsp;: elle la rend possible. Elle est \u00e0 la fois in\u00e9vitable et indispensable. Il n\u2019y a pas de cr\u00e9ation, ni d\u2019affirmation de soi, ni de r\u00e9alisation d\u2019un processus sans une certaine dose de destructivit\u00e9. Rappelons \u00e0 ce propos que, pour Winnicott, l\u2019expression \u00ab&nbsp;je suis&nbsp;\u00bb est <em>la plus dangereuse<\/em> dans toutes les langues du monde, la destructivit\u00e9 \u00e9tant in\u00e9vitable pour assurer une identit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e<sup>13<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>3. En troisi\u00e8me lieu, je voudrais souligner l\u2019importance que tu donnes \u00e0 \u00ab&nbsp;un \u00e9largissement du contexte de r\u00e9f\u00e9rence de l\u2019\u00e9coute plus seulement fond\u00e9 sur l\u2019attention port\u00e9e \u00e0 la vie pulsionnelle mais aussi aux r\u00e9ponses des objets significatifs aux mouvements pulsionnels.&nbsp;\u00bb Ainsi, <em>l\u2019organisation de la pulsion ne d\u00e9pend pas seulement du sujet, mais des r\u00e9ponses de l\u2019environnement \u00e0 la pulsion du b\u00e9b\u00e9<\/em>, de la dialectique \u00e9tablie entre l\u2019\u00e9lan pulsionnel et la r\u00e9ponse de l\u2019environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019articulation entre <em>la destructivit\u00e9 et l\u2019environnement<\/em>, plus sp\u00e9cifiquement l\u2019interpr\u00e9tation que l\u2019environnement fait de la destructivit\u00e9 de la personne et la r\u00e9ponse qu\u2019il donne \u00e0 une telle destructivit\u00e9, (en fonction justement de l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019il en fait), constitue pour moi l\u2019essence m\u00eame de ta mani\u00e8re d\u2019aborder la destructivit\u00e9 et tu nous l\u2019as montr\u00e9 tr\u00e8s clairement aujourd\u2019hui. Elle est essentielle dans la mesure o\u00f9 elle nous invite en tant que cliniciens \u00e0 nous interroger en permanence sur l\u2019accueil, la compr\u00e9hension et la r\u00e9ponse que nous sommes &#8211; ou non &#8211; en possibilit\u00e9 de donner \u00e0 la destructivit\u00e9 de nos patients, en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 un moment pr\u00e9cis, en fonction des repr\u00e9sentations et des th\u00e9ories que nous avons de la destructivit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral<sup>14<\/sup>&nbsp;: en fait, \u00ab&nbsp;les capacit\u00e9s de survivance \u00e0 la destructivit\u00e9 d\u00e9pendent de la mani\u00e8re dont l\u2019objet interpr\u00e8te la destructivit\u00e9 du sujet<sup>15<\/sup>\u00bb. Dans ce sens, je crois possible d\u2019inf\u00e9rer que <em>les th\u00e9ories que nous avons de la souffrance psychique sont largement solidaires des th\u00e9ories du soin que nous construisons, qui organisent \u00e0 leur tour nos pratiques th\u00e9rapeutiques<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>4. Je pense essentiel de garder en m\u00e9moire, ensuite, que ton travail privil\u00e9gie essentiellement <em>le probl\u00e8me clinique de la destructivit\u00e9<\/em> et non la compr\u00e9hension de la destructivit\u00e9 ou de la destruction sur le plan social, de la culture ou la civilisation. En effet, tu nous montres que <em>c\u2019est au sein de l\u2019espace th\u00e9rapeutique,<sup>16<\/sup>, des facteurs autres et non manifestes, mais latents&nbsp;: l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, la douleur, l\u2019impuissance, la d\u00e9tresse, le d\u00e9sarroi, la d\u00e9saide (<em>helplessness<\/em>), par exemple<sup>17<\/sup>, et c\u2019est sur la recherche et l\u2019\u00e9coute de ces derniers que tout le travail va se centrer. Le probl\u00e8me clinique de la destructivit\u00e9 n\u2019est donc pas celui de la destructivit\u00e9 elle-m\u00eame, mais \u00ab&nbsp;celui de ses formes d\u2019expression et de manifestation, et celui de (ce que tu d\u00e9signes par) sa vectorisation&nbsp;\u00bb,<sup>18<\/sup> (c\u2019est-\u00e0-dire, des <em>buts<\/em> suivis par la destructivit\u00e9), sans passer par la r\u00e9f\u00e9rence \u00ab&nbsp;directe&nbsp;\u00bb \u00e0 des notions telles que pulsions \u00ab&nbsp;de destruction&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;de mort&nbsp;\u00bb<sup>19<\/sup><sup>,<\/sup><sup>20<\/sup>. Cette derni\u00e8re perspective fermerait justement l\u2019\u00e9cart que tu cherches \u00e0 ouvrir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tu nous invites \u00e0 d\u00e9terminer<sup>21<\/sup> non seulement les formes de la destructivit\u00e9<sup>22<\/sup>, mais aussi l\u2019\u00e9tat d\u2019articulation, d\u2019intrication, de la destructivit\u00e9 \u00ab&nbsp;avec l\u2019autre grande force avec laquelle elle (se) compose&nbsp;: la cr\u00e9ativit\u00e9 et l\u2019amour qui la porte<sup>23<\/sup>\u00bb. Il me semble que tu donnes une importance de plus en plus grande \u00e0 <em>la th\u00e9orie de l\u2019intrication et de la d\u00e9sintrication des pulsions<\/em>, en nous soulignant qu\u2019il ne s\u2019agit pas l\u00e0 d\u2019une \u00e9vidence, comme a pu le penser Freud, mais d\u2019une acquisition qui s\u2019appuie tout au long du processus sur la r\u00e9ponse de l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reviens pour terminer \u00e0 la question de la survivance. Si, pour Winnicott, \u00ab&nbsp;survivre&nbsp;\u00bb signifie ne pas exercer des repr\u00e9sailles et ne pas se retirer, tu nous as propos\u00e9 d\u2019ajouter une troisi\u00e8me propri\u00e9t\u00e9&nbsp;: <em>\u00eatre atteint par la destructivit\u00e9 et rester n\u00e9anmoins cr\u00e9atif<\/em><sup>24<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une telle formulation, autant \u00ab&nbsp;<em>\u00eatre atteint<\/em>&nbsp;\u00bb que \u00ab&nbsp;<em>rester cr\u00e9atif<\/em>&nbsp;\u00bb sont essentiels. Demeurer \u00ab&nbsp;vivants&nbsp;\u00bb &#8211; en tant que cliniciens &#8211; c\u2019est \u00eatre atteints, en accuser r\u00e9ception et rester cr\u00e9atifs, propri\u00e9t\u00e9 qui suppose d\u2019\u00eatre en mesure de \u00ab&nbsp;<em>qualifier ce qu\u2019il y a de potentialit\u00e9 cr\u00e9atrice et adaptative dans la destructivit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>25<\/sup>. Il y a quelques ann\u00e9es, tu terminais un tr\u00e8s bel article sur la survivance en soulignant l\u2019importance de la \u00ab&nbsp;bienveillance&nbsp;\u00bb en tant que condition de possibilit\u00e9 de l\u2019analyse. Tu ajoutais que survivre &#8211; dans le sens donn\u00e9 \u00e0 ce terme dans ton intervention d\u2019aujourd\u2019hui &#8211; est quelque part subordonn\u00e9 \u00e0 ce fond de bienveillance et d\u2019empathie, voire m\u00eame de sympathie, sans lequel l\u2019analyse ne peut avoir lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Bienveillance. Empathie. Sympathie. Pourrions-nous aller jusqu\u2019\u00e0 penser que le passage de la destructivit\u00e9 \u00e0 la destruction en d\u00e9pend souvent&nbsp;? Il me semble que ton intervention nous y invite.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Georges Didi-Huberman (2014), <em>Le cin\u00e9ma de po\u00e9sie<\/em> (<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=1LLxjEqEDh4\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=1LLxjEqEDh4<\/a>) <\/li><li>R. Roussillon (2015), \u00ab\u00a0Pour une m\u00e9tapsychologie de la cr\u00e9ativit\u00e9 chez D. W. Winnicott\u00a0\u00bb. <em>Journal de la psychanalyse de l\u2019enfant<\/em>, 2015\/2, vol.5, pp. 159-180.<\/li><li><em>Ibid.<\/em> pp.159-160.<\/li><li>L\u2019exp\u00e9rience de la lecture et l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u00e9coute sont ici diff\u00e9rentes et compl\u00e9mentaires. De l\u00e0 l\u2019importance, j\u2019en suis convaincu, de l\u2019\u00e9couter et de le lire lorsqu\u2019il traite un des th\u00e8mes essentiels de la psychanalyse, comme c\u2019est le cas de la destructivit\u00e9.<\/li><li>\u00c0 la distinction \u0153uvre \u00e9crite \/ \u0153uvre parl\u00e9e, trop sch\u00e9matique certes, j\u2019ajouterais une troisi\u00e8me cat\u00e9gorie, peut-\u00eatre moins connue des lecteurs francophones, \u00e0 savoir ses articles publi\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 l<em>\u2019International Journal of Psycho-Analysis<\/em> ou sa Key-Note lors du congr\u00e8s de l\u2019IPA \u00e0 Boston, qui se situent selon moi \u00e0 l\u2019entre-deux de ces p\u00f4les et son port\u00e9s par un style diff\u00e9rent et nouveau. Cf. en particulier\u00a0: R. Roussillon (2010), \u00ab\u00a0The deconstruction of primary narcissism\u00a0\u00bb. <em>Int. J. Psychoanal<\/em>. (2010) 91\u00a0: 821-837\u00a0; R. Roussillon (2013), \u00ab\u00a0The function of the object in the binding and unbinding of the drives\u00a0\u00bb, <em>Int. J. Psychoanal.<\/em> (2013) 94\u00a0: 257-276.<\/li><li>Cf. version en fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0R. Roussillon (2016) Pour introduire le travail sur la symbolisation primaire\u00a0\u00bb. <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>. 2016\/3 (vol. 80) pp. 818-831.<\/li><li>M. Leiris. Pr\u00e9face \u00e0 <em>Soleils bas<\/em>, de Georges Limbour.<\/li><li>R. Roussillon (2009) La destructivit\u00e9 et les formes complexes de la \u00ab\u00a0survivance\u00a0\u00bb de l\u2019objet. <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>. 2009\/4, (Vol. 73), pp. 1005-1022.<\/li><li>Avec une telle notion, Winnicott a introduit en effet une \u00ab\u00a0v\u00e9ritable modification paradigmatique qui consiste \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019une partie du devenir d\u2019un processus psychique d\u00e9pend de l\u2019interpr\u00e9tation que l\u2019autre-sujet, celui \u00e0 qui il est adress\u00e9, apporte \u00e0 ce processus &#8211; de la r\u00e9ponse de celui-ci, donc.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em> p. 1005).<\/li><li>Ren\u00e9 Roussillon va enrichir le mod\u00e8le de la survivance avec l\u2019introduction de d\u00e9veloppements n\u00e9cessaires\u00a0: avec l\u2019exp\u00e9rience du \u00ab\u00a0d\u00e9truit-trouv\u00e9\u00a0\u00bb (qui compl\u00e8te celle du \u00ab\u00a0trouv\u00e9-cr\u00e9\u00e9\u00a0\u00bb d\u00e9crite par Winnicott)\u00a0; avec l\u2019organisation du conflit psychique d\u2019ambivalence, \u00e0 partir de la survivance des sentiments contradictoires, d\u2019un mouvement affectif face \u00e0 ses antagonistes\u00a0; avec la \u00ab\u00a0survivance\u00a0\u00bb \u00e0 travers les \u00e2ges de la vie, dont l\u2019adolescence en particulier, qu\u2019il s\u2019agisse de la survivance de soi ou de celle de l\u2019objet\u2026 Cf. R. Roussillon (2009) La destructivit\u00e9 et les formes complexes de la \u00ab\u00a0survivance\u00a0\u00bb de l\u2019objet. <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse.<\/em> 2009\/4 (Vol. 73), pp. 1005-1022.<\/li><li>R. Roussillon (2012), <em>Trauma pr\u00e9coce et exacerbation de la destructivit\u00e9<\/em>. <em>Op. Cit.<\/em> p.29<\/li><li>R. Roussillon (2012), \u00ab Le besoin de cr\u00e9er et la pens\u00e9e de D. W. Winnicott \u00bb. <em>In<\/em>\u00a0: <em>Winnicott et la cr\u00e9ation humaine<\/em>, Ed. \u00c9r\u00e8s, Coll. <em>Le Carnet Psy<\/em>, 2012, pp. 285-301 (pp. 288.289).<\/li><li>Cf. Les commentaires qu\u2019en fait \u00e0 ce propos A. Green (2015), <em>Jouer avec Winnicott<\/em>. Paris, PUF (\u00ab\u00a0L\u2019objet est une entit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e, l\u2019objet a besoin d\u2019\u00eatre install\u00e9 en dehors de l\u2019espace de contr\u00f4le omnipotent. Cette op\u00e9ration, sorte de mutation qui ne peut arriver que lentement et progressivement, ne peut s\u2019accomplir sans quelque violence. C\u2019est pourquoi la destructivit\u00e9 est in\u00e9vitable pour assurer une identit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e\u00a0\u00bb).<\/li><li>De l\u00e0, l\u2019importance de la th\u00e9orie qu\u2019en tant qu\u2019analyste on a de la pulsion. <\/li><li>R. Roussillon (1994) <em>Op. Cit.<\/em> p. 278.<\/li><li><em>Ibid.<\/em> p. 280.<\/li><li>R. Roussillon (2013) Op. Cit. (p. 258).<\/li><li>R. Roussillon (sans date) Destructivit\u00e9 et \u00ab survivance \u00bb de l\u2019objet. htpp:\/\/www.gercpea.lu\/textes_livres\/start_R_Roussillon_destructivite.htm<\/li><li>R. Roussillon (2013). \u00ab The function of the object in the binding and unbinding of the drives \u00bb. <em>Int. J. Psychoanal.<\/em> (2013, 94: 257-276 (p. 257) (\u00ab\u00a0Dans le travail clinique, (la destructivit\u00e9) doit \u00eatre analys\u00e9e en termes de sa \u00ab\u00a0signification\u00a0\u00bb, la signification qu\u2019elle a, non dans un sens absolu, mais pour un individu donn\u00e9\u00a0\u00bb).<\/li><li>R. Roussillon (1999), \u00ab Violence et culpabilit\u00e9 primaire \u00bb. <em>In<\/em>\u00a0: <em>Agonie, clivage et symbolisation<\/em>. PUF (\u00ab\u00a0La violence ou l\u2019antisocialit\u00e9 ne peuvent \u00eatre comprises qu\u2019en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 autre chose qu\u2019elles-m\u00eames, elles doivent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es \u00e0 partir de l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019existence d\u2019un motif inconscient\u00a0\u00bb).<\/li><li>R. Roussillon (sans date) \u00ab Destructivit\u00e9 et \u00ab survivance \u00bb de l\u2019objet. <a href=\"htpp:\/\/www.gercpea.lu\/textes_livres\/start_R_Roussillon_destructivite.htm\">htpp:\/\/www.gercpea.lu\/textes_livres\/start_R_Roussillon_destructivite.htm<\/a><\/li><li>R. Roussillon (2012), Trauma pr\u00e9coce et exacerbation de la destructivit\u00e9. <em>In<\/em>\u00a0: <em>Violences chaudes, violences froides<\/em> (sous la direction de Joyce A\u00efn). Ed. \u00c9r\u00e8s (p.26).<\/li><li>R. Roussillon (2013), <em>Op. Cit.<\/em>, p. 258<\/li><li><em>Ibid.<\/em> p. 1007 (\u00ab\u00a0L\u2019objet doit \u00eatre atteint et en accuser r\u00e9ception, faute de quoi le sujet a le sentiment que l\u2019attaque port\u00e9e \u00ab\u00a0glisse\u00a0\u00bb sur lui et la destructivit\u00e9 est exacerb\u00e9e.\u00a0\u00bb).<\/li><li>R. Roussillon (1994), Discussion. <em>Violence et identit\u00e9<\/em>. (pp. 276-277) (cmqs).<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10476?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je tiens \u00e0 te dire tout d\u2019abord \u00e0 quel point ton intervention m\u2019a parue passionnante, et d\u2019autant plus passionnante qu\u2019elle s\u2019ancre dans la pratique de la cure analytique et de la clinique psychanalytique dans un sens large. 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