{"id":10467,"date":"2021-08-22T07:32:05","date_gmt":"2021-08-22T05:32:05","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/sept-propositions-sur-le-traumatisme-2\/"},"modified":"2021-09-22T17:05:54","modified_gmt":"2021-09-22T15:05:54","slug":"sept-propositions-sur-le-traumatisme","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/sept-propositions-sur-le-traumatisme\/","title":{"rendered":"Sept propositions sur le traumatisme"},"content":{"rendered":"\n<p>Je ferais sept propositions en guise de conclusion pour ce colloque&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1<sup>\u00e8re<\/sup> proposition&nbsp;: les effets plut\u00f4t que les causes<\/h2>\n\n\n\n<p>On pourrait dire que ce qui fait unit\u00e9 autour de quelque chose d\u2019aussi variable que cette notion de traumatisme, c\u2019est le fait que le traumatisme est d\u2019abord d\u00e9fini par ses effets plut\u00f4t que par ses causes. Si ce qui caract\u00e9rise le traumatisme, c\u2019est l\u2019effraction d\u2019une rencontre avec un R\u00e9el qui d\u00e9passe le sujet, c\u2019est d\u2019abord les effets que l\u2019on voit et que l\u2019on interpr\u00e8te comme proc\u00e9dant d\u2019un traumatisme &#8211; une cascade d\u2019effets traumatiques pouvant effectivement \u00eatre identifi\u00e9s, jusqu\u2019\u00e0 un syndrome de stress post-traumatique. Cependant, on ne peut pas pr\u00e9juger de la cause. Si ce constat s\u2019impose dans la dialectique psychanalytique, cela n\u2019est nullement \u00e9vident dans une position de sant\u00e9 publique, o\u00f9 l\u2019on pense le traumatisme d\u2019abord comme une fixation sur une suppos\u00e9e cause. Pourtant, celle-ci ne peut \u00eatre v\u00e9ritablement inf\u00e9r\u00e9e que depuis ses effets.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, le traumatisme peut se d\u00e9cliner dans diff\u00e9rentes dimensions, plus pr\u00e9cis\u00e9ment trois. Premi\u00e8rement, il y a bien s\u00fbr le traumatisme de ce qui a eu lieu. Mais il y a aussi, deuxi\u00e8mement, le traumatisme de ce qui aurait pu avoir lieu pour que le traumatisme n\u2019ait pas lieu. Et enfin, troisi\u00e8mement, le traumatisme de ce qui ne pourra plus avoir lieu, parce que le traumatisme a eu lieu, irr\u00e9versiblement. Ce qui est perdu c\u2019est ce qui aurait pu avoir lieu s\u2019il n\u2019y avait pas eu traumatisme. Et ce qui a manqu\u00e9, c\u2019est ce qui aurait pu faire que le traumatisme n\u2019ait pas lieu. Toute personne qui vit par exemple un accident est pris dans cette valence-l\u00e0&nbsp;: il aurait bu un caf\u00e9 de plus, il aurait \u00e9vit\u00e9 cette route-l\u00e0, \u00e7a ne serait pas arriv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2<sup>\u00e8me<\/sup> proposition&nbsp;: la contingence qui se fait n\u00e9cessit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Il y a toujours quelque chose de fondamentalement contingent dans la survenue d\u2019un traumatisme. C\u2019est l\u2019\u00e9v\u00e8nement qui fait effraction, qui introduit \u00e0 l\u2019effroi. Ce qui caract\u00e9rise l\u2019effroi, c\u2019est l\u2019absence de pr\u00e9paration. L\u2019effroi est en effet diff\u00e9rent de la peur ou de l\u2019angoisse. La peur a un objet et on s\u2019organise par rapport \u00e0 l\u2019objet de la peur. L\u2019angoisse n\u2019a pas comme la peur un objet d\u00e9fini, mais elle implique un certain degr\u00e9 d\u2019anticipation \u00e0 ce qui pourrait survenir. Alors que le traumatisme, c\u2019est v\u00e9ritablement ce qui fait effraction, ce qui surgit et qui est de l\u2019ordre de la contingence.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute contingence implique un paradoxe&nbsp;: le paradoxe des \u00ab&nbsp;futurs contingents&nbsp;\u00bb. \u00c0 un temps T, un \u00e9v\u00e8nement peut avoir lieu, ou pas&nbsp;: \u00e7a, c\u2019est contingent. Mais une fois qu\u2019il a eu lieu, il n\u2019est plus possible qu\u2019il n\u2019ait pas lieu&nbsp;: le contingent est ainsi devenu du n\u00e9cessaire par effet de r\u00e9troaction. Il y a une sorte de plicature du temps, une topologie du temps, qui est tout \u00e0 fait particuli\u00e8re \u00e0 ce retournement de la contingence en n\u00e9cessit\u00e9 qu\u2019on trouve dans le traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce retournement n\u2019est pas sp\u00e9cifique au traumatisme. Il est commun d\u00e8s qu\u2019on se risque \u00e0 supposer une relation entra\u00eene une complexit\u00e9 singuli\u00e8re propre \u00e0 la conception du lien cause-effet. On peut \u00eatre pris au pi\u00e8ge d\u2019une reconstruction, d\u2019une illusion r\u00e9trospective (ou la prospection r\u00e9trospective ou la r\u00e9trospection prospective). On fait des liens r\u00e9trospectifs mais ce qui reste l\u2019essentiel du traumatisme, c\u2019est cette dimension de contingence, d\u2019effraction, de surgissement qui est tout \u00e0 fait particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve ici la discussion avec Emeric Saguin, par rapport au fait que l\u2019amont s\u2019engouffre dans l\u2019aval, que le traumatisme constitue une double ligne de causalit\u00e9&nbsp;: l\u2019\u00e9v\u00e8nement traumatique, contingent se prend dans la structure, dans l\u2019organisation psychique du sujet, dans son mode de formation du sympt\u00f4me, dans son histoire, sa famille, sa culture, les codes dont il est issu et qui viennent traiter ce trou du traumatisme, c\u2019est-\u00e0-dire s\u2019y engouffrer. Au fond quand il y a un traumatisme, l\u2019amont s\u2019engouffre aussi dans l\u2019aval. On ne peut ainsi prendre le traumatisme comme seul cause en jeu. La cause est aussi en amont. En tout cas cette double dimension est pr\u00e9sent dans tout traumatisme, que Freud d\u00e9signait comme les \u00ab&nbsp;s\u00e9ries compl\u00e9mentaires&nbsp;\u00bb. Pour le dire autrement&nbsp;: quand on s\u2019occupe de psychotraumatologie, on a toujours le risque de penser qu\u2019on est sp\u00e9cialiste du traumatisme alors que l\u2019on doit tout autant \u00eatre sp\u00e9cialiste de l\u2019amont engouffr\u00e9 dans le trou du traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3<sup>\u00e8me<\/sup> proposition&nbsp;: l\u2019apr\u00e8s-coup<\/h2>\n\n\n\n<p>Le traumatisme est toujours un traumatisme en apr\u00e8s-coup, ce qui est aussi li\u00e9 \u00e0 la question de la \u00ab&nbsp;s\u00e9rie compl\u00e9mentaire&nbsp;\u00bb. L\u2019apr\u00e8s-coup, c\u2019est une fameuse position freudienne, d\u2019ailleurs aussi d\u00e9montr\u00e9e par la recherche exp\u00e9rimentale&nbsp;: dans les mod\u00e8les animaux, il faut effectivement faire deux <em>stimuli<\/em> pour cr\u00e9er un traumatisme. Si tout traumatisme est traumatisme apr\u00e8s-coup, reste la question de savoir quel est le traumatisme premier&nbsp;: quel est le premier traumatisme de la s\u00e9rie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Avec les d\u00e9veloppements que j\u2019ai faits sur l\u2019\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique et le statut de la trace mn\u00e9sique, on peut remonter loin et se dire que, peut-\u00eatre, ce premier temps du traumatisme est pr\u00e9natal, ou peut-\u00eatre m\u00eame qu\u2019il doit \u00eatre recherch\u00e9 dans les g\u00e9n\u00e9rations ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le sujet. L\u2019ontog\u00e9n\u00e8se r\u00e9sume la phylog\u00e9n\u00e8se&nbsp;: Freud disait que s\u2019il manque le traumatisme dans la r\u00e9alit\u00e9, on pourra le prendre dans la s\u00e9rie atavique de quelque chose qui se r\u00e9p\u00e8te entre les g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, effectivement, l\u2019apr\u00e8s-coup est l\u2019apr\u00e8s-coup de quoi&nbsp;? Un traumatisme peut toujours en cacher un autre\u2026 Par exemple, dans ce qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 par Maurice Corcos et Yoann Loisel comme des solutions litt\u00e9raires de traitements du traumatisme, on a diff\u00e9rentes s\u00e9quences qui r\u00e9v\u00e8lent bien l\u2019interrogation sur le statut de l\u2019apr\u00e8s-coup tel qu\u2019il renvoie, n\u00e9cessairement, \u00e0 un avant-coup.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble qu\u2019on peut voir l\u2019apr\u00e8s-coup comme le fait que le traumatisme finit par devenir effectivement symptomatique, m\u00eame s\u2019il a \u00e9t\u00e9 gel\u00e9 par l\u2019effroi dans son premier temps. Seulement, ce n\u2019est pas tant l\u00e0 une \u00ab&nbsp;d\u00e9charge&nbsp;\u00bb clinique de la symptomatologie mais, d\u00e9j\u00e0, le traitement du traumatisme, le traitement imaginaire et symbolique du R\u00e9el mis en jeu par le traumatisme. C\u2019est \u00e7a l\u2019apr\u00e8s-coup&nbsp;: quand un traumatisme devient traumatisme apr\u00e8s-coup, quand il devient symptomatique, c\u2019est en fait que le sujet sort de l\u2019effroi, qu\u2019il sort d\u2019\u00eatre fig\u00e9 par le R\u00e9el. Le traumatisme apr\u00e8s-coup pourrait \u00eatre ainsi consid\u00e9r\u00e9 comme la manifestation du traitement du traumatisme. Le traitement du traumatisme passe par l\u2019apr\u00e8s-coup qui est en soi-m\u00eame, d\u2019une certaine mani\u00e8re, une solution par rapport au traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4<sup>\u00e8me<\/sup> proposition&nbsp;: l\u2019articulation du traumatisme et du fantasme<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019instant est connu&nbsp;: Freud, dans sa lettre du 21&nbsp;septembre 1897 \u00e0 Wilhelm Fliess, d\u00e9clare qu\u2019il a renonc\u00e9 \u00e0 son \u00ab&nbsp;erotica&nbsp;\u00bb, pour introduire la th\u00e9orie du fantasme et de la s\u00e9duction \u00e0 la place de la th\u00e9orie du traumatisme. Cette distinction, il me semble, n\u2019est toutefois pas une cloison \u00e9tanche&nbsp;: quand il y a un traumatisme, il y a aussi la mobilisation d\u2019un fantasme pour traiter le traumatisme. On est dans une formule qu\u2019on pourrait \u00e9crire F sur T. Il y a un trou du traumatisme et puis dessus on peut mettre une autre pi\u00e8ce superpos\u00e9e au trou et qui est le fantasme. Le fantasme se construit par rapport au traumatisme. Traumatisme ou fantasme sont donc comme les deux faces d\u2019un m\u00eame probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre dans cette articulation r\u00e9side et r\u00e9siste quelque chose de fondamental, point\u00e9 justement par Maurice Corcos&nbsp;: la question du reste. Il y a toujours un reste puisque ce n\u2019est pas le tout du trou du traumatisme qui peut \u00eatre recouvert par le fantasme. Ce reste, il est de l\u2019ordre de l\u2019objet, il est de l\u2019ordre de l\u2019insaisissable, il est de l\u2019ordre du R\u00e9el&nbsp;: il peut-\u00eatre un noyau de jouissance, ce qui ne cesse d\u2019insister, de se r\u00e9p\u00e9ter. Ce reste doit trouver son chemin&nbsp;: et pourquoi pas en faire aussi une \u0153uvre, par exemple une fiction. Certainement ce n\u2019est pas le fantasme qui devient fiction, c\u2019est ce travail du reste&nbsp;: le processus de traitement du traumatisme par le fantasme qui pousse \u00e0 lui trouver une place dans l\u2019unicit\u00e9, l\u2019inventivit\u00e9 d\u2019une solution par rapport au traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Retenons en tous cas que nous devrions faire l\u2019\u00e9loge du reste. Face au r\u00e9el qui s\u2019impose, de ne pas chercher \u00e0 tout dire, \u00e0 tout comprendre. Laisser un reste sur lequel le sujet peut s\u2019appuyer pour trouver sa solution.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5<sup>\u00e8me<\/sup> proposition&nbsp;: la question de la r\u00e9p\u00e9tition<\/h2>\n\n\n\n<p>Jacques Lacan a isol\u00e9 quatre concepts fondamentaux concernant la psychanalyse&nbsp;: l\u2019inconscient, la pulsion, le transfert et la r\u00e9p\u00e9tition. On peut se demander pourquoi il a rajout\u00e9, avec force, cette notion de r\u00e9p\u00e9tition, apr\u00e8s tout n\u2019\u00e9tait-elle pas d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, dans le transfert, ou dans l\u2019inconscient avec ce qui ne cesse de se r\u00e9p\u00e9ter. On peut l\u2019envisager \u00e9galement dans la pulsion, jusqu\u2019\u00e0 la pulsion de mort. Pourquoi donc avoir fait de la r\u00e9p\u00e9tition un concept s\u00e9par\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 partir de la question de la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition que le concept de r\u00e9p\u00e9tition s\u2019est impos\u00e9 comme un concept fondamental \u00e0 part enti\u00e8re. L\u2019\u00e9nigme de r\u00e9p\u00e9ter une exp\u00e9rience d\u00e9sagr\u00e9able, l\u2019\u00e9nigme du plaisir qui est aussi le plaisir du d\u00e9plaisir. Freud, au d\u00e9but, tient \u00e0 un principe de plaisir dont il d\u00e9couvre progressivement qu\u2019il ne peut tout accueillir et puis, \u00e0 sa phase plus tardive, autour justement de la question du traumatisme, de la guerre, de la mort de proches, de la maladie, de sa maladie. <em>La mort dans la vie de Freud<\/em>, le livre de Max Schur (Gallimard, 1982), est absolument saisissant \u00e0 ce propos, pour moi un des plus beaux textes sur Freud, sur le lien entre sa vie et sa th\u00e9orie&nbsp;: on y lit comment, \u00e0 partir de son \u00e9laboration autour de la mort, il en vient \u00e0 poser la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition, comment, intimement, il va passer du principe de plaisir \u00e0 son \u00e9chec, jusqu\u2019\u00e0 aller vers la question du plaisir dans le d\u00e9plaisir, \u00e0 travers la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition &#8211; que Lacan d\u00e9signe du terme de \u00ab&nbsp;jouissance&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une jouissance peut \u00eatre mise en jeu par le traumatisme. Voil\u00e0 un concept lacanien que je prononce \u00e9videmment du fait de mon parcours analytique, mais c\u2019est un mot complexe, pas forc\u00e9ment facile \u00e0 comprendre. Peut-\u00eatre un mot issu d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence indirecte \u00e0 Georges Bataille. La jouissance est effectivement en jeu dans l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire de Georges Bataille. On rejoint l\u2019extase mystique telle qu\u2019Emeric Saguin en a parl\u00e9 \u00e0 propos de ce pauvre soldat, d\u00e9mineur, pris dans une jouissance traumatique, soulev\u00e9 de mani\u00e8re mystique dans une bulle protectrice alors qu\u2019il est en train d\u2019exploser. La jouissance, on pourrait dire que dans la th\u00e9orisation de Lacan, c\u2019est la libido plus la pulsion de mort. Le processus traumatique met ainsi en jeu la r\u00e9p\u00e9tition et la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition, c\u2019est-\u00e0-dire aussi une jouissance qui ne cesse de se r\u00e9p\u00e9ter.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">6<sup>\u00e8me<\/sup> proposition&nbsp;: la sortie du traumatisme<\/h2>\n\n\n\n<p>On pourrait consid\u00e9rer qu\u2019il y a trois temps du traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier temps, c\u2019est celui l\u2019effraction, de la contingence du surgissement de quelque chose d\u2019inassimilable subjectivement, qui se produit dans l\u2019instant. C\u2019est une rencontre avec le R\u00e9el qui extrait, qui jette hors du temps, hors du lien social, hors du langage. Le sujet traumatis\u00e9 ne sait plus ce que parler veut dire. Il devra rejouer son entr\u00e9e dans le monde du langage qui lui pr\u00e9existe. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il doit remettre en jeu une origine &#8211; ce qui est des plus \u00e9vident dans les cas transculturels tels que les a \u00e9voqu\u00e9s Olivier Ta\u00efeb, tant on se trouve nous-m\u00eame d\u00e9cal\u00e9s par rapport au monde symbolique du sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me temps est celui de l\u2019\u00e9ternisation du traumatisme. Une \u00e9ternisation de l\u2019instant du traumatisme, \u00e9ternis\u00e9 dans le fantasme. C\u2019est une sorte de spirale o\u00f9 le sujet est pris dans des boucles infinies de r\u00e9p\u00e9titions, pris par le traumatisme qui devient son histoire, qui donne du sens \u00e0 tout ce qui lui arrive, une cause \u00e0 tout faire. Avec, d\u2019ailleurs, le risque que ce soit renforc\u00e9 par les interventions soignantes, qui peuvent avoir trop tendance de rabattre le sujet sur son traumatisme, en faisant du traumatisme l\u2019histoire qui le repr\u00e9sente. Il y a l\u00e0 le pi\u00e8ge de faire du traumatisme un destin. Que le sujet se pi\u00e8ge dans une identit\u00e9 traumatique, allant vers un statut de victime.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me temps, c\u2019est celui de la sortie du traumatisme, qui est le v\u00e9ritable enjeu du traitement du traumatisme. On pourrait rapprocher ces trois temps du temps logique lacanien&nbsp;: l\u2019instant de voir, le temps pour comprendre et le moment de conclure. C\u2019est finalement la m\u00eame chose pour le traumatisme&nbsp;: l\u2019instant de voir c\u2019est la contingence, le surgissement comme un \u00e9clair&nbsp;; suit le temps de comprendre, qui peut pi\u00e9ger dans l\u2019identit\u00e9 traumatique&nbsp;; et ce troisi\u00e8me temps qui est le moment de conclure, c\u2019est-\u00e0-dire un moment de sortie du traumatisme, \u00e0 travers un acte, une d\u00e9cision, un choix. Cette sortie peut aussi passer par une reprise cr\u00e9ative de ce qui a \u00e9t\u00e9 mis en jeu par la contingence traumatisme, qui a d\u00e9log\u00e9 le sujet de sa prise dans l\u2019autre du langage, dans l\u2019autre social et dans l\u2019autre temporel&nbsp;: se servir du traumatisme dans un processus de cr\u00e9ation, peut-\u00eatre la cr\u00e9ation de soi tout aussi bien, une recr\u00e9ation de soi \u00e0 partir de ce qui a \u00e9t\u00e9 mis en jeu.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">7<sup>\u00e8me<\/sup> proposition&nbsp;: L\u2019invention de soi<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019invention de soi, c\u2019est une voie de sortie du traumatisme. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une sortie cathartique, qui serait, elle, sans aucun reste de quoi que ce soit. Au contraire, je crois plut\u00f4t que l\u00e0 encore le travail du reste est moteur, pr\u00e9cis\u00e9ment pour que le traumatisme mette en jeu une nouvelle origine.<\/p>\n\n\n\n<p>Yoann Loisel a parl\u00e9 d\u2019un originaire traumatique \u00e0 propos de Pantagruel. Il y a effectivement des dimensions croisant origine et traumatisme&nbsp;: \u00e0 partir de la discontinuit\u00e9 introduite par le traumatisme, le sujet peut devenir, redevenir, auteur et acteur de ce qu\u2019il va \u00eatre par la suite. L\u2019origine n\u2019est certainement pas \u00e0 confondre avec le d\u00e9but, elle se construit, reconstruit, elle se prend dans le tourbillon du devenir, de l\u2019invention. Maurice Corcos a mis aussi au premier plan la dimension de l\u2019invention dans son expos\u00e9. Cela m\u2019\u00e9voque cette phrase de Paul Valery, que je trouve fondamentale, comme une boussole &#8211; quand on lui demande \u00ab&nbsp;qu\u2019est-ce que vous faites aujourd\u2019hui&nbsp;?&nbsp;\u00bb, il r\u00e9pond&nbsp;: \u00ab&nbsp;je m\u2019invente&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre, paradoxalement, c\u2019est \u00e0 cela qu\u2019introduit le traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment je suis conscient qu\u2019avec ces derniers points &#8211; sortie du traumatisme et invention &#8211; je d\u00e9bouche sur une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du traumatisme. Voil\u00e0 probablement la direction de cette journ\u00e9e&nbsp;: exploiter le traumatisme, comme offrant la possibilit\u00e9 paradoxale de penser diff\u00e9remment&nbsp;!<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10467?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ferais sept propositions en guise de conclusion pour ce colloque&nbsp;: 1\u00e8re proposition&nbsp;: les effets plut\u00f4t que les causes On pourrait dire que ce qui fait unit\u00e9 autour de quelque chose d\u2019aussi variable que cette notion de traumatisme, c\u2019est le&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1230,1223,1214,1215],"thematique":[601],"auteur":[1449],"dossier":[602],"mode":[60],"revue":[595],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10467","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-a-la-une","rubrique-perinatalite","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-traumatisme","auteur-francois-ansermet","dossier-memoire-traumatique-et-fonctionnement-limite-a-ladolescence","mode-payant","revue-595","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10467","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10467"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10467\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15035,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10467\/revisions\/15035"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10467"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10467"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10467"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10467"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10467"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10467"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10467"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10467"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10467"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}