{"id":10466,"date":"2021-08-22T07:32:05","date_gmt":"2021-08-22T05:32:05","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/a-rene-roussillon-2\/"},"modified":"2021-09-19T17:29:23","modified_gmt":"2021-09-19T15:29:23","slug":"a-rene-roussillon","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/a-rene-roussillon\/","title":{"rendered":"A Ren\u00e9 Roussillon"},"content":{"rendered":"\n<p>Je commencerai par une citation&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Ma seule compagne, au cours de cette exploration du territoire inconnu qu\u2019est un cas nouveau, est la th\u00e9orie que je porte en moi, qui est devenue partie de moi-m\u00eame et \u00e0 laquelle je ne suis pas oblig\u00e9 de me r\u00e9f\u00e9rer d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment. (\u2026) Au cours des ann\u00e9es, des changements in\u00e9vitables, dus \u00e0 mon exp\u00e9rience, se sont produits, qui ont modifi\u00e9 la base th\u00e9orique de mon travail. On pourrait comparer ma position \u00e0 celle d\u2019un violoncelliste qui travaille sa technique avec acharnement puis, \u00e9tant parvenu \u00e0 la ma\u00eetriser et \u00e0 la tenir pour acquise, sera enfin capable de faire de la musique. Je constate que je fais mon travail avec beaucoup plus de facilit\u00e9 qu\u2019il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es et que les r\u00e9sultats sont bien meilleurs. Mon d\u00e9sir est de communiquer avec ceux qui achoppent encore \u00e0 la technique et de leur donner l\u2019espoir qu\u2019ils pourront un jour, eux aussi, faire de la musique. On \u00e9prouve une satisfaction bien mince \u00e0 donner une ex\u00e9cution de virtuose en suivant la partition<\/em>.&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette citation m\u2019accompagne depuis de tr\u00e8s nombreuses ann\u00e9es. Je l\u2019ai trouv\u00e9e lorsque je commen\u00e7ais tout juste \u00e0 entrevoir la p\u00e9dopsychiatrie et alors que je faisais mes premiers pas en psychanalyse, apr\u00e8s l\u2019avoir d\u00e9couverte au cours de mon adolescence. Les \u00e9l\u00e9ments qui d\u00e9finissaient alors pour moi le chemin vers un certain id\u00e9al de la psychanalyse et du psychanalyste (et qui restent pour moi aussi essentiels aujourd\u2019hui qu\u2019ils l\u2019\u00e9taient alors) sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, tous pr\u00e9sents. Il s\u2019agit de quelques lignes, pour moi essentielles, mais auxquelles je ne pense pas souvent. Et pourtant, quand Ren\u00e9 Roussillon m\u2019a fait l\u2019amiti\u00e9 de me demander d\u2019intervenir au Colloque qui nous r\u00e9unit aujourd\u2019hui, il m\u2019a suffi de penser \u00e0 ce que je pourrais dire et partager avec vous, et ces quelques mots de D.W. Winnicott dans <em>La consultation th\u00e9rapeutique et l\u2019enfant<\/em> sont venus naturellement, comme une introduction possible \u00e0 ma tentative de mettre en mots l\u2019impact qu\u2019a eu sur moi la rencontre avec Ren\u00e9, tout d\u2019abord par la lecture et puis, un jour, personnellement. Pour moi, Ren\u00e9 aurait bien pu \u00e9crire le fond de ces mots, mais \u00e0 sa mani\u00e8re, qui n\u2019est pas celle de Winnicott, bien qu\u2019ils partagent tant de points.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime particuli\u00e8rement la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une th\u00e9orie que l\u2019on porte en soi, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle devienne une partie de soi-m\u00eame et \u00e0 laquelle on ne se sentirait pas oblig\u00e9 de se r\u00e9f\u00e9rer d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment. Une th\u00e9orie qui ferait partie de nous, sans dogmatismes et sans imposture, comme r\u00e9sultat d\u2019un travail tenace d\u2019int\u00e9gration et de mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve dans la clinique. J\u2019aime la comparaison de la position de l\u2019analyste \u00e0 celle du violoncelliste ou de l\u2019artiste, dont la technique a \u00e9t\u00e9 travaill\u00e9e avec acharnement jusqu\u2019\u00e0 en avoir la ma\u00eetrise, jusqu\u2019\u00e0 la tenir pour acquise, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9grer et l\u2019incarner, pour avoir enfin la possibilit\u00e9 de s\u2019en servir pour faire de la musique. Et pour la danser, pourrait peut-\u00eatre ajouter Ren\u00e9. Cette alliance fondamentale entre la libert\u00e9 la plus grande et la rigueur la plus exigeante.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime dans cette citation, et je retrouve l\u00e0 aussi Ren\u00e9, ce d\u00e9sir profond de communication et de partage, le d\u00e9sir &#8211; en somme &#8211; de transmettre. De donner l\u2019espoir \u00e0 ceux qui \u00ab&nbsp;achoppent encore \u00e0 la technique&nbsp;\u00bb qu\u2019ils pourront eux aussi, un jour, faire de la musique. Le d\u00e9sir de partager non seulement ce qui a \u00e9t\u00e9 acquis, mais le chemin qu\u2019il lui a fallu parcourir pour y parvenir, pour que chacun puisse non le suivre mais trouver le sien, s\u2019engager dans la voie de sa propre r\u00e9flexion et devenir l\u2019analyste et le psychoth\u00e9rapeute qu\u2019il ou elle peut parvenir \u00e0 \u00eatre, de mani\u00e8re authentique, sans psittacisme, sans imposture. Un d\u00e9sir soutenu par un mot qui ne fait pas partie du vocabulaire de la psychanalyse, mais qu\u2019il conviendrait de ne pas oublier dans notre travail clinique et dans la vie la plus quotidienne&nbsp;: la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, une vertu si rare.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne vous ferai pas le r\u00e9cit de tout ce que l\u2019\u0153uvre de Ren\u00e9 m\u2019apporte comme personne et comme psychanalyste. La liste est longue. Les id\u00e9es qu\u2019il avance prennent leur source dans l\u2019exp\u00e9rience et parlent \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience. Il m\u2019est impossible de le lire ou de l\u2019\u00e9couter sans que je vois avec une lumi\u00e8re nouvelle un patient, un moment de ma pratique ou de ma vie. Car il vient parfois m\u00eame me donner de mes nouvelles, ce qui m\u2019arrive rarement \u00e0 la lecture des textes psychanalytiques et plus souvent, par contre, \u00e0 la lecture de certains textes litt\u00e9raires d\u2019auteurs que j\u2019affectionne aussi. D\u2019autres compagnons de route qui m\u2019ont permis de d\u00e9couvrir non seulement la possibilit\u00e9 de la psychanalyse sur l\u2019art, mais une recherche de ce que, dans un tr\u00e8s beau texte r\u00e9cent<sup>2<\/sup>, Ren\u00e9 appelle la psychanalyse par l\u2019art.D\u2019ailleurs les premiers mots que j\u2019ai pu \u00e9changer avec Ren\u00e9 sont n\u00e9s autour d\u2019une nouvelle de Julio Cort\u00e1zar, le grand \u00e9crivain argentin, lors d\u2019un Colloque Babylone organis\u00e9 par Maurice Corcos \u00e0 Paris. Je me souviens qu\u2019il m\u2019a dit, ce sont ses mots, que \u00ab&nbsp;cela l\u2019amuserait beaucoup de travailler lui aussi les textes de Cort\u00e1zar&nbsp;\u00bb. Cette dimension du plaisir inh\u00e9rent pour lui \u00e0 la possibilit\u00e9 de partager et de penser, m\u00eame ce qui fait mal, surtout ce qui fait mal, car gagner du terrain dans la contr\u00e9e de la douleur psychique, constitue toujours une victoire de la vie sur son non moins immortel adversaire. Ce premier souvenir, autour de la litt\u00e9rature, est li\u00e9 aussi, s\u00fbrement, en moi, au formidable talent de conteur de Ren\u00e9, m\u00eame et surtout lorsqu\u2019il transmet son exp\u00e9rience de la psychanalyse. Cort\u00e1zar a beaucoup \u00e9crit sur Paris et depuis Paris, mais Buenos Aires est rest\u00e9 toujours pr\u00e9sent en tant qu\u2019horizon de son \u00e9criture. J\u2019y \u00e9tais il y a quelques jours, pour le Congr\u00e8s Latino-Am\u00e9ricain de Psychanalyse, o\u00f9 j\u2019avais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 pour parler sur la rencontre analytique de l\u2019archa\u00efque. J\u2019ai profit\u00e9 de cette occasion pour tenter de mettre en mots, dans mes mots, les \u00e9l\u00e9ments essentiels que l\u2019\u0153uvre de Ren\u00e9 Roussillon apporte \u00e0 l\u2019exploration de ce vaste territoire. Ces exp\u00e9riences qui ne constituent pas de souvenirs mais laissent des traces, qui ne sont pas repr\u00e9sent\u00e9es ni li\u00e9es \u00e0 des repr\u00e9sentations de mots et ne sont pas encore int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 la subjectivit\u00e9 de la personne. Leur tendance \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter, dans une compulsion de r\u00e9p\u00e9tition qui est \u00e0 la fois et surtout une compulsion \u00e0 l\u2019int\u00e9gration, selon la belle expression de Ren\u00e9 qui \u00e9voque, me semble-t-il, un \u00e9l\u00e9ment central dans sa fa\u00e7on de concevoir la psychanalyse et je crois la vie dans son ensemble&nbsp;: l\u2019espoir. Celui qui dans les pires situations nous permet de ne pas renoncer, de persister, de rester pr\u00e9sents, avec t\u00e9nacit\u00e9, m\u00eame et surtout lorsque tout nous pousse \u00e0 l\u00e2cher, \u00e0 quitter, \u00e0 abandonner. Il nous souligne l\u2019importance d\u2019un objet qui survit, qui reste vivant, cr\u00e9atif et capable de donner les r\u00e9ponses qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 celles des premiers objets. Ren\u00e9 Roussillon nous transmet sa confiance in\u00e9branlable dans le bien &#8211; fond\u00e9 de la psychanalyse comme th\u00e9orie et comme pratique. Peut-\u00eatre parce que le souci th\u00e9rapeutique reste pour lui toujours pr\u00e9sent&nbsp;: c\u2019est la raison m\u00eame de la psychanalyse. Peut-\u00eatre parce que pour lui, souvent, l\u00e0 o\u00f9 la personne a le plus mal ou le plus peur, ces parties ou ces zones enti\u00e8res d\u2019exp\u00e9rience qu\u2019il ou elle a d\u00fb cliver, ces pans de son histoire dont il ou elle s\u2019est priv\u00e9(e), enferment, en m\u00eame temps, les parties souvent les plus vivantes, les plus riches, les plus cr\u00e9atives. Me vient en m\u00e9moire un texte de Ren\u00e9 moins cit\u00e9 que d\u2019autres et d\u2019une tr\u00e8s grande importance pourtant, que je consid\u00e8re central, autant d\u2019un point de vue conceptuel que clinique&nbsp;: <em>Le \u00ab&nbsp;besoin&nbsp;\u00bb de la folie<\/em><sup>3<\/sup>, compl\u00e9ment indispensable de celui de Winnicott intitul\u00e9 <em>The Psychology of Madness&nbsp;: A Contribution from Psycho- Analysis<\/em><sup>4<\/sup>, de 1965, traduit en fran\u00e7ais par <em>La crainte de la folie<\/em>, qui pr\u00e9c\u00e8de et pr\u00e9pare <em>La crainte de l\u2019effondrement<\/em>. Apr\u00e8s ma pr\u00e9sentation \u00e0 Buenos Aires, j\u2019ai eu la joie de retrouver plusieurs parmi les amis avec lesquels nous avons partag\u00e9 pendant une dizaine d\u2019ann\u00e9es, \u00e0 Bogot\u00e1, l\u2019exp\u00e9rience de nous r\u00e9unir, toutes les semaines, pour travailler tout d\u2019abord autour de l\u2019\u0153uvre d\u2019Andr\u00e9 Green et, plus tard, comme une cons\u00e9quence quasi naturelle, sur celle de Ren\u00e9 Roussillon. Mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 aussi par d\u2019autres personnes, qui m\u2019ont parl\u00e9 d\u2019un groupe qui \u00e9tudiait l\u2019\u0153uvre de Ren\u00e9 au sein de l\u2019<em>Association Psychanalytique de Buenos Aires<\/em> (APdeBA), un autre \u00e0 Sao Paulo, un autre au Mexique\u2026 Je peux comprendre sans difficult\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat que son \u0153uvre \u00e9veille sur des personnes d\u2019horizons si diff\u00e9rents. Et il me semble bien naturel que les organisateurs du prochain Congr\u00e8s Latino-Am\u00e9ricain qui se tiendra \u00e0 Cartagena de Indias, en Colombie, en 2016, r\u00eavent de pouvoir compter, avec sa pr\u00e9sence, de pouvoir s\u2019enrichir avec ses apports et bien entendu de lui faire d\u00e9couvrir en retour ce qu\u2019ils construisent \u00e0 partir de son \u0153uvre, les m\u00e9tissages qui r\u00e9sultent de la rencontre de diff\u00e9rentes cultures, leur forme de concevoir la psychanalyse, tout en laissant une place pour la d\u00e9couverte de cette ville magique.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dirai, pour terminer, que Ren\u00e9 m\u2019aide \u00e0 penser, qu\u2019il m\u2019accompagne lorsque je pense. Il m\u2019accompagne dans l\u2019exploration de ces territoires des premiers temps, lorsqu\u2019il s\u2019agit de commencer par capturer ce qui surgit et de lui donner tout d\u2019abord une forme. Il deviendra possible ensuite, (\u00e9ventuellement car non toujours), de lui donner un sens. Mais seulement apr\u00e8s, dans un deuxi\u00e8me temps. Car il importe tout d\u2019abord de r\u00e9ussir \u00e0 donner forme \u00e0 l\u2019informe<sup>5<\/sup>. Accompagner le patient dans l\u2019exp\u00e9rience si paradoxale et si r\u00e9elle qui consiste \u00e0 assumer que la perte la plus douloureuse est souvent la perte de ce que nous n\u2019avons jamais eu. V\u00e9cus rest\u00e9s sans traduction possible. Agonies inh\u00e9rentes \u00e0 des r\u00e9ponses jamais parvenues. Potentiels rest\u00e9s sans r\u00e9alisation. Attentes interminables au milieu de la surdit\u00e9 universelle (\u00ab&nbsp;Instant interminable&nbsp;: s\u2019entendre pleurer au milieu de la surdit\u00e9 universelle\u2026&nbsp;\u00bb, \u00e9crivait le po\u00e8te mexicain Octavio Paz<sup>6<\/sup>). Et plong\u00e9s dans ces v\u00e9cus de d\u00e9tresse infantile, n\u2019avoir pas su &#8211; ou n\u2019avoir pas pu &#8211; assumer ce que la r\u00e9alit\u00e9 du dehors r\u00e9p\u00e9tait la plupart du temps avec un silence qui \u00e9tait de fait un cri interrompu&nbsp;: il s\u2019agissait de pertes &#8211; de pertes m\u00eame de ce que nous n\u2019avions jamais eu &#8211; de pertes qui, en fin de compte, et au milieu de la douleur psychique la plus douloureuse et la plus effrayante, nous ne pouvions pas finir de perdre, terrifi\u00e9s comme nous \u00e9tions peut-\u00eatre de nous perdre nous-m\u00eames en les l\u00e2chant, en les laissant partir. S\u2019attacher \u00e0 ses pertes, perdre ce qui n\u2019a pas eu lieu, attendre sans fin une r\u00e9ponse qui devrait arriver du dehors et qui pourtant ne parvient jamais. De l\u00e0, peut-\u00eatre, certaines attentes interminables qui peuvent durer une vie, et une puissance &#8211; plus qu\u2019un pouvoir-conf\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019objet.<sup>7<\/sup> De l\u00e0 aussi, s\u00fbrement, certaines sollicitations de la m\u00e9moire qui viennent avec de telles douleurs et deviennent des v\u00e9ritables hypermn\u00e9sies, voire l\u2019exigence de m\u00e9moires quasi photographiques et fig\u00e9es, avec parfois justement un effet d\u2019 \u00ab&nbsp;arr\u00eat sur image&nbsp;\u00bb et tout ce que cela implique de mise en suspens du mouvement et de la vie. D\u2019autres fois, c\u2019est plut\u00f4t la sensation des \u00ab&nbsp;blancs&nbsp;\u00bb qui traversent la vie, comme des \u00ab&nbsp;tourments de la m\u00e9moire&nbsp;\u00bb, cette \u00ab&nbsp;\u00e9tranget\u00e9 affective qui consiste \u00e0 aimer surtout un souvenir qui (nous) manque&nbsp;\u00bb<sup>8<\/sup> et dont nous portons pourtant la trace. Et partir alors \u00e0 la recherche non seulement des \u00ab&nbsp;souvenirs perdus&nbsp;\u00bb, mais aussi de ce qui nous a manqu\u00e9 et de ce que nous avons manqu\u00e9, ce qui n\u2019a pas eu lieu, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 et de pouvoir &#8211; ou non \u2013 en faire enfin le deuil. Nous n\u2019y parvenons pas toujours, mais il est essentiel de le tenter. Il est question de vie ou de mort, de vie et de mort. Une mani\u00e8re d\u2019apprendre \u00e0 aller au-del\u00e0 du visible, \u00e0 entendre l\u2019inou\u00ef et l\u2019inaudible, \u00e0 \u00e9couter les plaintes sourdes du corps et jusqu\u2019aux voix du silence, comme le voulait Andr\u00e9 Green<sup>9<\/sup>. Et plus loin encore. Ton \u0153uvre, cher Ren\u00e9, nous accompagne et nous guide certes dans la r\u00e9cup\u00e9ration et la r\u00e9alisation encore possibles de ce qui n\u2019a pas pu \u00eatre, mais aussi dans l\u2019acceptation pleine, si douloureuse et pourtant si essentielle, (je paraphrase ici cet argentin universel qu\u2019\u00e9tait Jorge Luis Borges<sup>10<\/sup>), de la possibilit\u00e9 d\u2019arriver parfois au bord m\u00eame de l\u2019ab\u00eeme, d\u2019entrevoir l\u2019imminence d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation et d\u2019admettre aussi qu\u2019elle ne se produise jamais&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>D.W. Winnicott (1971), <em>Therapeutic Consultations in Child Psychiatry<\/em> (trad.fran\u00e7. <em>La consultation th\u00e9rapeutique et l\u2019enfant<\/em>, Gallimard,1971, coll. TEL,1982, pp.8-9)<\/li><li>Ren\u00e9 Roussillon (2014), <em>Don Juan, Freud et l\u2019homme pierre<\/em>, Colloque \u00ab\u00a0Cr\u00e9ation\u00a0\u00bb du CRPPC, 6 avril 2013.<\/li><li>Ren\u00e9 Roussillon(2004), <em>Le \u00ab\u00a0besoin\u00a0\u00bb de la folie<\/em>, in \u00ab\u00a0Winnicott insolite\u00a0\u00bb,<em>Monographies de psychanalyse de la Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, PUF.<\/li><li>Traduit en fran\u00e7ais avec le titre \u00ab\u00a0La Crainte de la folie\u00a0\u00bb, In\u00a0: <em>La crainte de l\u2019efondrement et autres situations cliniques<\/em>, Paris,Gallimard,2000.<\/li><li>D.W. Winnicott (1971), \u00ab\u00a0R\u00eaver, fantasmer, vivre\u00a0\u00bb, in D.W. Winnicott(1971) <em>Playing and Reality<\/em>, London, Tavistock (trad.fran\u00e7. <em>Jeu et R\u00e9alit\u00e9<\/em>, Paris, Gallimard, 1975)<\/li><li>Octavio Paz (sans date) cit\u00e9, in Elena Poniatowska (1998) <em>Las palabras del \u00e1rbol<\/em>, M\u00e9xico, Plaza Jan\u00e9s (p.43) (ma traduction).<\/li><li>Andr\u00e9 Green (1982), \u00ab\u00a0Apr\u00e8s coup, l\u2019archa\u00efque\u00a0\u00bb, in <em>La folie priv\u00e9e. Psychanalyse des cas-limites<\/em>, Gallimard,1990 (p.250).<\/li><li>Georges Didi-Huberman (2013), <em>Blancs soucis<\/em>. Paris, Les \u00c9ditions de Minuit (p.103).<\/li><li>Andr\u00e9 Green (1976), \u00ab\u00a0Un, autre, neutre\u00a0: valeurs narcissiques du m\u00eame\u00a0\u00bb, in <em>Narcissisme de vie, Narcissisme de mort<\/em>, Paris, Minuit, 1980, (\u00ab\u00a0Entendre l\u2019inou\u00ef, c\u2019est aller \u00e0 l\u2019invisible, \u00e0 l\u2019au-del\u00e0 du visible. L\u2019\u00e9coute ne nous renvoie pas seulement \u00e0 l\u2019inou\u00ef mais \u00e0 l\u2019inaudible\u00a0: la plainte sourde du corps et jusqu\u2019aux voix du silence\u00a0\u00bb.)<\/li><li>Jorge Luis Borges (1950), \u00ab\u00a0La Muraille et les Livres\u00a0\u00bb, in \u00ab\u00a0Autres Inquisitions\u00a0\u00bb, <em>La Pl\u00e9iade, \u0152uvres Compl\u00e8tes<\/em>, Tome I, p. 675 (\u00ab\u00a0La musique, les \u00e9tats de f\u00e9licit\u00e9, la mythologie, les visages travaill\u00e9s par le temps, certains cr\u00e9puscules et certains lieux veulent nous dire quelque chose, ou nous l\u2019ont dit, et nous n\u2019aurions pas d\u00fb le laisser perdre, ou sont sur le point de le dire\u00a0; cette imminence d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation, qui ne se produit pas, est peut-\u00eatre le fait esth\u00e9tique.\u00a0\u00bb)<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10466?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je commencerai par une citation&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ma seule compagne, au cours de cette exploration du territoire inconnu qu\u2019est un cas nouveau, est la th\u00e9orie que je porte en moi, qui est devenue partie de moi-m\u00eame et \u00e0 laquelle je ne suis&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1215],"thematique":[459,577],"auteur":[1571],"dossier":[578],"mode":[61],"revue":[590],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10466","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-jeu","thematique-mediations-therapeutiques","auteur-alejandro-rojas-urrego","dossier-dossier-rene-roussillon-le-jeu-en-partage","mode-gratuit","revue-590","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10466","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10466"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10466\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14413,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10466\/revisions\/14413"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10466"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10466"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10466"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10466"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10466"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10466"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10466"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10466"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10466"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}