{"id":10463,"date":"2021-08-22T07:32:05","date_gmt":"2021-08-22T05:32:05","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/interview-de-monique-dechaud-ferbus-par-le-collectif-des-formateurs-de-laeppc-2\/"},"modified":"2021-09-15T18:31:50","modified_gmt":"2021-09-15T16:31:50","slug":"interview-de-monique-dechaud-ferbus-par-le-collectif-des-formateurs-de-laeppc","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/interview-de-monique-dechaud-ferbus-par-le-collectif-des-formateurs-de-laeppc\/","title":{"rendered":"Interview de Monique Dechaud-Ferbus &#8211; par le Collectif des formateurs de l\u2019AEPPC"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div><em>\u00ab&nbsp;Psych\u00e9 est corporelle et n\u2019en sait rien&nbsp;\u00bb<\/em><footer>Fran\u00e7oise Coblence<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>1- Aujourd\u2019hui les psychanalystes prennent mieux en compte la dimension du corps dans la cure. Dans les ann\u00e9es 1970, avec vos coll\u00e8gues de Sainte-Anne, vous l\u2019aviez compris de fa\u00e7on avant-gardiste. Comment comprendre cet \u00e9cart&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait dans le dualisme cart\u00e9sien dont on sortait \u00e0 l\u2019aide de Spinoza qui tenait \u00e0 une entit\u00e9 corps\/psych\u00e9. Toutefois, les habitudes \u00e9taient prises de n\u00e9gliger le corps, la mati\u00e8re noble \u00e9tait la pens\u00e9e, et la cure type psychanalytique travaillait au niveau verbal. Il n\u2019y avait pas de pont avec le corporel, sauf pour les psychosomaticiens dont Marty et Fain qui, en 1955, avaient travaill\u00e9 sur la motricit\u00e9 dans la relation d\u2019objet. Les personnes pour lesquelles l\u2019analyse ne convenait pas \u00e9taient d\u00e9valoris\u00e9es, \u00e9taient jug\u00e9es comme \u00ab&nbsp;pas capables&nbsp;\u00bb. Nous \u00e9laborions les psychoth\u00e9rapies corporelles mais nous nous sentions isol\u00e9s. Toutefois nous \u00e9tions persuad\u00e9s d\u2019\u00eatre sur la bonne voie. On cr\u00e9ait un nouvel outil qui nous permettait d\u2019accueillir des patients hors n\u00e9vrose, et de trouver le dispositif et le travail analytique \u00e0 leur mesure, en nous appuyant sur les concepts psychanalytiques. Notre int\u00e9r\u00eat pour le corps des patients \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 notre formation qui montrait d\u2019embl\u00e9e le lien neuropsychique. Aujourd\u2019hui, les psychanalystes r\u00e9alisent mieux l\u2019importance de la dimension du corps dans la cure, comme l\u2019a montr\u00e9 le congr\u00e8s d\u2019Ath\u00e8nes de 2010, <em>Entre psych\u00e9 et soma<\/em>. L\u2019un des rapporteurs \u00e9tait Fran\u00e7oise Coblence qui avait trouv\u00e9 une tr\u00e8s belle formule&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Psych\u00e9 est corporelle et n\u2019en sait rien<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle dit \u00ab&nbsp;au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9tendue, c\u2019est bien au corporel que nous sommes confront\u00e9s en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la nature de psych\u00e9 et \u00e0 un corporel qui ne se r\u00e9duit pas pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 une simple substance \u00e9tendue&nbsp;\u00bb puis, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019<em>Esquisse<\/em>, elle rappelle que Freud reconnaissait l\u2019importance de deux exp\u00e9riences v\u00e9cues qui constituent deux exp\u00e9riences corporelles \u00e9l\u00e9mentaires fondamentales&nbsp;: celle de la satisfaction et celle de la douleur (<em>RFP<\/em> n\u00b0&nbsp;5, 2010, p.&nbsp;1286).<\/p>\n\n\n\n<p>En 1969, j\u2019ai rejoint l\u2019\u00e9quipe de Sainte-Anne avec Marianne Strauss et Marie-Lise Roux. La formation avait pour optique la recherche et le d\u00e9veloppement de la technique de relaxation d\u2019Ajuriaguerra (<em>cf.<\/em> \u00ab&nbsp;Un Morceau d\u2019Histoire&nbsp;\u00bb pour plus de pr\u00e9cisions, p.27). Dans le cadre de l\u2019entra\u00eenement \u00e0 la cure de relaxation, on constatait un \u00e9cart entre ce que le patient disait ressentir et le contr\u00f4le pour objectiver la diff\u00e9rence des ressentis.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple le patient disait \u00ab&nbsp;mon bras est tendu&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;contr\u00f4leur&nbsp;\u00bb objectivait l\u2019\u00e9cart entre sa perception et celle du patient. Cette notion de \u00ab&nbsp;contr\u00f4le&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 travaill\u00e9e \u00e0 ce moment-l\u00e0 pour \u00eatre transform\u00e9e en \u00ab&nbsp;accompagnement&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;voir avec le patient&nbsp;\u00bb, dans le cadre du toucher. C\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait nouveau. On sortait du contr\u00f4le, que je consid\u00e9rais comme un flicage. Ce contr\u00f4le ne se fait plus du tout aujourd\u2019hui. Maintenant on a travaill\u00e9 sur le toucher, et on ne touche le patient qu\u2019exceptionnellement, pour des raisons bien pr\u00e9cises. On favorise la subjectivation du patient.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2- Vous faites souvent r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Beckett. Y a-t-il une relation avec les patients rencontr\u00e9s dans votre pratique&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je fais r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Beckett parce que lui parle de maux et de mots. Il y a chez Beckett un effondrement du langage, une r\u00e9gression du secondaire au primaire et la d\u00e9tresse de cet effondrement. On reconna\u00eet l\u2019expression de beaucoup de nos patients qui vivent ce retrait des mots porteurs du sens des choses. Pour Beckett, la tension sera \u00e0 son comble quand le sens, \u00e9tant retir\u00e9 aux choses, le personnage se retrouvera dans un monde obscur o\u00f9 seul le recours aux positions, aux rythmes, aux sensations corporelles, ainsi que l\u2019agir pourront maintenir un temps un sentiment d\u2019existence menac\u00e9. Du mot et de la phrase elle-m\u00eame ne reste que le rythme. C\u2019est un constat d\u00e9sesp\u00e9rant de la disparition progressive du per\u00e7u, nous laissant devant une interrogation sur le n\u00e9ant&nbsp;: comment c\u2019\u00e9tait avant&nbsp;?<sup>1<\/sup>. L\u2019ambiance des textes de Beckett est une ambiance \u00e9nigmatique. Comme chaque patient repr\u00e9sente une \u00e9nigme pour nous. La question qu\u2019on peut se poser avec Beckett, c\u2019est \u00e0 quoi \u00e7a sert tout \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3- Ces patients s\u2019expriment dans et par leur corps. Peut-on parler de langage du corps&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Freud en a bien parl\u00e9 aussi. Le corps s\u2019exprime dans la relation et aussi pour lui tout seul. Le langage du corps, c\u2019est une fa\u00e7on de communiquer avec l\u2019autre, sans les mots. Notre mat\u00e9riel vient du langage du corps. On travaille avec des patients \u00e0 qui on fait remonter les sensations d\u2019avant l\u2019\u0153dipe, dans une p\u00e9riode o\u00f9 le moi n\u2019est pas encore construit, avant trois ans, pour travailler avec les bases de la formation de l\u2019appareil psychique. Le langage du corps peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 souvent comme un appel \u00e0 l\u2019autre. La plupart du temps, les patients ne savent pas qu\u2019ils ont un langage du corps, c\u2019est nous qui le rep\u00e9rons. Je me souviens d\u2019un patient qui \u00ab&nbsp;coulait de transpiration&nbsp;\u00bb, il \u00e9tait en eau, mouill\u00e9. Il ne le sentait pas, il ne sentait rien. Je pense que \u00e7a Beckett l\u2019a bien vu, par exemple dans <em>L\u2019Innommable<\/em> o\u00f9 il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Moi, dont je ne sais rien, je sais que j\u2019ai les yeux ouverts \u00e0 cause des larmes qui en coulent sans cesse, je me sais assis, les mains sur les genoux, \u00e0 cause de la pression contre mes fesses (\u2026). Il est bon de s\u2019assurer de sa position corporelle d\u00e8s le d\u00e9but, avant de passer \u00e0 des choses plus importantes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4- <em>Cet autre divan<\/em>&nbsp;: pouvez-vous nous \u00e9clairer sur ce titre&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce titre vient de quelque chose que j\u2019ai ressenti depuis tr\u00e8s longtemps, un sentiment de malentendu, quand les analystes parlent d\u2019une cure de divan. La cure classique utilise le divan, c\u2019est un support de la m\u00e9diation par le langage verbal alors que pour nous, le divan est un op\u00e9rateur, il fait partie de notre outillage, il a une vraie fonction. Il repr\u00e9sente m\u00e9taphoriquement le giron maternel, et les genoux paternels, comme le dit Pasche. Il n\u2019y a pas qu\u2019une seule cure de divan, la Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle (PPC) en est une forme singuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi l\u2019interrogation de Raymond Cahn dans son livre <em>La fin du divan&nbsp;?<\/em> o\u00f9 il pose la question du face-\u00e0-face. Le face-\u00e0-face est important, on s\u2019en sert, mais il nous a sembl\u00e9 important d\u2019utiliser les fonctions du divan dans le face-\u00e0-face.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que le divan en face-\u00e0-face nous permet de travailler dans des r\u00e9gressions sans limites parce qu\u2019elles sont contenues dans et par le dispositif, le support du divan et la but\u00e9e du regard de l\u2019objet en personne mat\u00e9rialisant un espace potentiel o\u00f9 va se d\u00e9rouler la cure.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5- Dans vos textes, vous parlez de d\u00e9faillance de l\u2019environnement primaire et d\u2019une reprise des distorsions au sein de la cure de Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle. S\u2019agit-il d\u2019une exp\u00e9rience correctrice&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une exp\u00e9rience correctrice, pas au sens de \u201ccorriger\u201d, mais au sens de Pasche&nbsp;: faire une exp\u00e9rience diff\u00e9rente, qui permet au patient de rectifier les premi\u00e8res relations qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9grad\u00e9es, pour qu\u2019elles soient v\u00e9cues autrement. Une meilleure relation qui l\u2019aidera \u00e0 construire l\u2019appareil psychique, lui permettra une transformation. C\u2019est permettre une transformation pour la reprise de sa construction.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6- Vous utilisez cette insolite formulation \u00ab&nbsp;approche frugale de l\u2019objet&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La frugalit\u00e9 est proche de ce que dit Ferenczi du tact, c\u2019est pouvoir \u00e9viter l\u2019excitation ou la diminuer. C\u2019est la possibilit\u00e9 de ramener \u00e0 de petites quantit\u00e9s. C\u2019est dans la premi\u00e8re relation orale du b\u00e9b\u00e9 qu\u2019il est important d\u2019\u00eatre dans la frugalit\u00e9, de fa\u00e7on \u00e0 laisser au b\u00e9b\u00e9 un secteur libre dont il a besoin pour se construire. L\u2019approche frugale de l\u2019objet, c\u2019est \u00e9viter l\u2019excitation, en adoptant par exemple un ton neutre et calme, et se faire petit pour \u00e9viter l\u2019empi\u00e9tement qui peut \u00eatre ressenti facilement. C\u2019est une attitude respectueuse de l\u2019autre. Une patiente de St\u00e9phanie Azoulay lui dit \u00ab&nbsp;je vais vous parler hom\u00e9opathiquement par petit peu&nbsp;\u00bb. Cette attitude frugale revendiqu\u00e9e par la patiente participe \u00e0 la construction du pare-excitation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7- Dans la pratique, le toucher a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 puis abandonn\u00e9, et de nouveau utilis\u00e9 dans certains cas ou circonstances particuli\u00e8res. Pouvez-vous nous \u00e9clairer sur ce sujet \u00ab&nbsp;d\u00e9licat&nbsp;\u00bb puisque la question du toucher est li\u00e9e \u00e0 celle de l\u2019excitation&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La question du toucher parcourt toute la Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle. Au d\u00e9but, on touchait beaucoup le patient pour contr\u00f4ler si les tensions ressenties par le patient \u00e9taient r\u00e9elles, c\u2019\u00e9tait une \u00e9preuve de r\u00e9alit\u00e9 dans le dialogue tonique. On a gard\u00e9 pour le moment le toucher dans un sens tr\u00e8s pr\u00e9cis. Je me souviens d\u2019une patiente que j\u2019ai touch\u00e9e trois fois&nbsp;: chaque fois correspondait \u00e0 une interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<p>On touche aussi pour valider une exp\u00e9rience \u00e9chotactile chez des patients qui ne l\u2019ont pas v\u00e9cue et qui sont g\u00ean\u00e9s pour ressentir la s\u00e9paration de la peau commune, qui restent tributaires de l\u2019attachement. Cette exp\u00e9rience \u00e9chotactile vise \u00e0 remettre en marche les bases de l\u2019interdit du toucher dont parle Anzieu, l\u2019interdit primaire \u00e9tant li\u00e9 \u00e0 la s\u00e9paration du fusionnement, \u00e0 une trop grande proximit\u00e9 pour favoriser l\u2019acquisition de son propre moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me interdit vise l\u2019inceste. Ce qu\u2019il faut retenir c\u2019est l\u2019importance de la relation de contact qui permet de ressentir la relation d\u2019attachement et aussi de diff\u00e9rencier le dehors et le dedans. Cela peut aider \u00e0 introduire l\u2019objet dans la sph\u00e8re du patient. Toucher le patient est une excitation qui est maintenue par l\u2019analyste dans les limites de la s\u00e9duction primaire qui se joue entre la m\u00e8re et l\u2019enfant et qui n\u2019est pas g\u00e9nitalis\u00e9e. On a gard\u00e9 la possibilit\u00e9 de toucher.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9s \u00e0 propos du toucher \u00e0 cause de l\u2019excitation \u00e9rog\u00e8ne. Mais on peut toucher en Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle car nous sommes garants du niveau libidinal qui pr\u00e9side \u00e0 ce toucher. Nous sommes \u00e0 la fois excitant et pare-excitant. Le toucher est n\u00e9cessaire pour exp\u00e9rimenter l\u2019\u00e9chotactile s\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9faillant, afin de le traiter pour l\u2019\u00e9laborer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8- Quelle est la diff\u00e9rence entre le transfert en cure classique et le transfert en Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle (PPC)&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le transfert en cure classique est orient\u00e9 sur les imagos. On n\u2019est pas dans la m\u00eame situation avec les patients en Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle (PPC) pour lesquels les imagos sont terrifiantes. Il y a n\u00e9cessit\u00e9 de construire un transfert sensoriel qui vienne \u00e9toffer l\u2019\u00e9tayage. On peut parler de l\u2019\u00e9tayage de base que nous favorisons. En Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle, c\u2019est un transfert sur le contenant, transfert d\u2019\u00e9tayage, il y a aussi un transfert sur le corps qui favorise un transfert de base (Catherine Parat). L\u2019attention au d\u00e9veloppement d\u2019un transfert d\u2019\u00e9tayage (transfert de base) permet au patient, en s\u2019appuyant sur ce transfert, de neutraliser le transfert destructeur, d\u00e9vastateur qui r\u00e9pond aux traumatismes dus aux imagos en les neutralisant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le transfert de base sur le corps est li\u00e9 \u00e0 l\u2019accueil de l\u2019objet. Le patient de Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle r\u00e9p\u00e8te au lieu de se rem\u00e9morer. Le transfert d\u2019\u00e9tayage offre une possibilit\u00e9 d\u2019alliance th\u00e9rapeutique de base o\u00f9 apparaissent la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019objet, l\u2019apaisement dans la relation permettant au sujet d\u2019\u00e9laborer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9- Des premiers traitements de la relaxation psychanalytique \u00e0 ceux r\u00e9cents de la Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle, on per\u00e7oit un changement, une \u00e9volution. Comment la d\u00e9finiriez-vous&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9volution a commenc\u00e9 avec la reconnaissance d\u2019un transfert chez le psychotique et la constatation d\u2019\u00e9checs de certaines analyses. L\u2019\u00e9volution est due aussi au fait qu\u2019il y a un changement de regard sur les psychoth\u00e9rapies qui ob\u00e9issent \u00e0 certaines conditions, dont l\u2019attitude par rapport au corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Les multiples attaques contre la psychanalyse et les bouleversements sociaux rendent difficiles pour les personnes de s\u2019engager dans une cure trois fois par semaine et qui d\u00e9passe leur budget de beaucoup. Ces causes soci\u00e9tales sont un frein pour un engagement dans la cure classique, mais il y a aussi le fait que les organisations de nombreux patients sont d\u00e9stabilis\u00e9es par les agressions sociales et le manque de rep\u00e8res dans les structures familiales ainsi que par l\u2019envahissement par le num\u00e9rique qui ins\u00e9curise beaucoup de personnes.<\/p>\n\n\n\n<p>On a r\u00e9alis\u00e9 que les patients hors n\u00e9vrose ne b\u00e9n\u00e9ficiaient pas de la psychanalyse et qu\u2019il fallait donc cr\u00e9er des cadres adapt\u00e9s \u00e0 ces personnes. On a pu penser que ce n\u2019\u00e9tait pas les patients qui n\u2019\u00e9taient pas analysables mais que c\u2019\u00e9tait \u00e0 nous de trouver l\u2019outillage dont ils avaient besoin.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but de notre association nous \u00e9tions dans le champ d\u2019extension de la psychanalyse une psychoth\u00e9rapie d\u2019inspiration psychanalytique souvent consid\u00e9r\u00e9e comme th\u00e9rapie de soutien ou r\u00e9paratrice. Mais notre \u00e9volution nous am\u00e8ne \u00e0 nous reconna\u00eetre comme une forme de travail analytique, c\u2019est dans ce sens qu\u2019en 2008, nous avons cr\u00e9\u00e9 l\u2019<em>Association pour l\u2019Enseignement de la Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle<\/em> (AEPPC) pour des patients pour qui il faut am\u00e9nager le dispositif.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tout le monde peut en b\u00e9n\u00e9ficier pour renforcer l\u2019appareil psychique \u00e0 son fondement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10- Les perspectives<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous reconnaissons notre dette \u00e0 Ajuriaguerra, mais aussi \u00e0 Francis Pasche, avec qui nous avons travaill\u00e9 dans un service d\u2019adultes psychotiques.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, en renon\u00e7ant \u00e0 la technique suggestive et, en cela, en nous montrant fid\u00e8les \u00e0 Freud, nous avons introduit dans la relation avec le patient, \u00ab&nbsp;cet espace d\u2019ignorance mutuelle et de d\u00e9couvertes successives qui est le signe m\u00eame du travail psychique et de l\u2019\u00e9volution.&nbsp;\u00bb (M.-L. Roux). La particularit\u00e9 de notre action \u00e9tait d\u2019avoir en quelque sorte choisi de placer sous notre regard, dans la relation au patient, cet \u00ab&nbsp;objet inconnu&nbsp;\u00bb comme l\u2019appelle Freud, inconnu, et aussi impr\u00e9vu, dangereux et qui \u00e9chappe au contr\u00f4le. Objet qui va devenir comme un tiers observable par l\u2019un comme par l\u2019autre des protagonistes de la cure, premier objet transitionnel de l\u2019histoire de chacun. Le corps qui nous est familier mais aussi \u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de l\u2019Interview par Sylvain Missonnier, dans <em>Carnet Psy<\/em> de juin 2018 (<em>Carnet Psy<\/em> n\u00b0217, p.&nbsp;27), Roger Perron s\u2019inqui\u00e8te du risque de perdre le r\u00e9f\u00e9rent de la cure type, ce qui serait la fin de la psychanalyse. Il rappelle la n\u00e9cessit\u00e9 de continuer \u00e0 pratiquer la cure type, toutefois il reconna\u00eet, en r\u00e9ponse \u00e0 Sylvain Missonnier, que la cr\u00e9ation de nouveaux dispositifs est importante et int\u00e9ressante pour l\u2019enrichissement de la psychanalyse, \u00e0 condition toujours de d\u00e9gager d\u2019autres sens derri\u00e8re le sens apparent&nbsp;: \u00ab&nbsp;il y a toujours du pr\u00e9conscient donc de l\u2019inconscient, il y a toujours l\u2019hypoth\u00e8se de quelque chose d\u2019autre \u00e0 percevoir&nbsp;\u00bb. Ceci rejoint notre pratique et notre pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Raymond Cahn, son interrogation sur la fin du divan pose la question d\u2019un am\u00e9nagement du dispositif en face-\u00e0-face, toujours en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la cure type. Pour lui, c\u2019est l\u2019analyste qui fait l\u2019analyse et pas le cadre, qui peut varier selon les besoins. En ce qui nous concerne, nous avons choisi une souplesse de notre dispositif qui a l\u2019avantage de r\u00e9unir le face-\u00e0-face et le divan.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa pr\u00e9face pour <em>Cet autre divan<\/em> dont il nous a fait l\u2019honneur, Raymond Cahn d\u00e9crit ce qu\u2019il a per\u00e7u de notre fonctionnement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes (avec la Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle) dans un espace interm\u00e9diaire dont le corps, la sensorialit\u00e9 constitue un m\u00e9diateur de choix en ce registre particulier de l\u2019entre-deux, de l\u2019intersubjectif, soit de ce qu\u2019on entend aujourd\u2019hui \u00e0 d\u00e9signer comme troisi\u00e8me topique. Rappelons-nous que le cadre ici n\u2019est pas <em>a priori<\/em> propice \u00e0 la symbolisation g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la non-perception de l\u2019objet. Il implique au contraire l\u2019objet \u00ab&nbsp;en personne&nbsp;\u00bb, d\u00e9mentant \u00e0 travers ce qui se passe effectivement dans l\u2019interrelation avec le patient, les traces laiss\u00e9es par les d\u00e9sordres des premi\u00e8res relations, condition d\u2019un fonctionnement psychique non ob\u00e9r\u00e9 d\u00e9sormais par de telles distorsions et dont les deux topiques freudiennes viendraient alors rendre compte, alors qu\u2019une part importante, sinon essentielle de cet entre-deux n\u2019y trouvait pas sa place. Une troisi\u00e8me topique, qui tout en contenant m\u00eame de mani\u00e8re diff\u00e9rente la dimension tierc\u00e9isante, apporterait un nouveau point de vue concernant les facteurs pr\u00e9sidant \u00e0 l\u2019\u00e9mergence des premi\u00e8res manifestations de la psych\u00e9\u2026 Les approches nouvelles sous-tendues par la troisi\u00e8me topique font de la psychoth\u00e9rapie psychanalytique corporelle un mode d\u2019abord de ces probl\u00e9matiques particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pensons que notre approche par la Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle est un enrichissement pour la psychanalyse. M\u00eame si, n\u2019ayant pas cet outil, un travail analytique peut se faire en s\u2019adaptant au fur et \u00e0 mesure des besoins.<\/p>\n\n\n\n<p>Je remercie Raymond Cahn de nous avoir compris et de nous ouvrir un chemin de r\u00e9flexion avec la troisi\u00e8me topique, pour poursuivre notre exploration des voies nouvelles de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><em>Cf<\/em>. Monique, Dechaud-Ferbus, \u00ab&nbsp;L\u2019inhibition&nbsp;: approche th\u00e9orique&nbsp;\u00bb, <em>RFP<\/em>, 2, 2009, p.&nbsp;331-341.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10463?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Psych\u00e9 est corporelle et n\u2019en sait rien&nbsp;\u00bb Fran\u00e7oise Coblence &nbsp; 1- Aujourd\u2019hui les psychanalystes prennent mieux en compte la dimension du corps dans la cure. Dans les ann\u00e9es 1970, avec vos coll\u00e8gues de Sainte-Anne, vous l\u2019aviez compris de fa\u00e7on avant-gardiste&#8230;.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1225,1214],"thematique":[217,418],"auteur":[1395],"dossier":[469],"mode":[60],"revue":[470],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10463","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-dispositif","rubrique-psychanalyse","thematique-psychotherapie","thematique-transfert","auteur-monique-dechaud-ferbus","dossier-la-psychotherapie-psychanalytique-corporelle","mode-payant","revue-470","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10463","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10463"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10463\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13340,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10463\/revisions\/13340"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10463"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10463"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10463"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10463"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10463"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10463"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10463"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10463"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10463"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}