{"id":10459,"date":"2021-08-22T07:32:05","date_gmt":"2021-08-22T05:32:05","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/il-ny-a-pas-de-mediation-culturelle-2\/"},"modified":"2021-09-16T23:54:24","modified_gmt":"2021-09-16T21:54:24","slug":"il-ny-a-pas-de-mediation-culturelle","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/il-ny-a-pas-de-mediation-culturelle\/","title":{"rendered":"Il n\u2019y a pas de m\u00e9diation culturelle"},"content":{"rendered":"\n<p>Il n\u2019y a pas de m\u00e9diation culturelle, dans ce qui nous occupe, le soin, parce que la seule m\u00e9diation est la m\u00e9diation relationnelle et que, \u00e0 ce compte, tout y est travail de culture.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce mot de \u00ab&nbsp;culture&nbsp;\u00bb est donc \u00e0 entendre comme \u00ab&nbsp;mise en culture du sens de Soi&nbsp;\u00bb, soit la perspective que l\u2019adolescent en souffrance puisse mieux cultiver ses propres jardins, et un beau jour sans nous. Mais est-ce \u00e0 dire que tout est culture&nbsp;? Dans un dispositif institutionnel, oui, m\u00eame si le risque appara\u00eet, sinon d\u2019un certain relativisme, surtout celui de devenir des adultes trop suiveurs des patients, manquant de limites et, par l\u00e0, s\u00e9ducteurs. Il vaut mieux entendre&nbsp;: tout doit faire culture, ce qui d\u00e9signe bien la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un travail certain. Cependant, cette interrogation de la s\u00e9duction se r\u00e9v\u00e9lant toujours centrale, posons imm\u00e9diatement que s\u00e9duction ne signifie pas trauma (encore), emprise, si elle vise non pas le narcissisme du soignant, mais si elle est s\u00e9duction envers le plaisir de fonctionnement du patient et de sa famille, par exemple la capacit\u00e9 de celle-ci d\u2019\u00eatre en lien autant que de faire des liens. S\u00e9duire, dans le travail institutionnel, c\u2019est donner le moyen au patient, \u00e0 sa famille aussi, de se plaire \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e0 elle-m\u00eame, aimanter le sexuel &#8211; ou le trop de sensuel par carence du tendre &#8211; pour l\u2019infl\u00e9chir vers la constitution, ou reconstitution, d\u2019une qualit\u00e9 certaine d\u2019auto\u00e9rotisme, ce plaisir \u00e0 faire, \u00e0 se sentir faire, cheville ouvri\u00e8re du transitionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>La vraie question pour le dispositif th\u00e9rapeutique c\u2019est, sur le fil de la s\u00e9duction, comment on se pr\u00eate, comment on s\u2019accorde \u00e0 la complexit\u00e9 de l\u2019adolescence impact\u00e9e par diverses difficult\u00e9s, par la pathologie et que, par exemple, c\u2019est la famille enti\u00e8re qu\u2019il faut accueillir et \u00e0 laquelle il faut s\u2019accorder&nbsp;? Qu\u2019en est-il alors de notre propre culture et, en regard du corps adolescent et du corps familial qu\u2019il faut contenir, qu\u2019en est-il du corps soignant, de ses moyens d\u2019entretien \u00e0 lui aussi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Justement, il appartient bien au psy d\u2019\u00e9largir la d\u00e9finition apparemment \u00e9troite du corps, son resserrage dans le R\u00e9el, son appr\u00e9hension m\u00e9dicale, physiologique (l\u2019axiome fameux \u00ab&nbsp;la sant\u00e9 c\u2019est le silence des organes&nbsp;\u00bb constitue une d\u00e9finition m\u00e9dicale de l\u2019inconscient autant qu\u2019une d\u00e9finition de la mort). De principe, il rel\u00e8ve de notre discipline de parler heureusement du corps vivant, c\u2019est-\u00e0-dire travers\u00e9 du d\u00e9sir, travers\u00e9 d\u2019envies, d\u2019app\u00e9tits et travers\u00e9 aussi d\u2019inqui\u00e9tudes ou d\u2019angoisses par rapport \u00e0 ces d\u00e9sirs m\u00eames &#8211; l\u00e0 s\u2019entrem\u00ealant tr\u00e8s vite, au corps et ses excitations, le travail de culture. Incontestablement c\u2019est psycho-somatique, le corps et l\u2019esprit sont main dans la main&nbsp;: comment le sont-ils&nbsp;? C\u2019est probablement cette attention, \u00e0 une capacit\u00e9 interne de relation, qui contribue pour nous le plus \u00e0 la d\u00e9finition de la sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci dit, si la conception du corps r\u00e9clame un \u00e9paississement qui rencontre, interp\u00e9n\u00e8tre, une notion de mise en culture, notre d\u00e9finition de la culture doit trouver quand m\u00eame certaines limites (le paradoxe est de nature, \u00e9videmment, transitionnelle). Tout est culture&nbsp;: oui, oui mais\u2026 \u00e0 la condition de rester sur une base, qui est celle du soin.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soin, c\u2019est une qualit\u00e9 de relation qui, par exemple, fait vivre les parents &#8211; rien ne se passe commun\u00e9ment sans leur accord &#8211; mais qui ne se situe pas dans leur r\u00f4le \u00e0 eux. Ce soin, ce n\u2019est pas de l\u2019\u00e9ducatif, encore moins de la morale, ce n\u2019est pas la promesse d\u2019une bonne parole (une belle interpr\u00e9tation, un objet culturellement valoris\u00e9), c\u2019est tout ce qui va permettre au soign\u00e9, <em>via<\/em> la r\u00e9flexion agie de la m\u00e9diation, de trouver plus de familiarisation \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui-m\u00eame, plus de soi \u00e0 soi, dans ce petit trait d\u2019union qu\u2019on peut mettre entre les mots psycho et somatique, trait du psycho-somatique qui dans la pathologie, \u00e0 l\u2019adolescence notamment, se trouve facilement remplac\u00e9 par un n\u00e9gatif forcen\u00e9 d\u2019opposition, comme si l\u2019individu pouvait se construire dans l\u2019opposition vis-\u00e0-vis des besoins de son corps, vis-\u00e0-vis des ressources nourrissantes de son environnement. La culture dans le soin (autant que le soin ici dans la culture&nbsp;: nous sommes dans le champ du transitionnel, des formations qui sont autant structurelles que structurantes), c\u2019est ce petit segment immense, notre capacit\u00e9 \u00e0 entra\u00eener l\u2019ado de l\u2019expression n\u00e9gative, du n\u00e9gatif appauvrissant (clivage en lieu de refoulement) vers davantage de trait d\u2019union. Ce qui passe par la rencontre, par la relation, par la m\u00e9diation, et le temps qu\u2019il faut prendre, reprendre, apprendre s\u00fbrement &#8211; ce temps qu\u2019il faut constituant pour moi une d\u00e9finition du tendre (l\u2019inhibition du but imm\u00e9diat), ce contenant du sensuel toujours \u00e9nigmatiquement excit\u00e9 \u00e0 l\u2019adolescence<sup>1<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci est permis et stimul\u00e9 par la position du chef de Service, le Pr. Maurice Corcos, qu\u2019il en soit ici remerci\u00e9. Maurice a publi\u00e9 r\u00e9cemment un magnifique ouvrage sur Arthur Rimbaud, po\u00e8te posant bien la question du \u00ab&nbsp;n\u00e9gatif&nbsp;\u00bb au sens de couper plus que relier, partir au d\u00e9sert, s\u2019affranchir en tranchant jusqu\u2019\u00e0 la mutilation<sup>2<\/sup>. Je me permets d\u2019en dire un mot parce que, justement, un des points d\u2019entr\u00e9e sur la probl\u00e9matique Rimbaud, c\u2019est l\u2019importance de la rencontre. Et puis je crois qu\u2019il y a pas mal de soignants qui ont ce fantasme, et pourquoi pas, qu\u2019ils vont rencontrer Rimbaud, un individu g\u00e9nial mais encore inconnu dont ils permettront l\u2019inflexion du destin en conjurant le risque de d\u00e9sert et de mutilation. C\u2019est vrai que, \u00e0 16 ans, sa rencontre avec un bon professeur, Georges Izambard, rassemble et propulse sa capacit\u00e9 cr\u00e9atrice&nbsp;: c\u2019est \u00e0 lui qu\u2019il \u00e9crit la premi\u00e8re <em>Lettre du voyant<\/em>, sa profession de foi po\u00e9tique. Il s\u2019acoquine un peu plus tard avec Verlaine (les fugues d\u00e9j\u00e0&nbsp;: contre-investissement d\u2019un transfert insuffisamment pensable par celui qui l\u2019a activ\u00e9&nbsp;?) et, m\u00eame si on aime bien l\u2019\u0153uvre de celui-ci, on reconna\u00eet que cette rencontre s\u2019inscrit quand m\u00eame dans une probl\u00e9matique allant vers l\u2019amplification des r\u00e9activations traumatiques \u00e0 conjurer.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet exemple litt\u00e9raire permet de noter combien, la rencontre, c\u2019est <em>pour le meilleur ou pour le pire<\/em>, qu\u2019il faut beaucoup r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cela, c\u2019est-\u00e0-dire soigner nos capacit\u00e9s de rencontre, le pire \u00e9tant probablement quand, m\u00eame la rencontre ne peut pas se faire. C\u2019est le cas assez connu de Louis-Ferdinand C\u00e9line&nbsp;: l\u2019objet sollicit\u00e9 est tellement privatif, au moment o\u00f9 pourtant le besoin s\u2019en fait le plus sentir (celui d\u2019une r\u00e9activation traumatique d\u2019abus qui ne tardera pas \u00e0 \u00eatre durablement pass\u00e9e au lecteur), qu\u2019\u00e0 partir de ce <em>a privatif<\/em> l\u2019objet devient l\u2019abject. L\u00e0 o\u00f9 Rimbaud va passer \u00e0 autre chose, allant dans le d\u00e9sert, C\u00e9line va cr\u00e9er son propre d\u00e9sert. J\u2019en dis un mot tant c\u2019est plut\u00f4t dans ces zones sauvages, d\u00e9sol\u00e9es voire abjectes et ne pouvant plus s\u2019\u00e9panouir que dans la destructivit\u00e9 que le soin souvent devra s\u2019installer. C\u2019est en ce d\u00e9sert, le plus r\u00e9guli\u00e8rement, qu\u2019on rencontre l\u2019adolescent lequel est en besoin de r\u00e9hydratation (relationnelle) qui ne pourra \u00eatre apaisante que d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019eau (modeste) et au goutte \u00e0 goutte (passer par les petites quantit\u00e9s&nbsp;: ne pas en attendre trop, ne pas en solliciter trop, ne pas en donner trop). M\u00e9diation culturelle&nbsp;? la sortie au mus\u00e9e, pourquoi pas\u2026 mais ce n\u2019est certainement pas l\u00e0 que se charpente le culturel, ce qui permet de passer de la reviviscence (le corps et ses excitations) \u00e0 la rem\u00e9moration (la repr\u00e9sentation et son verbe).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est dit ici ressemble \u00e0 la probl\u00e9matique de certains territoires, les banlieues par exemple, dans lesquelles la difficult\u00e9 d\u2019int\u00e9gration devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e dans son sens psycho-somatique et pas uniquement g\u00e9opolitique migratoire. Il prend souvent aux \u00e9lus l\u2019envie d\u2019y construire un th\u00e9\u00e2tre, une cit\u00e9 de la musique &#8211; pourquoi pas, bien s\u00fbr &#8211; mais, au bout d\u2019un moment, le constat suit, fr\u00e9quemment, que \u00e7a ne sert pas \u00e0 grand-chose, du moins pas aux populations que na\u00efvement on y attendait. Il s\u2019est mis en sc\u00e8ne surtout une id\u00e9alisation du culturel, \u00ab&nbsp;la charrue avant les b\u0153ufs&nbsp;\u00bb si je peux me permettre cette expression en pensant \u00e0 une certaine \u00ab&nbsp;confusion de langue&nbsp;\u00bb (en pensant \u00e0 l\u2019attention que nous devons au niveau d\u2019excitation et de d\u00e9bordement repr\u00e9sentatif du patient&nbsp;: ne pas ranger nos interventions dans des interpr\u00e9tations scolastiquement g\u00e9nitalis\u00e9es, le patient est davantage polymorphe et, surtout, agonique, ayant besoin d\u2019un soin au plus pr\u00e8s du corps et des premiers embo\u00eetements repr\u00e9sentatifs). C\u2019est en effet le bout du processus qui a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9 alors que la base n\u2019est pas constitu\u00e9e, celle-ci qui s\u2019entretient mieux d\u2019un int\u00e9r\u00eat appuy\u00e9 plus directement sur le besoin, sur le ventre, la faim avant l\u2019amour, si on organise par exemple un march\u00e9 avec des beaux produits, qui vont int\u00e9resser les uns et les autres, juste un peu derri\u00e8re le p\u00e9riph\u00e9rique, une place qui stimulerait la vraie rencontre, celle qui permet sans honte ni souci d\u2019alt\u00e9ration d\u2019ouvrir, d\u2019\u00e9largir son propre espace, ses propres limites.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci pour confirmer l\u2019importance de la rencontre, qui touche mais avec tact (l\u2019importance de la m\u00e9diation corporelle sera relev\u00e9e), accord\u00e9e au vrai et \u00e9l\u00e9mentaire besoin, dans une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019enveloppe du soin \u00e0 force de se protocoliser attaque notre disponibilit\u00e9 \u00e0 rencontrer. Enfin bon\u2026 il faut tenir, compter sur l\u2019\u00e9nergie disponible et continuer de la stimuler, dans un boulot qui ne saurait \u00eatre facile parce que, pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est du soin, c\u2019est-\u00e0-dire que c\u2019est pos\u00e9 sur la destructivit\u00e9 et des r\u00e9activations dont l\u2019origine nous \u00e9chappe. Et puis, surtout, c\u2019est du processus&nbsp;: c\u2019est long, laborieux, passant par les petites quantit\u00e9s, ce n\u2019est pas du fantasme. Ce fantasme, dans la relation au soign\u00e9, c\u2019est parfois d\u2019\u00eatre dans la position du bon prof, celui qui va, un beau jour, donner un livre \u00e0 un ado pour en \u00e9clairer \u00e9ternellement le chemin&nbsp;; le processus, c\u2019est de stimuler que le parent ach\u00e8te le bouquin \u00e0 son enfant ou, du moins, qu\u2019il lui raconte l\u2019histoire et qu\u2019il y ait l\u00e0 l\u2019occasion d\u2019un partage nouveau avec la complicit\u00e9 silencieuse du soin. La s\u00e9duction elle est sans ambigu\u00eft\u00e9 mauvaise, j\u2019en disais un mot en pr\u00e9ambule, lorsqu\u2019elle est l\u00e0 pour que l\u2019adulte se fasse valoir et les objets culturels peuvent servir cette direction r\u00e9animatrice d\u2019un v\u00e9cu d\u2019emprise dont les m\u00e9diations doivent viser \u00e0 \u00eatre le plus possible d\u00e9pouill\u00e9es (ce n\u2019est pas de l\u2019\u00e9ducatif, il faut souvent le rappeler). Pour le dire autrement&nbsp;: des Rimbaud, on n\u2019en croise pas tous les jours et peut-\u00eatre m\u00eame on n\u2019en rencontrera jamais, ce qui peut susciter une d\u00e9ception qu\u2019il appartient au cadre institutionnel, c\u2019est-\u00e0-dire la culture de l\u2019institution, \u00e0 la fois de tamiser et de mettre en sens pour revenir toujours vers la repr\u00e9sentation du processus par lequel les progr\u00e8s ne peuvent qu\u2019\u00eatre lents, condition de leur solidit\u00e9, et, de plus, tr\u00e8s souvent pas montr\u00e9s \u00e0 la personne qui les attend le plus. L\u2019administration peut d\u2019ailleurs servir \u00e0 d\u00e9porter, projeter, nos agacements, il faut parfois se rappeler qu\u2019elle met en sc\u00e8ne un certain principe de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, \u00e0 propos de culture, je viens de succomber \u00e0 un pi\u00e8ge (pour vous montrer), celui de parler de ma biblioth\u00e8que, de certaines r\u00e9f\u00e9rences, des \u00e9crivains, alors que j\u2019ai d\u00e9sign\u00e9 combien, dans le soin, la culture ce n\u2019est pas \u00e7a (le plaisir de la citation par exemple). Un court croquis valant mieux qu\u2019un long discours, il n\u2019est bien s\u00fbr pas interdit &#8211; entre nous &#8211; d\u2019illustrer une probl\u00e9matique par l\u2019\u00e9vocation d\u2019une cr\u00e9ation artistique qui, en g\u00e9n\u00e9ral, condense mieux ce que, laborieusement, on cherche \u00e0 saisir et montrer&nbsp;: la th\u00e9orie psychodynamique cherche ce que l\u2019artiste trouve. Ceci sera, surtout, pour nos \u00e9changes entre soignants. Dans l\u2019attention que nous devons aux patients, cette culture proc\u00e8de plus largement de la d\u00e9finition freudienne de l\u2019\u00e9laboration pulsionnelle&nbsp;: tout ce qui aide \u00e0 passer de l\u2019instinct \u00e0 l\u2019humain et, s\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit diff\u00e9rents \u00ab&nbsp;propres de l\u2019homme&nbsp;\u00bb (l\u2019humour, le langage, la capacit\u00e9 autor\u00e9flexive\u2026), c\u2019est au sens d\u2019une mise au propre de l\u2019excitation, de la compulsion \u00e0 la d\u00e9charge qui est avant tout instinctuelle et corporelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Mettre un amortisseur entre l\u2019excitation corporelle et le reste, pouvoir diff\u00e9rer, ajourner, se retenir, c\u2019est le travail de culture qui fait de nous ce que nous sommes\u2026 en somme parce qu\u2019on a bien le droit de rester multiple tout en \u00e9prouvant nos capacit\u00e9s de synth\u00e8se sans discordance. Le soin qui passe par les m\u00e9diations th\u00e9rapeutiques, quelles qu\u2019elles soient, doit se configurer pour l\u2019adolescent comme mise en exp\u00e9rimentation sensori-affectivo-motrice s\u00e9cure et fiable du sens de soi, mise en culture de celui-ci. Il vise \u00e0 \u00e9toffer, solidement mais souplement, la zone interm\u00e9diaire entre corporel et culturel, cette zone interm\u00e9diaire qui proc\u00e8de d\u00e9j\u00e0 du culturel et ram\u00e8ne vers la th\u00e9orisation du transitionnel par Winnicott. Mais, plut\u00f4t que de filer \u00e0 nouveau vers les auteurs (je pense aussi aux \u00e9laborations plus r\u00e9centes de Nathalie Zaltzman<sup>3<\/sup> et de Jean-Marc Dupeu<sup>4<\/sup>), je termine en m\u2019appuyant sur un moment clinique pour montrer comment l\u2019observation renforce la culture institutionnelle laquelle doit s\u2019efforcer d\u2019\u00eatre m\u00e9tabolisable pour le processus de culture du patient (en cette vis\u00e9e, les moments \u00ab&nbsp;uniquement&nbsp;\u00bb descriptifs sont indispensables dans nos \u00e9changes&nbsp;: comment un soignant \u00e9voque la mani\u00e8re dont il est saisi &#8211; projectivement &#8211; par le patient&nbsp;; bien s\u00fbr \u00ab&nbsp;on ne voit que ce qu\u2019on regarde&nbsp;\u00bb et la th\u00e9orie comme l\u2019exp\u00e9rience peuvent faire \u0153ill\u00e8res autant que faciliter cette observation, d\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un travail institutionnel en \u00ab&nbsp;regard \u00e0 plusieurs&nbsp;\u00bb, avec des niveaux diff\u00e9rents d\u2019exp\u00e9rience et de ma\u00eetrise th\u00e9orique qui saura d\u2019abord se taire).<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a peu une soignante, qui est de passage, a l\u2019id\u00e9e au cours d\u2019un atelier d\u2019esth\u00e9tisme de proposer un jeu aux adolescents&nbsp;: dire le premier mot qui leur vient en sentant la petite fiole d\u2019un parfum. Le nom de celui-ci est d\u2019abord cach\u00e9, les patients sont sollicit\u00e9s pour donner un mot, pas forc\u00e9ment le nom de la chose pr\u00e9cis\u00e9ment. Contrairement \u00e0 ce qui \u00e9tait attendu, pensant que les odeurs constituent une sorte de culture archa\u00efque, donc facile \u00e0 exprimer et \u00e0 partager, et bien, justement, pas un mot n\u2019est sorti de la bouche des adolescents. \u00c7a s\u00e9chait et la valeureuse soignante n\u2019a pas tard\u00e9 \u00e0 \u00e9prouver une impression d\u2019angoisse d\u2019effondrement. Il fallait probablement, sur ce d\u00e9fi, une sorte d\u2019entra\u00eenement pr\u00e9alable, que les soignants commencent eux \u00e0 raconter l\u2019histoire, du moins qu\u2019ils manifestent un affect&nbsp;; mais quels enseignements peut-on retirer de cette s\u00e9quence&nbsp;? D\u2019abord que ce n\u2019est pas grave&nbsp;: personne ne s\u2019est effondr\u00e9 en vrai, ce qu\u2019a \u00e9prouv\u00e9 la soignante est pr\u00e9cieux d\u2019\u00eatre un v\u00e9cu projectif qui nous aide \u00e0 mieux comprendre la difficult\u00e9 des patients et, donc, leurs besoins. La cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019\u00e9quipe n\u2019a d\u2019ailleurs pas tard\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;meubler&nbsp;\u00bb le vide apparent et les adolescents ont pu se r\u00e9accorder.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, deuxi\u00e8me et ultime le\u00e7on, l\u2019accordage pr\u00e9cis\u00e9ment entre sens, ici r\u00e9cepteur olfactif, et capacit\u00e9 d\u2019en dire quelque chose&nbsp;: combien on m\u00e9sestime souvent, en particulier chez les patients limites, les carences repr\u00e9sentatives, les \u00ab&nbsp;trous&nbsp;\u00bb (culturels) dans ce trait d\u2019union entre corps et pens\u00e9e. Ce trou, contrairement \u00e0 ce qui s\u2019\u00e9prouve g\u00e9n\u00e9ralement, n\u2019organisant pas un vide, mais plut\u00f4t un grouillement corporel d\u2019excitation \u00e0 potentialit\u00e9 sid\u00e9rante, qui ne trouve pas de voie, de pont s\u00e9cure pour passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, celui de la symbolisation, de la repr\u00e9sentation, du c\u00f4t\u00e9 du verbe qui permettrait au grouillement d\u2019\u00eatre filtr\u00e9, tamis\u00e9, suffisamment familiaris\u00e9 (attention&nbsp;: le mot n\u2019est que le bout, l\u2019ultime marche, de ce processus).<\/p>\n\n\n\n<p>Imaginez-vous faire la m\u00eame exp\u00e9rience, revenez vers du connu&nbsp;: vous \u00eates dans ce qui ressemble \u00e0 une s\u00e9ance d\u2019\u0153nologie, ou bien un cadre plus amical, un vin vers\u00e9 dans votre verre vous devez dire ce qu\u2019il sent. Pas si facile alors que \u00e7a para\u00eet \u00e9vident, certains de ne pas trouver, les plus fragiles, vont m\u00eame sentir une esp\u00e8ce de vertige. Quelqu\u2019un dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est la violette&nbsp;\u00bb et bien c\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que vous saurez la reconna\u00eetre, le mot a amorc\u00e9 une liaison, un pont direct qui en facilite les autres associations. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cette fleur, vous sentez un peu de ci, un peu de \u00e7a, vous vous demandez m\u00eame si c\u2019est la violette parce que, finalement, \u00e7a pourrait \u00eatre un peu la framboise, autre chose encore&nbsp;; la violette elle-m\u00eame vous rem\u00e9more l\u2019odeur d\u2019une certaine eau de toilette, un petit bouquet autrefois dans un sous-bois, \u00e0 qui l\u2019avez-vous offert&nbsp;? Vous avez le droit d\u2019entendre Luis Mariano, ce que vous voulez, vous imaginez, vous r\u00eavez, vous \u00eates tranquilles, vous n\u2019\u00eates m\u00eame pas oblig\u00e9 d\u2019\u00eatre d\u2019accord avec l\u2019interpr\u00e9tation violette. C\u2019est l\u00e0, en ce sous-bois psychique, qu\u2019il faut amener nos patients, les tenant par la main sans leur faire sentir qu\u2019on les tient avec, pour eux, une attitude de disponibilit\u00e9 \u00e0 leurs \u00e9prouv\u00e9s et non de machine \u00e0 interpr\u00e9ter, le partage de l\u2019affect avant d\u2019y mettre un mot.<\/p>\n\n\n\n<p>Continuons d\u2019imaginer, de nous servir d\u2019une image. Ce pont entre corps et pens\u00e9e, qui est encore une fois d\u00e9p\u00f4t fertile du travail de culture, nous emm\u00e8ne vers une figuration \u00e9l\u00e9mentaire, celle de la synapse, l\u2019espace entre deux neurones qui ont pour fonction de transmettre un message. Cette zone, on l\u2019illustre souvent par le vis-\u00e0-vis d\u2019une surface convexe et d\u2019une surface concave, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 un point ferm\u00e9 rencontrant une main ouverte, pr\u00eate \u00e0 envelopper, c\u2019est donc une repr\u00e9sentation de contenance (l\u2019image du soin autant que celle de sa vis\u00e9e). Le travail de m\u00e9diation consiste sans doute \u00e0 stimuler des voies nouvelles pour cette transmission, le r\u00e9-\u00e9paississement du r\u00e9seau (on peut penser au sch\u00e9ma de l\u2019<em>Esquisse d\u2019une psychologie scientifique<\/em> de Freud). Et cette image de la synapse para\u00eet pr\u00e9cieuse tant les progr\u00e8s actuels de la g\u00e9n\u00e9tique et de l\u2019\u00e9tude de la plasticit\u00e9 neuronale montrent combien les structures et l\u2019expression de ces structures sont beaucoup moins fix\u00e9es qu\u2019on ne le pensait, combien l\u2019expression du patrimoine est transformable par les interactions avec l\u2019environnement<sup>5<\/sup>. Ce qui ram\u00e8ne vers l\u2019importance de la m\u00e9diation, l\u2019importance de la rencontre toujours pour le pire ou le meilleur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videment la m\u00e9decine s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce qui dysfonctionne, le stress est donc beaucoup \u00e9tudi\u00e9, sa transmission, comment il peut laisser des sortes de cicatrices g\u00e9n\u00e9tiques transmissibles aux descendants&nbsp;: c\u2019est le champ des maltraitances par exemple, plus largement de ce que j\u2019appelle \u00ab&nbsp;le complexe traumatique&nbsp;\u00bb, le champ des rencontres pour le pire, celui des fonctionnements limites notamment o\u00f9 ce pire est transg\u00e9n\u00e9rationnel et o\u00f9, d\u00e8s l\u2019originaire, le trauma remplace le transitionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant nous, les soignants, nous nous trouvons aussi en pointe pour relever comment les rencontres peuvent \u00eatre sur l\u2019axe du meilleur, redistribuant les cartes patrimoniales. Et notre influence sera d\u2019autant plus bonne qu\u2019elle se fait en douce, y compris pour la famille, sur l\u2019axe du corps et de ses besoins, sur l\u2019axe du tendre et du temps qu\u2019il faut, d\u2019une certaine modestie aussi&nbsp;: on n\u2019est pas tout-puissant, on est peu de chose, un grain de sable dans la m\u00e9canique &#8211; c\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus on \u00e9paissit la zone interm\u00e9diaire en cr\u00e9ant des ponts, des liens, manifestant d\u2019abord notre capacit\u00e9 d\u2019accueil, plus l\u2019excitation, le grouillement profond trouve des voies lat\u00e9rales de d\u00e9charges qui sont des voies d\u2019amenuisement des tensions et, donc, de capacit\u00e9s \u00e0 ajourner l\u2019impulsion. Et cette image \u00e9l\u00e9mentaire de la synapse est aussi une repr\u00e9sentation \u00e9l\u00e9mentaire de la rencontre&nbsp;: au fond de nous, nous sommes constitu\u00e9s de milliards de rencontres. C\u2019est la culture, enfin c\u2019est notre bouillon de culture et, surtout, \u00e7a fera un peu culture si nous restons compr\u00e9hensibles, c\u2019est-\u00e0-dire appr\u00e9hendables en main ouverte par le patient et sa famille. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il faut remarquer combien certaines de nos cultures, de nos th\u00e9ories sont, par id\u00e9alisation, par pr\u00e9ciosit\u00e9 et cramponnement narcissiques, par peur de la rencontre peut-\u00eatre, insuffisamment compr\u00e9hensibles et trop fertiles en contre-sens dans leur utilisation institutionnelle, le principe fameux de Nicolas Boileau devant se r\u00e9v\u00e9ler ici comme \u00ab&nbsp;ce qui se con\u00e7oit bien, qui est compr\u00e9hensible et appropriable par l\u2019\u00e9quipe, tend \u00e0 donner du mat\u00e9riel compr\u00e9hensible et appropriable par nos patients&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du souci d\u2019\u00eatre compr\u00e9hensible, ce travail du soin qui est travail de culture d\u00e9pend de notre propre confiance dans la richesse et le pouvoir des rencontres, dans la capacit\u00e9 du soignant \u00e0 \u00e9prouver, modestement mais immens\u00e9ment, qu\u2019il peut \u00eatre le vecteur d\u2019une rencontre pour le meilleur. Dans l\u2019entier et complexe processus, c\u2019est l\u2019indispensable acte de foi auquel il faut continuer de tenir et faire tenir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Yoann Loisel, <em>Le complexe traumatique &#8211; fonctionnement limite et trauma&nbsp;: la r\u00e9alit\u00e9 rejoint l\u2019affliction<\/em>, MJW F\u00e9dition, Paris, 2018.<\/li><li>Maurice Corcos, <em>Rimbaud \u2013 Une adolescence viol\u00e9e<\/em>, L\u2019Esprit du Temps, B\u00e8gles, 2016.<\/li><li>Avec notamment Nathalie Zaltzman, <em>De la gu\u00e9rison psychanalytique<\/em>, PUF, Paris, 1999 et <em>L\u2019esprit du mal<\/em>, L\u2019Olivier, Paris, 2011.<\/li><li>Jean-Marc Dupeu, <em>Un travail de culture<\/em>, PUF, Paris, 2010.<\/li><li>Voir notre synth\u00e8se sur ces recherches&nbsp;: Corcos M., Loisel Y., Jeammet P., 2016, \u00ab&nbsp;Expression n\u00e9vrotique, \u00e9tat limite, fonctionnement psychotique \u00e0 l\u2019adolescence&nbsp;\u00bb, in <em>Encyclop\u00e9die M\u00e9dico-Chirurgicale<\/em>, Psychiatrie, 1, 14, 37-215-B-20.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10459?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il n\u2019y a pas de m\u00e9diation culturelle, dans ce qui nous occupe, le soin, parce que la seule m\u00e9diation est la m\u00e9diation relationnelle et que, \u00e0 ce compte, tout y est travail de culture. Ce mot de \u00ab&nbsp;culture&nbsp;\u00bb est donc&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[],"auteur":[1379],"dossier":[580],"mode":[60],"revue":[495],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10459","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","auteur-yoann-loisel","dossier-chemin-de-subjectivation","mode-payant","revue-495","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10459","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10459"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10459\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13600,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10459\/revisions\/13600"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10459"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10459"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10459"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10459"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10459"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10459"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10459"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10459"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10459"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}