{"id":10457,"date":"2021-08-22T07:32:05","date_gmt":"2021-08-22T05:32:05","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-honte-de-la-mere-2\/"},"modified":"2021-09-16T23:07:01","modified_gmt":"2021-09-16T21:07:01","slug":"la-honte-de-la-mere","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-honte-de-la-mere\/","title":{"rendered":"La honte de la m\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p>Il est, parmi toutes, une honte singuli\u00e8re, la honte de l\u2019origine ou des origines, honte de la m\u00e8re ou des parents. Elle peut nouer l\u2019intime au social, la honte sociale recouvrant l\u2019intime comme chez Annie Ernaux, ou bien la singularit\u00e9, la bizarrerie du parent \u00e9tant telle qu\u2019elle ne peut que d\u00e9border. Rien ne va alors pouvoir la circonscrire, la socialiser comme dans <em>La promesse de l\u2019aube<\/em> pour Romain Gary ou dans <em>Kaddish<\/em> pour Allen Ginsberg. Cette honte, le sujet a beau en \u00e9tablir la ph\u00e9nom\u00e9nologie pr\u00e9cise, tenter de l\u2019isoler donc, la d\u00e9couper en la r\u00e9f\u00e9rant au parent strictement, changer de milieu social, couper m\u00eame avec ses parents comme le h\u00e9ros de <em>La T\u00e2che<\/em> de Philip Roth, elle le colle et lui retombera dessus, et portera, tant qu\u2019elle consistera, une ombre sur son propre narcissisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Rep\u00e9rant, \u00e0 travers quelques situations cliniques, l\u2019occurrence de cet affect \u00e0 l\u2019adolescence, nous nous questionnerons sur les destins que peut lui donner un sujet. C\u2019est l\u00e0 une mani\u00e8re de r\u00e9ponse \u00e0 Jacques Andr\u00e9 dans son article \u00ab\u00a0<em>La honte<\/em>\u00a0\u00bb<sup>1<\/sup>, quand il distingue la culpabilit\u00e9, qui se dit en propre, \u00ab\u00a0je me sens\u00a0\u00bb, terreau pour la n\u00e9vrose ou moteur \u00e0 la r\u00e9paration, de la honte qui s\u2019\u00e9crit \u00e0 la troisi\u00e8me personne\u00a0: \u00ab\u00a0on n\u2019est honteux que sous le regard d\u2019un autre\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il. La honte, elle, pers\u00e9cute, et de l\u2019humiliation qu\u2019elle occasionne, Jacques Andr\u00e9 dit qu\u2019il n\u2019est gu\u00e8re possible de faire quelque chose, si ce n\u2019est \u00e9ventuellement la transformer en son contraire, le m\u00e9pris. R\u00e9ouvrons la question\u00a0: n\u2019est-il vraiment pas possible de la transformer\u00a0? Quel destin, quelle issue possible peut-on envisager pour la honte, en particulier quand elle est honte de la m\u00e8re, des parents, de l\u2019origine\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une r\u00e9f\u00e9rence freudienne<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour engager cette r\u00e9flexion, revenons-en \u00e0 un \u00e9pisode relat\u00e9 par Freud dans\u00a0<em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em><sup>2<\/sup>. Il a alors dix ou douze ans, son p\u00e8re s\u2019est mis \u00e0 le prendre en promenade et s\u2019entretient avec lui de grands sujets de la vie. Pour lui t\u00e9moigner combien \u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa propre jeunesse les temps \u00e9taient plus durs, ce dernier raconte une sc\u00e8ne marquante de son adolescence. \u00ab\u00a0<em>Le samedi, je me promenai dans la rue de la ville, bien habill\u00e9, avec un nouveau bonnet de fourrure sur la t\u00eate. S\u2019am\u00e8ne alors un chr\u00e9tien qui balance d\u2019un coup mon bonnet par terre dans les salet\u00e9s en criant\u00a0: juif, descends du trottoir\u00a0!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; Et qu\u2019est-ce que tu as fait&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; Je suis descendu sur la chauss\u00e9e et j\u2019ai ramass\u00e9 mon bonnet.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Voil\u00e0 ce qu\u2019il a r\u00e9pondu tranquillement. \u00c7a ne me semblait pas tr\u00e8s h\u00e9ro\u00efque de la part du grand homme fort qui me tenait par la main.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a dans ce r\u00e9cit l\u2019honneur du p\u00e8re qui est bafou\u00e9, mais aussi l\u2019admiration de l\u2019enfant pour le p\u00e8re qui est bless\u00e9e. On peut m\u00eame imaginer que le petit Sigmund a honte de l\u2019attitude du p\u00e8re qui ne riposte pas face \u00e0 une humiliation qui \u00e9tait ordinaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019enfance de Jacob, mais qui ne l\u2019est plus au temps de Sigmund. Celui-ci, d\u00e8s lors, ne s\u2019arrange pas de la r\u00e9signation du p\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>A cette situation qui ne me satisfaisait pas, j\u2019en opposai une autre qui convenait mieux \u00e0 mon sentiment des choses, \u00e0 savoir la sc\u00e8ne o\u00f9 Hamilcar Barca qui fait jurer \u00e0 son gar\u00e7on devant l\u2019autel de la maison qu\u2019Hannibal va le venger des romains.<\/em>&nbsp;\u00bb Freud affirmera \u00e0 plusieurs reprises son identification au s\u00e9mite Hannibal qui d\u00e9fie Rome et semble un moment triompher, mais finalement n\u2019entrera jamais dans Rome.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ponse du jeune Freud \u00e0 la honte n\u2019est-elle pas ici d\u2019y substituer une injonction du p\u00e8re \u00e0 le venger, l\u2019inscrivant lui et son p\u00e8re dans une filiation glorieuse&nbsp;? Freud s\u2019invente l\u00e0 un p\u00e8re qui le somme de le venger des chr\u00e9tiens, ce dont, apr\u00e8s tout, on peut penser que cela n\u2019a pas d\u00fb nuire \u00e0 sa combativit\u00e9 et sa pugnacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019est-ce pas l\u00e0, chez le jeune Freud sortant de l\u2019\u00e2ge de latence, une forme d\u2019auto-traitement de la honte occasionn\u00e9e par l\u2019attitude du p\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Situation d\u2019un affect<\/h2>\n\n\n\n<p>La honte est un affect-fronti\u00e8re, au statut m\u00e9ta-psychologique incertain, entre angoisse et culpabilit\u00e9, entre corps et psych\u00e9, mais qui trahit toujours un afflux pulsionnel. Quand il touche les parents, cet affect se double presque toujours de la blessure d\u2019avoir honte. Elle peut alors faire l\u2019objet d\u2019une d\u00e9n\u00e9gation, d\u2019un refoulement. Plus vive dans l\u2019enfance, la grandiosit\u00e9 des imagos parentaux s\u2019estompe avec l\u2019adolescence et, si ce n\u2019est la honte des parents eux-m\u00eames, la honte du lien avec eux devient alors presque syst\u00e9matique. Elle t\u00e9moigne, du fait du pubertaire, d\u2019un lien qui s\u2019incestualise, et de la n\u00e9cessaire mise \u00e0 distance du lien infantile. Cette honte-l\u00e0 n\u2019est pas de mauvais aloi.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Affect-fronti\u00e8re<\/em>, il l\u2019est aussi par sa double appartenance \u00e0 la sc\u00e8ne int\u00e9rieure et \u00e0 la sc\u00e8ne sociale. La honte est un affect \u00e9minemment social, en ce que la peur est engendr\u00e9e par le regard d\u2019autrui. En r\u00e9alit\u00e9, ce regard est imagin\u00e9 au champ de l\u2019Autre. Il t\u00e9moigne toujours de la d\u00e9faillance du moi, du d\u00e9bordement des d\u00e9fenses, d\u2019une passivation face \u00e0 un afflux pulsionnel subit qui ne peut \u00eatre assum\u00e9 par le sujet, de la menace possible de ses assises constitutives, de ses identifications, et \u00ab&nbsp;de la remise en cause de l\u2019orthop\u00e9die imaginaire de ses id\u00e9aux&nbsp;\u00bb selon l\u2019expression d\u2019Andr\u00e9 Beetschen<sup>3<\/sup>. Celui-ci note aussi qu\u2019elle est un affect de couverture et de protection face aux exigences pulsionnelles et qui signale la r\u00e9action d\u00e9fensive du moi autant que sa d\u00e9sorganisation. On retrouve dans ce point de vue la proposition de Freud qui, en 1920, \u00e9crivait&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Tout d\u00e9plaisir n\u00e9vrotique est de cette sorte, un plaisir qui ne peut \u00eatre \u00e9prouv\u00e9 comme tel<\/em>&nbsp;\u00bb. Toute action engendrant de la honte a donc \u00e9t\u00e9 en un temps recul\u00e9 de l\u2019histoire du sujet un plaisir v\u00e9cu sans honte.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste toutefois \u00e0 s\u2019assurer que l\u2019on reste dans le champ d\u2019un d\u00e9plaisir n\u00e9vrotique. Car la honte peut prendre diff\u00e9rentes formes cliniques, certes si elle peut trouver une \u00e9chapp\u00e9e dans la conversion hyst\u00e9rique, telle l\u2019\u00e9reutophobie (qui renvoie \u00e0 l\u2019exposition d\u2019un d\u00e9sir), elle peut aussi donner lieu \u00e0 un v\u00e9cu de d\u00e9ch\u00e9ance, d\u2019indignit\u00e9, o\u00f9 le sujet ne peut plus soutenir son existence en proie \u00e0 un supr\u00eame embarras, et entra\u00eener un passage \u00e0 l\u2019acte suicidaire dans la m\u00e9lancolie. Elle peut aussi ouvrir sur un moment sensitif, pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 la pers\u00e9cution parano\u00efaque.<\/p>\n\n\n\n<p>Lacan propose une autre formulation de la honte quand il la qualifie d\u2019\u00ab&nbsp;\u00e9mergence en surprise, inattendue, et qui r\u00e9v\u00e8le un trait de l\u2019\u00eatre intime, li\u00e9 \u00e0 son d\u00e9sir et \u00e0 sa jouissance cach\u00e9e, mais aussi bien \u00e0 sa forme corporelle&nbsp;\u00bb. Par la suite il envisage un autre d\u00e9coupage entre d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la honte, peur particuli\u00e8re engendr\u00e9e par le regard d\u2019autrui et de l\u2019autre, la honte de vivre, m\u00eame de survivre. Reprenons, \u00e0 partir de notre clinique, notre questionnement sur le destin de la honte de la m\u00e8re \u00e0 l\u2019adolescence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La honte g\u00e9n\u00e8re la r\u00e9p\u00e9tition<\/h2>\n\n\n\n<p>S*, une jeune femme d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9e, engage sa cure mettant en avant la haine qu\u2019elle a de son p\u00e8re qu\u2019elle ne voit plus depuis des ann\u00e9es. Apr\u00e8s un certain temps, c\u2019est la m\u00e8re qu\u2019elle \u00e9corne, par toutes petites touches. L\u00e0, pas de haine, mais de la honte, une m\u00e8re qui la g\u00eane, exposant sans pudeur ses embarras, cherchant \u00e0 se faire plaindre, dans une attitude qui la blesse. Elle-m\u00eame a d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment essay\u00e9 toute son enfance, et jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, de minimiser, de cacher ce qu\u2019elle percevait, tr\u00e8s jeune d\u00e9j\u00e0, comme des anomalies, ou tout au moins des irr\u00e9gularit\u00e9s dans le fonctionnement de sa famille. Vient apr\u00e8s un certain temps le r\u00e9cit d\u2019un \u00e9pisode qu\u2019elle a m\u00eame du mal \u00e0 \u00e9voquer.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e8re avait au cours d\u2019une \u00e9ni\u00e8me crise, au moment de son adolescence, mis \u00e0 la porte le p\u00e8re. Inactif, alcoolique depuis des ann\u00e9es, au lieu de revenir penaud au domicile, ce dernier avait, \u00e0 la surprise de tous, retrouv\u00e9 une femme et un emploi. La m\u00e8re, alors ravag\u00e9e de chagrin, de jalousie, et en proie \u00e0 une ranc\u0153ur terrible se mit \u00e0 le harceler, l\u2019invectiver sous ses fen\u00eatres au vu et au su de tous, cr\u00e9ant ainsi le scandale. C\u2019est S* alors que le p\u00e8re interpelle, pour venir chercher sa m\u00e8re. Convoqu\u00e9e par son p\u00e8re pour qu\u2019elle le d\u00e9barrasse de cette femme, elle se retrouve l\u00e0, entre eux, dans la nuit sexuelle des parents, qui ne lui \u00e9pargnent rien de leur intimit\u00e9. La m\u00e8re ne se calmant pas, m\u00eame \u00e0 son arriv\u00e9e, elle doit, sous le regard des voisins, en proie \u00e0 une honte inoubliable, la tra\u00eener vers la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Au domicile, la m\u00e8re, jalouse des relations que sa fille maintenait tant bien que mal avec le p\u00e8re, la harc\u00e8le, la traite, l\u2019accuse de faire des manigances pour charmer le p\u00e8re et, dans ses \u00e9ructations, expose tout le petit linge de la conjugalit\u00e9. Introduite donc dans la chambre parentale, et prise \u00e0 partie avec f\u00e9rocit\u00e9 par le fantasme maternel, elle ne pourra dans les ann\u00e9es qui suivent soutenir la moindre rivalit\u00e9 avec une m\u00e8re si fragile, et longtemps elle se d\u00e9siste en tant que femme. Entre l\u2019effroi de devenir \u00ab&nbsp;comme la m\u00e8re&nbsp;\u00bb, et l\u2019angoisse de camper l\u2019autre femme, \u00ab&nbsp;la pouf&nbsp;\u00bb de l\u2019imaginaire maternel, elle pr\u00e9f\u00e8re se ranger c\u00f4t\u00e9 gar\u00e7on, elle sera un pote parmi les potes, reprenant le langage de charretier de la bande de copains, et n\u2019aura tout au long de ses ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes aucune histoire, sinon de beuveries.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quelques ann\u00e9es, elle finit par rencontrer un homme, vit quelques temps avec lui. La relation bat vite de l\u2019aile&nbsp;; apr\u00e8s des ann\u00e9es elle parvient \u00e0 le quitter. \u00c0 cette rupture succ\u00e8de un moment d\u2019excitation quasi maniaque. Faisant d\u2019elle un pur objet pour l\u2019autre, elle n\u2019en revient pas de pouvoir plaire. Avec des ann\u00e9es de retard, elle teste le pouvoir d\u2019un corps dont elle n\u2019avait pas eu droit de mesurer la s\u00e9duction. Ce faisant, elle reprend aussi au pied de la lettre l\u2019injonction maternelle, elle se fait \u00ab&nbsp;la pouf&nbsp;\u00bb honnie de sa m\u00e8re. Son compagnon se remettant rapidement en m\u00e9nage apr\u00e8s leur rupture, elle se sent abandonn\u00e9e, et elle se met \u00e0 le harceler et l\u2019invectiver, reprenant le comportement de sa m\u00e8re qui la confondait et lui faisait tant honte. Ici l\u2019effroi face \u00e0 la honte de la m\u00e8re a amen\u00e9 \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition traumatique du comportement maternel et au fait d\u2019agir les paroles bouleversantes prof\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque par cette derni\u00e8re, d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 ses projections.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La peau de crocodile ou la voie du hors sexe<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame temps des affres de la s\u00e9paration des parents, qui est aussi celui de son adolescence, elle se voit affubl\u00e9e, telle une figuration dans le corps de l\u2019impossibilit\u00e9 de se tenir sur la sc\u00e8ne sexuelle, d\u2019une acn\u00e9 s\u00e9v\u00e8re. Pendant ses ann\u00e9es de coll\u00e8ge, elle se retrouve toujours, comme un fait de hasard, amie de la fille la plus convoit\u00e9e de la classe. Une jeune fille qui porte toujours boucles d\u2019oreille, talons et ongle peints. Elle, jusqu\u2019aujourd\u2019hui, est en baskets, effac\u00e9e et habill\u00e9e de mani\u00e8re tr\u00e8s neutre, quand dans ses r\u00eaves, les femmes sont color\u00e9es, maquill\u00e9es et perch\u00e9es sur des talons.<\/p>\n\n\n\n<p>Adolescente, du fait de ses boutons, elle se sait faire l\u2019objet de commentaires. Une fois, un gar\u00e7on, qu\u2019elle surprend la regardant, lui demande si ce n\u2019est pas contagieux. Il y a des moments o\u00f9 elle a entendu des r\u00e9flexions, remarqu\u00e9 des regards, mais parfois sans qu\u2019elle n\u2019entende rien, elle le sent, elle est s\u00fbre, \u00e7a parle d\u2019elle, \u00e7a commente, \u00e7a chuchote. Elle est alors en proie \u00e0 de v\u00e9ritables moments sensitifs de pers\u00e9cution, elle interpr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019acn\u00e9, c\u2019est la marque du sexuel sur le visage. Durant ses ann\u00e9es coll\u00e8ge et en seconde, elle ne peut se situer ni comme fille, ni comme gar\u00e7on, et l\u2019acn\u00e9 ne fait que redoubler l\u2019impossibilit\u00e9 de se tenir sur la sc\u00e8ne du d\u00e9sir. Il faudra bien des reprises de l\u2019\u00e9vocation de cette acn\u00e9 pour qu\u2019un jour elle se risque \u00e0 dire l\u2019habitude qu\u2019ils avaient le matin que tout le monde se fasse la bise et qu\u2019invariablement on l\u2019oubliait, on l\u2019esquivait. \u00ab&nbsp;Normal&nbsp;\u00bb. Elle ne se voit refl\u00e9t\u00e9e par aucune paire d\u2019yeux, est effac\u00e9e du paysage. Parfois des copines se plaignent de deux malheureux boutons et elle ne peut que constater l\u2019absence de g\u00eane ou d\u2019embarras, tant elle n\u2019est pas prise en compte comme fille par les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas fille, mais pas gar\u00e7on non plus, quand les gars d\u00e9cident de se faire un week-end entre mecs. Ce n\u2019est m\u00eame pas ind\u00e9licat, elle ne fait pas partie. Elle est transparente, sans existence dans l\u2019autre, ce qui la renvoie \u00e0 un d\u00e9faut d\u2019inscription de son existence par les parents de l\u2019enfance. Insuffisamment regard\u00e9e, parl\u00e9e, f\u00eat\u00e9e, elle se soutient de quelques identifications, un pote, une bonne \u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux positions oscillent, alternent. Pers\u00e9cution o\u00f9 elle est au centre des regards et retrait, effacement, o\u00f9 elle se d\u00e9siste et finit par \u00eatre gomm\u00e9e. Et jusqu\u2019aujourd\u2019hui, cela entra\u00eene susceptibilit\u00e9 majeure et troubles du caract\u00e8re. Au moment o\u00f9 s\u2019engage sa cure, elle se tient \u00e0 cette place, dans la bande, bon pote, mais ni fille ni gar\u00e7on. Cette peau de crocodile a donc redoubl\u00e9 l\u2019impossibilit\u00e9 o\u00f9 elle \u00e9tait de se choisir un costume pour entrer dans la danse \u00e0 l\u2019adolescence. Il faut bien comprendre que ce qu\u2019alors elle rate en ne pouvant se risquer \u00e0 faire comme, imiter &#8211; et c\u2019est ce que dit Lacan dans le\u00a0<em>S\u00e9minaire XI<\/em>\u00a0&#8211; \u00ab\u00a0imiter n\u2019est pas tant reproduire une image que pour le sujet s\u2019ins\u00e9rer dans une fonction dont l\u2019exercice le saisit\u00a0\u00bb<sup>4<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bal du d\u00e9sir, quand la pubert\u00e9, pass\u00e9e par l\u00e0, a l\u00e2ch\u00e9 les chiens de la pulsion, S* ne peut pr\u00e9tendre \u00e0 ne choisir aucune parure, \u00e0 ne se faire d\u00e8s lors ni objet, ni sujet, tous ses d\u00e9sirs \u00e9tant v\u00e9cus comme inavouables et obsc\u00e8nes et, d\u00e8s lors, ne peut que rester en retrait dans un \u00e9vitement de tout lien. L\u2019analyste cherchera alors dans les d\u00e9bris des exp\u00e9riences malheureuses les moments o\u00f9 un embryon de d\u00e9sir a pu s\u2019exprimer, et lui proposer une autre sc\u00e8ne et un autre partenaire. L\u2019analyste auquel s\u2019adresse la parole est quelque part dans la sc\u00e8ne, mais o\u00f9, \u00e0 quel titre, et comment va-t-il se saisir de ce qui lui est confi\u00e9 une fois introduit dans la sc\u00e8ne&nbsp;? C\u2019est bien l\u00e0 que se manifeste le transfert envisag\u00e9 par Freud comme r\u00e9sistance, comme \u00ab&nbsp;le moyen par o\u00f9 s\u2019interrompt la communication de l\u2019inconscient&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019analyste s\u2019adresse \u00e0 la partie saine du moi du sujet, il loupe son objectif, il m\u00e9conna\u00eet \u00ab&nbsp;<em>que c\u2019est justement cette partie l\u00e0, la part saine du moi qui est int\u00e9ress\u00e9e dans le transfert, elle qui ferme la porte &#8211; et que la belle avec qui on veut parler est l\u00e0 derri\u00e8re, qui ne demande qu\u2019\u00e0 rouvrir les volets<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>. Lacan d\u00e9finit l\u00e0 le transfert comme un n\u0153ud.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le baiser de la reine<\/h2>\n\n\n\n<p>Elle fait alors un r\u00eave o\u00f9 elle se laisse embrasser par une fille tr\u00e8s jolie, et par ce baiser baisant sa propre bouche, la voil\u00e0, par l\u00e0 m\u00eame, retrouvant une place et d\u2019objet et de sujet, passif et actif. Dans le m\u00eame moment, elle se met \u00e0 se v\u00eatir avec plus de soin, fait un deuxi\u00e8me r\u00eave o\u00f9 il est question d\u2019un pull bleu en laine douce, pr\u00e9lev\u00e9 \u00e0 la garde robe de son analyste et qui va faire trait. Du r\u00eave, voil\u00e0 qu\u2019il appara\u00eet dans sa propre garde robe. Ici est sollicit\u00e9e une jouissance scopique, car il est question de se montrer \u00e0 l\u2019analyste et de s\u2019autoriser, \u00e0 travers le pull bleu, \u00e0 se faire regarder, se faire l\u2019objet du regard de l\u2019autre par l\u2019emprunt d\u2019une marque du f\u00e9minin.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail sur la honte n\u00e9cessite, dans mon exp\u00e9rience, une \u00e9rotisation de la relation mettant en jeu le scopique, et ce d\u2019autant que le sujet n\u2019a pu se constituer objet pour l\u2019autre \u00e0 l\u2019adolescence, c\u2019est-\u00e0-dire n\u2019a pu investir son corps sexu\u00e9 comme objet d\u00e9sirable pour l\u2019autre. Il est ici question de se faire voir, et pas seulement d\u2019\u00eatre vu. Cela implique le troisi\u00e8me temps de la pulsion, passif et transitif. Le travail sur la honte passera parfois par des positions de va-et-vient dans le transfert o\u00f9 l\u2019analyste, dans le jeu du miroir, peut \u00eatre pris \u00e0 partie \u00e0 bien des places, celui auquel le sujet se montre, mais tout aussi bien qu\u2019il regarde.<\/p>\n\n\n\n<p>Et dans cette cure, c\u2019est seulement par le truchement du r\u00eave, qui la laisse vaguement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 toutes ses excentricit\u00e9s, qu\u2019elle va s\u2019autoriser \u00e0 parler. Elle rapporte ses r\u00eaves, non sans plaisir ni \u00e9tonnement, certains si explicitement sexuels que cela la mettra tout de m\u00eame au parfum de d\u00e9sirs dont elle ne voulait rien savoir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dire la honte dans la cure<\/h2>\n\n\n\n<p>Amener les sc\u00e8nes de honte, n\u2019est-ce pas risquer pour le sujet d\u2019\u00eatre r\u00e9assign\u00e9 \u00e0 la m\u00eame place&nbsp;? C\u2019est l\u00e0 une difficult\u00e9 majeure pour travailler cet affect dans les cures. La honte a du mal \u00e0 se dire, la puissante fonction de r\u00e9sistance dans la cure joue \u00e0 plein. La honte va ob\u00e9ir alors \u00e0 certaines strat\u00e9gies d\u2019\u00e9nonciation. Il est rare qu\u2019elle se dise en temps r\u00e9el&nbsp;: c\u2019est le plus souvent dans un apr\u00e8s-coup, pour mettre \u00e0 distance cet affect, que se formule l\u2019\u00e9nonc\u00e9 r\u00e9trospectif d\u2019une honte pass\u00e9e, et soi-disant p\u00e9rim\u00e9e. Elle se dit aussi \u00e0 travers l\u2019expos\u00e9 de la situation d\u2019un autre, pour dire la sienne, ou dans un \u00e9nonc\u00e9 au conditionnel qui permet d\u2019aborder la honte du secret des origines. Ainsi de cette analysante, qui disait \u00ab&nbsp;si j\u2019apprenais que je n\u2019\u00e9tais pas la fille de ma m\u00e8re, mais de ma s\u0153ur, je me tuerais&nbsp;\u00bb, sachant fort bien qu\u2019elle \u00e9tait la fille de sa s\u0153ur. Tout le travail se fera d\u00e8s lors au conditionnel sur le mode du \u00ab&nbsp;et quand bien m\u00eame vous seriez&nbsp;\u00bb, \u00e9vitant ainsi de se confronter dans l\u2019actuel du transfert, disons du moins dans sa dimension consciente, \u00e0 la honte de la reconnaissance de sa filiation et ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s avoir attaqu\u00e9 les repr\u00e9sentations assassines par la p\u00e9riph\u00e9rie que, sans effet de r\u00e9v\u00e9lation, comme l\u2019ayant su depuis toujours, a pu se dire la v\u00e9rit\u00e9 de sa naissance.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9nonc\u00e9 peut se trouver \u00e9galement drap\u00e9 derri\u00e8re la condamnation qu\u2019implique l\u2019aveu de la honte, au point que certains, comme Jean-Claude Lavie, parlent d\u2019une \u00ab&nbsp;variante nuanc\u00e9e de la d\u00e9n\u00e9gation&nbsp;\u00bb, ce qui ne me semble pas juste. Si le d\u00e9sir en jeu est bien souvent rest\u00e9 pris dans les rets de la honte, parfois pendant des ann\u00e9es, ce n\u2019est pas pour autant que la honte est une variante de la d\u00e9n\u00e9gation&nbsp;: c\u2019est en effet de pouvoir dire le d\u00e9sir pris au pi\u00e8ge d\u2019une exposition bouleversante qui va lui permettre de se risquer \u00e0 nouveau. Oui, la jeune fille \u00e0 la peau de crocodile avait envie de baisers et de caresses, de se montrer et d\u2019\u00eatre regard\u00e9e. Mais la peau de crocodile, autant que les injonctions maternelles ou la convocation paternelle dans la chambre conjugale, rendaient obsc\u00e8ne ce d\u00e9sir, et a d\u00e8s lors entrav\u00e9 pour longtemps le d\u00e9sir de se dire. Un d\u00e9sir musel\u00e9 renvoie toujours \u00e0 des motions \u0153dipiennes trop vives.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces strat\u00e9gies d\u2019\u00e9nonciation de la honte r\u00e9v\u00e8lent qu\u2019elle fonctionne comme un puits sans fond, o\u00f9 le travail associatif s\u2019interrompt, bute sur l\u2019\u00e9vocation de la sc\u00e8ne honteuse. Souvent coup\u00e9e, censur\u00e9e, caviard\u00e9e, la reprise de la sc\u00e8ne am\u00e8nera au fil du temps dans ses diff\u00e9rentes versions les d\u00e9tails cruels qui compl\u00e8teront le tableau. Ce que, chemin faisant, le sujet r\u00e9cup\u00e8re au fil des versions, c\u2019est, au sein de la relation transf\u00e9rentielle, le droit de se hisser comme sujet du d\u00e9sir. A l\u2019adolescence, ce droit est accentu\u00e9 par l\u2019importance qu\u2019il y a \u00e0 se penser objet possible pour l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons explor\u00e9 jusque-l\u00e0 la honte traumatique menant \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition, la honte \u00e0 l\u2019origine de la but\u00e9e de la cure, la honte \u00e0 l\u2019adolescence retardant l\u2019identification sexu\u00e9e. Reste \u00e0 se demander, \u00e0 partir de l\u2019\u00e9vocation du souvenir de Freud, si la honte ne pourrait pas, en ce qu\u2019elle fragilise le lien aux parents, jouer le r\u00f4le \u00ab&nbsp;d\u2019ombilic du fantasme&nbsp;\u00bb, et avoir m\u00eame alors une fonction structurante.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">O\u00f9 la honte permet de couper avec le grandiose infantile<\/h2>\n\n\n\n<p>Ir\u00e8ne commence sa pubert\u00e9, sa m\u00e8re et elle ont l\u2019habitude de faire des essayages. Au cours de l\u2019une de ces s\u00e9ances, elle est habill\u00e9e tout de rouge par sa m\u00e8re, qui s\u2019extasie et lui dit combien elle est adorable. Ainsi par\u00e9e, gonfl\u00e9e par les exclamations maternelles, elle se rend d\u00e8s le lendemain \u00e0 l\u2019\u00e9cole avec sa nouvelle robe, s\u2019attendant aux hommages et aux compliments de ses camarades. L\u2019accueil qui lui est fait est glacial, g\u00ean\u00e9, embarrass\u00e9, silencieux. Non seulement personne ne la f\u00e9licite, mais personne ne lui parle. Elle per\u00e7oit le d\u00e9saveu de ses camarades. Elle rentre de l\u2019\u00e9cole boulevers\u00e9e. Elle r\u00e9alise que la tenue rouge \u00e9tait \u00ab&nbsp;ridicule&nbsp;\u00bb, enfantine, et sa jupe ind\u00e9cemment courte. La matin\u00e9e lui a paru une \u00e9ternit\u00e9. Fig\u00e9e, elle n\u2019a pu que surveiller le moindre regard, \u00eatre \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de la premi\u00e8re messe basse, en proie au d\u00e9cha\u00eenement d\u2019un sentiment d\u2019hostilit\u00e9, au bord de la d\u00e9sorganisation. Sa d\u00e9sillusion a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la mesure des \u00e9loges maternels. Flou\u00e9e tant par la m\u00e8re que par le fait de s\u2019\u00eatre laiss\u00e9e prendre au jeu des excentricit\u00e9s maternelles. Mais cette exp\u00e9rience change le regard sur sa m\u00e8re, qui de parfaite, qui sait tout ce qui est beau et ce qui ne l\u2019est pas, devient faillible.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette exp\u00e9rience d\u00e9masque le lien qui fait de l\u2019enfant l\u2019objet phallique de la m\u00e8re. L\u2019enfant est d\u00e9busqu\u00e9 de cette place. Ce qui est expos\u00e9 aux yeux de tous, c\u2019est l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9 de la jouissance maternelle, illicite, en exc\u00e8s, comme en t\u00e9moignent l\u2019aspect non socialis\u00e9 du regard de la m\u00e8re qui ne sait pas que l\u2019enfant va au casse pipe et le lien d\u2019amour infantile de l\u2019enfant pour la m\u00e8re avec sa dimension incestueuse. Le regard de la m\u00e8re n\u2019est temp\u00e9r\u00e9 par aucune norme, r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 aucune mode, ni soumis \u00e0 aucun code social.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant, qui ne s\u2019attendait pas \u00e0 cette d\u00e9convenue, est pris au d\u00e9pourvu. Il s\u2019est fait avec d\u00e9lice l\u2019objet du d\u00e9sir de la m\u00e8re et il se retrouve non plus champion de la m\u00e8re, mais son chevalier par\u00e9, ridicule. Cela vient interroger l\u2019arrimage phallique du sujet \u00e0 son parent. L\u2019enfant est d\u00e9tach\u00e9 de sa position m\u00e9tonymique de la m\u00e8re. Cela d\u00e9compl\u00e8te l\u2019idylle, le couplage m\u00e8re enfant. Et la honte qui lui tombe dessus attaque la grandiosit\u00e9 de la m\u00e8re, qui n\u2019a plus la m\u00eame puissance phallique.<\/p>\n\n\n\n<p>La condamnation de l\u2019excitation par le surgissement de la honte est alors \u00e0 la mesure des repr\u00e9sentations id\u00e9alis\u00e9es de soi et des objets d\u2019amour infantiles&nbsp;: ce qui est expos\u00e9 l\u00e0, c\u2019est la jouissance scopique de la m\u00e8re la concernant, et sa propre jouissance \u00e0 se faire l\u2019objet de la m\u00e8re. La parade phallique de l\u2019enfant est tout \u00e0 fait banale. Mais ce qui l\u2019est moins, c\u2019est qu\u2019elle advient ici pour le plaisir \u00ab&nbsp;priv\u00e9&nbsp;\u00bb de la m\u00e8re, son regard ne relayant aucun id\u00e9al socialisant.<\/p>\n\n\n\n<p>La honte est donc aussi ce qui vient permettre de fissurer ce bloc o\u00f9 l\u2019enfant se fait l\u2019objet de la jouissance maternelle. Un incident l\u2019exposant \u00e0 la honte vient d\u00e9ciller les yeux de l\u2019enfant et interroger le lien de la m\u00e8re avec lui et son lien \u00e0 la m\u00e8re. Le regard d\u2019un tiers jugeant et d\u00e9nigrant vient alors d\u00e9tacher, s\u00e9parer l\u2019enfant de son parent, qui fut jusque-l\u00e0 h\u00e9ros tout puissant de l\u2019enfant. Autrement dit, c\u2019est parce qu\u2019Ir\u00e8ne veut \u00eatre aussi un objet pour ses camarades que d\u2019\u00eatre l\u2019objet exclusif de la m\u00e8re lui disconvient. Ce lien la d\u00e9socialise, l\u2019exclut.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi l\u2019exp\u00e9rience de la honte pourrait-elle avoir parfois une valeur structurante quand elle permet une mise en cause de la position d\u2019enfant trop pris au service de la jouissance d\u2019un parent. Parce qu\u2019elle s\u2019accompagne, par exemple, d\u2019une prise de conscience de l\u2019incompr\u00e9hension des codes sociaux que manifeste son parent, cette exp\u00e9rience pourrait permettre \u00e0 l\u2019enfant une mise \u00e0 distance du fantasme parental et la construction d\u2019un fantasme en propre. Le risque existe toutefois de ne se faire plus l\u2019objet de personne ou l\u2019objet d\u00e9finitivement attaqu\u00e9, malmen\u00e9. La reprise dans la cure de ces exp\u00e9riences de honte vont souvent n\u00e9cessiter de solliciter dans le transfert la dimension scopique et une \u00e9rotisation du lien o\u00f9 patient et analyste sont alternativement en place d\u2019objet ou de sujet.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Jacques Andr\u00e9 in <em>La honte<\/em>, ouvrage collectif, PUF, 2017, p.13.<\/li><li>Sigmund Freud in <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em>, chapitre <em>Mat\u00e9riau et source du r\u00eave<\/em>, Seuil, 2010, p. 237.<\/li><li>Andr\u00e9 Beetschen, <em>Une d\u00e9faillance expos\u00e9e<\/em>, ouvrage collectif, PUF 2017, p. 24.<\/li><li>Lacan Jacques, <em>Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse<\/em>, Seuil, 1973, p. 115.<\/li><li><em>Ibid.<\/em>, p. 147.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10457?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est, parmi toutes, une honte singuli\u00e8re, la honte de l\u2019origine ou des origines, honte de la m\u00e8re ou des parents. Elle peut nouer l\u2019intime au social, la honte sociale recouvrant l\u2019intime comme chez Annie Ernaux, ou bien la singularit\u00e9,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1214,1215],"thematique":[176,177],"auteur":[1444],"dossier":[179],"mode":[60],"revue":[180],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10457","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-corps","thematique-narcissisme","auteur-sarah-stern","dossier-honte-et-adolescence","mode-payant","revue-180","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10457","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10457"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10457\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13577,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10457\/revisions\/13577"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10457"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10457"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10457"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10457"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10457"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10457"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10457"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10457"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10457"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}