{"id":10442,"date":"2021-08-22T07:32:03","date_gmt":"2021-08-22T05:32:03","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/survivance-de-lobjet-et-syndrome-du-survivant-a-la-suite-du-deuil-perinatal-dun-jumeau-2\/"},"modified":"2021-10-02T12:43:41","modified_gmt":"2021-10-02T10:43:41","slug":"survivance-de-lobjet-et-syndrome-du-survivant-a-la-suite-du-deuil-perinatal-dun-jumeau","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/survivance-de-lobjet-et-syndrome-du-survivant-a-la-suite-du-deuil-perinatal-dun-jumeau\/","title":{"rendered":"Survivance de l\u2019objet et syndrome du survivant \u00e0 la suite du deuil p\u00e9rinatal d\u2019un jumeau"},"content":{"rendered":"\n<p>En pr\u00e9alable \u00e0 cet article, nous posons qu\u2019avant d\u2019\u00eatre en deuil d\u2019un jumeau, un couple est engag\u00e9 dans une grossesse g\u00e9mellaire et l\u2019attente de jumeaux. Il nous faut d\u2019abord nous r\u00e9f\u00e9rer aux processus intrapsychiques et intersubjectifs de la g\u00e9mellit\u00e9 dans le temps de la p\u00e9rinatalit\u00e9 pour penser la singularit\u00e9 du deuil p\u00e9rinatal d\u2019un jumeau.<\/p>\n\n\n\n<p>Penser la g\u00e9mellit\u00e9 en p\u00e9rinatalit\u00e9 c\u2019est s\u2019int\u00e9resser aux repr\u00e9sentations parentales pr\u00e9natales ainsi qu\u2019\u00e0 la vie f\u0153tale des jumeaux. Dans un travail de recherche (S. Staraci 2013), nous avons pens\u00e9 ce v\u00e9cu de la grossesse g\u00e9mellaire en le conceptualisant comme celui d\u2019une relation d\u2019objet g\u00e9mellaire qui se d\u00e9ploie au cours de la grossesse. Cette relation s\u2019inscrit dans une mutualit\u00e9 parents-f\u0153tus jumeaux et, mais \u00e9galement, entre les f\u0153tus jumeaux. Du c\u00f4t\u00e9 des parents, la relation d\u2019objet g\u00e9mellaire, est \u00ab&nbsp;le nid pr\u00e9natal&nbsp;\u00bb (S. Missonnier, 2004) des relations objectales ult\u00e9rieures, form\u00e9es par le trio (m\u00e8re-jumeau-jumeau) et le quartet (parents-jumeaux). La relation d\u2019objet g\u00e9mellaire se constitue dans l\u2019espace psychique des parents et s\u2019actualise dans une intersubjectivit\u00e9 naissante d\u2019une relation contenant-contenu-contenu. Ce type de relation inaugure une triadification primaire. Par triade, nous entendons la reconnaissance \u00ab&nbsp;d\u2019un autre&nbsp;\u00bb, chez les parents ou chez le f\u0153tus, qui caract\u00e9rise plusieurs objets et se d\u00e9cline en plusieurs formes. Les travaux de recherches sur les relations f\u0153to-foetales chez les jumeaux (A.Piontelli, 1993) ont montr\u00e9 l\u2019existence de caract\u00e9ristiques individuelles et relationnelles chez les f\u0153tus jumeaux. Ce mod\u00e8le relationnel entre les jumeaux s\u2019\u00e9tablit au cours de la grossesse et se retrouve en post-natal, soulignant une continuit\u00e9 trans-natale. Dans une consid\u00e9ration de l\u2019\u00e9pigen\u00e8se pr\u00e9natale, les jumeaux en devenir sont baign\u00e9s par un environnement qui am\u00e8ne le d\u00e9veloppement pr\u00e9coce de l\u2019intersubjectivit\u00e9 primaire de \u00ab&nbsp;l\u2019autre virtuel&nbsp;\u00bb (S. Braten, 1988, 1998). Ainsi, l\u2019intersubjectivit\u00e9 primaire serait au c\u0153ur de l\u2019identit\u00e9 conceptionelle g\u00e9mellaire. Les traces d\u2019une \u00ab&nbsp;conscience&nbsp;\u00bb de la pr\u00e9sence d\u2019un autre, se retrouvent en post natal au regard des \u00e9l\u00e9ments fournis par les travaux sur la perte d\u2019un jumeau <em>in utero<\/em> (B. Bayle, 2013). La relation d\u2019objet g\u00e9mellaire rend compte de deux caract\u00e9ristiques qui peuvent \u00eatre mises en tension&nbsp;: sur un premier versant, la relation d\u2019objet g\u00e9mellaire concerne les premiers types de relations d\u2019objet que l\u2019on peut qualifier d\u2019archa\u00efque, faisant r\u00e9f\u00e9rence aux travaux de M. Klein (1946) sur les relations d\u2019objets schizo\u00efdes. Le versant archa\u00efque de la relation d\u2019objet g\u00e9mellaire s\u2019illustre pleinement \u00e0 travers l\u2019accueil n\u00e9gatif des jumeaux \u00e0 certains moments de l\u2019histoire ou dans certaines cultures et de la difficult\u00e9 \u00e0 pouvoir les penser comme deux \u00eatre distincts. Sur un autre versant, la relation d\u2019objet g\u00e9mellaire am\u00e8ne \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019existence d\u2019une intersubjectivit\u00e9 primaire, pr\u00e9sente d\u00e8s l\u2019ant\u00e9natal. Cette intersubjectivit\u00e9 conduit \u00e0 reconnaitre des caract\u00e9ristiques propres \u00e0 chacun des f\u0153tus et de l\u2019existence d\u2019une relation entre eux. Il nous semble qu\u2019il existe une fluctuation de ces deux caract\u00e9ristiques au cours de la grossesse et dans l\u2019\u00e9tablissement des premiers liens.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Singularit\u00e9 de la perte d\u2019un jumeau<\/h2>\n\n\n\n<p>Le f\u0153tus-jumeau a partag\u00e9 l\u2019ut\u00e9rus maternel avec un autre. De cette cohabitation se sont tiss\u00e9s des \u00e9changes (sensoriels, proto-affectifs et parfois sanguins), constitu\u00e9s \u00e0 partir de la relation d\u2019objet g\u00e9mellaire. Ainsi, le f\u0153tus a pu percevoir durant la grossesse une pr\u00e9sence vivante de l\u2019autre qui soudainement s\u2019est arr\u00eat\u00e9e. La mort ne fait pas dispara\u00eetre l\u2019autre jumeau, mais il y a l\u2019interruption d\u2019une pr\u00e9sence vivante de l\u2019autre. La pr\u00e9sence du f\u0153tus-jumeau mort se prolonge et se poursuit, au-del\u00e0 de la mort. Ce n\u2019est pas la mort qui s\u00e9pare les jumeaux, mais la naissance. Cet \u00e9l\u00e9ment est tout \u00e0 fait essentiel. M\u00e8re comme f\u0153tus \u00ab&nbsp;supportent&nbsp;\u00bb la pr\u00e9sence du corps mort de l\u2019autre pour que subsiste la vie. Les m\u00e8res sont \u00e0 la fois tombeau et berceau. La singularit\u00e9 de cette exp\u00e9rience est qu\u2019elle est induite, du fait de la g\u00e9mellit\u00e9. Elle s\u2019impose \u00e0 la m\u00e8re comme au f\u0153tus vivant. Si l\u2019on dit d\u2019un mort qu\u2019il a disparu, le f\u0153tus mort dispara\u00eet sans dispara\u00eetre. Inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 du f\u0153tus papyrac\u00e9. En r\u00e9f\u00e9rence au livre de S. Beauchard (\u00e0 para\u00eetre), le terme de jumeau \u00e9vanescent est ici parlant. Evanescent signifiant ce qui dispara\u00eet au fur et \u00e0 mesure. Au cours de la grossesse, ce f\u0153tus va appara\u00eetre-dispara\u00eetre, demeurant au fil du temps un absent-pr\u00e9sent. Dans le temps de la grossesse, le jumeau appara\u00eet progressivement pour son jumeau. Des \u00e9changes sensorielles et potentiellement une intersubjectivit\u00e9 primaire se tissent entre eux et avec l\u2019environnement maternel. Ce moment constitue le premier temps, dans lequel des traces sensorielles proto-mn\u00e9siques peuvent \u00eatre conserv\u00e9es. Second temps, l\u2019autre meurt mais ne dispara\u00eet pas, ce qui constitue un changement dans la sensorialit\u00e9 du f\u0153tus-jumeau vivant. A partir du concept de Moi-peau (D. Anzieu, 1985), nous faisons l\u2019hypoth\u00e8se que chez le jumeau, il y a, \u00e0 ce moment-l\u00e0, une inscription de traces sensorielles&nbsp;: \u00ab&nbsp;la peau est un parchemin originaire qui conserve, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un palimpseste, les brouillons ratur\u00e9s, gratt\u00e9s, surcharg\u00e9s, d\u2019une \u00e9criture \u00ab&nbsp;originaire&nbsp;\u00bb, pr\u00e9verbale faite de traces cutan\u00e9es&nbsp;\u00bb. Troisi\u00e8me temps, \u00e0 la naissance, en passant d\u2019un environnement aquatique \u00e0 a\u00e9rien, le jumeau vivant quitte son jumeau mort. Ces trois temps se situent hors langage, hors repr\u00e9sentation. Ce n\u2019est que dans un \u00e9ni\u00e8me temps d\u2019apr\u00e8s-coup, que les traces proto-mn\u00e9siques prendront sens, cherchant \u00e0 symboliser l\u2019existence de cette alternance pr\u00e9sence-absence de ce compagnon ut\u00e9rin. Les travaux de J. Woodward (1998), ont soulign\u00e9 que ce sont les sujets qui ont perdu leur jumeau avant 6 mois de vie qui sont le plus en souffrance, car cette perte est en manque d\u2019inscriptions de mots et semble plus difficile \u00e0 \u00e9laborer qu\u2019\u00e0 un autre \u00e2ge de la vie. La perte a eu lieu avant l\u2019acc\u00e8s au langage, dans le temps pr\u00e9verbal de l\u2019<em>infans<\/em>. A cet \u00e2ge pr\u00e9verbal, le jumeau survivant demeure incapable de parler de ce v\u00e9cu comme d\u2019un sentiment partageable et conscient. C\u2019est le manque de capacit\u00e9 d\u2019\u00e9laboration \u00e0 ce stade pr\u00e9coce, qui peut par la suite tenter de se faire conna\u00eetre au sujet et \u00e0 son environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les parents, la naissance de l\u2019enfant inaugure une p\u00e9riode de deuil qui s\u2019\u00e9tend selon les parents pendant les deux ou trois premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019enfant. Le jumeau perdu ne cesse pas d\u2019\u00eatre visible, il est convoqu\u00e9 par l\u2019existence de l\u2019autre jumeau. Le jumeau vivant rend visible tout ce qui aurait pu \u00eatre et n\u2019a pas \u00e9t\u00e9. Par sa ressemblance suppos\u00e9e avec son jumeau, il peut conduire les parents \u00e0 des \u00e9prouv\u00e9s de d\u00e9r\u00e9alisation. Dans une perspective inter-g\u00e9n\u00e9rationnelle, il y a une \u00e9troite relation entre le v\u00e9cu de l\u2019enfant et celui des parents. Ainsi, la place qu\u2019occupe le jumeau d\u00e9c\u00e9d\u00e9 pour le vivant est fonction des capacit\u00e9s d\u2019\u00e9laboration et de m\u00e9tabolisation des parents. Plus l\u2019absence de l\u2019autre est probl\u00e9matique pour l\u2019enfant, plus elle nous informe sur des \u00e9l\u00e9ments du deuil non trait\u00e9s chez les parents. Cependant, cette perspective ne saurait \u00eatre qu\u2019unidirectionnelle. Il est \u00e9vident que c\u2019est la rencontre entre le v\u00e9cu de l\u2019enfant et celui des parents qui va venir donner forme \u00e0 ce qui est. Les traces du v\u00e9cu f\u0153tal vont devenir objectivables \u00e0 partir du v\u00e9cu et du discours parental, mais aussi \u00e0 partir des phases de d\u00e9veloppement de l\u2019enfant. L\u2019enfant demande bien souvent \u00e0 ses parents de faire \u0153uvre de souvenir et de m\u00e9moire. Il leur permet, d\u2019\u00e9laborer certains aspects du deuil qui n\u2019avaient jusque-l\u00e0 pas \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s. Est-ce alors de la perte de son jumeau dont il doit faire le deuil, ou bien, le travail \u00e0 l\u2019\u0153uvre n\u2019est-il pas celui de devenir libre de l\u2019histoire du deuil des parents qui peut le museler&nbsp;? Ce qui est important de souligner, c\u2019est que si le travail d\u2019\u00e9laboration autour de la perte d\u2019un jumeau concerne les parents comme l\u2019enfant, la temporalit\u00e9 de son \u00e9laboration est diff\u00e9rente. Ce n\u2019est qu\u2019au fur et \u00e0 mesure de son d\u00e9veloppement que l\u2019enfant va prendre conscience de la perte de son jumeau.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque \u00e9tape de son d\u00e9veloppement am\u00e8ne une signification nouvelle de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. La p\u00e9riode \u0153dipienne semble particuli\u00e8rement f\u00e9conde pour r\u00e9actualiser les conflits li\u00e9s \u00e0 la perte de cet autre. Le jumeau perdu peut s\u2019inscrire en lieu et place des angoisses de castration de la p\u00e9riode \u0153dipienne. La perte de jumeau incarne, par d\u00e9placement, les voeux de mort \u00e0 l\u2019\u00e9gard du rival \u0153dipien. Elle repr\u00e9sente \u00e9galement les attaques fantasmatiques port\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9gard du contenu du ventre maternel. Le rappel du jumeau mort vise \u00e0 abolir la rivalit\u00e9 et la destructivit\u00e9, et paradoxalement, il les incarne. C\u2019est ce que Freud (1919) soulignait en d\u00e9crivant la figure du double comme \u00e0 la fois une \u00ab&nbsp;assurance contre la destruction du moi&nbsp;\u00bb et un \u00ab&nbsp;signe avant-coureur de la mort&nbsp;\u00bb. R. Menahem (1995) souligne que le double \u00ab&nbsp;ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un retour du refoul\u00e9, mais comme l\u2019irruption d\u2019un impensable, repr\u00e9sent\u00e9&nbsp;: il y a trois repr\u00e9sentations insoutenables&nbsp;: le ventre maternel, la castration et la mort&nbsp;\u00bb. Le jumeau perdu condense justement ces trois apories. La recherche de compl\u00e9tude dans le lien \u00e0 un autre pens\u00e9 comme pareil, peut r\u00e9v\u00e9ler le d\u00e9sir du retour au corps maternel. Si l\u2019enfant a besoin de maintenir le jumeau mort, c\u2019est qu\u2019il lui permet de contourner la confrontation d\u2019avec la s\u00e9paration, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>La probl\u00e9matique du jumeau perdu contient deux \u00e9l\u00e9ments importants qui questionnent l\u2019enfant&nbsp;: o\u00f9 vont les morts, d\u2019o\u00f9 viennent les enfants. Les deux questions sont ici jointes et contenues dans la mort d\u2019un jumeau <em>in utero<\/em>. Ainsi, notre apport sur le v\u00e9cu du deuil p\u00e9rinatal d\u2019un jumeau par son jumeau s\u2019\u00e9labore \u00e0 partir de la notion de traumatisme en trois temps, telle que la d\u00e9crite B. Golse (2007). Durant la grossesse, pour les f\u0153tus-jumeaux, il y a une inscription traumatique pr\u00e9-psychique de trace mn\u00e9sique sensitivo-sensorielle. Ces traces sont construites \u00e0 partir de la relation d\u2019objet g\u00e9mellaire, dont les interactions maternelles-f\u0153to-foetales constituent la partition sensorielle. En post natal, chez le b\u00e9b\u00e9, c\u2019est la rencontre avec le fonctionnement psychique de l\u2019objet maternel, puis paternel, qui va donner formes \u00e0 ces traces du pr\u00e9natal. Pour l\u2019enfant, l\u2019\u00e9volution de ces \u00e9l\u00e9ments sera fonction des capacit\u00e9s de m\u00e9tabolisation de l\u2019objet parental ainsi que de la qualit\u00e9 du travail psychique de subjectivation de l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dispositif de recherche&nbsp;: recueil de la parole et du v\u00e9cu des parents et de l\u2019enfant \u00e2g\u00e9 de 6 ans<\/h2>\n\n\n\n<p>Psychologue clinicienne, nous avons men\u00e9 une recherche \u00e0 la maternit\u00e9 de Necker-Enfants-Malades dont l\u2019objectif \u00e9tait d\u2019\u00e9tudier la singularit\u00e9 du deuil p\u00e9rinatal d\u2019un jumeau et son devenir pour les parents et pour le jumeau survivant. Cette recherche s\u2019ins\u00e9rait dans une recherche plus \u00e9tendue sur le devenir des enfants jumeaux ayant pr\u00e9sent\u00e9 un syndrome transfuseur-transfus\u00e9 durant la grossesse dans laquelle nous avions rencontr\u00e9 60 familles.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Population d\u2019\u00e9tude&nbsp;:<\/em> 10 familles qui ont attendu des jumeaux et pour lesquelles un seul jumeau a surv\u00e9cu ont \u00e9t\u00e9 rencontr\u00e9es dans toute la France \u00e0 leur domicile. Pour toutes ces familles, le diagnostic d\u2019un syndrome transfuseur-transfus\u00e9 (STT) avait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 au cours de la grossesse. Le STT est une pathologie rare des grossesses g\u00e9mellaires monochoriales o\u00f9 le risque de d\u00e9c\u00e8s d\u2019un ou des jumeaux au cours de la grossesse demeure important. Le d\u00e9c\u00e8s du co-jumeau \u00e9tait d\u00fb \u00e0 une mort f\u0153tale <em>in utero<\/em> (6 familles), une interruption s\u00e9lective de la grossesse (1 famille), ou un d\u00e9c\u00e8s en p\u00e9riode n\u00e9onatale (3 familles).<\/p>\n\n\n\n<p><em>Outils&nbsp;:<\/em> Une m\u00e9thodologie avait \u00e9t\u00e9 construite afin de mettre en perspective le v\u00e9cu de la grossesse \u00e0 travers le discours des parents (entretien semi-directif de recherche) et le d\u00e9veloppement psychique de l\u2019enfant \u00e0 6 ans, \u00e0 travers le bilan psychologique (WISC IV, dessin du bonhomme, dessin de la famille et CAT). Une analyse singuli\u00e8re ainsi qu\u2019une analyse transversale a \u00e9t\u00e9 faite pour la totalit\u00e9 de la population. Ainsi, dans cette recherche, nous nous sommes int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 ce que peuvent dire les parents dans l\u2019apr\u00e8s-coup de leur v\u00e9cu de la perte d\u2019un jumeau et des incidences de celui-ci dans le d\u00e9veloppement psychique de l\u2019enfant jumeau survivant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Principaux r\u00e9sultats de la recherche<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous pr\u00e9sentons ici les principaux r\u00e9sultats de cette recherche concernant le mat\u00e9riel recueilli \u00e0 partir des entretiens semi directifs de recherche au sujet du v\u00e9cu de l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Connaissance de la g\u00e9mellit\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>Tous les enfants de la population avaient connaissance de l\u2019existence de leur jumeau <em>in utero<\/em>. Les parents disent que leur enfant l\u2019a toujours su. Pour deux d\u2019entre eux seulement, l\u2019annonce de la g\u00e9mellit\u00e9 perdue s\u2019est faite plus tardivement, \u00e0 3 et 5 ans. Les causes du d\u00e9c\u00e8s \u00e9voqu\u00e9es aux enfants sont que leur jumeau \u00e9tait trop faible, trop fragile pour vivre, ou qu\u2019il a perdu contre la maladie, l\u2019enfant vivant \u00e9tant celui qui a surv\u00e9cu contre la maladie. Pour l\u2019enfant, dont la jumelle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 la suite d\u2019une interruption s\u00e9lective de la grossesse, la cause du d\u00e9c\u00e8s reste un non-dit.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le v\u00e9cu de la g\u00e9mellit\u00e9 perdu. Quel deuil pour l\u2019enfant&nbsp;?<\/h3>\n\n\n\n<p>La majorit\u00e9 des parents se questionnent sur les traces du v\u00e9cu pr\u00e9natal. Pour eux, il existe un v\u00e9cu de deuil chez leur enfant qui est corr\u00e9l\u00e9 aux liens qui se sont tiss\u00e9s in-ut\u00e9ro et au fait que leurs enfants \u00e9taient des jumeaux. Les parents font \u00e9galement des liens entre ce qu\u2019est leur enfant aujourd\u2019hui et ce qu\u2019il a pu vivre pendant la grossesse. Pour la m\u00e8re de Lucie, une relation a exist\u00e9 entre ses jumelles et les traces de cette relation s\u2019expriment par une recherche de proximit\u00e9 corporelle chez Lucie avec son entourage.<\/p>\n\n\n\n<p>La question \u00ab&nbsp;de faire son deuil&nbsp;\u00bb pour le jumeau survivant est \u00e0 la fois le fruit des projections des parents et en m\u00eame temps, elle rend compte pour certains enfants du besoin de signifier la perte de l\u2019autre. Dans tous les cas, nous avons pu observer que plus la probl\u00e9matique du deuil est pr\u00e9sente et active chez les parents, plus elle est envahissante pour l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse des r\u00e9sultats nous a montr\u00e9 que plusieurs types de persistance de l\u2019objet perdu se d\u00e9clinent, montrant que le deuil \u00e9tait toujours en cours chez l\u2019enfant. Une organisation obsessionnelle apparaissait dans le fonctionnement de deux enfants, t\u00e9moignant d\u2019une forme de ritualisation visant \u00e0 se prot\u00e9ger contre le jumeau mort, tout en renfor\u00e7ant paradoxalement son lien \u00e0 celui-ci. Le jumeau perdu pouvait \u00e9galement \u00e9pouser les formes d\u2019un objet fant\u00f4me, cr\u00e9\u00e9 afin d\u2019assurer la survie de l\u2019enfant. La figure du fant\u00f4me est celle du revenant-en-corps, ce qui est tout \u00e0 fait parlant dans le cas de la g\u00e9mellit\u00e9. Dans cette configuration, le jumeau vivant incarnait la figure du <em>Vopiscus,<\/em> de l\u2019antiquit\u00e9 romaine (V. Dasen, 2005), c\u2019est-\u00e0-dire, celui qui a deux \u00e2mes, la sienne et celle de son jumeau. Le jumeau perdu pouvait \u00eatre aussi un objet f\u00e9tiche ou objet relique, venant d\u00e9nier la perte et servant de proth\u00e8se identificatoire en prot\u00e9geant l\u2019enfant des angoisses de s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jumeau perdu \u00e9pousait majoritairement les formes d\u2019un objet de survivance, qui perdurait au d\u00e9cours du temps. Selon L. Laufer (2006), dans la survivance, il ne s\u2019agit pas seulement de vivre apr\u00e8s celui qui a disparu, la survivance n\u2019\u00e9tant pas seulement l\u2019\u00e9tat d\u2019existence du survivant. Il s\u2019agit \u00e9galement du maintien d\u2019une forme de vie pour le mort. Cette forme de vie \u00e9tant contenue dans l\u2019espace psychique du vivant. En cela, la notion de survivance annule un espace de distinction entre les vivants et les morts, elle convoque alors la notion de spectre, de fant\u00f4me. La persistance de la survivance du jumeau d\u00e9c\u00e9d\u00e9 pouvait \u00e9galement se retrouver chez d\u2019autres membres de la fratrie comme le soulignait le fr\u00e8re de Romane&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>si tu cries trop Romane, Maud ne reviendra pas dans le ventre de maman<\/em>&nbsp;\u00bb. Pour Charlotte, le rituel du coucher, embrasser la photo de la s\u0153ur, s\u2019inscrit comme le d\u00e9sir de maintenir un lien au mort qui permettait de ne pas perdre ce qui \u00e9tait perdu avec le mort, c\u2019est-\u00e0-dire sa g\u00e9mellit\u00e9. La m\u00e8re le soulignera en disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>elle a perdu sa jumelle quand m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb, comme si l\u2019enfant avait perdu quelque chose d\u2019elle-m\u00eame. L\u2019objet de survivance \u00e9tant ce qui survient de ce qui a \u00e9t\u00e9 et ce qui est l\u00e0 comme trace de ce qui fut. Chez Charlotte, l\u2019objet transitionnel \u00e9tait le doudou de sa s\u0153ur d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 quelques jours de vie. C\u2019\u00e9tait un objet qui maintenait le lien avec la s\u0153ur disparue. Le doudou de la s\u0153ur avait une valeur primordiale pour Charlotte, de d\u00e9fense contre ses angoisses de s\u00e9paration, mais il ne repr\u00e9sentait pas un objet vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, les r\u00e9sultats de la recherche montrait la pr\u00e9sence d\u2019un compagnon imaginaire en double \u00ab&nbsp;Mikim et Makam&nbsp;\u00bb, pour une enfant. Entre 4 et 5 ans et demi, Lou avait deux compagnons imaginaires qui jouaient avec elle. Chez Lou, la formation du compagnon imaginaire en double recr\u00e9e des jumelles. Ce n\u2019est pas elle et sa jumelle, ce sont des jumelles et elle. La recherche n\u2019est pas tant celle d\u2019une relation d\u2019objet mais plut\u00f4t de cr\u00e9er une relation entre les jumelles. Elle cr\u00e9e des jumelles. Le double permet ici d\u2019entretenir une relation \u00e0 la g\u00e9mellit\u00e9, afin de d\u00e9nier\/reconna\u00eetre la confrontation avec la perte, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et la mort. La construction d\u2019un double en double est le t\u00e9moin de l\u2019absent pour la m\u00e8re (B. De B\u00e9rail, 2013). Le fait que ce compagnon imaginaire en double ait disparu \u00e0 5 ans montre dans des aspects positifs, qu\u2019il s\u2019inscrivait comme un pr\u00e9curseur pour l\u2019accession \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. C\u2019est en parvenant \u00e0 tisser des liens solides dans l\u2019amiti\u00e9 que Lou a pu quitter ses jumelles imaginaires.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le syndrome du survivant<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019expression d\u2019un syndrome du survivant se retrouvait pour sept enfants. Le terme de \u00ab&nbsp;survivant&nbsp;\u00bb d\u00e9signe habituellement le rescap\u00e9 d\u2019une catastrophe collective (B. Bayle 2003). La notion de rescap\u00e9 s\u2019applique clairement au jumeau survivant. Le jumeau survivant a partag\u00e9 la condition de son co-jumeau, mais non le sort. Ainsi, il n\u2019a pas seulement fait l\u2019exp\u00e9rience de sa propre menace de mort, mais il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 la perte de son co-jumeau. Ce syndrome se caract\u00e9rise par l\u2019expression de la culpabilit\u00e9 et de la responsabilit\u00e9 dans la mort du co-jumeau&nbsp;: \u00ab&nbsp;je vis et il est mort, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 inconsciemment sacrifi\u00e9 par moi&nbsp;\u00bb (M. Porot, 1985). L\u2019enfant a le sentiment d\u2019avoir commis une faute qui a pr\u00e9cipit\u00e9 la mort de son jumeau \u00ab&nbsp;<em>j\u2019ai tout pris dans le tuyau<\/em>&nbsp;\u00bb (Mathieu). La culpabilit\u00e9 que l\u2019enfant peut ressentir \u00e9pouse la forme d\u2019une auto-accusation inconsciente&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>je vis et il est mort, pourquoi, je ne suis pas mort comme lui<\/em>&nbsp;\u00bb (Jules). La recherche de J. Woodward (1998) montre qu\u2019il y aurait une corr\u00e9lation entre l\u2019expression de sentiments de culpabilit\u00e9 et l\u2019\u00e2ge du d\u00e9c\u00e8s du co-jumeau. Plus le d\u00e9c\u00e8s a eu lieu t\u00f4t dans le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant, plus la culpabilit\u00e9 se trouve potentiellement d\u00e9ploy\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019expression d\u2019un conflit de loyaut\u00e9 peut aussi s\u2019exprimer par le fait que l\u2019enfant puisse profiter de la vie et non le jumeau. Ainsi, Lou s\u2019interdisait de faire des choses car sa s\u0153ur, qui aurait \u00e9t\u00e9 lourdement handicap\u00e9e, n\u2019aurait pas pu les faire. Sur un autre versant, la toute-puissance, dont le corollaire inconscient pourrait \u00eatre&nbsp;: \u00ab&nbsp;je suis indestructible, puisque j\u2019ai surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019autre&nbsp;\u00bb, se retrouvait pour un enfant. Enfin, l\u2019expression paradoxale des mouvements de culpabilit\u00e9s et de toute puissance peuvent se manifester par le besoin inconscient d\u2019\u00e9prouver la survie par une prise de risque comme nous le montre la m\u00e8re de Jules&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>c\u2019est un enfant qui est dur au mal. Il fait des choses o\u00f9 il peut se faire mal sans se plaindre. Parfois il joue avec les allumettes, il aime prendre des risques. Il a m\u00eame mis le feu une fois.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Du syndrome du survivant \u00e0 la survivance de l\u2019objet<\/h3>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sultats de cette recherche ont montr\u00e9 l\u2019existence d\u2019un syndrome du survivant qui se retrouve majoritairement chez les enfants. Ce syndrome puise ses racines dans une confrontation d\u2019avec la mort et d\u2019en \u00eatre sorti. La pr\u00e9sence du syndrome du survivant pourrait \u00eatre li\u00e9e aux empreintes traumatiques pr\u00e9-psychiques de la p\u00e9riode f\u0153tale. Cependant, l\u2019objet de survivance est \u00e0 distinguer du syndrome du survivant. Le syndrome du survivant serait une manifestation intra psychique et intersubjective, alors que l\u2019objet de survivance est avant tout intra psychique. L\u2019objet de survivance trouve sa source dans la probl\u00e9matique du deuil et celle de la non-distinction soi-objet, alors que le syndrome du survivant est une trace de l\u2019exp\u00e9rience traumatique. L\u2019un et l\u2019autre sont diff\u00e9rents, mais peuvent coexister et cette coexistence est pr\u00e9sente au sein de notre population.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le jumeau esseul\u00e9 est d\u00e9crit comme un \u00ab&nbsp;survivant&nbsp;\u00bb par ses parents, le faisant passer pour un miracul\u00e9, c\u2019est son existence qui maintient pr\u00e9sent le jumeau mort. Le terme de survivance voulant dire&nbsp;: qui est en \u00ab&nbsp;suspens&nbsp;\u00bb et qui perdure au d\u00e9cours du temps. La survivance est la tentative de conserver quelque chose du mort. Alors, pourquoi l\u2019enfant aurait-il besoin de conserver quelque chose de ce mort&nbsp;? Nous pouvons faire l\u2019hypoth\u00e8se que la survivance de l\u2019objet est pr\u00e9sente, car la disparition de l\u2019un pourrait entra\u00eener celle de l\u2019autre. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui peut arriver parfois au cours de la grossesse. Parce que l\u2019\u00e9v\u00e9nement de la perte a lieu \u00e0 un moment o\u00f9 ils ne sont pas encore diff\u00e9renci\u00e9s de leur m\u00e8re et diff\u00e9renci\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre, la perte de l\u2019un pourrait devenir la perte d\u2019une partie de l\u2019identit\u00e9, de la subjectivit\u00e9 de l\u2019autre. Le dernier ressort du Moi est de vivre au nom de l\u2019Autre, ou de le maintenir en vie. Ce deuil a un caract\u00e8re \u00e9minemment narcissique et pr\u00e9-objectal. Si l\u2019enfant a besoin de maintenir un souvenir vivant du mort, c\u2019est aussi parce qu\u2019il peut se sentir responsable ou coupable de la mort de l\u2019autre. La survivance devenant une lutte contre ses propres pulsions agressives. Chemin faisant, nous voyons qu\u2019il y a erreur en la demeure&nbsp;: ce n\u2019est pas le vivant qui est le survivant mais le mort. Par la g\u00e9mellit\u00e9 et le caract\u00e8re pr\u00e9-objectal du f\u0153tus, c\u2019est le mort qui survit \u00e0 sa propre disparition, venant hanter les vivants. En acceptant l\u2019\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9 de la perte, le jumeau vivant pourrait craindre de perdre l\u2019illusion de compl\u00e9tude narcissique ou qu\u2019une partie de son propre Moi disparaisse. Le fantasme de compl\u00e9tude est contenu dans le fantasme g\u00e9mellaire et par extension, ce fantasme renvoie \u00e0 l\u2019indistinction sujet-objet.<\/p>\n\n\n\n<p>Le terme de jumeau \u00ab&nbsp;esseul\u00e9&nbsp;\u00bb est souvent employ\u00e9 pour \u00e9voquer l\u2019enfant vivant. Si on se r\u00e9f\u00e8re au dictionnaire, il est int\u00e9ressant de voir que la notion d\u2019esseulement est d\u00e9finie comme le fait de se manquer \u00e0 soi-m\u00eame. Dans ses travaux de recherche, J. Wood-ward (1998) montre que la connaissance de la g\u00e9mellit\u00e9 perdue donne lieu chez l\u2019enfant ou l\u2019adulte \u00e0 des impressions de <em>languissement<\/em>. Se languir, c\u2019est s\u2019ennuyer de quelqu\u2019un qu\u2019on esp\u00e8re retrouver. Ce que pourrait esp\u00e9rer trouver-retrouver le jumeau esseul\u00e9, c\u2019est peut \u00eatre lui-m\u00eame, sans que cela puisse porter atteinte \u00e0 l\u2019objet. La clinique et la recherche montrent que la g\u00e9mellit\u00e9 perdue de mani\u00e8re pr\u00e9coce est susceptible de constituer le socle de difficult\u00e9s psychiques pour les parents comme pour l\u2019enfant. L\u2019ouvrage de B. Bayle et B. Asfaux (2013) \u00ab&nbsp;Perdre un jumeau \u00e0 l\u2019aube de la vie&nbsp;\u00bb, montre que la g\u00e9mellit\u00e9 perdue peut alt\u00e9rer le sentiment d\u2019identit\u00e9 et d\u2019unit\u00e9 du Moi. Il s\u2019agit avant tout d\u2019authentifier la mort de l\u2019un et la vie de l\u2019autre. Ce qui semble particuli\u00e8rement n\u00e9faste dans cette situation est de nier le ressenti des parents ou celui de l\u2019enfant. Comme le dit un enfant rencontr\u00e9 au cours de cette recherche&nbsp;: \u00ab&nbsp;reconna\u00eetre&nbsp;\u00bb son jumeau d\u00e9c\u00e9d\u00e9, c\u2019est faire \u0153uvre de reconnaissance de l\u2019existence de l\u2019autre et pouvoir amorcer une \u0153uvre de s\u00e9pulture possible. Survivre, c\u2019est renoncer \u00e0 l\u2019autre et se choisir soi-m\u00eame malgr\u00e9 tout, ce qui implique de se reconna\u00eetre comme un individu diff\u00e9renci\u00e9. Alors, nous pourrions souhaiter \u00e0 ces jumeaux esseul\u00e9s, ces jumeaux survivants, de devenir des enfants, dont l\u2019identit\u00e9 narrative passe par la g\u00e9mellit\u00e9, mais ne constitue pas une forme d\u2019entrave \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 leur propre identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, le statut du f\u0153tus-jumeau et son investissement (narcissique et objectal) rendent ce deuil p\u00e9rinatal singulier. Parce que l\u2019\u00e9v\u00e9nement de la perte a lieu \u00e0 un moment o\u00f9 ils ne sont pas encore diff\u00e9renci\u00e9s de leur m\u00e8re et diff\u00e9renci\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre, la perte de l\u2019un pourrait devenir la perte d\u2019une partie de l\u2019identit\u00e9, de la subjectivit\u00e9 de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le v\u00e9cu des enfants est ins\u00e9parable de l\u2019\u00e9laboration du deuil que les parents auront pu faire de son co-jumeau. Ainsi, la place qu\u2019occupe le jumeau d\u00e9c\u00e9d\u00e9 pour le survivant sera fonction des capacit\u00e9s d\u2019\u00e9laboration de deuil des parents. La dimension interg\u00e9n\u00e9rationnelle reste ici fondamentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences de la perte d\u2019un jumeau restent \u00e0 ce jour peu connues par les professionnels de la p\u00e9rinatalit\u00e9 et par l\u2019entourage des familles concern\u00e9es. Le besoin de reconnaissance de la g\u00e9mellit\u00e9 demeure important pour les parents comme pour l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rence bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Anzieu, D. (1985), <em>Le Moi-peau<\/em>, Paris&nbsp;: Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>Bayle, B. (2003), <em>L\u2019embryon sur le divan<\/em>, Paris, Masson. Bayle, B., Asfaux, B. (2013), <em>Perdre un jumeau \u00e0 l\u2019aube de la vie<\/em>, Eres<\/p>\n\n\n\n<p>Beauchard, S. Evanescent, <em>T\u00e9moignage sur l\u2019interruption s\u00e9lective de grossesse<\/em>, A para\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Braten, S. (1988), \u00ab&nbsp;Dialogic mind&nbsp;: The infant and adult in protoconversation, In M. Cavallo, <em>Nature, cognition and system&nbsp;\u00bb<\/em> (pp.187-205), Dordrecht, Kluwer Academic Publications.<\/p>\n\n\n\n<p>Braten, S. (1998), <em>Intersubjective communication and emotion in early ontogeny<\/em>, Cambridge, Cambridge Universit\u00e9 Press, 372-382.<\/p>\n\n\n\n<p>Dasen, V. (2005), <em>Jumeaux, jumelles dans l\u2019antiquit\u00e9 grecque et romaine<\/em>, Zurich, Akanthus.<\/p>\n\n\n\n<p>De B\u00e9rail, B. (2013), <em>Un tiers dans la psych\u00e9&nbsp;: compagnon imaginaire et double pers\u00e9cuteurs. Pour une psychopathologie de l\u2019aire transitionnelle<\/em>, Th\u00e8se de doctorat de Psychologie, Universit\u00e9 Toulouse II.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S. 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(2004), L\u2019enfant du dedans et la relation d\u2019objet virtuel, In S. Missonnier., B. Golse., M. Soul\u00e9, <em>La grossesse, l\u2019enfant virtuel et la parentalit\u00e9<\/em> (pp. 119-144), PUF. Piontelli, A. (1993), \u00ab&nbsp;Recherche sur les jumeaux avant et apr\u00e8s la naissance&nbsp;\u00bb In <em>Les jumeaux et le double<\/em>. Topique. 51., 89-111.<\/p>\n\n\n\n<p>Porot, M., Couadau, A., Pl\u00e9nat, M. (1985). Le syndrome de culpabilit\u00e9 du survivant. Ann\u00e9e. M\u00e9dico-psychologique, 143, 4, 256-262.<\/p>\n\n\n\n<p>Staraci, S. (2013), <em>Vie et mort au creux du berceau de la parentalit\u00e9 g\u00e9mellaire. Devenir d\u2019une survivance du pr\u00e9natal dans le cas du syndrome transfuseur-transfus\u00e9<\/em>, Th\u00e8se de doctorat de psychologie. Universit\u00e9 Ren\u00e9 Descartes. Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Woodward, J. (1998), <em>The lone twin. Inderstanding twin bereavement and loss<\/em>, London, Free Association Books.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10442?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En pr\u00e9alable \u00e0 cet article, nous posons qu\u2019avant d\u2019\u00eatre en deuil d\u2019un jumeau, un couple est engag\u00e9 dans une grossesse g\u00e9mellaire et l\u2019attente de jumeaux. 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