{"id":10427,"date":"2021-08-22T07:32:00","date_gmt":"2021-08-22T05:32:00","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/alternance-psychosomatique-psychose-reflexions-en-reconnaissance-a-marie-lise-roux-2\/"},"modified":"2021-09-15T18:18:37","modified_gmt":"2021-09-15T16:18:37","slug":"alternance-psychosomatique-psychose-reflexions-en-reconnaissance-a-marie-lise-roux","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/alternance-psychosomatique-psychose-reflexions-en-reconnaissance-a-marie-lise-roux\/","title":{"rendered":"Alternance psychosomatique\/psychose. R\u00e9flexions en reconnaissance \u00e0 Marie-Lise Roux"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans un article r\u00e9cent de 2005, Marie-Lise Roux fait l\u2019hypoth\u00e8se que la bascule que nous observons souvent entre le d\u00e9lire et les somatisations serait deux voies ou deux destins de la libido.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle souligne qu\u2019un des reproches adress\u00e9 \u00e0 Freud, c\u2019est de toujours relier le fonctionnement mental au soma, c\u2019est d\u2019ailleurs ce qui le s\u00e9pare de nombreux auteurs tels que Jung et Adler qui ont rejet\u00e9 la sexualit\u00e9 infantile. Ce qui caract\u00e9rise le mieux la pens\u00e9e de Freud, c\u2019est ce qu\u2019il accorde \u00e0 la force d\u2019<em>Eros<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire de la libido et sa survenue dans le somatique o\u00f9 surgit l\u2019excitation. C\u2019est de l\u00e0 que d\u00e9coule la pulsion au terme d\u2019une longue transformation. En m\u00eame temps que le corps se transforme, il devient perceptif et affect\u00e9, les affects \u00e9tant la qualification des pulsions. La repr\u00e9sentation advient quand les affects rencontrent les mots de la symbolisation. Le corps pour Marie-Lise Roux a un statut tr\u00e8s particulier, d\u2019abord son intimit\u00e9 y est inscrite, mais le fait qu\u2019on ne puisse pas le saisir dans son entier le situe d\u2019embl\u00e9e dans la d\u00e9pendance de l\u2019autre et lui donne le statut d\u2019\u00e9tranger, voire d\u2019inconnu. Il est donc aussi objet de l\u2019objet, et du monde ext\u00e9rieur. Du fait de sa pr\u00e9maturit\u00e9, il d\u00e9pend \u00ab&nbsp;de l\u2019objet secourable&nbsp;\u00bb, objet sans lequel il ne pourrait pas survivre. Cet objet nourricier qui le tient et le porte, le regarde et l\u2019entoure, lui renvoie ce qu\u2019il est, comme un miroir vivant sans lequel le b\u00e9b\u00e9 ne se sentirait pas exister.<\/p>\n\n\n\n<p>M.-L. Roux met en \u00e9vidence que ce qui est primordial pour le fondement de l\u2019appareil psychique, c\u2019est le ph\u00e9nom\u00e8ne de retournement sur soi \u00e0 travers le regard de l\u2019objet. Puis cette auto-observation fait appara\u00eetre une s\u00e9paration entre le moi et l\u2019objet. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle fait remonter l\u2019origine de cette bascule entre d\u00e9lire et somatisation, entre psychose et psychosomatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce th\u00e8me du corps est majeur dans les psychoses, car les patients tentent de parler par le corps quelque chose de leur fonctionnement psychique et de leur d\u00e9tresse.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand le psychotique se d\u00e9couvre un corps d\u00e9lirant, c\u2019est \u00e0 travers lui qu\u2019il tente d\u2019exister, de se sentir exister. C\u2019est ce que nous allons tenter de reconna\u00eetre en le mettant au travail dans la cure pour en d\u00e9couvrir le sens. Il est \u00e9tonnant de constater, que ce soit pour le patient psychotique ou le patient psychosomatique, que le corps s\u2019impose \u00e0 travers ses sympt\u00f4mes mais il est \u00e9trange et \u00e9tranger, ce qui le rend d\u2019autant plus dangereux et incompr\u00e9hensible (une \u00e9nigme). Ce moment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 est v\u00e9cu comme dangereux \u00e0 travers les ressentis corporels.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ces patients, la liaison \u00e0 l\u2019autre est d\u2019une nature singuli\u00e8re car il s\u2019agit d\u2019\u00eatre fusionn\u00e9 et justement d\u2019\u00e9viter la s\u00e9paration. Cette s\u00e9paration ou clivage primaire, permet l\u2019auto-observation, au contraire l\u2019absence de limites entre soi et l\u2019objet rend la projection \u00e0 son comble, d\u2019o\u00f9 la d\u00e9charge.<\/p>\n\n\n\n<p>En psychosomatique, le corps physique a besoin de soins, li\u00e9 \u00e0 la maladie physiologique (par exemple l\u2019hypertension art\u00e9rielle, diab\u00e8te, etc.) le clivage primaire est trop fort et une part du fonctionnement psychique li\u00e9 \u00e0 l\u2019auto-observation n\u2019a pas suivi la r\u00e8gle du retournement sur soi et agit comme un surmoi ext\u00e9rieur conformiste. L\u2019excitation sert d\u2019exutoire \u00e0 l\u2019angoisse et \u00e0 la d\u00e9tresse dans l\u2019autod\u00e9charge somatique. La reconnaissance de l\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 de la mort fragilise le patient. M.-L. Roux propose de diff\u00e9rencier les \u00e9tats du psychisme des patients op\u00e9ratoires de ceux des patients psychotiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les patients psychotiques, il semble que la latence ait \u00e9t\u00e9 trop pr\u00e9coce (ce que Green voyait comme surinvestissement de l\u2019intellectualisation chez les enfants de la m\u00e8re morte, c\u2019est ce qui entraverait les jeux de d\u00e9placement entre le moi et le sujet). Le vide des affects entre le sujet et l\u2019objet entra\u00eene selon M.-L. Roux pour eux la n\u00e9cessit\u00e9 de devenir d\u00e9pendant de l\u2019objet primaire pour ne pas risquer de le perdre car c\u2019est l\u2019autoconservation qui du m\u00eame coup dispara\u00eetrait.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre d\u2019Artaud accompagne M.-L. Roux dans son hypoth\u00e8se concernant la bascule psychose\/psychosomatique, lui qui a eu un d\u00e9lire d\u2019auto-engendrement et est mort d\u2019un cancer. Il ne s\u2019agit pas que d\u2019un mode de fonctionnement par rapport \u00e0 la pouss\u00e9e libidinale, mais aussi surtout d\u2019un mode de rapport corps\/psych\u00e9. On est toujours confront\u00e9 \u00e0 la complexit\u00e9 du lien corps\/ psych\u00e9. M.-L. Roux rappelle que Freud a toujours reli\u00e9 le fonctionnement psychique au soma.<\/p>\n\n\n\n<p>Le destin d\u2019Artaud a fortifi\u00e9 son hypoth\u00e8se. Pour le patient psychotique, le d\u00e9lire aurait la double fonction d\u2019une barri\u00e8re (et non d\u2019un clivage) entre le moi et le monde ext\u00e9rieur, et d\u2019une d\u00e9charge des mouvements pulsionnels. Alors que pour le patient psychosomatique, le clivage est rigoureux avec la r\u00e9pression des affects et la conformit\u00e9 sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle pose la question de la bascule psychose\/psychosomatique au niveau du m\u00e9canisme auto-\u00e9rotique du narcissisme corporel (pour que le narcissisme se fasse il faut un objet externe). Il faut que le moi et l\u2019objet primaire investissent ensemble un objet transitionnel&nbsp;: le corps.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait voir la maladie somatique comme une demande d\u2019aide pour que le corps redevienne transitionnel. C\u2019est dans la clinique que nous rejoignons M.-L. Roux et que nous pensons que la cure de Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle permettrait dans les deux cas de cr\u00e9er un lieu d\u2019investissement commun au moi et \u00e0 l\u2019objet originaire. Le corps comme lieu d\u2019investissement, lieu transitionnel pour le d\u00e9roulement du processus. C\u2019est toujours une impossibilit\u00e9 \u00e0 la s\u00e9paration qui est \u00e0 l\u2019origine des manifestations masochiques quelle que soit leur forme.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a toujours \u00e0 g\u00e9rer les excitations mais tant que la distinction moi\/non-moi n\u2019est pas faite, c\u2019est la projection qui inonde tout et on assiste \u00e0 des tentatives de contr\u00f4le comme par les proc\u00e9d\u00e9s \u00ab&nbsp;antiauto-\u00e9rotiques&nbsp;\u00bb, car les auto\u00e9rotismes ne peuvent se mettre en place et servir \u00e0 la construction du narcissisme. M.-L. Roux pense que la distinction des deux types de patients ne se vit pas dans la qualit\u00e9 de leur fonctionnement mental mais dans la mise en \u0153uvre des processus de sexualisation \/d\u00e9sexualisation. Dans les troubles psychotiques, une latence trop pr\u00e9coce entraverait la base des auto\u00e9rotismes et chez les patients op\u00e9ratoires il y aurait un exc\u00e8s de sexualisation de la pens\u00e9e. Nous la remercions de cet \u00e9clairage sur cette bascule.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Note bibliographique<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li> Marie-Lise Roux, \u00ab&nbsp;Un corps propre&nbsp;\u00bb, <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychosomatique<\/em>, RFP, n\u00b02, 2005.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10427?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un article r\u00e9cent de 2005, Marie-Lise Roux fait l\u2019hypoth\u00e8se que la bascule que nous observons souvent entre le d\u00e9lire et les somatisations serait deux voies ou deux destins de la libido. 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