{"id":10425,"date":"2021-08-22T07:32:00","date_gmt":"2021-08-22T05:32:00","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/fonctionnements-limites-une-folie-sans-histoire-beaucoup-dhistoires-pour-rien-la-psychanalyse-une-nouvelle-histoire-2\/"},"modified":"2021-09-19T17:26:29","modified_gmt":"2021-09-19T15:26:29","slug":"fonctionnements-limites-une-folie-sans-histoire-beaucoup-dhistoires-pour-rien-la-psychanalyse-une-nouvelle-histoire","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/fonctionnements-limites-une-folie-sans-histoire-beaucoup-dhistoires-pour-rien-la-psychanalyse-une-nouvelle-histoire\/","title":{"rendered":"Fonctionnements limites : une folie sans histoire \u2026 beaucoup d\u2019histoires pour rien. La psychanalyse : une nouvelle histoire."},"content":{"rendered":"\n<p>Dans ma prime jeunesse de psychiatre, en mon adolescence d\u2019\u00e9ducation conceptuo-sentimentale de psychanalyste, il m\u2019est arriv\u00e9 de penser \u00e0 Ren\u00e9 Roussillon. Il me servait tr\u00e8s souvent de <em>stalker<\/em> dans l\u2019exploration des trous noirs, ces noyaux traumatiques douloureux et autophagiques de la psych\u00e9 que certains patients m\u2019imposaient de penser. Je marchais sur ses traces, qui dessinaient un chemin, tendu comme on peut l\u2019\u00eatre \u00e0 ces \u00e2ges, \u00e0 explorer les cachettes myst\u00e9rieuses car toujours criminelles de l\u2019enfance et \u00e0 chercher dans la passion de l\u2019adolescence, l\u2019exactitude et la v\u00e9rit\u00e9 face \u00e0 l\u2019infini et l\u2019ind\u00e9fini. Et je m\u2019\u00e9merveillais \u00e0 chaque fois de la quantit\u00e9 astronomique de choses que Ren\u00e9 Roussillon pouvait voir derri\u00e8re de si petits conglom\u00e9rats d\u2019affects et de pr\u00e9-repr\u00e9sentations. Avec le temps, le Ma\u00eetre est devenu un ami et quand je m\u2019aventurais un peu plus tard \u00e0 tenter de d\u00e9busquer quelques miennes r\u00e9ponses aux questions qui me taraudaient, j\u2019\u00e9voquais tr\u00e8s souvent le nom de <em>Palomar<\/em> en souvenir de l\u2019amiti\u00e9 de Ren\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Italo Calvino, l\u2019un des auteurs f\u00e9tiches de Ren\u00e9 Roussillon, tentant d\u2019expliquer son livre, <em>Palomar<\/em>, \u00e9crit \u00ab&nbsp;c\u2019est un journal o\u00f9 l\u2019on trouve des micro-probl\u00e8mes de connaissances, des pistes permettant d\u2019\u00e9tablir des relations avec le monde, des usages gratifiants ou frustrants du silence et de la parole&nbsp;\u00bb. Que voil\u00e0 une belle d\u00e9finition de la psychanalyse et de ce qui est, peut-\u00eatre, le besoin imp\u00e9rieux de Ren\u00e9 Roussillon et de <em>Palomar<\/em>, l\u2019ambition folle de reconstruire avec des mots le monde psychique. Non pas de nous en donner une repr\u00e9sentation abstraite avec sch\u00e8mes, n\u00e9ologismes et langue de bois m\u00e9tapsychologique. Non pas le monde cognitif machinique qu\u2019on nous annonce pour le futur, mais le monde d\u2019avant, celui qui d\u00e8s la naissance est constitu\u00e9 par l\u2019\u00e9mergence de la vie psychique et donc de la cr\u00e9ativit\u00e9, celui dont la forme est consubstantielle au fond. Ce besoin chez Ren\u00e9 Roussillon s\u2019est transform\u00e9 en travail qui vise \u00e0 rendre compte de l\u2019aspect sensible de ce monde tant \u00e0 la surface qu\u2019en profondeur, c\u2019est-\u00e0-dire sans n\u00e9gliger les motions inconscientes \u00e0 l\u2019\u0153uvre, et en tenant compte, d\u00e8s le commencement du lien, ne fut-il qu\u2019une qu\u00eate ou une attente, d\u2019avec l\u2019objet. Mais et c\u2019est l\u00e0 la question du jour&nbsp;: \u00ab&nbsp;Est-ce que ce dont nous rendons compte n\u2019est pas avant tout ce que l\u2019on se raconte&nbsp;? Est-ce un savoir, une opinion, un d\u00e9sir, un r\u00eave, une nostalgie, une projection-injonction de fantasmes \u00e0 quelqu\u2019un qui n\u2019en peut&nbsp;? Question classique&nbsp;? Mais (question moins classique), \u00ab&nbsp;Est-ce une histoire ou une fable&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Vous noterez que je ne propose m\u00eame pas l\u2019item v\u00e9rit\u00e9 dans l\u2019\u00e9quation \u00e0 plusieurs inconnues que va tenter de r\u00e9soudre mon questionnement. Une histoire ou une fable, et tout particuli\u00e8rement pour les patients limites, sujets d\u2019int\u00e9r\u00eat s\u2019il en est pour Ren\u00e9 Roussillon, nouveau paradigme pour la psychanalyse selon Andr\u00e9 Green. Indication d\u2019\u00e9lection de la psychoth\u00e9rapie psychanalytique pour les psychanalystes pas trop phobiques, c\u2019est-\u00e0-dire ayant choisi leur camp entre tension cr\u00e9atrice et s\u00e9curit\u00e9 adaptative. Indication dont on a pu dire qu\u2019elle n\u00e9cessitait des am\u00e9nagements du cadre et de la technique, mais dont on omet de rajouter qu\u2019elle n\u00e9cessite peut-\u00eatre une certaine r\u00e9vision des ambitions en particulier par rapport \u00e0 la question sacro-sainte de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur cette question, deux &#8211; trois \u2026 mots, rapides vu le temps imparti, dont je m\u2019excuse de la formulation apparemment p\u00e9remptoire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>La v\u00e9rit\u00e9 vraie, absolue, historique est une imposture. Peut-\u00eatre pas chez tout le monde, mais en tout cas chez les patients <em>Borderlines<\/em>, qui n\u2019ont gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 habitu\u00e9s, \u00e0 la rencontrer tant ils ont \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;\u00e9lev\u00e9s aux accidents&nbsp;\u00bb comme disait Rimbaud, et dans un pays o\u00f9 \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9ducation aux et des \u00e9motions&nbsp;\u00bb \u00e9tait difficile (Henri Michaux).<\/li><li>Il y a des v\u00e9rit\u00e9s inentendables&nbsp;: la v\u00e9rit\u00e9 chez les patients limites n\u2019est pas comme chez les n\u00e9vros\u00e9s \u00ab&nbsp;un cristal de roche qu\u2019on peut mettre dans sa poche, avec son mouchoir dessus, mais un liquide sans limite dans lequel on tombe&nbsp;\u00bb (Robert Musil).<\/li><li>Il y a des v\u00e9rit\u00e9s qui sont inexplicables en particulier celles ayant trait \u00e0 \u00ab&nbsp;la folie&nbsp;\u00bb de certains parents. Pr\u00e8s de 70% d\u2019ant\u00e9c\u00e9dents psychiatriques chez au moins l\u2019un des deux parents.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Il y a des v\u00e9rit\u00e9s d\u2019avant-guerre qui ne valent plus rien \u2026 le pass\u00e9 de certains est un cimeti\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9s mortes&nbsp;\u00bb (Alexandre Vialatte). Bref, tout se transforme par n\u00e9cessit\u00e9 (<em>Anank\u00e9<\/em>), sans compter l\u2019impact du refoulement primaire et de l\u2019amn\u00e9sie de la prime enfance.<\/li><li>La question n\u2019est pas qu\u2019il y aurait plusieurs v\u00e9rit\u00e9s\u2026 des parts de v\u00e9rit\u00e9 subjectives et des v\u00e9rit\u00e9s objectives. Avec Franz Kafka&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 mais elle est difficile \u00e0 dire car elle est vivante et a, par cons\u00e9quent, un visage changeant&nbsp;\u00bb. Autrement dit, il y a la v\u00e9rit\u00e9 de la m\u00e9moire soumise au jeu de l\u2019envers, des m\u00e9tabolisations et des reconstructions. Sans compter la destructivit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre (noyau m\u00e9lancolique), sous forme de d\u00e9substantialisation, apr\u00e8s chaque avanc\u00e9e de cr\u00e9ation de m\u00e9moire.<\/li><li>Surtout concernant les fonctionnements limites il est toujours difficile de faire la part entre le fantasme et la r\u00e9alit\u00e9, les deux \u00e9tant le plus souvent mix\u00e9s dans une bio-fiction. Avec cette notion forte que le fantasme n\u2019est pas sans effets, en mati\u00e8re d\u2019impact traumatique, tant dans l\u2019inconscient il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction investies d\u2019affects. Et l\u2019on sait la gen\u00e8se de certains fantasmes chez l\u2019enfant \u00e0 partir de carences plus que d\u2019agression. C\u2019est ainsi que lorsque l\u2019enfant crie \u00ab&nbsp;Au loup&nbsp;\u00bb et qu\u2019il y a un loup, c\u2019est peut-\u00eatre moins grave en terme d\u2019organisation psychique que s\u2019il crie \u00ab&nbsp;Au loup&nbsp;\u00bb et qu\u2019il n\u2019y a pas de loup.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Alors&nbsp;! Mon titre. Oui, bon nombre d\u2019\u00e9tats limites ont \u00e9t\u00e9 des enfants sans histoires (carence et trauma en creux dans l\u2019infra-ordinaire plut\u00f4t que trauma en plein extraordinaire&nbsp;; construction dans l\u2019imitation plus que dans l\u2019identification avec exploration agressive autoris\u00e9e sans repr\u00e9sailles) et qui font beaucoup d\u2019histoires sous l\u2019impact des m\u00e9tamorphoses pubertaires\u2026 et toujours les m\u00eames fatigantes (de ne pas voir d\u2019issue) histoires, et toujours pour \u2026 rien. Toujours les m\u00eames&nbsp;: \u00e7a se r\u00e9p\u00e8te en effet tant il est vrai avec Pierre Fedida que \u00ab&nbsp;la r\u00e9p\u00e9tition est la pr\u00e9occupation de l\u2019absence&nbsp;\u00bb. Ce que laisse l\u2019objet primaire quand il s\u2019absente, ce qu\u2019il laisse \u00e0 l\u2019enfant, comme pour le rendre captif et d\u00e9pendant, c\u2019est la r\u00e9p\u00e9tition. Ce dont se souvient l\u2019enfant est moins le fait, que l\u2019attente et la r\u00e9p\u00e9tition pour contenir ce fait. Voil\u00e0 pour les carences.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les traumas en plein&nbsp;: que fait l\u2019enfant violent\u00e9 si ce n\u2019est de s\u2019absenter (fermer les yeux et crier) pour tenter de ne pas mourir psychiquement&nbsp;? Dans les deux cas, l\u2019absence est attente dans le noir d\u2019un secours de l\u2019objet. Et la pr\u00e9occupation de l\u2019absence pourrait se formuler ainsi&nbsp;: va-t-elle revenir&nbsp;; va-t-il revenir&nbsp;? Au final, ces enfants n\u2019ont pas, faute d\u2019accordage possible au rythme discontinu, ralenti ou effractant de l\u2019objet, le sens du rythme affectif\u2026 et s\u2019attachent \u00e0 celui de la r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup d\u2019histoires pour rien&nbsp;! Pour ce qui n\u2019est pas advenu\u2026 laissant toute la place au vide, au <em>Rien<\/em> g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l\u2019absence de l\u2019objet. Et tr\u00e8s vite \u00e0 l\u2019absence de soi, vide int\u00e9rieur cette fois, en \u00e9cho et miroir de l\u2019absence de l\u2019objet. Ces histoires sont des <em>Acting Out<\/em>. Et comme le dit Margaret Little&nbsp;: \u00ab&nbsp;plus l\u2019angoisse est primitive, plus l\u2019<em>acting out<\/em> est consid\u00e9r\u00e9 comme une forme primitive du souvenir de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pr\u00e9coce&nbsp;\u00bb. Ici des <em>acting out<\/em> \u00e0 blanc, c\u2019est-\u00e0-dire sous-tendu par aucun fantasme, et donc de sang froid \u2026 en souvenir d\u2019une absence, d\u2019un rien, d\u2019un blanc. Plus que dans la n\u00e9vrose ou le souvenir est celui d\u2019un oubli barr\u00e9 temporairement par un autre souvenir-\u00e9cran signifiant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La psychanalyse une nouvelle histoire&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Oui, une nouvelle histoire dans le transfert (si tant est que le psychanalyste s\u2019engage), avec un objet retrouv\u00e9, (si tant est que le psychanalyste accepte d\u2019\u00eatre un <em>medium mall\u00e9able<\/em> et un assistant \u00e0 la narrativit\u00e9). Pour qu\u2019il y ait une nouvelle histoire, il faut donc qu\u2019il y ait une rencontre des deux c\u00f4t\u00e9s et que celle-ci fasse \u00e9v\u00e9nement, c\u2019est-\u00e0-dire selon Gilles Deleuze&nbsp;: \u00ab&nbsp;le contraire de faire un drame ou de faire une histoire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne fait pas une histoire, il y a co-naissance (les deux protagonistes naissant ensemble \u00e0) d\u2019une nouvelle histoire dans un cadre de lieu et de temps. Histoire vraie psychiquement si elle constitue une contre-absence \u00e0 l\u2019absence d\u2019histoire. Le patient \u00e9tait Attente, n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019Attente et ce, depuis longtemps, aussi le transfert sera massif, brutal et indiff\u00e9renci\u00e9 et \u00e9videment, il ne s\u2019agit pas de lever trop t\u00f4t ce transfert avant que l\u2019histoire prenne forme et sens, et donc il faudra tenir. La psychanalyse n\u2019est pas r\u00e9conciliation, consolation, rem\u00e9diation, rementalisation, psycho\u00e9ducation\u2026 elle est patience bienveillante\u2026 Ce sera un long et minutieux travail avec, dans un premier temps, une cartographie des lieux et une prise en compte de la m\u00e9t\u00e9o int\u00e9rieure. Comme le dit Julian Schnable parlant de la cr\u00e9ation&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e7a n\u2019a rien \u00e0 voir avec une progression lin\u00e9aire qui irait de la figure \u00e0 l\u2019absence de figure, de la distillation du bord ext\u00e9rieur du tableau au rectangle peint. \u00c7a a \u00e0 voir avec la pr\u00e9cision de l\u2019artiste \u00e0 faire une radiographie de la peur&nbsp;\u00bb. Quasiment mot pour mot ce que disait Piera Aulagnier \u00e9voquant la technique psychoth\u00e9rapeutique \u00e0 l\u2019approche des noyaux de douleur du sujet&nbsp;: \u00ab&nbsp;proposez au sujet un tableau qui red\u00e9tourne son regard vers l\u2019ext\u00e9rieur et qui lui permette un vu apte \u00e0 tirer \u00e0 lui une partie de l\u2019affect qui accompagne la repr\u00e9sentation en soi, \u00ab&nbsp;le moi dicible&nbsp;\u00bb. Red\u00e9tourner son regard vers l\u2019ext\u00e9rieur\u2026 Bref, r\u00eaver jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019histoire que l\u2019on se raconte, le dessin qu\u2019on pose sur la toile, \u00ab&nbsp;borde pensivement le r\u00e9el&nbsp;\u00bb. Et avant cela, j\u2019insiste, faire \u00ab&nbsp;une radiographie de la peur&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9valuer l\u2019\u00e9conomie psychique, la coh\u00e9sion du moi et la souplesse des d\u00e9fenses, avant la co-cr\u00e9ation d\u2019une histoire et <em>a fortiori<\/em> l\u2019interpr\u00e9tation. Co-cr\u00e9er une histoire alors que le cerclage du Moi est d\u00e9faillant fait verser le sujet dans l\u2019absurde et le d\u00e9risoire, sans compter que celle-ci s\u2019\u00e9coule dans un puits sans fond, v\u00e9ritable tonneau des Dana\u00efdes. Interpr\u00e9ter le contenu \u0153dipien alors qu\u2019il n\u2019y a pas de contenant \u00e9tanche et d\u2019enveloppe psychique stable, fait courir le risque de passage \u00e0 l\u2019acte par reversement dans l\u2019archa\u00efque avec sa confusion sujet-objet-pulsion. Chez les patients <em>Borderlines<\/em> les interpr\u00e9tations pertinentes sont celles qui ne masquent pas leurs limites.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Border pensivement le r\u00e9el&nbsp;\u00bb comme on borde un enfant avant qu\u2019il ne s\u2019endorme et qu\u2019on s\u2019appr\u00eate \u00e0 lui raconter des histoires d\u00e9toxifi\u00e9es pour qu\u2019il ait moins peur et puisse ne plus craindre la s\u00e9paration que la nuit annonce&nbsp;; tout en ayant transmis deux-trois choses essentielles.<\/p>\n\n\n\n<p>Raconter des histoires, mais cette fois \u00e0 un adolescent presque \u00e0 un adulte Limite, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 un enfant rageur et ent\u00eat\u00e9 et a un adolescent inachev\u00e9, comme pour lui redonner un droit d\u2019enfance, \u00e0 lui qui a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9 de la sienne brutalement du jour au lendemain par une gifle ou un coup de pied, une fuite ou une d\u00e9robade \u00e0 l\u2019invite d\u2019un regard.<\/p>\n\n\n\n<p>Raconter une histoire, c\u2019est faire la lecture et aussi proposer tr\u00e8s vite que l\u2019\u00e9couteur nous fasse la lecture. Border pensivement le r\u00e9el tant il est vrai que pour certains il vaut mieux que leur monde psychique ne soit que tangeant au r\u00e9el beaucoup trop \u00e9prouvant qu\u2019ils ont \u00e0 vivre. Qu\u2019il soit un tant soit peu r\u00eav\u00e9, voire fictionn\u00e9. C\u2019est que dans leur vie il y a bien trop de trous dont le vide est \u00e0 combler par des passages \u00e0 l\u2019acte en plein et trop de cases blanches qu\u2019ils ne peuvent que noircir. Il faut les aider \u00e0 faire appel \u00e0 l\u2019imagination qui repose, ressource interne non investie dans leur base arri\u00e8re&nbsp;; jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils puissent s\u2019inventer eux-m\u00eames (et m\u00eame plus qu\u2019eux-m\u00eames dans une survie eu \u00e9gard \u00e0 leur monde environnant). S\u2019inventer eux-m\u00eames et d\u2019abord dans le pass\u00e9\u2026 pour que leur futur ne soit pas sans cesse une figure du pass\u00e9 qui ne passe pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Le psychanalyste retourne moins la m\u00e9moire de son patient qu\u2019il ne favorise la mise en contact du sujet avec sa vie psychique, pour qu\u2019il prenne go\u00fbt au plaisir de penser, qui se d\u00e9veloppe par identification dans le transfert. Ce go\u00fbt ayant \u00e9t\u00e9 plus ou moins affect\u00e9 et jusqu\u2019\u00e0 perverti dans certaines \u00e9preuves. Il s\u2019agit donc ici beaucoup moins du r\u00e9el, de la r\u00e9alit\u00e9 vraie, de la v\u00e9rit\u00e9 nue, historique, que de la v\u00e9rit\u00e9 narrative. Et comme le dit Richard Jorif qui s\u2019y conna\u00eet en travers\u00e9e d\u2019agonies primitives \u00ab&nbsp;les mots construisent le navire&nbsp;\u00bb\u2026 ou Cocteau avec sa c\u00e9l\u00e8bre phrase sur les \u00ab&nbsp;Mythes vrais et les histoires fausses&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi dans l\u2019approche des noyaux de douleur, il faut savoir parfois reculer ou rester au seuil car comme le dit Romain Gary dans <em>La Vie devant Soi<\/em> \u00ab&nbsp;il y a des fois o\u00f9 \u00e7a n\u2019arrange rien de comprendre \u2026 au contraire il faut maquiller, m\u00eame si alors on appara\u00eet encore plus nu ailleurs&nbsp;\u00bb. Autrement dit, on perd en r\u00eaves, en illusions, en esp\u00e9rance, ce qu\u2019on gagne en compr\u00e9hension. Et j\u2019ajouterai&nbsp;: on perd aussi en repr\u00e9sentation et en jouissance, \u2026 renoncements beaucoup plus difficilement acceptables par le sujet limite que par le sujet n\u00e9vros\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au total, la psychanalyse est une nouvelle histoire vraie, affectivement et psychiquement, entre le patient et son analyste, dans le transfert. Une histoire nouvelle de son origine (pour qu\u2019il n\u2019y ait pas un commencement mais des (d\u2019autres) commencements possibles), une reconstruction du pass\u00e9 qui l\u2019humanise, et l\u2019historicise. Une histoire dont la forme essentielle s\u2019est d\u00e9faite, refaite et <em>in fine<\/em> parfaite, en \u00e9cho \u00e0 la forme de pens\u00e9e du patient. C\u2019est une cr\u00e9ation sur le fil, guid\u00e9e par autrui, \u00e0 partir d\u2019une forme de pens\u00e9e autre et non d\u2019un d\u00e9faut de mentalisation. Une pens\u00e9e informe et naufrag\u00e9e qui ne ment pas, se cherche, se souvient de ses oublis gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019imaginaire, s\u2019invente du fait de la contrainte \u00e0 cr\u00e9er de l\u2019\u00e9toffe de pens\u00e9es, lance des rendez-vous \u00e0 d\u2019autres formes parce que <em>JE<\/em> est un autre et m\u00eame plusieurs autres dans le pays de l\u2019imaginaire o\u00f9 certes il pleure souvent (Antonio Tabucchi).<\/p>\n\n\n\n<p><em>Palomar<\/em> comme Ren\u00e9 Roussillon est un <em>m\u00e9dium mall\u00e9able<\/em> qui sait nager entre les formes des pens\u00e9es et n\u2019a pas peur des reflux et ressacs qui laissent voir les dessous de la mer&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Le Moi de Monsieur <em>Palomar<\/em> est immerg\u00e9 dans un monde d\u2019intersections, de champs de forces, de diagrammes, de vecteurs, faisceaux de lignes droites qui convergent, divergent, se brisent. Mais il reste en lui un point o\u00f9 tout existe d\u2019une autre fa\u00e7on. Comme un n\u0153ud, un caillot, un engorgement, la sensation pr\u00e9cis\u00e9ment qu\u2019on est l\u00e0 mais qu\u2019on pourra ne pas y \u00eatre. On a un monde qui pourrait ne pas y \u00eatre, mais qui est l\u00e0&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10425?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans ma prime jeunesse de psychiatre, en mon adolescence d\u2019\u00e9ducation conceptuo-sentimentale de psychanalyste, il m\u2019est arriv\u00e9 de penser \u00e0 Ren\u00e9 Roussillon. Il me servait tr\u00e8s souvent de stalker dans l\u2019exploration des trous noirs, ces noyaux traumatiques douloureux et autophagiques de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1215],"thematique":[459,577],"auteur":[1372],"dossier":[578],"mode":[61],"revue":[590],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10425","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-jeu","thematique-mediations-therapeutiques","auteur-maurice-corcos","dossier-dossier-rene-roussillon-le-jeu-en-partage","mode-gratuit","revue-590","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10425","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10425"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10425\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14411,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10425\/revisions\/14411"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10425"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10425"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10425"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10425"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10425"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10425"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10425"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10425"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10425"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}