{"id":10422,"date":"2021-08-22T07:32:00","date_gmt":"2021-08-22T05:32:00","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/un-morceau-dhistoire-2\/"},"modified":"2021-09-15T18:14:23","modified_gmt":"2021-09-15T16:14:23","slug":"un-morceau-dhistoire","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/un-morceau-dhistoire\/","title":{"rendered":"Un morceau d\u2019histoire"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans les ann\u00e9es 1950, il y avait peu d\u2019int\u00e9r\u00eat pour le corps et les patients \u00e9taient soign\u00e9s en chimioth\u00e9rapie et en \u00e9lectronarcose. Le corps se manifestait dans les pathologies&nbsp;: syndromes psychomoteurs sp\u00e9cifiques, crampe de l\u2019\u00e9crivain, tics, b\u00e9gaiement, syndromes posttraumatiques, troubles fonctionnels divers dont les insomnies, migraines\u2026 Ces patients r\u00e9fractaires \u00e0 tout traitement n\u2019int\u00e9ressaient pas les psychanalystes. Toutefois, certains psychiatres neurologues dont Julian de Ajuriaguerra (1911-1993) cherch\u00e8rent \u00e0 am\u00e9liorer leur triste condition. Ajuriaguerra se situait dans la perspective de la part biologique de la pens\u00e9e de Freud, et il \u00e9tait logique qu\u2019il porte son attention sur le corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous a transmis la notion de \u00ab&nbsp;potentiel biologique de base, fruit de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, de la vie intra-ut\u00e9rine et de la p\u00e9riode p\u00e9rinatale&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait aussi le d\u00e9but de la psychosomatique et en 1960 Ajuriagerra, au premier congr\u00e8s de psychosomatique \u00e0 Vittel sur les relaxations, fait se rencontrer le dialogue tonico-\u00e9motionnel et la psychanalyse&nbsp;; il cr\u00e9e \u00ab&nbsp;sa Relaxation&nbsp;\u00bb, bien diff\u00e9rente des autres relaxations, car elle n\u2019utilise ni la suggestion ni les inductions et son objectif n\u2019est pas la d\u00e9tente mais une prise de conscience des \u00e9tats du corps. Cette prise de conscience n\u00e9cessite une certaine passivit\u00e9, ce qui oriente la mise en place du dispositif o\u00f9 le patient est allong\u00e9 sur le divan. \u00c0 l\u2019h\u00f4pital Sainte-Anne \u00e0 Paris, Ajuriaguerra est entour\u00e9 d\u2019une \u00e9quipe de psychanalystes comprenant Jorge E. Garcia Badaracco, Mich\u00e8le Cahen, Aude Fonquernie, Marianne Strauss\u2026 pour \u00e9tudier l\u2019exp\u00e9rience tonique dans la relation avec un patient. Ils mettent ainsi en lumi\u00e8re l\u2019importance du lien interrelationnel et du dialogue tonico-\u00e9motionnel. Ils cherchent \u00e0 mieux d\u00e9finir le ph\u00e9nom\u00e8ne du comportement tonique inconscient et sa signification dans la vie relationnelle. Ainsi le corps \u00e9tait m\u00e9diateur de la relation. P\u00e9diatre, c\u2019est naturellement qu\u2019Ajuriaguerra se r\u00e9f\u00e8re au dialogue tonique entre la m\u00e8re et l\u2019enfant. Dialogue qui s\u2019instaure d\u00e8s la naissance et exprime toute la complexit\u00e9 d\u2019expression de la vie relationnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Au m\u00eame moment, Bouvet travaille sur la relation d\u2019objet et les variations du cadre mettant en \u00e9vidence les difficult\u00e9s de certaines analyses classiques. Marty et Fain examinent la motricit\u00e9 dans la relation d\u2019objet (on peut lire leurs discussions dans les comptes rendus de s\u00e9ance qui \u00e9taient enregistr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque et qui ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans la <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Ajuriaguerra remarque la valeur th\u00e9rapeutique de la d\u00e9tente dans la relation tonico-\u00e9motionnelle, ce qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 penser que reprendre cette forme primitive de relation en une th\u00e9rapie serait une solution. Le v\u00e9cu corporel du patient devenait le centre d\u2019int\u00e9r\u00eat des deux partenaires au cours de la s\u00e9ance. Le patient \u00e9tait encourag\u00e9 \u00e0 prendre conscience de ses \u00e9tats du corps, ce qui lui donnait une attitude nouvelle par rapport \u00e0 son tonus habituel. Ajuriaguerra th\u00e9orise les bases d\u2019une pratique de la \u00ab&nbsp;Relaxation&nbsp;\u00bb avec une vis\u00e9e de recherche. Il fait exp\u00e9rimenter sa th\u00e9orie \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de psychanalystes qui l\u2019entoure. Il pr\u00e9face le livre de Jean Georges Lemaire publi\u00e9 en 1964 <em>La Relaxation<\/em> o\u00f9 sont recens\u00e9es les diverses techniques de relaxation auxquelles nous \u00e9tions initi\u00e9s avant de choisir la m\u00e9thode que l\u2019on souhaitait d\u00e9couvrir. L\u2019\u00e9quipe des psychanalystes form\u00e9s \u00e0 la relaxation va peu \u00e0 peu mettre au point la psychoth\u00e9rapie de relaxation. Monique Dechaud-Ferbus rejoint l\u2019\u00e9quipe de Sainte-Anne en 1969 pour faire une formation \u00e0 la relaxation Ajuriaguerra, dont la m\u00e9thode \u00e9manait de l\u2019application pratique de ses recherches neuro-physiologiques en lien avec la pens\u00e9e psychanalytique. Ajuriaguerra d\u00e9veloppe une pens\u00e9e psychanalytique du corps.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019initiation pratique pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019engagement dans une m\u00e9thode se faisait dans les services hospitaliers et il y avait une r\u00e9union collective de tous les participants des diff\u00e9rentes m\u00e9thodes une fois par mois \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Cochin. L\u2019initiation durait deux ans, au bout desquels on choisissait la m\u00e9thode pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Pour s\u2019inscrire \u00e0 la formation Ajuriaguerra, il fallait soit \u00eatre psychanalyste, soit en formation psychanalytique, soit d\u00e9clarer sur l\u2019honneur son projet de faire une analyse. La formation pratique se faisait dans les locaux de Sainte-Anne.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la petite histoire, on se souvient qu\u2019une fois par semaine nous \u00e9tendions un drap sur le lit des patients qui avaient laiss\u00e9 leur chambre pour la promenade. Le groupe \u00e9tait compos\u00e9 de 5 \u00e0 6 personnes et de deux th\u00e9rapeutes qui nous disaient la r\u00e8gle fondamentale et nous laissaient avec nos ressentis en attendant leur passage au pied du lit de chaque personne qui racontait ce qu\u2019elle avait \u00e9prouv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis \u00e0 la fin des trois quarts d\u2019heure, il y avait une courte discussion. Mais le travail en groupe ne permettait pas de travailler au plus pr\u00e8s de la symptomatologie des patients et nous avons d\u00e9cid\u00e9 de faire les formations individuellement accompagn\u00e9es de s\u00e9minaires d\u2019\u00e9change d\u2019exp\u00e9rience. Les cas difficiles re\u00e7us en consultation n\u00e9cessitaient une base psychanalytique s\u00e9rieuse que la <em>Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris<\/em> procurait.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie-Lise Roux et Marianne Strauss qui l\u2019avait form\u00e9e avec Fran\u00e7ois Sacco cr\u00e9ent en 1972 <em>l\u2019Association pour l\u2019Enseignement de la Psychoth\u00e9rapie de Relaxation<\/em><sup>1<\/sup>, qui a pour but la transmission de la m\u00e9thode et son \u00e9laboration. Marie-Lise Roux publie \u00e0 cette \u00e9poque, dans la<em> <em>Revue m\u00e9dicale de psychosomatique<\/em><\/em>, \u00ab\u00a0L\u2019expression verbale du v\u00e9cu corporel\u00a0\u00bb, qui place la m\u00e9thode dans le champ d\u2019extension de la psychanalyse. La m\u00e9thode se d\u00e9veloppe alors, largement inspir\u00e9e par les travaux psychanalytiques \u00e0 partir de Freud.<\/p>\n\n\n\n<p>Francis Pasche \u00e0 partir de sa consultation psychanalytique voisine \u00e0 Sainte-Anne apporte son soutien et coordonne nos activit\u00e9s de supervisions. En 1995, apr\u00e8s la disparition de Marianne Strauss, un nouveau chef de service n\u2019accepte plus la formation, tant de la psychoth\u00e9rapie psychanalytique que de la psychoth\u00e9rapie de relaxation pour des raisons de fonctionnement. L\u2019association poursuivra les formations \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019h\u00f4pital Sainte-Anne par des s\u00e9minaires th\u00e9orico-cliniques, ainsi que par des colloques annuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenant en compte l\u2019\u00e9volution de la m\u00e9thode depuis 1972, en janvier 2008, sous l\u2019impulsion de sa pr\u00e9sidente de l\u2019\u00e9poque, Monique Dechaud-Ferbus avec Marie-Lise Roux et les psychanalystes formateurs de l\u2019<em>Association<\/em> (Christine P\u00e9lissier, Brigitte Pacquement, Nagib Khouri, Fran\u00e7ois Sacco, Annette Thom\u00e9-Renault, Chantal Fr\u00e8re-Artinian, Andr\u00e9 Barbier, M.-A. Dupasquier) cr\u00e9ent une nouvelle association. Ils d\u00e9posent un nouvel intitul\u00e9 au <em>Journal Officiel<\/em> pour se d\u00e9finir&nbsp;: <em>Association pour l\u2019enseignement de la psychoth\u00e9rapie psychanalytique corporelle<\/em> (AEPPC succ\u00e9dant \u00e0 APEPR). Cette nouvelle d\u00e9finition tient compte de l\u2019\u00e9volution m\u00e9tapsychologique et du travail d\u2019\u00e9laboration effectu\u00e9 par l\u2019<em>Association<\/em>. Elle vise \u00e0 permettre aux patients non n\u00e9vrotiques de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un travail psychanalytique en leur offrant un dispositif facilitateur pour renforcer ou structurer leur appareil psychique endommag\u00e9 par le dysfonctionnement de leur relation \u00e0 l\u2019objet primaire. Le si\u00e8ge social de l\u2019<em>Association<\/em> \u00e9migrera \u00e0 l\u2019ASM13 o\u00f9 elle sera accueillie et soutenue par les directeurs Jean Gillibert suivi d\u2019Alain Gibeault et de Vassilis Kapsambelis.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut rappeler, comme l\u2019a fait Marie-Lise Roux, le contexte dans lequel s\u2019est cr\u00e9\u00e9e la psychoth\u00e9rapie de relaxation. La psychanalyse \u00e9tait prise dans un double mouvement, d\u2019une part l\u2019\u00e9cole de Lacan avec l\u2019importance majeure donn\u00e9e au langage verbal, et d\u2019autre part l\u2019\u00e9cole des psychosomaticiens avec Marty qui enseignait les liens corps\/psych\u00e9. La formation psychanalytique invitait \u00e0 privil\u00e9gier le discours du patient, qui n\u2019\u00e9tait pas le mode d\u2019expression des patients hors n\u00e9vrose. Dans les ann\u00e9es 1970, les travaux de Francis Pasche sur la psychose et l\u2019objet, de m\u00eame que ceux d\u2019Andr\u00e9 Green sur l\u2019affect, nous aidaient \u00e0 comprendre certains \u00e9checs de la cure psychanalytique classique. \u00c9checs marqu\u00e9s par la fuite du traitement, des rechutes, des passages \u00e0 l\u2019acte, ce qui entra\u00eenait une hostilit\u00e9 de beaucoup de m\u00e9decins et psychiatres \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces turbulences dans la psychanalyse ont fait de Didier Anzieu un lanceur d\u2019alerte, il \u00e9crit dans <em>Une peau pour les pens\u00e9es<\/em><sup>2<\/sup>&nbsp;: \u00ab&nbsp;La psychanalyse survivra en se renouvelant et en int\u00e9grant tout ce sur quoi ces th\u00e9rapies corporelles attirent l\u2019attention et elle subsistera en se renouvelant, ou en l\u2019an 2000 on la rangera au magasin des accessoires p\u00e9rim\u00e9s dont on ne parlera plus que dans les cours d\u2019histoire de la m\u00e9decine et des mentalit\u00e9s&nbsp;\u00bb. Crainte partag\u00e9e par de nombreux coll\u00e8gues. Heureusement, la cr\u00e9ativit\u00e9 de certains permettait que surgissent de nouvelles formes de prise en charge des patients qui, bien souvent, utilisaient le corps. On pense au face-\u00e0-face, au psychodrame et \u00e0 ce que nous appelions alors avec Ajuriaguerra&nbsp;: \u00ab&nbsp;la Relaxation&nbsp;\u00bb, car nous avions choisi de prendre pour base signifiante les sensations corporelles elles-m\u00eames et non les mots, les fantasmes et les r\u00eaves que toutefois nous entendions et nous visions. Les concepts freudiens nourrissaient notre pratique. Deux notions sont \u00e0 retenir, d\u2019une part la notion de d\u00e9pendance qui va donner sens aux relations sociales et la construction du moi, et d\u2019autre part la diff\u00e9rence \u00e9tablie, d\u00e8s 1915, entre l\u2019excitation et la pulsion.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019excitation li\u00e9e au corps et au syst\u00e8me perceptif par le travail psychique se transformera en pulsion. La pulsion a besoin d\u2019un objet pour prendre sens et avoir un but. La pens\u00e9e d\u2019Ajuriaguerra, \u00e9volutionniste comme celle de Freud, justifie les enclaves des fixations \u00e0 un stade ant\u00e9rieur par un probl\u00e8me (traumatisme) rencontr\u00e9, cr\u00e9ant une discontinuit\u00e9 dans le d\u00e9veloppement (on pense aux <em>fueros<\/em>). Dans la perspective o\u00f9 se m\u00ealent phylogen\u00e8se et ontog\u00e9n\u00e8se, il montre que l\u2019\u00e9quipement fonctionnel de base doit rencontrer les r\u00e9ponses adapt\u00e9es de l\u2019environnement nourricier. La n\u00e9cessaire adaptation maternelle par ses r\u00e9ponses corporelles tonico-motrices va permettre ce dialogue tonico\u00e9motionnel qui est \u00e0 la base de nos recherches.<\/p>\n\n\n\n<p>Ajuriaguerra souligne l\u2019importance pour le d\u00e9veloppement de la psych\u00e9 en mouvements de passivit\u00e9\/activit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9tat tonique est un mode de relation, hypertonies d\u2019appel, hypotonie de soulagement&nbsp;\u00bb. Il est donc aussi question d\u2019un rapport entre soi et soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous constations avec \u00e9tonnement que les patients ignoraient leurs manifestations corporelles et les laissaient de c\u00f4t\u00e9, bien que la souffrance dans leur corps soit \u00e9vidente. C\u2019est ainsi que nous nous sommes interrog\u00e9s sur le langage du corps par rapport au langage verbal. Car bien souvent les expressions corporelles \u00e9taient \u00e9nigmatiques et sans \u00e9change en d\u00e9but de cure, elles devaient emprunter bien des chemins avant d\u2019entrer dans la communication et trouver leur traduction en mot.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970-1980, la psychoth\u00e9rapie de relaxation se situait dans le champ de l\u2019analyse mais on la disait de soutien ou d\u2019inspiration psychanalytique ou r\u00e9paratrice. Maintenant, le corps a retrouv\u00e9 une place dynamique dans le travail psychanalytique gr\u00e2ce \u00e0 des analystes qui l\u2019ont reconnu comme op\u00e9rateur, tels Ferenczi, Winnicott, Anzieu, Aulagnier, Ajuriaguerra, etc. Au congr\u00e8s d\u2019Ath\u00e8nes en 2010, dont l\u2019un des rapporteurs \u00e9tait Fran\u00e7oise Coblence, le th\u00e8me \u00e9tait \u00ab&nbsp;<em>Entre psych\u00e9 et soma<\/em>&nbsp;\u00bb, l\u2019importance du corps dans la psych\u00e9 est tr\u00e8s nette. La contribution de l\u2019\u00e9quipe des analystes de la Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle (PPC) par son travail de th\u00e9orisation de la relation psych\u00e9\/soma place la PPC dans une voie nouvelle de la psychanalyse utilisant des param\u00e8tres non exploit\u00e9s dans la cure type comme la perception.<\/p>\n\n\n\n<p>Ajuriaguerra nous a beaucoup aid\u00e9s dans nos recherches par sa conception du dialogue tonico-\u00e9motionnel qu\u2019il d\u00e9duisait de l\u2019\u00e9tude du d\u00e9but du fonctionnement psychique. Car comme Freud l\u2019a indiqu\u00e9, beaucoup de troubles des patients non n\u00e9vrotiques trouvent leur origine dans les tout d\u00e9buts de la vie psychique et donc dans la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dant le langage verbal (avant trois ans). Cette notion de \u00ab&nbsp;dialogue tonico-\u00e9motionnel&nbsp;\u00bb implique de la part du th\u00e9rapeute qu\u2019il soit capable d\u2019occuper la place d\u2019un objet primaire \u00ab&nbsp;suffisamment bon&nbsp;\u00bb (D. W. Winnicott). Cela signifie qu\u2019il soit capable de transformer une expression corporelle pour la mener au sens. La perception corporelle prend toute sa signification d\u2019une relation \u00e0 un objet, mais aussi de la relation du sujet \u00e0 lui-m\u00eame, m\u00eame l\u00e9g\u00e8re et banale. Le patient peut aller vers une subjectivation. Car si l\u2019excitation a une source toujours corporelle, elle n\u2019a qu\u2019un but, la d\u00e9charge qui la fait dispara\u00eetre, alors que la pulsion, elle, peut avoir plusieurs buts et plusieurs objets et ainsi \u00e9chapper \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition qui a partie li\u00e9e \u00e0 l\u2019instinct de mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail psychique en Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle vise \u00e0 permettre de remplacer la r\u00e9p\u00e9tition par la rem\u00e9moration qu\u2019elle cache. La m\u00e9moire du corps reprend la place qu\u2019elle avait perdue par le sympt\u00f4me, \u00e0 condition de se donner le temps d\u2019aboutir \u00e0 cette \u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais un autre point reste \u00e0 souligner, c\u2019est la question de l\u2019excitation. Celle-ci doit \u00eatre organis\u00e9e par la libido, afin que la quantit\u00e9 puisse se transformer en une qualit\u00e9 psychique. Certains patients susceptibles de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une cure de Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle se pr\u00e9sentent dans une position conformiste d\u00e9crite dans la \u00ab&nbsp;pens\u00e9e op\u00e9ratoire&nbsp;\u00bb, c\u2019est celle de la soumission passive \u00e0 un objet tout puissant, non pas dans la recherche d\u2019une satisfaction masochique, mais dans l\u2019espoir d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la passivation intol\u00e9rable et dans le but de supprimer les repr\u00e9sentations d\u2019affects qui risquent de remettre en cause les images des objets et surtout l\u2019image de soi. La r\u00e8gle de la Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle qui concerne prioritairement les ressentis corporels vise \u00e0 renvoyer la libido vers le monde ext\u00e9rieur (en qu\u00eate d\u2019un objet satisfaisant) et vers le Moi du sujet. Le Moi \u00e9tant, comme Freud nous l\u2019a montr\u00e9, issu de la surface corporelle, c\u2019est-\u00e0-dire, des perceptions internes du corps. Il y aura donc bien une analyse d\u2019un transfert qui n\u2019aura pas les caract\u00e9ristiques d\u2019un transfert \u0153dipien classique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les remaniements obtenus par la cure pourront, si besoin est, la faire se poursuivre dans une cure psychanalytique classique qui b\u00e9n\u00e9ficiera du renforcement de l\u2019appareil psychique. Souvent aussi une cure psychanalytique satisfaisante mais \u00e0 laquelle un sympt\u00f4me r\u00e9siste, peut trouver son aboutissement par une poursuite avec une cure de Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle (PPC). La cure de PPC permet aussi que s\u2019ach\u00e8ve vraiment une cure classique dont le transfert n\u2019avait pu se clore par le deuil de l\u2019objet du transfert. Le deuil primaire comprend toujours une part de perte au niveau du corps, comme d\u2019ailleurs toute \u00e9volution. La sexualit\u00e9 infantile comporte aussi le deuil souvent non fait des diff\u00e9rentes parties du corps d\u2019abord investies puis abandonn\u00e9es lors de la maturation, c\u2019est pour cela que l\u2019indication de Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle (PPC) est int\u00e9ressante chez les enfants et les adolescents.<\/p>\n\n\n\n<p>On trouve dans notre approche du processus de traitement beaucoup de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de Francis Pasche qui d\u00e9crit le fonctionnement psychique pr\u00e9coce&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le sujet est d\u2019embl\u00e9e vou\u00e9 au monde ext\u00e9rieur\u2026 l\u2019objet est toujours d\u00e9j\u00e0 l\u00e0\u2026 appr\u00e9hend\u00e9 avant que d\u2019\u00eatre per\u00e7u.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quand, dans la cure, nous proposons au patient un double appui sur le divan et sur le regard, nous recr\u00e9ons pour lui les bases du fonctionnement qui passent par les \u00e9prouv\u00e9s, tr\u00e8s clairement initiateurs de la r\u00e9alit\u00e9 psychique qui leur est inf\u00e9od\u00e9e. On retrouve les pr\u00e9suppos\u00e9s de la Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle dans lesquels la r\u00e9alit\u00e9 du corps du patient en contact avec le divan et les r\u00e9alit\u00e9s psychiques port\u00e9es par le regard permettent la cr\u00e9ation d\u2019un espace potentiel duquel pourra \u00e9merger la tierc\u00e9it\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 la reprise symbolisante \u00e0 partir du divan \u00ab&nbsp;giron maternel et genoux paternel&nbsp;\u00bb (F. Pasche).<\/p>\n\n\n\n<p>On peut reconna\u00eetre deux grandes formes de relation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, desquelles vont \u00e9merger les pathologies. Comme Francis Pasche l\u2019a d\u00e9fendu, nous sommes tous concern\u00e9s par ces deux types de fonctionnement, mais chez ces patients leur fonctionnement pr\u00e9valent est hors n\u00e9vrose, et le but de la cure est de r\u00e9tablir la r\u00e9alit\u00e9, de la renforcer, ce qui consolide le sentiment de r\u00e9alit\u00e9 du sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les pathologies non n\u00e9vrotiques nous ont fait trouver cette pratique \u00e0 partir de l\u2019analyse classique, c\u2019est un travail dont tout le monde peut profiter comme nous l\u2019avons exp\u00e9riment\u00e9 lors de notre formation, car travailler dans les zones archa\u00efques de la construction de la psych\u00e9 permet d\u2019augmenter le champ de nos capacit\u00e9s d\u2019accueil et de notre contre-transfert. Il est bien \u00e9vident que qui peut le plus peut le moins et nous pourrons avec int\u00e9r\u00eat utiliser la Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle pour les patients n\u00e9vros\u00e9s car revisiter l\u2019archa\u00efque est bon pour tout le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019AEPPC propose l\u2019\u00e9laboration d\u2019une technique psychanalytique utile pour r\u00e9pondre aux pathologies non n\u00e9vrotiques et, de ce fait, prendre en compte l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 et son impact sur les pathologies des limites.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour nous comme pour Freud, le corps est la chair, la pr\u00e9sence du sujet dans son corps, sa mat\u00e9rialit\u00e9 et du m\u00eame coup la mat\u00e9rialit\u00e9 du corps de l\u2019autre, tout cela est fond\u00e9 sur l\u2019action motrice et le <em>sensorium<\/em> (le ressenti). Il va donc de soi d\u2019\u00e9tablir une correspondance avec Ajuriaguerra qui \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans l\u2019habitacle qui est son corps et qui lui est donn\u00e9, l\u2019enfant est habit\u00e9. En lui ses besoins s\u2019expriment, ses pulsions se manifestent, c\u2019est lui qui subit les \u00e9motions. Pendant une longue phase, le corps est r\u00e9cepteur et r\u00e9ceptacle, spectateur et acteur, il est lui-m\u00eame et l\u2019autre dans un transitivisme qui suit les lois de projection et d\u2019introjection.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Moi-m\u00eame en formation depuis 1969 avec Marie-Lise Roux et Marianne Strauss, je participe \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de l\u2019association.<\/li><li>Anzieu Didier (1986), <em>Une peau pour les pens\u00e9es<\/em>, Entretiens avec Gilbert Tarabe, coll. Psychop\u00e9e, Ed. Clancier-Gu\u00e9naud.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10422?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les ann\u00e9es 1950, il y avait peu d\u2019int\u00e9r\u00eat pour le corps et les patients \u00e9taient soign\u00e9s en chimioth\u00e9rapie et en \u00e9lectronarcose. Le corps se manifestait dans les pathologies&nbsp;: syndromes psychomoteurs sp\u00e9cifiques, crampe de l\u2019\u00e9crivain, tics, b\u00e9gaiement, syndromes posttraumatiques, troubles&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1225,1214],"thematique":[217,418],"auteur":[1371,1395,1438],"dossier":[469],"mode":[60],"revue":[470],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10422","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-dispositif","rubrique-psychanalyse","thematique-psychotherapie","thematique-transfert","auteur-christine-pelissier","auteur-monique-dechaud-ferbus","auteur-nagib-khouri","dossier-la-psychotherapie-psychanalytique-corporelle","mode-payant","revue-470","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10422","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10422"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10422\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13336,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10422\/revisions\/13336"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10422"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10422"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10422"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10422"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10422"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10422"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10422"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10422"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10422"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}