{"id":10411,"date":"2021-08-22T07:31:58","date_gmt":"2021-08-22T05:31:58","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/sexualite-infantile-2\/"},"modified":"2021-09-16T23:46:32","modified_gmt":"2021-09-16T21:46:32","slug":"sexualite-infantile","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/sexualite-infantile\/","title":{"rendered":"Sexualit\u00e9 infantile"},"content":{"rendered":"\n<p>D\u00e9barquant chez les puritains, Freud aurait proclam\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils ne savent pas que je leur am\u00e8ne la Peste&nbsp;\u00bb. La Peste en question est moins l\u2019importance de l\u2019<em>Eros<\/em> qui fait liant entre corps et psych\u00e9, que l\u2019articulation de la sexualit\u00e9 \u00e0 des fantasmes conscients et inconscients, et pire qu\u2019il y aurait une continuit\u00e9 consubstantialit\u00e9 entre la sexualit\u00e9 infantile qu\u2019il qualifie de perverse polymorphe et la sexualit\u00e9 adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>Une goutte de <em>Chanel n\u00b0 5<\/em> suffit \u00e0 la faire chavirer dans une extase gourmande. Le corps saoul de chaleur ondule humide et s\u2019avance lascif comme une premi\u00e8re autorisation \u00e0 l\u2019abandon. N\u2019importe o\u00f9, dans les bras de n\u2019importe qui, pourvu que ce soit hors de soi, qu\u2019il ne tombe pas dans son propre trou int\u00e9rieur. La bouche (qui en est la proue) lentement avide, s\u2019ouvre, voluptueuse, d\u00e9couvrant une rang\u00e9e parfaite de petites dents blanches enfantines et rieuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Les paupi\u00e8res mi-closes d\u00e9masquent des yeux renvers\u00e9s, qui ne nous regardent pas, s\u2019adressent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur (\u00ab&nbsp;Mon c\u0153ur est \u00e0 papa&nbsp;\u00bb) mais ne nous quittent plus. Qu\u2019importe&nbsp;! Ce \u00e0 quoi ils songent nous invite au m\u00eame retournement (notre c\u0153ur est \u00e0\u2026). C\u2019est la fin du maquillage qui \u00ab&nbsp;<em>tient de l\u2019enfantillage et de la sorcellerie&nbsp;; tient le monde en suspens par le seul jeu du miroir et d\u2019un visage<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; les mains dessinent dans leur crispation un creux invisible qui n\u2019est autre que celui du divin d\u00e9sir. Plus \u00e9trange que celui de Giacometti (\u00ab&nbsp;<em>l\u2019objet invisible<\/em>&nbsp;\u00bb) car moins rond que conique&nbsp;; un b\u00e9b\u00e9 r\u00eave d\u2019un sein ou d\u2019une de ses repr\u00e9sentations qui pourrait s\u2019enfouir dans sa bouche, et bient\u00f4t dans la paume de sa main. Un sein donc plut\u00f4t qu\u2019un sexe comme voudrait le sugg\u00e9rer l\u2019odieux flacon. Un parfum, une odeur, ant\u00e9rieurs, non une semence \u00e0-venir. Ce que donne \u00e0 voir cette photo (qui d\u00e8s lors n\u2019est pas clich\u00e9), c\u2019est pour reprendre Proust \u00ab&nbsp;<em>l\u2019attente incorpor\u00e9e d\u2019un autre<\/em>&nbsp;\u00bb. Incorpor\u00e9e laisse entendre qu\u2019il y a, au creux des bras de cette jeune femme, et plus profond\u00e9ment au creux de son \u00eatre, tout pr\u00e8s du c\u0153ur, une place vid\u00e9e, mais pas vide o\u00f9 elle attend que quelqu\u2019un puisse venir se lover, et qu\u2019il ravive par sa pr\u00e9sence (et non qu\u2019il ne l\u2019efface) les traces de l\u2019objet ant\u00e9rieur qui avait occup\u00e9 la place et qui avait fait ou laiss\u00e9 trace. Cette trace dont elle a la nostalgie\u2026 la nostalgie de ne pas l\u2019avoir connue\u2026 l\u2019inconscient de son g\u00e9niteur d\u2019un soir incarc\u00e9r\u00e9 en elle. Mon c\u0153ur est \u00e0 un papa qui abandonne son enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Une enfant mire la femme qu\u2019elle devient dans l\u2019\u0153il d\u00e9sirant d\u2019un photographe et sourit enfin \u00e0 son reflet. Une adolescente a d\u00e9finitivement \u00e9clips\u00e9 la folle du logis, \u2026 l\u2019imago maternelle dont le miroir du visage lui renvoyait une image noy\u00e9e de t\u00e9n\u00e8bres. \u00ab&nbsp;<em>La sorci\u00e8re, tu ne la laisseras pas vivre<\/em>&nbsp;\u00bb est-il s\u00e9v\u00e8rement prescrit dans l\u2019<em>Exode<\/em> (22-18), car sinon sa folie, son <em>da\u00efm\u00f4n<\/em> occupera d\u00e9finitivement ton \u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p>Marilyn Monroe, l\u2019ic\u00f4ne universelle, le totem et le f\u00e9tiche du d\u00e9sir sans tabou, tant masculin que f\u00e9minin, l\u2019animal sensuel, aura toujours \u00e9t\u00e9 exquise dans les com\u00e9dies et \u00ab&nbsp;path\u00e9tique&nbsp;\u00bb dans les trag\u00e9dies. On peut se demander pourquoi&nbsp;? Son \u00e9rotisme faussement na\u00eff et sa sensualit\u00e9 maquignonne auront suscit\u00e9 une bien \u00e9trange excitation et confusion dans les yeux de tous ses admirateurs, qui jugeaient (adultes beaucoup trop adultes) son innocence coupable&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Elle est obsc\u00e8ne par ob\u00e9issance<\/em>&nbsp;\u00bb disait d\u2019elle Pasolini. Et pourtant il se pourrait bien que \u00ab&nbsp;<em>la plus belle femme du monde<\/em>&nbsp;\u00bb n\u2019ait ob\u00e9i en d\u00e9finitive qu\u2019aux affres et tourments d\u2019une sexualit\u00e9 infantile meurtrie&nbsp;: son innocence si aphrodisiaque \u00e9tait celle d\u2019une enfant abus\u00e9e et carenc\u00e9e. Soit un sexuel certes, mais qui reste chez elle un jeu d\u2019enfant \u00e0 peine modifi\u00e9 (\u00ab&nbsp;elle ne pue pas le sexe&nbsp;\u00bb), distill\u00e9 par une chim\u00e8re au corps de femme m\u00fbre, tandis qu\u2019aux yeux et \u00e0 la bouche d\u2019enfant. \u00ab&nbsp;<em>Daddy<\/em>&nbsp;\u00bb disait Marilyn \u00e0 tous ses maris et amants. \u00ab&nbsp;<em>Baby<\/em>&nbsp;\u00bb lui r\u00e9pondaient-ils&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>. \u00ab&nbsp;<em>Mon c\u0153ur est \u00e0 papa, donc je ne peux pas tout simplement \u00eatre mauvaise, car papa il prend bien son\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb lui faisait-on chanter points de suspension compris.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019allait-elle pas vers eux ouverte et confiante comme le font les enfants&nbsp;? Et d\u00e9j\u00e0 pr\u00eate en effet \u00e0 ob\u00e9ir \u00e0 tout \u00ab&nbsp;<em>c\u2019est comme vous voudrez<\/em>&nbsp;\u00bb pour un peu de tendresse et d\u2019attention, pour un peu moins de solitude. Marilyn Monroe, le fantasme p\u00e9dophile l\u00e9galis\u00e9 des spectateurs-voyeurs puritains aux app\u00e9tits de cruaut\u00e9 et aux envies meurtri\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre, mais alors quand et o\u00f9 commence la sexualit\u00e9 adulte et quand et o\u00f9 finit l\u2019histoire bless\u00e9e d\u2019une sexualit\u00e9 infantile&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Donald Wood Winnicott&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Lorsqu\u2019un enfant de trois ans en bonne sant\u00e9 dit&nbsp;: \u201cJe t\u2019aime\u201d, il y a dans ces termes une signification comparable \u00e0 l\u2019amour \u00e9prouv\u00e9 entre un homme et une femme qui s\u2019aiment et qui sont amoureux. En fait cela peut \u00eatre sexuel au sens ordinaire, impliquant les parties sexuelles du corps et comprenant des id\u00e9es semblables \u00e0 celles des adolescents ou des adultes amoureux<\/em><sup>2<\/sup>&nbsp;\u00bb. La s\u00e9duction active par l\u2019enfant est donc innocente mais imm\u00e9diatement puissante. Raison suppl\u00e9mentaire pour prendre garde \u00e0 la confusion des langues entre adultes et enfants. Si ces derniers peuvent se faire des id\u00e9es, et ont le droit de r\u00eaver, ils n\u2019ont pas encore croqu\u00e9 la pomme de la connaissance\u2026 de la chose. La leur d\u00e9voiler, alors qu\u2019on sait leur ignorance de la b\u00eate int\u00e9rieure cach\u00e9e sous l\u2019habit, est d\u2019une \u00ab&nbsp;<em>obsc\u00e9nit\u00e9 sans gr\u00e2ce et sans jeunesse<\/em>&nbsp;\u00bb, et d\u2019une perversit\u00e9 sans nom, tandis que d\u00e9tourner leur pens\u00e9e en gestation (qui s\u2019exerce sur l\u2019excitation sexuelle) vers un \u00e9prouv\u00e9 de tendresse est leur \u00ab&nbsp;<em>apprendre qu\u2019un amour diff\u00e9rent de l\u2019Amour, peut fleurir dans l\u2019ombre m\u00eame de l\u2019amour<\/em><sup>3<\/sup>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Incarnation psychique de l\u2019\u00e9nergie pulsionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le terreau de l\u2019h\u00e9donisme futur demeure dans la capacit\u00e9 du corps infantile de garder la m\u00e9moire (inconsciente) des traces des premiers \u00e9mois du corps et de leurs effets psychiques. La sexualit\u00e9 infantile est bien l\u2019antichambre de la sexualit\u00e9 g\u00e9nitale et la s\u00e9curit\u00e9 de base et l\u2019estime de soi acquises dans la prime enfance \u00e0 partir d\u2019une suffisante et respectueuse intimit\u00e9, seront massivement mises \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la pubert\u00e9. Tant le corps amoureux, premier objet externe, acc\u00e9l\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 \u00e9mergent la po\u00e9sie et les boutons, la s\u00e9paration d\u2019avec les objets infantiles. Enfin et surtout, la qualit\u00e9 des auto\u00e9rotismes infantiles suffisamment nourris de l\u2019objet, sera essentielle \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de la cr\u00e9ativit\u00e9 adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>Marylin a fait, \u00f4 combien, l\u2019exp\u00e9rience de la solitude, d\u00e9pourvue qu\u2019elle \u00e9tait de l\u2019aide de l\u2019int\u00e9riorisation pr\u00e9alable d\u2019un fond maternel silencieux. Ses auto\u00e9rotismes (contrepoison \u00e0 la douleur due \u00e0 son terrible esseulement) ne rest\u00e8rent probablement que peu ou pas en lien avec l\u2019objet maternel que l\u2019on sait avoir \u00e9t\u00e9 ouvertement d\u00e9lirant&nbsp;; ils demeur\u00e8rent ainsi ce qu\u2019ils \u00e9taient au commencement, c\u2019est-\u00e0-dire pulsionnels, animaux&nbsp;; peu ou pas mentalis\u00e9s, et <em>a fortiori<\/em> symbolis\u00e9s. Innocents, absolument pas pervers, donc terriblement aphrodisiaques selon un slogan<sup>4<\/sup> de l\u2019\u00e9poque. L\u2019excitation non contenue par la peau et la psych\u00e9 maternelle, fut sans cesse expuls\u00e9e vers des hommes de passage (au dehors), avant que vers l\u2019\u0153il de la cam\u00e9ra (Paula Straesberg qui \u00e9tait la coach de Marylin la couvait litt\u00e9ralement du regard lors des tournages) qui seul semblait et semble encore l\u2019accueillir et la reconna\u00eetre malgr\u00e9 son fard. Elle s\u2019offrait \u00e0 elle comme \u00e0 eux, V\u00e9nus ouverte, confiante\u2026 amoureuse de l\u2019amour et c\u2019\u00e9tait \u00e0 Elle et \u00e0 eux de g\u00e9rer cette excitation dont elle ne savait que faire. Difficile de croire que tous ces amants de passage n\u2019aient pas vu ce que son ami Truman Capote savait, \u00e0 savoir que lorsqu\u2019elle se d\u00e9shabillait, elle voulait montrer au-del\u00e0 de son corps troublant, sa trouble intimit\u00e9 psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Retournons donc \u00e0 cette c\u00e9l\u00e8bre photo, ce fabuleux clich\u00e9<sup>5<\/sup>, avec le fourreau de la robe de satin qui peine \u00e0 contenir les formes \u00e9panouies et d\u00e9sormais app\u00e9tissantes, provoquant la chute que l\u2019on hallucine voluptueuse et majestueuse de la seconde bretelle sur le bras, la voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 \u00e0 demi-nue, avec la cascade des cheveux blonds, les grains de beaut\u00e9 qui pointillent le cou, le bras, la joue, le sein.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec aussi le flacon trop manifestement phallique et la main sur son cou qui joue trop avec ses doigts. Le diable est dans le d\u00e9tail et il est terriblement tactile. Mais n\u2019est-ce pas surtout l\u2019image \u00e9vidente d\u2019une petite fille ang\u00e9lique, <em>d\u00e9j\u00e0 au parfum<\/em> de ce qui rel\u00e8ve de la sexualit\u00e9, et qui joue, complice avec (et de) l\u2019\u0153il du photographe, \u00e0 devenir une femme face aux lueurs de son d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p>La sexualit\u00e9 infantile, l\u2019absolu enfantin c\u2019est cela\u2026 jouer innocemment c\u2019est-\u00e0-dire tr\u00e8s s\u00e9rieusement<sup>6<\/sup>, comme le font les petites filles, \u00e0 devenir une femme, \u00e0 la lisi\u00e8re\u2026 presque sur le seuil du d\u00e9sir. En sachant et en ne sachant pas que l\u2019on sait, ou en sachant bien qu\u2019on ne sait pas. Vladimir Nabokov, l\u2019auteur de <em>Lolita<\/em> et de <em>Ada<\/em>, deux jeunes filles \u00e0 l\u2019\u00e9rotisme v\u00e9n\u00e9neux, qui va mettre \u00e0 mal le \u00ab&nbsp;<em>Pervers candide<\/em>&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;<em>cannibale m\u00e9lancolique<\/em>&nbsp;\u00bb, Herbert-Herbert, disait sans rire qu\u2019il fallait r\u00e9server la sexualit\u00e9 aux enfants\u2026 en tant qu\u2019elle est un jeu enfantin, sali par les adultes<sup>7<\/sup>. Virginie Woolf disait que \u00ab&nbsp;<em>les mots d\u2019enfants s\u2019abimaient dans la bouche des adultes<\/em>&nbsp;\u00bb. La naturelle perversit\u00e9 polymorphe, cette ardente curiosit\u00e9 avant que fr\u00e9n\u00e9sie de d\u00e9sir dont il faut (les adultes) peser et respecter la gravit\u00e9 ne rencontre aucune ouverture vers la sublimation, quand\u2026 d\u00e9couverte et r\u00e9v\u00e9l\u00e9e (au sens du n\u00e9gatif de la photo) par l\u2019adulte, elle devient consciente \u00e0 l\u2019esprit de l\u2019enfant qui perd alors son innocence cr\u00e9atrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Bon nombre des amants de Marylin n\u2019ont pas su r\u00e9sister \u00e0 la tentation de la salir et n\u2019ont rien compris \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>Poupoupidou et dadaday, dada, daa daaa\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb. Jouer donc en toute innocence mais \u00ab&nbsp;perversement&nbsp;\u00bb tant il est vrai que derri\u00e8re les yeux de Marilyn, se cache le sentiment de puissance qu\u2019elle \u00e9prouve \u00e0 commander, \u00e0 contr\u00f4ler (illusion) par sa s\u00e9duction\u2026 et le miroir maternel et l\u2019\u0153il masculin. L\u2019\u0153il de tous les hommes et parmi eux, peut-\u00eatre, celui incertain et inattendu de ce p\u00e8re qu\u2019elle n\u2019aura pas connu et auquel, paradoxe absolu, son c\u0153ur appartient pour toujours. Promesse que l\u2019on ne tient g\u00e9n\u00e9ralement que tant qu\u2019on reste une petite fille pour son p\u00e8re. Marylin aura-t-elle jamais \u00e9t\u00e9 une femme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre que, plus que la sexualit\u00e9 infantile qu\u2019on ne saurait voir, ce qu\u2019il y aurait \u00e0 cacher est et demeure toujours la perversit\u00e9 polymorphe qui la meut. C\u2019est ne pas comprendre que la perversit\u00e9 de l\u2019enfant est innocente en tant qu\u2019elle n\u2019est que l\u2019expression de sa curiosit\u00e9 m\u00eame, la modalit\u00e9 et non la finalit\u00e9, dans l\u2019exploration du vaste monde et singuli\u00e8rement dans celui cach\u00e9 de ses parents. Et que le mot important n\u2019est pas \u00ab&nbsp;<em>perversit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, mais \u00ab&nbsp;<em>polymorphe<\/em>&nbsp;\u00bb en tant qu\u2019il t\u00e9moigne de cette banalit\u00e9 merveilleuse du monde de l\u2019enfant, qu\u2019aucun objet ext\u00e9rieur n\u2019est imm\u00e9diatement parfaitement syntone et ad\u00e9quat \u00e0 sa pulsionnalit\u00e9 en qu\u00eate d\u2019objet, tant qu\u2019elle ne l\u2019investit pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais une fois l\u2019investissement l\u00e0, l\u2019avidit\u00e9 \u00e0 se l\u2019approprier est proprement ravageuse. Oui alors la petite fille sage \u00e0 la jupe brod\u00e9e par la m\u00e8re tout aussi sage, peut se montrer calculatrice, jalouse, dominatrice, amoureuse de son p\u00e8re et racontant des horreurs, sur sa m\u00e8re et ses s\u0153urs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses yeux sont nativement \u00e9merveill\u00e9s et avides devant la vitrine des sucreries, et c\u2019est vrai qu\u2019elle veut tout go\u00fbter et tout manger, s\u2019approprier le monde par tous les sens<sup>8<\/sup>. Bref, la chair est fra\u00eeche et elle n\u2019a lu aucun livre, et l\u2019innocence et l\u2019insouciance permettent toutes les illusions. Et l\u2019illusion on le sait peut \u00eatre parfois plus forte que la passion. Et la croyance est parfois si n\u00e9cessaire pour engendrer le d\u00e9sir chez quelqu\u2019un qui se meurt de solitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Trop sage, l\u2019enfant enregistre, mais n\u2019apprend rien&nbsp;: il reste vierge et pur, mais ne grandit pas, ne s\u2019engage pas dans un avenir d\u2019adulte ou le jeu lui sera moins favorable car plus comp\u00e9titif. Ainsi les ruses, les mensonges, l\u2019exercice de la cruaut\u00e9, sont-ils autant de moyens de lutter contre l\u2019envahissement de son paradis. Faut-il rappeler le monde dans lequel il a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de na\u00eetre \u00e0 Norma Jean, et faut-il lui reprocher ses ruses et mensonges cousus de fil blanc&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>A voir le fond de cette photo, on se demande qui pourrait surgir de derri\u00e8re cette porte ouverte sur le noir et la surprendre&nbsp;: le Minotaure, oui bien s\u00fbr&nbsp;; mais aussi la m\u00e8re qu\u2019elle a trop connue, le p\u00e8re qu\u2019elle n\u2019a jamais connu.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019inverse, il est une autre d\u00e9fense plus retorse au passage \u00e0 la sexualit\u00e9 adulte\u2026 la sursexualisation si souvent pr\u00e9sente chez les jeunes femmes violent\u00e9es dans l\u2019enfance. Cette goutte de parfum avec qui elle disait dormir seule\u2026 \u00e9tait pour elle une seconde peau odorante lui permettant de couvrir l\u2019odieux parfum de v\u00e9rit\u00e9 de la sienne probablement violent\u00e9e, et de r\u00eaver\u2026 peut-\u00eatre. La peau blanche et sensuelle de b\u00e9b\u00e9, contamin\u00e9e et anesth\u00e9si\u00e9e de Marylin l\u2019aidait \u00e0 ne pas \u00eatre nue, c\u2019est-\u00e0-dire vide&nbsp;; son enveloppe corporelle \u00e9tait son unique blason.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Tout le monde a parl\u00e9 de ma robe \u00e0 six mille dollars en tissu transparent si collante que Jean-Louis avait d\u00fb la coudre sur moi. Ils n\u2019ont pas compris. Ce n\u2019\u00e9tait pas ma robe qui \u00e9tait une peau, mais ma peau qui \u00e9tait et reste un v\u00eatement de chair, ma peau qui me sert \u00e0 n\u2019\u00eatre pas nue.<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>9<\/sup>.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La nudit\u00e9 n\u2019est plus associ\u00e9e \u00e0 une pudeur toute n\u00e9vrotique refoulant de coupables d\u00e9sirs \u0153dipiens mais \u00e0 une enveloppe trop sexualis\u00e9e. Cette enveloppe n\u2019est plus le support d\u2019une excitation \u00e9rog\u00e8ne mais une enveloppe d\u2019excitation diffuse et d\u2019angoisse. Et c\u2019est l\u2019angoisse qu\u2019elle fait \u00e9prouver qui doit mener au sens (on n\u2019excite pas une peau bless\u00e9e ou la r\u00e9conforte). La beaut\u00e9 de Marylin devait faire mal, poussant \u00e0 la prot\u00e9ger donc\u2026 mais aussi \u00e0 la d\u00e9truire\u2026 \u00e0 ouvrir V\u00e9nus. La beaut\u00e9 v\u00e9n\u00e9neuse des jeunes filles-fleurs ou fruits contamin\u00e9s borderlines\u2026 Maria Schneider, Sylvia Krystel\u2026 une petite enfant en d\u00e9tresse sollicitant l\u2019affection <em>via<\/em> des app\u00e2ts de femme. Un corps c\u00e9lestement infantile et physiquement adulte dans une cohabitation \u00e0 risque o\u00f9 l\u2019excitation non gain\u00e9e dans une pulsion ne trouve pas sa part de satisfaction, ne pouvant pas s\u00e9cr\u00e9ter-g\u00e9n\u00e9rer un affect pouvant s\u2019accrocher \u00e0 une repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tranget\u00e9 du corps \u00e0 l\u2019adolescence (et la fascination qu\u2019il exerce chez les cannibales m\u00e9lancoliques qui veulent \u00ab&nbsp;baiser la mort&nbsp;\u00bb<sup>10<\/sup>) est due \u00e0 la sensation-perception d\u2019un corps en voie de m\u00e9tamorphose \u00e9rog\u00e8ne qui quitte (on est quitt\u00e9 par) l\u2019enfance. Le corps est en avance sur les possibilit\u00e9s psychiques de le contenir&nbsp;; la sexualit\u00e9 empoisonne l\u2019insouciance enfantine, la violente de l\u2019int\u00e9rieur. L\u2019enfant sent les \u00e9mois \u00e9rotiques, peut m\u00eame jouer \u00e0 se faire peur et \u00e0 se faire plaisir, mais n\u2019en a pas de repr\u00e9sentation (d\u2019o\u00f9 l\u2019innocence) ou une repr\u00e9sentation trouble, \u00e9cran liquide des \u00ab&nbsp;<em>images in\u00e9vitables<\/em>&nbsp;\u00bb des abus. Sa m\u00e9moire veut se d\u00e9tourner du pass\u00e9, et s\u2019employer d\u00e9j\u00e0 \u00e0 investir le futur. Mais l\u2019innocence infantile s\u2019agace de \u00ab&nbsp;<em>nouvelles<\/em>&nbsp;\u00bb envies parasit\u00e9es par un pass\u00e9, plus ou moins lourd et devient citron plut\u00f4t qu\u2019orange\u2026 la cruaut\u00e9 du d\u00e9sir naissant est contamin\u00e9e par le d\u00e9sir de cruaut\u00e9. Les raisins verts sont encore acides de col\u00e8re, et de rage t\u00eatue. \u00ab&nbsp;<em>L\u2019enfant garde longtemps la nostalgie de son bonheur \u00e9lationnel narcissique pr\u00e9-ambivalent et a-pulsionnel et n\u2019est pas \u00e0 m\u00eame de le troquer contre les satisfactions pulsionnelles qu\u2019\u00e0 l\u2019aide de certaines compensations<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>11<\/sup>. S\u00e9paration originaire du narcissisme et du d\u00e9veloppement pulsionnel, avant que le premier ne s\u2019engage dans le jeu des investissements du second.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelles compensations&nbsp;? A six ans, Marylin Monroe r\u00eavait de se d\u00e9v\u00eatir dans une \u00e9glise, au son de l\u2019orgue&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Tout le monde \u00e9tait prostern\u00e9 \u00e0 mes pieds, et j\u2019\u00e9tais nue. Avec une sensation de libert\u00e9, je marchais sur les corps prostr\u00e9s.<\/em>&nbsp;\u00bb\u2026 Pour \u00eatre enfin vue par Dieu. Pas moins.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Nancy Huston, <em>Bad Girl<\/em>, Actes Sud, 2015, p.48.<\/li><li>D.W. Winnicott, <em>L\u2019enfant et sa famille<\/em>, Petite Biblioth\u00e8que, Payot, 1957, 1971, p.112.<\/li><li>Colette, <em>L\u2019ing\u00e9nue Libertine<\/em>, Livre de poche, 1964.<\/li><li>\u00ab&nbsp;There is no aphrodisiac like innocence&nbsp;\u00bb&nbsp;: proverbe californien.<\/li><li>Marilyn Monroe, photo de Ed Feingersh\/Michael Ochs Archives\/Getty Images.<\/li><li><em>cf<\/em>. Gilberte dans <em>A la recherche du Temps Perdu<\/em>. <em>Cf<\/em>. tous les grands cr\u00e9ateurs&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9crivain cr\u00e9ateur fait la m\u00eame chose que l\u2019enfant en train de jouer. Il cr\u00e9e un monde imaginaire qu\u2019il prend tr\u00e8s au s\u00e9rieux &#8211; il l\u2019investit avec une grande quantit\u00e9 d\u2019\u00e9motions -tout en le s\u00e9parant nettement de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb, Sigmund Freud, in <em>La cr\u00e9ation litt\u00e9raire et le r\u00eave \u00e9veill\u00e9<\/em>.<\/li><li>Et que tous les contes pour enfants \u00e9taient horriblement pornographiques.<\/li><li>Il faudrait dire \u00ab&nbsp;<em>sexualit\u00e9 polymorphe non g\u00e9nitale<\/em>&nbsp;\u00bb. La dimension orale de possession-destruction est ici \u00e9vidente.<\/li><li>Michel Schneider, <em>Marilyn derni\u00e8res s\u00e9ances<\/em>, Grasset, 2006, p. 308.<\/li><li>Nathalie Zaltzman, <em>De la gu\u00e9rison psychanalytique<\/em>, 1999, PUF.<\/li><li>B\u00e9la Grunberger, 1971, <em>Le Narcissisme<\/em>, Petite biblioth\u00e8que Payot.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10411?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9barquant chez les puritains, Freud aurait proclam\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils ne savent pas que je leur am\u00e8ne la Peste&nbsp;\u00bb. La Peste en question est moins l\u2019importance de l\u2019Eros qui fait liant entre corps et psych\u00e9, que l\u2019articulation de la sexualit\u00e9 \u00e0 des&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1212],"thematique":[360],"auteur":[1372],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[581],"type_article":[451],"check":[2023],"class_list":["post-10411","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-imprecis","thematique-freud","auteur-maurice-corcos","mode-gratuit","revue-581","type_article-articles","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10411","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10411"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10411\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13596,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10411\/revisions\/13596"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10411"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10411"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10411"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10411"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10411"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10411"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10411"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10411"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10411"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}