{"id":10409,"date":"2021-08-22T07:31:58","date_gmt":"2021-08-22T05:31:58","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/se-survivre-et-penser-2\/"},"modified":"2021-10-02T14:53:19","modified_gmt":"2021-10-02T12:53:19","slug":"se-survivre-et-penser","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/se-survivre-et-penser\/","title":{"rendered":"Se survivre et penser"},"content":{"rendered":"\n<p>Comment parler de la douleur sans peine, surtout quand elle est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 un disparu&nbsp;? Il n\u2019existe pas de manuel qui s\u2019appellerait \u00ab&nbsp;la douleur sans peine&nbsp;\u00bb&nbsp;: cette langue-l\u00e0 ne s\u2019apprend pas, d\u2019ailleurs ce n\u2019est pas une langue &#8211; un cri peut-\u00eatre, ou une plainte, ou un silence, celui du <em>Recueillement<\/em> auquel Baudelaire invite en le brisant &#8211; \u00ab&nbsp;sois sage, \u00f4 ma douleur, et tiens toi plus tranquille\/Tu r\u00e9clamais le Soir&nbsp;; il descend&nbsp;; le voici&#8230;\u00bb. Communiquer avec sa douleur, le po\u00e8te seul en est capable, lui qui en fait sa \u00ab&nbsp;compagne intime&nbsp;\u00bb, selon Jean Starobinski<sup>1<\/sup>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ma douleur, donne-moi la main&nbsp;; viens par ici,\u2028\u2028 Loin d\u2019eux.&nbsp;\u00bb. Le po\u00e8te&nbsp;?&#8230; Baudelaire, oui, mais pas tous les po\u00e8tes&nbsp;: pour Henri Michaux par exemple, que cite Pontalis, <em>Face \u00e0 ce qui se d\u00e9robe<\/em>, \u00ab&nbsp;les rapports si difficiles \u00e0 \u00e9tablir avec la souffrance, voil\u00e0 ce que ne r\u00e9ussit pas le souffrant, voil\u00e0 sa v\u00e9ritable souffrance, la souffrance dans la souffrance&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup>. Comment parler avec une douleur qui ne r\u00e9pond pas, qui ne me donne pas la main, \u00e0 qui parler de la douleur quand \u00ab&nbsp;l\u2019objet cesse d\u2019avoir la fonction de r\u00e9pondant possible<sup>3<\/sup>&nbsp;\u00bb&nbsp;? Et puis encore, comment parler <em>en public<\/em> d\u2019un affect si intime, si priv\u00e9<sup>4<\/sup>, si peu pr\u00e9sentable sinon dans les habits de l\u2019endeuill\u00e9, ou masqu\u00e9 par la souffrance&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Entre souffrance et douleur, Pontalis \u00e9claire la nuance (m\u00eame si de Baudelaire \u00e0 Michaux, que j\u2019\u00e9voquais plus haut, l\u2019\u00e9cart de sens est peut-\u00eatre bien invers\u00e9). Il en fait l\u2019hypoth\u00e8se&nbsp;: la souffrance manifeste, bruyante, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, sert parfois d\u2019\u00e9cran \u00e0 la douleur &#8211; elle peut m\u00eame avoir pour fonction, comme dans la souffrance du sc\u00e9nario sadomasochique, d\u2019\u00e9vacuer la douleur psychique&nbsp;: le cri, contre le silence. La th\u00e9matique r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de la souffrance dans les discours psychologiques contemporains pourrait d\u2019ailleurs bien avoir la m\u00eame fonction&nbsp;: et si cette souffrance l\u00e0 s\u2019affichait pour taire, r\u00e9primer peut-\u00eatre, la douleur psychique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, comment parler de la douleur sans <em>pathos<\/em>, sans cette emphase affect\u00e9e, confuse et vaine qui au terme d\u2019une longue et passionnante histoire de nom connote le <em>pathos<\/em><sup>5<\/sup>\u00a0? Avec dans l\u2019ombre une autre question, redoutable\u00a0: comment entendre la douleur avec une empathie suffisamment bonne, c\u2019est-\u00e0-dire sans trop d\u2019empathie, sans l\u2019emphase du <em>pathos<\/em> ni la mascarade de l\u2019affectation, sans la ruse du discours ni l\u2019artifice d\u2019une pens\u00e9e coup\u00e9e de l\u2019affect, sans l\u2019illusion de l\u2019empathie mais avec l\u2019\u00ab\u00a0indiff\u00e9rence\u00a0\u00bb (<em>Indifferenz<\/em>) de l\u2019analyste, c\u2019est-\u00e0-dire, du point de vue du maniement du transfert, (\u2026) ce qui permet au patient de tout dire mais, du point de vue m\u00e9tapsychologique, elle est la condition de la prise en compte de l\u2019indiff\u00e9rence de l\u2019\u00e9nergie psychique elle-m\u00eame\u00a0\u00bb<sup>6<\/sup>\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre n\u00e9e avec le g\u00e9nocide. Le g\u00e9nocide est mon fondement&nbsp;\u00bb, me dit-elle \u00e0 notre premi\u00e8re rencontre. Et elle ajoute apr\u00e8s un silence&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n\u2019ai pas de souvenir d\u2019enfance&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La jeune femme n\u2019avait pas dix ans quand \u00ab&nbsp;le&nbsp;\u00bb g\u00e9nocide a d\u00e9chir\u00e9 son pays, un g\u00e9nocide auquel ses parents, sa fratrie dont elle est la cadette, ont contre toute attente eux aussi surv\u00e9cu, sans atteinte physique aucune. La \u00ab&nbsp;communaut\u00e9 internationale&nbsp;\u00bb, celle-l\u00e0 m\u00eame qui les ont laiss\u00e9s faire, n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 qualifier ces \u00e9v\u00e8nements de g\u00e9nocide&nbsp;; ce n\u2019est pas seulement pour des raisons de confidentialit\u00e9 que je choisis de ne pas le qualifier davantage. \u00ab&nbsp;La psychanalyse concerne les sujets un par un, dans leur particularit\u00e9. C\u2019est une histoire priv\u00e9e. Mais ce priv\u00e9, d\u2019\u00eatre nou\u00e9 au langage, est par l\u00e0 m\u00eame pris dans la grande Histoire, l\u2019histoire publique&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Anne-Lise Stern dans <em>Le savoir-d\u00e9port\u00e9<\/em> (Seuil, 2004). Nou\u00e9 au langage, et \u00e0 la m\u00e9moire qu\u2019il transporte pour chacun, y compris la m\u00e9moire d\u2019\u00e9v\u00e8nements que nous n\u2019avons pas v\u00e9cus &#8211; et ce \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb est notamment celui des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019apr\u00e8s le nazisme. C\u2019est le souvenir de cette cure-l\u00e0, et de son pr\u00e9ambule si massif, qui s\u2019est impos\u00e9 quand vous m\u2019avez convi\u00e9e \u00e0 parler, \u00e0 partir du contre-transfert, du mort et du vif entrelac\u00e9s &#8211; du chapitre de Pontalis qui dans <em>Entre le r\u00eave et la douleur<\/em> porte ce titre<sup>7<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Aurais-je pu, aurais-je d\u00fb, d\u00e8s ces premiers mots de la jeune femme, me d\u00e9prendre du poids de son affirmation, entendre d\u2019embl\u00e9e le latent \u00e0 distance du manifeste, le fantasme au-dedans sous la r\u00e9alit\u00e9 massive des \u00e9v\u00e8nements au-dehors, le singulier derri\u00e8re le collectif, le priv\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du public&nbsp;? Ou bien sont-ce l\u00e0 commandements d\u2019apr\u00e8s-coup, dont seul le mouvement de la cure me montrerait aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9vidence&nbsp;? \u00ab&nbsp;L\u2019emprise contre-transf\u00e9rentielle&nbsp;\u00bb, selon l\u2019expression de Pontalis, \u00e9tait l\u00e0, d\u00e8s cette premi\u00e8re rencontre, dans la nettet\u00e9 de l\u2019affirmation si singuli\u00e8re, \u00e0 peine temp\u00e9r\u00e9e par la pr\u00e9caution verbale, \u00ab&nbsp;j\u2019ai l\u2019impression que&nbsp;\u00bb, vite balay\u00e9e par la pesanteur et l\u2019\u00e9tranget\u00e9 aussi d\u2019une abstraction impr\u00e9gn\u00e9e d\u2019analit\u00e9, au moins dans mon oreille (\u00ab&nbsp;le g\u00e9nocide est mon fondement&nbsp;\u00bb)&nbsp;: la suite du traitement fera appara\u00eetre, longtemps apr\u00e8s ces premiers instants, l\u2019importance de cette dimension anale, sur laquelle je choisis de ne pas revenir ici.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce premier moment de notre rencontre, l\u2019emprise contre-transf\u00e9rentielle \u00e9tait aussi dans la d\u00e9saffectation de la voix de Mirjana, comme dans la massivit\u00e9 des images qui se sont impos\u00e9es \u00e0 moi&nbsp;: j\u2019ai \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement frapp\u00e9e par cet acte de naissance auto-promulgu\u00e9, par cette affirmation d\u2019une identit\u00e9 d\u2019embl\u00e9e collective, et tragique. N\u00e9e d\u2019une catastrophe de la culture, d\u2019un meurtre de masse dont je restais la contemporaine, n\u00e9e d\u2019un crime contre l\u2019humain, et non pas de l\u2019amour entre un homme et une femme. Cette identification de survivante, cette esp\u00e8ce de sc\u00e8ne tr\u00e8s primitive, si je peux le dire ainsi, d\u2019une mani\u00e8re qui ram\u00e8ne l\u2019inconnu au connu, \u00e9crasante, sans jeu fantasmatique, imposa d\u2019embl\u00e9e son emprise contre-transf\u00e9rentielle. Bien s\u00fbr, je n\u2019avais qu\u2019\u00e0 laisser dire, laisser faire. D\u2019ailleurs, c\u2019est ce que j\u2019ai fait. Bien oblig\u00e9e. P\u00e9trifi\u00e9e, sid\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est par cette emprise l\u00e0, que Pontalis a l\u2019audace de d\u00e9finir le contre-transfert lui-m\u00eame&nbsp;: \u00ab&nbsp;au cours d\u2019un colloque o\u00f9 il \u00e9tait (\u2026) question du contre transfert, \u00e0 la formule alors r\u00e9it\u00e9r\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;le contre-transfert, c\u2019est quand nous sommes touch\u00e9s au vif&nbsp;\u00bb, je m\u2019entendis r\u00e9pondre, \u00e9crit Pontalis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pas du tout, c\u2019est quand nous sommes touch\u00e9s au mort&nbsp;\u00bb (<em>op. cit.<\/em>, p. 226). Touch\u00e9s au vif, poursuit-il en explicitant apr\u00e8s-coup sa formule assez saisissante, nous le sommes souvent, \u00e0 travers tous ces mouvements qui animent cette partie d\u2019\u00e9checs, ce th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9 que peuvent \u00eatre les s\u00e9ances d\u2019analyse, selon les m\u00e9taphores freudiennes, ce terrain de jeu selon l\u2019image de Winnicott&nbsp;: ces \u00ab&nbsp;mouvements psychiques (\u2026) font associer l\u2019analyste, en ou apr\u00e8s s\u00e9ance, \u00e0 partir de ce qui a \u00e9t\u00e9, l\u00e0, touch\u00e9, tel \u00e9l\u00e9ment de discours du patient agissant sur lui comme reste diurne.&nbsp;\u00bb (<em>ibid<\/em>.). Mais ces \u00ab&nbsp;\u00e9mois souvent ponctuels&nbsp;\u00bb, ce \u00ab&nbsp;mouvement d\u2019aller et retour&nbsp;\u00bb qui rend l\u2019analyse mobile, Pontalis refuse dans ce texte de 1977 de les d\u00e9signer comme contre-transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00ab&nbsp;quand je ne peux plus jouer ma partie, quand je n\u2019ai plus de pions \u00e0 avancer&nbsp;\u00bb, c\u2019est la sensation d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;fig\u00e9, p\u00e9trifi\u00e9&nbsp;\u00bb, qui caract\u00e9risent le contre-transfert. Non pas comme un accident du contre-transfert, mais comme le contre-tranfert lui-m\u00eame. Le \u00ab&nbsp;touch\u00e9 au mort&nbsp;\u00bb, pr\u00e9cise Pontalis, \u00ab&nbsp;indique la mort de la r\u00e9alit\u00e9 psychique (\u2026) c\u2019est l\u00e0, avec cette rencontre de la mort de la r\u00e9alit\u00e9 psychique, qu\u2019il y a emprise du contre-transfert&nbsp;\u00bb (<em>op. cit.<\/em>, p. 228).<\/p>\n\n\n\n<p>La p\u00e9trification, l\u2019immobilit\u00e9, au c\u0153ur du contre-transfert, au sens restreint que lui donne Pontalis, est aussi au c\u0153ur de l\u2019exp\u00e9rience m\u00e9lancolique dont Jean Starobinski, l\u2019un des interlocuteurs privil\u00e9gi\u00e9s de Pontalis, a \u00e9tudi\u00e9 l\u2019\u0153uvre chez de nombreux artistes, par exemple avec le \u00ab&nbsp;maintenant fig\u00e9&nbsp;\u00bb de Chirico ou le \u00ab&nbsp;pr\u00e9sent paralys\u00e9&nbsp;\u00bb de <em>Don Quichotte<\/em>, \u00ab&nbsp;l\u2019immobilisation du temps&nbsp;\u00bb ou la \u00ab&nbsp;sensation douloureuse d\u2019un temps interminable&nbsp;\u00bb chez Pierre-Jean Jouve<sup>8<\/sup>. Une question s\u2019obstine, et le dialogue avec Pontalis manque ici cruellement&nbsp;: le contre-transfert ainsi con\u00e7u comme immobilisation de l\u2019analyste ne rev\u00eatirait-il pas une certaine dimension m\u00e9lancolique, inh\u00e9rente au processus analytique lui-m\u00eame&nbsp;? Deux aspects majeurs de l\u2019exp\u00e9rience m\u00e9lancolique selon Starobinski, \u00ab&nbsp;l\u2019errance interminable et le confinement qui interrompt tout rapport actif avec le monde ext\u00e9rieur&nbsp;\u00bb (<em>ibid.<\/em>), ne peuvent-ils pas caract\u00e9riser l\u2019exp\u00e9rience analytique \u00e9prouv\u00e9e certains jours (certains mauvais jours)&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Inscrite dans le d\u00e9roulement de la cure pour Pontalis comme un arr\u00eat impos\u00e9, une immobilisation forc\u00e9e, une telle \u00ab&nbsp;mortification&nbsp;\u00bb survint pour moi d\u00e8s le d\u00e9but, lors de ce premier entretien avec Mirjana.<\/p>\n\n\n\n<p>Touch\u00e9e au mort j\u2019\u00e9tais d\u2019embl\u00e9e, et pas seulement \u00e0 cause du mot \u00ab&nbsp;g\u00e9nocide&nbsp;\u00bb et de tout ce qu\u2019il charriait de choses lues, vues, entendues, de ces \u00ab&nbsp;tas de morts&nbsp;\u00bb dont parlait Freud en 1915 dans ses <em>Actuelles sur la guerre et la mort<\/em>, que notre actualit\u00e9 collective ne cesse de rendre pr\u00e9sentes, une seconde guerre mondiale et quelques autres plus tard. Comme si les morts avaient saisi le vif&nbsp;: ses morts, m\u00eal\u00e9s sans doute \u00e0 ceux de mon actualit\u00e9 intime (de cette actualit\u00e9 du primitif qui ne passe pas) avaient saisi mon vif. Vie et mort entrelac\u00e9es &#8211; l\u2019une et l\u2019autre de chacune d\u2019entre nous, puisque Mirjana n\u2019\u00e9tait pas qu\u2019une jeune n\u00e9e, ni seulement une survivante &#8211; elle \u00e9tait aussi une vivante, vivante par l\u2019activit\u00e9 de pens\u00e9e, j\u2019y reviendrai.<\/p>\n\n\n\n<p>Touch\u00e9e au mort, je l\u2019\u00e9tais surtout par l\u2019impuissance \u00e0 laquelle Mirjana me condamnait par avance, rendant inutilisable toute \u00e9ventuelle rencontre. A la possibilit\u00e9 m\u00eame de l\u2019analyse, sans parler de son efficacit\u00e9, elle ne croyait pas. Elle avait d\u2019ailleurs beaucoup h\u00e9sit\u00e9 avant de venir&nbsp;: une cure lui apporterait bien davantage de perturbation que de secours. M\u00eame si elle avait fini par se laisser convaincre par son entourage, elle savait bien que je ne pourrais rien pour elle, ni moi ni personne &#8211; sauf, peut-\u00eatre, le coll\u00e8gue qui, la connaissant, me l\u2019avait adress\u00e9e. \u00ab&nbsp;A quoi bon&nbsp;? On ne va pas r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire. Le g\u00e9nocide, vous n\u2019y pouvez rien&nbsp;\u00bb, me disait-elle, poliment d\u00e9sol\u00e9e, au sens de la d\u00e9solation \u00e9voqu\u00e9e par Hannah Arendt<sup>9<\/sup>. R\u00e9sign\u00e9e par avance devant l\u2019impossible, elle \u00e9tait acharn\u00e9e \u00e0 repousser tout <em>pathos<\/em>. Rien d\u2019autre \u00e0 dire, rien \u00e0 faire&nbsp;: impuissantes, nous l\u2019\u00e9tions l\u2019une et l\u2019autre, c\u2019\u00e9tait m\u00eame notre seul lieu commun.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je n\u2019ai pas de souvenirs d\u2019enfance&nbsp;\u00bb, avait ajout\u00e9 Mirjana. Que son absence de souvenirs f\u00fbt la cause ou la cons\u00e9quence de cette impression d\u2019\u00eatre n\u00e9e avec le g\u00e9nocide, cela aussi \u00e9tait affirm\u00e9 sans douleur. Difficile pour moi de ne pas penser \u00e0 Georges Perec, \u00ab&nbsp;je n\u2019ai pas de souvenirs d\u2019enfance&nbsp;\u00bb<sup>10<\/sup>, \u00e0 son double, Simon, ce patient qui dit \u00e0 Pontalis, son analyste&nbsp;: \u00ab&nbsp;je ne peux pas avoir de souvenirs puisque j\u2019ai \u00e9t\u00e9 si t\u00f4t orphelin&nbsp;\u00bb. Mirjana n\u2019est pas orpheline, elle&nbsp;: ses parents ont surv\u00e9cu&nbsp;; apr\u00e8s la n\u00e9gation d\u2019une premi\u00e8re enfance (\u00ab&nbsp;j\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre n\u00e9e avec le g\u00e9nocide&nbsp;\u00bb), le deuil \u00e9nonc\u00e9 est celui du souvenir lui-m\u00eame, pas celui de l\u2019objet aim\u00e9. Si Perec ne sait \u00ab&nbsp;o\u00f9 se sont bris\u00e9s les fils qui (le) rattachent \u00e0 l\u2019enfance&nbsp;\u00bb<sup>11<\/sup>, pour Mirjana ces fils se sont, de toute \u00e9vidence -et d\u2019une \u00e9vidence que bien s\u00fbr la cure va interroger, d\u00e9faire- bris\u00e9s avec le g\u00e9nocide, duquel elle a \u00e9t\u00e9, enfant, le t\u00e9moin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;G\u00e9nocide&nbsp;\u00bb&nbsp;: le mot, comme la construction dont il est la poutre ma\u00eetresse, est d\u2019apr\u00e8s-coup&nbsp;: un mot anesth\u00e9si\u00e9 comme l\u2019est Mirjana, un mot d\u2019adulte, abstrait, pour tribunal international ou livre d\u2019histoire, qui ne dit pas la cruaut\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de chaque meurtre du massacre de masse. De \u00ab&nbsp;son histoire, de son histoire v\u00e9cue, de son histoire r\u00e9elle, de son histoire \u00e0 (elle) qui, on peut le supposer, n\u2019\u00e9tait ni s\u00e8che, ni objective, ni apparemment \u00e9vidente, ni \u00e9videmment innocente&nbsp;\u00bb, comme le dit Perec dans <em>W ou le souvenir d\u2019enfance<\/em><sup>12<\/sup>, Mirjana mit longtemps \u00e0 me parler, un peu, et elle le fit \u00e0 distance, de cette voix longtemps d\u00e9saffect\u00e9e. Enfant, elle n\u2019a pas vu elle-m\u00eame les tueurs en action&nbsp;: elle les a attendus, comme toute la famille. \u00ab&nbsp;Pendant le g\u00e9nocide, on \u00e9tait cach\u00e9s dans la maison, couch\u00e9s par terre, des jours et des jours, tous ensemble, sans rien dire. Ma m\u00e8re \u00e0 un moment n\u2019en pouvait plus. Elle a d\u00e9cid\u00e9 de se lever, de s\u2019asseoir au milieu du jardin, au vu de tous, et de les attendre dehors&nbsp;\u00bb&nbsp;: une sc\u00e8ne maintes fois \u00e9voqu\u00e9e, comme un souvenir-\u00e9cran peut-\u00eatre. Contre toute attente, ceux qui sont pass\u00e9 alors n\u2019\u00e9taient pas les tueurs, ils ont conduit la famille dans le camp de r\u00e9fugi\u00e9s &#8211; tout sauf un refuge pour Mirjana. Au retour, elle a vu les cadavres laiss\u00e9s dans les rues, les morts enjamb\u00e9s, pour revenir \u00e0 la maison, d\u00e9coup\u00e9s souvent, entendu le silence de mort, senti l\u2019odeur de la d\u00e9composition, cherch\u00e9 sa meilleure amie dans le \u00ab&nbsp;tas de morts&nbsp;\u00bb, impossibles \u00e0 identifier. Robert Antelme a d\u00e9crit cette \u00ab&nbsp;disproportion entre l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue et le r\u00e9cit possible&nbsp;\u00bb, mais \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019auteur de <em>l\u2019Esp\u00e8ce humaine<\/em>, le r\u00e9cit que Mirjana fait de ces \u00e9preuves, \u00e0 ce moment-l\u00e0 de la cure, minimaliste, blanc, ne la fait pas suffoquer. L\u2019\u00e9couter m\u2019est douloureux.<\/p>\n\n\n\n<p>Mirjana s\u2019interdit toute douleur comme toute plainte\u00a0: non seulement parce qu\u2019au g\u00e9nocide nous ne pouvions rien changer, mais par conscience morale, parce que sa famille proche avait surv\u00e9cu. Comment oser se plaindre quand ils sont si nombreux \u00e0 avoir tant perdu\u00a0? Aux soir\u00e9es entre r\u00e9fugi\u00e9s, ici, qu\u2019elle fr\u00e9quente avec un malaise croissant, elle est la seule \u00e0 ne pleurer personne. Sa meilleure amie d\u2019enfance, la plupart de ses copines d\u2019\u00e9cole, tous les voisins avaient \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s, mais elle n\u2019arrivait pas \u00e0 pleurer, en se reprochant son insensibilit\u00e9, celle-l\u00e0 m\u00eame qui la faisait tenir. Ce n\u2019est en effet pas la douleur qui avait amen\u00e9e Mirjana \u00e0 venir me voir, mais des nuits \u00ab\u00a0difficiles\u00a0\u00bb, de plus en plus fr\u00e9quentes, dont elle sortait en sueur, sans force pour attaquer sa journ\u00e9e de travail\u00a0: de ces cauchemars, rien ne restait au r\u00e9veil, sinon comme une sensation de peur, disait-elle. La peur ne reste pas mais elle se sent vid\u00e9e. Une peur sans objet, sans image, sans pens\u00e9e, sans trace\u00a0: la voix du jour qui dit la peur de la nuit est d\u2019abord, et pendant toute une longue p\u00e9riode, sans peur ni reproche\u00a0: distante, l\u00e0 encore d\u00e9saffect\u00e9e. Ces nuits-l\u00e0, de moins en moins rares, mena\u00e7ent sa capacit\u00e9 de travail\u00a0: si douleur il y avait, elle venait de cette menace, de l\u2019id\u00e9e de ne plus pouvoir travailler. Et \u00e7a, c\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0pire que tout\u00a0\u00bb. Mirjana avait surv\u00e9cu au g\u00e9nocide, et c\u2019\u00e9tait vraiment un hasard. Elle ne survivrait pas \u00e0 l\u2019emp\u00eachement de travailler\u00a0: une question de vie ou de mort, disait-elle, froidement. Ses fr\u00e8res ne faisaient rien de leur vie, sa s\u0153ur \u00e9tait devenue schizophr\u00e8ne\u00a0; pour elle, la cadette, brillante \u00e9coli\u00e8re avant le g\u00e9nocide, les \u00e9tudes \u00e9taient toute sa vie. C\u2019\u00e9tait avec cet investissement-l\u00e0, rest\u00e9 intact, devenu surinvestissement, celui de la vie de l\u2019esprit<sup>13<\/sup>, de l\u2019activit\u00e9 de pens\u00e9e, qu\u2019elle avait depuis le g\u00e9nocide r\u00e9ussi \u00e0 tenir la peur \u00e0 distance, mais voil\u00e0, depuis quelque temps \u00e7a ne marchait plus aussi facilement.<\/p>\n\n\n\n<p>Du contenu et de l\u2019avancement de ces \u00e9tudes, assur\u00e9ment pouss\u00e9es, qui la mobilisaient tant, elle ne me parla quasiment jamais&nbsp;: c\u2019\u00e9tait sa chose \u00e0 elle, infiniment pr\u00e9cieuse, que mon regard ou ma curiosit\u00e9 aurait pu suffire \u00e0 endommager.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand les cauchemars \u00e0 cause desquels elle \u00e9tait venue me voir s\u2019estompent, elle peut \u00e9voquer, non sans honte, l\u2019autre probl\u00e8me&nbsp;: sa frigidit\u00e9, elle dit l\u00e0 aussi son \u00ab&nbsp;insensibilit\u00e9&nbsp;\u00bb. Insensible sexuellement, avec son ami, et les pr\u00e9c\u00e9dents, alors qu\u2019elle n\u2019est pas sans tendresse pour lui, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale elle n\u2019\u00e9prouve pas de plaisir dans la vie, \u00e0 part dans son travail&nbsp;; mais ce n\u2019est pas le m\u00eame plaisir. \u00ab&nbsp;Je suis absente \u00e0 mon corps&nbsp;\u00bb, dit-elle. Douleur&nbsp;: \u00ab&nbsp;deuil lourd des couleurs&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Michel Leiris<sup>14<\/sup>. La douleur manque dans ces d\u00e9buts de la cure, mais Mirjana porte le deuil lourd des couleurs&nbsp;: la vie sensorielle et ses attraits ont disparu pour elle. Au fil du traitement, cette armure d\u2019absence conna\u00eetra des failles&nbsp;: \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, elle a une br\u00e8ve liaison avec un homme, qui l\u2019attire bien qu\u2019il soit aux antipodes de son genre d\u2019hommes. A cause de cela&nbsp;? Avec cet homme-l\u00e0, elle a eu une id\u00e9e de ce que pouvait \u00eatre le plaisir sexuel. Juste une id\u00e9e, mais de toutes fa\u00e7ons elle ne l\u2019aime pas. Parce qu\u2019elle ne l\u2019aime pas&nbsp;? Peut-\u00eatre bien. Reste qu\u2019ainsi rabaiss\u00e9e, la vie amoureuse n\u2019est d\u00e9cid\u00e9ment pas pour elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Paradoxalement, cette insensibilit\u00e9 qui la laisse en marge des plaisirs ordinaires, elle y tient&nbsp;: c\u2019est elle que l\u2019analyse, pressent-elle, pourrait lui faire perdre, en la d\u00e9tournant du plaisir sans commune mesure que lui procure le travail. Eprouver de la douleur, c\u2019est reconna\u00eetre la perte de l\u2019objet, sa d\u00e9faite. Ne pas en \u00e9prouver, serait-ce une mani\u00e8re, certes co\u00fbteuse, de nier cette perte&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>A la fa\u00e7on peut-\u00eatre de cette patiente dont Masud Khan dit qu\u2019elle ne se souvenait pas d\u2019elle-m\u00eame<sup>15<\/sup>, Mirjana, dont j\u2019avais l\u2019impression qu\u2019elle me parlait d\u2019elle comme de quelqu\u2019un d\u2019autre, ne paraissait alors pas d\u00e9prim\u00e9e, ou alors d\u2019une d\u00e9pression tr\u00e8s bien masqu\u00e9e, pas plus qu\u2019elle ne me paraissait dans cet \u00e9tat d\u2019\u00e9clatement caract\u00e9ristique du traumatisme pour Ferenczi. Absente \u00e0 son corps, \u00e0 \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb au sens de r\u00e9alit\u00e9 vivante (sensoriellement vivante), elle s\u2019\u00e9tait jusqu\u2019\u00e0 maintenant toute enti\u00e8re rassembl\u00e9e dans la vie de son esprit, dont le surinvestissement, et l\u2019\u00e9rotisation, la rendaient pr\u00e9sente \u00e0 une partie du \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb&nbsp;: Mirjana \u00e9tait toute enti\u00e8re occup\u00e9e, acharn\u00e9e, \u00e0 comprendre, en s\u00e9ance comme hors s\u00e9ance. De cette activit\u00e9 compulsive de pens\u00e9e, sur le versant obsessionnel de l\u2019emprise contre-transf\u00e9rentielle, je n\u2019\u00e9tais moi-m\u00eame pas \u00e9loign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La douleur psychique, aussi rejet\u00e9e qu\u2019elle soit, \u00ab&nbsp;r\u00e9clame la pens\u00e9e&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Pontalis, et l\u00e0 encore l\u2019anatomie culturelle de la m\u00e9lancolie en est une belle preuve, Starobinski le montre en particulier \u00e0 propos de Robert Burton, le \u00ab&nbsp;D\u00e9mocrite junior&nbsp;\u00bb<sup>16<\/sup>. Mirjana exercait sa pens\u00e9e pour se sentir vivante, et contin\u00fbment vivante&nbsp;: pour ne pas se perdre. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ce que, faute d\u2019un terme plus ad\u00e9quat, j\u2019appellerai un clivage entre corps et \u00ab&nbsp;pensoir&nbsp;\u00bb qu\u2019elle le restait, vivante, sur un mode obsessionnel, \u00e0 l\u2019instar peut-\u00eatre de Simon, le patient de Pontalis, dont <em>la \u00ab&nbsp;capsule de pens\u00e9e (\u2026) tenait lieu de corps&nbsp;\u00bb<\/em> (<em>op. cit<\/em>. p. 236)&nbsp;: une capsule \u00e0 \u00ab&nbsp;respecter dans une certaine mesure, en ne (la) d\u00e9non\u00e7ant pas comme r\u00e9sistance puisque de cette construction l\u00e0 ces patients ont eu absolument besoin pour survivre&nbsp;\u00bb. A cette diff\u00e9rence pr\u00e8s que pour Mirjana, c\u2019\u00e9tait davantage de vivre que de survivre qu\u2019il s\u2019agissait&nbsp;: vivre \u00e0 sa mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019emprise transf\u00e9rentielle a aussi pour Pontalis une autre caract\u00e9ristique&nbsp;: elle fait na\u00eetre en l\u2019analyste \u00ab&nbsp;le besoin de (\u2026) reconstruire&nbsp;\u00bb le patient, de lui assurer une forme, ou un contenant, une colonne vert\u00e9brale qui le (ou la) tienne&nbsp;\u00bb (p. 233)&nbsp;; elle suscite, \u00e9crit-il quelques pages plus loin \u00ab&nbsp;le d\u00e9sir de faire na\u00eetre l\u2019autre \u00e0 lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb (p. 239), \u00ab&nbsp;naissance qui exige une reconnaissance de ce qui est absent&nbsp;\u00bb (p. 237). Plus fr\u00e9quent avec des \u00e9tats-limites, ce besoin, ce d\u00e9sir, peut surgir avec d\u2019autres patients, n\u00e9vros\u00e9s par exemple<sup>17<\/sup>. Paradoxalement &#8211; mais l\u00e0 c\u2019est mon interpr\u00e9tation des propos de Pontalis &#8211; un tel mouvement psychique me semble prot\u00e9ger l\u2019analyste de l\u2019emprise contre-transf\u00e9rentielle dont il r\u00e9sulte&nbsp;: il le prot\u00e8ge d\u2019un exc\u00e8s d\u2019emprise, d\u2019une immobilisation totale. Effet de transfert excessif sur le texte de Pontalis peut-\u00eatre, je reconnais aujourd\u2019hui que le d\u00e9but de cette cure fut marqu\u00e9 pour moi par un d\u00e9sir de cet ordre&nbsp;: r\u00e9tablir pour Mirjana une filiation banale, et humaine, faire obstacle \u00e0 cette naissance contre nature, contre le travail de culture (illusion comprise). Contre cette naissance qui la faisait enfant du g\u00e9nocide, qui donnait au g\u00e9nocide une capacit\u00e9 d\u2019engendrement, j\u2019avais le d\u00e9sir, ou le besoin, de redonner \u00e0 la jeune femme la forme changeante et les couleurs de l\u2019humain, du vivant, de la faire d\u00e9-na\u00eetre du g\u00e9nocide et de la faire na\u00eetre \u00e0 nouveau de son enfance, de la rendre pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019infantile en elle. Un d\u00e9sir anti-m\u00e9lancolique, qui serait autant au c\u0153ur de l\u2019entreprise analytique qu\u2019un processus de m\u00e9lancolisation, participerait de la situation analytique elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ce d\u00e9but massif, du temps passa, la cure s\u2019installa, avec un investissement croissant de l\u2019analyse et de l\u2019analyste qui faisait maintenant craindre \u00e0 Mirjana une d\u00e9pendance susceptible de menacer son \u00e9quilibre, c\u2019est-\u00e0-dire son travail, et sa capacit\u00e9 de penser. Arriva l\u2019un de ces impr\u00e9vus chers \u00e0 Jacques Andr\u00e9<sup>18<\/sup>, qui lui fit prendre une autre tournure. Un soir, en arrivant \u00e0 sa s\u00e9ance en avance, elle croise le patient pr\u00e9c\u00e9dent, pour la premi\u00e8re fois j\u2019imagine. En rage, elle si polie, la voix pleine de rage et de sarcasme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous en d\u00e9bitez combien comme \u00e7a, \u00e0 la suite&nbsp;? Vous \u00eates pire qu\u2019une charcuti\u00e8re&nbsp;! Vos patients, vous les encha\u00eenez, c\u2019est pire que des tranches de jambon&nbsp;! Et hop&nbsp;! A la cha\u00eene&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Le d\u00e9ferlement de haine et d\u2019insultes qui s\u2019ensuivit nous a sid\u00e9r\u00e9es, elle davantage encore que moi.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pire qu\u2019une charcuti\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u2019abord une prostitu\u00e9e&nbsp;: elle aussi fait de l\u2019abattage avec ses clients.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous, cliente de la prostitu\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00fb affronter le d\u00e9pit, la rage, la d\u00e9ception, de la petite pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e&nbsp;: je ne peux pas l\u2019aimer elle, puisque je n\u2019aime pas qu\u2019elle, j\u2019en aime au moins un autre. Mais l\u2019offense, la destitution narcissique sont aussi de son c\u00f4t\u00e9, de la prostitu\u00e9e \u00e0 la cliente. Le sentiment de honte d\u2019ailleurs a tr\u00e8s vite accompagn\u00e9 cette <em>sortie<\/em> de Mirjana, li\u00e9 \u00e9galement au fantasme de s\u00e9duction homosexuelle, qui \u00e9tait apparu d\u00e9j\u00e0 dans le traitement sous la forme de la peur de ne pas \u00eatre assez int\u00e9ressante pour moi &#8211; c\u2019\u00e9tait l\u2019une des raisons pour lesquelles je pourrais l\u2019abandonner.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pire qu\u2019une charcuti\u00e8re, une prostitu\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ou un massacreur, qui abat \u00e0 tour de bras, qui d\u00e9bite et d\u00e9coupe des corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e8rent alors des souvenirs du g\u00e9nocide, plus nombreux, plus pr\u00e9cis, plus terribles aussi&nbsp;: impressions, perceptions, sensations, et puis plus tard images, repr\u00e9sentations, sc\u00e8nes affect\u00e9es d\u2019intensit\u00e9 douloureuse, mais d\u2019une intensit\u00e9 traitable, dicible. Loin, tr\u00e8s loin de l\u2019esp\u00e8ce d\u2019anesth\u00e9sie avec laquelle Mirjana avait \u00e9voqu\u00e9 ses bribes de souvenirs jusqu\u2019\u00e0 maintenant, le corps et ses sensations \u00e9taient aux avant-postes&nbsp;: pendant l\u2019une de ces s\u00e9ances, l\u2019\u00e9vocation d\u2019un b\u00e9b\u00e9 au cr\u00e2ne fendu par un tournevis conduisit Mirjana au bord du vomissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi la br\u00e8ve mais intense explosion de cette haine de transfert marqua-t-elle un tournant dans cette cure, qui en connut d\u2019autres. Cet acharnement de Mirjana contre l\u2019analyste, contre moi, \u00e0 ce moment de la cure, dit la violence de la revendication pulsionnelle, avec toute son ambivalence, la violence de la fantasmatique, la violence de l\u2019ambivalence aussi, sans d\u00e9sintrication ni destruction&nbsp;; dans cet instant, ce \u00ab&nbsp;temps intense et mince&nbsp;\u00bb<sup>19<\/sup>, cet acharnement, o\u00f9 entendre aussi l\u2019attaque contre la chair, ne perd pas de vue l\u2019objet, il reste anim\u00e9 par un mouvement vers l\u2019objet qu\u2019incarne l\u2019analyste.<\/p>\n\n\n\n<p>Marqu\u00e9 par \u00ab&nbsp;un exc\u00e8s de la r\u00e9p\u00e9tition&nbsp;\u00bb<sup>20<\/sup> transf\u00e9rentielle, un tel acharnement est aussi marqu\u00e9 par l\u2019exc\u00e8s d\u2019une double r\u00e9p\u00e9tition&nbsp;: l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique du g\u00e9nocide et la r\u00e9alit\u00e9 psychique se sont, me semble-t-il, trouv\u00e9s condens\u00e9s dans cet \u00e9clat de haine surgi du transfert. La sauvagerie de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, et la n\u00e9vrose infantile avec son d\u00e9pit amoureux et sa haine meurtri\u00e8re, se sont rencontr\u00e9es, dans le saisissement de la pr\u00e9sence et dans l\u2019\u00e9tonnement de l\u2019expression, sur une m\u00eame sc\u00e8ne psychique jusque-l\u00e0 en partie \u00e9cras\u00e9e par le d\u00e9sastre (en partie seulement&nbsp;: l\u2019investissement libidinal de la vie de l\u2019esprit n\u2019avait pas pour Mirjana qu\u2019une fonction d\u00e9fensive, d\u2019ailleurs op\u00e9rante, malgr\u00e9 son \u00e9norme co\u00fbt psychique). Dans l\u2019agir du transfert, la jeune femme retournait sur moi, contre moi, les sc\u00e8nes de cruaut\u00e9s vues, imagin\u00e9es, attendues passivement par la fillette dans le g\u00e9nocide, en m\u00eame temps que j\u2019\u00e9tais la destinataire, ou plut\u00f4t la r\u00e9ceptrice, de sa haine \u0153dipienne. Aucune commune mesure entre le retour de la cruaut\u00e9 collective subie par l\u2019enfant et le retour de sa haine individuelle, \u0153dipienne et r\u00e9prim\u00e9e, mais un lieu commun pour les traiter, et r\u00e9duire peut-\u00eatre l\u2019\u00e9nigme du massacre insens\u00e9&nbsp;: l\u2019ennemi, ce n\u2019\u00e9tait plus le voisin ni le familier d\u2019hier, c\u2019\u00e9tait moi aujourd\u2019hui, incarnation d\u2019une figure d\u2019avant-hier. Mais \u00e9tait-ce la haine \u0153dipienne qui pouvait donner forme, sinon sens, r\u00e9troactivement, \u00e0 l\u2019\u00e9nigme de la cruaut\u00e9 g\u00e9nocidaire, ou bien plut\u00f4t l\u2019inverse, comme si l\u2019\u00e9v\u00e9nement de la cruaut\u00e9 g\u00e9nocidaire avait r\u00e9activ\u00e9 dans un apr\u00e8s-coup terrifiant l\u2019intensit\u00e9 meurtri\u00e8re de l\u2019attaque \u0153dipienne&nbsp;? Toujours est-il que la douleur, qui brouille les fronti\u00e8res dit Pontalis, avait brouill\u00e9 celles-l\u00e0, entre elle et moi, entre singulier et collectif, entre infantile du petit individu et infantile du \u00ab&nbsp;grand individu&nbsp;\u00bb<sup>21<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Du moins, derri\u00e8re le \u00ab&nbsp;tas de morts&nbsp;\u00bb du g\u00e9nocide, qui pour elle et pour moi, leur faisait \u00e9cran, revenaient, pouvaient revenir, les objets \u0153dipiens-d\u00e9massifi\u00e9s, objets d\u2019une ambivalence qui elle aussi pouvait revenir sans dommage &#8211; je n\u2019en mourrais pas, elle non plus. Survivants du g\u00e9nocide, devenus intouchables par la geste infantile, sauf \u00e0 r\u00e9it\u00e9rer le meurtre et courir le risque de les perdre \u00e0 nouveau, ces figures familiales (parents et fratrie) retrouvaient une \u00e9paisseur, une vie fantasmatique, des couleurs. Derri\u00e8re la mort r\u00e9elle en masse, de petits meurtres psychiques (ceux de l\u2019ordinaire oedipien), qui prenaient sens, apr\u00e8s-coup, et qui cessant d\u2019\u00eatre p\u00e9trifi\u00e9s devenaient \u00ab&nbsp;renon\u00e7ables&nbsp;\u00bb, en quelque sorte&nbsp;: objets d\u2019un possible et progressif renoncement.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec la haine Mirjana continua \u00e0 fabriquer des souvenirs d\u2019enfance, de la vie d\u2019avant. Elle \u00e9tait loin d\u2019en manquer. Les jeux sexuels avec le fr\u00e8re a\u00een\u00e9, leur excitation \u00e0 tous deux, le plaisir intense qu\u2019elle y prenait, l\u2019incompr\u00e9hension et la d\u00e9ception quand en grandissant il avait choisi d\u2019y mettre un terme, l\u2019intense culpabilit\u00e9 consciente survenue apr\u00e8s-coup&nbsp;; la haine aux mille visages pour la m\u00e8re, dont celui de l\u2019abandon dans la sc\u00e8ne du jardin, et puis un amour plus cach\u00e9, sous couvert de l\u2019id\u00e9alisation pour celle, assise dans le jardin face aux tueurs, qui \u00ab&nbsp;avait des couilles&nbsp;\u00bb\u2026 et puis l\u2019amour aux dix mille visages pour le p\u00e8re&nbsp;: autant de souvenirs d\u2019enfance, reconstruits, que l\u2019intensit\u00e9 du sexuel infantile avait contraint Mirjana \u00e0 refouler, que l\u2019impact traumatique de l\u2019\u00e9v\u00e9nement v\u00e9cu \u00e0 9 ans avait oblit\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019investissement du travail et de la pens\u00e9e, \u00e0 l\u2019\u0153uvre bien avant le g\u00e9nocide, prit d\u2019autres couleurs&nbsp;: ses succ\u00e8s scolaires pr\u00e9coces avaient fait d\u2019elle la petite pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de son p\u00e8re, la seule qui arrivait \u00e0 arracher un sourire \u00e0 cet homme tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9 et tr\u00e8s aust\u00e8re, tr\u00e8s admir\u00e9 et intens\u00e9ment aim\u00e9 &#8211; cet amour, et leur proximit\u00e9, ont mis du temps \u00e0 appara\u00eetre dans la cure. La d\u00e9ception inflig\u00e9e \u00e0 cet amour d\u2019enfant par une r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure dont le p\u00e8re est sorti vivant mais \u00ab&nbsp;d\u00e9chu&nbsp;\u00bb, avait permis \u00e0 Mirjana, me semble-t-il, de faire l\u2019\u00e9conomie du travail psychique de renoncement mais pas de la d\u00e9sid\u00e9alisation. De cet homme d\u00e9chu, aujourd\u2019hui elle a piti\u00e9, de sa piti\u00e9 elle a honte, une honte qui la rend triste&nbsp;; mais ni la piti\u00e9 ni la honte actuelles, ni le refoulement plus ancien, ne suffisent \u00e0 recouvrir la passion infantile &#8211; largement d\u00e9plac\u00e9e il est vrai sur le fr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019un \u00e0 l\u2019autre de ces deux moments de cure que j\u2019ai rapport\u00e9 plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le premier entretien et ce moment d\u2019attaque haineuse, \u00ab&nbsp;hainamoureuse&nbsp;\u00bb devrais-je dire, l\u2019emprise contre-transf\u00e9rentielle initiale s\u2019est estomp\u00e9e, peu \u00e0 peu, au profit de la surprise&nbsp;: je n\u2019\u00e9tais plus touch\u00e9e au mort, mais au vif.<\/p>\n\n\n\n<p>Par \u00ab&nbsp;surprises&nbsp;\u00bb, Pontalis fait allusion, je l\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 plus haut, \u00e0 ces mouvements &#8211; id\u00e9es, \u00e9mois &#8211; qu\u2019il nous arrive de percevoir en nous quand tel propos, telles associations du patient entrent en r\u00e9sonance avec tel point sensible de notre histoire ou de notre fantasmatique, tel d\u00e9faut de notre cuirasse. Il s\u2019exprime ainsi, treize ans apr\u00e8s ce chapitre sur <em>Le mort et le vif entrelac\u00e9s<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;nous sommes alors touch\u00e9s au vif, et cela est bien, ajoute-t-il. Cela nous rappelle, s\u2019il le fallait, non pas que nous sommes semblables \u00e0 notre patient, mais que nous sommes un patient&nbsp;\u00bb<sup>22<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quatre \u00ab&nbsp;niveaux&nbsp;\u00bb de contre-transfert qu\u2019y distingue \u00e0 nouveau Pontalis (1999) sont tous de la famille \u00ab&nbsp;prise&nbsp;\u00bb&nbsp;: entreprise, surprise, prise et emprise. <em>Entreprise<\/em>, \u00ab&nbsp;c\u2019est ce qui nous conduit \u00e0 devenir analyste et plus encore ce qui nous pousse \u00e0 le rester&nbsp;\u00bb (p. 82). Avec la <em>surprise<\/em>, le patient en nous est touch\u00e9 au vif, tandis que dans l\u2019<em>emprise<\/em> nous sommes touch\u00e9s au mort&nbsp;: ce sens restreint du contre-transfert en est pour Pontalis, nous l\u2019avons vu, le noyau, le seul \u00e0 m\u00e9riter ce nom.<\/p>\n\n\n\n<p>La <em>prise<\/em>, elle, sans pr\u00e9fixe, d\u00e9signe \u00ab&nbsp;la place que l\u2019analys\u00e9 nous assigne, o\u00f9 il cherche \u00e0 nous maintenir et dont il est parfois bien difficile de se d\u00e9prendre, que ce soit celle d\u2019un tyran pers\u00e9cuteur, et alors toute interpr\u00e9tation est transform\u00e9e en intrusion, ou alors celle d\u2019un id\u00e9al, qui fait de nos moindres mots un oracle prononc\u00e9 par la \u00ab&nbsp;bouche de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 83).<\/p>\n\n\n\n<p>Il est tentant d\u2019y rajouter un \u00ab\u00a0cinqui\u00e8me niveau\u00a0\u00bb, celui de la <em>d\u00e9prise<\/em>. Illusoire aussi, pour une part\u00a0: se d\u00e9prend-on du contre-transfert\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>J. Starobinski (1989),\u00a0<em>La M\u00e9lancolie au miroir\u00a0: trois lectures de Baudelaire<\/em>, Paris, Julliard, 2004.<\/li><li>Cit\u00e9 par J.-B. Pontalis (1977),\u00a0<em>Entre le r\u00eave et la douleur<\/em>, Paris, Gallimard, p. 262.<\/li><li>Ibid.<\/li><li>De l\u2019exp\u00e9rience de la grande douleur physique, Hannah Arendt (1958) dit que \u00ab\u00a0c\u2019est peut-\u00eatre la seule exp\u00e9rience que nous soyons incapables de transformer pour lui donner une apparence publique (\u2026) De la subjectivit\u00e9 radicale, en laquelle je ne suis plus \u00ab\u00a0reconnaissable\u00a0\u00bb, au monde ext\u00e9rieur de la vie, il semble qu\u2019il n\u2019y ait pas de pont.\u00bb\u00a0: si subjective qu\u2019elle ne peut prendre \u00ab\u00a0dans le monde ext\u00e9rieur de la vie\u00a0\u00bb aucune apparence, la douleur psychique ne peut-elle appara\u00eetre que masqu\u00e9e\u00a0? (in\u00a0<em>L\u2019Humaine Condition<\/em>, Paris, Gallimard (Quarto), 2012, p. 100).<\/li><li>Au sujet de la polys\u00e9mie du nom\u00a0<em>pathos<\/em>\u00a0en grec ancien, et de son destin \u00e0 travers l\u2019histoire des d\u00e9cisions qui pr\u00e9sident \u00e0 sa traduction dans les langues modernes, je renvoie \u00e0 la riche notice\u00a0<em>Pathos<\/em>\u00a0r\u00e9dig\u00e9 par Giulia Sissa dans le\u00a0<em>Vocabulaire europ\u00e9en des philosophies<\/em>, dirig\u00e9 par Barbara Cassin (Seuil-Le Robert, 2004). Bien qu\u2019elle d\u00e9place la tension entre activit\u00e9 et passivit\u00e9 avec les notions d\u2019inconscient et de refoulement, la psychanalyse freudienne h\u00e9rite de cette histoire et des d\u00e9bats autour d\u2019une vie affective con\u00e7ue ou comme mouvement ou comme passion.<\/li><li><em>Cf<\/em>\u00a0L. Kahn (2001), \u00ab\u00a0L\u2019action de la forme\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, vol. 65, n\u00b0 4, sp\u00e9cial congr\u00e8s, p. 1042. Sur l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une \u00e9nergie \u00ab\u00a0d\u00e9pla\u00e7able\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0en soi indiff\u00e9rente\u00a0\u00bb, issue de la provision de libido narcissique, susceptible de \u00ab\u00a0s\u2019adjoindre \u00e0 une motion qualitativement diff\u00e9renci\u00e9e, \u00e9rotique ou destructive\u00a0\u00bb et d\u2019\u00e9lever son niveau d\u2019investissement global, autrement dit de l\u2019 \u00ab\u00a0Eros d\u00e9sexualis\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: voir S. Freud (1923), \u00ab\u00a0Le moi et le \u00e7a\u00a0\u00bb, OCP XVI, Paris, Puf, 1991, p. 287.<\/li><li>J.-B. Pontalis (1977), \u00ab\u00a0A partir du contre-transfert\u00a0: le mort et le vif entrelac\u00e9s\u00a0\u00bb, in\u00a0<em>Entre le r\u00eave et la douleur<\/em>, op. cit., pp. 223-240. Ce chapitre a fait l\u2019objet d\u2019une premi\u00e8re publication dans le n\u00b0 12 (1975) de la\u00a0<em>Nouvelle revue de Psychanalyse<\/em>, \u00ab\u00a0La psych\u00e9\u00a0\u00bb.<\/li><li>F. Vidal, \u00ab\u00a0L\u2019exp\u00e9rience m\u00e9lancolique au regard de la critique\u00a0\u00bb, in J. Starobinski (2012),\u00a0<em>L\u2019encre de la m\u00e9lancolie<\/em>, Paris, Seuil, p. 633.<\/li><li>Voir notamment H. Arendt (1951),\u00a0<em>Les origines du totalitarisme<\/em>, Paris, Gallimard (Quarto), 2005, pp. 832-38. La d\u00e9solation est pour H. Arendt, qui l\u2019opose \u00e0 la solitude et la distingie de l\u2019isolement, \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience d\u2019absolue non-appartenance au monde (\u2026), l\u2019une des exp\u00e9riences les plus radicales et les plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es de l\u2019homme\u00a0\u00bb (p. 834).<\/li><li>G. Perec,\u00a0<em>W ou le souvenir d\u2019enfance<\/em>, Deno\u00ebl, 1975, p. 13.<\/li><li>Ibid. p. 21<\/li><li>Ibid. p. 13.<\/li><li>Dans\u00a0<em>L\u2019Homme Mo\u00efse et la religion monoth\u00e9iste<\/em>, Freud (1939) introduit ainsi son hypoth\u00e8se du passage du matriarcat au patriarcat \u00ab\u00a0Ce passage de la m\u00e8re au p\u00e8re caract\u00e9rise en outre une victoire de l\u2019esprit sur la vie sensorielle, donc un progr\u00e8s de la civilisation, car la maternit\u00e9 est attest\u00e9e par le t\u00e9moignage des sens, tandis que la paternit\u00e9 est une conjecture, \u00e9difi\u00e9e sur une d\u00e9duction et sur un postulat.\u00a0\u00bb (trad. Cornelius Heim, Paris, Gallimard, 1989, p. 213).<\/li><li>M. Leiris (1939), \u00ab\u00a0Glossaire j\u2019y serre mes gloses\u00a0\u00bb, Mots sans m\u00e9moire, Paris, Gallimard, 1969, p. 84.<\/li><li>Masud Khan (1977), \u00ab\u00a0Ne pas se souvenir de soi-m\u00eame\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Nouvelle revue de psychanalyse<\/em>,15, printemps 1977, Paris, Gallimard, pp. 59-67.<\/li><li>J. Starobinski,\u00a0<em>L\u2019encre de la m\u00e9lancolie<\/em>, op. cit., pp. 181-219.<\/li><li>Pontalis l\u2019\u00e9crit plus explicitement encore dans\u00a0<em>La force d\u2019attraction. Trois essais de psychanalyse<\/em>, Paris, Seuil, 1991. Voir en particulier \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tranget\u00e9 du transfert\u00a0\u00bb, pp. 57-92.<\/li><li>Voir J. Andr\u00e9 (2004),\u00a0<em>L\u2019impr\u00e9vu en s\u00e9ance<\/em>, Paris, Gallimard.<\/li><li>C\u2019est la \u00ab\u00a0glose\u00a0\u00bb que Leiris propose d\u2019\u00ab\u00a0lnstant\u00a0\u00bb, op. cit. p. 94.<\/li><li>A. Beetschen, \u00ab\u00a0Sur l\u2019acharnement et la pulsion de mort\u00a0\u00bb, in\u00a0<em>Fen\u00eatres sur l\u2019inconscient. L\u2019\u0153uvre de J.-B. Pontalis<\/em>, sous la dir. de F. Duparc, Lonay (Suisse), Delachaux et Niestl\u00e9, 2002.<\/li><li>Ainsi Freud appelle-t-il les Etats, les institutions, les collectifs humains (voir\u00a0<em>Actuelles sur la guerre et la mort,<\/em>\u00a01915),\u00a0<em>Psychologie des masses et analyse du moi<\/em>\u00a0(1921) notamment.<\/li><li>J.-B. Pontalis, \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tranget\u00e9 du transfert\u00a0\u00bb, in\u00a0<em>La force d\u2019attraction<\/em>, op. cit., p. 82.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10409?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment parler de la douleur sans peine, surtout quand elle est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 un disparu&nbsp;? 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