{"id":10408,"date":"2021-08-22T07:31:58","date_gmt":"2021-08-22T05:31:58","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/comment-faisait-on-autrefois-le-deuil-de-lenfant-mort-ne-le-rituel-du-sanctuaire-a-repit-2\/"},"modified":"2021-09-19T17:48:48","modified_gmt":"2021-09-19T15:48:48","slug":"comment-faisait-on-autrefois-le-deuil-de-lenfant-mort-ne-le-rituel-du-sanctuaire-a-repit","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/comment-faisait-on-autrefois-le-deuil-de-lenfant-mort-ne-le-rituel-du-sanctuaire-a-repit\/","title":{"rendered":"Comment faisait-on autrefois le deuil de l\u2019enfant mort-n\u00e9 ? Le rituel du \u00ab sanctuaire \u00e0 r\u00e9pit \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019enfant nouveau-n\u00e9 est le symbole de l\u2019innocence et de la fragilit\u00e9 et la naissance d\u2019un enfant mort-n\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 un drame&nbsp;: le fruit mort avant d\u2019avoir v\u00e9cu, la d\u00e9sesp\u00e9rance des parents, le sentiment d\u2019avoir commis quelque erreur, la culpabilisation&#8230; Or, l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un enfant mort, alors qu\u2019on attendait de lui le prolongement du couple et de la lign\u00e9e, \u00e9tait sans doute encore plus vivement ressentie aux si\u00e8cles pass\u00e9s, au temps du catholicisme triomphant. Loin d\u2019\u00eatre insensibles \u00e0 un tel drame, les parents redoutaient en effet le sort qui attendait l\u2019enfant mort sans bapt\u00eame, puisque l\u2019absence du sacrement qui sauvait \u00e0 la vie \u00e9ternelle vouait l\u2019innocent au Limbe des en fants, le \u00ab&nbsp;<em>Limbus puerorum<\/em>&nbsp;\u00bb, cet espace de souffrance o\u00f9 le magist\u00e8re religieux voulait depuis le XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qu\u2019il soit priv\u00e9 de la vision de Dieu&nbsp;: la peine du Dam. Son \u00e2me \u00e9tait destin\u00e9e \u00e0 errer pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 et \u00e0 venir importuner les vivants. Quant \u00e0 son corps, interdit de s\u00e9pulture dans l\u2019espace communautaire, il \u00e9tait enterr\u00e9 dans un jardin, un champ ou un pr\u00e9, comme une b\u00eate&#8230; Telles \u00e9taient alors les \u00ab&nbsp;justices de l\u2019au-del\u00e0&nbsp;\u00bb. On peut comprendre que les parents aient tout fait pour que l\u2019enfant \u00e9chappe alors \u00e0 sa triste destin\u00e9e. Restait en effet une issue&nbsp;: exposer le petit cadavre devant une \u00ab&nbsp;image&nbsp;\u00bb miraculeuse. On attendait alors que des \u00ab&nbsp;signes de vie&nbsp;\u00bb apparaissent un court laps de temps sur le corps de l\u2019enfant, pour proc\u00e9der au \u00ab&nbsp;petit bapt\u00eame&nbsp;\u00bb qui allait le d\u00e9livrer d\u2019un sort pitoyable&nbsp;: un sacrement d\u00e9rob\u00e9, conf\u00e9r\u00e9 pendant cette sorte de \u00ab&nbsp;r\u00e9pit&nbsp;\u00bb entre \u00ab&nbsp;les deux morts de l\u2019enfant&nbsp;\u00bb, puisque l\u2019enfant mourait apr\u00e8s le sacrement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le sursaut maternel<\/h2>\n\n\n\n<p>Si cette naissance rat\u00e9e \u00e9branle toute la famille, elle est ressentie par la m\u00e8re comme une frustration, comme une d\u00e9possession affective, d\u2019autant plus que l\u2019entourage lui refuse fr\u00e9quemment de voir l\u2019enfant mort qu\u2019elle vient de mettre au monde. Entre les pleurs et les pri\u00e8res \u00e0 la Vierge et aux saints, elle insiste \u00e0 nouveau pour qu\u2019on lui pr\u00e9sente le nouveau-n\u00e9 dont on lui avait d\u2019abord cach\u00e9 la triste destin\u00e9e&#8230; Sous pr\u00e9texte de ne pas raviver sa douleur, on cesse m\u00eame de lui en parler. Comme si la m\u00e8re pouvait oublier ce qu\u2019elle ressent comme un grave \u00e9chec. Ce corps soustrait la met dans l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019assumer correctement le deuil de son enfant. La femme se sent en effet investie d\u2019un r\u00f4le essentiel dans la transmission de l\u2019esp\u00e8ce et l\u2019on comprend qu\u2019elle mette tant d\u2019insistance \u00e0 ce que l\u2019enfant soit sauv\u00e9. Il y va en effet de son honneur d\u2019assurer la r\u00e9insertion d\u2019un enfant perdu dans l\u2019univers symbolique des hommes, dans le corps commun de la lign\u00e9e. Or, voil\u00e0 qu\u2019\u00e0 l\u2019angoisse de laisser perdre une \u00e2me se m\u00eale maintenant une crainte&nbsp;: et si l\u2019innocent n\u2019\u00e9tait pas vraiment mort&#8230;.&nbsp;? On en raconte tant de ces histoires qui font \u00e9tat de macabres d\u00e9couvertes longtemps apr\u00e8s l\u2019ensevelissement&#8230; La peur de l\u2019enterr\u00e9-vif lui fait redouter le pire. Imaginer qu\u2019on ait pu porter en terre un petit innocent qui ne demandait qu\u2019\u00e0 vivre lui est insupportable&nbsp;! Elle montre une telle d\u00e9termination que l\u2019homme finit par se r\u00e9soudre \u00e0 lui ob\u00e9ir&nbsp;: il va d\u00e9terrer l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Un cas dat\u00e9 de 1428, rapport\u00e9 en 1651 par un homme d\u2019\u00c9glise, t\u00e9moigne de cette fascination pour tous ces innocents qui ont s\u00e9journ\u00e9 dans les entrailles de la terre avant de donner des \u00ab&nbsp;signes de vie&nbsp;\u00bb. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, une femme d\u2019une paroisse proche de Cambrai accouche d\u2019un enfant mort. Elle en est tr\u00e8s affect\u00e9e, mais l\u2019enfant est enterr\u00e9. Il y a maintenant quinze jours qu\u2019il est sous trois pieds de terre quand alternant pri\u00e8res et protestations, elle finit par venir \u00e0 bout des r\u00e9ticences de son \u00e9poux. L\u2019enfant est d\u00e9terr\u00e9, et c\u2019est alors que l\u2019on constate, \u00e0 la stup\u00e9faction g\u00e9n\u00e9rale, que le corps loin d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 min\u00e9 par la d\u00e9composition est en parfait \u00e9tat&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ils trouv\u00e8rent ce petit poupon beau, d\u2019une couleur naturelle, vive et vermeil e comme une rose. Il n\u2019y avoit aucune marque de mort en tout son corps, ny aucune foulure ny blessure, sauf en une des machoires qui sembloit estre un peu froiss\u00e9e de terre. Jamais personne ne fut plus estonn\u00e9 que furent ces bonnes gens \u00e0 ce spectacle&nbsp;; il ne savoient s\u2019ils devoient rire ou pleurer, dans leur estonnement, ny croire ce qu\u2019ils voioient<\/em>&nbsp;\u00bb. Il faut bien entendu faire la part de l\u2019hagiographie \u00e0 la lecture d\u2019un tel t\u00e9moignage, mais nul doute que de nombreux enfants furent ainsi enterr\u00e9s puis d\u00e9terr\u00e9s. Apr\u00e8s une br\u00e8ve toilette de la petite d\u00e9pouille, le p\u00e8re la met dans un sac ou un panier et, accompagn\u00e9 de l\u2019accoucheuse, d\u2019une ou deux voisines et d\u2019une parente, il s\u2019empresse de prendre le chemin du sanctuaire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le cadavre expos\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Il arrive que le petit cadavre ne soit pas accept\u00e9 dans l\u2019\u00e9glise et qu\u2019on l\u2019expose dans une niche sp\u00e9cialement am\u00e9nag\u00e9e \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du sanctuaire, mais en g\u00e9n\u00e9ral, apr\u00e8s avoir pouss\u00e9 la porte du lieu saint, les p\u00e8lerins se dirigent vers la chapelle o\u00f9 est install\u00e9e la statue de la Vierge miraculeuse. Ils d\u00e9posent le corps sur l\u2019autel, le plus souvent sur le marchepied de l\u2019autel, parfois sur une table install\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9. Le petit corps est alors d\u00e9maillot\u00e9 et c\u2019est donc d\u00e9nud\u00e9 et couch\u00e9 sur le dos qu\u2019il est expos\u00e9 devant l\u2019image. La rigidit\u00e9 du cadavre emp\u00eache parfois de proc\u00e9der \u00e0 une pr\u00e9sentation correcte du corps&nbsp;: impossible d\u2019allonger les jambes et de joindre les mains de l\u2019enfant\u2026 Autour de sa d\u00e9pouille, les p\u00e8lerins, accompagn\u00e9s maintenant de personnes pieuses du lieu assembl\u00e9es \u00e0 son de cloche, commencent \u00e0 implorer la Vierge. Tous sont conscients de la gravit\u00e9 du moment. L\u2019attente commence\u2026 On prie, on allume des cierges, on fait dire des messes, on chante les litanies de la Vierge tout en surveillant attentivement le petit cadavre. Mieux faudrait d\u2019ailleurs dire <em>les petits cadavres<\/em> lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un sanctuaire tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9&nbsp;: ainsi, \u00e0 Moustiers-Sainte-Marie, voit-on couramment deux, trois, voire quatre enfants align\u00e9s autour desquels s\u2019affairent les p\u00e8lerins. Tous d\u00e9taillent des yeux ces corps dont on esp\u00e8re qu\u2019ils vont revenir \u00e0 la vie\u2026 Lequel sera le premier \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une gr\u00e2ce&nbsp;? Il arrive souvent que le cur\u00e9 intervienne pour faire retirer l\u2019un des cadavres qui entre d\u00e9cid\u00e9ment en putr\u00e9faction et incommode l\u2019assistance. Les personnes qui ont amen\u00e9 les autres enfants s\u2019en trouvent confort\u00e9es dans leur espoir de r\u00e9ussir puisque les autres petits corps sont toujours intacts\u2026 Et voici que l\u2019un des fid\u00e8les, plus attentif sans doute que les autres, commence \u00e0 observer le d\u00e9but d\u2019un changement sur le cadavre d\u2019un innocent. Il s\u2019empresse d\u2019annoncer \u00e0 tous la nouvelle, car il y a une grande fiert\u00e9 \u00e0 \u00eatre le premier \u00e0 pressentir le retour de la vie dans un corps inerte. La tension en effet n\u2019a cess\u00e9 de cro\u00eetre dans ce huis clos paradoxal, r\u00e9unissant autour du cadavre d\u2019un enfant, des hommes et des femmes venus d\u2019horizons divers que le hasard a assembl\u00e9s l\u00e0. Apr\u00e8s des heures, des jours et des nuits d\u2019attente patiente ou f\u00e9brile, leur requ\u00eate a enfin \u00e9t\u00e9 entendue&nbsp;! Parmi les p\u00e8lerins, c\u2019est une explosion de joie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le 3 janvier 1708, on apporte au sanctuaire de Moha, dans la vall\u00e9e de la Meuse en Belgique, le cadavre d\u2019un enfant mort-n\u00e9 dont la m\u00e8re a accouch\u00e9 la veille. Il est expos\u00e9 devant l\u2019image de la Vierge du Rosaire fort r\u00e9put\u00e9e dans la r\u00e9gion pour les miracles qu\u2019elle accomplit. Deux semaines passent sans que l\u2019on note le moindre changement sur le corps qui est toujours \u00ab&nbsp;<em>froid et roide<\/em>&nbsp;\u00bb. Mais ce jour-l\u00e0, sur les quatre heures du soir, le cur\u00e9 qui encourageait l\u2019exposition du corps des enfants mort-n\u00e9s dans son sanctuaire remarque, en arrivant \u00e0 l\u2019\u00e9glise, que \u00ab&nbsp;tout le corps changeoit en coulleur vermeille&nbsp;\u00bb. Lui posant la main sur le ventre, il lui trouve une chaleur mod\u00e9r\u00e9e et quelques minutes plus tard, il l\u2019estime \u00ab&nbsp;<em>chaud et en sueur<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019enfant \u00e0 qui on avait crois\u00e9 les mains sur l\u2019estomac les d\u00e9tache&nbsp;: elles glissent le long du corps et tombent sur la table. Et voil\u00e0 que la plume que l\u2019on avait pos\u00e9e sur ses l\u00e8vres se met \u00e0 bouger, \u00ab&nbsp;<em>haussant et se baissant plusieurs fois (..), de quoi il fut jug\u00e9 que l\u2019enfant soupiroit<\/em>&nbsp;\u00bb. C\u2019est alors que la cr\u00e9ature remet ses mains sur son estomac, avant de les laisser pendre \u00e0 nouveau le long de son corps. Le cur\u00e9 qui relate les faits rapporte ensuite qu\u2019il \u00ab&nbsp;<em>vit l\u2019enfant pousser trois soupirs et la poitrine s\u2019eslever et la veine qui traverse le front d\u2019une couleur rouge et battante<\/em>&nbsp;\u00bb. Ne doutant plus d\u00e9cid\u00e9ment de la r\u00e9alit\u00e9 des signes de vie, le cur\u00e9 \u00ab&nbsp;baptisat sous condition ledit enfant&nbsp;\u00bb. Il ne s\u2019agit pas de se prononcer sur la r\u00e9alit\u00e9 du miracle ou de s\u2019interroger sur une \u00e9ventuelle manipulation, mais de prendre en consid\u00e9ration une pratique populaire largement diffus\u00e9e et aujourd\u2019hui totalement oubli\u00e9e. Des milliers et des milliers d\u2019embryons et d\u2019enfants \u00e0 terme ont \u00e9t\u00e9 ainsi expos\u00e9s et ont donn\u00e9 des \u00ab&nbsp;signes de vie&nbsp;\u00bb entre le XIV<sup>e<\/sup> et le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle dans des dizaines et des dizaines de sanctuaires en France, en Belgique, en Suisse, en Autriche, en Allemagne du sud et en Italie du nord.<\/p>\n\n\n\n<p>Examinons de plus pr\u00e8s ce rituel du d\u00e9sespoir. Exposer un corps mort devant une image miraculeuse n\u2019est pas un geste exceptionnel en ces temps de foi. Les annales des sanctuaires relatent des cas de retour durable \u00e0 la vie de personnes que l\u2019on avait cru mortes des suites d\u2019un accident. Et les textes hagiographiques reprennent constamment, en citant les miracles du Christ et des saints, des cas de retours d\u00e9finitifs \u00e0 la vie, les plus embl\u00e9matiques \u00e9tant sans doute ceux du Lazare sortant de son tombeau et de la fille de Ja\u00efre se redressant sur la couche o\u00f9 on l\u2019avait vue morte. Et puisque ces retours en arri\u00e8re, de la mort \u00e0 la vie, sont jug\u00e9s possibles, \u00e0 l\u2019image du mod\u00e8le \u00e9vang\u00e9lique, pourquoi le retour temporaire \u00e0 la vie d\u2019un enfant mort-n\u00e9 ne le serait-il pas&nbsp;? Pourquoi ne pas esp\u00e9rer l\u2019impossible ici et maintenant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des \u00ab&nbsp;signes de vie&nbsp;\u00bb&nbsp;? Quels \u00ab&nbsp;signes de vie&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Les \u00ab&nbsp;signes de vie&nbsp;\u00bb s\u2019inscrivent d\u2019abord dans une g\u00e9ographie du corps de l\u2019enfant, mais si toutes les parties sont affect\u00e9es, elles r\u00e9agissent diff\u00e9remment selon l\u2019\u00e2ge du f\u0153tus \u00e0 la naissance&nbsp;: enfant \u00e0 terme ou avorton de quelques mois de conception. L\u2019apparition de ces signes ob\u00e9it \u00e9galement \u00e0 des facteurs externes&nbsp;: temp\u00e9rature ambiante et temps \u00e9coul\u00e9 depuis l\u2019accouchement. La froidure de l\u2019hiver peut en effet favoriser la conservation des corps.<\/p>\n\n\n\n<p>La morphologie des \u00ab&nbsp;signes de vie&nbsp;\u00bb qui se manifestent au sanctuaire \u00e0 r\u00e9pit est aujourd\u2019hui bien connue. Pour l\u2019assistance, il ne fait aucun doute que le principe vital r\u00e9side dans la t\u00eate et la poitrine&nbsp;; ce sont donc les parties du corps que l\u2019on surveille et que l\u2019on touche fr\u00e9quemment. C\u2019est habituellement le changement de couleur \u00e0 la face, au ventre ou \u00e0 la poitrine qui annonce la mutation de l\u2019\u00e9tat du corps. Il s\u2019agit toujours d\u2019une couleur vive qui tranche avec la teinte cadav\u00e9reuse que l\u2019enfant pr\u00e9sentait \u00e0 son arriv\u00e9e au sanctuaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>De p\u00e2le bleu que ses l\u00e8vres \u00e9taient, lui sont devenues enti\u00e8rement vermeilles et rouges comme du sang<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce premier signe s\u2019accompagne fr\u00e9quemment de chaleur. Puis d\u2019autres manifestations apparaissent. Les assistants \u00ab&nbsp;sentent le corps et principalement la t\u00eate dudit enfant \u00eatre chaude et la veine de la tempe battre&nbsp;\u00bb. Ils se persuadent alors que la vie interne reprend son cours puisque le pouls se r\u00e9tablit\u2026 Et voil\u00e0 que la respiration semble r\u00e9appara\u00eetre&nbsp;: on sent \u00ab&nbsp;<em>les souffles sensibles de son haleine<\/em>\u2026 Des \u00e9panchements aqueux accompagnent ces manifestations&nbsp;: salive, larmes, sueur abondante. Du sang coule par les narines, l\u2019oreille ou le nombril. Or, plus que tout autre signe, le sang est aux yeux des assistants le symbole de la vie. Et puis il y a les mouvements qui agitent le corps&nbsp;; les bras et les jambes qui changent de place, et surtout l\u2019ouverture des paupi\u00e8res\u2026 Ces hommes et ces femmes harass\u00e9s de fatigue, apr\u00e8s des jours et des jours pass\u00e9s \u00e0 veiller le corps ont beau se rendre compte qu\u2019ils ne parviennent pas \u00e0 croiser le regard vide de l\u2019enfant, ils ne veulent retenir de cet instant que le sentiment exquis d\u2019avoir enfin atteint le but&nbsp;: leur foi pers\u00e9v\u00e9rante a triomph\u00e9 de l\u2019adversit\u00e9\u2026 De cet enfant sans \u00e2me, on a fait un \u00ab&nbsp;enfant du Ciel&nbsp;\u00bb puisqu\u2019il est sauv\u00e9&nbsp;! Comment devant ces \u00ab&nbsp;preuves&nbsp;\u00bb \u00e9clatantes, plus \u00ab&nbsp;\u00e9videntes&nbsp;\u00bb les unes que les autres, les assistants pourraient-ils douter un instant de la \u00ab&nbsp;r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb du miracle&nbsp;? Le caract\u00e8re spectaculaire de ce \u00ab&nbsp;retour en arri\u00e8re&nbsp;\u00bb, contre toute logique humaine qu\u2019est le \u00ab&nbsp;r\u00e9pit&nbsp;\u00bb, la fr\u00e9quente dramatisation de la sc\u00e8ne, tout contribue \u00e0 faire du miracle des mort-n\u00e9s un miracle sans pareil&nbsp;! La manifestation des \u00ab&nbsp;signes de vie&nbsp;\u00bb peut \u00eatre de dur\u00e9e variable. Certains enfants meurent imm\u00e9diatement apr\u00e8s qu\u2019on les ait ondoy\u00e9s et redeviennent livides et puants, comme si les \u00ab&nbsp;signes de mort&nbsp;\u00bb un temps bloqu\u00e9s, refoul\u00e9s le temps du prodige, revenaient en force d\u00e8s que l\u2019enfant \u00e9tait sauv\u00e9\u2026 Mais d\u2019autres continuent \u00e0 donner des \u00ab&nbsp;signes de vie&nbsp;\u00bb bien apr\u00e8s le sacrement, pendant plus de trente heures parfois\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019approche m\u00e9dicale<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019examen des signes de vie conduit \u00e0 formuler deux hypoth\u00e8ses. Dans la premi\u00e8re, l\u2019enfant n\u2019est pas r\u00e9ellement d\u00e9c\u00e9d\u00e9&nbsp;; la mort n\u2019est qu\u2019apparente et il s\u2019agit donc pour l\u2019homme de l\u2019art de le r\u00e9animer, de mettre fin \u00e0 un coma prolong\u00e9 en usant des moyens ad\u00e9quats que pr\u00e9conise la science m\u00e9dicale de l\u2019\u00e9poque. Dans l\u2019autre cas, l\u2019enfant est bien mort et l\u2019analyse des signes de vie prend une tout autre dimension. Il faut s\u2019arr\u00eater \u00e0 cette seconde hypoth\u00e8se parce que la dominante des \u00ab&nbsp;r\u00e9pits&nbsp;\u00bb est bien la manifestation de \u00ab&nbsp;signes de vie&nbsp;\u00bb sur un corps reconnu initialement mort.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les trois temps du cadavre<\/h2>\n\n\n\n<p>Le comportement du corps du nouveau-n\u00e9 dans les heures et les jours qui suivent sa mort peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 de mani\u00e8re assez satisfaisante \u00e0 partir des travaux de m\u00e9decine l\u00e9gale. Trois moments successifs sont perceptibles. Le premier temps est d\u2019abord celui de la naissance d\u2019un enfant mort au corps mou, humide et chaud, p\u00e2le et inerte. Sa flexibilit\u00e9 est due \u00e0 l\u2019alcalinit\u00e9 naturelle des tissus musculaires. Nombre de documents font le constat du d\u00e9c\u00e8s&nbsp;; on insiste alors sur la raideur cadav\u00e9rique (\u00ab&nbsp;<em>il \u00e9tait raide comme b\u00e2ton<\/em>&nbsp;\u00bb), la lividit\u00e9 du corps (\u00ab&nbsp;<em>il \u00e9tait tout noir, tant au visage que par tout le corps<\/em>&nbsp;\u00bb) et sur l\u2019odeur qu\u2019il d\u00e9gageait (\u00ab&nbsp;<em>flairant et puant<\/em>&nbsp;\u00bb). Lorsque le d\u00e9c\u00e8s du f\u0153tus est ant\u00e9rieur \u00e0 l\u2019accouchement, il arrive que le corps soit tr\u00e8s alt\u00e9r\u00e9. Des phlyct\u00e8nes thoraciques remplies de s\u00e9rosit\u00e9 sont alors signal\u00e9es sur le cou ou la poitrine.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me temps est celui du refroidissement du corps, qui commence imm\u00e9diatement apr\u00e8s la naissance, la d\u00e9perdition de chaleur \u00e9tant sur un petit corps proportionnellement plus rapide que chez l\u2019adulte. Ce refroidissement s\u2019accompagne d\u2019une contraction g\u00e9n\u00e9rale des muscles qui s\u2019acidifient et, au bout de quelques dizaines de minutes, la rigidit\u00e9 cadav\u00e9rique appara\u00eet. Refroidissement et rigidit\u00e9 se manifestent plus ou moins vite suivant la saison&nbsp;: la chaleur acc\u00e9l\u00e8re le processus, le froid le retarde. Le retour de la flexibilit\u00e9 du corps et son r\u00e9chauffement relatif, partiel -ce sont la face et le ventre, qui sont principalement concern\u00e9s- constituent une troisi\u00e8me \u00e9tape de cette \u00e9volution. L\u2019alcalinit\u00e9 r\u00e9appara\u00eet progressivement, le laps de temps pouvant varier entre trois \u00e0 quatre heures et deux jours. C\u2019est alors que commence la d\u00e9composition du corps, caract\u00e9ris\u00e9e par le rel\u00e2chement des muscles et des sphincters, la remont\u00e9e de la partie sup\u00e9rieure du thorax qui fait pression sur l\u2019estomac. Exceptionnellement, des bruits proches du spasme, du g\u00e9missement ou du sanglot se font entendre qui proviennent des visc\u00e8res, de l\u2019estomac ou de la m\u00e2choire qui se d\u00e9contracte. Les membres bougent, l\u2019\u0153il s\u2019ouvre\u2026 On comprend que de telles manifestations aient fortement impressionn\u00e9 l\u2019assistance et accr\u00e9dit\u00e9 l\u2019id\u00e9e que, d\u00e9cid\u00e9ment, quelque chose d\u2019extraordinaire se produisait. C\u2019est dans ce contexte d\u2019attente angoiss\u00e9e et d\u2019exasp\u00e9ration des sentiments que s\u2019inscrit l\u2019appel au corps m\u00e9dical.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Accoucheuses et accoucheurs cautionnent le miracle<\/h2>\n\n\n\n<p>Matrones, chirurgiens ou m\u00e9decins, sont invit\u00e9 \u00e0 t\u00e9moigner de la r\u00e9alit\u00e9 des \u00ab&nbsp;signes de vie&nbsp;\u00bb que les assistants voient appara\u00eetre sur le corps de l\u2019enfant. Le comportement de la matrone est loin d\u2019\u00eatre uniforme. Le plus souvent pourtant, on la voit jouer un r\u00f4le actif au sein du groupe de femmes qui implorent la Vierge ou le saint intercesseur, mais dans certains sanctuaires, elle reste au contraire plus ext\u00e9rieure aux \u00e9v\u00e8nements. Elle surveille, juge et conf\u00e8re \u00ab&nbsp;le petit bapt\u00eame&nbsp;\u00bb\u00e0 la demande des assistants. Le t\u00e9moignage de l\u2019homme de l\u2019art ou de l\u2019accoucheuse est, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence attendu des contemporains, car l\u2019avis que donnent ceux-ci est capital pour assurer la validation du cas et \u00e9viter un litige ult\u00e9rieur. Leur fonction, leur exp\u00e9rience des accouchements les am\u00e8nent tout naturellement \u00e0 s\u2019exprimer, en tant que sp\u00e9cialistes du corps, sur les signes de vie et de mort constat\u00e9s successivement chez un nouveau-n\u00e9. A vrai dire, il s\u2019agit d\u2019une d\u00e9marche inhabituelle puisque ce que l\u2019on attend tout de m\u00eame des praticiens c\u2019est qu\u2019ils sachent reconna\u00eetre les signes de la mort apr\u00e8s la vie, et non pas l\u2019inverse&nbsp;! En g\u00e9n\u00e9ral, le praticien n\u2019assiste pas \u00e0 la premi\u00e8re phase du \u00ab&nbsp;r\u00e9pit&nbsp;\u00bb&nbsp;; il ne d\u00e9livre pas de certificat de d\u00e9c\u00e8s&nbsp;; on ne fait appel \u00e0 lui que pour les phases deux et trois, c\u2019est \u00e0 dire seulement pour \u00e9tablir le constat des signes de vie et de la \u00ab&nbsp;deuxi\u00e8me mort&nbsp;\u00bb, d\u00e9finitive celle-l\u00e0. Il existe pourtant une exception \u00e0 cette r\u00e8gle&nbsp;: dans les cas d\u2019infanticide. Le chirurgien ou la sage-femme proc\u00e8dent alors \u00e0 l\u2019examen du corps mort, et en communiquent le r\u00e9sultat aux autorit\u00e9s religieuse et judiciaire, oralement pour la sage-femme, par \u00e9crit pour le praticien. Ordinairement, le r\u00f4le des hommes de l\u2019art se limite en fait \u00e0 une intervention au moment o\u00f9 l\u2019assistance croit percevoir des changements sur le corps de l\u2019enfant. Ils \u00ab&nbsp;visitent&nbsp;\u00bb le corps expos\u00e9 dans le sanctuaire, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils l\u2019examinent, le touchent et se prononcent.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Eglise attend donc des chirurgiens, m\u00e9decins et accoucheuses qu\u2019ils cautionnent le miracle, mais le r\u00f4le qu\u2019on leur fait jouer n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9 d\u2019ambigu\u00eft\u00e9&nbsp;: nul doute que le poids de la science repr\u00e9sent\u00e9e par l\u2019homme de l\u2019art est destin\u00e9e \u00e0 asseoir la r\u00e9putation miraculeuse du lieu de d\u00e9votion. L\u2019interpr\u00e9tation des signes de vie peut alors entretenir la confusion entre miracle et m\u00e9decine. L\u2019accoucheuse, femme du terroir, aux pratiques souvent encore proches de la magie, est certainement la moins apte \u00e0 discerner le caract\u00e8re ambigu du r\u00f4le qu\u2019on pr\u00e9tend lui faire jouer. Chez les chirurgiens et les m\u00e9decins, par contre, on discerne \u00e0 partir des ann\u00e9es 1730 une attitude nouvelle faite d\u00e9sormais de r\u00e9serve, une volont\u00e9 de prendre leurs distances \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00ab&nbsp;r\u00e9pits&nbsp;\u00bb et du climat miraculeux qui les entoure. La prestation attendue du praticien se r\u00e9sumait au fond \u00e0 peu de chose sur le plan strictement m\u00e9dical. Son rapide constat \u00e9tait sans efficacit\u00e9 pratique puisqu\u2019ils ne pouvaient plus rien pour sauver la vie du jeune \u00eatre. Maintenir en sant\u00e9 et en vie, n\u2019\u00e9tait-ce pourtant pas l\u00e0 le but essentiel de l\u2019intervention m\u00e9dicale&nbsp;? Le m\u00e9decin entend justement faire davantage d\u00e9sormais pour sauver le nouveau-n\u00e9 en p\u00e9ril&nbsp;: redonner une vie durable \u00e0 un jeune \u00eatre lui appara\u00eet tellement plus gratifiant&nbsp;! Il entend donc consacrer tous ses soins \u00e0 sauver les nouveau-n\u00e9s en d\u00e9tresse et pense trouver dans l\u2019obst\u00e9trique les moyens d\u2019y parvenir. Pr\u00e9venir l\u2019irr\u00e9parable -la vie fauch\u00e9e pr\u00e9matur\u00e9ment &#8211; gr\u00e2ce aux ressources de l\u2019art, donne au praticien le sentiment d\u2019\u00eatre utile \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 l\u2019aube des \u201cLumi\u00e8res\u201d, l\u2019attitude nouvelle des hommes de l\u2019art \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pratiques de \u00ab&nbsp;r\u00e9pit&nbsp;\u00bb t\u00e9moigne des changements qui lentement apparaissent dans l\u2019\u00e9thique m\u00e9dicale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e9volution de la doctrine<\/h2>\n\n\n\n<p>La m\u00e9decine pose en effet de nouvelles questions. Certes, l\u2019enfant a apparemment cess\u00e9 d\u2019exister au dehors, mais la vie n\u2019est-elle pas encore pr\u00e9sente au-dedans&nbsp;? La surface du corps est parfois trompeuse. Et la mort est-elle aussi instantan\u00e9e que le disent les th\u00e9ologiens&nbsp;? Les nombreux cas de mort apparente, complaisamment rapport\u00e9s dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle peuvent t\u00e9moigner au contraire de la permanence de la vie cach\u00e9e, alors qu\u2019on pouvait penser, \u00e0 l\u2019examen superficiel du corps, que tout \u00e9tait fini. Le si\u00e8cle n\u2019est pas seulement obs\u00e9d\u00e9 par la qu\u00eate du bonheur&nbsp;; il est aussi travaill\u00e9 sourdement par l\u2019id\u00e9e de la mort. Il s\u2019interroge avec passion sur la fronti\u00e8re entre la vie et la mort&nbsp;: o\u00f9 finit la vie, o\u00f9 commence la mort&nbsp;? Une nouvelle conscience de la mort est en train d\u2019appara\u00eetre et ce changement trouve sa traduction au niveau de la th\u00e9orie m\u00e9dicale&nbsp;: \u00ab&nbsp;la mort-instant&nbsp;\u00bb du mod\u00e8le m\u00e9caniste, qui respectait \u00ab&nbsp;l\u2019incontestable&nbsp;\u00bb dogme religieux, fait place \u00e0 la mort-processus de l\u2019\u00e9cole vitaliste dont l\u2019\u00e9nonc\u00e9 doctrinal trouve sa perfection avec Bichat&nbsp;: la mort est un processus complexe, multiple qui s\u2019\u00e9tend dans le temps et qui est donc morcel\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9volution de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 sert de toile de fond aux d\u00e9bats sur le cas des mort-n\u00e9s. Paradoxalement, en introduisant davantage de souplesse dans l\u2019explication de la mort, la th\u00e9orie vitaliste -et avec elle le corps m\u00e9dical- accr\u00e9dite la th\u00e8se du \u00ab&nbsp;r\u00e9pit&nbsp;\u00bb possible&nbsp;: le jeune corps para\u00eet mort et ne l\u2019est peut-\u00eatre pas\u2026 La mort-processus est r\u00e9versible et la porte reste donc ouverte \u00e0 un retour \u00e0 la vie\u2026 Le petit miracul\u00e9 entre dans la cat\u00e9gorie des individus qui ont eu une mort imparfaite. Le cadavre du mort-n\u00e9 est un cadavre sans statut et c\u2019est bien cette absence de statut qui inqui\u00e8te les parents car, par del\u00e0 la question du bapt\u00eame, elle peut entra\u00eener des contestations au sein des familles. Qu\u2019il ait manifest\u00e9 quelque signe de vie et voil\u00e0 qu\u2019il peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un h\u00e9ritier, m\u00eame passager. Pour le p\u00e8re dont la femme est morte en couches, ou la m\u00e8re qui a perdu son mari pendant sa grossesse, c\u2019est son propre avenir qui peut \u00eatre affect\u00e9 selon que l\u2019enfant a ou non manifest\u00e9 sa vitalit\u00e9. C\u2019est ainsi que derri\u00e8re le probl\u00e8me du bapt\u00eame, apparaissent des questions qui rel\u00e8vent du droit priv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La s\u00e9pulture de l\u2019enfant miracul\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Mauvaise naissance, corps mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart, \u00e2me errante&nbsp;: telle \u00e9tait la vision de la destin\u00e9e de l\u2019enfant mort-n\u00e9. \u00c0 l\u2019inverse, l\u2019enfant ondoy\u00e9 apr\u00e8s un r\u00e9pit, puis \u00ab&nbsp;retourn\u00e9 \u00e0 mort&nbsp;\u00bb \u00e9tait sens\u00e9 int\u00e9grer sa communaut\u00e9. Or dans la pratique, le corps n\u2019\u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement pas ramen\u00e9 \u00e0 son lieu d\u2019origine&nbsp;; il paraissait en effet normal de laisser le corps au lieu m\u00eame o\u00f9 la gr\u00e2ce s\u2019\u00e9tait manifest\u00e9e et ce choix \u00e9tait ressenti comme un bienfait suppl\u00e9mentaire. La s\u00e9pulture du petit cadavre au plus pr\u00e8s du sanctuaire \u00e9tait pour la parent\u00e9 la plus belle des r\u00e9compenses. Lorsqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une \u00e9glise paroissiale, les petites d\u00e9pouilles reposaient dans le cimeti\u00e8re communautaire, un \u00ab&nbsp;rang sp\u00e9cial&nbsp;\u00bb leur \u00e9tant r\u00e9serv\u00e9. Dans le cas d\u2019une chapelle de confins, un \u00ab&nbsp;cimeti\u00e8re de b\u00e9b\u00e9s&nbsp;\u00bb avait \u00e9t\u00e9 sommairement am\u00e9nag\u00e9&nbsp;: ainsi, \u00e0 Notre-Dame du Chemin \u00e0 Serrigny en Bourgogne, \u00e0 Nanc, pr\u00e8s de Saint-Amour dans le Jura ou \u00e0 Notre-Dame de l\u2019Arbrisseau \u00e0 Salles pr\u00e8s de Chimay dans le Hainaut belge. Parfois, les petits corps \u00e9taient ensevelis dans un caveau de la chapelle, comme \u00e0 Viserny pr\u00e8s de Montbard, en C\u00f4te d\u2019Or. Des traces de certains d\u2019entre eux subsistent encore aujourd\u2019hui, alors m\u00eame que leur m\u00e9moire s\u2019est perdue depuis bien longtemps. Seules les fouilles arch\u00e9ologiques permettent d\u2019en d\u00e9couvrir l\u2019agencement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019enseignement des fouilles arch\u00e9ologiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Rares sont les comptes-rendus de fouilles effectu\u00e9es dans le pass\u00e9 qui pr\u00e9cisent ce que furent les conditions de s\u00e9pulture de ces enfants. La plupart des sites ont souvent \u00e9t\u00e9 prospect\u00e9s assez superficiellement. Seul le hasard pouvait laisser esp\u00e9rer la sauvegarde de l\u2019un d\u2019eux. Ce fut le cas en 1992 \u00e0 Oberb\u00fcren, dans le canton de Berne en Suisse. Situ\u00e9 sur une colline dominant une confluence, au point de contact entre les trois anciens dioc\u00e8ses de Berne, Lausanne et Constance, cet ancien lieu de p\u00e9lerinage \u00e9tait devenu un enjeu entre catholiques et protestants au moment de la R\u00e9forme. Les cinq campagnes de fouilles qui se sont succ\u00e9d\u00e9es de 1993 \u00e0 1997 ont permis d\u2019\u00e9clairer sous un jour nouveau les conditions d\u2019ensevelissement des enfants mort-n\u00e9s miracul\u00e9s dans ce sanctuaire qui eut un grand rayonnement de la fin du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle aux ann\u00e9es 1530, date \u00e0 laquelle les protestants ras\u00e8rent le sanctuaire.<\/p>\n\n\n\n<p>La fouille du site a permis d\u2019\u00e9clairer les conditions d\u2019ensevelissement des mort-n\u00e9s miracul\u00e9s. On a retrouv\u00e9 490 tombes et les restes de 550 individus, dont 250 enfants (alors qu\u2019au moins 2000 enfants semblent avoir \u00e9t\u00e9 miracul\u00e9s pendant la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e). Les squelettes d\u2019enfants gisaient pour partie dans des s\u00e9pultures individuelles, pour partie, la plus nombreuse, dans des tombes collectives. Aucun mat\u00e9riel n\u2019a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 et tous semblent avoir \u00e9t\u00e9 ensevelis dans leurs langes ou dans un linceul. Comme la place \u00e9tait compt\u00e9e, en raison de l\u2019exigu\u00eft\u00e9 du site, on avait pris l\u2019habitude de superposer les corps sur plusieurs niveaux. On proc\u00e9dait de la mani\u00e8re suivante&nbsp;: on creusait d\u2019abord une grande fosse, puis on disposait les enfants corps contre corps, au fur et \u00e0 mesure qu\u2019on les amenait. Quand un premier lit \u00e9tait constitu\u00e9, on en disposait un autre par-dessus et lorsque le trou \u00e9tait plein, on le rebouchait et on creusait un peu plus loin. On pouvait ainsi avoir jusqu\u2019\u00e0 quatre lits de corps superpos\u00e9s. Tous les innocents \u00e9taient enterr\u00e9s la t\u00eate \u00e0 l\u2019ouest. Un certain nombre d\u2019entre eux reposaient sur le dos et avaient les bras sur l\u2019abdomen, mais beaucoup \u00e9taient couch\u00e9s sur le c\u00f4t\u00e9, les jambes repli\u00e9es en position embryonnaire. D\u2019autres avaient le corps contorsionn\u00e9 et les \u00e9paules paraissaient avoir \u00e9t\u00e9 comprim\u00e9es. Il est possible qu\u2019un fossoyeur ait \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 au sanctuaire et comme il disposait de peu de place, il serrait les corps les uns contre les autres sans trop se pr\u00e9occuper de leur position. Tous ces enfants \u00e9taient des b\u00e9b\u00e9s morts avant, pendant ou juste apr\u00e8s leur naissance. Les anthropologues qui ont proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude scientifique des ossements ont retenu la taille des squelettes comme crit\u00e8re de d\u00e9termination de l\u2019\u00e2ge des enfants. Ils ont consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019entre 45 et 55 centim\u00e8tres, ils avaient \u00e0 faire \u00e0 des enfants \u00e0 terme et qu\u2019au dessous de 45 centim\u00e8tres, il s\u2019agissait de f\u0153tus expuls\u00e9s pr\u00e9matur\u00e9ment. M\u00eame si ces crit\u00e8res sont discutables (pourquoi ne pas avoir pris comme r\u00e9f\u00e9rence la qualit\u00e9 des synostoses, ces soudures des extr\u00e9mit\u00e9s des os dont on sait qu\u2019elles interviennent \u00e0 des stades diff\u00e9rents de la croissance selon les os concern\u00e9s), ils apportent de pr\u00e9cieux renseignements sur les enfants miracul\u00e9s. Plus du tiers d\u2019entre eux \u00e9taient des pr\u00e9matur\u00e9s et les plus petits f\u0153tus \u00e9taient des avortons de quatre \u00e0 cinq mois de conception. Mais il est vrai que les interruptions involontaires de grossesse \u00e9taient nombreuses aux si\u00e8cles classiques&nbsp;: les accidents, le surmenage des femmes pendant la grossesse, les carences et les insuffisances alimentaires aboutissaient fr\u00e9quemment chez la femme enceinte \u00e0 l\u2019expulsion pr\u00e9matur\u00e9e de l\u2019embryon.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces petits r\u00e9prouv\u00e9s avaient au moins la chance d\u2019\u00eatre sauv\u00e9s et de m\u00e9riter une s\u00e9pulture en terre consacr\u00e9e, \u00e0 la grande satisfaction des parents qui remerciaient en offrant un ex voto. Mais qu\u2019en \u00e9tait-il des autres, de tous ceux qui ne donnaient pas de signes de vie et dont il est d\u2019ailleurs bien difficile d\u2019\u00e9valuer le nombre&nbsp;? Nous savons qu\u2019\u00e0 l\u2019abbaye d\u2019Ursberg en Souabe, qui fut sans doute le plus grand sanctuaire \u00e0 r\u00e9pit d\u2019Europe puisqu\u2019on y amenait annuellement \u00e0 la fin du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 2000 enfants mort-n\u00e9s, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 ne donn\u00e8rent jamais de \u00ab&nbsp;signes de vie&nbsp;\u00bb. En cas d\u2019\u00e9chec, les parents se mettaient alors en qu\u00eate d\u2019un autre lieu d\u2019exposition\u2026 Jusqu\u2019au moment o\u00f9 la d\u00e9composition du corps les obligeait \u00e0 l\u2019enterrer clandestinement tout contre le mur d\u2019un lieu de culte. Cette s\u00e9pulture \u00ab&nbsp;sous l\u2019\u00e9gout du toit&nbsp;\u00bb fut fr\u00e9quente en Alsace jusque dans les ann\u00e9es 1880. Elle constituait un moyen empirique de sauver l\u2019enfant, car on se persuadait que l\u2019eau qui tombait sur le sanctuaire, alors qu\u2019on proc\u00e9dait au bapt\u00eame d\u2019un enfant bien vivant, b\u00e9n\u00e9ficiait au pauvre innocent\u2026 On avait fait ce que l\u2019on avait pu et Dieu pourvoirait au reste\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les h\u00e9sitations de l\u2019\u00e9glise<\/h2>\n\n\n\n<p>Un \u00e9v\u00e9nement aussi spectaculaire et massif pla\u00e7ait l\u2019Eglise dans une situation inconfortable, car elle la divisait. Pendant des si\u00e8cles, les clercs ont globalement justifi\u00e9 ce miracle. Face aux protestants qui n\u2019y voyaient que tromperie, ils en ont m\u00eame fait une manifestation de la vraie foi. Ces pratiques n\u2019ont d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es par la curie romaine qu\u2019en 1729. Mais entre haut et bas clerg\u00e9, entre religieux r\u00e9guliers qui y \u00e9taient plut\u00f4t favorables et \u00e9v\u00eaques qui les condamnaient, les rapports ont \u00e9t\u00e9 parfois tendus. Et de ce fait, bien des pratiques ont \u00e9t\u00e9 dissimul\u00e9s \u00e0 la hi\u00e9rarchie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1670-1680, on assiste un peu partout \u00e0 une v\u00e9ritable \u00e9pid\u00e9mie de \u00ab&nbsp;r\u00e9pits&nbsp;\u00bb et la hi\u00e9rarchie se rend compte de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de ce qui se passe. Sa condamnation du rite entra\u00eene des conflits parfois s\u00e9v\u00e8res et des sanctions, mais la demande des populations est telle que le rituel persiste. Au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019institution croit trouver une solution avec la c\u00e9sarienne sur femme morte pr\u00e9conis\u00e9e par le <em>Trait\u00e9 d\u2019embryologie sacr\u00e9e<\/em> du j\u00e9suite italien Cangiamila. On attend la mort de la femme qui ne parvient pas \u00e0 accoucher et on s\u2019empresse d\u2019inciser son cadavre pour tirer l\u2019enfant vivant et l\u2019ondoyer\u2026 Cette pratique que l\u2019on veut syst\u00e9matique mais qui ne tient pas compte de la vie de la m\u00e8re, va soulever l\u2019opinion dans la seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle et l\u2019Eglise va alors tenter d\u2019y substituer le bapt\u00eame intra-ut\u00e9rin.<\/p>\n\n\n\n<p>Au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la valorisation du culte marial conduit d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019acceptation du \u00ab&nbsp;r\u00e9pit&nbsp;\u00bb par l\u2019institution&nbsp;; ce miracle devient m\u00eame le symbole de la toute puissance de Dieu, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intercession de la Vierge en faveur des pauvres enfants non baptis\u00e9s. Mais ce n\u2019est que dans les ann\u00e9es 1950 que l\u2019institution acceptera d\u2019att\u00e9nuer la peine imagin\u00e9e pour les mort-n\u00e9s. Enfin, il y a quelques ann\u00e9es une commission pontificale, \u00e0 la demande de Beno\u00eet XVI, s\u2019est pench\u00e9e sur le concept de limbes des enfants pour souligner que ce ne fut jamais un dogme d\u2019Eglise, mais une position de circonstance\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un cadavre de \u00ab&nbsp;l\u2019entre-deux&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Tous ces rites d\u00e9rob\u00e9s, toutes ces tentatives pour r\u00e9int\u00e9grer un corps mort dans le cycle de vie communautaire renvoient \u00e0 des croyances sans doute ant\u00e9rieures \u00e0 la christianisation des populations rurales. Les populations ont piti\u00e9 de l\u2019enfant mort-n\u00e9, ce qui ne les emp\u00eache pas d\u2019en redouter l\u2019esprit vindicatif. On se m\u00e9fie de cet \u00ab&nbsp;esprit \u00e9gar\u00e9&nbsp;\u00bb, de cette \u00ab&nbsp;\u00e2me en peine&nbsp;\u00bb en perp\u00e9tuel mouvement. On pense que le mort-n\u00e9 disparu \u00ab&nbsp;avant d\u2019avoir fait son temps&nbsp;\u00bb est toujours pr\u00eat \u00e0 reprocher \u00e0 ses parents la triste condition qui est la sienne. Il appartient en effet \u00e0 la grande cohorte des r\u00e9prouv\u00e9s, de tous ceux qui ont eu une mauvaise mort et qui ne cessent d\u2019importuner les vivants&nbsp;: la \u00ab&nbsp;chasse sauvage&nbsp;\u00bb. D\u00e8s lors, on comprend mieux l\u2019importance du rite de r\u00e9pit destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9ins\u00e9rer l\u2019enfant non seulement dans la famille mais \u00e9galement dans la communaut\u00e9, car ce cadavre embarrassant passe pour annoncer des calamit\u00e9s \u00e0 venir, mauvaises r\u00e9coltes et maladies du b\u00e9tail. Malgr\u00e9 leur habillage chr\u00e9tien, les rites d\u2019exposition et d\u2019ensevelissement des enfants mort-n\u00e9s laissent entrevoir une strate profonde de croyances fond\u00e9e sur l\u2019alliance \u00e9troite entre l\u2019homme et la nature qui l\u2019impr\u00e8gne. Ils r\u00e9v\u00e8lent une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre au monde et de mourir qui a progressivement disparu au cours du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Des d\u00e9p\u00f4ts retrouv\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9 de certains sanctuaires \u00e0 r\u00e9pit t\u00e9moignent de l\u2019anciennet\u00e9 des pratiques sans que l\u2019on puisse affirmer qu\u2019il a exist\u00e9 une continuit\u00e9 sans faille du rituel d\u2019exposition. C\u2019\u00e9taient surtout les vieilles \u00ab&nbsp;pierres saintes&nbsp;\u00bb situ\u00e9es sur les limites des terroirs qui attiraient les p\u00e8lerins en qu\u00eate de salut pour les petits enfants. On fr\u00e9quentait volontiers ces sanctuaires de la nature, ces \u00ab&nbsp;barques de pierre&nbsp;\u00bb, ces \u00ab&nbsp;berceaux sarrasins&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire pa\u00efens, aupr\u00e8s desquels on venait encore, il y a un si\u00e8cle et demi, ensevelir clandestinement le petit cadavre de celui qu\u2019on n\u2019avait pas su sauver \u00e0 la vie \u00e9ternelle. Il est probable qu\u2019il s\u2019agissait de cette antique \u00ab&nbsp;terre des morts&nbsp;\u00bb, de ces lieux de s\u00e9pulture primitifs que \u00ab&nbsp;la naissance du cimeti\u00e8re&nbsp;\u00bb impos\u00e9e par l\u2019\u00c9glise \u00e0 partir du X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle fit progressivement dispara\u00eetre&nbsp;: mais en avait-on jamais vraiment perdu le chemin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Une premi\u00e8re version de ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans <em>Techniques et culture<\/em>, n\u00b0 60, 2013\/1&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le cadavre en proc\u00e8s&nbsp;\u00bb, sous la direction d\u2019Herv\u00e9 Guy, Agn\u00e8s Jeanjean et Anne Richier, \u00e9ditions de la Maison des sciences de l\u2019homme, p. 44-59.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10408?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019enfant nouveau-n\u00e9 est le symbole de l\u2019innocence et de la fragilit\u00e9 et la naissance d\u2019un enfant mort-n\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 un drame&nbsp;: le fruit mort avant d\u2019avoir v\u00e9cu, la d\u00e9sesp\u00e9rance des parents, le sentiment d\u2019avoir commis quelque erreur, la culpabilisation&#8230;&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1245],"thematique":[629],"auteur":[1587],"dossier":[630],"mode":[61],"revue":[590],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10408","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-soin","thematique-deuil","auteur-jacques-gelis","dossier-le-deuil-apres-une-mort-prenatale","mode-gratuit","revue-590","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10408","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10408"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10408\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14419,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10408\/revisions\/14419"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10408"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10408"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10408"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10408"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10408"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10408"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10408"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10408"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10408"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}