{"id":10405,"date":"2021-08-22T07:31:58","date_gmt":"2021-08-22T05:31:58","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/soins-psychiques-et-creation-acceder-a-une-verite-sur-soi-2\/"},"modified":"2021-09-17T16:11:26","modified_gmt":"2021-09-17T14:11:26","slug":"soins-psychiques-et-creation-acceder-a-une-verite-sur-soi","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/soins-psychiques-et-creation-acceder-a-une-verite-sur-soi\/","title":{"rendered":"Soins psychiques et cr\u00e9ation : acc\u00e9der \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 sur soi"},"content":{"rendered":"\n<p>Christopher Bollas et Ren\u00e9 Roussillon, \u00e0 la suite de Donald Winnicott et Marion Milner, ont d\u00e9velopp\u00e9 l\u2019importance de l\u2019une des fonctions soignantes, \u00e0 mes yeux, essentielles, celle de m\u00e9diateur mall\u00e9able. Soit la capacit\u00e9 du soignant, quelque soit son statut et sa fonction dans l\u2019institution, \u00e0 pouvoir jouer \u00e0 sortir de sa fonction, tout particuli\u00e8rement celle de l\u2019infirmier qui est au contact avec le patient, au plus pr\u00e8s du corporel intime.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces soignants au contact, dans le cadre de la th\u00e9orie institutionnelle, doivent faire face \u00e0 \u00ab&nbsp;quelque chose&nbsp;\u00bb autrement plus difficile \u00e0 g\u00e9rer et am\u00e9nager que ce qui peut l\u2019\u00eatre par un m\u00e9decin ou un psycho-th\u00e9rapeute dans leurs cabinets o\u00f9 ils demeurent \u00e0 distance, suffisamment prot\u00e9g\u00e9s du litt\u00e9ral de l\u2019infraverbal par le figur\u00e9 du langage qui tamise les \u00e9motions &#8211; quand ils ne tuent pas ces \u00e9motions dans un jargon m\u00e9dical ou psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment ce soignant le plus souvent dou\u00e9 \u00ab&nbsp;naturellement&nbsp;\u00bb de qualit\u00e9s \u00ab&nbsp;toutes personnelles&nbsp;\u00bb, li\u00e9es \u00e0 son histoire plus qu\u2019\u00e0 sa formation, devient-il un medium mall\u00e9able&nbsp;? Comment va-t-il anticiper, s\u2019ajuster, s\u2019adapter&nbsp;? Comment va-t-il penser et mieux m\u00eame r\u00eaver, son patient, (de la capacit\u00e9 de r\u00eaverie maternelle du soignant face \u00e0 son patient r\u00e9gress\u00e9) avant que de l\u2019accompagner dans certaines \u00ab&nbsp;t\u00e2ches&nbsp;\u00bb et faire avec lui certaines exp\u00e9riences dans le champ d\u2019activit\u00e9 singulier des m\u00e9diations corporelles et culturelles&nbsp;? Tel sera l\u2019essentiel de mes interrogations et r\u00e9flexions dans cet texte.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Lever l\u2019ambigu\u00eft\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Il r\u00e9side, si ce n\u2019est une ambigu\u00eft\u00e9, une ambivalence fondamentale qui se fait jour d\u00e8s qu\u2019il y a rencontre entre un adulte et un enfant ou un adolescent. Et <em>a fortiori<\/em> si on envisage de s\u2019engager avec lui, au contact et sur la dur\u00e9e, dans des m\u00e9diations corporelles et culturelles.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescence suscite la fascination, l\u2019excitation, l\u2019amour et la haine. Son \u00e9nergie incarne la pulsion de jeunesse, en devenir adulte mais encore libre de ses esp\u00e9rances et potentiellement roi du monde A-venir. Combustion vive de la jeunesse \u00e0 comparer au ralentissement des sujets m\u00fbrs face aux crises existentielles, qui s\u2019interrogent sur la rapidit\u00e9 du temps qui file face \u00e0 l\u2019\u00e9puisement corporel. Cette \u00ab&nbsp;sauvagerie&nbsp;\u00bb adolescente (li\u00e9e \u00e0 une avidit\u00e9 f\u00e9roce et cruelle\u2026 la cruaut\u00e9 du d\u00e9sir et le d\u00e9sir de cruaut\u00e9) porte en elle quelque chose de r\u00e9jouissant, tandis qu\u2019\u00e0 l\u2019automne de leur vie la pens\u00e9e calculatrice des adultes-tuteurs du d\u00e9veloppement s\u2019emploie \u00e0 refaire les comptes. L\u2019adolescent en son bel \u00e9t\u00e9 ne s\u2019\u00e9pargne pas contrairement \u00e0 l\u2019homme en milieu de vie qui cherche la s\u00e9curit\u00e9 et ses \u00ab&nbsp;provisions&nbsp;\u00bb pour l\u2019hiver.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont ces ados qui vont grandir, se fortifier et s\u2019\u00e9lever et nous qui allons in\u00e9luctablement nous racornir, et ce constat g\u00e9n\u00e8re une ambivalence voire une ambigu\u00eft\u00e9 qui transpirera dans les soins. Et nous voudrons d\u2019autant plus les soigner, les r\u00e9parer, leur permettre d\u2019utiliser et non de saboter toute leur potentialit\u00e9, que nous-m\u00eames serons prisonniers d\u2019une certaine \u00e9preuve de concurrence, encombr\u00e9s d\u2019hypervigilance qui pourra nous dicter des actes de ma\u00eetrise plut\u00f4t que des gestes de libert\u00e9. Le soignant \u00ab&nbsp;cannibale m\u00e9lancolique&nbsp;\u00bb face \u00e0 l\u2019adolescent toujours inachev\u00e9, en sa na\u00efvet\u00e9 \u00e9vanescente de papillon, doit bien faire face \u00e0 \u00ab&nbsp;la secr\u00e8te et m\u00e9lancolique sensualit\u00e9 sans objet du pr\u00e9-adolescent, qui ressemble \u00e0 la terre sombre humide maternelle des printemps, et \u00e0 des obscures eaux souterraines qui profitent du premier pr\u00e9texte venu pour rompre les digues&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le medium soignant mall\u00e9able ne doit donc pas m\u00e9conna\u00eetre cette dimension s\u2019il veut parer au risque, par exc\u00e8s de refoulement, de la voir ressurgir dans des contre-attitudes et des passages \u00e0 l\u2019acte.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un champ de possibles&nbsp;!<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescence est cet \u00e2ge cartilagineux de croissance ou d\u2019involution potentielle, cette fi\u00e8vre du temps dans la vie, o\u00f9 tout se re-joue, pour le meilleur comme pour le pire. Aussi faut-il avec les adolescents essayer toujours de prendre en compte et appui, sur ce qui a pu se passer ou ne pas se passer dans l\u2019histoire infantile du sujet, et qui resurgit \u00e0 cet \u00e2ge charni\u00e8re de la vie&nbsp;: carence, maltraitance, n\u00e9gligences, abus. La science psychiatrique reste extr\u00eamement pauvre. Elle fonctionne comme toute science par approximations et t\u00e2tonnements \u00e0 partir du peu qu\u2019elle sait des affections mentales (et non uniquement c\u00e9r\u00e9brales, quelles qu\u2019en soient les vuln\u00e9rabilit\u00e9s biologiques). \u00c0 l\u2019appellation de maladie mentale, nous pr\u00e9f\u00e9rons celle <em>d\u2019\u00e9tat mental \u00e0 risque<\/em>. Le terme devrait pouvoir renvoyer \u00e0 une donn\u00e9e \u00e9volutive et non fix\u00e9e. Nous n\u2019acceptons pas le credo de l\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 des troubles psychiques, non par id\u00e9ologie ou ang\u00e9lisme, mais parce que nous savons que nous ne savons que tr\u00e8s peu de choses et que nous nous faisons sans cesse surprendre et aussi et surtout, que l\u2019\u00e9volution d\u2019un patient d\u00e9pend de la qualit\u00e9 des rencontres possibles. Enfin, et c\u2019est un choix engag\u00e9, nous nous positionnons dans une aire d\u2019illusion mobilisatrice. Aussi ces soignants mall\u00e9ables ne viseront pas, \u00e0 re-mentaliser et \u00e0 psycho\u00e9duquer, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 r\u00e9-ordonner, ils acceptent les formes d\u2019une mentalisation limite, d\u2019une mentalisation autre, et non une mentalisation qu\u2019il faudrait reformater pour qu\u2019elle soit adapt\u00e9e ou <em>habilit\u00e9e \u00e0<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la solitude<\/h2>\n\n\n\n<p>Les soignants-m\u00e9diateurs mall\u00e9ables vont donc tenter d\u2019aider le patient \u00e0 rena\u00eetre au monde (apr\u00e8s une phase de r\u00e9gression accompagn\u00e9e), puis \u00e0 \u00eatre <em>au monde<\/em> et <em>avec le monde<\/em>. Ces patients sont \u00e9videmment tr\u00e8s diff\u00e9rents les uns des autres, mais l\u2019un des fonds sous-tendant leur d\u00e9tresse, quoiqu\u2019ils puissent parfois exprimer ou demander, est la souffrance li\u00e9e \u00e0 l\u2019isolement et la solitude, voire \u00e0 l\u2019esseulement. Et de fait la m\u00e9diation culturelle, si ce n\u2019est l\u2019art, est une r\u00e9ponse pour ces patients tant elle renvoie toujours aux questions de l\u2019absence et du manque, de la solitude et du vide, du silence et de l\u2019attente. Ce qui est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019acte cr\u00e9ateur, comme de la destructivit\u00e9, c\u2019est bien le vide qui assaille le sujet. Vide-trou que le sujet remplit d\u2019exc\u00e8s destructeurs visant \u00e0 masquer ou apaiser ses fantasmes trop crus, ou vide qu\u2019il va pouvoir combler de par le pouvoir de l\u2019imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il va donc s\u2019agir de ne pas les laisser seuls et il faudra m\u00eame aller au devant d\u2019eux et les solliciter, ne pas attendre beno\u00eetement la sacro-sainte demande (lacanienne), les aider en allant \u00ab&nbsp;les chercher&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;les \u00e9lever&nbsp;\u00bb \u00e0 sortir du trou, l\u2019abyme en eux-m\u00eames o\u00f9 ils sont tomb\u00e9s. Toutefois ne pas laisser seul un enfant ou un adolescent, \u00e7a n\u2019est pas si simple&nbsp;: il faut avoir une certaine disponibilit\u00e9 d\u2019esprit et de corps et, surtout, une certaine exp\u00e9rience qui, par son autorit\u00e9, rassure et \u00e9vite les positions phobiques, les contre-attitudes et les passages \u00e0 l\u2019acte.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui soigne c\u2019est le temps relationnel, le temps que les adultes vont devoir leur consacrer m\u00eame si ces ados pr\u00e9f\u00e8reraient apparemment rester enferm\u00e9s dans leur chambre \u00ab&nbsp;jouant&nbsp;\u00bb souvent fr\u00e9n\u00e9tiquement aux jeux vid\u00e9o, g\u00e9rant seuls ce qu\u2019ils charrient d\u2019excitation. Si l\u2019adulte a l\u2019int\u00e9r\u00eat et le courage de se confronter \u00e0 cet enfant-adolescent l\u00e0 qui se surstimule et sabote ses capacit\u00e9s de rencontres incarn\u00e9es, alors il va ouvrir la chambre (apr\u00e8s avoir demand\u00e9 la permission), arr\u00eater avec autorit\u00e9 le jeu vid\u00e9o et trouver, inventer, une activit\u00e9 commune. Faire avec. Tout le monde sait que c\u2019est p\u00e9nible et compliqu\u00e9 d\u2019abord de rentrer en conflit avec un adolescent, ensuite de trouver quelque chose \u00e0 faire avec lui avant que, bien plus tard, il ne puisse nous solliciter par lui-m\u00eame et nous t\u00e9moigner de sa gratitude (toujours apr\u00e8s-coup). Il faut donc pouvoir cr\u00e9er-trouver une relation, incarn\u00e9e dans une pr\u00e9sence vivante, <em>via<\/em> des m\u00e9diations qui elles-m\u00eames ne soient pas trop d\u00e9sincarn\u00e9es. La m\u00e9diation comme la psychoth\u00e9rapie ouvre un espace temps de pens\u00e9e-recul-hauteur dans ce qui \u00e9tait un huis clos mortif\u00e8re\u2026 et advienne ce que pourra et ce que les deux protagonistes voudront.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un espace de folie<\/h2>\n\n\n\n<p>Alors comment font-ils ces soignants naturellement dou\u00e9s et d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9s&nbsp;? Ils \u00e9vitent me semble-t-il un certain nombre d\u2019\u00e9cueils. Le premier, c\u2019est qu\u2019ils soignent la rencontre. Lors de celle-ci, il y a \u00e9videmment, toujours, n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019ajuster le cadre, et un petit peu d\u2019orienter mais il va s\u2019agir aussi d\u2019\u00e9viter de trop \u00e9duquer, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019attirer \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur cet adolescent toujours hant\u00e9 par la crainte d\u2019\u00eatre dirig\u00e9 si ce n\u2019est poss\u00e9d\u00e9&nbsp;: pas de conseil, pas d\u2019absolue d\u00e9finition de ce qu\u2019il faudrait obtenir \u00e0 la fin, laisser un peu le chaos int\u00e9rieur du sujet s\u2019exprimer avant que de le contenir.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 une dimension essentielle de la th\u00e9rapie institutionnelle&nbsp;: il faut bien que leur \u00ab&nbsp;chaos en soi&nbsp;\u00bb, leur \u00ab&nbsp;folie&nbsp;\u00bb s\u2019exprime\u2026 et au mieux dans un service de psychiatrie. Nous parlons ici non seulement de la folie des conflits psychiques pr\u00e9sents et plus ou moins mesur\u00e9s, mais aussi et surtout de la \u00ab&nbsp;folie priv\u00e9e&nbsp;\u00bb g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la r\u00e9activation apr\u00e8s-coup de l\u2019archa\u00efque \u00e0 l\u2019adolescence, folie \u00ab&nbsp;dure&nbsp;\u00bb qui reflue et se mixe \u00e0 la probl\u00e9matique \u0153dipienne plus ou moins douce qu\u2019elle exalte. La laisser s\u2019exprimer un temps plut\u00f4t que de la voir d\u00e9ni\u00e9e, refoul\u00e9e, cliv\u00e9e, m\u00eame si il convient \u00e9videmment de garantir la s\u00e9curit\u00e9 du patient et de son entourage, de parexciter et contenir, d\u2019assurer la coh\u00e9sion du moi avant que de s\u2019engager \u00e0 cr\u00e9er les conditions de sa figuration. Cette \u00ab&nbsp;folie priv\u00e9e&nbsp;\u00bb, il faut qu\u2019elle soit revisit\u00e9e et s\u2019exprime dans une institution qui lui offre un espace pour le faire, pour qu\u2019elle soit possiblement entre-vue et entre-dite et non inter-dite, comme c\u2019est le cas dans le milieu familial. Sinon c\u2019est accr\u00e9diter que cette folie est uniquement dangereuse, que la seule identit\u00e9 qu\u2019on lui reconnaisse se fonde sur une entente-complicit\u00e9-ma\u00eetrise familiale ou sociale\u2026 et absolument pas sur une vitalit\u00e9 toute personnelle et pulsatile en qu\u00eate d\u2019un devenir.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est toute la question de la part familiale et\/ou sociale et culturelle du sympt\u00f4me, des identit\u00e9s d\u2019emprunt et de compensation, des t\u00e9lescopages d\u2019histoires transg\u00e9n\u00e9rationnelles, du vrai et du faux-self. Il nous faut accorder \u00e0 cette \u00ab&nbsp;folie priv\u00e9e&nbsp;\u00bb qu\u2019elle puisse s\u2019exprimer suffisamment dans le \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre contenant du d\u00e9partement de psychiatrie&nbsp;\u00bb, puisqu\u2019elle est interdite et dangereuse dans le milieu familial ou social. Le recours, quand il est quasi-exclusif, \u00e0 des techniques sanitaires et s\u00e9curitaires (rem\u00e9diation cognitive, attachement-rementalisation) associ\u00e9 \u00e0 des prescriptions m\u00e9dicamenteuses plus ou moins lourdes et comportant bon nombre d\u2019effets secondaires somatopsychiques, d\u2019assurer une paix psychique climatis\u00e9e sont pour nous sujet \u00e0 caution. Rassurons cependant tr\u00e8s vite les \u00ab&nbsp;autorit\u00e9s&nbsp;\u00bb de tutelle, la culture est bien catharsis et sublimation des natures sauvages, pour \u00e9viter le d\u00e9versement de la destructivit\u00e9 dans la cit\u00e9. Nous nous situons bien au-del\u00e0 de l\u2019id\u00e9e saugrenue de certains \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb que la m\u00e9diation culturelle ne soit qu\u2019une activit\u00e9 de d\u00e9placement occupationnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous demeurons donc m\u00e9diateurs corporels et culturels, terriblement nietzsch\u00e9en et affablement spinozistes, plut\u00f4t qu\u2019affid\u00e9s \u00e0 Platon et Descartes. L\u2019institution qui doit faire face \u00e0 un d\u00e9sordre archa\u00efque plus ou moins incarn\u00e9, une sensorimotricit\u00e9 et une sensualit\u00e9 exalt\u00e9e ou au contraire affadie, dans un pr\u00e9verbal \u00e0 l\u2019agonie, cette institution proposera <em>via<\/em> les m\u00e9diations orchestr\u00e9es par les soignants des \u00ab&nbsp;<em>pictogrammes<\/em>&nbsp;\u00bb (Piera Aulagnier), des \u00ab&nbsp;<em>proto-repr\u00e9sentations<\/em>&nbsp;\u00bb (Monique Pinol-Douriez), des \u00ab&nbsp;<em>signifiants formels<\/em>&nbsp;\u00bb (Didier Anzieu) afin que ces patients puissent \u00eatre cr\u00e9atifs \u00e0 partir de leur d\u00e9sordre. Et que ce soit cette cr\u00e9ation, devenue leur propre trouvaille, qui les aide \u00e0 s\u2019am\u00e9nager par eux et pour eux pour \u00eatre plus adapt\u00e9e tant au monde ext\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 leur monde interne. Le processus de la cr\u00e9ation est, r\u00e9p\u00e9tons-le, l\u2019envers de celui producteur de sympt\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Soigner encore et toujours la rencontre<\/h2>\n\n\n\n<p>R\u00e9p\u00e9tons-le&nbsp;: les m\u00e9diations mall\u00e9ables \u00e9vitent le <em>forcing<\/em> (l\u2019expression favorite des adolescents de cette g\u00e9n\u00e9ration 2018 est \u00ab&nbsp;<em>tu forces<\/em>&nbsp;\u00bb). Il en faut trouver le lieu (l\u2019atelier de m\u00e9diation culturelle \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, les sorties et les s\u00e9jours organis\u00e9s\u2026), la formule dans l\u2019intersubjectivit\u00e9 et l\u2019intercorpor\u00e9it\u00e9, pour \u00eatre suffisamment pr\u00e9sent ou pas trop absent \u00e0 leur demande souvent avide et versatile. Sans forcer\u2026 ce qui est \u00e9videmment extr\u00eamement difficile et n\u00e9cessite un ajustement permanent dans un exercice de rapidit\u00e9 \u00e0 trouver. De fait, installer une relation suffisamment \u00ab&nbsp;tendre&nbsp;\u00bb avec les adolescents (et particuli\u00e8rement avec ceux en difficult\u00e9), avec son risque de confusion des sentiments et de comparaison humiliante avec ce qu\u2019ils ont v\u00e9cu qui g\u00e9n\u00e8re imm\u00e9diatement des passages \u00e0 l\u2019acte.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudra oser se d\u00e9faire de l\u2019intelligence abstraite et calculatrice, et faire confiance \u00e0 l\u2019intelligence sensible et l\u2019exp\u00e9rience contr\u00f4l\u00e9e des sens autant que faire confiance \u00e0 l\u2019intuition. C\u2019est dire plus profond\u00e9ment qu\u2019il faut prendre en compte le fait que pour \u00eatre en relation avec eux il faut accepter d\u2019accueillir et de ressentir en soi la fa\u00e7on dont ils vous affectent, elle-m\u00eame \u00e0 l\u2019origine de la fa\u00e7on dont vous les affectez en retour. Syst\u00e8me circulaire dynamique s\u2019il en est. Essayer d\u2019\u00e9viter de les comprendre, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9viter de les prendre, de les saisir, de les rendre captifs-d\u00e9pendants, puis de les forcer. Et surtout \u00e9viter d\u2019interpr\u00e9ter bien s\u00fbr, ce qui n\u2019emp\u00eache pas de penser en restant dans des interpr\u00e9tations d\u2019attente. De fait, d\u00e8s que vous vous expliquez <em>via<\/em> votre interpr\u00e9tation, ils vous per\u00e7oivent comme un th\u00e9oricien en train de conceptualiser la fa\u00e7on de ma\u00eetriser leur excitation\u2026 celle la m\u00eame qui n\u2019a pas encore pris en eux forme, densit\u00e9, coh\u00e9rence et coh\u00e9sion et qui, faute d\u2019\u00eatre assimil\u00e9e, int\u00e9gr\u00e9e et comprise, n\u2019a donc pas encore pu g\u00e9n\u00e9rer et secr\u00e9ter son propre verbe. Ils vous le refuseront, m\u00eame et surtout s\u2019il est pertinent (sentiment d\u2019effraction et de viol de la pens\u00e9e en herbe, humiliation de faire la voix du bas dans ce duo).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, et ce dans le m\u00eame temps, si vous ne les comprenez pas trop (au sens&nbsp;: prendre avec), en restant phobiques en retrait, ne leur d\u00eetes pas quelque chose de ce que vous avez saisi de leur fonctionnement, alors ils ressentent un d\u00e9calage insupportable qui les renvoient \u00e0 leur solitude et \u00e0 leur hantise d\u2019abandon.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors quoi&nbsp;? \u00c9viter de les comprendre dans une perspective \u00e9ducative, dans un premier temps on se contentera de les r\u00eaver et de les penser&nbsp;; de se perdre dans leurs r\u00eaves et leurs pens\u00e9es, les imaginer en consid\u00e9rant que l\u2019imagination est l\u2019antichambre de la rencontre affective.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quelqu\u2019un me r\u00eave&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019homme descend du songe&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup><\/h2>\n\n\n\n<p>Le mod\u00e8le essentiel \u00e0 avoir en t\u00eate et au c\u0153ur, me semble-t-il, est le mod\u00e8le amoureux. Que se passe-t-il entre deux \u00eatres quand <em>c\u2019est chaud, c\u2019est cool<\/em>, <em>\u00e7a le fait<\/em> comme le disent les ados, quand il (elle) me fait sans m\u00eame me toucher quelque chose (dans le corps), quand il (elle) me fait penser sans m\u00eame me parler, quand il (elle) me r\u00eave et mobilise mes r\u00eaves les plus intimes, quand il (elle) m\u2019oblige \u00e0 agir et faire des choses inconcevables. Qu\u2019est-ce qui fait que \u00e7a le fait&nbsp;: que c\u2019est lui, et que c\u2019est moi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est que cette rencontre avec cet \u00eatre-l\u00e0, dans ce lien-l\u00e0, \u00e0 ce moment-l\u00e0 (ici de souffrance int\u00e9rieure) fait \u00e9v\u00e8nement, c\u2019est-\u00e0-dire contrepoison au malheur quotidien. Et de fait bon nombre des adolescents que nous suivons ont fait des \u00ab&nbsp;rencontres&nbsp;\u00bb malheureuses (c\u2019est un euph\u00e9misme) qui les ont d\u00e9senchant\u00e9s, avec des adultes plus pr\u00e9dateurs que transmetteurs. Si le soignant veut faire, de part sa pr\u00e9sence, contrepoids et contrepoison \u00e0 ces rencontres malheureuses, il faut que la rencontre avec celui qui est le repr\u00e9sentant de l\u2019institution hospitali\u00e8re<sup>3<\/sup> soit un \u00e9v\u00e8nement qui ait une aussi grande intensit\u00e9 que ce malheur. D\u2019une certaine mani\u00e8re avec la m\u00eame densit\u00e9 pulsionnelle dont il faudra inverser la valence. Tout cela, pour qu\u2019un minimum de confiance, l\u2019att\u00e9nuation de la peur, soit restaur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors comme Berkeley disait que \u00ab&nbsp;\u00eatre c\u2019est \u00eatre per\u00e7u&nbsp;\u00bb, Borges que \u00ab&nbsp;pour qu\u2019un homme existe, il faut qu\u2019il soit r\u00eav\u00e9&nbsp;\u00bb, Levi-Strauss que \u00ab&nbsp;le monde et l\u2019homme se font miroir l\u2019un \u00e0 l\u2019autre&nbsp;\u00bb, Winnicott que l\u2019enfant se construit en miroir du visage de la m\u00e8re, Bion que l\u2019importance de la capacit\u00e9 de r\u00eaverie maternelle est essentielle dans la cr\u00e9ation\u2026 l\u2019enjeu est bien de maintenir dans l\u2019institution soignante, la capacit\u00e9 de percevoir et de r\u00eaver le patient. Pour que cette rencontre soit un \u00e9v\u00e8nement, il faut donc que l\u2019institution soit \u00ab&nbsp;suffisamment&nbsp;\u00bb amoureuse de ses patients &#8211; ou, pour le moins, qu\u2019elle les investisse, qu\u2019elle aime ce qu\u2019elle fait\u2026 chaque matin &#8211; telle une m\u00e8re mise en condition de pouvoir aimer ses enfants. J\u2019utilise \u00e0 (bon) escient ces mots en rappelant qu\u2019ici ce n\u2019est pas la question du sexuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut que le soignant puisse mettre autant de densit\u00e9 pulsionnelle dans sa qu\u00eate de savoir (quoiqu\u2019il en dise) de ce qu\u2019ils ont dans la t\u00eate et dans le corps, dans l\u2019\u00e9crit ou la sculpture ou le dessin\u2026 que les patients en mettent dans les passages \u00e0 l\u2019acte. Plus c\u2019est difficile, douloureux pour les patients, plus ils actent des confusions fantasmes-r\u00e9alit\u00e9 extr\u00eamement dangereuses et, plus il faut que les soignants se montrent durs, forts, fermes, r\u00e9sistants et survivants et mettent la m\u00eame intensit\u00e9 dans la balance, c\u2019est-\u00e0-dire s\u2019impliquent fortement pour les tenir et les porter.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est essentiel que les soignants puissent quelque peu les surprendre, c\u2019est-\u00e0-dire que les patients ressentent que les soignants ont per\u00e7u quelque chose de leur activit\u00e9 inconsciente (en la r\u00eavant, l\u2019imaginant, en la jouant au plus pr\u00e8s des fantasmes). Surprendre quelqu\u2019un c\u2019est lui faire comprendre quelque chose qu\u2019il ne savait pas consciemment, en m\u00eame temps dont il se savait porteur mais qu\u2019il ne savait pas \u00eatre si proche, perceptible et entendable, quelque chose qui attendait d\u2019\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9 (le cri de d\u00e9tresse de Jacques Brel dans sa chanson sur son enfance&nbsp;: \u00ab&nbsp;les adultes\u2026 ils ne me savaient pas&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Faites prendre conscience d\u2019un refoul\u00e9 ou d\u2019un d\u00e9ni\u00e9, en effet \u00e7a surprend, \u00e7a agriffe et \u00e7a meurtrit mais \u00e7a attache aussi&nbsp;: cet adulte-l\u00e0 sait des choses de moi, les devine, les intimise, les humanise, surtout il n\u2019en profite pas. Il est donc l\u00e0 pour moi. C\u2019est une rencontre entre nord et sud, entre l\u2019autre externe qui peut penser avec vous les choses \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de vous et cet autre interne qui bouillonne et cherche <em>Mister Hyde<\/em> \u00e0 advenir <em>Dr Jekyll<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 \u00eatre ma\u00eetris\u00e9, si ce n\u2019est soign\u00e9. C\u2019est cette rencontre qui va aussi se manifester dans la m\u00e9diation, dans la peinture, dans le livre, ailleurs encore, l\u00e0 o\u00f9 le soignant permet de donner forme au chaos mortif\u00e8re, \u00e0 la fois en en proposant un d\u00e9but de repr\u00e9sentation et en aidant \u00e0 l\u2019ordonner.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le plaisir de penser<\/h2>\n\n\n\n<p>Ces diff\u00e9rents \u00e9cueils plus ou moins \u00e9vit\u00e9s &#8211; on a le droit de pouvoir se tromper, surtout de se reprendre-reconna\u00eetre en s\u2019ajustant &#8211; abordons \u00e0 pr\u00e9sent l\u2019essentiel. Le plus difficile&nbsp;: travailler \u00e0 restaurer en eux le plaisir de fonctionner, avant que se revascularise le plaisir de penser par eux-m\u00eames, et ceci sans trop d\u2019abrasion cognitive par des m\u00e9dications psychotropes ou des rem\u00e9diations formatages. Viser \u00e0 ce qu\u2019ils puissent re-trouver avec nous, les adultes, un savoir qui soit source de plaisir et favorise le d\u00e9veloppement de leurs capacit\u00e9s imaginatives. Tant il est vrai qu\u2019il n\u2019y a pas de cr\u00e9ation qui na\u00eetrait uniquement et directement \u00e0 partir du fantasme&nbsp;: le fantasme (non les fantaisies) ne fait le plus souvent qu\u2019activer la pompe <em>\u00e0 chaleur<\/em> qu\u2019est la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition. Install\u00e9 comme il l\u2019est, c\u2019est-\u00e0-dire <em>\u00e0 cru<\/em> dans la pens\u00e9e de certains patients (d\u00e9faut de pare-exitation, d\u2019acc\u00e8s au symbolique, de capacit\u00e9 de refoulement\u2026) le fantasme s\u2019y anime, y compris dans le voyage <em>\u00e0 rebours<\/em> du transg\u00e9n\u00e9rationnel, en allant pour l\u2019essentiel s\u2019agir et se r\u00e9p\u00e9ter dans des actes qui, loin d\u2019apaiser son avidit\u00e9 sans limite, l\u2019auto-entretiennent et l\u2019auto-engendrent. \u00c7a a peut-\u00eatre une certaine valeur marchande dans l\u2019art contemporain actuel mais \u00e7a n\u2019est pas cr\u00e9atif puisque c\u2019est une r\u00e9p\u00e9tition sans d\u00e9gagement r\u00eav\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudra donc essayer de d\u00e9gager le sujet de l\u2019impact et de la fascination de ses fantasmes (plus ou moins originaires) fixants et mortif\u00e8res, et l\u2019aider \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 la (aux) fantaisie (s), c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une part d\u2019imaginaire. Or l\u2019imaginaire vient de l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;: c\u2019est le monde externe, celui m\u00e9di\u00e9 par la r\u00eaverie maternelle, l\u2019investissement soignant, qui rentre dans le monde interne, si celui-ci peut donc lui accorder une place, et qui modifie <em>sensiblement<\/em> la fa\u00e7on dont le sujet peut ressentir et penser les choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le soignant mall\u00e9able, il conviendra d\u2019essayer de retrouver l\u2019enfant-adolescent en lui, l\u2019enfant-adolescent toujours pr\u00e9sent dans l\u2019adulte et qui r\u00e9sonne avec cette enfance-adolescence du patient, essayer de se mettre non \u00e0 sa place mais de s\u2019identifier \u00e0 son patient &#8211; essayer de voir si cette d\u00e9tresse, si cette interrogation-perplexit\u00e9, cette pudeur-timidit\u00e9, ces allers-retours ne lui rappellent pas quelque chose, et alors trouver la fa\u00e7on d\u2019inf\u00e9rer suffisamment et de mani\u00e8re bienveillante en regard de son propre fonctionnement. C\u2019est alors dans ce th\u00e9\u00e2tre qu\u2019il y a quelque chose qui va pouvoir s\u2019\u00e9changer entre deux g\u00e9n\u00e9rations lesquelles, au-del\u00e0 de leurs diff\u00e9rences, partagent les m\u00eames questions existentielles. Ces questions dont la science n\u2019a pas de solution tandis que la culture offre des r\u00e9ponses.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le voyage int\u00e9rieur<\/h2>\n\n\n\n<p>Voyager c\u2019est toujours en soi (voir Proust, Michaux\u2026). Qu\u2019est-ce qu\u2019un voyage dirig\u00e9 vers le monde interne&nbsp;? C\u2019est descendre en soi, aller au sud de soi-m\u00eame, l\u00e0 o\u00f9 il fait tr\u00e8s chaud, l\u00e0 o\u00f9 il y a de l\u2019excitation, l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a peut flamber, sans perdre le nord. Attention&nbsp;: pour les patients, entrer en soi c\u2019est aussi mettre la t\u00eate dans le puits \u00e0 la rencontre du vide int\u00e9rieur n\u00e9 de leur esseulement. Ce travail introspectif, courageux et al\u00e9atoire, il vaut toujours mieux le faire avec quelqu\u2019un. <em>Faire avec<\/em> le soignant mall\u00e9able, c\u2019est-\u00e0-dire capable de se laisser surprendre et m\u00eame tordre par les tournures d\u2019esprit, les points de vue de l\u2019autre, conditions on l\u2019a vu d\u2019\u00eatre un auxiliaire psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 titre d\u2019exemple&nbsp;: dans le dessin, lorsqu\u2019on fait un <em>squiggle<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire quand le soignant ou le patient commence \u00e0 dessiner et que l\u2019autre poursuit. Il y a une forme qui progressivement se d\u00e9gage, passe d\u2019un certain informe \u00e0 une forme, se d\u00e9forme encore et se reforme. Le soignant et le patient s\u2019aident, se transforment mutuellement et se co-cr\u00e9ent une forme commune en adoptant un certain rythme commun (accordage r\u00e9ussi) o\u00f9 l\u2019action devient musique<sup>4<\/sup>. Le soignant est cet \u00eatre avec autant que <em>faire avec<\/em>, il a sa part dans la production de certaines \u0153uvres ne serait-ce qu\u2019en en permettant des conditions sereines de r\u00e9alisation pour des cr\u00e9ations, par son interm\u00e9diaire \u00ab&nbsp;qui m\u00eame dans la d\u00e9b\u00e2cle gardent leur calme&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dans l\u2019institution et par ses ambassadeurs<\/h2>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas de 3<sup>\u00e8me<\/sup> dimension, cette densit\u00e9 de l\u2019affect \u00e9mergeant du corps de l\u2019\u0153uvre, dans les posters figurant des toiles de ma\u00eetres. Comme il n\u2019y a pas de trace d\u2019engagement personnel soignant et de t\u00e9moignage de l\u2019\u00e9motion et de la violence qui animent et d\u00e9saniment le sujet souffrant dans nombre de trait\u00e9s de sociologie ou de psychiatrie. Dans le service, les posters ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s et, \u00e0 la place, ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es les \u0153uvres des patients. Nous n\u2019avons pas cherch\u00e9 particuli\u00e8rement la beaut\u00e9 ou la valeur esth\u00e9tique des productions, le choix naturel s\u2019est bien plut\u00f4t pos\u00e9 sur celles o\u00f9 l\u2019\u00e9mergence de la cr\u00e9ativit\u00e9 se faisait jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Les soignants continuent sur ce pont, celui d\u2019\u00eatre des auxiliaires psychiques appartenant \u00e0 un espace psychique \u00e9largi qui est celui de l\u2019institution. Point fondamental&nbsp;: si ceux qui sont au corps \u00e0 corps avec les patients ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de cet espace psychique \u00e9largi, de temps de r\u00e9unions et de synth\u00e8ses, de la possibilit\u00e9 de supervisions pour qu\u2019ils puissent transmettre ce qu\u2019ils ont per\u00e7u et ce qui les a travers\u00e9, ils ne pourront longtemps faire ce travail, ou bien le feront en pr\u00e9f\u00e9rant la s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9, en \u00e9vitant de plus en plus la rencontre et l\u2019\u00e9change.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En conclusion&nbsp;: de l\u2019adolescence<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est entre deux \u00e2ges, deux statuts, et deux identit\u00e9s, dans le d\u00e9s\u00e9quilibre m\u00eame, que la n\u00e9cessit\u00e9 fait loi et que l\u2019on cr\u00e9e pour ne pas tomber. C\u2019est lorsque et parce que le sujet est dans le gap, la solution de continuit\u00e9 d\u2019un espace dangereux, l\u2019espace vide entre la grande sant\u00e9 et la grande maladie, qu\u2019il peut cr\u00e9er. Factuellement, c\u2019est le cas lorsqu\u2019il verse dans la transition plus ou moins douloureuse et difficile entre l\u2019adolescence et l\u2019\u00e2ge adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut \u00e9videmment \u00eatre prudent, contenir, quand le patient souffre par trop d\u2019inverser le processus de d\u00e9ni qu\u2019est celui de la production du sympt\u00f4me pour \u00e9pouser celui de l\u2019exploration ou de la d\u00e9couverte de soi qu\u2019est la cr\u00e9ativit\u00e9, et qu\u2019il n\u2019implose du fait de l\u2019excitation des rapproch\u00e9s des deux processus inverses. Mais il faut tout de m\u00eame un peu le bousculer, un peu le renverser, un peu lui \u00ab&nbsp;<em>retourner la m\u00e9moire<\/em>&nbsp;\u00bb (le propre de l\u2019analyse selon Bion). C\u2019est dire qu\u2019il va falloir travailler (avec) l\u2019histoire ant\u00e9rieure, l\u2019histoire traumatique, ne pas mettre de c\u00f4t\u00e9 l\u2019histoire infantile comme le pr\u00f4ne la majorit\u00e9 des psychoth\u00e9rapies actuelles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Robert Musil, <em>L\u2019Homme sans qualit\u00e9<\/em> (<em>cf<\/em>. bibliographie).<\/li><li>Antoine Blondin, \u00ab&nbsp;Sur Verlaine&nbsp;\u00bb, dans <em>Mes petits papiers<\/em> (<em>cf<\/em>. bibliographie).<\/li><li>Il y aurait l\u00e0 de longs d\u00e9veloppements \u00e0 faire sur l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit et l\u2019ambiance qui devrait pouvoir r\u00e9gner dans une institution soignante pour qu\u2019elle reste humaine. Disons en deux mots et une phrase&nbsp;: une \u00ab&nbsp;belle&nbsp;\u00bb \u00e9quipe dans une \u00ab&nbsp;belle&nbsp;\u00bb ambiance, compos\u00e9e de sujets ayant des passions en commun et pr\u00eate aux combats qu\u2019il faut mener pour les faire vivre.<\/li><li>Voir V. de Matt\u00e9is, M. Corcos, \u00ab&nbsp;Corps, rythme et cr\u00e9ation&nbsp;\u00bb (<em>cf<\/em>. bibliographie).<\/li><li>Ce qu\u2019\u00e9crit Van Gogh \u00e0 son fr\u00e8re (lettre du 23 juillet 1890).<\/li><\/ol>\n\n\n<div class=\"biblio profondeur-1\">\n<h2 class=\"titre traitementparticulier-non\">Bibliographie<\/h2>\n<\/div>\n\n\n<p>Didier Anzieu, \u00ab&nbsp;Les signifiants formels et le Moi-peau&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Les enveloppes psychiques<\/em>&nbsp;(ouvrage collectif), Dunod, Paris, 1987, p. 1-22.<\/p>\n\n\n\n<p>Piera Aulagnier,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">La Violence de l\u2019interpr\u00e9tation. Du pictogramme \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9<\/em>, PUF Paris, 1975.<\/p>\n\n\n\n<p>Antoine Blondin,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Mes petits papiers<\/em>, La table ronde, Paris, 2006.<\/p>\n\n\n\n<p>Christopher Bollas, \u00ab&nbsp;L\u2019objet transformationnel&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 4, 53, 1989, p. 1181-1199.<\/p>\n\n\n\n<p>Vincent Van Gogh,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Correspondance g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, Paris, Gallimard, 1960.<\/p>\n\n\n\n<p>Vanessa de Matt\u00e9is, Maurice Corcos, \u00ab&nbsp;Corps, rythme et cr\u00e9ation&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Adolescence<\/em>, 35, 1, 2017, p. 187-206.<\/p>\n\n\n\n<p>Marion Milner, \u00ab&nbsp;Le r\u00f4le de l\u2019illusion dans la formation du symbole&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, 1, 43, 1979, p. 841-874.<\/p>\n\n\n\n<p>Robert Musil,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">L\u2019Homme sans qualit\u00e9<\/em>, Point-Seuil, Paris, 1994.<\/p>\n\n\n\n<p>Monique Pinol-Douriez,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">B\u00e9b\u00e9 agi, b\u00e9b\u00e9 actif<\/em>, PUF, Paris, 1984.<\/p>\n\n\n\n<p>Ren\u00e9 Roussillon, \u00ab&nbsp;L\u2019objet \u00ab&nbsp;m\u00e9dium mall\u00e9able&nbsp;\u00bb et la conscience de soi&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em class=\"marquage italique\">L\u2019Autre<\/em>, 2, 2, 2001, p. 241-254.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10405?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Christopher Bollas et Ren\u00e9 Roussillon, \u00e0 la suite de Donald Winnicott et Marion Milner, ont d\u00e9velopp\u00e9 l\u2019importance de l\u2019une des fonctions soignantes, \u00e0 mes yeux, essentielles, celle de m\u00e9diateur mall\u00e9able. 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