{"id":10392,"date":"2021-08-22T07:31:58","date_gmt":"2021-08-22T05:31:58","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/sade-attaquer-le-soleil-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:31:58","modified_gmt":"2021-08-22T05:31:58","slug":"sade-attaquer-le-soleil","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/sade-attaquer-le-soleil\/","title":{"rendered":"Sade. Attaquer le soleil"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify\">C&rsquo;est toujours une gageure de faire une exposition consacr&eacute;e &agrave; un &eacute;crivain, dans un mus&eacute;e. Comment donner &agrave; voir ce que l&rsquo;&eacute;crivain donne &agrave; lire ? L&rsquo;exposition d&rsquo;Orsay propose un important ensemble de tableaux sur le th&egrave;me de la violence dans les repr&eacute;sentations du corps (surtout f&eacute;minin) &agrave; travers l&rsquo;histoire de l&rsquo;art, scand&eacute; par des citations de Sade.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Les &oelig;uvres sont nombreuses. C&rsquo;est une exposition qui demande du temps. S&rsquo;il y a quelques &oelig;uvres de seconde cat&eacute;gorie, on y voit surtout de tr&egrave;s belles choses. Des dessins magnifiques de Degas, Masson, Rodin, Odilon Redon. Des Goya &eacute;videmment tr&egrave;s pertinents par rapport au sujet. Des Delacroix admirables. Des Picabia toujours surprenants. Des F&uuml;ssli t&eacute;n&eacute;breux. On d&eacute;couvre le peu connu A. Kubin avec toute une s&eacute;rie de dessins qui viennent de l&rsquo;<em>Albertina<\/em> de Vienne. Les photos de Man Ray, des toiles de Max Ernst. Quelques Picasso viennent montrer avec force le lien entre violence et sexualit&eacute;. Enfin, un superbe Bacon. Mais le lien de ces belles toiles avec les id&eacute;es de Sade n&rsquo;est pas toujours &eacute;vident. Beaucoup d&rsquo;&oelig;uvres ant&eacute;rieures &agrave; Sade montrent que les peintres n&rsquo;ont pas attendu Sade pour repr&eacute;senter des corps souffrants. Et parmi les tableaux post&eacute;rieurs, il n&rsquo;est pas s&ucirc;r que les artistes aient &eacute;t&eacute; influenc&eacute;s par lui. Prenons le sublime <em>Sommeil <\/em>de Courbet. Ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;un tableau repr&eacute;sente une sc&egrave;ne &eacute;rotique saphique qu&rsquo;il est sadien, encore moins sadique. Les femmes de Courbet sont provocantes, peut-&ecirc;tre, mais loin de la vision misogyne de Sade. A vouloir trop montrer l&rsquo;influence de Sade, l&rsquo;exposition devient tendancieuse. Il est tout &agrave; fait regrettable que le tr&egrave;s gros et tr&egrave;s beau catalogue ait &eacute;t&eacute; r&eacute;dig&eacute; enti&egrave;rement et exclusivement par Annie Le Brun, une inconditionnelle de Sade. Une exposition qui traite un sujet aussi controvers&eacute; exigeait des points de vue diversifi&eacute;s, dont le public aurait eu besoin pour ne pas &ecirc;tre pris dans un axe id&eacute;ologique unique.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">En fait, il y a une diff&eacute;rence de taille entre les textes de Sade et les &oelig;uvres expos&eacute;es. La d&eacute;marche n&rsquo;est pas la m&ecirc;me. En dehors de quelques &oelig;uvres qui &eacute;voquent des pratiques perverses agies, ces artistes &#8211; peintres, sculpteurs, photographes, cin&eacute;astes &#8211; repr&eacute;sentent les crimes et la cruaut&eacute;, sans jamais les justifier. Leur regard est lucide, il d&eacute;nonce, il n&rsquo;est pas d&eacute;pourvu de compassion. Tandis que la d&eacute;marche sadienne est sans piti&eacute; et incite aux violences les plus extr&ecirc;mes. Le probl&egrave;me avec Sade, c&rsquo;est que ce qu&rsquo;il a &eacute;crit, il l&rsquo;a fait. C&rsquo;est tout l&rsquo;&eacute;cart entre fantasme et passage &agrave; l&rsquo;acte. Reconna&icirc;tre l&rsquo;origine pulsionnelle de nos actes et nos fantasmes est un des piliers de la th&eacute;orie psychanalytique. Mais Freud a montr&eacute; que la civilisation consiste &agrave; r&eacute;fr&eacute;ner ces &eacute;lans pulsionnels, pour ne pas sombrer dans la barbarie. Sade montre que la barbarie n&rsquo;est jamais d&eacute;pass&eacute;e et que de plus elle est &eacute;rotis&eacute;e. Sade met en lumi&egrave;re &#8211; et c&rsquo;est l&agrave; o&ugrave; il a apport&eacute; quelque chose d&rsquo;important &#8211; le lien entre sexualit&eacute; et criminalit&eacute;. &laquo; La f&eacute;rocit&eacute; est toujours ou le compl&eacute;ment ou le moyen de la luxure &raquo;. Ou encore : &laquo; Le crime est une volupt&eacute; comme une autre &raquo;. Il montre que ces tendances ne nous sont pas &eacute;trang&egrave;res. Ce fou, ce meurtrier, ce tortionnaire, ce pourrait &ecirc;tre moi ? Cette femme ligot&eacute;e pourrait m&rsquo;attirer ? Si je peux m&rsquo;identifier &agrave; celui qui souffre, et y trouver du plaisir, il m&rsquo;est plus difficile de m&rsquo;identifier &agrave; celui qui fait souffrir et encore plus d&rsquo;envisager que je pourrais y trouver du plaisir.<\/p>\n<p>Pour Sade, l&rsquo;homme est fondamentalement un pr&eacute;dateur en qu&ecirc;te d&rsquo;une proie dont il s&rsquo;empare et qu&rsquo;il fait souffrir sans piti&eacute; ni limite. Il faut bien dire que l&rsquo;actualit&eacute; lui donne raison. En regardant ces oeuvres, qui repr&eacute;sentent des sc&egrave;nes de guerre, de torture, de meurtre, de cannibalisme, de viol, de corps maltrait&eacute;s, on ne peut s&rsquo;emp&ecirc;cher de penser aux images que nous voyons tous les soirs &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision. Les crimes commis contre l&rsquo;humanit&eacute; en toute impunit&eacute;. Sade d&eacute;voile la nature sexuelle de ces actes de barbarie et d&eacute;nonce l&rsquo;hypocrisie d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; qui les permet et les justifie. Et c&rsquo;est ce qui fait que cette exposition est tr&egrave;s actuelle et tr&egrave;s fr&eacute;quent&eacute;e. &nbsp;<\/p>\n<p>Simone Korff-Sausse<br \/>\n<em>Psychanalyste, SPP<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10392?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est toujours une gageure de faire une exposition consacr&eacute;e &agrave; un &eacute;crivain, dans un mus&eacute;e. Comment donner &agrave; voir ce que l&rsquo;&eacute;crivain donne &agrave; lire ? 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