{"id":10386,"date":"2021-08-22T07:31:55","date_gmt":"2021-08-22T05:31:55","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/plongee-avec-paul-denis-au-coeur-de-la-psychopathologie-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:31:55","modified_gmt":"2021-08-22T05:31:55","slug":"plongee-avec-paul-denis-au-coeur-de-la-psychopathologie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/plongee-avec-paul-denis-au-coeur-de-la-psychopathologie\/","title":{"rendered":"Plong\u00e9e avec Paul Denis au c\u0153ur de la psychopathologie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify\">C&#39;est &agrave; Paul Denis que les organisateurs des conf&eacute;rences d&#39;introduction &agrave; la psychanalyse (CIP) de la <em>Soci&eacute;t&eacute; Psychanalytique de Paris <\/em>ont demand&eacute; d&#39;inaugurer le cycle <em>Psychanalyse de l&rsquo;enfant<\/em> de cette ann&eacute;e.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Quel meilleur repr&eacute;sentant de l&#39;esprit de ces conf&eacute;rences, se voulant &agrave; la fois accessibles et de qualit&eacute;, que celui qui, comme Fabienne de Lanlay l&#39;a rappel&eacute; dans son introduction, a confi&eacute; s&#39;&ecirc;tre promis pendant sa formation de &laquo; s&rsquo;arranger pour que les gens le comprennent &raquo; (Braconnier A., 2007, &laquo; Entretien avec Paul Denis &raquo;, in <em>Carnet Psy<\/em>, n&deg;122, pp.40-49) s&#39;il devait par la suite enseigner la psychanalyse. Les psychanalystes, psychiatres, psychologues, professionnels du soin, anthropologues, &eacute;tudiants ou anonymes curieux qui composaient, ce mercredi soir, le public fourni de la salle de conf&eacute;rence du 21 rue Daviel, ont pu en effet facilement suivre ce passeur g&eacute;n&eacute;reux dans son exploration du &laquo; fait psychique &raquo;.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Paul Denis a entam&eacute; son propos par un constat inquiet. Les pratiques psychiatriques contemporaines r&eacute;duisent de plus en plus souvent le fait psychique au fait m&eacute;dical. Il ne faut, bien s&ucirc;r, pas m&eacute;conna&icirc;tre l&#39;&eacute;clairage des neurosciences, ni les b&eacute;n&eacute;fices de la m&eacute;dication. Mais la psychopathologie ne peut &ecirc;tre, pour autant, r&eacute;duite &agrave; un fait biologique. Le fait psychopathologique implique le r&ocirc;le de l&rsquo;environnement dans son d&eacute;terminisme comme dans les soins qu&rsquo;il n&eacute;cessite. Ceux-ci ne peuvent se passer de la compr&eacute;hension de ce qui se passe dans l&rsquo;esprit et il y faut du temps.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La conf&eacute;rence de Paul Denis intitul&eacute;e <strong><em>Au c&oelig;ur de la psychopathologie : la phobie<\/em><\/strong> plaide ainsi pour le respect du r&ocirc;le du sympt&ocirc;me dans l&#39;&eacute;conomie psychique, privil&eacute;giant l&#39;&eacute;tablissement d&#39;une relation compr&eacute;hensive durable sans chercher la r&eacute;solution imm&eacute;diate du probl&egrave;me.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">L&#39;int&eacute;r&ecirc;t de Paul Denis pour la phobie ne date pas d&#39;aujourd&#39;hui puisqu&#39;il est l&#39;auteur d&#39;un &laquo; <em>Que sais-Je ? <\/em>&raquo; sur ce th&egrave;me paru en 2006. Il continue de s&#39;&eacute;tonner que la phobie soit si peu trait&eacute;e dans la litt&eacute;rature psychanalytique alors qu&#39;elle est une exp&eacute;rience extr&ecirc;mement commune et omni-pr&eacute;sente dans la psychopathologie.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">L&#39;&eacute;tape d&eacute;veloppementale dite de &laquo; l&#39;angoisse du huiti&egrave;me mois &raquo;, mise en lumi&egrave;re par Spitz, peut &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme la premi&egrave;re phobie observable. L&#39;enfant vit dans les premiers temps la perte de l&#39;objet sur le mode de la terreur, angoisse archa&iuml;que marqu&eacute;e par la d&eacute;sorganisation et la d&eacute;personnalisation. L&rsquo;int&eacute;riorisation suffisante des premi&egrave;res relations et de l&#39;exp&eacute;rience de satisfaction qu&#39;elles procurent construit des repr&eacute;sentations internes qui lui permettront progressivement d&#39;affronter cette perte. Dans la phobie, le v&eacute;cu de terreur est externalis&eacute; et focalis&eacute; sur un objet ext&eacute;rieur &eacute;tranger r&eacute;organisant le cours des &eacute;v&eacute;nements psychiques. La phobie, nous dit Paul Denis, est un moyen de lutter contre la d&eacute;sorganisation int&eacute;rieure. L&#39;objet phobog&egrave;ne ext&eacute;rioris&eacute; prot&egrave;ge un objet int&eacute;rieur garant de la continuit&eacute; interne. &laquo; On ne peut &ecirc;tre organis&eacute; qu&#39;avec quelqu&#39;un &raquo;. Le psychisme ne peut fonctionner sans objet.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Toute phobie implique l&#39;&eacute;vitement de repr&eacute;sentations psychiques porteuses d&#39;une excitation excessive qui risquerait de balayer la continuit&eacute; de la vie psychique. Les repr&eacute;sentations charg&eacute;es d&#39;une quantit&eacute; de plaisir ou de d&eacute;plaisir tol&eacute;rable permettent le jeu des d&eacute;placements, substitutions et refoulements mais certaines repr&eacute;sentations sont porteuses d&#39;une telle excitation qu&#39;elles ne peuvent &ecirc;tre trait&eacute;es que par l&#39;&eacute;vitement et la r&eacute;pression. Ce sont ces repr&eacute;sentations traumatiques sid&eacute;rant la vie psychique qui vont constituer les phobies. La phobie est comme tout sympt&ocirc;me psychique, la meilleure solution que le psychisme ait trouv&eacute;e pour continuer &agrave; fonctionner. Elle a indiscutablement des vertus organisatrices pour la psych&eacute; qu&#39;il importe de respecter. Mais tel un &laquo; petit d&eacute;lire localis&eacute; &raquo;, elle modifie le rapport &agrave; la r&eacute;alit&eacute; et restreint plus ou moins les investissements des relations et le fonctionnement psychique. La phobie scolaire est typique du cercle vicieux qui peut conduire d&#39;une difficult&eacute; de s&eacute;paration d&#39;avec la m&egrave;re jusqu&#39;&agrave; un isolement social complet, ce que Serge Lebovici et Annick Le Nestour avaient bien montr&eacute; dans leur article de 1977.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Certains auteurs, tels que Robert et Ilse Barande sont all&eacute;s jusqu&#39;&agrave; consid&eacute;rer que l&#39;&ecirc;tre humain, du fait de sa n&eacute;ot&eacute;nie, est toujours confront&eacute; &agrave; un exc&egrave;s d&#39;excitation sexuelle que sa constitution biologique ne lui permet pas de satisfaire pleinement avant la pubert&eacute;. <em>Psych&eacute; <\/em>n&#39;a pas les moyens physiques de ses ambitions. Cette situation place le psychisme dans une &laquo; position phobique fondamentale &raquo; qui lui impose la d&eacute;viation quant au but, le d&eacute;placement et la recherche de substituts &agrave; la satisfaction pulsionnelle. Cette organisation phobique de la pens&eacute;e marque originellement la construction psychique.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">On retrouve cette id&eacute;e dans les &eacute;crits de Jean-Luc Donnet dans son article <em>Le psychophobe<\/em>, comme dans la pens&eacute;e d&rsquo;Evelyne Kestemberg dans son article <em>La phobie du fonctionnement mental<\/em> et enfin chez Andr&eacute; Green sous le terme de <em>Position phobique centrale.<\/em> Ces travaux montrent que certains patients non n&eacute;vrotiques &eacute;chouent &agrave; constituer une phobie par projection sur un objet ext&eacute;rieur et s&#39;organisent dans une phobie de leur propre fonctionnement psychique. Toute mise en lien de repr&eacute;sentations internes trop charg&eacute;es d&#39;excitation aura pour eux une potentialit&eacute; traumatique. Techniquement, le clinicien devra prendre en compte cette psychophobie pour maintenir le lien et la continuit&eacute; de fonctionnement de son patient par un art d&eacute;licat de la conversation qui n&#39;aborde que tangentiellement les zones conflictuelles. Paul Denis rappelle l&agrave; la pr&eacute;cieuse notion de &laquo; Distance &agrave; l&#39;objet &raquo; propos&eacute;e par Maurice Bouvet qui n&#39;est pas la distance entre le patient et son analyste mais, celle entre les repr&eacute;sentations &eacute;voqu&eacute;es en s&eacute;ance et les repr&eacute;sentations internes.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Toute phobie comporte donc un noyau de psychophobie et comme l&#39;annonce le titre de la conf&eacute;rence, la phobie est au c&oelig;ur de la psychopathologie. Chaque organisation psychique peut &ecirc;tre abord&eacute;e comme un am&eacute;nagement particulier de cette situation phobique fondamentale.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Les pathologies de l&#39;agir peuvent &ecirc;tre envisag&eacute;es comme des conduites contraphobiques traitant par l&#39;emprise les exp&eacute;riences angoissantes ou d&eacute;sorganisantes.&nbsp; Nombreuses formations de caract&egrave;re sont &eacute;galement sous-tendues par une lutte contre des phobies plus ou moins conscientes. Ainsi une compulsion au leadership peut recouvrir une phobie de la relation de d&eacute;pendance. Le besoin de l&rsquo;agoraphobe d&#39;&ecirc;tre accompagn&eacute; dans la rue le prot&egrave;ge contre l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une tentation prostitutionnelle. Certains attachements conjugaux sont surtout des relations contraphobiques. On comprend que la perte de ces am&eacute;nagements contraphobiques peut d&eacute;clencher une vague d&#39;angoisse d&eacute;sorganisante. Mais de fa&ccedil;on moins attendue, Paul Denis signale le passage possible de la phobie &agrave; la d&eacute;pression : la perte brutale d&#39;un objet phobog&egrave;ne peut elle aussi d&eacute;clencher une d&eacute;sorganisation qui engage le sujet &agrave; se reporter sur un objet interne qui devient le foyer d&rsquo;une d&eacute;pression. Alors que la phobie maintenait une relation avec l&#39;objet ext&eacute;rieur, la d&eacute;pression surinvestit un objet interne sur un mode m&eacute;lancolique.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Cette plong&eacute;e dans la psychopathologie semblait pouvoir se continuer encore longtemps quand Marie-Laure L&eacute;andri a d&ucirc; rappeler l&#39;heure de conclure. Un temps d&#39;&eacute;change avec la salle permit d&#39;&eacute;clairer le riche propos de la conf&eacute;rence par quelques t&eacute;moignages et questions cliniques du public. Ces illustrations s&#39;ajoutant &agrave; celles, nombreuses, d&eacute;j&agrave; fournies par Paul Denis au cours de sa conf&eacute;rence et que nous n&#39;avons pas pu d&eacute;velopper ici.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La suite du cycle <em>Psychanalyse de l&rsquo;enfant<\/em> sera confi&eacute; le mercredi 27 novembre &agrave; Guy Cabrol dont la conf&eacute;rence aura pour titre <em>La nuit sexuelle adolescente<\/em>. Alors que le cycle <em>Psychanalyse de l&rsquo;adulte<\/em> d&eacute;marre le jeudi 10 octobre avec la conf&eacute;rence de Vassillis Kapsambelis <em>La personnalit&eacute; est-elle symptome ?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong><em>Mathieu Petit-Garnier<br \/>\nPsychologue, Psychanalyste<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10386?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&#39;est &agrave; Paul Denis que les organisateurs des conf&eacute;rences d&#39;introduction &agrave; la psychanalyse (CIP) de la Soci&eacute;t&eacute; Psychanalytique de Paris ont demand&eacute; d&#39;inaugurer le cycle Psychanalyse de l&rsquo;enfant de cette ann&eacute;e. 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