{"id":10385,"date":"2021-08-22T07:31:55","date_gmt":"2021-08-22T05:31:55","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/avant-que-la-pulsion-sexuelle-noccupe-la-position-centrale-2\/"},"modified":"2021-09-21T07:32:37","modified_gmt":"2021-09-21T05:32:37","slug":"avant-que-la-pulsion-sexuelle-noccupe-la-position-centrale","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/avant-que-la-pulsion-sexuelle-noccupe-la-position-centrale\/","title":{"rendered":"Avant que la pulsion sexuelle n&rsquo;occupe la position centrale&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>Ayant \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 penser la place occup\u00e9e par la sexualit\u00e9, le d\u00e9veloppement et la nature humaine dans l\u2019\u0153uvre de Winnicott, je constate que la s\u00e9rie constitu\u00e9e par ces trois termes r\u00e9p\u00e8tent l\u2019inversion logique et temporelle op\u00e9r\u00e9e par l\u2019auteur dans son \u00e9tude sur <em>La nature humaine<\/em>. Dans ce livre qu\u2019il remania de 1954 jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1971 sans pouvoir ni l\u2019achever, ni se d\u00e9cider \u00e0 le publier, il s\u2019explique sur cette inversion : \u00ab <em>il serait possible de commencer par le d\u00e9but et d\u2019aller pas \u00e0 pas en avant, mais cela reviendrait \u00e0 commencer avec l\u2019obscur et l\u2019inconnu pour n\u2019atteindre qu\u2019ensuite les connaissances communes. Cette \u00e9tude du d\u00e9veloppement commencera donc avec l\u2019enfant de quatre ans et travaillant de fa\u00e7on r\u00e9gr\u00e9diente, elle n\u2019atteindra que tout \u00e0 la fin le d\u00e9but de l\u2019individu<\/em> \u00bb<sup>1<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>La nature humaine qui est<\/em>, selon Winnicott, <em>presque tout ce que nous avons<\/em> \u00bb<sup>2<\/sup> est ce qui est l\u00e0 d\u00e8s le d\u00e9but, ce qui pr\u00e9c\u00e8de toute existence individuelle et la rend possible. Elle est ce socle d\u2019origine depuis lequel peut s\u2019accomplir, sous l\u2019effet de l\u2019influence et des contraintes de l\u2019environnement, un d\u00e9veloppement de la sexualit\u00e9 humaine qui est une v\u00e9ritable cr\u00e9ation individuelle et une r\u00e9ponse \u00e0 notre impuissance sexuelle originelle. Soulignons que cette impuissance native se fait d\u2019autant plus significative quand se r\u00e9v\u00e8le l\u2019exigence de r\u00e9pondre \u00e0 un sexuel dont la pouss\u00e9e devient de plus en plus contraignante. La sexualit\u00e9 humaine est l\u2019un des principaux r\u00e9sultats du d\u00e9veloppement que conna\u00eet la nature humaine qui s\u2019y exprime de la mani\u00e8re la plus r\u00e9v\u00e9latrice qui soit.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chemin r\u00e9trograde sur lequel avance Winnicott prend son d\u00e9part chez Freud qui, selon notre auteur, <em>fit pour nous le plus dur travail<\/em> en mettant \u00e0 jour d\u2019une part la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019inconscient, de sa force, d\u2019autre part le conflit \u00e0 l\u2019origine de toute affection psychique. Freud d\u00e9montra que toute organisation psychique est, avec plus ou moins de succ\u00e8s, un traitement psychopathologique de la douleur et de l\u2019angoisse et il d\u00e9signa la pulsion et la signification de la sexualit\u00e9 infantile comme source \u00e9tiologique de l\u2019organisation psychique. Je paraphrase ici ce que Winnicott \u00e9crit dans un passage de la <em>Nature Humaine<\/em><sup>3<\/sup> qu\u2019il conclut en avan\u00e7ant fermement qu\u2019<em>une th\u00e9orie qui d\u00e9nie ou court-circuite ces questions est une th\u00e9orie qui ne sert \u00e0 rien<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce livre inachev\u00e9, v\u00e9ritable <em>work in progress<\/em> qui l\u2019occupera pendant une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, que Winnicott redonne des lettres de noblesse \u00e0 cette \u00e9trange notion : <em>la nature humaine<\/em><sup>4<\/sup>. Dans un premier temps, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9concert\u00e9 de la voir revenir sous la plume d\u2019un psychanalyste, mais, dans un temps second, il m\u2019est apparu que le travail de Winnicott autour de ce th\u00e8me pouvait s\u2019appr\u00e9hender comme un d\u00e9veloppement de la notion freudienne de <em>s\u00e9rie compl\u00e9mentaire<\/em> et cela, bien qu\u2019\u00e0 ma connaissance, il n\u2019y fasse jamais r\u00e9f\u00e9rence. Lorsque Freud pr\u00e9cise cette notion, dans <em>Les le\u00e7ons d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em><sup>5<\/sup>, c\u2019est \u00e0 propos du d\u00e9clenchement des n\u00e9vroses. Il affirme que, pour en comprendre l\u2019\u00e9tiologie, il faut s\u2019arracher \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un facteur unique et refuser de choisir exclusivement entre les facteurs exog\u00e8nes ou les facteurs endog\u00e8nes. Il faut au contraire concevoir une s\u00e9rie \u00e9tiologique ou les deux facteurs interviennent de mani\u00e8re compl\u00e9mentaire. Cette s\u00e9rie permettrait de concevoir la r\u00e9partition des diff\u00e9rents \u00e9tats psychiques sur un nuancier o\u00f9 \u00e0 l\u2019une des extr\u00e9mit\u00e9s, surgiraient les troubles o\u00f9 pr\u00e9dominent le facteur endog\u00e8ne (par exemple : les n\u00e9vroses actuelles) et \u00e0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9, ceux o\u00f9 le facteur exog\u00e8ne joue le r\u00f4le principal (la n\u00e9vrose traumatique en est le mod\u00e8le). Les extr\u00eames de cette s\u00e9rie sont, ce que j\u2019appelle, les deux <em>bords internes du psychique<\/em>. A l\u2019un de ces bords, \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du \u00c7a, le psychique s\u2019ouvre sur le somatique. A l\u2019autre, la psych\u00e9 individuelle plonge ces racines dans la psychologie de la masse. A l\u2019un et \u00e0 l\u2019autre de ces extr\u00eames, le psychique se voit court-circuit\u00e9. Je propose de penser le trajet de Winnicott comme une tentative de surmonter la fausse alternative entre causes endog\u00e8nes et causes exog\u00e8nes. La fonction de l\u2019aire des ph\u00e9nom\u00e8nes transitionnels ne serait-elle pas d\u2019\u00eatre ce lieu o\u00f9 un individu parvient \u00e0 cr\u00e9er les voies d\u2019un destin qui n\u2019est exclusivement d\u00e9termin\u00e9 ni par la seule constitution, ni uniquement par l\u2019environnement, mais qui n\u2019est pas non plus l\u2019\u0153uvre d\u2019un psychisme tout-puissant.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons au chemin r\u00e9trograde emprunt\u00e9 par Winnicott. Il part de ce point qui est le complexe d\u2019<em>\u0152dipe<\/em> tel que Freud l\u2019a construit et dont l\u2019acm\u00e9 se produit vers cinq ans, \u00e0 une ann\u00e9e pr\u00e8s nous retrouvons l\u2019enfant de quatre ans \u00e9voqu\u00e9 plus haut. Pour Winnicott, ce complexe est\u00a0<em>la description d\u2019un accomplissement de la sant\u00e9, la mauvaise sant\u00e9 n\u2019appartient pas au complexe d\u2019\u0152dipe mais \u00e0 sa non mise en place, \u00e0 ses rat\u00e9s, \u00e0 ses d\u00e9faillances qui en emp\u00eachent le d\u00e9veloppement, le d\u00e9clin et la disparition<\/em>. Quand l\u2019enfant est capable d\u2019acc\u00e9der \u00e0 ce complexe et de le surmonter, il peut \u00e9prouver\u00a0<em>les sentiments les plus \u00e9pouvantables sans avoir besoin de lutter contre l\u2019angoisse avec une batterie trop importante de d\u00e9fenses<\/em><sup>6<\/sup>. Pour Winnicott, les n\u00e9vroses, dont Freud s\u2019est principalement occup\u00e9, r\u00e9v\u00e8lent des organisations psychiques o\u00f9 le complexe d\u2019\u0152dipe a connu un insucc\u00e8s dans sa construction et est devenu un point de fixation pathologique. Son travail commence \u00e0 partir de cette base qui constitue pour lui un ensemble de connaissances solides et communes. Ce qui l\u2019int\u00e9resse, c\u2019est la nature du pr\u00e9coce, qui n\u2019est ni le primaire, ni l\u2019archa\u00efque, en tant qu\u2019il peut nous apprendre quelles sont les conditions de possibilit\u00e9 requises pour que puisse s\u2019organiser, de la meilleure fa\u00e7on, ce complexe d\u2019\u0152dipe o\u00f9 la pulsion sexuelle se trouve en position centrale. L\u2019hypoth\u00e8se winnicottienne, qui nous para\u00eet fondamentalement freudienne, est que la pulsion sexuelle n\u2019occupe pas nativement cette position. L\u2019enfant permettra \u00e0 la pulsion d\u2019atteindre une telle position en s\u2019appuyant sur l\u2019environnement qui offre les mat\u00e9riaux depuis lesquels il cr\u00e9era les objets qui assureront un destin \u00e0 la pulsion. Soulignons qu\u2019au travers de ces objets, s\u2019accomplissent dans le m\u00eame temps tant des modifications autoplastiques qu\u2019alloplastiques. Pr\u00e9cisons que si la pulsion n\u2019occupe pas la position centrale d\u00e8s le d\u00e9but, cela ne veut pas dire qu\u2019elle est absente ou inexistante mais que sa significativit\u00e9 pour la vie humaine n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e par l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>La <em>nature humaine<\/em> est donc presque tout ce que nous avons\u2026 mais sans pouvoir savoir exactement ce que nous avons, en quoi cela consiste. C\u2019est en \u00e9tudiant l\u2019enfant que Winnicott essaye de saisir cette nature humaine qui appara\u00eet comme <em>l\u2019unit\u00e9 et le sujet central<\/em> qui fonde l\u2019animal humain au-del\u00e0 de <em>la multiplicit\u00e9 de ce qu\u2019on veut de lui<\/em>. Pour la d\u00e9crire, il existe de nombreux modes d\u2019approche : ceux de la p\u00e9diatrie, de la religion, de la psychanalyse, de la psychologie, de la philosophie, de la psychiatrie, de la g\u00e9n\u00e9tique, de l\u2019\u00e9cologie, des sciences sociales, des sciences \u00e9conomiques, des sciences juridiques, etc., mais aucun de ces abords ne parvient, pour Winnicott, \u00e0 saisir ce qu\u2019est la nature humaine. Chaque mode d\u2019approche constitue un certain point de vue d\u2019o\u00f9 peuvent \u00eatre dites des choses valables sur la nature humaine, mais celle-ci ne peut \u00eatre saisie positivement comme totalit\u00e9 ni par une seule m\u00e9thode, ni par un seul individu.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Winnicott, chaque \u00eatre humain, avec le ou les point(s) de vue qu\u2019il peut avoir sur sa propre nature, repr\u00e9sente toute la nature humaine : il est la nature humaine mais, dans le m\u00eame temps, il n\u2019en repr\u00e9sente qu\u2019une partie et il ne peut que m\u00e9conna\u00eetre l\u2019unit\u00e9 dont il participe, dont il n\u2019est qu\u2019un <em>\u00e9chantillon temporel<\/em>. Il n\u2019est jamais en pouvoir de dire ce qu\u2019il repr\u00e9sente effectivement autrement que dans la limite d\u2019un certain point de vue qui ne saurait constituer une vision d\u2019ensemble et unifiante. L\u2019observateur constituant cela m\u00eame qu\u2019il observe est condamn\u00e9 \u00e0 avoir une vision panoptique, ce qu\u2019il voit de sa nature ne lui permet pas de se voir voyant. \u00catre un \u00e9chantillon temporel de la nature humaine nous confronte \u00e0 l\u2019aporie que constitue la n\u00e9cessit\u00e9 de penser tout ensemble la permanence et le changement. Nous sommes contraints par Winnicott \u00e0 envisager que la nature humaine doit se concevoir sur le mode de la permanence, de ce qui ne change pas<sup>7<\/sup> et doit aussi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un devenant, au moins pour une part. Fonctionne, ici, un \u00e9quivalent du principe d\u2019incertitude de Heisenberg : pr\u00e9tendre dire <em>o\u00f9 l\u2019on est<\/em> et <em>qui on est<\/em> interdit de se voir en devenir, en mouvement. La notion de nature humaine, telle que Winnicott la d\u00e9veloppe, prend en consid\u00e9ration, dans la constitution d\u2019un individu, la part de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 biologique et somatique, la part de l\u2019environnement qui, dans son optique, n\u2019est pas seulement un milieu ambiant, mais, qui est aussi, en raison de la r\u00e9alisation de l\u2019unit\u00e9 primordiale m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9, un milieu int\u00e9rieur. Entre la part biologique et les effets de l\u2019environnement \u0153uvre la cr\u00e9ativit\u00e9 primaire qui cr\u00e9era cette zone interm\u00e9diaire o\u00f9, depuis son substrat constitutionnel, se d\u00e9veloppera un sujet interpr\u00e9tant le monde \u00e0 partir de ce qu\u2019il est et ce qu\u2019il est \u00e0 partir du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Winnicott, l\u2019ontologie ne peut que partir de <em>l\u2019ontogen\u00e8se de l\u2019\u00eatre en devenir<\/em>. C\u2019est d\u2019ailleurs la raison pour laquelle l\u2019analyse de l\u2019\u00eatre et de l\u2019exister chez Winnicott saisit l\u2019\u00eatre<sup>8<\/sup>. Cet aspect ne se substitue pas \u00e0 l\u2019aspect substantiel, mais il ne peut plus \u00eatre ignor\u00e9 qu\u2019il est un constituant de l\u2019\u00eatre. La substance n\u2019est pas un tout cl\u00f4t sur lui-m\u00eame, elle est essentiellement un <em>faisceau de relations<\/em>. La nature humaine affect\u00e9e du devenir demeure pourtant ce qui ne change pas dans ses d\u00e9terminations. Ce sont seulement ses modalit\u00e9s d\u2019expression qui varient selon les \u00e9poques et selon le progr\u00e8s dans la connaissance que l\u2019homme a de cette nature. La nature humaine, bien que ne relevant pas de l\u2019histoire, comporte en elle, comme dimension constituante, la ressource d\u2019engendrer l\u2019historicisation individuelle o\u00f9 elle se r\u00e9alise justement en tant qu\u2019\u00e9chantillon<sup>9<\/sup>. C\u2019est dans la nature humaine que r\u00e9side le fait qu\u2019un b\u00e9b\u00e9 tout seul \u00e7a n\u2019existe pas et que l\u2019homme, que cela lui plaise ou non, est n\u00e9cessairement et fonci\u00e8rement un animal politique<sup>10<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce chemin vers <em>l\u2019obscur et l\u2019inconnu<\/em> des commencements de l\u2019individu, se dessine l\u2019ironique destin que constitue le devenir humain oscillant toujours entre d\u00e9pendance et ind\u00e9pendance, entre besoin et d\u00e9sir, entre illusion et d\u00e9sillusion. C\u2019est le myst\u00e8re de <em>ce qui fait continuer \u00e0 vivre en pouvant supporter avec cr\u00e9ativit\u00e9 l\u2019insupportable vie<\/em> qui est au c\u0153ur de la recherche. L\u2019humain, d\u2019apr\u00e8s Winnicott, ne peut s\u2019avancer r\u00e9ellement dans la vie comme auteur-acteur que depuis le <em>sentiment d\u2019\u00eatre Dieu<\/em> qu\u2019il \u00e9prouve dans l\u2019exp\u00e9rience que lui procure son couplage avec une m\u00e8re-environnement <em>good enough<\/em>. En venant au monde l\u2019\u00eatre humain rencontre un monde qui <em>ne veut rien<\/em>, qui ne lui veut ni mal, ni bien, un monde qui fait preuve \u00e0 son \u00e9gard d\u2019une indiff\u00e9rence que l\u2019humain aimerait bien lui retourner et qu\u2019il enviera toujours sans jamais l\u2019atteindre ni v\u00e9ritablement, ni durablement<sup>11<\/sup>. La m\u00e8re (qu\u2019il ne faut pas r\u00e9duire \u00e0 maman) appara\u00eet \u00eatre la seule partie de ce monde-environnement susceptible de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce nouveau venu, de l\u2019investir singuli\u00e8rement en faisant montre d\u2019une relative mais r\u00e9elle capacit\u00e9 de s\u2019adapter \u00e0 lui juste assez pour lui donner le sentiment d\u2019exister qui lui permettra de se sentir vivant et r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce processus constitue la premi\u00e8re de ces exp\u00e9riences culturelles qui dotent l\u2019humanit\u00e9 d\u2019une exp\u00e9rience de continuit\u00e9 qui transcende l\u2019existence individuelle. Elle cr\u00e9e les conditions de possibilit\u00e9 de faire entrer l\u2019humain dans cette capacit\u00e9 de jeu qui lui permettra, par la suite, de conna\u00eetre, sans peines excessives, les jeux de soci\u00e9t\u00e9. Pour prendre bon d\u00e9part dans la vie, chacun, dit Winnicott, devrait pouvoir faire <em>sa petite exp\u00e9rience d\u2019omnipotence avant de devoir et pouvoir repasser \u00e0 Dieu cet exercice inconfortable<\/em> et de finir par ressentir, en l\u2019acceptant, cette humilit\u00e9 qui est le signe de l\u2019accomplissement de l\u2019individualit\u00e9 humaine. Le sentiment psychique d\u2019omnipotence qui caract\u00e9rise l\u2019illusion d\u2019\u00eatre Dieu, plus que de nous mettre au centre de l\u2019univers, fait de nous <em>le principe<\/em> de toute chose, de toute cr\u00e9ature, de tout univers et nous pose comme un <em>\u00eatre sans aucune ant\u00e9c\u00e9dence, ni ant\u00e9riorit\u00e9, pur esprit que n\u2019entache aucune mat\u00e9rialit\u00e9 physique et que n\u2019entament ni les contingences de la vie quotidienne, ni les rencontres al\u00e9atoires<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019omnipotence exclut d\u2019avoir \u00e0 penser que <em>la psych\u00e9 a pour fondement le soma<\/em> et que <em>l\u2019unit\u00e9 individuelle<\/em> est surd\u00e9termin\u00e9e par les effets ineffa\u00e7ables de notre d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019environnement et aux objets que nous pouvons y trouver. Le sentiment d\u2019\u00eatre Dieu permet d\u2019ignorer l\u2019\u0153uvre du sexuel et le travail exig\u00e9 pour lui donner ces destins pulsionnels o\u00f9 se r\u00e9v\u00e8lent jusqu\u2019\u00e0 quel point nous sommes parvenus \u00e0 \u00e9prouver les objets comme des individus distincts et diff\u00e9rents sexuellement de nous et non comme simples proth\u00e8ses narcissiques. Cette tendance \u00e0 l\u2019omnipotence est une tentation inh\u00e9rente \u00e0 la nature humaine dont la pr\u00e9dominance peut emp\u00eacher, si elle persiste au-del\u00e0 d\u2019un certain temps, de reconna\u00eetre la nature humaine et d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019humilit\u00e9<sup>12<\/sup>. Mais, dans un premier temps, elle est un moment n\u00e9cessaire dans l\u2019expression de la <em>tendance h\u00e9r\u00e9ditaire \u00e0 l\u2019int\u00e9gration<\/em>, dont Winnicott fait l\u2019hypoth\u00e8se. Cette tendance constitue le terreau sur lequel pourra se d\u00e9velopper progressivement le principe de r\u00e9alit\u00e9 dont Winnicott souligne que c\u2019est vraiment <em>une sale histoire<\/em> et une v\u00e9ritable <em>offense narcissique<\/em> qui va nous contraindre \u00e0 inventer un certain nombre de moyens pour la dig\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici qu\u2019intervient l\u2019aire interm\u00e9diaire o\u00f9 s\u2019accomplissent ces ph\u00e9nom\u00e8nes transitionnels qui permettent de passer de la non-existence \u00e0 l\u2019existence<sup>13<\/sup>, de <em>l\u2019\u00eatre<\/em> \u00e0 un <em>faire vivant<\/em>. Cette aire se situe entre la <em>cr\u00e9ativit\u00e9 primaire<\/em> et la <em>perception fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9preuve de r\u00e9alit\u00e9<\/em>. <em>La tendance h\u00e9r\u00e9ditaire \u00e0 l\u2019int\u00e9gration<\/em> tire le b\u00e9b\u00e9 vers cet environnement sans lequel il n\u2019existerait pas et sans le secours duquel il ne parviendrait \u00e0 constituer cette aire qui lui est vitalement n\u00e9cessaire. Cette aire constitue un temps interm\u00e9diaire qui laisse justement le temps pour que se d\u00e9veloppe, \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un \u00e9tat o\u00f9 la forme et le temps n\u2019existent pas, cet autre courant inn\u00e9 qu\u2019est la cr\u00e9ativit\u00e9 psychique primaire. C\u2019est du d\u00e9veloppement de celui-ci que d\u00e9pend la naissance de la conscience de soi qui ne peut \u00e9merger que dans la zone neutre de ce qui originellement n\u2019avait pas de forme et \u00e9tait d\u00e9cousu. C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que s\u2019accomplira, avec plus ou moins de bonheur, la tendance \u00e0 l\u2019int\u00e9gration vers la maturit\u00e9 \u00e9motionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace de la cr\u00e9ativit\u00e9 se d\u00e9ploie entre les tendances h\u00e9r\u00e9ditaires et les effets de l\u2019environnement, et il nous confronte \u00e0 des difficult\u00e9s fondamentales propres \u00e0 la nature humaine. Comment accepter la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure sans trop perdre de son impulsion cr\u00e9atrice ? Comment exister entre l\u2019attente de la pers\u00e9cution et l\u2019exp\u00e9rience des soins qui en prot\u00e8gent ? Comment supporter d\u2019avoir \u00e0 se modifier autoplastiquement sans renoncer aux tentatives de modifications alloplastiques ? Comment penser sans renoncer au faire et faire sans court-circuiter la pens\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p>Nous l\u2019avons dit plus haut, ce qui pr\u00e9occupe Winnicott, ce sont les organisations psychiques o\u00f9, selon lui, la pulsion sexuelle n\u2019est pas parvenue \u00e0 occuper la position centrale. Ce niveau psychique originaire, Freud n\u2019aurait commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019entrevoir qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 il se rend compte que la th\u00e9orie a avanc\u00e9 plus vite dans la compr\u00e9hension du d\u00e9veloppement de la libido que dans celle du d\u00e9veloppement du moi. Pour Winnicott, ce niveau est celui des zones concern\u00e9es par les exp\u00e9riences de la toute petite enfance. Ce niveau n\u2019est pas li\u00e9 aux conflits des pulsions (que Winnicott d\u00e9signe souvent comme les instincts), mais se rapporte au processus psychique de la cr\u00e9ativit\u00e9 psychique primaire qui permet au b\u00e9b\u00e9 d\u2019accomplir la transition du principe de plaisir au principe de r\u00e9alit\u00e9. La vis\u00e9e de Winnicott est de tenter d\u2019expliciter les m\u00e9canismes qui permettent de passer de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre principe, c\u2019est ce qu\u2019il nomme <em>processus transitionnel<\/em>. Nous savons que pour lui la <em>vie cr\u00e9atrice est un faire<\/em>, mais pas n\u2019importe quel faire, il faut distinguer le <em>faire par impulsion<\/em> du <em>faire par r\u00e9action<\/em>. Chez certains humains, les activit\u00e9s montrant qu\u2019ils sont vivants sont simplement des r\u00e9actions \u00e0 un stimulus. A leur propos, le mot <em>\u00eatre<\/em> et le verbe <em>exister<\/em> n\u2019ont pas de pertinence. Le <em>faire par impulsion<\/em> est celui qui caract\u00e9rise la vie cr\u00e9atrice. Le mot <em>impulsion<\/em> doit \u00eatre bien \u00e9videmment corr\u00e9l\u00e9 au pulsionnel et le <em>faire<\/em> dont il est ici question doit \u00eatre mis en rapport avec toute la discussion sur la diff\u00e9rence entre <em>penser et faire<\/em> de la fin de <em>Totem et tabou<\/em>, ce texte dont la derni\u00e8re phrase est <em>Au commencement \u00e9tait l\u2019acte<\/em><sup>14<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Winnicott, l\u2019existence pr\u00e9c\u00e8de le faire et les formes du sentiment d\u2019\u00eatre en conditionnent la valeur. Pour Winnicott, sans l\u2019exp\u00e9rience effective d\u2019\u00eatre, de se sentir exister sur une base qui permet d\u2019agir effectivement sur le monde, la cr\u00e9ativit\u00e9, qui donne le sentiment que la vie vaut d\u2019\u00eatre v\u00e9cue, ne se d\u00e9veloppera pas. Ce niveau d\u2019exp\u00e9rience est bien ant\u00e9rieur \u00e0 celui de la frustration d\u2019amour (propre aux n\u00e9vroses de transfert), il renvoie bien davantage \u00e0 des exp\u00e9riences o\u00f9 c\u2019est la vie qui est menac\u00e9e, en danger (comme dans les n\u00e9vroses traumatiques et dans les n\u00e9vroses de guerre). En \u00e9crivant cela, nous inscrivons Winnicott dans le prolongement de la r\u00e9flexion qui, en 1919, dans <em>Introduction \u00e0 la psychanalyse des n\u00e9vroses de guerre<\/em><sup>15<\/sup>, conduit Freud \u00e0 postuler l\u2019existence d\u2019une n\u00e9vrose traumatique \u00e9l\u00e9mentaire qui serait ant\u00e9rieure \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019apparition des n\u00e9vroses de transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que l\u2019une des pistes qui nous permettrait de commencer \u00e0 entendre ce que Winnicott vise quand il dit que la pulsion n\u2019occupe pas encore la position centrale serait de mettre cette proposition en rapport avec deux passages des <em>Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle<\/em>. Voici le premier : \u00ab <em>L\u2019\u00e9tat de besoin<\/em> (qui entendez-le bien n\u2019est pas encore l\u2019\u00e9tat de d\u00e9sir) <em>exigeant la r\u00e9p\u00e9tition de la satisfaction se r\u00e9v\u00e8le de deux fa\u00e7ons : par un sentiment singulier de tension qui a plut\u00f4t le caract\u00e8re du d\u00e9plaisir, et par une sensation de d\u00e9mangeaison ou de stimulation d\u2019origine centrale et projet\u00e9e dans la zone \u00e9rog\u00e8ne p\u00e9riph\u00e9rique<\/em> \u00bb<sup>16<\/sup>. Et voici le second passage : \u00ab <em>Au demeurant, l\u2019influence de la s\u00e9duction n\u2019aide pas \u00e0 d\u00e9voiler ce qu\u2019il en est initialement de la pulsion sexuelle, mais brouille au contraire notre mani\u00e8re de le voir, du fait qu\u2019elle conduit pr\u00e9matur\u00e9ment l\u2019enfant \u00e0 l\u2019objet sexuel, pour lequel la pulsion sexuelle ne montre tout d\u2019abord<sup>17<\/sup>. Nous retrouvons dans la premi\u00e8re citation l\u2019adjectif <em>central<\/em>, il ne qualifie pas ici pas la position mais l\u2019origine de la stimulation. Nous ne d\u00e9velopperons pas et n\u2019argumenterons pas notre lecture de ce passage, nous nous contenterons d\u2019indiquer que pour \u00eatre entendu ce fragment exige, d\u2019une part, de ne pas confondre l\u2019infantilisme sexuel (que Freud mit en lumi\u00e8re en 1898 et qui a partie li\u00e9e avec la n\u00e9ot\u00e9nie de l\u2019humain)<sup>18<\/sup> et la sexualit\u00e9 infantile et, d\u2019autre part, de ne pas oublier la distinction faite par Freud dans le d\u00e9but de son \u0153uvre entre une excitation sexuelle somatique et une excitation sexuelle psychique nomm\u00e9e libido<sup>19<\/sup>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je propose de penser que la <em>stimulation d\u2019origine centrale<\/em> des <em>Trois essais<\/em> renvoie \u00e0 cette excitation sexuelle somatique. Elle est \u00e0 l\u2019origine d\u2019un \u00e9tat de besoin et pas encore de d\u00e9sir. A la suite d\u2019une r\u00e9ponse asymptotiquement ad\u00e9quate apport\u00e9e par une aide ext\u00e9rieure \u00e9trang\u00e8re (la m\u00e8re chez Winnicott) \u00e0 cet \u00e9tat, pourront \u00eatre distingu\u00e9es les zones \u00e9rog\u00e8nes. Ces derni\u00e8res, parce qu\u2019elles sont investies libidinalement, garderont l\u2019\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 dont l\u2019ensemble du corps disposait jusqu\u2019au moment o\u00f9 le refoulement organique interviendra<sup>20<\/sup>. La pulsion n\u2019occupe donc pas la position centrale d\u2019embl\u00e9e. L\u2019excitation d\u2019origine centrale ne peut venir comme pulsion en position centrale que par projection sur la p\u00e9riph\u00e9rie que constituent les zones \u00e9rog\u00e8nes. Celles-ci sont construites d\u2019ailleurs dans ce mouvement de projection de la stimulation qui, rencontrant la limite que constitue la membrane corporelle, se voit arr\u00eat\u00e9 et contraint \u00e0 un mouvement de retournement sur la personne propre. Ce mouvement de retournement est le noyau de l\u2019introjection primaire<sup>21<\/sup>. C\u2019est dans ce mouvement pour mettre hors de soi la pulsion que s\u2019\u00e9prouve l\u2019existence en tant que pr\u00e9cipit\u00e9 de l\u2019\u00e9chec de la projection. Le moi commence alors \u00e0 se diff\u00e9rencier du \u00e7a en s\u2019\u00e9prouvant comme moi-corps limit\u00e9. Il se d\u00e9couvre s\u00e9par\u00e9 du noyau de l\u2019\u00eatre que constituait le moi-id\u00e9al (qui ne sera entrevu que dans le moment m\u00eame de sa perte). C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que la pulsion peut conna\u00eetre le destin et le d\u00e9veloppement des diff\u00e9rents moments de la sexualit\u00e9 infantile. C\u2019est en \u00e9tant localis\u00e9e dans la zone \u00e9rog\u00e8ne, \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, que la pulsion en vient \u00e0 occuper cette position centrale \u00e9voqu\u00e9e par Winnicott.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma lecture de ce texte m\u2019\u00e9loigne de la lecture faite par Jean Laplanche, \u00e0 laquelle se r\u00e9f\u00e8re Dominique Scarfone<sup>22<\/sup>. Etant pr\u00eat \u00e0 me fourvoyer biologiquement<sup>23<\/sup> avec Freud, je lui embo\u00eete le pas et je crois que Winnicott le fait aussi. Dans le point de vue que je d\u00e9fends, ce que l\u2019adulte implante ce n\u2019est pas le sexuel, mais les conditions de possibilit\u00e9 d\u2019un ordre sexuel et d\u2019une organisation du sexuel d\u2019origine centrale en sexualit\u00e9 infantile. Lorsque le mouvement du nourrisson pour <em>chercher \u00e0 atteindre<\/em> rencontre, au <em>moment cr\u00e9atif<\/em>, les <em>d\u00e9tails pr\u00e9sent\u00e9s par la m\u00e8re<\/em><sup>24<\/sup> une relation peut s\u2019\u00e9tablir. Les d\u00e9tails offerts lui permettront de tailler (comme un sculpteur) un ensemble psych\u00e9-soma qui se d\u00e9gage psychiquement du somatique. Les zones \u00e9rog\u00e8nes cr\u00e9\u00e9es dans ce mouvement constituent les coordonn\u00e9es d\u2019une r\u00e9sidence psychosomatique.<br>Winnicott n\u2019ignore certes pas la m\u00e9ta-psychologie freudienne, mais il faut reconna\u00eetre qu\u2019il n\u2019a pas beaucoup d\u2019app\u00e9tence pour le tour sp\u00e9culatif que Freud donne \u00e0 certaines de ses hypoth\u00e8ses<sup>25<\/sup>. Mais, ce n\u2019est peut-\u00eatre pas la principale raison pour laquelle son propos est apparemment assez peu m\u00e9tapsychologique. La raison principale de cela me semble d\u00e9termin\u00e9e par le fait que le niveau que cherche \u00e0 atteindre sa r\u00e9flexion est en de\u00e7\u00e0 de la m\u00e9tapsychologie. Sa r\u00e9flexion porte sur les conditions de possibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9mergence d\u2019un appareil psychique qui ne sera pensable m\u00e9tapsychologiquement que secondairement. Dans un premier temps, c\u2019est un appareil rudimentaire, \u00e9l\u00e9mentaire sans v\u00e9ritable topique puisque qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un moi-\u00e7a. La contrainte \u00e9conomique n\u2019a pas encore contraint \u00e0 que se d\u00e9ploie une dynamique qui organiserait autant qu\u2019il se peut un conflit entre des instances qui se diff\u00e9rencieraient topiquement. Ni les contraintes de la r\u00e9alit\u00e9, ni celles de la pulsion n\u2019ont encore contraint ce moi-\u00e7a \u00e0 se diff\u00e9rencier en \u00e7a et en moi et rien n\u2019est venu exiger que s\u2019\u00e9bauche le surmoi.<br>Winnicott cherche certes \u00e0 d\u00e9terminer les conditions qui permettront d\u2019\u00e9viter la maladie, mais il ne sait que trop que d\u2019une part <em>l\u2019absence de maladie est certes la sant\u00e9 mais pas la vie<\/em> et d\u2019autre part que la sant\u00e9 n\u2019est peut-\u00eatre pas aussi d\u00e9sirable que nous pourrions le croire. Pour Winnicott : \u00ab <em>Les plus grandes souffrances dans le monde des hommes sont probablement celles des personnes<sup>26<\/sup>. Poursuivant cette assertion, il va pr\u00e9ciser que les troubles qui affectent la vie psychique visent en premier lieu \u00e0 \u00e9viter la rencontre avec les difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 la vie humaine et que les souffrances qu\u2019ils causent prot\u00e8gent de fait de ces plus grandes souffrances qui seraient l\u2019apanage des gens matures. C\u2019est dans le prolongement de cela qu\u2019est pr\u00e9cis\u00e9 ce qu\u2019apporte, selon Winnicott, la psychanalyse : une conscience accrue de la nature humaine et une plus grande tol\u00e9rance \u00e0 ce qui de cette nature \u00e9chappe \u00e0 la compr\u00e9hension<sup>27<\/sup>. L\u2019analyse r\u00e9aliserait la t\u00e2che qui aurait d\u00fb \u00eatre accomplie par un d\u00e9veloppement qui aurait men\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la maturit\u00e9 \u00e9motionnelle : c\u2019est-\u00e0-dire reconna\u00eetre qu\u2019<em>en r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est la vie elle-m\u00eame qui est difficile et renoncer \u00e0 imputer la faute \u00e0 Voltaire, Rousseau ou autres<\/em>.<br>Je terminerai mon propos abruptement en paraphrasant Winnicott, je dirais que la vie cr\u00e9atrice est le fait de ne pas \u00eatre tu\u00e9 ou annihil\u00e9 continuellement par soumission, ou r\u00e9action au monde qui empi\u00e8te sur nous, le fait de ne pas r\u00e9duire ce que nous sommes \u00e0 la seule d\u00e9termination h\u00e9r\u00e9ditaire, le fait de pouvoir prendre appui sur le monde pour s\u2019interpr\u00e9ter en l\u2019interpr\u00e9tant. C\u2019est cela qui peut faire de nous des \u00eatres capables de nous baser sur une tradition \u00e0 laquelle nous serons d\u2019autant plus originalement fid\u00e8les que nous pourrons ne pas nous contenter d\u2019en effectuer m\u00e9caniquement la r\u00e9p\u00e9tition. Nous pourrons, peut-\u00eatre alors, porter sur les choses un regard toujours neuf et voir qu\u2019\u00ab <em>il y a possiblement toujours quelque chose de neuf et d\u2019inattendu dans l\u2019air<\/em> \u00bb<sup>28<\/sup>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Notes<\/em><\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><em> Winnicott D. W., <em>La nature humaine<\/em>, trad.. B. Weil, Paris, Gallimard, 1990, 18-19, \u00e0 partir de maintenant NH.<\/em><\/li><li><em> Ibid., p. 11.<\/em><\/li><li><em> \u00ab Freud fit pour nous le plus dur travail, il mit en \u00e9vidence la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019inconscient et sa force, parvint \u00e0 la douleur, \u00e0 l\u2019angoisse et au conflit qui est invariablement \u00e0 la racine de la formation des sympt\u00f4mes, et mit en avant, au besoin avec quelque arrogance, l\u2019importance de la pulsion et la signification de la sexualit\u00e9 infantile. Une th\u00e9orie qui d\u00e9nie ou court-circuite ces questions est une th\u00e9orie qui ne sert \u00e0 rien \u00bb Winnicott D. W., <em>La nature humaine<\/em>, trad.. B. Weil, Paris, Gallimard, 1990, 54.<\/em><\/li><li><em> Je renvoie \u00e0 Cyssau C., Villa F., (eds), <em>La nature humaine \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de Winnicott<\/em>, Petite collection de psychanalyse, Paris, PUF, 2006.<\/em><\/li><li><em> Freud S., (1917), <em>Conf\u00e9rences d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>, tr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999.<\/em><\/li><li><em> NH, 70-71.<\/em><\/li><li><em> Pour \u00eatre plus prudent, il faudrait penser que, si cela change, c\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la temporalit\u00e9 g\u00e9ologique et que, par cons\u00e9quent, cela reste imperceptible et, donc, non significatif, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la temporalit\u00e9 humaine.<\/em><\/li><li><em> L\u2019attention winnicottienne port\u00e9e \u00e0 l\u2019environnement constitue une amplification de ce que Freud avait esquiss\u00e9 sous le nom du complexe de l\u2019\u00eatre-humain-proche. Nous retrouvons une pr\u00e9occupation de m\u00eame nature chez Lacan, lorsque nous lisons sous sa plume que le sujet ne prend sens que de son articulation au discours et au d\u00e9sir de l\u2019Autre (qui repr\u00e9senterait le tr\u00e9sor des signifiants).<\/em><\/li><li><em> Dans ce passage, je n\u2019ai fait qu\u2019exposer \u00e0 ma mani\u00e8re ce que Winnicott avance dans le d\u00e9but de sa conf\u00e9rence \u00ab Morale et \u00e9ducation \u00bb : \u00ab Le titre de ma conf\u00e9rence me permet de traiter le th\u00e8me non pas tant de la soci\u00e9t\u00e9 qui subit des changements que de la nature humaine qui ne change pas. La nature humaine ne change pas. On peut contester cette id\u00e9e, mais je vais n\u00e9anmoins la supposer vraie et en faire le fondement du sujet que je vais d\u00e9velopper. Il est certes exact que la nature humaine a \u00e9volu\u00e9 au cours de centaines de milliers d\u2019ann\u00e9es, tout comme les corps et les \u00eatres humains, mais il y a tr\u00e8s peu de preuves qu\u2019elle se soit modifi\u00e9e pendant la courte p\u00e9riode de l\u2019histoire connue. Parall\u00e8lement, on peut consid\u00e9rer que ce qui est vrai de la nature humaine aujourd\u2019hui \u00e0 Londres, l\u2019est \u00e9galement \u00e0 Tokyo, \u00e0 Accra, \u00e0 Amsterdam et \u00e0 Tombouctou. La v\u00e9rit\u00e9 est la m\u00eame, qu\u2019il s\u2019agisse de blancs ou de noirs, de g\u00e9ants ou de pygm\u00e9es, qu\u2019il s\u2019agisse des enfants du savant de Harwell ou de Cap Canaveral, ou de ceux de l\u2019aborig\u00e8ne australien \u00bb, in <em>Processus de maturation chez l\u2019enfant<\/em>, trad. Kalmanovitch J., Payot, Paris, 1970.<\/em><\/li><li><em>C\u2019est, ici, aussi qu\u2019il faudrait lire l\u2019\u0153uvre de Winnicott comme s\u2019inscrivant dans le prolongement de l\u2019essai de Freud sur <em>Psychologie des foules et analyse du moi<\/em>, (1921), trad. J. Altounian, A. et O. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, in <em>Essais de psychanalyse<\/em>, Paris, p.b.Payot, 1981.<\/em><\/li><li><em>Sur l\u2019indiff\u00e9rence, se reporter \u00e0 Freud S. : 1). (1911), \u00ab Formulations sur les deux principes de l\u2019advenir psychique \u00bb, trad. P. Cotet, R. Lain\u00e9, in <em>\u0152uvres Compl\u00e8tes<\/em>. Psychanalyse, vol. XI, Paris, P.U.F., 1998, p. 11-21. 2). (1915), \u00ab Pulsions et destins de pulsions \u00bb trad. J. Altounian, A. Bourguignon, <\/em>P. Cotet, A. Rauzy, in \u0152uvres Compl\u00e8tes. Psychanalyse, vol. XIII, Paris, P.U.F., 1988, 3). \u00ab La n\u00e9gation \u00bb, trad. J. Laplanche, in\u00a0<em>\u0152uvres Compl\u00e8tes<\/em>. Psychanalyse, vol. XVII, Paris, P.U.F., 1992. L\u2019importance implicite ou explicite de ces textes dans la r\u00e9flexion de DWW est ind\u00e9niable.<\/li><li><em>S. Freud, \u00ab Pour introduire le narcissisme \u00bb (1914), trad. J. Laplanche et collaborateurs, in <em>La vie sexuelle<\/em>, Paris, P.U.F., 5\u00e8 \u00e9dition, 1977.<\/em><\/li><li><em>Winnicott D. W., \u00ab La crainte de l\u2019effondrement \u00bb in <em>La crainte de l\u2019effondrement et autres situations cliniques<\/em>, trad.. J. Kalmanovitch et M. Gribinski, Paris, Gallimard, 1989.<\/em><\/li><li><em>Freud S., (1913), \u00ab Totem et tabou \u00bb, trad. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, avec la collab. de F. Baillet, in <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>. Psychanalyse, vol. XI, Paris, P.U.F., 1998.<\/em><\/li><li><em>Freud S., \u00ab Introduction \u00e0 Sur la psychanlyse des n\u00e9vroses de guerre \u00bb, trad.. A. Bourguignon ; C. von Petersdorff, in <em>\u0152uvres Compl\u00e8tes<\/em>. Psychanalyse, vol. XV, Paris, P.U.F., 1996.<\/em><\/li><li><em>Freud S., (1905), <em>Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle<\/em>, trad. Ph. Koeppel, sous la dir. de J.-B. Pontalis, Paris, Gallimard, 1987, p. 109.<\/em><\/li><li><em>Freud, S., \u00ab Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle \u00bb, trad. P. Cotet, R. Lain\u00e9, in <em>OCP<\/em>, VI, Paris, PUF, 2006, p. 127.<\/em><\/li><li><em>Freud S., (1898), \u00ab La sexualit\u00e9 dans l\u2019\u00e9tiologie des n\u00e9vroses \u00bb, trad. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet et A. Rauzy, <em>\u0152uvres Com-pl\u00e8tes<\/em>. Psychanalyse, vol. III, Paris, P.U.F., 1989.<\/em><\/li><li><em>Freud S., (1894), \u00ab Du bien-fond\u00e9 \u00e0 s\u00e9parer de la neurasth\u00e9nie un complexe de sympt\u00f4mes d\u00e9termin\u00e9, en tant que \u201c n\u00e9vrose d\u2019angoisse \u201d \u00bb, trad. J. Stute-Cadiot et Fr. M. Gathelier, in <em>\u0152uvres Compl\u00e8tes<\/em>. Psychanalyse, vol. III, Paris, PUF., 1989.<\/em><\/li><li><em>Je me permets de renvoyer le lecteur au chapitres concernant le refoulement organique dans mon livre <em>La puissance de vieillir<\/em>, Paris PUF, 2010.<\/em><\/li><li><em>Villa F., \u00ab Retour sur la notion d\u2019introjection chez Ferenczi \u00bb, <em>Psychologie Clinique<\/em>, 2008, 2, p. 88-103, Paris, L\u2019Harmattan, 2009.<\/em><\/li><li><em>Scarfone D., \u00ab Winnicott : libido pr\u00e9coce et sexuel profond \u00bb dans ce m\u00eame volume.<\/em><\/li><li><em>Laplanche. J., <em>Le fourvoiement biologisant de la sexualit\u00e9 chez Freud<\/em>, Le Plessis-Robinson, Les emp\u00eacheurs de penser en rond-Synth\u00e9labo, 1993.<\/em><\/li><li><em>Villa F, \u00ab Les d\u00e9tails ou les \u00e9pices de la nature humaine. Invitation \u00e0 un repas th\u00e9orique \u00bb in Cyssau C., Villa F. (eds), <em>La nature humaine \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de Winnicott<\/em>, Paris, PUF, 97-115. Il dit, par exemple, ne pas aimer la pulsion de mort et, bien que la pulsion de mort me paraisse une hypoth\u00e8se pertinente et n\u00e9cessaire, sa controverse avec la pulsion de mort m\u2019a paru passionnante.<\/em><\/li><li><em>NH, 108.<\/em><\/li><li><em>NH, 84.<\/em><\/li><li><em>Winnicott D. W., \u00ab Vivre cr\u00e9ativement \u00bb, in <em>Conversations ordinaires<\/em>, trad. B. Bost, Paris, Gallimard, 1988, p. 57.<\/em><\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10385?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ayant \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 penser la place occup\u00e9e par la sexualit\u00e9, le d\u00e9veloppement et la nature humaine dans l\u2019\u0153uvre de Winnicott, je constate que la s\u00e9rie constitu\u00e9e par ces trois termes r\u00e9p\u00e8tent l\u2019inversion logique et temporelle op\u00e9r\u00e9e par l\u2019auteur dans&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1231,1223,1214],"thematique":[459,458],"auteur":[1592],"dossier":[461],"mode":[60],"revue":[686],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10385","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-enfance","rubrique-perinatalite","rubrique-psychanalyse","thematique-jeu","thematique-winnicott","auteur-francois-villa","dossier-winnicott-et-la-creation-humaine","mode-payant","revue-686","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10385","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10385"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10385\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14749,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10385\/revisions\/14749"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10385"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10385"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10385"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10385"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10385"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10385"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10385"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10385"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10385"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}