{"id":10379,"date":"2021-08-22T07:31:55","date_gmt":"2021-08-22T05:31:55","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/se-regarder-les-yeux-dans-les-yeux-un-privilege-des-etres-humaines-2\/"},"modified":"2021-09-23T10:52:34","modified_gmt":"2021-09-23T08:52:34","slug":"se-regarder-les-yeux-dans-les-yeux-un-privilege-des-etres-humaines","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/se-regarder-les-yeux-dans-les-yeux-un-privilege-des-etres-humaines\/","title":{"rendered":"Se regarder les yeux dans les yeux : un privil\u00e8ge des \u00eatres humaines"},"content":{"rendered":"\n<p>Au cours d\u2019un colloque consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019imitation, colloque auquel assistaient quelques \u00e9thologues, j\u2019ai eu le malheur de d\u00e9clarer que les animaux, les mammif\u00e8res carnassiers en particulier ne se regardaient pas entre eux&#8230; J\u2019ai bien \u00e9videmment d\u00e9clench\u00e9 aussit\u00f4t une vive contestation, ces \u00e9thologues soutenant, non sans raison, que les animaux sont attentifs au comportement de leurs cong\u00e9n\u00e8res et y r\u00e9agissent volontiers. Pour preuve ce document vid\u00e9oscopique diffus\u00e9 lors de ce colloque o\u00f9 on pouvait observer la s\u00e9quence d\u2019imitation suivante. Une jument avec son jeune poulain voit soudain, pos\u00e9 dans un coin de son champ habituel, un sac de voyage plac\u00e9 l\u00e0 par l\u2019exp\u00e9rimentateur. Inqui\u00e8te mais curieuse, la jument s\u2019approche prudemment du sac qu\u2019elle finit par saisir dans sa gueule puis cherche \u00e0 l\u2019explorer avec son museau&#8230; Finalement elle s\u2019en d\u00e9tourne n\u2019ayant probablement rien trouv\u00e9 d\u2019extraordinaire \u00e0 l\u2019objet en question. Quand la jument s\u2019\u00e9loigne pour aller assez loin dans un autre coin du champ, le poulain s\u2019approche lui aussi prudemment du sac tout comme sa m\u00e8re puis se met \u00e0 l\u2019explorer d\u2019une mani\u00e8re maladroite mais \u00e9trangement semblable au comportement de celle-ci, similitude qui ne va pas sans toucher \u00e9motionnellement les spectateurs et les faire rire. Le poulain imite sa m\u00e8re, cela saute aux yeux oserai-je dire&nbsp;! Les coll\u00e8gues \u00e9thologues contestent alors vivement mes propos d\u00e9clarant que les animaux s\u2019observent les uns les autres et qu\u2019il est faux de dire qu\u2019ils ne se regardent pas&#8230; Il est toujours d\u00e9licat de s\u2019aventurer sur un terrain qui n\u2019est pas le sien et la segmentation des disciplines scientifiques contemporaines s\u2019apparente souvent \u00e0 une muraille infranchissable.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois quelques remarques compl\u00e9mentaires s\u2019imposent. En effet, pendant tout le temps au cours duquel la jument explore le sac, le poulain \u00e9tait \u00e0 quelques m\u00e8tres de sa m\u00e8re sans qu\u2019\u00e0 aucun moment celle-ci ne semble le regarder ni n\u2019\u00e9bauche le moindre mouvement en sa direction (certes il faut prendre en consid\u00e9ration le fait que le champ visuel d\u2019une jument ne ressemble en rien \u00e0 celui d\u2019un humain&nbsp;! La jument continue probablement de \u00ab&nbsp;voir&nbsp;\u00bb son petit). De son c\u00f4t\u00e9, le poulain reste \u00e0 distance et ne s\u2019approche pas de sa m\u00e8re. Et r\u00e9ciproquement quand le poulain explore le sac, \u00e0 aucun moment la m\u00e8re jument ne semble montrer le moindre int\u00e9r\u00eat au comportement de son poulain (elle broute au loin) ni <em>a fortiori<\/em> lui venir en aide dans son exploration maladroite&nbsp;! Certes le poulain a \u00e9t\u00e9 attentif au comportement de sa m\u00e8re qu\u2019il imite d\u2019ailleurs de fa\u00e7on remarquable mais il n\u2019y a aucun indice rep\u00e9rable d\u2019une imitation crois\u00e9e de cette m\u00e8re en direction du petit ni aucun indice d\u2019un int\u00e9r\u00eat quelconque devant ce comportement d\u2019imitation&nbsp;: incontestablement le poulain imite sa m\u00e8re mais tout aussi incontestablement la m\u00e8re ne montre aucune r\u00e9action objectivable \u00e0 l\u2019imitation de son comportement par son petit&nbsp;! Il est donc bien \u00e9vident que les cong\u00e9n\u00e8res d\u2019une m\u00eame esp\u00e8ce s\u2019observent r\u00e9ciproquement et si les \u00e9quid\u00e9s le font, parions que les primates sup\u00e9rieurs, les chimpanz\u00e9s, les bonobos, les gorilles et les orangs outangs, encore plus&nbsp;! Ces derniers sont particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9s et sensibles au comportement de leurs cong\u00e9n\u00e8res\u2026<br>Une seconde remarque pr\u00e9liminaire est n\u00e9cessaire&nbsp;: il est toujours difficile pour ne pas dire \u00ab&nbsp;suicidaire&nbsp;\u00bb d\u2019aller \u00e0 l\u2019encontre du discours politiquement correct&nbsp;! Quel est, pour ce qui nous concerne, ce discours politiquement correct&nbsp;? Actuellement il consiste \u00e0 mettre en exergue la continuit\u00e9 d\u00e9veloppementale entre les diverses esp\u00e8ces animales et l\u2019\u00eatre humain. Nous partageons environ 99% de nos g\u00e8nes avec les primates sup\u00e9rieurs et apparemment plus de 90% avec notre cousine la mouche. Tout ce qui est de nature \u00e0 r\u00e9duire l\u2019\u00e9cart entre l\u2019humain et les esp\u00e8ces les plus proches, tout ce qui \u00ab&nbsp;d\u00e9montre&nbsp;\u00bb cette continuit\u00e9 \u00e9volutive est \u00e0 retenir, prend la dimension d\u2019une connaissance vertueuse, renfor\u00e7ant le socle rationnel de cette connaissance et confortant la th\u00e9orie \u00e9volutive des esp\u00e8ces. Mais suffit-il de faire \u00ab&nbsp;bzzzz\u2026&nbsp;\u00bb pour s\u00e9duire notre partenaire sexuel&nbsp;? Aujourd\u2019hui chercher \u00e0 pr\u00e9ciser ce qui serait susceptible de nous diff\u00e9rencier des esp\u00e8ces les plus proches au plan \u00e9volutif est vite assimil\u00e9 \u00e0 une d\u00e9marche scientifique fallacieuse, ringarde, h\u00e9ritage d\u2019un pass\u00e9 obsol\u00e8te, ce 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle qui pla\u00e7ait volontiers l\u2019\u00eatre humain au sommet de la pyramide de la cr\u00e9ation\u2026 Bien \u00e9videmment il n\u2019y a dans mon propos aucun d\u00e9sir de placer l\u2019\u00eatre humain au dessus du monde, en particulier le monde vivant, colportant par cette position la vision d\u2019un \u00e9ventuel \u00ab&nbsp;dessein intelligent&nbsp;\u00bb. Pour dire les choses abruptement je pense m\u00eame que l\u2019invention du monoth\u00e9isme a repr\u00e9sent\u00e9 et repr\u00e9sente toujours pour l\u2019humanit\u00e9 un danger potentiellement mortel par l\u2019id\u00e9e consubstantielle au monoth\u00e9isme, celle que l\u2019\u00eatre humain serait du fait de l\u2019intention de ce dieu, au dessus de tout le reste, esp\u00e8ces animales comprises. Rechercher ce qui nous diff\u00e9rencie de nos plus proches cousins (ou grands fr\u00e8res&nbsp;!) n\u2019implique pas l\u2019existence ni la croyance dans une rupture d\u00e9veloppementale ni dans un saut qualitatif, encore moins dans un quelconque dessein intelligent. Au contraire, se focaliser sur ce qui apparait comme assez fondamentalement diff\u00e9rent peut, peut-\u00eatre, mieux orienter la recherche vers ces processus \u00e9volutifs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La vision&nbsp;: fuir, attaquer, s\u2019observer\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans notre ouvrage <em>Les yeux dans les yeux, l\u2019\u00e9nigme du regard<\/em> nous avons avanc\u00e9 une hypoth\u00e8se&nbsp;: les \u00eatres humains sont les seuls mammif\u00e8res carnassiers \u00e0 pouvoir se regarder durablement les yeux dans les yeux\u2026 En effet, et pour s\u2019en tenir aux seuls mammif\u00e8res, les fonctions sociales auxquelles la vision participent sont de trois ordres&nbsp;: rep\u00e9rage et vision des proies, d\u00e9tection et identification des pr\u00e9dateurs mais aussi reconnaissance et approche des cong\u00e9n\u00e8res. Dans toutes ces situations un animal doit \u00eatre capable de percevoir ce que fait la proie, le pr\u00e9dateur ou le cong\u00e9n\u00e8re pour ajuster lui-m\u00eame son comportement et atteindre efficacement son but&nbsp;: attaquer, fuir, partager avec un partenaire (parade amoureuse), rivaliser avec un concurrent (combat des m\u00e2les entres eux) ou jouer avec d\u2019autres (les jeux des petits avec ceux de leur \u00e2ge ou avec des adultes).<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce point, il existe une grande diff\u00e9rence entre les animaux qui sont principalement des proies et ceux qui sont essentiellement des pr\u00e9dateurs. Les herbivores, qui sont surtout des proies potentielles pour les carnassiers, b\u00e9n\u00e9ficient en g\u00e9n\u00e9ral d\u2019une vision lat\u00e9rale avec des yeux assez \u00e9cart\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre (lapin, cheval\u2026). Les esp\u00e8ces carnassi\u00e8res en revanche ont une vision binoculaire avec des yeux plus rapproch\u00e9s et ont particuli\u00e8rement d\u00e9velopp\u00e9 leur vision focale\u00a0: l\u2019objectif est en effet de viser le plus pr\u00e9cis\u00e9ment possible dans l\u2019espace la cible de fa\u00e7on \u00e0 l\u2019atteindre. C\u2019est le cas des oiseaux carnassiers dont l\u2019aigle est l\u2019exemple type. Par cons\u00e9quent, la vision p\u00e9riph\u00e9rique d\u00e9clenche plut\u00f4t la fuite d\u00e8s que le pr\u00e9dateur est per\u00e7u tandis que la vision focale cible la proie et pr\u00e9c\u00e8de l\u2019attaque. Mais les choses se compliquent pour les esp\u00e8ces carnassi\u00e8res qui sont \u00e0 la fois pr\u00e9datrices et proie potentielle, chasseurs et chass\u00e9s en m\u00eame temps. Outre une bonne vision focale, ces esp\u00e8ces ont donc aussi int\u00e9r\u00eat \u00e0 disposer d\u2019un champ \u00e9tendu de vision. La mobilit\u00e9 oculaire r\u00e9pond en grande partie \u00e0 ces contraintes oppos\u00e9es. Cette mobilit\u00e9 des yeux par rapport au corps et \u00e0 la t\u00eate facilite la capacit\u00e9 \u00e0 diriger puis fixer le regard sur la cible. C\u2019est la raison pour laquelle, pratiquement pour toutes les esp\u00e8ces carnassi\u00e8res et pas seulement les mammif\u00e8res, le regard focal signifie le d\u00e9clenchement probable d\u2019une attaque.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dans le monde animal&nbsp;: le r\u00e9flexe de d\u00e9tournement du regard<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa5\">Mais s\u2019il faut surveiller l\u2019espace et viser la cible encore convient-il de ne pas s\u2019attaquer entre membres de la m\u00eame esp\u00e8ce\u00a0! C\u2019est une condition indispensable \u00e0 la survie\u00a0: les cong\u00e9n\u00e8res de la m\u00eame esp\u00e8ce doivent \u00e9viter de s\u2019attaquer syst\u00e9matiquement. La reconnaissance des cong\u00e9n\u00e8res devient essentielle\u00a0! Dans toutes les esp\u00e8ces animales carnassi\u00e8res, celles o\u00f9 le cong\u00e9n\u00e8re pourrait \u00eatre \u00e9galement une proie potentielle, cette reconnaissance est quasi automatique et s\u2019accompagne d\u2019un r\u00e9flexe protecteur\u00a0: le d\u00e9tournement de la vision focale assur\u00e9 par un mouvement de la t\u00eate ou des yeux. C\u2019est pourquoi entre cong\u00e9n\u00e8res, entre animaux de la m\u00eame esp\u00e8ce, il n\u2019y a pratiquement jamais de regard focal sur les partenaires, encore moins de regards partag\u00e9s\u00a0: ceux-ci sont rares pour ne pas dire inexistants. Quand ils surviennent, c\u2019est \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un conflit ou d\u2019un comportement de menace et ces \u00e9changes sont toujours extraordinairement brefs, \u00e0 peine deux ou trois secondes maximum. Ainsi chez les geais, l\u2019oiseau dominant mange en premier\u2026 et si un domin\u00e9 s\u2019approche de la nourriture le dominant tourne la t\u00eate vers lui et le fixe de fa\u00e7on monoculaire ou binoculaire\u00a0; en g\u00e9n\u00e9ral, le domin\u00e9 recule alors, et ce comportement est plus fr\u00e9quent lorsque le dominant fixe de fa\u00e7on binoculaire que de mani\u00e8re monoculaire<sup>1<\/sup>. Chez ces oiseaux, le regard fix\u00e9 droit sur le cong\u00e9n\u00e8re constitue une menace contraignant celui qui est ainsi vis\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9loigner. Ce r\u00e9flexe d\u2019\u00e9loignement d\u00e9clench\u00e9 par un regard focal n\u2019emp\u00eache pas ces animaux de reconna\u00eetre leurs cong\u00e9n\u00e8res, d\u2019\u00eatre sensibles \u00e0 la position du corps des autres et de se servir utilement de ces informations. Ainsi, ils sont capables de reconna\u00eetre ce que font les autres animaux de l\u2019esp\u00e8ce, mais toujours gr\u00e2ce \u00e0 une vision lat\u00e9rale. Cette attention aux mouvements du corps des cong\u00e9n\u00e8res est habituelle. Mais la vision n\u2019est probablement pas dans le monde animal, surtout carnivore, l\u2019organe sensoriel principal qui participe du lien social de proximit\u00e9, les \u00e9changes entre cong\u00e9n\u00e8res et surtout la reconnaissance entre partenaires. L\u2019audition (les cris d\u2019appel), l\u2019odorat, le toucher (l\u00e9chage) ont certainement une fonction plus importante que la vision dans le processus d\u2019attachement privil\u00e9gi\u00e9 entre partenaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en va de m\u00eame chez les primates sup\u00e9rieurs\u00a0: les individus du groupe s\u2019observent souvent, sont attentifs aux postures des uns et des autres, \u00e0 ce que font les divers partenaires. La reconnaissance entre individus est particuli\u00e8rement d\u00e9velopp\u00e9e. Ainsi, des singes rh\u00e9sus peuvent ais\u00e9ment apprendre \u00e0 reconna\u00eetre des diapositives montrant le visage d\u2019un cong\u00e9n\u00e8re repr\u00e9sent\u00e9 sous diff\u00e9rentes incidences. Ils peuvent \u00e9galement faire la diff\u00e9rence entre les diverses photos du visage de cet individu pr\u00e9cis et des photos du visage d\u2019autres singes rh\u00e9sus<sup>2<\/sup>. Ils sont \u00e9galement capables de reconna\u00eetre parmi diff\u00e9rents petits ceux qui sont les enfants d\u2019une m\u00e8re connue<sup>3<\/sup>. Selon Premack<sup>4<\/sup>, les singes reconnaissent en fait l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019association entre individus. Il semble que les primates soient aussi capables de reconna\u00eetre les expressions pr\u00e9sentes sur le visage des partenaires\u00a0: des chimpanz\u00e9s qui voient un cong\u00e9n\u00e8re connu dans un \u00e9tat affectif marqu\u00e9, par exemple satisfait et excit\u00e9 d\u2019avoir trouv\u00e9 une banane ou inversement effray\u00e9 d\u2019avoir d\u00e9couvert un serpent, pr\u00e9sentent eux-m\u00eames une mimique analogue, laissant penser qu\u2019ils sont eux aussi soit satisfaits soit effray\u00e9s. Ainsi les chimpanz\u00e9s sont capables de transf\u00e9rer une perception visuelle en une commande effectrice\u00a0: la contraction ad\u00e9quate des muscles de la face. Ils peuvent reproduire sur leur propre visage, qu\u2019ils ne voient pas, l\u2019expression mimique qu\u2019ils per\u00e7oivent sur le visage de leurs cong\u00e9n\u00e8res<sup>5<\/sup>. Toutefois la question se pose, d\u2019une part, de savoir si cette reconnaissance de l\u2019expression mimique et de l\u2019\u00e9tat affectif qui est suppos\u00e9 l\u2019accompagner est consciente chez le chimpanz\u00e9 observateur et d\u2019autre part, s\u2019il peut en d\u00e9duire pour lui-m\u00eame des conclusions. Mais quoiqu\u2019il en soit, entre cong\u00e9n\u00e8res, le regard focal fix\u00e9 dans les yeux est toujours soigneusement \u00e9vit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Chez les primates, hommes inclus, le regard et l\u2019orientation du corps, indices per\u00e7us par le regard des autres, jouent un r\u00f4le fondamental dans les interactions sociales. Il faut peut-\u00eatre y voir une cons\u00e9quence du d\u00e9veloppement extraordinaire des r\u00e9gions du cerveau impliqu\u00e9es dans la perception et le traitement des informations visuelles. Chez la plupart des simiens, aussi paradoxal que cela puisse para\u00eetre, la rencontre entre deux regards est soigneusement \u00e9vit\u00e9e. Si elle survient, le regard per\u00e7u comme une menace g\u00e9n\u00e9rera une r\u00e9action d\u2019\u00e9vitement chez le partenaire. Dans un deuxi\u00e8me cas de figure, l\u2019un des primates -voire les deux- accompagnera ce regard d\u2019informations sonores pacifiques att\u00e9nuant son caract\u00e8re agressif<sup>6<\/sup>\u00a0\u00bb. Ce qui para\u00eet paradoxal quand on compare les simiens et primates sup\u00e9rieurs aux \u00eatres humains devient plus compr\u00e9hensible quand on prend en compte les autres esp\u00e8ces animales, en particulier carnassi\u00e8res. Du point de vue pr\u00e9cis de la capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9changer des regards entre cong\u00e9n\u00e8res, il y a peut-\u00eatre moins de diff\u00e9rences entre un oiseau, un loup de Tasmanie et un chimpanz\u00e9 qu\u2019entre ce m\u00eame chimpanz\u00e9 et un \u00eatre humain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les primates sup\u00e9rieurs&nbsp;: un apprentissage social sans attention conjointe&nbsp;!<\/h2>\n\n\n\n<p>En effet, si les primates sup\u00e9rieurs sont tr\u00e8s attentifs aux gestes de leurs cong\u00e9n\u00e8res, \u00e0 leurs attitudes et \u00e0 leurs comportements y compris \u00e0 la direction de leur regard, en revanche il y a tr\u00e8s peu de situations o\u00f9 ils semblent capables de croiser durablement et de fa\u00e7on stable leurs regards entre eux. Tr\u00e8s rares sont les r\u00e9f\u00e9rences concernant un \u00e9ventuel partage de regards entre primates. Chez les grands singes, m\u00eame les plus proches des humains, les chimpanz\u00e9s ou les bonobos, il n\u2019y a pratiquement pas de regards partag\u00e9s et d\u2019attention conjointe entre une m\u00e8re et son nouveau-n\u00e9 ou son petit, y compris dans certaines situations d\u2019apprentissage social. Ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Nina, une jeune femelle de cinq ans, essayait de casser des noix avec un marteau de forme irr\u00e9guli\u00e8re tandis que sa m\u00e8re, Ricci, se reposait. La voyant en difficult\u00e9, Ricci s\u2019approcha de Nina, qui lui tendit imm\u00e9diatement le marteau. Puis\u2026 Ricci, d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s ostensible, a lentement fait effectuer une rotation au marteau pour le positionner de la mani\u00e8re la plus efficace pour frapper la noix\u2026 Comme si elle voulait accentuer la signification de son mouvement elle a mis une minute enti\u00e8re pour effectuer cette rotation simple\u2026 Apr\u00e8s quoi Ricci cassa dix noix et les partagea avec sa fille, avant de s\u2019\u00e9loigner.\u00a0\u00bb S\u2019il y a une \u00e9vidente intention de d\u00e9monstration, il ne semble pas y avoir dans cette s\u00e9quence un partage effectif de regard, et l\u2019action faite, la m\u00e8re s\u2019\u00e9loigne sans regarder si sa fille fait comme elle, en \u00e9tant attentive \u00e0 ses gestes et en la guidant \u00e9ventuellement du regard comme le fait spontan\u00e9ment tout adulte humain avec un enfant en situation d\u2019apprentissage. Les auteurs concluent leur d\u00e9veloppement par la remarque suivante\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019ensemble de ces observations tend \u00e0 montrer que les apprentissages effectu\u00e9s par le jeune rel\u00e8vent de sa propre initiative, le contexte social ayant essentiellement un effet facilitateur\u00a0\u00bb<sup>7<\/sup>. Toutefois dans la situation de l\u2019\u00e9pouillage, activit\u00e9 sociale vitale et donc essentielle, les b\u00e9b\u00e9s chimpanz\u00e9s \u00ab\u00a0demandent\u00a0\u00bb \u00e0 leur m\u00e8re de les \u00e9pouiller mais d\u2019abord, entre deux et quatre mois, sans \u00ab\u00a0v\u00e9rifier\u00a0\u00bb que celle-ci les regarde\u00a0: ils tendent simplement leur bras ou leur jambe vers leur m\u00e8re. Cependant, \u00e0 environ dix mois et demi, le petit examine les yeux de sa m\u00e8re, v\u00e9rifie qu\u2019elle le regarde, et c\u2019est seulement alors qu\u2019il tend le bras ou la jambe vers elle<sup>8<\/sup>. Il faut donc un long apprentissage de la situation d\u2019\u00e9pouillage pour que le petit chimpanz\u00e9 cherche le regard de sa m\u00e8re et cela en reste au stade d\u2019une \u00e9bauche car le partage de regards ne semble pas s\u2019installer compl\u00e8tement\u00a0: la m\u00e8re ne rend pas au petit son regard et s\u2019il y a effectivement un appel du petit \u00e0 sa m\u00e8re il n\u2019y a pas \u00e0 vraiment parler un \u00e9change (de regards). Chez les chimpanz\u00e9s adultes, on n\u2019observe pas plus d\u2019\u00e9change de regards entre l\u2019\u00e9pouilleur et l\u2019\u00e9pouill\u00e9, situation o\u00f9 le rapport de dominance est fondamental (l\u2019\u00e9pouill\u00e9 est le dominant). Ainsi, les m\u00e8res primates ne cherchent pas le regard de leurs petits de m\u00eame que ces derniers ne semblent pas guider leur comportement au travers d\u2019une attention conjointe\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019imitation telle qu\u2019elle est d\u00e9montr\u00e9e chez les anthropo\u00efdes para\u00eet grossi\u00e8re et bien difficile \u00e0 d\u00e9clencher en comparaison de ce que l\u2019on observe chez les enfants humains\u2026 Les m\u00e8res chimpanz\u00e9s ne cherchent pas activement \u00e0 attirer l\u2019attention de l\u2019enfant sur la t\u00e2che qu\u2019elles accomplissent<sup>9<\/sup>.\u00a0\u00bb Les m\u00e8res primates, en particulier chimpanz\u00e9s, semble essentiellement chercher \u00e0 faciliter les conditions qui pr\u00e9sident \u00e0 l\u2019apprentissage et pas vraiment \u00e0 guider leur petit par une attention partag\u00e9e. Venant de parler du cassage des noix avec un percuteur, on peut aussi donner cette simple pr\u00e9cision concernant les \u00ab\u00a0outils\u00a0\u00bb dont se servent diff\u00e9rents groupes de primates. Ces \u00ab\u00a0outils\u00a0\u00bb sont toujours pr\u00e9lev\u00e9s directement de la nature et utilis\u00e9s tels quels\u00a0: une brindille, un caillou plat, etc. Mais \u00ab\u00a0on n\u2019a jamais observ\u00e9 dans le monde sauvage des animaux modifiant un mat\u00e9riau dur \u00e0 l\u2019aide d\u2019un percuteur<sup>10<\/sup>\u00a0\u00bb. En quelque sorte si les primates peuvent utiliser certains objets fournis par la nature comme des instruments, ils ne peuvent pas en revanche transformer ces objets, les modifier en utilisant un autre objet (un caillou qu\u2019on peut rendre tranchant en le cassant \u00e0 l\u2019aide d\u2019un autre caillou\u2026)\u00a0: ils ne peuvent pas cr\u00e9er un \u00ab\u00a0m\u00e9ta-objet\u00a0\u00bb en quelque sorte\u2026 Ils peuvent instrumentaliser le monde (\u00ab\u00a0voil\u00e0 un caillou qui peut me servir \u00e0 casser cette noix\u00a0\u00bb), ils ne peuvent pas l\u2019intentionaliser (\u00ab\u00a0ce caillou ne pourrait-il pas, bien fendu, devenir un objet coupant\u00a0?\u00a0\u00bb)<\/p>\n\n\n\n<p>Les primates anthropo\u00efdes sont \u00e9galement capables de r\u00e9pondre au ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab&nbsp;co-orientation visuelle&nbsp;\u00bb&nbsp;: un simple mouvement des yeux de l\u2019exp\u00e9rimentateur en direction de l\u2019objet convoit\u00e9 mais cach\u00e9 permet aux chimpanz\u00e9s (ou aux orangs outangs) comme aux enfants de moins de deux ans de diriger plus efficacement leur recherche, interpr\u00e9tant rapidement le mouvement du regard de l\u2019exp\u00e9rimentateur<sup>11<\/sup>. Inversement, \u00ab&nbsp;en se fiant \u00e0 ses gestes, \u00e0 ses mimiques, hal\u00e8tements et appels, (ses gardiens) n\u2019eurent aucun mal \u00e0 trouver l\u2019article (une nourriture appr\u00e9ci\u00e9e) cach\u00e9 dans le bois. Sans les instructions de Panzee (une femelle chimpanz\u00e9 qui avait observ\u00e9 o\u00f9 \u00e9tait cach\u00e9e cette nourriture mais qui, enferm\u00e9e, ne pouvait y acc\u00e9der elle-m\u00eame) ils n\u2019auraient pas su o\u00f9 chercher<sup>12<\/sup>&nbsp;\u00bb. Les primates sup\u00e9rieurs sont donc attentifs aux regards des autres, capables m\u00eame d\u2019un d\u00e9but de \u00ab&nbsp;th\u00e9orie de l\u2019esprit&nbsp;\u00bb, mais ils s\u2019en servent toujours sur un mode imp\u00e9ratif, pour obtenir ce qu\u2019ils d\u00e9signent. \u00ab&nbsp;On ne trouve pas chez eux l\u2019intention d\u2019information n\u00e9cessaire \u00e0 la pratique du langage humain<sup>13<\/sup>&nbsp;\u00bb. D\u2019ailleurs F. de Waal le reconnait&nbsp;: \u00ab&nbsp;les gorilles \u00e9vitent les contacts oculaires\u2026 Ce sont des individus \u00ab&nbsp;fuyants&nbsp;\u00bb en ceci qu\u2019ils vous d\u00e9visagent rarement\u2026 Contrairement \u00e0 nous, ils fixent rarement quelque chose du regard&nbsp;: ils jettent un coup d\u2019\u0153il. Ils disposent d\u2019une incroyable vision p\u00e9riph\u00e9rique et suivent du coin de l\u2019\u0153il une grande partie de ce qui se passe autour d\u2019eux&nbsp;\u00bb. Cet auteur rapporte d\u2019ailleurs cette exp\u00e9rience au cours de laquelle \u00ab&nbsp;une am\u00e9ricaine atteinte d\u2019un syndrome d\u2019Asperger avait trouv\u00e9 la paix int\u00e9rieure en soignant les gorilles d\u2019un zoo<sup>14<\/sup>&nbsp;\u00bb.<br>Je n\u2019ai retrouv\u00e9 qu\u2019une seule indication d\u2019un regard un peu insistant les yeux dans les yeux parmi les primates sup\u00e9rieurs&nbsp;: il s\u2019agit des bonobos\u2026 lors d\u2019un accouplement en face \u00e0 face, position dite \u00ab&nbsp;du missionnaire&nbsp;\u00bb que seuls avec les humains les bonobos adoptent r\u00e9guli\u00e8rement&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019analyse d\u00e9taill\u00e9e de vid\u00e9os montre que les bonobos surveillent la figure de leur partenaire et les sons qu\u2019il ou elle \u00e9met, r\u00e9glant la rapidit\u00e9 de leurs pouss\u00e9es pelviennes ou de leurs frottements en fonction de la r\u00e9action qu\u2019ils provoquent. Si l\u2019un des acteurs ne regarde pas l\u2019autre, ou semble peu int\u00e9ress\u00e9, personne n\u2019insiste<sup>15<\/sup>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le partage de regards entre primates et \u00eatres humains<\/h2>\n\n\n\n<p>D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, lorsque deux animaux de m\u00eame esp\u00e8ce se regardent cela entra\u00eene toujours de fa\u00e7on quasi imm\u00e9diate une attitude d\u2019\u00e9vitement, laquelle se manifeste au minimum par un r\u00e9flexe de d\u00e9tournement des yeux, donc du regard. Fait essentiel en revanche, les anecdotes abondent pour d\u00e9crire des \u00e9changes de regards entre primates et \u00eatres humains<sup>16<\/sup>\u00a0! Au point que, dans le zoo d\u2019Anvers, quand on voulut r\u00e9introduire Cheetah, un chimpanz\u00e9 \u00e9lev\u00e9 dans une famille humaine, parmi ses cong\u00e9n\u00e8res il fallut demander aux visiteurs \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9viter de le regarder dans les yeux<sup>17<\/sup>\u00a0\u00bb car cela perturbait sa r\u00e9insertion dans le groupe. L\u2019exemple le plus remarquable d\u2019\u00e9changes de regards entre un \u00eatre humain et un primate a \u00e9t\u00e9 relat\u00e9 par D. Premack\u00a0: \u00ab\u00a0Sarah scrutait souvent de pr\u00e8s ma peau \u00e0 la recherche de coupures d\u2019o\u00f9 extraire du sang. Parce son pouce n\u2019\u00e9tait pas opposable, elle pla\u00e7ait ses index de chaque cot\u00e9 d\u2019une coupure et pressait doucement jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un mince filet rouge apparaisse. Elle me regardait alors dans les yeux, puis elle tournait son regard vers la ligne rouge suintante, puis elle cherchait de nouveau mon regard, comme pour me dire\u00a0: \u00ab\u00a0Tu ne trouves pas \u00e7a aussi int\u00e9ressant que moi\u00a0?\u00a0\u00bb<sup>18<\/sup>\u00a0\u00bb Sarah est la femelle chimpanz\u00e9 avec laquelle les Premack ont r\u00e9alis\u00e9 de nombreuses exp\u00e9riences et qui a v\u00e9cu longtemps et de fa\u00e7on intime avec des humains. Cet exemple pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un moment charni\u00e8re. En effet, force est de penser \u00e0 une situation d\u2019agression\u00a0: la vue du sang est une situation prototypique qui dans de nombreuses esp\u00e8ces animales d\u00e9clenche puis renforce le comportement d\u2019attaque. Mais il est aussi certain que l\u2019homme, et surtout D. Premack, est pour Sarah un quasi cong\u00e9n\u00e8re si ce n\u2019est un \u00ab\u00a0dominant\u00a0\u00bb qui lui fournit r\u00e9guli\u00e8rement une tr\u00e8s bonne nourriture. Sarah est certainement prise dans un conflit \u00e9motionnel intense entre son d\u00e9sir de faire saigner une proie potentielle, son inqui\u00e9tude vis \u00e0 vis de D. Premack, son d\u00e9sir de ne pas l\u2019agresser et les liens d\u2019attachement qui l\u2019unissent \u00e0 lui. Est-ce alors parce qu\u2019elle est totalement d\u00e9sempar\u00e9e par la r\u00e9action inhabituelle de ce cong\u00e9n\u00e8re si bizarre, qui offre son bras et une plaie potentielle \u00e0 son exploration curieuse, qu\u2019elle cherche \u00e0 comprendre cette \u00e9nigme\u00a0? Devant cette ambigu\u00eft\u00e9, cette incertitude, Sarah, habitu\u00e9e \u00e0 ce qu\u2019on lui pose des probl\u00e8mes cognitifs, r\u00e9agit comme un petit d\u2019homme et cherche la solution dans le regard de son partenaire\u2026 Ph\u00e9nom\u00e8ne essentiel, D. Premack r\u00e9pond bien \u00e9videmment \u00e0 cette \u00e9bauche de croisement du regard mais surtout il attribue une pens\u00e9e et m\u00eame un partage d\u2019intention au chimpanz\u00e9. Un autre chimpanz\u00e9 n\u2019aurait certainement pas offert ainsi sa peau avec une petite plaie \u00e0 l\u2019exploration d\u2019un cong\u00e9n\u00e8re. Il l\u2019aurait plus s\u00fbrement repouss\u00e9, s\u2019en d\u00e9tournant et s\u2019en \u00e9loignant, rompant ainsi toute possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9change interactif et toute possibilit\u00e9 d\u2019apparition d\u2019un d\u00e9but de partage intersubjectif.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Chez l\u2019homme&nbsp;: une inhibition du r\u00e9flexe de d\u00e9tournement du regard&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>A la lumi\u00e8re des notations qui pr\u00e9c\u00e8dent on peut affirmer que dans le monde animal, en particulier chez les primates sup\u00e9rieurs, le regard focal les yeux dans les yeux fait l\u2019objet d\u2019un \u00e9vitement syst\u00e9matique&nbsp;: les cong\u00e9n\u00e8res s\u2019observent \u00ab&nbsp;du coin de l\u2019\u0153il&nbsp;\u00bb, r\u00e9agissent aux comportements et postures de leurs voisins mais n\u2019\u00e9changent pas durablement des regards<sup>19<\/sup>. Il en va tout autrement chez les \u00eatres humains qui d\u00e8s la naissance commencent \u00e0 se regarder ainsi \u00ab&nbsp;les yeux dans les yeux&nbsp;\u00bb. Dans de pr\u00e9c\u00e9dents travaux<sup>20<\/sup>, j\u2019ai \u00e9mis l\u2019hypoth\u00e8se que, partageant un patrimoine g\u00e9n\u00e9tique largement commun avec ces primates sup\u00e9rieurs, il \u00e9tait hautement probable que le r\u00e9flexe de d\u00e9tournement du regard entre cong\u00e9n\u00e8res fasse aussi partie de notre patrimoine, r\u00e9flexe que chaque \u00eatre humain doit pouvoir inhiber pour entrer dans cette communication intentionnelle si caract\u00e9ristique de l\u2019esp\u00e8ce humaine. La rencontre r\u00e9guli\u00e8re et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d\u2019un regard humain d\u00e8s la naissance pourrait repr\u00e9senter une condition n\u00e9cessaire pour inhiber ce r\u00e9flexe de d\u00e9tournement du regard&nbsp;: de ce point de vue pouvoir \u00ab&nbsp;se regarder les yeux dans les yeux&nbsp;\u00bb constituerait une v\u00e9ritable empreinte, chaque \u00eatre humain empruntant cette comp\u00e9tence de son pr\u00e9d\u00e9cesseur et \u00e9tant durablement marqu\u00e9 de cette empreinte&nbsp;! La n\u00e9ot\u00e9nie du b\u00e9b\u00e9 humain et l\u2019immaturit\u00e9 assez importante de la fonction visuelle \u00e0 la naissance, en particulier celle du m\u00e9canisme d\u2019accommodation, pourrait rendre compte de l\u2019absence initiale du r\u00e9flexe de d\u00e9tournement du regard puis de son inhibition secondaire renforc\u00e9e par la \u00ab&nbsp;r\u00e9compense&nbsp;\u00bb d\u2019un regard partag\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s la naissance, l\u2019app\u00e9tence du b\u00e9b\u00e9 pour le visage humain et plus encore pour le regard suscite l\u2019\u00e9tonnement. Les exceptions sont toujours importantes \u00e0 consid\u00e9rer. De ce point de vue, la capacit\u00e9 du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 installer son regard dans celui de son vis-\u00e0-vis constitue une double exception. Les \u00eatres humains sont les seuls mammif\u00e8res carnivores capables de se regarder ainsi durablement les yeux dans les yeux, on l\u2019a assez r\u00e9p\u00e9t\u00e9&nbsp;! Mais en outre, il n\u2019y a aucune habituation au visage et au regard humain&nbsp;: un b\u00e9b\u00e9 peut voir dix, cent, mille fois un visage humain, il y r\u00e9agira toujours avec un attrait et une attirance jamais d\u00e9mentie alors que le comportement d\u2019habituation r\u00e9git absolument toutes les autres stimulations perceptivo-sensorielles. De plus cette attirance est crois\u00e9e, r\u00e9ciproque. On oublie souvent de le remarquer&nbsp;: certes le regard de l\u2019adulte, sa m\u00e8re le plus souvent, repr\u00e9sente un attracteur puissant pour le regard du b\u00e9b\u00e9. Mais le regard d\u2019un b\u00e9b\u00e9 est, pour le regard de tout adulte un attracteur tout aussi puissant. Installez un b\u00e9b\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 des gens passent&nbsp;: rapidement un adulte se mettra \u00e0 le regarder dans les yeux\u2026 Cette double exception fonde les particularit\u00e9s de la communication humaine. En outre, cette attirance insatiable et inextinguible pour le visage et le regard humain constitue une parfaite illustration du concept de pulsion et permet de saisir la diff\u00e9rence entre pulsion et instinct, ce dernier \u00e9tant li\u00e9 \u00e0 la satisfaction d\u2019une fonction physiologique somatique (alimentation, sexualit\u00e9\u2026).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Du pointage proto-imp\u00e9ratif au proto-d\u00e9claratif&nbsp;: l\u2019\u00e9change de regards et d\u2019intention<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour conclure je souhaiterai apporter quelques pr\u00e9cisions sur le passage du pointage proto-imp\u00e9ratif au pointage proto-d\u00e9claratif. Le premier n\u2019est pas le propre de l\u2019homme et se rencontre dans plusieurs esp\u00e8ces animales, surtout les primates sup\u00e9rieurs. Le second en revanche est strictement sp\u00e9cifique de l\u2019esp\u00e8ce humaine. Comment passe-t-on du premier au second&nbsp;? Cette histoire m\u00e9rite d\u2019\u00eatre racont\u00e9e en d\u00e9tail.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9part, le parent pointe volontiers du doigt. Apr\u00e8s le temps de l\u2019interaction proximale (apr\u00e8s le bain, le repas ou le jeu avec le hochet), alors qu\u2019ils \u00e9voluent dans un espace \u00e9largi, la m\u00e8re, attentive \u00e0 son enfant, lui montre un spectacle int\u00e9ressant et pointe son doigt dans cette direction&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u00e0&nbsp;! Regarde&nbsp;! Tu vois c\u2019est \u2026&nbsp;\u00bb. Le regard de l\u2019enfant semble \u00ab&nbsp;pilot\u00e9&nbsp;\u00bb par le doigt maternel pour fixer la chose avant de revenir vers les yeux de sa m\u00e8re et de l\u2019interroger du regard. Celle-ci alors commente l\u2019objet d\u00e9sign\u00e9 tandis que le visage de la m\u00e8re et celui de l\u2019enfant expriment un plaisir partag\u00e9. Ce \u00ab&nbsp;pointage parental&nbsp;\u00bb pr\u00e9c\u00e8de le temps suivant. Rapidement l\u2019enfant, vers l\u2019\u00e2ge de 8\/10 mois, devient actif, surtout s\u2019il veut un objet hors de sa port\u00e9e. Il regarde cet objet et tend le bras en sa direction. Mais son impuissance motrice entrave cruellement son d\u00e9sir et sa volont\u00e9. Heureusement il a appris que, port\u00e9 par sa m\u00e8re, dans ses bras, les objets du monde pouvaient plus facilement \u00eatre accessibles que quand il est seul dans son lit ou son parc et n\u2019a pour se satisfaire que des objets proximaux&nbsp;: mains et doigts, pieds et orteils. Ce b\u00e9b\u00e9 dans les bras maternels tend donc sa main pour capter l\u2019objet. Mais avant de le lui donner, sa m\u00e8re l\u2019interroge&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu veux ton doudou&nbsp;?&nbsp;\u00bb Pourquoi lui demande-t-elle cela puisqu\u2019elle le sait&nbsp;? A quoi sert cette premi\u00e8re inter\u2026diction, ce dire qui s\u2019interpose entre le geste et l\u2019objet&nbsp;? Bien \u00e9videmment \u00e0 donner le mot avant l\u2019objet mais aussi, mais surtout, gr\u00e2ce \u00e0 cette prosodie aimable \u00e0 encourager le b\u00e9b\u00e9 \u00e0 d\u00e9tourner ses yeux de l\u2019objet vers le regard maternel, pour ensuite regarder de nouveau l\u2019objet. Encore une fois il y a un ballet des regards et l\u2019accroche les yeux dans les yeux fonctionne comme une ponctuation\/accordage de l\u2019\u00e9change&nbsp;: l\u2019intention est comprise, \u00e9nonc\u00e9e, partag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette s\u00e9quence si le b\u00e9b\u00e9 agit la part proto-imp\u00e9rative (ce qu\u2019on observe aussi chez les primates sup\u00e9rieurs), la m\u00e8re transfuse et transfert \u00e0 son b\u00e9b\u00e9 la part d\u00e9clarative (strictement sp\u00e9cifique de l\u2019esp\u00e8ce humaine). Le passage du pointage proto-imp\u00e9ratif, rencontr\u00e9 chez les primates sup\u00e9rieurs, au pointage proto-d\u00e9claratif, sp\u00e9cifique des \u00eatres humains, est-il uniquement sous la d\u00e9pendance d\u2019un programme g\u00e9n\u00e9tique particulier\u00a0? Ce passage est rarement, pour ne pas dire jamais, comment\u00e9. D\u2019o\u00f9 provient-il\u00a0? Comment proc\u00e8de-t-il\u00a0? R\u00e9sulte-t-il d\u2019une simple acquisition g\u00e9n\u00e9tique\u00a0? Y-a-t-il un g\u00e8ne du pointage proto-d\u00e9claratif\u00a0? Partageant 99% du patrimoine g\u00e9n\u00e9tique de nos proches cousins, les primates, cette hypoth\u00e8se semble peu vraisemblable. Il apparait plus heuristique de chercher \u00e0 cerner l\u2019origine de ce pointage proto-d\u00e9claratif du c\u00f4t\u00e9 du \u00ab\u00a0psychisme\u00a0\u00bb, soit en d\u2019autres termes du c\u00f4t\u00e9 de la relation et de ce qui fait les particularit\u00e9s de la culture humaine. En nommant l\u2019objet vers lequel la main du petit enfant est tendue, le parent non seulement donne \u00e0 l\u2019enfant le nom de l\u2019objet, ce que nous avons appel\u00e9 la premi\u00e8re \u00ab\u00a0inter-diction\u00a0\u00bb, mais en outre il attire l\u2019attention de ce petit enfant, croise son regard, reconnait son intention, la valide, et formule une intention de second niveau\u00a0: \u00ab\u00a0tu veux ton nounours\u00a0?\u00a0\u00bb(sous-entendu\u00a0: tu tends la main parce que tu d\u00e9sires cet objet\u00a0?). Par ces propos, l\u2019adulte transf\u00e8re et transfuse chez l\u2019enfant la repr\u00e9sentation id\u00e9ique du geste\u00a0: les \u00eatres humains ne font pas qu\u2019agir (tendre la main et prendre), ils pensent leurs actions (j\u2019ai envie de\u2026), ils peuvent se repr\u00e9senter la motivation de leurs actes. Dans ce pointage proto-imp\u00e9ratif, l\u2019enfant n\u2019est pas laiss\u00e9 seul face \u00e0 sa d\u00e9tresse fondamentale li\u00e9e \u00e0 son incomp\u00e9tence motrice initiale\u00a0: il ne peut pas encore marcher, grimper, attraper tout seul ce qu\u2019il d\u00e9sire\u2026 Mais on ne lui met pas non plus l\u2019objet en main sans le regarder ni rien lui dire\u00a0! Le d\u00e9sir de l\u2019enfant est donc reconnu par l\u2019adulte, pr\u00e9lude probable \u00e0 la reconnaissance par l\u2019enfant de son propre d\u00e9sir, \u00e0 la capacit\u00e9 de le mentaliser\u00a0! Soulignons que cette \u00ab\u00a0inter-diction\u00a0\u00bb se conclut plus souvent par une offrande de l\u2019objet que par son refus. Cette offrande en forme d\u2019inter-diction fonde la sp\u00e9cificit\u00e9 de la relation d\u2019autorit\u00e9\/ob\u00e9issance entre un enfant et un adulte, relation fondamentalement distincte de la relation pouvoir\/soumission habituelle au monde animal<sup>21<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 ce point pr\u00e9cis que ce que j\u2019appelle la \u00ab&nbsp;trans-subjectivit\u00e9&nbsp;\u00bb<sup>22<\/sup> va laisser la place \u00e0 l\u2019intersubjectivit\u00e9. Quelques semaines plus tard en effet, le b\u00e9b\u00e9 ne se prive pas de tendre la main vers un objet de convoitise en m\u00eame temps qu\u2019il cherche du regard sa m\u00e8re (ou l\u2019adulte de confiance), qu\u2019il l\u2019interpelle de son propre regard. Le <em>pointing<\/em> \u00ab&nbsp;proto-d\u00e9claratif&nbsp;\u00bb est install\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette derni\u00e8re forme de pointage est bien connue et a fait l\u2019objet de multiples descriptions ou recherches. On sait qu\u2019elle repr\u00e9sente un \u00ab&nbsp;pr\u00e9 requis&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019apparition du langage. Il me semble cependant que les \u00e9tapes pr\u00e9liminaires minutieusement d\u00e9crites ci-dessus, pourtant indispensables \u00e0 la r\u00e9alisation de cette derni\u00e8re \u00e9tape, sont trop souvent pass\u00e9es sous silence, comme si elles allaient de soi et comme si le pointage repr\u00e9sentait une comp\u00e9tence neuro-cognitive purement inscrite dans le patrimoine g\u00e9n\u00e9tique et d\u00e9nu\u00e9e d\u2019\u00e9tayage relationnel. Ce type de pointage o\u00f9 l\u2019un des partenaires d\u00e9signe du doigt un objet avec un regard qui va alternativement de l\u2019objet aux yeux du vis-\u00e0-vis (et vice versa) tout en donnant le nom (au d\u00e9but la m\u00e8re nomme cet objet puis bient\u00f4t l\u2019enfant le nomme \u00e0 son tour&nbsp;; il est alors chaleureusement encourag\u00e9 et f\u00e9licit\u00e9 par sa m\u00e8re), ne sert strictement \u00e0 rien en apparence. Ce type d\u2019interaction ne participe pas aux soins primaires ni aux besoins vitaux de l\u2019enfant. Et pourtant tous les adultes au contact d\u2019enfant de cet \u00e2ge \u00ab&nbsp;jouent&nbsp;\u00bb \u00e0 ce pointage. Socle fondateur de la th\u00e9orie de l\u2019esprit, le pointage sert pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 partager un int\u00e9r\u00eat commun et \u00e0 relier gr\u00e2ce au fil immat\u00e9riel des regards le geste, le mot et l\u2019objet dans un ensemble coh\u00e9rent porteur de sens&nbsp;: la dyade m\u00e8re-enfant s\u2019ouvre aux curiosit\u00e9s du monde que l\u2019un puis l\u2019autre prennent plaisir \u00e0 commenter. Le monde devient \u00e0 la fois intelligible et pensable. On ne rencontre ce type de pointage proto-d\u00e9claratif dans aucune autre esp\u00e8ce animale y compris les primates sup\u00e9rieurs, il semble sp\u00e9cifique des humains.<br>D\u00e9sormais le jeune enfant sait qu\u2019en partageant un regard on peut aussi partager un int\u00e9r\u00eat, une id\u00e9e commune, un commentaire sur le monde, tout cela dans un \u00ab&nbsp;bain de plaisir&nbsp;\u00bb. L\u2019intersubjectivit\u00e9 peut alors se d\u00e9ployer dans le lit trac\u00e9 par la trans-subjectivit\u00e9 initiale&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le monde animal, surtout chez les mammif\u00e8res carnassiers, il n\u2019y a pratiquement jamais de regard focal les yeux dans les yeux entre cong\u00e9n\u00e8res. Au contraire il existe un \u00e9vitement actif, un v\u00e9ritable d\u00e9tournement des yeux dans la mesure o\u00f9 ce regard focal repr\u00e9sente toujours un signal d\u2019attaque. Seuls les bonobos, nos plus proches cousins, quand ils s\u2019accouplent en face \u00e0 face peuvent se regarder et sont attentifs \u00e0 leurs mouvements respectifs. Mais en revanche cette m\u00eame m\u00e8re bonobo ne d\u00e9veloppe pas avec son petit une attention partag\u00e9e puis conjointe comme on l\u2019observe chez toute m\u00e8re humaine avec son enfant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>L. Bossema et R.R. Burgler, \u00ab\u00a0Communication during monocular and binocular looking in European jays\u00a0\u00bb, <em>Behaviour<\/em>, 1980, 74, pp.\u00a0274-283. <\/li><li>S.A. Rosenfeld et G.W. Van Hoesen, \u00ab\u00a0Face V. Dasser, \u00ab\u00a0A social concept in Java monkeys\u00a0\u00bb,<em>Neuropsychologia<\/em>, 1976, 17, pp.\u00a0503-509.<\/li><li>V. Dasser, \u00ab\u00a0A social concept in Java monkeys\u00a0\u00bb,<em>Animal Behavior<\/em>, 1988, 36, pp.\u00a0431-438.<\/li><li>D. et A. Premack, <em>Le b\u00e9b\u00e9, le Singe et l\u2019Homme<\/em>, Odile Jacob, 2003, p.\u00a0257.<\/li><li>Le syst\u00e8me des neurones miroirs rend ais\u00e9ment compte de ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui est longtemps rest\u00e9 myst\u00e9rieux.<\/li><li>J. Vauclair et B.L. Deputte, \u00ab\u00a0Se repr\u00e9senter et dire le monde\u00a0\u00bb, in\u00a0: <em>Aux origines del\u2019humanit\u00e9<\/em>, P. Picq et Y. Coppens, Fayard, 2001, tome 2, p.\u00a0314.<\/li><li>J. Vauclair et B.L. Deputte, ib. p.\u00a0284. \u00ab\u00a0avant de s\u2019\u00e9loigner\u00a0\u00bb soulign\u00e9 par nous.<\/li><li>F.X. Plooij, \u00ab\u00a0Some basic traits of language in wild chimpanzees\u00a0?\u00a0\u00bb, in A. Lock, <em>Action, Gesture and Symbol<\/em>, Academic Press, New York, 1978. Cit\u00e9 par D. et A. Premack, <em>Le b\u00e9b\u00e9, le singe et l\u2019homme<\/em>, Odile Jacob, 2003, p.\u00a0171.<\/li><li>J. Vauclair et B.L. Deputte, ib. p.\u00a0283.<\/li><li>H. Roche, in <em>Le monde<\/em>, 14 fev. 20007, p.\u00a07<\/li><li>Anderson J.R. \u00ab\u00a0De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir, \u00e0 la recherche de la reconnaissance de soi chez les singes\u00a0\u00bb, In\u00a0: <em>Aux origines de l\u2019humanit\u00e9<\/em>, Fayard, Paris, 2001, tome 2, p.\u00a0391.<\/li><li>Frans de Waal\u00a0: <em>Le singe en nous<\/em>, Fayard, Paris, 2006, p.\u00a054<\/li><li>B. Thierry, \u00ab\u00a0La raison des singes\u00a0\u00bb, <em>Pour la Science<\/em>, 2007, 360, p.\u00a039.<\/li><li>Ib. p.\u00a0274.<\/li><li>F. de Waal, ib. p.\u00a0120.<\/li><li>Pas seulement les primates d\u2019ailleurs puisqu\u2019un \u00eatre humain peut ais\u00e9ment fixer des yeux nombres d\u2019animaux en particulier domestiques tels que les chats ou les chiens. Ces derniers ont assur\u00e9ment d\u00e9velopp\u00e9 une grande sensibilit\u00e9 au regard de leur maitre dont ils se servent pour guider leurs explorations\u2026<\/li><li><em>Le courrier international<\/em>, 3\/9 mai 2007, n\u00b0\u00a0861, p.\u00a055<\/li><li>D. et A. Premack, <em>Le b\u00e9b\u00e9, le singe et l\u2019homme<\/em>, Odile Jacob, 2003, p.\u00a0145<\/li><li>A la notable exception d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, celle des bonobos qui dans une relation sexuelle en face \u00e0 face\u2026 Mais la m\u00e8re bonobo ne regarde pas son petit dans les yeux et ne dirige pas du regard ses apprentissages.<\/li><li>Voir\u00a0: <em>Les yeux dans les yeux, l\u2019\u00e9nigme du regard<\/em>, Albin Michel, Paris, 2006.<\/li><li>Marcelli D., <em>Il est permis d\u2019ob\u00e9ir. L\u2019ob\u00e9issance n\u2019est pas la soumission<\/em>, Albin Michel, Paris, 2009.<\/li><li>Voir mon article\u00a0: \u00ab\u00a0La \u00ab\u00a0trans-subjectivit\u00e9\u00a0\u00bb, ou comment le psychisme advient dans le cerveau, <em>Neuropsychiatrie de l\u2019Enfant et de l\u2019Adolescent<\/em>, \u00e0 paraitre.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10379?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au cours d\u2019un colloque consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019imitation, colloque auquel assistaient quelques \u00e9thologues, j\u2019ai eu le malheur de d\u00e9clarer que les animaux, les mammif\u00e8res carnassiers en particulier ne se regardaient pas entre eux&#8230; J\u2019ai bien \u00e9videmment d\u00e9clench\u00e9 aussit\u00f4t une vive contestation,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[302],"auteur":[1580],"dossier":[304],"mode":[61],"revue":[305],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10379","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-animaux","auteur-daniel-marcelli","dossier-humanite-et-animalite-les-frontieres-de-passage","mode-gratuit","revue-305","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10379","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10379"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10379\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15102,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10379\/revisions\/15102"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10379"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10379"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10379"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10379"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10379"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10379"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10379"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}