{"id":10376,"date":"2021-08-22T07:31:55","date_gmt":"2021-08-22T05:31:55","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/les-eleves-dannie-anzieu-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:31:55","modified_gmt":"2021-08-22T05:31:55","slug":"les-eleves-dannie-anzieu","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/les-eleves-dannie-anzieu\/","title":{"rendered":"Les \u00e9l\u00e8ves d\u2019Annie Anzieu"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify\">Annie &eacute;tait une grande dame de la psychanalyse de l&rsquo;enfant. Lorsque, dans une vie, on a la chance de rencontrer une personne comme Annie, on conserve pour toujours la trace du contact singulier qui s&rsquo;est &eacute;tabli. Annie &eacute;tait une femme tr&egrave;s attentive au contenu latent de ce que l&rsquo;on pouvait lui transmettre, ses pens&eacute;es galopaient, sa fermet&eacute; &eacute;tait envelopp&eacute;e par une voix chaleureuse, particuli&egrave;re, qui est inoubliable. En me rem&eacute;morant ces ann&eacute;es de travail &agrave; la SEPEA o&ugrave; nous nous sommes retrouv&eacute;es r&eacute;guli&egrave;rement avec Florence Guignard, son amie de longue date, ce qui demeure, ce qui fait force d&rsquo;identification, c&rsquo;est l&rsquo;esprit ind&eacute;pendant d&rsquo;Annie. Elle avait une libert&eacute; de pens&eacute;e qui nous conduisait &agrave; engager des d&eacute;bats qui souvent ouvraient de nouveaux champs de r&eacute;flexion. Annie &eacute;tait une femme d&eacute;termin&eacute;e, &eacute;prise de v&eacute;rit&eacute;, mouvement qu&rsquo;elle partageait profond&eacute;ment avec ses contemporains, son mari Didier Anzieu et leur fille Christine Anzieu-Premmereur qui le transmet &eacute;galement. En fait, une famille &eacute;prise de libert&eacute; de pens&eacute;e et de cr&eacute;ativit&eacute;.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Si l&rsquo;on revient aux travaux d&rsquo;Annie, &agrave; ses d&eacute;couvertes de l&rsquo;&acirc;me enfantine, elle s&rsquo;est beaucoup int&eacute;ress&eacute;e aux diff&eacute;rentes expressions non verbales chez l&rsquo;enfant, pour toujours ajuster ses mouvements contre-transf&eacute;rentiels. Son int&eacute;r&ecirc;t pour les assemblages psychiques produits par le dessin et le jeu a fait l&rsquo;objet de deux ouvrages. Un premier ouvrage &agrave; propos du travail du dessin en psychoth&eacute;rapie de l&rsquo;enfant, qu&rsquo;elle a dirig&eacute; avec ses coll&egrave;gues de la Salp&ecirc;tri&egrave;re, Lo&iuml;se Barbey, Jocelyne Bernard-Ney, Simone Daymas et Elisabeth Dejours. Elle a cr&eacute;&eacute; et anim&eacute; un groupe de r&eacute;flexion sur les modes d&rsquo;interpr&eacute;tations du dessin dans la psychoth&eacute;rapie de l&rsquo;enfant. Et je dois dire que j&rsquo;aimerais lui parler de ce travail, le mettre en d&eacute;bats &agrave; l&rsquo;heure o&ugrave; d&rsquo;autres modes de pens&eacute;e se sont d&eacute;velopp&eacute;s. D&rsquo;ailleurs, comme le rappelait A Green en 1995 lors d&rsquo;un hommage &agrave; Frances Tustin, &laquo; <em>Je pense que le meilleur hommage qu&rsquo;on puisse rendre &agrave; quelqu&rsquo;un qui est disparu n&rsquo;est pas de r&eacute;p&eacute;ter ce qu&rsquo;il a dit, mais de le discuter comme s&rsquo;il &eacute;tait l&agrave;, car au fond les &oelig;uvres &eacute;crites qu&rsquo;on nous laisse sont des &oelig;uvres de pens&eacute;e, des &oelig;uvres pour penser, et des &oelig;uvres qui doivent &ecirc;tre continu&eacute;es par la discussion de ce qu&rsquo;elles ont soulev&eacute; en nous <\/em>&raquo; <sup>1<\/sup>. Je crois que Annie y aurait &eacute;t&eacute; effectivement sensible, alors continuons &agrave; d&eacute;battre des th&egrave;mes qui la passionnaient, et qui&nbsp; connaissent de nouveaux approfondissements.<\/p>\n<p>Donc, pour montrer la richesse et la profondeur de la pens&eacute;e d&rsquo;Annie, je vais reprendre son r&eacute;cit d&rsquo;un cas d&rsquo;autiste dans le premier ouvrage consacr&eacute; au dessin. Annie y raconte comment elle a travaill&eacute; avec un enfant autiste de 5 ans et demi, Beno&icirc;t, audimutique, avec un regard &eacute;gar&eacute;, un corps enraidi et qui &eacute;tait devenu tr&egrave;s agressif dans le service de la Salp&ecirc;tri&egrave;re o&ugrave; il &eacute;tait hospitalis&eacute;. Le m&eacute;decin ne savait plus quoi faire de ce gar&ccedil;on, dans quel sens se diriger. Il avait tent&eacute; une derni&egrave;re chance en le conduisant vers Annie Anzieu. Elle l&rsquo;a re&ccedil;u 4 fois par semaine, &agrave; la m&ecirc;me heure pour qu&rsquo;il puisse construire des rep&egrave;res dans le temps et dans l&rsquo;espace. Dans un premier temps, elle cherche &agrave; mobiliser son attention. Elle trouve mati&egrave;re &agrave; assemblages, elle pr&eacute;sente la p&acirc;te &agrave; modeler qui fait son effet, Beno&icirc;t s&rsquo;en saisit mais s&rsquo;installe dans un mouvement r&eacute;p&eacute;titif, en modelant de longues ficelles. Annie ne se contente pas de ce r&eacute;investissement qui pourrait s&rsquo;enliser, elle dynamise le transfert en s&rsquo;appuyant sur son contre-transfert, elle construit devant lui un personnage en p&acirc;te &agrave; modeler. Elle lui met sous les yeux, dit-elle, elle capte le lieu qui organise les mouvements de projection et d&rsquo;introjection, son regard et peut-&ecirc;tre son mode d&rsquo;investissement de sa vision &eacute;galement. Les liens d&rsquo;&eacute;changes qui &eacute;taient chez Beno&icirc;t, aux arr&ecirc;ts, p&eacute;trifi&eacute;s dans l&rsquo;enraidissement psychique et corporel s&rsquo;animent face &agrave; la proposition d&rsquo;Annie. Un mod&egrave;le d&rsquo;assemblage pulsionnel et &eacute;motionnel est sollicit&eacute; chez Beno&icirc;t, il y r&eacute;pond, il entoure soigneusement la t&ecirc;te, les oreilles, la bouche puis tout le corps du bonhomme avec des bandelettes qu&rsquo;il avait roul&eacute;es sous ses doigts, ceci&nbsp; au grand &eacute;merveillement int&eacute;rieur d&rsquo;Annie.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Annie avait gagn&eacute; une premi&egrave;re bataille, r&eacute;incarn&eacute;e par les mouvements transf&eacute;rentiels. Un espace de cr&eacute;ation en double, dans un cadre pare-excitant du fait des rep&egrave;res donn&eacute;s par la th&eacute;rapeute s&rsquo;est cr&eacute;&eacute;. Beno&icirc;t a construit une momie, commente Annie, qui rend les portes du corps inutilisables pense-t-elle. Si nous pouvions reprendre cet &eacute;change avec Annie, nous pourrions lui dire que Beno&icirc;t a besoin de passer par cette premi&egrave;re g&eacute;ographie identificatoire, des premi&egrave;res limites entre dedans et dehors. Mais Annie ne se d&eacute;courage pas face aux projections de Beno&icirc;t vers le retour &agrave; l&rsquo;inanim&eacute;. Elle relance le mouvement en dessinant un bonhomme, elle lui donne un visage, elle rend utilisable la premi&egrave;re sph&egrave;re d&rsquo;&eacute;change, le t&ecirc;te &agrave; t&ecirc;te elle reconnecte les zones &eacute;rog&egrave;nes et l&rsquo;investissement des auto&eacute;rotismes. Le sadisme primaire est ainsi partag&eacute; par Annie et Beno&icirc;t, tout comme M&eacute;lanie Klein avec Dick ou Frances Tustin avec John. Annie a emprunt&eacute; ce chemin contre-transf&eacute;rentiel tortueux impos&eacute; par les r&eacute;investissements parsem&eacute;s d&rsquo;embuches de ces articulations et des traces du repli autistique. Relancer l&rsquo;assimilation des clivages sensoriels de base et r&eacute;duire peu &agrave; peu les confusions de zones &eacute;rog&egrave;nes produisent leurs effets. Beno&icirc;t s&rsquo;est mis &agrave; parler dans le service, mais il a conserv&eacute; encore quelques temps le mutisme pendant les s&eacute;ances. Annie a rencontr&eacute; ses parents qui constat&egrave;rent l&rsquo;&eacute;volution de leur fils, qu&rsquo;il voyait pendant les week-ends, une petite s&oelig;ur &eacute;tait n&eacute;e, Annie qui avait reli&eacute; dans ses interpr&eacute;tations aupr&egrave;s de Beno&icirc;t les liens entre le b&eacute;b&eacute; et l&rsquo;analit&eacute; (le b&eacute;b&eacute;-caca), montre dans son r&eacute;cit avec toute la modestie qui la caract&eacute;risait, combien elle traquait toujours au plus pr&egrave;s la v&eacute;rit&eacute; transf&eacute;rentielle, tout en demeurant tr&egrave;s mesur&eacute;e et tr&egrave;s prudente dans ses interpr&eacute;tations. En relisant cette vignette clinque des ann&eacute;es 90, le regret de ne pas avoir suffisamment parl&eacute; avec elle de ces exp&eacute;riences renouvel&eacute;es aupr&egrave;s de ces jeunes patients, toujours uniques, peut nous avertir sur la prise de conscience du temps qui passe et nous inciter &agrave; relire, &agrave; &eacute;changer avec les plus jeunes coll&egrave;gues autour de cette clinique incarn&eacute;e par la recherche de l&rsquo;authenticit&eacute; contre-transf&eacute;rentielle, gage de libert&eacute; et d&rsquo;intimit&eacute; avec le patient. Comme le rappelait Didier Anzieu qui voulait rendre hommage &agrave; sa femme, &agrave; leurs &eacute;changes dans un article :&nbsp; Comment devient-on M&eacute;lanie Klein, je reviendrais sur la formulation : Comment devient-on Annie Anzieu ? A toi pour toujours tr&egrave;s ch&egrave;re Annie.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>H&eacute;l&egrave;ne Suarez Labat<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Note bibligraphique<br \/>\n1. Green A.&nbsp; (1995) &laquo; L&rsquo;Empathie th&eacute;orique en d&eacute;pit des diff&eacute;rences dans la pratique &raquo; in <em>Bulletin du Gerpen<\/em>, Vol. 32, Nov 1995.p.64.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10376?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Annie &eacute;tait une grande dame de la psychanalyse de l&rsquo;enfant. Lorsque, dans une vie, on a la chance de rencontrer une personne comme Annie, on conserve pour toujours la trace du contact singulier qui s&rsquo;est &eacute;tabli. 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