{"id":10369,"date":"2021-08-22T07:31:52","date_gmt":"2021-08-22T05:31:52","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/un-tourment-de-la-bisexualite-la-jalousie-2\/"},"modified":"2021-09-29T17:46:32","modified_gmt":"2021-09-29T15:46:32","slug":"un-tourment-de-la-bisexualite-la-jalousie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/un-tourment-de-la-bisexualite-la-jalousie\/","title":{"rendered":"Un tourment de la bisexualit\u00e9 : la jalousie"},"content":{"rendered":"\n<p>La bisexualit\u00e9, plus qu\u2019un concept, est un questionnement chez Freud et ce questionnement change au fil de la d\u00e9couverte de la sexualit\u00e9 infantile&nbsp;: de la \u00ab&nbsp;pr\u00e9disposition originelle&nbsp;\u00bb avec \u00ab&nbsp;les vestiges&nbsp;\u00bb en chacun de l\u2019autre sexe anatomique, jusqu\u2019\u00e0 la bisexualit\u00e9 psychique h\u00e9riti\u00e8re de la dynamique pulsionnelle et du complexe d\u2019\u0152dipe. Une h\u00e9sitation ne cessera d\u2019entourer la notion, sans doute parce qu\u2019elle est emprunt\u00e9e (principalement \u00e0 Fliess, en soutenant jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019\u0153uvre un conflit de paternit\u00e9). Mais \u00ab&nbsp;bisexualit\u00e9&nbsp;\u00bb restera le marqueur d\u00e9cisif d\u2019un enjeu th\u00e9orique&nbsp;: le refus d\u2019une sexualisation du refoulement.<\/p>\n\n\n\n<p>Un questionnement proche concernerait <em>l\u2019ambi-valence<\/em>, concept emprunt\u00e9 lui aussi (\u00e0 Bleuler, cette fois), qui se d\u00e9finit par l\u2019opposition simultan\u00e9e et indissociable des contraires que sont l\u2019amour et la haine. Bisexualit\u00e9 et ambivalence seront donc parfois associ\u00e9es, notamment dans les destins de pulsions \u00e0 propos des couples d\u2019oppos\u00e9s activit\u00e9\/passivit\u00e9, ou dans les identifications li\u00e9es au complexe d\u2019\u0152dipe. Bisexualit\u00e9 et ambivalence, en tout cas, soutiennent une constante de la pens\u00e9e freudienne&nbsp;: l\u2019originaire non s\u00e9par\u00e9, le deux en un, ou plut\u00f4t le \u00ab&nbsp;un&nbsp;\u00bb appel\u00e9 \u00e0 se d\u00e9faire dans les processus de liaison-d\u00e9liaison ou de mixtion-d\u00e9mixtion pulsionnelle. Un en deux, ou deux en un&nbsp;: la <em>bisexualit\u00e9 <\/em>est-elle du c\u00f4t\u00e9 du m\u00e9lange harmonieux ou confus, ou du conflit qui oppose ou d\u00e9chire&nbsp;? Permet-elle une approche de ce qui lie, dans psych\u00e9, masculin et f\u00e9minin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Entre&nbsp;bisexualit\u00e9 psychique et diff\u00e9rence des sexes&nbsp;\u00bb&nbsp;: je ne peux qu\u2019\u00e9voquer le titre de l\u2019un des premiers num\u00e9ros de la nrp, paru il y a maintenant plus de quarante&nbsp;ans\u2026 Les ann\u00e9es pass\u00e9es font mesurer le changement survenu dans \u00ab&nbsp;l\u2019air du temps&nbsp;\u00bb, avec la r\u00e9flexion qui s\u2019est progressivement impos\u00e9e sur \u00ab&nbsp;le genre&nbsp;\u00bb. En tout cas, cet ancien num\u00e9ro de la nrp, o\u00f9 J.-B.&nbsp;Pontalis signait \u00ab&nbsp;L\u2019insaisissable entre-deux<sup>1<\/sup>&nbsp;\u00bb, posait d\u00e9j\u00e0 la question&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comment <em>penser ensemble <\/em>l\u2019\u00eatre double et la \u201cpetite diff\u00e9rence\u201d&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;entre&nbsp;\u00bb qui s\u2019est gliss\u00e9 dans notre titre, je l\u2019entends aujourd\u2019hui r\u00e9sonner avec les travaux de Catherine Chabert. Chez elle, l\u2019\u00e9loge de la diff\u00e9rence ne cesse en effet d\u2019associer les variations sur l\u2019\u00ab&nbsp;entre&nbsp;\u00bb&nbsp;: entre-deux, entrelacements du masculin et du f\u00e9minin qui appellent l\u2019entrelacement amoureux des corps (J.-B.&nbsp;Pontalis n\u2019a-t-il pas \u00e9crit de son c\u00f4t\u00e9 \u00ab&nbsp;Le mort et le vif entrelac\u00e9s&nbsp;\u00bb&nbsp;?). Ces variations sont reprises plus frontalement aujourd\u2019hui avec la question pos\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;P\u00e8re ou m\u00e8re, faut-il choisir&nbsp;?&nbsp;\u00bb, dans une perspective qui donne \u00e0 l\u2019investissement des objets parentaux, au couple qu\u2019ils forment devant l\u2019enfant (\u00ab&nbsp;entre-eux-deux&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Catherine Chabert) un r\u00f4le d\u00e9terminant pour les destins de la bisexualit\u00e9 psychique. Il y a l\u00e0 l\u2019ouverture d\u2019un d\u00e9bat&nbsp;: celui concernant la place d\u00e9volue aux objets qualifi\u00e9s de \u00ab&nbsp;p\u00e8re et m\u00e8re&nbsp;\u00bb par rapport aux pulsions qui les visent.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reviens un instant \u00e0 Freud. Plusieurs jalons s\u2019offrent dans son questionnement de la bisexualit\u00e9&nbsp;: de la note de 1915 des \u00ab&nbsp;Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle&nbsp;\u00bb \u2013 \u00ab&nbsp;Chaque personne prise isol\u00e9ment pr\u00e9sente bien plut\u00f4t un m\u00e9lange de son caract\u00e8re sexu\u00e9 bio&#8211;logique et de traits biologiques de l\u2019autre sexe et un assemblage d\u2019activit\u00e9 et de passivit\u00e9, et ce aussi bien dans la mesure o\u00f9 ces traits de caract\u00e8re psychiques d\u00e9pendent des biologiques que dans la mesure o\u00f9 ils en sont ind\u00e9pendants<sup>2<\/sup>&nbsp;\u00bb \u2013 \u00e0 la Nouvelle le\u00e7on sur \u00ab&nbsp;La f\u00e9minit\u00e9&nbsp;\u00bb et jusque dans les derniers textes, dont l\u2019\u00ab&nbsp;Abr\u00e9g\u00e9 de psychanalyse&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce qui nous sert \u00e0 diff\u00e9rencier dans la vie d\u2019\u00e2me le masculin et le f\u00e9minin, c\u2019est une \u00e9quation empirique et conventionnelle manifestement insuffisante. Nous qualifions tout ce qui est fort et actif de masculin, tout ce qui est faible et passif de f\u00e9minin. C\u2019est aussi le fait de la bisexualit\u00e9 psychologique qui ob\u00e8re toutes nos enqu\u00eates et rend difficile leur description<sup>3<\/sup>.&nbsp;\u00bb Notons que la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la bisexualit\u00e9 appara\u00eet ici comme une r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qu\u2019elle m\u00e9lange ou oppose, que met-elle en pr\u00e9sence&nbsp;? La diff\u00e9rence anatomique des corps, l\u2019organisation de la vie fantasmatique, les qualit\u00e9s psychiques attach\u00e9es \u00e0 masculin et f\u00e9minin&nbsp;? Qu\u2019est-ce qui fait \u00eatre homme ou femme, plus ou moins ou \u00e0 moiti\u00e9, plus ou moins en souffrance dans les plaintes r\u00e9guli\u00e8rement entendues chez les patients&nbsp;? Comment notre <em>bigarrure<\/em>, pour reprendre ce mot de Freud qu\u2019aime bien Catherine Chabert, est-elle sexuelle&nbsp;? La complication de la diff\u00e9rence (de la diff\u00e9renciation, de la distinction, de l\u2019opposition&nbsp;: ces mots voisins sont porteurs d\u2019\u00e9cart signifiant) entre masculin et f\u00e9minin ne peut se r\u00e9soudre simplement dans un m\u00e9lange qui accentuerait une part plut\u00f4t qu\u2019une autre, et la bisexualit\u00e9 psychique animant des \u00ab&nbsp;\u00eatres&nbsp;\u00bb ou des conduites sexuelles ne se propose gu\u00e8re comme un compromis facile sinon heureux. Entre masculin et f\u00e9minin, il y a parfois dissociation et clivage&nbsp;: c\u2019est le m\u00e9rite de Winnicott<sup>4<\/sup>, dans sa recherche d\u2019\u00e9l\u00e9ments masculins ou f\u00e9minins \u00ab&nbsp;purs&nbsp;\u00bb, d\u2019avoir propos\u00e9 l\u2019opposition entre le <em>faire <\/em>et <em>l\u2019\u00eatre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab&nbsp;la vie d\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb, en tout cas, la<em> bisexualit\u00e9<\/em><em>psychique<\/em> ordonnant le masculin et le f\u00e9minin t\u00e9moigne de la fa\u00e7on dont la sexualit\u00e9 infantile traite la diff\u00e9rence sexuelle anatomique (dont la perception de la diff\u00e9rence sexuelle des objets parentaux) en fixant les destins trac\u00e9s par la dynamique pulsionnelle et par les remaniements identificatoires du complexe d\u2019\u0152dipe. Dans cette sexualit\u00e9 infantile primitivement tous azimuts (auto\u00e9rotique et perverse quant aux buts et aux objets pulsionnels), le p\u00e9nis a pris progressivement la fonction d\u2019organe directeur&nbsp;; mais la perception de la diff\u00e9rence anatomique des sexes est soumise \u00e0 la vie fantasmatique infantile, construite par elle comme la curiosit\u00e9 qu\u2019elle commande.&nbsp;Si le fantasme de retranchement vient symboliser la diff\u00e9rence, c\u2019est qu\u2019il est intimement li\u00e9 aux plaisirs auto\u00e9rotiques et \u00e0 leur r\u00e9pression, puis aux souhaits \u0153dipiens et \u00e0 leur expression inconsciente et d\u00e9form\u00e9e, aux interdits qu\u2019ils rencontrent.<\/p>\n\n\n\n<p>Rapprocher diff\u00e9rence des sexes et bisexualit\u00e9 psychique invite donc \u00e0 suivre les chemins du complexe de castration, ses manifestations cliniques dans les deux sexes, avec la th\u00e9orie qu\u2019en donne Freud&nbsp;: son apparition, en 1907, dans \u00ab&nbsp;Les th\u00e9ories sexuelles infantiles&nbsp;\u00bb&nbsp;; son approfondissement dans les textes de 1920-1924&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019organisation g\u00e9nitale infantile&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Quelques cons\u00e9quences psychiques de la diff\u00e9rence des sexes au niveau anatomique&nbsp;\u00bb, un texte dont je m\u2019\u00e9tonne toujours qu\u2019il ait pu \u00eatre lu par Anna Freud, fille de son p\u00e8re, devant le Congr\u00e8s de Bad Homburg&nbsp;! Est-ce que la th\u00e9orie phallique qui soutient ce complexe de castration, chez la fille en particulier, est une pure th\u00e9orie sexuelle infantile de Freud&nbsp;? Jacques Andr\u00e9 tend \u00e0 le penser, et la discussion n\u2019est certes pas close\u2026 Ce que je retiens cependant est l\u2019appui que fournit une construction patiente et extr\u00eamement fouill\u00e9e, faite par Freud, de la sexualit\u00e9 infantile dans ses \u00ab&nbsp;couches profondes&nbsp;\u00bb (l\u2019hostilit\u00e9 originaire envers la m\u00e8re, l\u2019attention \u00e0 ce qui p\u00e9rit et dispara\u00eet pour le gar\u00e7on comme pour la fille). Dans cette construction, il est remarquable que soit toujours refus\u00e9e la solution psychique la plus simple, la plus imm\u00e9diate (toujours le d\u00e9placement et le d\u00e9tour pour explorer la chose inconsciente), m\u00eame si se pr\u00eatent \u00e0 discussion des consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales et parfois d\u00e9sagr\u00e9ables sur ce qui caract\u00e9riserait \u00ab&nbsp;la femme&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le complexe de castration dans les deux sexes est cette structure fantasmatique qui d\u00e9termine l\u2019orientation de la bisexualit\u00e9 chez le gar\u00e7on et la fille, il g\u00e9n\u00e8re aussi des modalit\u00e9s diff\u00e9renci\u00e9es de l\u2019activit\u00e9 d\u00e9sirante&nbsp;: saisir, investiguer, s\u2019emparer pour le gar\u00e7on, accueillir et \u00eatre p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e pour la fille, ce qui soutiendra le souhait d\u2019avoir et de recevoir un enfant. Ainsi la fille, dans le d\u00e9veloppement de sa f\u00e9minit\u00e9, se trouve-t-elle soumise aux changements (de zone g\u00e9nitale et d\u2019objet)&nbsp;: cela orientera ses modes d\u2019investissement amoureux ult\u00e9rieurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce cheminement de la bisexualit\u00e9 surplomb\u00e9 par le fantasme de castration, une part d\u00e9cisive&nbsp;revient aux transformations des buts et des destins des pulsions sexuelles. Il faudrait ajouter&nbsp;: des pulsions de destruction. F\u00e9minin et passif ne sont plus \u00e9quivalents, ni non plus masculin et actif. Il y a des buts pulsionnels passifs activement poursuivis, il y a des retournements pulsionnels qui ne sont pas purs renversements du masculin en f\u00e9minin. Catherine Chabert a insist\u00e9 sur cette bipolarit\u00e9 de la passivit\u00e9 et de l\u2019activit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00catre passif, \u00e9crit-elle, c\u2019est accepter d\u2019\u00eatre excit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire modifi\u00e9 par l\u2019action de l\u2019autre en soi.&nbsp;\u00bb L\u2019autre est ici, \u00e9videmment, l\u2019autre sexu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce passage par les transformations des buts pulsionnels, associ\u00e9es \u00e0 l\u2019introduction du narcissisme dans la bisexualit\u00e9, trame la construction de la n\u00e9vrose infantile de \u00ab&nbsp;L\u2019homme aux loups&nbsp;\u00bb. Lecture freudienne toujours impressionnante, tant sont grandes l\u2019audace et la complexit\u00e9 de l\u2019exploration infantile&nbsp;: entrem\u00ealement du couple masculin-f\u00e9minin avec le couple pulsionnel passif-actif (autrement dit l\u2019entrem\u00ealement clairement \u00e9nonc\u00e9 de la bisexualit\u00e9 et de l\u2019ambivalence), importance d\u00e9cisive conf\u00e9r\u00e9e aux identifications et \u00e0 la fixation pulsionnelle anale dans le lien libidinal. \u00ab&nbsp;\u00c9rotisme anal et complexe de castration&nbsp;\u00bb est ainsi un chapitre essentiel de \u00ab&nbsp;L\u2019homme aux loups&nbsp;\u00bb, o\u00f9 se dessine le destin des fixations et r\u00e9gressions anales dans la psycho-sexualit\u00e9 infantile. \u00ab&nbsp;Que devait donc signifier l\u2019identification avec la m\u00e8re&nbsp;?&nbsp;\u00bb demande Freud&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons d\u00fb admettre qu\u2019il \u2013 l\u2019enfant n\u00e9vros\u00e9&nbsp;\u2013 avait compris pendant le processus du r\u00eave que la femme \u00e9tait castr\u00e9e, qu\u2019elle avait \u00e0 la place du membre viril une blessure qui servait au rapport sexuel, que la castration \u00e9tait la condition de la f\u00e9minit\u00e9, et qu\u2019\u00e0 cause de cette perte mena\u00e7ante il avait refoul\u00e9 l\u2019attitude f\u00e9minine envers l\u2019homme et s\u2019\u00e9tait r\u00e9veill\u00e9 avec angoisse de son exaltation homosexuelle<sup>5<\/sup>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avec les <em>identifications <\/em>entrent en sc\u00e8ne les objets parentaux et leur vie de d\u00e9sir&nbsp;: la vie fantasmatique de l\u2019enfant soumis \u00e0 la s\u00e9duction ou l\u2019inqui\u00e9tude de la sc\u00e8ne primitive pense la diff\u00e9rence sexuelle dans l\u2019excitation et l\u2019impuissance. La bisexualit\u00e9 psychique s\u2019organise d\u00e9sormais autour de deux p\u00f4les&nbsp;: le complexe de castration et les identifications \u0153dipiennes. Deux p\u00f4les absolument entrem\u00eal\u00e9s, comme l\u2019indiquent ces lignes de Freud dans \u00ab&nbsp;Le moi et le \u00e7a&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019issue de la situation \u0153dipienne dans une identification au p\u00e8re ou \u00e0 la m\u00e8re para\u00eet donc chez les deux sexes d\u00e9pendre de la force relative des deux pr\u00e9dispositions sexu\u00e9es. C\u2019est l\u00e0 une des fa\u00e7ons qu\u2019a la bisexualit\u00e9 de <em>s\u2019immiscer <\/em>(je souligne) dans les destins du complexe d\u2019\u0152dipe.&nbsp;\u00bb Et plus loin&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une investigation plus approfondie met \u00e0 d\u00e9couvert la plupart du temps le complexe d\u2019\u0152dipe dans sa forme plus compl\u00e8te, lequel est double, positif et n\u00e9gatif, d\u00e9pendant de la <em>bisexualit\u00e9<\/em><em>originelle<\/em> (je souligne) de l\u2019enfant, c\u2019est-\u00e0-dire que le gar\u00e7on n\u2019a pas seulement une position <em>ambivalente<\/em> (je souligne \u00e0 nouveau pour indiquer le rapprochement) envers le p\u00e8re et un choix d\u2019objet tendre pour la m\u00e8re, mais qu\u2019il se comporte aussi simultan\u00e9ment comme une fille, qu\u2019il manifeste la position f\u00e9minine envers le p\u00e8re et la position hostile-jalouse lui correspondant vis-\u00e0-vis de la m\u00e8re<sup>6<\/sup>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cet entrem\u00ealement, ce m\u00e9lange des identifications associ\u00e9s aux objets \u0153dipiens (p\u00e8re et m\u00e8re), li\u00e9s \u00e0 l\u2019excitation et \u00e0 la d\u00e9tresse, sont au c\u0153ur de la jalousie, ce \u00ab&nbsp;tourment de la bisexualit\u00e9&nbsp;\u00bb. \u00c0 chaque moment du d\u00e9veloppement freudien esquiss\u00e9 plus haut, la jalousie est pr\u00e9sente, toujours associ\u00e9e \u00e0 la diff\u00e9rence&nbsp;: avoir ou pas le p\u00e9nis, avoir ou pas ce qui fait \u00eatre unique ou pas, aim\u00e9 ou d\u00e9laiss\u00e9&nbsp;: jalousie vis-\u00e0-vis du petit enfant qui arrive apr\u00e8s soi dans la famille, jalousie envers la m\u00e8re rivale. La jalousie est au c\u0153ur de plusieurs situations cliniques \u00e9voqu\u00e9es par Catherine Chabert, notamment chez celles qu\u2019elle indexe aux \u00ab&nbsp;logiques inconscientes de la diff\u00e9rence&nbsp;\u00bb. C\u2019est d\u2019ailleurs, \u00e9crit-elle, la logique de la jalousie qui l\u2019a fait \u00ab&nbsp;se d\u00e9tourner de la logique de la m\u00e9lancolie et de sa d\u00e9diff\u00e9renciation&nbsp;\u00bb, une logique qui l\u2019occupait davantage jusqu\u2019alors. D\u2019o\u00f9 \u00ab&nbsp;L\u2019amour de la diff\u00e9rence&nbsp;\u00bb, et sans doute, l\u2019orientation de cet ouvrage aujourd\u2019hui&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>La jalousie, Freud en parle dans cet article de 1921 qui suit imm\u00e9diatement \u00ab&nbsp;Psychologie des masses et analyse du moi&nbsp;\u00bb (la jalousie prend en masse, en effet, par son effet de d\u00e9vastation du moi)&nbsp;: \u00ab&nbsp;De quelques m\u00e9canismes n\u00e9vrotiques dans la jalousie, la parano\u00efa et l\u2019homosexualit\u00e9.&nbsp;\u00bb Si deuil et douleur concernent \u00ab&nbsp;l\u2019objet d\u2019amour cru perdu&nbsp;\u00bb et l\u2019atteinte narcissique, la jalousie, surtout, \u00ab&nbsp;s\u2019enracine profond\u00e9ment dans l\u2019inconscient&nbsp;\u00bb. Et Freud pr\u00e9cise&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est toutefois remarquable qu\u2019elle soit v\u00e9cue <em>bisexuellement<\/em> par bien des personnes, c\u2019est-\u00e0-dire que chez l\u2019homme, en dehors de la douleur concernant la femme aim\u00e9e et de la haine envers le rival masculin, le deuil concernant l\u2019homme inconsciemment aim\u00e9 et la haine envers la femme rivale aupr\u00e8s de lui agissent aussi \u00e0 titre de renforcement<sup>7<\/sup>.&nbsp;\u00bb On ne saurait dire plus clairement la complexit\u00e9 et le m\u00e9lange des positions sexuelles convoqu\u00e9es. Un peu plus loin, on trouve cette notation, \u00e0 propos d\u2019un jaloux&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour toutes ces manifestations de l\u2019inconscient de sa femme, il faisait montre d\u2019une extraordinaire attention et s\u2019entendait toujours \u00e0 les interpr\u00e9ter avec justesse\u2026&nbsp;\u00bb Sera ensuite \u00e9voqu\u00e9e \u00ab&nbsp;l\u2019extraordinaire ambivalence dans le rapport au p\u00e8re&nbsp;\u00bb. Ce qui s\u2019indique ici de la bisexualit\u00e9 infantile&nbsp;est bien le m\u00e9lange douloureux, dans la perte libidinale et l\u2019excitation homosexuelle, de l\u2019affrontement au complexe de castration et \u00e0 la d\u00e9tresse identificatoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet homme en analyse, soudain priv\u00e9 de l\u2019objet-aim\u00e9 qui garantissait pour lui la satisfaction pulsionnelle dans l\u2019accomplissement de ses fantasmes sexuels, se sentait d\u00e9vast\u00e9 dans sa jalousie par l\u2019envahissement de la douleur et de la haine, et plus encore par le d\u00e9cha\u00eenement des sc\u00e8nes sexuelles qui l\u2019assaillaient sans qu\u2019il puisse s\u2019y soustraire. Bisexualit\u00e9 en d\u00e9tresse dans une d\u00e9liaison pulsionnelle traumatique avec des renversements incessants entre activit\u00e9 et passivit\u00e9&nbsp;: les images sexuelles tentaient de trouver un apaisement illusoire dans l\u2019insatiable curiosit\u00e9, l\u2019ambivalence des mouvements de haine et d\u2019amour dans le d\u00e9ni de toute origine de la souffrance autre qu\u2019actuelle. Pourtant, la d\u00e9tresse \u00e9tait bien infantile&nbsp;: cet homme se sentait livr\u00e9 \u00e0 l\u2019excitation sexuelle de la femme qui le d\u00e9poss\u00e9dait, et \u00e0 l\u2019obnubilation par le p\u00e9nis du rival, autrement dit \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019une sc\u00e8ne primitive o\u00f9 l\u2019intime de la jouissance lui \u00e9tait expos\u00e9-d\u00e9rob\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019angoisse de n\u2019\u00eatre soudain plus un homme, il l\u2019associait \u00e0 l\u2019impuissance de faire jouir la femme d\u00e9sormais \u00e9loign\u00e9e. Et cela r\u00e9veillait une formidable haine envers son p\u00e8re&nbsp;: comment cet \u00eatre faible n\u2019avait-il pas su donner \u00e0 l\u2019enfant l\u2019assurance d\u2019\u00eatre un homme&nbsp;? La m\u00eame hostilit\u00e9 envahissait le transfert&nbsp;: l\u2019analyse, l\u2019analyste n\u2019offraient pas la puissance virile que le patient venait y chercher. Cependant la cure permit peu \u00e0 peu un travail de distance, autrement dit de mixtion pulsionnelle&nbsp;: un travail de deuil de l\u2019objet perdu, cet objet qui assurait la jouissance autant qu\u2019il supportait la r\u00e9alisation du fantasme. Et ce travail op\u00e9rait fragment par fragment, \u00e0 m\u00eame la repr\u00e9sentation du corps \u00e9rotique de l\u2019autre, des deux autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la clinique analytique nous offre nombre de ces situations, les films ou les livres disent aussi sans d\u00e9tour ce que la parole analytique en s\u00e9ance garde parfois d\u2019inavouable. Nous connaissons tous Shakespeare ou Proust, mais deux romans contemporains ont \u00e9voqu\u00e9 tr\u00e8s justement la douleur et la passion jalouses. Dans <em>Nu int\u00e9rieur<\/em>, de Belinda Cannone<sup>8<\/sup>, un homme voit s\u2019\u00e9loigner, apr\u00e8s une intense passion partag\u00e9e, la femme aim\u00e9e. Constatant avec amertume la \u00ab&nbsp;folie d\u2019un monde r\u00e9duit \u00e0 l\u2019orbe d\u2019une femme&nbsp;\u00bb, il s\u2019\u00e9crie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne pouvais croire qu\u2019elle r\u00e9ussirait \u00e0 se passer de <em>nous.<\/em>&nbsp;\u00bb Se passer de nous&nbsp;: de l\u2019entrem\u00ealement bisexuel de deux en un, fantaisie r\u00e9gressive o\u00f9 s\u2019entend la nostalgie de la relation m\u00e8re-enfant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Mufle<\/em><sup>9<\/sup>, d\u2019\u00c9ric Neuhoff, on voit l\u2019homme essayer avec acharnement de mettre \u00e0 distance l\u2019objet qui a trahi, et cela passe par l\u2019occupation successive de positions identificatoires diff\u00e9rentes, masculine&#8211;f\u00e9minine, maternelle-paternelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;Charlotte. Je sais des choses terribles que tu as peut-\u00eatre oubli\u00e9es. Tu te crois tr\u00e8s maligne mais je suis plus fort que toi. Je me tais. Je t\u2019observe et mon regard est glac\u00e9. Le corps r\u00e9agit comme un corps d\u2019homme, mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur c\u2019est une banquise, un mirador. Je te vois. Je te scrute. Tu ne me la fais plus. Je te plains. Je me vide en toi. Je garde les yeux ouverts. Le spectacle est grotesque. <em>C\u2019est nous, <\/em>\u00e7a&nbsp;?&nbsp;\u00bb Le \u00ab&nbsp;nous perdu&nbsp;\u00bb, l\u00e0 encore\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de mon patient jaloux a peu \u00e0 peu fait d\u00e9couvrir, une fois apais\u00e9e l\u2019intensit\u00e9 de la d\u00e9tresse, la complexit\u00e9 des identifications aux figures parentales&nbsp;: une m\u00e8re qui avait id\u00e9alis\u00e9 ce fils brillant qui lui apportait r\u00e9paration d\u2019une ambition phallique jamais r\u00e9alis\u00e9e, un p\u00e8re en retrait sous l\u2019emprise de sa femme et qui, surtout, d\u00e9truisait avec un constant cynisme et dans la d\u00e9rision (une sorte d\u2019autocastration, en somme) toute r\u00e9alisation masculine porteuse d\u2019illusion. Le patient s\u2019\u00e9tait plus d\u2019une fois demand\u00e9 ce que ses parents \u00ab&nbsp;pouvaient trouver&nbsp;au lit&nbsp;\u00bb, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il d\u00e9couvre, d\u2019ailleurs peu avant son \u00e9pisode de d\u00e9tresse jalouse, une liaison qu\u2019avait eue sa m\u00e8re. Il en avait con\u00e7u \u00e0 la fois une curiosit\u00e9,&nbsp;\u00ab&nbsp;jalouse&nbsp;\u00bb, me dit-il, pour l\u2019homme et une haine violente pour sa m\u00e8re, haine qui avait d\u2019une certaine fa\u00e7on contamin\u00e9, il le mesurait apr\u00e8s coup, la relation avec la femme qu\u2019il aimait et qu\u2019il m\u00e9prisait soudain. \u00c0&nbsp;cet \u00e9loignement avait aussi particip\u00e9 une sollicitude \u00ab&nbsp;soudainement trop intense&nbsp;\u00bb pour son p\u00e8re, un souhait de tendresse qui l\u2019embarrassait. Il avait \u00e9t\u00e9 pris par le souhait tr\u00e8s fort \u00ab&nbsp;d\u2019aller au caf\u00e9 boire des coups avec lui&nbsp;\u00bb, ce p\u00e8re dont le go\u00fbt affirm\u00e9 pour les bons vins \u00e9tait r\u00e9guli\u00e8rement fustig\u00e9 par la m\u00e8re\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il fit un r\u00eave, dont l\u2019image persistante au r\u00e9veil le g\u00eana&nbsp;: \u00ab&nbsp;le cul d\u2019une grosse femme noire, dans un pantalon de toile, couch\u00e9e de dos, une Ha\u00eftienne&nbsp;\u00bb&nbsp;: il pensa \u00e0 une nourrice, au souhait de faire l\u2019amour \u00e0 une grosse femme (ce qu\u2019il n\u2019avait jamais os\u00e9 r\u00e9aliser&nbsp;: cela l\u2019angoissait trop, un sexe f\u00e9minin qui pouvait engloutir), \u00e0 une prostitu\u00e9e qu\u2019il voulait sortir du ruisseau\u2026 Et dans la \u00ab&nbsp;toile&nbsp;\u00bb qui moulait les fesses de la femme, il entendit \u00ab&nbsp;le toi&nbsp;\u00bb du rival qui prenait la femme par-derri\u00e8re. De ce r\u00e9seau de repr\u00e9sentations surgit une vague figure de m\u00e8re, une m\u00e8re-nourrice qu\u2019il ne connaissait pas. Mais il y avait encore \u00ab&nbsp;ha\u00efr&nbsp;\u00bb dans \u00ab&nbsp;Ha\u00efe-tienne&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00e9trang\u00e8re qui le garantissait sans doute contre des souhaits trop directement incestueux\u2026 Le r\u00eave se terminait par une sorte de tremblement de terre (en Ha\u00efti) comme l\u2019orgasme dont il surveillait avec inqui\u00e9tude, chez sa femme, l\u2019incertaine survenue.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Par quelles transformations, se demande Freud \u00e0 la fin de \u201cL\u2019organisation g\u00e9nitale infantile\u201d, passe la polarit\u00e9 sexu\u00e9e, pour nous courante, pendant le d\u00e9veloppement sexuel enfantin&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il propose quatre oppositions&nbsp;: sujet\/objet (op\u00e9r\u00e9e par le choix d\u2019objet)&nbsp;; actif\/passif avec le stade de l\u2019organisation pr\u00e9g\u00e9nitale sadique-anale&nbsp;; organe g\u00e9nital masculin ou ch\u00e2tr\u00e9, avec l\u2019organisation g\u00e9nitale infantile&nbsp;; masculin\/f\u00e9minin avec l\u2019ach\u00e8vement du d\u00e9veloppement au temps de la pubert\u00e9. \u00c9trangement, il n\u2019est pas fait mention ici des identifications \u0153dipiennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors comment concevoir&nbsp;la dynamique de ces identifications&nbsp;? P\u00e8re <em>ou<\/em> m\u00e8re, <em>peut-on<\/em> <em>choisir<\/em>&nbsp;? Privil\u00e9gier l\u2019investissement des <em>objets<\/em> parentaux comme tels ne risque-t-il pas de conf\u00e9rer une importance illusoire \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019objet&nbsp;? C\u2019est \u00e0 des \u00ab&nbsp;traits&nbsp;\u00bb que s\u2019attache le proc\u00e8s identificatoire, qu\u2019il int\u00e9riorise ou qu\u2019il refuse. Et la sc\u00e8ne primitive, dans sa structure fantasmatique, exige toujours d\u2019\u00eatre d\u00e9compos\u00e9e&nbsp;quand elle pr\u00e9sentifie les rapports de plaisir-douleur, et le corps \u00e9rotique du parent de m\u00eame sexe ou de sexe oppos\u00e9. Les \u00e9changes de mots, d\u2019amour ou de m\u00e9pris, les traces qu\u2019ils laissent dans la psych\u00e9 enfantine, laissent autant d\u2019empreintes que les \u00e9bats des corps&nbsp;: ils sont organisateurs des fantasmes infantiles et de la r\u00e9alit\u00e9 psychique de la bisexualit\u00e9. Ne pouvoir se sentir assez homme, ne pouvoir se vivre assez femme trahit certes l\u2019agissement du complexe de castration dans les d\u00e9sirs de l\u2019un ou de l\u2019autre mais \u00ab&nbsp;l\u2019\u00eatre d\u00e9muni&nbsp;\u00bb ne s\u2019y r\u00e9sume pas&nbsp;: la puissance d\u2019une fixation infantile et inconsciente \u00e0 l\u2019autre sexe peut s\u2019av\u00e9rer tout aussi d\u00e9terminante, tout comme la blessure faite au moi par l\u2019assignation du sexe, blessure que viennent parfois compenser le faux-self ou le d\u00e9ni pervers. \u00ab&nbsp;Je suis une femme par d\u00e9faut&nbsp;\u00bb, me dit cette patiente sans s\u2019entendre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 l\u2019interdit de jouissance \u2013 interdit de d\u00e9sirer, m\u00eame au prix de l\u2019angoisse de castration, et tout autant interdit de se pr\u00eater \u00e0 la sollicitation-s\u00e9duction adress\u00e9e par l\u2019autre, au risque de la passivit\u00e9 consentie \u2013, c\u2019est vers la construction infantile du surmoi, diff\u00e9rente peut-\u00eatre chez la fille et le gar\u00e7on, qu\u2019il invite \u00e0 se tourner. Il y va des destins divergents de la fin du complexe d\u2019\u0152dipe dans les deux sexes. Catherine Chabert a r\u00e9tabli \u00e0 une juste place la cruaut\u00e9 d\u2019un surmoi f\u00e9minin qualifi\u00e9 souvent et trop rapidement de moins rigoureux&nbsp;: le destin du \u00ab&nbsp;moindre&nbsp;\u00bb n\u2019\u00e9pargne d\u00e9cid\u00e9ment pas le f\u00e9minin&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>La bisexualit\u00e9 n\u2019\u00e9chappe pas, sinon dans le fantasme r\u00e9gressif de compl\u00e9tude qu\u2019elle peut accomplir, au conflit r\u00e9gi par la r\u00e9alit\u00e9 psychique (le monde des fantasmes inconscients) surtout quand s\u2019impose le choix inconsciemment d\u00e9termin\u00e9 d\u2019un objet. Ainsi se manifeste, par exemple, la f\u00e9minit\u00e9 de l\u2019homme au th\u00e9\u00e2tre de son hyst\u00e9rie&nbsp;: virilit\u00e9 affich\u00e9e luttant contre une position infantile f\u00e9minine et passive, angoisse d\u00e9tourn\u00e9e devant l\u2019expression du d\u00e9sir f\u00e9minin. Fuir parfois la menace de castration en gardant secr\u00e8tement l\u2019amour f\u00e9minisant et tendre d\u2019un p\u00e8re, tout en prot\u00e9geant celui-ci de son inqui\u00e9tante fragilit\u00e9\u2026 Certains mouvements identificatoires adolescents \u2013&nbsp;dans leur \u00ab&nbsp;indistinction de sexe&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2013 me semblent anim\u00e9s par ce m\u00eame mouvement. J\u2019ai indiqu\u00e9 ailleurs comment la figure du bouffon, \u00e0 la fois impertinente et ch\u00e2tr\u00e9e, pouvait aussi incarner un destin symptomatique de la bisexualit\u00e9 chez le fils-homme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019inverse se d\u00e9voile parfois sans d\u00e9tour le sympt\u00f4me d\u2019une pr\u00e9cipitation phallique chez la femme. Comme chez cette patiente m\u00e8re d\u2019une adolescente et qui, lorsque sa fille vient lui indiquer un bon r\u00e9sultat scolaire, ne peut s\u2019emp\u00eacher de lui demander \u00ab&nbsp;d\u2019en faire plus&nbsp;\u00bb&nbsp;: elle sait pourtant qu\u2019elle se bat, elle comme fille, avec la contrainte \u00e9puisante qui lui imposait d\u2019en \u00ab&nbsp;remontrer&nbsp;\u00bb sans r\u00e9pit \u00e0 une m\u00e8re humili\u00e9e par son p\u00e8re. Cette pr\u00e9cipitation phallique, cependant, n\u2019est pas toujours sous la d\u00e9pendance d\u2019une inassouvie \u00ab&nbsp;envie de p\u00e9nis&nbsp;\u00bb&nbsp;: elle indique la n\u00e9cessit\u00e9, parfois, d\u2019\u00e9loigner une homosexualit\u00e9 primaire trop angoissante et contamin\u00e9e par la destructivit\u00e9 quand l\u2019asservissement \u00e0 une imago maternelle intrusive a menac\u00e9 la vie et la f\u00e9condit\u00e9 psychiques. Cette patiente qui identifiait sa f\u00e9minit\u00e9 \u00e0 une salet\u00e9, \u00e0 un d\u00e9chet, entendait de fa\u00e7on quasi hallucinatoire les mots de sa m\u00e8re (\u00ab&nbsp;ressaisis-toi&nbsp;\u00bb) quand elle prenait un plaisir intense, au cours d\u2019une partie de golf, \u00e0 \u00ab&nbsp;voir la balle filer dans le trou&nbsp;\u00bb. Et la pr\u00e9cipitation phallique est encore sollicit\u00e9e pour tenir \u00e0 distance, avec le refus d\u2019une passivit\u00e9 dangereuse, le risque incestueux dans la relation avec un p\u00e8re dont la parole, la pens\u00e9e ou les jugements abrupts, plus que les gestes, font sans cesse effraction. L\u2019angoisse de castration, dont Freud tentera de faire dans \u00ab&nbsp;Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse&nbsp;\u00bb le paradigme de l\u2019angoisse, recrute les pr\u00e9curseurs sur lesquels elle s\u2019installe.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment la bisexualit\u00e9 psychique trouve-t-elle \u00e0 s\u2019agrandir et se complexifier dans la cure&nbsp;? Comment son \u00e9ventuelle fonction de r\u00e9sistance peut-elle \u00eatre perlabor\u00e9e&nbsp;? Pas autrement que par l\u2019agissement reconnu du transfert, dans les mouvements revivifi\u00e9s d\u2019amour et de haine \u00e0 l\u2019\u00e9gard des objets \u0153dipiens, dans la reconnaissance de l\u2019in\u00e9luctable part d\u2019insatisfaction de toute r\u00e9alisation de d\u00e9sir. Sans doute aussi, et plus lentement, par la saisie d\u2019une activit\u00e9 de parole et d\u2019une forme de discours longtemps tenus inconscients&nbsp;: car qu\u2019il soit homme ou femme, le patient ne sait pas l\u2019effet qu\u2019il attend de sa parole. Au-del\u00e0 des contenus \u00e9nonc\u00e9s, c\u2019est l\u2019exc\u00e8s martel\u00e9 dans l\u2019\u00e9nonciation qui peut prendre en charge l\u2019affirmation phallique&nbsp;; ou la plainte monotone qui cherche \u00e0 susciter la compassion r\u00e9clam\u00e9e par le f\u00e9minin en souffrance\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La bisexualit\u00e9 psychique n\u2019est pas un illusoire havre protecteur quand le conflit psychique sait animer en elle la dimension du jeu&nbsp;: alors peuvent se d\u00e9ployer l\u2019activit\u00e9 des fantaisies et des masques, les changements des positions et des r\u00f4les dans la vie psychique et \u00e9rotique. Avec l\u2019aide de l\u2019humour aussi, la bisexualit\u00e9 desserre les contraintes de l\u2019assignation.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes donc un peu au th\u00e9\u00e2tre\u2026 l\u00e0 o\u00f9 le jaloux est trait\u00e9 en ridicule pour l\u2019exag\u00e9ration de son tourment&nbsp;! En 1732, Marivaux \u00e9crit <em>Le Triomphe de l\u2019amour<\/em> <sup>10<\/sup>, l\u2019une de ses pi\u00e8ces les plus belles. La mascarade de la bisexualit\u00e9, l\u2019\u00e9change des identit\u00e9s et des sexes, la tromperie et la jalousie provoqu\u00e9e, la cruaut\u00e9 aussi sont au rendez-vous pour notre plaisir. \u00c0 la fin de la pi\u00e8ce (III, ix), Phocion-L\u00e9onide, qui est venue conqu\u00e9rir son amoureux sous le masque du d\u00e9guisement sexuel, s\u2019\u00e9crie&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est pour vous que j\u2019ai tromp\u00e9 tout le monde, et je n\u2019ai pu faire autrement&nbsp;; tous mes artifices sont autant de t\u00e9moignages de ma tendresse, et vous insultez, dans votre erreur, au c\u0153ur le plus tendre qui fut jamais.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>J.-B. Pontalis<em>, <\/em>\u00ab&nbsp;L\u2019insaisissable entre-deux&nbsp;\u00bb, dans <em>Bisexualit\u00e9 et diff\u00e9rence des sexes,<\/em> nrp, n\u00b0&nbsp;7.<\/li><li>S. Freud, \u00ab&nbsp;Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle&nbsp;\u00bb, dans ocf, vol.&nbsp;VI, Paris, Puf, 2006, p.&nbsp;158.<\/li><li>S. Freud, \u00ab&nbsp;Abr\u00e9g\u00e9 de psychanalyse&nbsp;\u00bb, dans ocf, vol.&nbsp;XX, Paris, Puf, 2010, p.&nbsp;282.<\/li><li>D.W. Winnicott, \u00ab&nbsp;Clivage des \u00e9l\u00e9ments masculins et f\u00e9minins chez l\u2019homme et chez la femme&nbsp;\u00bb,dans <em>Bisexualit\u00e9 et diff\u00e9rence des sexes,<\/em> nrp, <em>op.<\/em>&nbsp;<em>cit.<\/em><\/li><li>S. Freud, \u00ab&nbsp;Extrait de l\u2019histoire d\u2019une n\u00e9vrose infantile&nbsp;\u00bb, dans <em>L\u2019homme aux loups par ses psychanalystes et par lui-m\u00eame,<\/em> nrf, Paris, Gallimard, 1981, p.&nbsp;231.<\/li><li>S.&nbsp;Freud, \u00ab&nbsp;Le moi et le \u00e7a&nbsp;\u00bb, dans ocf, vol. XVI, Paris, Puf, 1991, p.&nbsp;276.<\/li><li>S.&nbsp;Freud, \u00ab&nbsp;De quelques m\u00e9canismes n\u00e9vrotiques dans la jalousie, la parano\u00efa et l\u2019homosexualit\u00e9&nbsp;\u00bb, dans ocf, vol.&nbsp;XVI, Paris, Puf, 1991, p.&nbsp;87.<\/li><li>B.&nbsp;Cannone, <em>Nu int\u00e9rieur<\/em>, Paris, \u00c9ditions de l\u2019Olivier, 2015.<\/li><li>\u00c9.&nbsp;Neuhoff, <em>Mufle<\/em>, Paris, Albin Michel, 2012.<\/li><li>P. Marivaux, <em>Le Triomphe de l\u2019amour, <\/em>Paris, Gallimard, coll. \u00ab&nbsp;Folio\/Th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb, 1998.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10369?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La bisexualit\u00e9, plus qu\u2019un concept, est un questionnement chez Freud et ce questionnement change au fil de la d\u00e9couverte de la sexualit\u00e9 infantile&nbsp;: de la \u00ab&nbsp;pr\u00e9disposition originelle&nbsp;\u00bb avec \u00ab&nbsp;les vestiges&nbsp;\u00bb en chacun de l\u2019autre sexe anatomique, jusqu\u2019\u00e0 la bisexualit\u00e9 psychique&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1215],"thematique":[186,171],"auteur":[1595],"dossier":[637],"mode":[60],"revue":[704],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10369","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-amour","thematique-bisexualite","auteur-andre-beetschen","dossier-pere-ou-mere-entre-bisexualite-psychique-et-difference-des-sexes","mode-payant","revue-704","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10369","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10369"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10369\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15870,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10369\/revisions\/15870"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10369"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10369"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10369"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10369"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10369"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10369"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10369"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10369"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10369"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}