{"id":10367,"date":"2021-08-22T07:31:52","date_gmt":"2021-08-22T05:31:52","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/therapies-transitionnelles-breves-psychanalytiques-2\/"},"modified":"2022-05-20T13:48:43","modified_gmt":"2022-05-20T11:48:43","slug":"therapies-transitionnelles-breves-psychanalytiques","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/therapies-transitionnelles-breves-psychanalytiques\/","title":{"rendered":"Les th\u00e9rapies br\u00e8ves : travailler sous la contrainte du temps."},"content":{"rendered":"\n<p>Pourquoi une psychoth\u00e9rapie br\u00e8ve alors que la question initiale de la dur\u00e9e ne doit pas se poser dans les traitements d\u2019orientation psychanalytique&nbsp;? La question est alors, bien s\u00fbr&nbsp;: jusqu\u2019o\u00f9 s\u2019adapter sans perdre son identit\u00e9 psychanalytique. La psychoth\u00e9rapie psychanalytique br\u00e8ve, terme aujourd\u2019hui souvent substitu\u00e9 par \u00ab&nbsp;psychoth\u00e9rapie psycho-dynamique br\u00e8ve&nbsp;\u00bb, r\u00e9pond \u00e0 quatre demandes&nbsp;: des situations cliniques dans lesquelles un \u00e9v\u00e9nement traumatique r\u00e9cent joue un r\u00f4le pivot (deuil, divorce, \u00e9chec universitaire scolaire, annonce d\u2019une maladie grave, etc.)&nbsp;; un contexte hospitalier ou institutionnel r\u00e9clamant une temporalit\u00e9 particuli\u00e8re (hospitalisation de dur\u00e9e limit\u00e9e, accueil institutionnel limit\u00e9 dans le temps, etc.)&nbsp;; une r\u00e9ponse n\u00e9cessaire aux contraintes d\u2019\u00e9conomies dict\u00e9es par la politique sociale des soins&nbsp;; une situation sociale particuli\u00e8re celles des \u00e9tudiants<sup>1<\/sup> et des salari\u00e9s amen\u00e9s \u00e0 se d\u00e9placer de plus en plus ou celle de migrants dont la stabilit\u00e9 r\u00e9sidentielle est pour une part temporaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9nominateur commun fondamental avec tout traitement d\u2019orientation psychanalytique s\u2019exprime dans la croyance que chaque \u00eatre humain poss\u00e8de un monde int\u00e9rieur qui pour une bonne partie est inconscient et refoul\u00e9, fait de conflits intra-psychiques dont les sympt\u00f4mes sont l\u2019expression.<\/p>\n\n\n\n<p>Le service de psychiatrie du CHU Piti\u00e9-Salp\u00eatri\u00e8re sous la direction de Daniel Widl\u00f6cher, s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 depuis plus de 20 ans \u00e0 ce sujet et a \u00e9tabli des contacts avec des \u00e9quipes internationales en particulier suisses et am\u00e9ricaines. Il y a trois ans, une nouvelle \u00e9quipe de recherche sur cette question, constitu\u00e9e de psychanalystes, psychologues et psychiatres, a entrepris une r\u00e9flexion sur cette m\u00e9thode de traitement pour des patients hospitalis\u00e9s ou non, pour \u00ab&nbsp;d\u00e9pression majeure&nbsp;\u00bb faisant suite \u00e0 une s\u00e9paration ou \u00e0 la disparition d\u2019une personne ch\u00e8re. Une psychanalyste, Mme Evelyne S\u00e9chaud, ne prenant pas elle-m\u00eame des patients en charge, supervisait ce groupe de recherche.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le concept cl\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa4\">L\u2019id\u00e9e de base repose sur l\u2019importance accord\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e que le changement et les r\u00e9sistances qu\u2019il suscite viennent avant tout de la prise de conscience des enjeux inconscients \u00e0 l\u2019origine de la souffrance psychique. A ce concept cl\u00e9, s\u2019associe une m\u00e9thode d\u2019investigation que Freud le premier utilise&nbsp;: une d\u00e9marche de pens\u00e9e r\u00e9flexive et critique reposant sur la r\u00e8gle de la \u00ab&nbsp;libre association&nbsp;\u00bb permettant d\u2019une part l\u2019\u00e9coute associative de la part du th\u00e9rapeute mais bien \u00e9videmment pour que le patient puisse aussi la faire sienne d\u00e9veloppant ainsi sa propre capacit\u00e9 d\u2019<em>insight<\/em>. Ce type d\u2019investigation vise d\u00e8s lors \u00e0 permettre au patient de d\u00e9couvrir ici ce qui a pu \u00eatre aussi bouleversant pour lui dans l\u2019\u00e9v\u00e8nement qu\u2019il a rencontr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Au cours de l\u2019histoire<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa5\">L\u2019id\u00e9e d\u2019adapter la technique de la \u00ab&nbsp;cure-type&nbsp;\u00bb psychanalytique \u00e0 des patients ne pouvant pas en b\u00e9n\u00e9ficier, pour diff\u00e9rentes raisons existe d\u00e9j\u00e0 chez Freud&nbsp;: \u00ab&nbsp;(\u2026) quelque soit la forme de cette psychoth\u00e9rapie populaire et de ses \u00e9l\u00e9ments, les parties les plus importantes, les plus actives demeureront celles qui auront \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9es \u00e0 la stricte psychanalyse d\u00e9nu\u00e9e de tout parti pris.&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, une des premi\u00e8res constations faite par toute personne souhaitant s\u2019informer sur les th\u00e9rapies br\u00e8ves psychanalytiques est la quasi absence d\u2019\u00e9crits d\u2019auteurs fran\u00e7ais. Si nos coll\u00e8gues anglo-saxons, belges, suisses ou luxembourgeois ont publi\u00e9 sur le sujet, les Fran\u00e7ais eux semblent jusqu\u2019ici peu int\u00e9ress\u00e9s par la question. Il est utile de nous souvenir des directions prises par la psychanalyse en Europe (et toujours aujourd\u2019hui en France) et aux Etats-Unis, au lendemain de la seconde guerre mondiale pour saisir les raisons de cette diff\u00e9rence. En Europe et surtout en France, la psychanalyse a \u00e9t\u00e9 fortement soutenue par les courants litt\u00e9raires et humanistes. Aux Etats-Unis, l\u2019id\u00e9alisation pragmatique de la th\u00e9orie psychanalytique fait place dans les ann\u00e9es 80 \u00e0 une d\u00e9sid\u00e9alisation massive.<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9rapie br\u00e8ve psychanalytique va quant \u00e0 elle se trouver \u00e0 la fois du c\u00f4t\u00e9 du pragmatisme&nbsp;: permettre au patient de retrouver un fonctionnement qu\u2019il jugera satisfaisant, sans pour autant avoir pour ambition un remaniement de celui-ci dans sa globalit\u00e9&nbsp;; mais elle va se trouver aussi du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une vis\u00e9e humaniste en offrant au patient la possibilit\u00e9 de d\u00e9couvrir sa singularit\u00e9 et un nouveau mode de relation avec son monde interne, qui pourra ou non lui donner le d\u00e9sir de poursuivre cette exploration.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u2019autres termes, la vis\u00e9e de cette th\u00e9rapie br\u00e8ve est double&nbsp;: une am\u00e9lioration symptomatique et la d\u00e9couverte par le patient d\u2019un nouveau mode d\u2019\u00eatre avec lui-m\u00eame. La notion de \u00ab&nbsp;transition&nbsp;\u00bb que nous avons appliqu\u00e9e \u00e0 ces th\u00e9rapies prend ici tout son sens&nbsp;: \u00ab&nbsp;transition&nbsp;\u00bb entre un moment de mal \u00eatre et un soulagement qui n\u2019a rien de magique&nbsp;; \u00ab&nbsp;transition&nbsp;\u00bb vers un \u00e9ventuel travail plus global sur soi-m\u00eame gr\u00e2ce \u00e0 cette premi\u00e8re exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La question de l\u2019indication<\/h2>\n\n\n\n<p>En raison de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, nous voyons que les <em>Th\u00e9rapies Transitionnelles Br\u00e8ves Psychanalytiques<\/em> ne peuvent avoir pour objectif de prendre en charge des modes de fonctionnement install\u00e9s au long cours, ni des pathologies psychiatriques anciennes et r\u00e9sistantes aux traitements. Nous ne pouvons attendre d\u2019elles qu\u2019elles influencent le d\u00e9roulement d\u2019une n\u00e9vrose grave, ni qu\u2019elles r\u00e9solvent des d\u00e9pressions r\u00e9currentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette th\u00e9rapie s\u2019adresse \u00e0 des sujets qui consultent en raison d\u2019une rupture brutale dans leur mode de vie habituel. Rupture v\u00e9cue douloureusement et dont le sujet pense ne pas arriver \u00e0 se remettre seul. Les cas les plus fr\u00e9quents, et les plus anciennement pris en charge par cette m\u00e9thode, sont ceux cons\u00e9cutifs \u00e0 un deuil, et \u00e0 des d\u00e9pressions ponctuelles, d\u2019intensit\u00e9 l\u00e9g\u00e8re \u00e0 moyenne. On constate \u00e9galement que la th\u00e9rapie est d\u2019autant plus efficace que le moment de rupture est plus r\u00e9cent, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019a pas encore suscit\u00e9 de remaniement trop important dans le fonctionnement psychique en g\u00e9n\u00e9ral, remaniements que la th\u00e9rapie en raison justement de sa bri\u00e8vet\u00e9, ne sauraient infl\u00e9chir. Le but de la th\u00e9rapie sera d\u2019\u00e9viter un enkystement, le d\u00e9veloppement et la chronicisation d\u2019un processus pathologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, m\u00e9thode psychanalytique et bri\u00e8vet\u00e9 nous conduisent \u00e0 attendre des patients qu\u2019ils investissent rapidement et positivement la relation th\u00e9rapeutique. Autrement dit que le th\u00e9rapeute puisse, d\u00e8s les toutes premi\u00e8res s\u00e9ances, rep\u00e9rer la mise en place d\u2019un transfert de base positif. Dans le cas contraire le th\u00e9rapeute risque de se trouver face \u00e0 des attaques des liens, attaques du cadre pouvant ouvrir \u00e0 des r\u00e9actions th\u00e9rapeutiques n\u00e9gatives mettant en \u00e9chec le cadre dans sa bri\u00e8vet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re, un int\u00e9r\u00eat minimal du patient pour ce qui se passe en lui, ses capacit\u00e9s associatives ainsi que ses capacit\u00e9s d\u2019\u00e9laboration seront un facteur d\u00e9terminant dans l\u2019indication de cette m\u00e9thode. Ces \u00e9l\u00e9ments devront, comme nous allons le voir par la suite, \u00eatre \u00e9valu\u00e9s lors des entretiens pr\u00e9liminaires \u00e0 toute prise en charge.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le cadre<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous avons opt\u00e9 pour des suivis se d\u00e9roulant sur un total de 12 s\u00e9ances, sans compter le ou les entretiens pr\u00e9liminaires, \u00e0 raison d\u2019une s\u00e9ance par semaine, soit des suivis se d\u00e9roulant sur une p\u00e9riode d\u2019environ deux mois et demi \u00e0 trois mois. Cette dur\u00e9e de 12 s\u00e9ances a \u00e9t\u00e9 choisie car elle nous paraissait convenir pour l\u2019instauration d\u2019un transfert de base, tout en limitant son d\u00e9ploiement, et pour son \u00e9laboration. De m\u00eame elle semblait permettre un d\u00e9veloppement associatif suffisant \u00e0 un travail d\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le (ou les) entretien(s) pr\u00e9liminaire(s), constitu\u00e9 d\u2019une ou de deux s\u00e9ances, semblables \u00e0 ceux men\u00e9s en vue de toute mise en place d\u2019un suivi psychanalytique. Cependant nous avons d\u00fb introduire des modifications dans la technique, entre autres une \u00e9coute plus dirig\u00e9e et des interventions plus fr\u00e9quentes.<\/p>\n\n\n\n<p>En face \u00e0 face, les s\u00e9ances conservent leur dur\u00e9e de 45 minutes. De m\u00eame, les r\u00e8gles, d\u2019abstinence, du non remplacement des s\u00e9ances manqu\u00e9es, non d\u00e9placement des s\u00e9ances et arr\u00eat pendant les p\u00e9riodes de vacances indiqu\u00e9es par le th\u00e9rapeute, sont appliqu\u00e9es. Ces derni\u00e8res r\u00e8gles semblent ici d\u2019autant plus n\u00e9cessaires qu\u2019il s\u2019agit de ne pas laisser ouverte l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019un allongement de la prise en charge.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La m\u00e9thode de travail<\/h2>\n\n\n\n<p>La m\u00e9thode est d\u2019inspiration analytique dans la mesure o\u00f9 elle se donne comme principaux outils de travail&nbsp;: l\u2019installation d\u2019une relation transf\u00e9rentielle&nbsp;; l\u2019\u00e9coute des fantasmes et des conflits psychiques inconscients&nbsp;; l\u2019interpr\u00e9tation dans le transfert de ce mat\u00e9riel. Par contre elle donnera tr\u00e8s peu lieu \u00e0 des interpr\u00e9tations du transfert, ni \u00e0 aucune intervention ou construction qui aurait pour cons\u00e9quence l\u2019amplification de la relation transf\u00e9rentielle, de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir respecter son imp\u00e9ratif de bri\u00e8vet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Des interpr\u00e9tations \u00ab&nbsp;mesur\u00e9es&nbsp;\u00bb, propos\u00e9es d\u00e8s le d\u00e9but de la th\u00e9rapie, peuvent favoriser l\u2019alliance th\u00e9rapeutique et renforcer le transfert positif, dont nous avons indiqu\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient n\u00e9cessaires au plus t\u00f4t dans ce type de prise en charge. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les interventions focalis\u00e9es sur les liens entre le trouble et l\u2019\u00e9v\u00e8nement d\u00e9clenchant permettent de limiter les mouvements transf\u00e9rentiels.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout l\u2019enjeu est, du c\u00f4t\u00e9 du th\u00e9rapeute, de pouvoir maintenir \u00e0 la fois une \u00e9coute transf\u00e9rentielle, une \u00e9coute suffisamment flottante pour que le patient puisse associer librement, tout en restant focalis\u00e9 sur le motif du recours \u00e0 cette th\u00e9rapie et sur sa transition.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi ce n\u2019est pas le r\u00e9cit du patient qui doit se focaliser sur le trouble, mais l\u2019\u00e9coute du th\u00e9rapeute qui, dans l\u2019ensemble des associations libres du patient, ne relancera, n\u2019interviendra que sur celles, actuelles et infantiles, en relation avec ce trouble. Ce faisant, le th\u00e9rapeute devrait pouvoir limiter \u00e0 un champ restreint les investissements transf\u00e9rentiels du patient et se centrer sur la r\u00e9solution des conflits en lien avec le motif de la prise en charge. D\u00e8s lors, nous voyons que cette pratique implique une part beaucoup plus active du th\u00e9rapeute que dans un travail analytique plus classique, qu\u2019elle exige du th\u00e9rapeute qu\u2019il puisse maintenir une attention flottante tout en restant en alerte sur le but vis\u00e9 par ce travail sp\u00e9cifique. Cette th\u00e9rapie n\u00e9cessite un maniement du transfert et du contre-transfert tr\u00e8s sp\u00e9cifique sur lequel nous reviendrons par la suite.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Illustration clinique<\/h2>\n\n\n\n<p>Afin d\u2019illustrer notre r\u00e9flexion sur la pratique des th\u00e9rapies br\u00e8ves d\u2019inspiration analytique, nous pr\u00e9sentons une th\u00e9rapie conduite par une th\u00e9rapeute impliqu\u00e9e dans ce groupe de travail.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Mme G.&nbsp;: d\u00e9placement et condensation de la probl\u00e9matique du deuil<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mme G. m\u2019est adress\u00e9e par le coll\u00e8gue responsable du p\u00f4le psychoth\u00e9rapie, qui pense \u00e0 une indication de th\u00e9rapie br\u00e8ve pour cette patiente, dans le contexte d\u2019un deuil. Elle a perdu son mari un an auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s un entretien pr\u00e9liminaire, d\u00e8s la premi\u00e8re s\u00e9ance de la th\u00e9rapie, elle me parle d\u2019embl\u00e9e du deuil de son p\u00e8re, il y a cinq ans, qui a entra\u00een\u00e9 un \u00e9tat d\u00e9pressif trait\u00e9 par un antid\u00e9presseur. Son mari et son p\u00e8re portaient le m\u00eame pr\u00e9nom, au point que j\u2019aurai certains moments de confusion concernant l\u2019homme en jeu dans son discours. Il y a la m\u00eame diff\u00e9rence d\u2019\u00e2ge entre sa m\u00e8re et son p\u00e8re, elle et son mari, douze ans, et sa m\u00e8re a dix ans de plus que son mari \u00e0 elle. \u00ab&nbsp;Elle est (sa m\u00e8re) entre son mari et mon mari&nbsp;\u00bb. Ses deux filles, mari\u00e9es chacune, vivent ensemble en province. Elles ne se quittent jamais m\u00eame si elles se disputent beaucoup. Elles ont deux ans de diff\u00e9rence. Mme G. a \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9e de l\u2019a\u00een\u00e9e de ses enfants \u00e0 la naissance de son deuxi\u00e8me b\u00e9b\u00e9, n\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9. Mme G. a une s\u0153ur de deux ans sa cadette. La mort de son mari a \u00e9t\u00e9 un moment traumatique&nbsp;; ils \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s, elle \u00e0 Paris, lui dans leur maison de m\u00e9diterran\u00e9e. Elle lui a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 longtemps, sans r\u00e9ponse, elle s\u2019est rendue \u00e0 ce bord de mer, et l\u2019a trouv\u00e9 sur le canap\u00e9, mort d\u2019une crise cardiaque&nbsp;; elle \u00ab&nbsp;n\u2019a pas pu le toucher&nbsp;\u00bb. Elle \u00e9tait en \u00e9tat de choc. Elle l\u2019avait soign\u00e9 longtemps, avec beaucoup d\u2019attention, lors de plusieurs rechutes, \u00ab&nbsp;comme une infirmi\u00e8re&nbsp;\u00bb. Elle l\u2019a sauv\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises en pratiquant les soins d\u2019urgence ad\u00e9quats. Elle est pass\u00e9e, me dit-elle \u00ab&nbsp;d\u2019un Pierre (le p\u00e8re) \u00e0 un autre (le mari), dans sa d\u00e9votion&nbsp;\u00bb. Sa m\u00e8re est d\u00e9crite avec beaucoup plus d\u2019ambivalence \u00ab&nbsp;rigide, pingre\u2026 c\u2019est la princesse, elle fait le paon quand il y a du monde&nbsp;\u00bb. Mme G. lui pr\u00eate une attirance inconsciente pour son mari, son Pierre \u00e0 elle. \u00ab&nbsp;Je vais repartir avec mon mari en fond d\u2019\u00e9cran&nbsp;\u00bb, me dit-elle \u00e0 la fin de notre premi\u00e8re s\u00e9ance, o\u00f9 elle a beaucoup pleur\u00e9. Cette image du fond d\u2019\u00e9cran m\u2019\u00e9voque spontan\u00e9ment les relations pr\u00e9coces m\u00e8res-enfants selon Genevi\u00e8ve Haag qui pr\u00e9formeraient le psychisme infantile et donnent la tonalit\u00e9 de notre relation transf\u00e9rentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>A la s\u00e9ance suivante, elle \u00e9voque ses deux enfants qui vivent ensemble, \u00ab&nbsp;tr\u00e8s fusionnels&nbsp;\u00bb, comme son mari et elle l\u2019\u00e9taient. Il lui \u00ab&nbsp;manque dans sa chair&nbsp;\u00bb, me dit-elle, ils se touchaient beaucoup, \u00e9taient tr\u00e8s \u00ab&nbsp;tactiles&nbsp;\u00bb, se t\u00e9l\u00e9phonaient \u00ab&nbsp;dix fois par jour quand ils \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s&nbsp;\u00bb. Il se trouve que j\u2019aurai plusieurs liens t\u00e9l\u00e9phoniques avec cette patiente lors d\u2019absences de sa part, de rendez-vous \u00e0 d\u00e9placer, o\u00f9 elle v\u00e9rifie ma pr\u00e9sence \u00e0 elle, o\u00f9 l\u2019absence n\u2019est pas la disparition, ce que je lui ferai remarquer.<\/p>\n\n\n\n<p>3<sup>e<\/sup> s\u00e9ance&nbsp;: Mme G. \u00e9voque \u00e0 nouveau ses enfants et la naissance traumatique du deuxi\u00e8me, grand pr\u00e9matur\u00e9&nbsp;; la s\u00e9paration d\u2019avec l\u2019a\u00een\u00e9e de deux ans, plac\u00e9e en <em>home<\/em> d\u2019enfant, pendant qu\u2019elle \u00e9tait hospitalis\u00e9e avec son b\u00e9b\u00e9&nbsp;; du geste agressif d\u2019une m\u00e8re sur son enfant dans l\u2019unit\u00e9 psychiatrique de cet h\u00f4pital. Je n\u2019interviendrai pas sur les fantasmes mortif\u00e8res d\u00e9ploy\u00e9s dans cette s\u00e9quence, trop \u00e9loign\u00e9s du pr\u00e9conscient de la patiente dans cette p\u00e9riode. Elle associe sur sa m\u00e8re \u00e0 qui elle reproche son manque de tendresse, d\u2019empathie, de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Elle n\u2019appelle pas au secours, sa m\u00e8re n\u2019est pas l\u00e0. Elle se souvient de sc\u00e8nes infantiles o\u00f9 sa jeune s\u0153ur, sur les genoux de la m\u00e8re, lui faisait des c\u00e2lins&nbsp;; elle se tenait alors \u00e0 distance. Elle associe sur le fait que la sexualit\u00e9 de ses parents \u00e9tait pauvre, compar\u00e9e \u00e0 la sienne, si riche, si \u00ab&nbsp;fusionnelle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>A la s\u00e9ance suivante, la patiente me racontera un r\u00eave qui a lieu dans la maison du bord de mer&nbsp;: son mari part raccompagner un ami artiste peintre \u00e0 la gare sans la pr\u00e9venir, elle pleure beaucoup, lui t\u00e9l\u00e9phone sur son portable.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019interviens&nbsp;: \u00ab&nbsp;cela vous mettait en col\u00e8re qu\u2019il parte sans vous pr\u00e9venir&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Elle ajoute sur sa mort&nbsp;: \u00ab&nbsp;je n\u2019ai rien pu faire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;vous avez \u00e9t\u00e9 impuissante \u00e0 le sauver cette fois&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le d\u00e9c\u00e8s de son mari, elle reste souvent chez elle, au lit, elle n\u2019a pas envie d\u2019\u00eatre gaie..<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;comme si vous l\u2019abandonniez&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aborde sa col\u00e8re qu\u2019il l\u2019ait abandonn\u00e9e sans la pr\u00e9venir.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle raconte alors un \u00e9pisode \u00e9trange qui a les qualit\u00e9s de condensation hallucinatoire d\u2019un r\u00eave&nbsp;: \u00ab&nbsp;le soir de la mort de son mari, elle a un appel t\u00e9l\u00e9phonique, c\u2019est \u00ab&nbsp;une vieille dame qui lui dit qu\u2019elle est malade, dans une merde noire&nbsp;\u00bb. Mme G. s\u2019\u00e9nerve contre elle, raccroche brutalement, mais elle se demande si \u00e7a pouvait \u00eatre lui, la voix chang\u00e9e par l\u2019approche de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019interviendrai pas sur les fantasmes attaquants contenus dans ce mat\u00e9riel tr\u00e8s condens\u00e9, le mari \/ la vieille m\u00e8re, qu\u2019elle laisse mourir. La patiente \u00e9voque les deuils, les s\u00e9parations. \u00ab&nbsp;J\u2019en ai marre des s\u00e9parations&nbsp;\u00bb. Je lui dis qu\u2019ici aussi on va se s\u00e9parer. Elle pr\u00e9f\u00e8re ne pas y penser, me r\u00e9pond-t-elle. L\u2019activit\u00e9 psychique autour de la s\u00e9paration est bien mise en \u0153uvre transf\u00e9rentiellement.<\/p>\n\n\n\n<p>A la s\u00e9ance suivante, la patiente poursuit, de fa\u00e7on tr\u00e8s associative sur son mari qui lui manque, \u00ab&nbsp;son contact, c\u2019\u00e9tait fusionnel, la nuit je mets le bras, je ne le sens pas&nbsp;\u00bb. Puis elle \u00e9voque \u00e0 nouveau ce souvenir d\u2019enfance, sa jeune s\u0153ur sur les genoux de sa m\u00e8re, son p\u00e8re ne l\u2019acceptant pas, elle, sur ses genoux.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J\u2019interviens sur son sentiment d\u2019exclusion, de solitude, d\u2019abandon, et de col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a une autre r\u00e9miniscence&nbsp;: pr\u00e9adolescente elle jouait dans sa chambre avec son fr\u00e8re et un copain qu\u2019elle aimait bien&nbsp;; sa m\u00e8re est entr\u00e9e dans la chambre alors qu\u2019elle donnait la main au gar\u00e7on&nbsp;; la m\u00e8re lui a alors lanc\u00e9 \u00ab&nbsp;va plut\u00f4t faire la vaisselle pour t\u2019occuper les mains&nbsp;\u00bb. Je lui parle aussi d\u2019un registre d\u2019\u00e9changes plus pr\u00e9coces, de contacts tendres, corporels, qui peut-\u00eatre lui ont manqu\u00e9, avec sa m\u00e8re, son p\u00e8re, et qui se m\u00ealent \u00e0 la tristesse du deuil, au manque de son mari dans leurs \u00e9changes si \u00ab&nbsp;fusionnels&nbsp;\u00bb. Elle pleure. Je lui interpr\u00e8te la perte de son mari \u00e0 ce niveau de s\u00e9paration plus pr\u00e9coce.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;quand je vous entends, c\u2019est comme si vous souffriez aussi comme un petit enfant s\u00e9par\u00e9 de sa m\u00e8re, charnellement&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mme G&nbsp;: \u00ab&nbsp;et de son p\u00e8re&nbsp;\u00bb &#8211; Moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et de notre s\u00e9paration prochaine&nbsp;? &#8211; Mme G&nbsp;: \u00ab&nbsp;et il n\u2019y a m\u00eame pas l\u2019h\u00f4pital \u2026&nbsp;\u00bb (qui r\u00e9unit sans doute les m\u00e8res et les enfants malades)<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;si, ici&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me dit qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019ici qu\u2019elle pleure. Les s\u00e9ances de fin&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est beaucoup plus alerte et anim\u00e9e. Elle rentre de la mer o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 s\u2019occuper de la tombe \u00ab&nbsp;pas pratique d\u2019entretien&nbsp;\u00bb de son mari. Je lui demande si elle en veut \u00e0 son mari de lui avoir laiss\u00e9 toutes ces charges sans lui donner les moyens de les assumer.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle m\u2019\u00e9coute, puis \u00e9voque la perte de son p\u00e8re, celle de son mari, qui se d\u00e9condensent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est diff\u00e9rent un p\u00e8re, c\u2019est une histoire, plus intellectuel\u2026 Un mari, mon mari, c\u2019\u00e9tait corporel, le manque, c\u2019est dans le ventre. Depuis sa mort, je ne vis pas, je m\u2019agite.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;comme s\u2019il avait emmen\u00e9 une partie de vous en vous quittant&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la fin du cycle. Je lui propose deux derniers rendez-vous apr\u00e8s les vacances de printemps. Je me souviens qu\u2019elle a quitt\u00e9 sa premi\u00e8re th\u00e9rapeute un printemps sans venir la revoir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Elle&nbsp;: \u00ab&nbsp;si je suis toujours vivante&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;se s\u00e9parer, c\u2019est mourir&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re s\u00e9ance&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Mme G. me dit qu\u2019elle a pens\u00e9 \u00e0 moi quand elle voulait parler. Elle entre tr\u00e8s vite directement dans la s\u00e9ance qu\u2019elle envahit de son discours, comme si elle voulait effacer, \u00e9viter, notre s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mat\u00e9riel va dans le m\u00eame sens&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Elle revient de Corse o\u00f9 elle \u00e9tait en vacances chez des amis tr\u00e8s proches. Elle me parle de la mer l\u00e0 bas \u00ab&nbsp;On flotte sur la mer, je m\u2019endormais sur l\u2019eau&nbsp;\u00bb que je comprends comme un mouvement de r\u00e9gression positif et calmant. Elle parle ensuite de sa m\u00e8re, puis de son mari, de son odeur, du plaisir qu\u2019elle avait \u00e0 prendre soin de son corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Je lui montre le d\u00e9placement et la condensation des images et des investissements dont il a fait l\u2019objet. Elle approuve&nbsp;: \u00ab&nbsp;oui c\u2019est vrai, j\u2019ai tout mis\u00e9 sur lui&nbsp;\u00bb. Puis, \u00ab&nbsp;c\u2019est difficile de se quitter, pour vous aussi sans doute&nbsp;\u00bb. M\u2019englobant encore dans un mouvement d\u2019identification projective et une forme d\u2019emprise.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019orienterai alors cette patiente, \u00e0 sa demande, vers un centre de traitements li\u00e9 \u00e0 une Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique, pour y poursuivre une psychoth\u00e9rapie, ou une cure analytique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En quoi et jusqu\u2019o\u00f9 une th\u00e9rapie br\u00e8ve est-elle analytique&nbsp;? Que sollicite-t-elle du c\u00f4t\u00e9 du th\u00e9rapeute&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous pouvons consid\u00e9rer qu\u2019elle est psychanalytique dans la mesure o\u00f9, comme nous l\u2019avons vu, elle se d\u00e9veloppe sur l\u2019installation d\u2019une relation transf\u00e9rentielle, et \u00e0 l\u2019\u00e9coute des enjeux psychiques inconscients. Elle se fonde sur l\u2019interpr\u00e9tation dans le transfert de ce mat\u00e9riel.<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, elle s\u2019\u00e9loigne de la cure analytique classique en ce sens qu\u2019elle donne tr\u00e8s peu lieu \u00e0 des interpr\u00e9tations du transfert. Il s\u2019agit, par cette option technique, de limiter le d\u00e9ploiement de la relation transf\u00e9rentielle et donc le risque de voir s\u2019installer trop profond\u00e9ment une n\u00e9vrose de transfert. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 cette condition que pourra \u00eatre respect\u00e9 l\u2019imp\u00e9ratif de bri\u00e8vet\u00e9, sans trop risquer de mettre \u00e0 mal le narcissisme du patient.<\/p>\n\n\n\n<p>Que l\u2019on se souvienne des d\u00e9bats, toujours d\u2019actualit\u00e9, autour de la notion de \u00ab&nbsp;consultation psychanalytique&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup> ou des \u00ab&nbsp;traitements d\u2019essai&nbsp;\u00bb tels qu\u2019ils \u00e9taient un temps pratiqu\u00e9s par Freud. On retiendra alors que concernant le d\u00e9but de la prise en charge, Freud consid\u00e9rait qu\u2019avant m\u00eame la premi\u00e8re rencontre \u00ab&nbsp;le transfert est d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli et le m\u00e9decin se voit alors contraint de le d\u00e9masquer lentement au lieu d\u2019\u00eatre en mesure de le voir na\u00eetre et cro\u00eetre sous ses yeux, \u00e0 partir du d\u00e9but du traitement.&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Ce sur quoi Freud porte l\u2019attention des th\u00e9rapeutes est la part profonde que ceux-ci doivent prendre pour que se d\u00e9veloppe la n\u00e9vrose de transfert. Or, c\u2019est justement cette part l\u00e0 que le th\u00e9rapeute engag\u00e9 dans une th\u00e9rapie br\u00e8ve \u00e9vitera de mettre en \u0153uvre pour, \u00e0 l\u2019inverse limiter, par l\u2019absence de certaines interventions, le d\u00e9ploiement de cette n\u00e9vrose de transfert qui n\u2019a pas la possibilit\u00e9 temporelle de se perlaborer.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pourrions dire que c\u2019est essentiellement dans cette modalit\u00e9 du maniement du transfert que va se situer la sp\u00e9cificit\u00e9 de la pratique de ce que nous appelons les <em>Th\u00e9rapies Transitionnelles Br\u00e8ves Psychanalytiques<\/em>. Ce qui implique, comme nous l\u2019avons vu, une attention elle aussi sp\u00e9cifique \u00e0 la question des patients pouvant \u00eatre suivis dans ce cadre, comme des dispositions particuli\u00e8res, tant pratiques que th\u00e9oriques, du c\u00f4t\u00e9 du th\u00e9rapeute. Ainsi tout en ayant pour vis\u00e9e directe la r\u00e9solution du trouble sp\u00e9cifique, le th\u00e9rapeute aura aussi pour objectif de moduler l\u2019investissement transf\u00e9rentiel du patient, tout autant que son investissement du patient.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, cette pratique suppose du c\u00f4t\u00e9 du th\u00e9rapeute, <em>l\u2019acceptation d\u2019un enjeu d\u2019accrochage et de d\u00e9crochage, transf\u00e9rentiel et contre-transf\u00e9rentiel<\/em>, et ceci dans un temps limit\u00e9. Une intervention sera privil\u00e9gi\u00e9e quand le mat\u00e9riel fantasmatique le permet&nbsp;: celle d\u2019interpr\u00e9ter les enjeux affectifs et relationnels que toute repr\u00e9sentation d\u2019une s\u00e9paration engendre chez le patient. Ainsi, alors m\u00eame que le travail entrepris aura pu lui permettre d\u2019envisager d\u2019autres directions non incluses dans le contrat de d\u00e9part, il saura ne pas s\u2019engager dans ses voies et laisser en friche toute probl\u00e9matique que le patient aura pu d\u00e9voiler, mais non sp\u00e9cifiquement li\u00e9e au trouble sur lequel se focalise la th\u00e9rapie, sans pour autant penser lui \u00eatre en cela pr\u00e9judiciable.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9merge de cette recherche l\u2019id\u00e9e que de telles th\u00e9rapies pour \u00eatre convenablement conduites ne peuvent qu\u2019\u00eatre le fait d\u2019analystes rompus \u00e0 la pratique de l\u2019analyse classique qui pourront de ce fait se trouver confront\u00e9s aux exigences potentiellement frustrantes pour un analyste, des th\u00e9rapies br\u00e8ves.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Ayant affaire \u00e0 des patients dont la probl\u00e9matique \u00e9tait centr\u00e9e sur la souffrance psychique de l\u2019endeuill\u00e9, ce que les travaux sur ce type de psychoth\u00e9rapie avaient pos\u00e9 comme n\u00e9cessit\u00e9 pr\u00e9alable, celle de l\u2019analyse d\u2019un \u00ab&nbsp;focus&nbsp;\u00bb ou d\u2019un \u00ab&nbsp;conflit central&nbsp;\u00bb, a men\u00e9 notre groupe de recherche sur la mise en sc\u00e8ne de la \u00ab&nbsp;r\u00e9activation dans le transfert et le contre-transfert&nbsp;\u00bb de la s\u00e9paration et du deuil que la dur\u00e9e limit\u00e9e de la rencontre soulevait. Cela a amen\u00e9 chacun \u00e0 se sentir plus \u00e0 l\u2019aise avec une position plus active tout en n\u2019utilisant pas l\u2019interpr\u00e9tation \u00ab&nbsp;du&nbsp;\u00bb transfert mais privil\u00e9giant interpr\u00e9tation \u00ab&nbsp;dans&nbsp;\u00bb le transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous savons que le travail psychanalytique vise \u00e0 la perlaboration. C\u2019est souvent la r\u00e9sistance qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9laborer et de perlaborer. Comment peut-on dans un temps limit\u00e9 ne pas trop \u00e9carter cette question&nbsp;? Nous savons aussi que nous disposons d\u2019une autre \u00ab&nbsp;intervention royale&nbsp;\u00bb, l\u2019interpr\u00e9tation. Ici la technique des psychoth\u00e9rapies transitionnelles br\u00e8ves psychanalytiques peut placer l\u2019interpr\u00e9tation au centre du travail de changement en mettant en avant le contexte dans lequel cette interpr\u00e9tation est faite. Nous pourrions dire que le contrat de limiter dans le temps notre rencontre repr\u00e9sente une interpr\u00e9tation \u00ab&nbsp;mutative&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;En me rencontrant dans un temps limit\u00e9, n\u2019allez-vous pas vous interroger sur ce que signifie pour vous une rencontre, origine incontournable d\u2019une s\u00e9paration&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Cette interpr\u00e9tation ne permet-elle pas d\u2019embl\u00e9e un <em>insight<\/em> \u00e0 la diff\u00e9rence des interpr\u00e9tations dites sauvages&nbsp;? Cela n\u00e9cessite \u00e9videmment que tout ceci soit fait dans une attitude de disponibilit\u00e9, d\u2019empathie et de tact. De plus ce contexte et l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019il peut susciter limitent un autre risque, celui de la seule suggestion, source plus profonde qu\u2019on ne le pense de certains traitements psychanalytiques parfois trop longs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour aider ces patients en souffrance, notre proposition d\u2019un dispositif psychoth\u00e9rapique \u00e9conomique adapt\u00e9 \u00e0 leur probl\u00e9matique n\u2019a s\u00fbrement pas permis d\u2019aborder toutes les r\u00e9sistances inconscientes au changement, mais a permis de construire un dispositif coh\u00e9rent et transitionnel dans tous les sens du terme. Pour rester vivante, l\u2019approche analytique ne doit-elle pas faire preuve d\u2019ouverture, d\u2019adaptation au contexte socio-\u00e9conomique environnant, mais sans concession, non pas sur le&nbsp;<em>setting<\/em>&nbsp;technique, mais sur la m\u00e9thode d\u2019investigation et la conviction du r\u00f4le de l\u2019inconscient dans la singularit\u00e9 de chacun.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"tronc\">Annick Bismuth nous a quitt\u00e9s tr\u00e8s r\u00e9cemment \u00e0 la suite d\u2019une longue et douloureuse maladie. Elle souhaitait que cet article soit publi\u00e9. Nous pouvons t\u00e9moign\u00e9 qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit gr\u00e2ce \u00e0 son intelligence, ses qualit\u00e9s humaines et son ouverture d\u2019esprit. Ses qualit\u00e9s repr\u00e9sentent bien la source de l\u2019estime et de la profonde amiti\u00e9 que tous ceux qui la connaissaient lui portaient. Nous ne l\u2019oublierons pas.<\/div>\n<div class=\"pied\"><footer class=\"source\"><em class=\"marquage italique\">Alain Braconnier<\/em><\/footer><\/div>\n\n\n\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non\">Notes<\/h1>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>L. Michel, <em>Psychoth\u00e9rapie br\u00e8ve de l\u2019\u00e9tudiant, approche psychodynamique<\/em>, Paris, \u00e9ditions In Press, 2014.<\/li><li> Freud S. (1918), \u00ab Les voies nouvelles de la th\u00e9rapeutique psychanalytique \u00bb, in <em>La technique psychanalytique<\/em>, Paris, PUF, 1989, p 131-141. <\/li><li> Se reporter ici \u00e0 \u00ab La consultation psychanalytique \u00bb, (2013), sous la direction de Jacques Boushira et Martine Janin-Oudinot, Revue <em>Monographies et D\u00e9bats de Psychanalyse<\/em>, PUF. <\/li><li> S. Freud (1913 c), \u00ab Le d\u00e9but du traitement \u00bb, <em>La Technique Psychanalytique<\/em>, Paris, Puf, 1953, p.83, cit\u00e9 par J.-L. Baldacci, \u00ab&nbsp;Fonctions de la consultation psychanalytique&nbsp;\u00bb, <em>La consultation psychanalytique<\/em>, op. cit <\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Brief dynamic psychotherapy, concise guide<\/em>, American Psychiatric Press, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Brief dynamic interpersonal therapy, a clinician\u2019s guide<\/em>, Oxford University Press, 2011.<\/p>\n\n\n\n<p>Despland, J.N., Michel, L., De Roten, Y. <em>Intervention psychodynamique br\u00e8ve. Un mod\u00e8le de consultation th\u00e9rapeutique chez l\u2019adulte<\/em>. Issy-les-Moulineaux&nbsp;: Elsevier Masson, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p>Doutrelugne Y., Cottencin, <em>Th\u00e9rapies br\u00e8ves&nbsp;: principes et outils pratiques<\/em>, Paris, Masson, 2005.<\/p>\n\n\n\n<p>Gilli\u00e9ron, E., <em>Manuel de psychoth\u00e9rapies br\u00e8ves<\/em>, Paris, Dunod, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p>Green, A., \u00ab&nbsp;L\u2019analyste, la symbolisation et l\u2019absence dans le cadre analytique&nbsp;\u00bb, in <em>La folie priv\u00e9e, psychanalyse des cas limites<\/em>. Paris, Gallimard, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S., (1913), \u00ab&nbsp;Le d\u00e9but du traitement&nbsp;\u00bb, in <em>La Technique Psychanalytique<\/em>, Paris, PUF, 1953.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Revues<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, \u00ab&nbsp;La fin de la cure&nbsp;\u00bb, janvier 2008, Tome LXXII.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Monographies et D\u00e9bats de Psychanalyse<\/em>, (2013), \u00ab&nbsp;La consultation psychanalytique&nbsp;\u00bb, sous la direction de Jacques Boushira et Martine Janin-Oudinot, Paris, PUF.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10367?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi une psychoth\u00e9rapie br\u00e8ve alors que la question initiale de la dur\u00e9e ne doit pas se poser dans les traitements d\u2019orientation psychanalytique&nbsp;? La question est alors, bien s\u00fbr&nbsp;: jusqu\u2019o\u00f9 s\u2019adapter sans perdre son identit\u00e9 psychanalytique. La psychoth\u00e9rapie psychanalytique br\u00e8ve, terme&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":23894,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1225],"thematique":[217],"auteur":[1393,1596,1517,1597,1574],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[730],"type_article":[453],"check":[2023],"class_list":["post-10367","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","rubrique-dispositif","thematique-psychotherapie","auteur-alain-braconnier","auteur-annick-bismuth","auteur-daniel-widlocher","auteur-leslie-conquy","auteur-olivier-rachid-grim","mode-payant","revue-730","type_article-recherche","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10367","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10367"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10367\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23897,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10367\/revisions\/23897"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23894"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10367"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10367"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10367"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10367"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10367"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10367"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10367"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10367"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10367"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}