{"id":10361,"date":"2021-08-22T07:31:52","date_gmt":"2021-08-22T05:31:52","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/omar-ba-autopsie-de-nos-consciences-2\/"},"modified":"2021-09-17T11:22:36","modified_gmt":"2021-09-17T09:22:36","slug":"omar-ba-autopsie-de-nos-consciences","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/omar-ba-autopsie-de-nos-consciences\/","title":{"rendered":"Omar Ba : Autopsie de nos consciences"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Omar Ba, <em>Autopsie de nos consciences.<\/em> Paris, Galerie Templon, 28 rue du Grenier St-Lazare, 75003 Paris. Jusqu\u2019au 27 octobre 2018<\/h2>\n\n\n\n<p>Avant de se lancer dans les nombreuses expositions de la rentr\u00e9e pr\u00e9sentant de tr\u00e8s grands artistes du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, (Picasso deux fois, Giacometti, Miro, Schiele, Basquiat, les Impressionnistes&#8230;), prenons le temps d\u2019aller voir un peintre jeune, peu connu, du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, d\u2019origine non-occidentale. Il s\u2019agit de l\u2019artiste s\u00e9n\u00e9galais, Omar Ba, premier artiste africain expos\u00e9 par Daniel Templon. Apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e d\u2019artistes chinois dans les galeries et les mus\u00e9es et surtout sur le march\u00e9 de l\u2019art, voici, depuis peu, l\u2019arriv\u00e9e d\u2019artistes africains. Nombre d\u2019entre eux peignent des personnages et des paysages tr\u00e8s africains, \u00e0 la limite du folklorique et du kitsch. Beaucoup se r\u00e9f\u00e8rent aux situations socio-politiques de l\u2019Afrique et leurs tableaux sont porteurs de messages. Si ces artistes viennent d\u2019une autre culture, ils r\u00e9pondent en fait bien souvent aux tendances actuelles de l\u2019art contemporain occidental. Ce n\u2019est pas le cas d\u2019Omar Ba. D\u00e8s le premier regard pos\u00e9 sur le premier tableau, on sait que c\u2019est un peintre fort et original. C\u2019est \u00e0 dire qu\u2019il ne pose pas tant la question de savoir ce qu\u2019est l\u2019Afrique, mais ce qu\u2019est la peinture. D\u2019ailleurs, il a d\u00e9cid\u00e9 de pratiquer une peinture somme toute assez classique, figurative et narrative.<\/p>\n\n\n\n<p>Quittant les Beaux-Arts de Dakar, o\u00f9 on enseignait du \u00ab&nbsp;copier-coller de ce qui se faisait en Europe dix ans avant&nbsp;\u00bb, il d\u00e9barque en Europe. \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait comme si je n\u2019avais rien connu ou appris avant, j\u2019\u00e9tais perdu. On me disait que la peinture \u00e9tait morte&nbsp;\u00bb. Omar Ba montre qu\u2019elle est bien vivante. Et qu\u2019elle a beaucoup \u00e0 nous dire et peut encore nous surprendre. En sortant de la galerie, j\u2019entends une visiteuse&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cette peinture me touche \u00e9norm\u00e9ment&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Moi aussi&nbsp;\u00bb, ai-je envie de lui r\u00e9pondre. \u00ab&nbsp;Mais je ne sais pas pourquoi&nbsp;\u00bb, poursuit-elle. \u00ab&nbsp;Moi non plus&nbsp;!&nbsp;\u00bb. N\u2019est-ce pas ce qui caract\u00e9rise un grand peintre, qui pose des questions mais ne donne pas de r\u00e9ponse&nbsp;? C\u2019est toujours le m\u00eame myst\u00e8re. Comment se fait-il que cet homme de 41 ans, \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Dakar, devenu m\u00e9canicien, a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019inscrire dans une \u00e9cole d\u2019art, puis a trouv\u00e9 une possibilit\u00e9 d\u2019aller en Europe, et d\u2019y d\u00e9velopper une \u0153uvre dont l\u2019importance commence \u00e0 \u00eatre reconnue, alors que ses vernissages \u00e0 Dakar \u00ab&nbsp;attiraient trois personnes, dit-il, dont moi-m\u00eame&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les toiles d\u2019Omar Ba sont riches de d\u00e9tails \u00e9nigmatiques. Si les d\u00e9tails foisonnent, c\u2019est pour inciter le spectateur \u00e0 s\u2019attarder. \u00ab&nbsp;Il faut s\u2019approcher, se perdre, puis reculer pour voir l\u2019ensemble, dit-il. Ce va-et-vient, c\u2019est le d\u00e9placement que j\u2019ai fait en allant du S\u00e9n\u00e9gal \u00e0 la Suisse.&nbsp;\u00bb Le d\u00e9placement reste une n\u00e9cessit\u00e9 pour Omar Ba, qui vit actuellement moiti\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve, moiti\u00e9 \u00e0 Dakar.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses tableaux, souvent inqui\u00e9tants et mena\u00e7ants, sont n\u00e9anmoins r\u00e9jouissants pour les yeux&nbsp;: formes, couleurs, arabesques, motifs floraux. \u00ab&nbsp;Je peins des toiles sur des sujets graves, mais je veux qu\u2019elles soient quand-m\u00eame agr\u00e9ables \u00e0 regarder&nbsp;\u00bb. D\u2019o\u00f9 les couleurs tr\u00e8s s\u00e9duisantes qu\u2019Omar Ba r\u00e9alise lui-m\u00eame avec des pigments. D\u2019o\u00f9 une fantaisie tr\u00e8s po\u00e9tique. Des personnages hybrides, fantastiques \u00e9voquent les contes de f\u00e9e, les m\u00e9tamorphoses et la mythologie. Des visages humains, des t\u00eates d\u2019animaux, des masques. Il m\u00e9lange l\u2019humain, l\u2019animal, le v\u00e9g\u00e9tal.<\/p>\n\n\n\n<p>Omar Ba mixe les probl\u00e9matiques, tout comme il mixe les techniques et les supports. En m\u00e9langeant les genres, son \u0153uvre acquiert une dimension universelle, non pas celle du \u00ab\u00a0tout pareil\u00a0\u00bb, mais celle d\u2019une multiplicit\u00e9 de parcours qui la situe d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment dans le XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, donnant une figuration picturale aux mutations g\u00e9o-politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces tableaux activent notre imagination et suscitent des questions. Pourquoi beaucoup de ses personnages portent des lunettes de soleil&nbsp;? Pourquoi leurs mains sont souvent gant\u00e9es de noir&nbsp;? Pourquoi ce grand chat, v\u00eatu d\u2019un manteau \u00e0 l\u2019occidentale, d\u2019un turquoise intense, est entour\u00e9 de chaussures&nbsp;? Pourquoi tel personnage porte des chaussures diff\u00e9rentes \u00e0 chaque pied&nbsp;? Autant d\u2019\u00e9nigmes, qui explorent les univers oppos\u00e9s de l\u2019Occident et de l\u2019Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les critiques d\u2019art ont tendance \u00e0 accentuer les aspects typiquement africains de son \u0153uvre &#8211; on sait que Omar Ba est en effet tr\u00e8s pr\u00e9occup\u00e9 par les probl\u00e9matiques politiques africaines &#8211; et on lui demande&nbsp;: \u201cQuel est ton message&nbsp;?\u201d Mais Omar Ba ne se pr\u00eate pas \u00e0 ce jeu. \u00ab&nbsp;Je suis un artiste africain vivant en Suisse. Je suis appel\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un langage nouveau dans lequel je ne revendique pas une appartenance \u00e0 telle ou telle soci\u00e9t\u00e9 d\u2019hommes&nbsp;\u00bb. Le message n\u2019est jamais explicite. \u00ab&nbsp;Mon travail est visible dans mes personnages, des animaux, des paysages habit\u00e9s, des symboles.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Omar Ba rel\u00e8ve ce d\u00e9fi, cette ambition. \u00ab&nbsp;Le fait d\u2019\u00eatre le seul Africain de la galerie Templon me motive encore plus pour \u00eatre \u00e0 la hauteur des autres.&nbsp;\u00bb Que cherche-t-il&nbsp;? \u00ab&nbsp;M\u2019inscrire dans l\u2019histoire de l\u2019art. Je veux qu\u2019un jour on parle des artistes africains comme on parle de Manet.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10361?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Omar Ba, Autopsie de nos consciences. Paris, Galerie Templon, 28 rue du Grenier St-Lazare, 75003 Paris. 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