{"id":10349,"date":"2021-08-22T07:31:49","date_gmt":"2021-08-22T05:31:49","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/le-meurtre-du-semblable-quelques-notations-partielles-2\/"},"modified":"2021-09-30T20:36:40","modified_gmt":"2021-09-30T18:36:40","slug":"le-meurtre-du-semblable-quelques-notations-partielles","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-meurtre-du-semblable-quelques-notations-partielles\/","title":{"rendered":"Le meurtre du semblable. Quelques notations partielles"},"content":{"rendered":"\n<p>Pour aborder certaines particularit\u00e9s des attentats terroristes r\u00e9cents, et notamment ceux qui sont survenus \u00e0 Paris en novembre 2015, une \u00e9laboration proprement m\u00e9tapsychologique serait beaucoup plus ambitieuse que ce que je peux dire aujourd\u2019hui. Pour que nos r\u00e9flexions soient pertinentes, il faut qu\u2019elles restent partielles &#8211; ce que je peux entendre et observer &#8211; sans oublier que tout le reste existe&nbsp;: ainsi mon article vaut pour le <em>Bataclan<\/em> et les terrasses des caf\u00e9s parisiens plus que pour les attentats dans les a\u00e9roports. Les attentats parisiens ont \u00e9t\u00e9 cibl\u00e9s d\u2019une fa\u00e7on sp\u00e9cifique&nbsp;: pas seulement le plus de gens possible mais la r\u00e9daction de <em>Charlie<\/em>, l\u2019hypermarch\u00e9 Casher, la salle de concert ou les restaurants&#8230; C\u2019est cette particularit\u00e9 qui m\u2019a interrog\u00e9e, car elle indique un facteur passionnel, une logique de vengeance ou de revanche et pas seulement la violence-sympt\u00f4me de l\u2019explosion meurtri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Psychanalyste et citoyenne<\/h2>\n\n\n\n<p>En voulant souligner le rapport \u00e0 des doubles-fr\u00e8res dans la religion et fr\u00e8res d\u2019armes d\u2019un c\u00f4t\u00e9, victimes de l\u2019autre-, qui contribue \u00e0 organiser les r\u00e9actions \u00e0 l\u2019humiliation et l\u2019investissement de la mort, c\u2019est un aspect de l\u2019expression sadique et cynique du d\u00e9ploiement des pulsions de mort dans la cit\u00e9 que je veux mettre en \u00e9vidence&nbsp;: l\u2019intrication minimale qui fonde le sadisme est d\u00e9j\u00e0 une libidinisation. Ici l\u2019investissement objectal est du c\u00f4t\u00e9 du nihilisme d\u00e9vastateur -mais il existe- tandis qu\u2019un certain investissement du double exalt\u00e9 se retrouve dans le rapport au fr\u00e8re d\u2019armes. Certes, je n\u2019utiliserai pas les outils de la psychanalyse classique&nbsp;: psychologie des masses et meneurs, sadisme et pulsion de mort, racisme des petites diff\u00e9rences, analyse de la perversion et de la parano\u00efa. En effet, je vise \u00e0 d\u00e9crire des \u00e9l\u00e9ments d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 sociale dans un propos qui ne prend pas directement appui sur une pratique clinique. En psychanalyse, on ne peut r\u00e9fl\u00e9chir que par fragments -c\u2019est ce qui opposait Freud \u00e0 Lou Salom\u00e9- qui lui demandait de poursuivre dans sa logique globale d\u2019\u00e9lucidation du narcissisme. Car je pleure sur ma ville Lumi\u00e8re. Je pleure sur ma banlieue grise. Ainsi que sur toutes les villes, \u00e0 Bruxelles, Orlando, Istambul, Bagdad, Nice et tant d\u2019autres, touch\u00e9es par le terrorisme. Non que je pense que tout le d\u00e9roulement des meurtres de janvier et de novembre 2015 soit r\u00e9ductible \u00e0 la ghetto\u00efsation de certaines banlieues&nbsp;: il y a aussi des logiques de d\u00e9part en Syrie dans certaines petites villes de province, et il n\u2019est pas simple de d\u00e9terminer qui passe \u00e0 l\u2019acte, ou non, dans ceux qui sont entra\u00een\u00e9s dans des logiques de radicalisation. On l\u2019a vu \u00e0 Nice. Mais Saint-Denis ou le Bourget, Aubervilliers et Drancy sont bien mon monde, mon ancrage. Et si dans Paris, mes propres rep\u00e8res sont plut\u00f4t le 5<sup>e<\/sup> ou le 6<sup>e<\/sup> arrondissement, nombre d\u2019amis, jeunes et moins jeunes se retrouvent dans les abords de la place de la R\u00e9publique pour manger ou boire, \u00e9couter de la musique, sortir. Et ensuite pour discuter, lutter, et tenter de r\u00e9inventer le monde. Si je peux comprendre quelque chose aux \u00e9volutions r\u00e9centes, \u00e9couter, construire, essayer de penser, c\u2019est bien \u00e0 partir de ce que je connais depuis longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici d\u2019un travail de recherche, ni m\u00eame d\u2019un article de psychanalyse au sens technique du terme. C\u2019est plut\u00f4t une r\u00e9action de citoyenne, qui utilise son histoire et sa formation professionnelle pour penser ce qu\u2019elle peut, mais sans \u00e9laboration v\u00e9ritablement technique ou scientifique. Bref, simplement un \u00ab&nbsp;petit papier&nbsp;\u00bb pour clarifier mes id\u00e9es et permettre de r\u00e9fl\u00e9chir et discuter avec d\u2019autres. Un essai de mise en forme d\u2019une id\u00e9e, n\u00e9cessairement partielle, venue \u00e0 l\u2019esprit de la psychanalyste que je suis, avec sa longue histoire en banlieue parisienne populaire, simplement parce que cette perspective me semblait manquer dans les commentaires de journalistes, de politologues, de philosophes ou de psychanalystes que je lisais. Je ne pr\u00e9tends donc pas m\u00ealer ma voix \u00e0 ceux qui sont des sp\u00e9cialistes ni aux \u00e9laborations comp\u00e9tentes, mais simplement suivre un fil que l\u2019on n\u2019entend pas tr\u00e8s souvent \u00e9voquer&nbsp;: le meurtre de soi \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le meurtre de l\u2019autre, pas seulement \u00e0 cause des actes \u00e0 la fois meurtriers et suicidaires, mais \u00e0 cause du d\u00e9ni d\u2019une g\u00e9mellit\u00e9 fondamentale entre les meurtriers et les victimes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La rage de tuer<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans la froide d\u00e9termination des meurtriers, dans leur fa\u00e7on d\u2019interpeller leurs victimes, notamment au <em>Bataclan<\/em>, on ne per\u00e7oit pas de capacit\u00e9 \u00e0 prendre en compte ce que vit et ressent l\u2019autre, sinon sous la forme d\u2019une jouissance \u00e0 faire \u00e9prouver la peur. Rien ne doit r\u00e9sister. Ce n\u2019est pas la m\u00eame logique que l\u2019assassin des dessinateurs de <em>Charlie Hebdo<\/em> hurlant dans la rue&nbsp;: j\u2019ai veng\u00e9 le proph\u00e8te Mohammed. Dans la logique de vengeance, l\u2019ennemi est identifi\u00e9 comme tel, et le triomphe ne va pas sans satisfaction libidinale. La haine est au premier plan. Dans les actes de novembre, au contraire, on a le sentiment qu\u2019il s\u2019agit de faire le plus de d\u00e9g\u00e2ts possibles, non pas tant \u00e0 cause d\u2019une haine ou d\u2019une vengeance envers ceux que l\u2019on extermine, mais dans une affirmation radicale d\u2019\u00eatre tout-puissant, de pouvoir agir sans limites. La destructivit\u00e9 semble r\u00e9gner pour elle-m\u00eame, rappelant ce que faisait appara\u00eetre aussi Hatzfeld, interviewant au Rwanda les exterminateurs <em>hutus<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La violence-sympt\u00f4me est une explosion d\u00e9sorganisatrice non pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e ni voulue. La violence-r\u00e9volte reconna\u00eet un ennemi et l\u2019attaque avec agressivit\u00e9 ou haine. Ici, la r\u00e9volte est elle-m\u00eame d\u00e9subjectiv\u00e9e&nbsp;: si elle peut \u00eatre m\u00fbrement pr\u00e9vue et organis\u00e9e, elle ne prend pas en compte l\u2019objet de sa haine, mais seulement le fait de balayer l\u2019obstacle. La violence-sympt\u00f4me existe depuis longtemps dans les conduites individuelles comme dans des r\u00e9actions collectives&nbsp;: ainsi Sami, 15 ans, tu\u00e9 \u00e0 Drancy d\u2019un coup de couteau un soir de <em>T\u00e9l\u00e9thon<\/em>, il y a 15 ans, par un autre jeune du m\u00eame \u00e2ge, de la cit\u00e9 voisine, de m\u00eame origine alg\u00e9rienne, de m\u00eame type de famille. Mais aussi les \u00e9meutes de banlieue de 2005, que beaucoup de commentateurs voient comme un moment tournant&nbsp;: l\u2019absence de r\u00e9ponse ad\u00e9quate au mal-\u00eatre a contribu\u00e9 \u00e0 susciter les radicalisations.<\/p>\n\n\n\n<p>Sommes-nous pass\u00e9s \u00e0 une violence-r\u00e9volte&nbsp;? Oui et non&nbsp;: s\u2019il y a un ennemi identifi\u00e9, ce n\u2019est pas pour obtenir de lui quelque chose, mais pour mettre en \u0153uvre une capacit\u00e9 de destruction. Rien de r\u00e9volutionnaire, ici, m\u00eame sur un mode r\u00e9gressif, car il ne s\u2019agit pas de construire un nouvel ordre social, ni de restaurer des traditions. Ce sont les logiques de guerre qui sont mises au premier plan, dans une recherche de la destruction pour elle-m\u00eame. Sur fond d\u2019une d\u00e9ception fondamentale. Le meurtrier de Nice attaque \u00e0 la fois le symbole de la f\u00eate nationale fran\u00e7aise et la soir\u00e9e festive, et des t\u00e9moins soulignent qu\u2019il a cibl\u00e9 tout particuli\u00e8rement des familles accompagn\u00e9es de jeunes enfants (de mani\u00e8re analogue, Mohamed Merah s\u2019en \u00e9tait pris \u00e0 de tout petits enfants dans une \u00e9cole). C\u2019est la vie elle-m\u00eame qui est vis\u00e9e, la douleur de l\u2019autre qui est recherch\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9volte ou nihilisme&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans les actes meurtriers de janvier et novembre 2016, les cibles sont manifestement significatives. L\u2019attaque de la r\u00e9daction de <em>Charlie Hebdo<\/em> se donne comme une ex\u00e9cution punitive contre des blasph\u00e9mateurs, l\u2019attaque de l\u2019hyper Casher est clairement antis\u00e9mite. On est apparemment dans une logique de vengeance&nbsp;: \u00e0 qui m\u2019a fait du tort je fais tout le mal possible, en le traitant en ennemi, sans \u00e9gard \u00e0 une \u00e9valuation de sa faute. Le dessin satirique ne peut valoir la mort, sinon pour qui refuse la pens\u00e9e au nom d\u2019un sacr\u00e9 intouchable. La politique d\u2019Isra\u00ebl n\u2019est pas mise en \u0153uvre par les clients du supermarch\u00e9. On voit comment la condamnation d\u00e9rive de la vengeance vers une destructivit\u00e9 disproportionn\u00e9e&nbsp;: de la vengeance (contre des agresseurs) \u00e0 la guerre (contre tout un groupe ou tout un peuple, sans \u00e9pargner les innocents), jusqu\u2019\u00e0 une destructivit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e qui rel\u00e8ve d\u2019un nihilisme&nbsp;: rien ne doit nous r\u00e9sister, nul n\u2019a le droit de vivre s\u2019il s\u2019oppose \u00e0 nous ou s\u2019il est diff\u00e9rent, rien n\u2019a plus de sens sinon donner la mort. Y compris en se d\u00e9truisant soi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien ce qui se d\u00e9ploie en novembre \u00e0 Paris -les attaques \u00e0 Bruxelles contre les moyens de transport visent davantage \u00e0 paralyser le plus de choses possibles et \u00e0 semer l\u2019effroi&nbsp;; de plus elles semblent avoir \u00e9t\u00e9 une ligne de repli par rapport \u00e0 des projets visant \u00e0 nouveau Paris. En novembre, le fait de viser des lieux de d\u00e9tente et de loisir -concert du <em>Bataclan<\/em>, terrasses de restaurants et de caf\u00e9- fr\u00e9quent\u00e9s par des jeunes, t\u00e9moigne de la volont\u00e9 d\u2019atteindre des forces vives au c\u0153ur de leur plaisir de vivre. Il ne s\u2019agit pas seulement de frapper l\u2019opinion, mais de frapper des gens, notamment des gens de l\u2019\u00e2ge des meurtriers. Et de frapper en d\u00e9fiant, en interpellant, en regardant dans les yeux ceux que l\u2019on assassine. On sait que les terroristes sont le plus souvent des convertis r\u00e9cents \u00e0 l\u2019islam radical. Ce qui signifie, comme leurs biographies le montrent, que deux ou trois ans auparavant, nombre d\u2019entre eux pouvaient aussi fr\u00e9quenter \u00e0 l\u2019occasion les terrasses de caf\u00e9 (sans h\u00e9siter \u00e0 boire de la bi\u00e8re ou d\u2019autres alcools) ou les lieux de concert. Ils tuent ceux qu\u2019ils n\u2019ont pas voulu demeurer ou ceux qu\u2019ils n\u2019ont pas pu \u00eatre, des jeunes capables de s\u2019ins\u00e9rer socialement, de s\u2019amuser ou de r\u00e9fl\u00e9chir ensemble, des gens qui acceptent et r\u00e9ussissent \u00e0 faire leur vie dans ce syst\u00e8me lib\u00e9ral. Ils attaquent la possibilit\u00e9 de vivre, et voulant un sens exclusivement religieux, ils d\u00e9truisent tout sens en arrachant aveugl\u00e9ment la vie. Sans doute ne faut-il pas minimiser ce qu\u2019ils obtiennent ainsi en semant la terreur et la d\u00e9solation&nbsp;: d\u00e9tenir la toute-puissance, le pouvoir de vie et de mort sur autrui&nbsp;; au seuil de la mort quand ils se font exploser eux-m\u00eames, s\u2019\u00eatre senti tout puissant, revanche supr\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des signes avant-coureurs<\/h2>\n\n\n\n<p>De ce point de vue, ne faut-il pas se rappeler des signes avant-coureurs du fond nihiliste actuel qui permet aujourd\u2019hui l\u2019efficacit\u00e9 de la propagande de <em>Daesh<\/em>&nbsp;? Je repense \u00e0 Richard Durn et \u00e0 la tuerie de Nanterre en 2002. Dans la nuit du 26 au 27 mars, \u00e0 1h15, \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de ville de Nanterre, au terme d\u2019une s\u00e9ance du conseil municipal, un homme install\u00e9 dans le public, Richard Durn, se l\u00e8ve et tire trente-sept fois sur les \u00e9lus, un \u00e0 un. C\u2019est un acte individuel, qui n\u2019est pas orchestr\u00e9 par une adh\u00e9sion et une propagande terroriste, chez un homme dont l\u2019\u00e9quilibre psychique est peu solide, mais il rel\u00e8ve d\u2019un m\u00eame type de d\u00e9sespoir forcen\u00e9 anim\u00e9 par une haine qui semble d\u00e9sintriqu\u00e9e, d\u00e9libidinalis\u00e9e. Dans une lettre-testament envoy\u00e9e \u00e0 une amie avant son passage \u00e0 l\u2019acte, Richard Durn d\u00e9crit son projet&nbsp;: \u00ab&nbsp;\/\u2026\/ Puisque j\u2019\u00e9tais devenu un mort-vivant par ma seule volont\u00e9, je d\u00e9cidais d\u2019en finir en tuant une mini-\u00e9lite locale qui \u00e9tait le symbole, et qui \u00e9taient les leaders et d\u00e9cideurs dans une ville que j\u2019ai toujours ex\u00e9cr\u00e9e\u2026&nbsp;\u00bb. Il explique vouloir tuer la maire, puis \u00ab&nbsp;le plus de personnes possibles&nbsp;\u00bb avant de se tuer ou d\u2019\u00eatre tu\u00e9. \u00ab&nbsp;Je vais devenir un <em>serial killer<\/em>, un forcen\u00e9 qui tue. Pourquoi&nbsp;? Parce que le frustr\u00e9 que je suis ne veut pas mourir seul, alors que j\u2019ai eu une vie de merde, je veux me sentir une fois puissant et libre&nbsp;\u00bb. De fait, il se suicide peu apr\u00e8s son arrestation, en se d\u00e9fenestrant. Or cette ville qu\u2019il a \u00ab&nbsp;toujours ex\u00e9cr\u00e9e&nbsp;\u00bb, Richard Durn avait tent\u00e9 de s\u2019y ins\u00e9rer, dans la vie associative, et comme animateur&nbsp;; c\u2019est l\u2019\u00e9chec de son attente (amplifi\u00e9e par son repli et sa d\u00e9pendance \u00e0 sa m\u00e8re), l\u2019absence de la reconnaissance qu\u2019il a d\u2019abord activement cherch\u00e9e, voire mendi\u00e9e, qui le pousse \u00e0 sa propre forme de radicalisation. Dans le d\u00e9sespoir, mais sans id\u00e9ologie compensatrice.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Habillage religieux ou messianisme&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi l\u2019on peut se demander s\u00e9rieusement quelle est la part de l\u2019inf\u00e9odation religieuse dans les actes terroristes. Il est incontestable que l\u2019attirance de certains jeunes vers l\u2019islam radical, en particulier de certains jeunes d\u00e9linquants vers la pratique religieuse est une d\u00e9couverte de sens et de coh\u00e9rence&nbsp;: remplacer par la rigueur d\u2019une pratique l\u2019absence de sens et de perspectives, c\u2019est trouver un \u00e9tayage qui remplace une solidit\u00e9 interne.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le d\u00e9bat entre l\u2019interpr\u00e9tation nihiliste (Olivier Roy) et l\u2019interpr\u00e9tation messianiste (Fehti Benslama sous une forme nuanc\u00e9e, d\u2019autres de fa\u00e7on plus massive) m\u00e9rite toute notre attention. Parmi les psychanalystes qui ont r\u00e9fl\u00e9chi sur ces passages \u00e0 l\u2019acte meurtriers, Julia Kristeva juxtapose pour ainsi dire les deux hypoth\u00e8ses&nbsp;: elle se r\u00e9f\u00e8re au mal radical selon Kant, soutenant la position d\u2019une destructivit\u00e9 syst\u00e9matique, nihiliste. Mais elle souligne en m\u00eame temps la force de l\u2019id\u00e9alisation adolescente d\u2019un absolu qui refuse tout compromis. Ce serait moins l\u2019attrait d\u2019un paradis apr\u00e8s la mort promis aux martyrs du <em>Djihad<\/em> qui d\u00e9terminerait la puissance de l\u2019engagement de sa propre existence que la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une stature de H\u00e9ros de la religion. La notion propos\u00e9e par Fehti Bensalma d\u2019une attitude de \u00ab&nbsp;surmusulman&nbsp;\u00bb anim\u00e9 par un \u00ab&nbsp;furieux d\u00e9sir de sacrifice&nbsp;\u00bb pr\u00e9cise cette perspective de fa\u00e7on saisissante (Seuil 2016).<\/p>\n\n\n\n<p>Image h\u00e9ro\u00efque de soi ou toute-puissance du pouvoir de mort sur autrui&nbsp;? Il est probable que d\u2019un terroriste \u00e0 l\u2019autre, les accentuations ne soient pas les m\u00eames. Mais on est bien, tant dans la version de l\u2019id\u00e9al h\u00e9ro\u00efque n\u00e9gatif l\u00e9gitim\u00e9 par la puissance divine que dans la version de la domination destructrice, dans la sph\u00e8re d\u2019un narcissisme perdu qui cherche \u00e0 tout prix -et au prix de la vie d\u2019autrui et du massacre- \u00e0 retrouver une image de soi supportable, qui ne peut plus \u00eatre, du fait de l\u2019accumulation des traumatismes, qu\u2019une toute-puissance incontest\u00e9e, qui ne triomphe que par la mort.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Interrogations sur la notion de mal radical<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici que la r\u00e9f\u00e9rence au mal radical tel que le pensait Kant peut \u00e9clairer. L\u2019homme est faillible parce qu\u2019il y a un \u00e9cart entre ce qui attire sa sensibilit\u00e9 et ce qui rationnellement fonde la loi morale qui lui dicte son devoir. La culpabilit\u00e9 na\u00eet de cet \u00e9cart entre ses actes et ce que l\u2019on juge moral. Mais de la tension entre culpabilit\u00e9 et morale na\u00eet aussi le sentiment d\u2019une limite \u00e0 ce que l\u2019\u00eatre humain, m\u00eame coupable et immoral, peut supporter d\u2019accomplir sans cesser de se sentir humain&nbsp;: il y a de l\u2019inacceptable, il y a de l\u2019inhumain.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque le sentiment que l\u2019on peut faire tout le mal qu\u2019il est physiquement et mat\u00e9riellement possible de faire ne conna\u00eet plus cette limite (fluctuante certes, notamment en temps de guerre), lorsqu\u2019il n\u2019est plus de r\u00e9f\u00e9rence ni \u00e0 l\u2019exigence morale ni m\u00eame \u00e0 l\u2019inhumain, alors le mal est sans limite, sans rem\u00e8de et sans recours&nbsp;: il est radical, en ce qu\u2019il rel\u00e8ve d\u2019une libert\u00e9 capable de pervertir les maximes de la loi morale. Non que l\u2019homme recherche le mal pour le mal, ce qui est habituellement le fait du Diable (figure absolue du mal radical) plus que de l\u2019humanit\u00e9&nbsp;: les hommes peuvent toujours regretter leurs actes, revenir \u00e0 des sentiments d\u2019humanit\u00e9. Mais ils peuvent aussi se leurrer eux-m\u00eames par le mensonge, en d\u00e9niant l\u2019exigence morale et sa logique (imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique universel, respect de soi et de l\u2019autre). D\u00e9terminer ce qu\u2019il est humain de faire ou de ne pas faire, mettre quelque part une limite \u00e0 la violence possible, conserver un crit\u00e8re du respect de soi sinon de celui d\u2019autrui, voil\u00e0 ce qui nous garde du mal radical.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, le mal radical s\u2019origine l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on entre dans des logiques invers\u00e9es&nbsp;: juger l\u00e9gitime ce qui ne l\u2019est pas, consid\u00e9rer que faire du mal est un bien, justifier l\u2019injustifiable. Ici l\u2019investissement objectal est du c\u00f4t\u00e9 du nihilisme d\u00e9vastateur -d\u00e9truire tout ce qui est autre- tandis qu\u2019un certain investissement du double exalt\u00e9 se retrouve dans le rapport au fr\u00e8re d\u2019armes. La jouissance peut-\u00eatre inconsciente mais incontestable de la toute puissance sur la vie d\u2019autrui manifeste que le sadisme est probablement plus d\u00e9terminant que l\u2019aspiration consciente \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efsme. Si l\u2019on entre dans une perversion du sens o\u00f9 c\u2019est la destruction de l\u2019autre (et notamment du semblable) qui fait le h\u00e9ros, il n\u2019est plus de barrage au d\u00e9ferlement du mal.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Antoine Leiris, dont la femme H\u00e9l\u00e8ne est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e dans l\u2019attentat du <em>Bataclan<\/em> nous ouvre la voie \u00ab&nbsp;Vous n\u2019aurez pas ma haine&nbsp;\u00bb proclame-t-il\u2026 Le journaliste parisien ajoute que c\u2019est la culture qui permet de s\u2019\u00e9lever et de se d\u00e9marquer des logiques de haine et de violence, et qu\u2019il faut travailler \u00e0 comprendre pour \u00e9viter la d\u00e9faite de la pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Logiques du double pers\u00e9cuteur<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans sa <em>Lettre ouverte au monde musulman<\/em>, le philosophe Abdennour Bidar interroge ce qui dans l\u2019Islam a enfant\u00e9 le monstre destructeur <em>Daesh<\/em>. Les musulmans \u00ab&nbsp;tiennent \u00e0 leur religion historique parce qu\u2019elle leur donne un lien puissant \u00e0 l\u2019infini&nbsp;\u00bb. Mais l\u2019islam radical en r\u00e9duisant ce lien \u00e0 une vision binaire (bien\/mal) agressive emp\u00eache de conserver un \u00ab&nbsp;rapport intelligent et libre \u00e0 la religion de Mohammed&nbsp;\u00bb. L\u2019influence de cette pratique religieuse \u00ab&nbsp;born\u00e9e et intol\u00e9rante&nbsp;\u00bb qu\u2019est le salafisme est aujourd\u2019hui telle que l\u2019islam se retrouve \u00ab&nbsp;trop souvent dans l\u2019extr\u00eame inverse de celui o\u00f9 s\u2019est \u00e9gar\u00e9 l\u2019occident&nbsp;\u00bb&nbsp;: l\u2019occident a tranch\u00e9 le lien sacr\u00e9 entre l\u2019homme et l\u2019infini, l\u2019Islam salafiste \u00ab&nbsp;\u00e9trangle l\u2019homme avec ce m\u00eame lien de l\u2019infini&nbsp;\u00bb (p. 48). A. Bidar poursuit, s\u2019adressant \u00e0 l\u2019Islam&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu laisses des ignorants et des fous pendre tes peuples avec la corde du lien sacr\u00e9 qui devait les faire grimper jusqu\u2019au ciel&nbsp;! L\u2019Occident a coup\u00e9 le lien de la transcendance, toi tu t\u2019en sers pour ligoter tes consciences et tes corps&nbsp;\u00bb. Ni les uns ni les autres ne savent plus r\u00e9guler ce qu\u2019Abdennour Bibar consid\u00e8re comme le lien sacr\u00e9 \u00e0 l\u2019infini et que je pr\u00e9f\u00e9rerais d\u00e9sacraliser et \u00e9largir \u00e0 tout ce qui rel\u00e8ve de la capacit\u00e9 de symbolisation vitale pour l\u2019humanit\u00e9 &#8211; laquelle n\u2019est pas n\u00e9cessairement religieuse. La symbolisation religieuse a pour elle la force affective de ses traditions, et le d\u00e9centrement normalement lib\u00e9rateur d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019Unique qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre ador\u00e9 &#8211; donc aucun homme et aucune autorit\u00e9 ne sont absolus&nbsp;; mais elle a contre elle cette tendance si forte \u00e0 se pervertir pour assujettir, et comme le soulignait Freud, \u00e0 poser un interdit de penser au nom du sacr\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Reste qu\u2019Abdennour Bidar saisit tr\u00e8s bien la logique g\u00e9mellaire qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre actuellement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Voil\u00e0 pourquoi vous vous d\u00e9testez \u00e0 ce point. Vos deux crises sont en miroir, vous \u00eates des jumeaux de d\u00e9tresse qui s\u2019accusent mutuellement pour \u00e9viter d\u2019avoir \u00e0 regarder en face leur propre responsabilit\u00e9&nbsp;: toi, l\u2019Islam, tu accuses l\u2019Occident d\u2019avoir bascul\u00e9 dans le mat\u00e9rialisme pour oublier que tu as fait du lien sacr\u00e9 un syst\u00e8me de soumission, et en retour l\u2019Occident t\u2019accuse pour s\u2019oublier tout autant\u2026&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agirait donc d\u2019une d\u00e9responsabilisation partag\u00e9e, provoquant des r\u00e9actions en cha\u00eene ind\u00e9finies. Ce n\u2019est sans doute pas par hasard si les fratries sont nombreuses dans les groupes terroristes qui ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s. A bien des \u00e9gards, ces fonctionnements de groupe r\u00e9gressifs montrent des logiques de double&nbsp;: fr\u00e8res d\u2019armes, admiration dans les yeux du semblable, cibles choisies parmi les fr\u00e8res ennemis, qui sont des doubles pers\u00e9cut\u00e9s et pers\u00e9cuteurs dont on se d\u00e9marque.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais alors en tuant l\u2019autre on d\u00e9truit aussi ce que l\u2019on refuse en soi-m\u00eame, de m\u00eame que le raciste ordinaire rejette l\u2019autre parce qu\u2019il refuse de reconna\u00eetre l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 en lui-m\u00eame. C\u2019est \u00e0 ce conflit interne-externe que la propagande de <em>Daesh<\/em> vient donner une forme ravageuse, utilisant pour ses propres objectifs de puissance ceux qui, persuad\u00e9s d\u2019\u00eatre tromp\u00e9s en permanence par le mensonge d\u2019\u00e9tat (th\u00e9ories du complot), cherchent une boussole pour leur rage de vivre qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9e, retourn\u00e9e, d\u00e9voy\u00e9e en rage de tuer \u2013 tant par le poids des violences externes dont ils sont l\u2019otage que par l\u2019absence d\u2019issue \u00e0 leur conflit interne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Penser \u00e0 la hauteur des enjeux historiques actuels<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans ses <em>Cahiers de prison<\/em>, Gramsci invitait \u00e0 faire l\u2019inventaire de son temps, et soulignait l\u2019importance de penser \u00ab&nbsp;large&nbsp;\u00bb, \u00e0 la hauteur des enjeux de son \u00e9poque. Tout homme est philosophe, puisqu\u2019il parle, mais selon une philosophie spontan\u00e9e, qui m\u00eale des h\u00e9ritages diff\u00e9rents&nbsp;; reste \u00e0 rendre cette pens\u00e9e coh\u00e9rente et critique. Il est aujourd\u2019hui difficile de penser nos soci\u00e9t\u00e9s&nbsp;: comment penser \u00e0 la fois la mondialisation et ses effets de migration, les actes terroristes, les mouvements sociaux qui renaissent en m\u00eame temps que les mont\u00e9es de l\u2019extr\u00eame droite, etc.&nbsp;? D\u2019autant plus que la politique spectacle (<em>cf<\/em>. Guy Debord) perd sa distance et sa part d\u2019autonomie par rapport aux puissances \u00e9conomiques et d\u00e9cide \u00e0 la petite semaine, sans perspective d\u2019envergure&nbsp;: le discours politique est un discours de flatterie (comme Platon le d\u00e9non\u00e7ait dans le <em>Gorgias<\/em>) tandis que les d\u00e9cisions rel\u00e8vent d\u2019autres logiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, il est n\u00e9cessaire de penser ce que nous vivons pour que la recherche de sens ne soit pas confisqu\u00e9e et d\u00e9voy\u00e9e, pour que le nihilisme et les r\u00e9cup\u00e9rateurs de tout bord ne l\u2019emportent pas. Les psychanalystes ont plus que d\u2019autres le souci de penser. Mais parfois nous pensons pour survivre, \u00e0 notre propre usage&nbsp;: nous nous expliquons les choses d\u2019une fa\u00e7on qui nous permet de nous conforter dans nos convictions, malgr\u00e9 tout ce qui se passe et nous \u00e9branle. Au risque que la pens\u00e9e elle-m\u00eame ne soit qu\u2019une d\u00e9fense. Cela ne suffit pas&nbsp;: il faut penser pour tous&nbsp;; penser pour que les autres trouvent la \u00ab&nbsp;nourriture spirituelle&nbsp;\u00bb, dont ils ont besoin, c\u2019est-\u00e0-dire pour qu\u2019ils puissent reconna\u00eetre, nommer, symboliser, bref \u00e9laborer ce qu\u2019ils rencontrent et subissent de non-sens, d\u2019exclusion et de violence (dans une transformation d\u2019\u00e9l\u00e9ments <em>b\u00eata<\/em> en \u00e9l\u00e9ments <em>alpha<\/em> selon la pens\u00e9e bionienne). Penser pour que la pluralit\u00e9 des visions et des traditions puisse dialoguer. Il importe que la symbolisation reste possible, le plus largement possible, pour le plus grand nombre de gens possible, afin que les logiques de vie l\u2019emportent sur les logiques de mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est clair que <em>Daesh<\/em> a de l\u2019influence parce qu\u2019une part des g\u00e9n\u00e9rations montantes n\u2019a pu se reconna\u00eetre une place dans le monde qui leur est propos\u00e9&nbsp;; qu\u2019ils aient v\u00e9cu des formes concr\u00e8tes d\u2019exclusion ou qu\u2019ils aient per\u00e7u l\u2019insuffisance de nos formes de vie et de pens\u00e9e, ils peuvent \u00eatre vuln\u00e9rables aux sir\u00e8nes int\u00e9ress\u00e9es de l\u2019islamisme radical conqu\u00e9rant parce que celui-ci donne une issue apparente \u00e0 leur d\u00e9tresse. C\u2019est parce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9s et m\u00e9pris\u00e9s qu\u2019ils ont \u00ab&nbsp;besoin&nbsp;\u00bb d\u2019un illusoire moment de toute puissance compensatrice\u2026 Par la destruction faute d\u2019avoir trouv\u00e9 comment construire.<\/p>\n\n\n\n<p>Car les djihadistes mettent au jour un malheur destructeur qui ne concerne pas qu\u2019eux&nbsp;: \u00ab&nbsp;entre un terrorisme qui mitraille \u00e0 bas co\u00fbt et de qui, depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, nous \u00e9teint \u00e0 petit feu, aucune illusion n\u2019est plus tenable&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par exemple P. Garrone qui poursuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019ombre mena\u00e7ante du n\u00e9ant infini se d\u00e9ploie comme rarement. Nous souffrons de nihilisme, c\u2019est un fait, non une simple vue de l\u2019esprit ou une pathologie canc\u00e9reuse r\u00e9serv\u00e9e aux massacreurs islamis\u00e9s ou autres.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La comptine de notre enfance \u00ab&nbsp;Savez-vous planter les choux&nbsp;?&nbsp;\u00bb le dit avec na\u00efvet\u00e9 mais profondeur&nbsp;: on plante les choux avec les mains, les pieds, le nez, que sais-je&nbsp;? Mais cela ensemble, en faisant quelque chose ensemble qui permet d\u2019entrer dans une exp\u00e9rience partag\u00e9e \u00ab&nbsp;\u00e0 la mode de de chez nous&nbsp;\u00bb \u2013 qui n\u2019est donc qu\u2019une parmi d\u2019autres possibles, mais qui a sa tradition et sa coh\u00e9rence. Elle fait vivre et m\u00e9rite de vivre, et doit pouvoir tol\u00e9rer que d\u2019autres modalit\u00e9s de vie existent en la laissant vivre. Alors la ronde peut se poursuivre, avec une autre comptine essentielle, o\u00f9 se libidinalise le lien social&nbsp;: entrez dans la danse, voyez comme on danse, chantez, dansez, embrassez qui vous voudrez\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Une premi\u00e8re mise en forme de ces r\u00e9flexions a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans la revue en ligne <a href=\"http:\/\/aspasia.fr\">aspasia.fr<\/a><br>Elles sont ici largement remani\u00e9es.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Arendt Hannah (1990, posthume), <em>La nature du Totalitarisme<\/em>, Paris Payot, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>Atran Scott (2016), <em>L\u2019\u00e9tat islamique est une r\u00e9volution<\/em>, Editions Les liens qui lib\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Badiou Alain (2016), <em>Notre mal vient de plus loin. Penser les tueries du 13 novembre<\/em>, Paris, Fayard.<\/p>\n\n\n\n<p>Benslama Fehti (2016), <em>Un furieux d\u00e9sir de sacrifice. Le surmusulman<\/em>, Paris, Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Benslama Fehti (dir.) (2015), <em>L\u2019id\u00e9al et la cruaut\u00e9, Subjectivit\u00e9 et politique de la radicalisation<\/em>, Paris, Lignes. Avec Paul-Laurent Assoun, Am\u00e9lie Boukhobza, Nathalie Broux, Vincent Casanova, Patricia Cotti, Olivier Douville, Brigitte Juy-Erbibou, Farhad Khosrokhavar, Jean-Jaques Rassial, Richard Rechtman, Alain Vanier, Daniel Zagury.<\/p>\n\n\n\n<p>Benslama Fehti (2014), <em>La guerre des subjectivit\u00e9s en islam<\/em>, Paris, Lignes.<\/p>\n\n\n\n<p>Benslama Fehti (2002), <em>La psychanalyse \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019islam<\/em>, Paris, Aubier \u00ab&nbsp;Champs&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Bidar Abdennour (2015), <em>Lettre ouverte au monde musulman<\/em>, Les liens qui lib\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Birnbaum Jean (2016), <em>Un silence religieux. La gauche face au djihadisme<\/em>, Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Bronner G\u00e9rald (2009), <em>La pens\u00e9e extr\u00eame. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>De Sutter Laurent (2016), <em>Th\u00e9orie du kamikaze<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Fottorino Eric (dir.) (2015), <em>Qui est Daech&nbsp;?<\/em>, Lonrai, \u00e9ditions Philippe Rey.<\/p>\n\n\n\n<p>Garrone P. (2016), <em>Sous le soleil noir du nihilisme triomphant, blog<\/em> publi\u00e9 sur internet, f\u00e9vrier 2016.<\/p>\n\n\n\n<p>Hervou\u00ebt V\u00e9ronique, <em>L\u2019enjeu symbolique. Islam, christianisme, modernir\u00e9. Interpr\u00e9tation psychanalytique des fondements religieux et id\u00e9ologiques et de leurs conflits<\/em>, L\u2019Harmattan, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p>Ka\u00ebs Ren\u00e9 (2016), <em>L\u2019id\u00e9ologie. L\u2019id\u00e9al, l\u2019id\u00e9e, l\u2019idole<\/em>, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>Kant Emmanuel (1793), <em>La religion dans les limites de la simple raison<\/em>, Paris, Vrin, 1965.<\/p>\n\n\n\n<p>Kepel Gilles (2015), <em>Terreur dans l\u2019Hexagone, gen\u00e8se du djihad fran\u00e7ais<\/em>, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Kepel Gilles (1987), <em>Les banlieues de l\u2019islam. Naissance d\u2019une religion<\/em>, 1987 et 1991.<\/p>\n\n\n\n<p>Kristeva Julia, <em>Interpr\u00e9ter le mal radical. Comment peut-on \u00eatre djihadiste&nbsp;?<\/em> <a href=\"http:\/\/Slate.fr\">Slate.fr<\/a> ou <a href=\"http:\/\/Kristeva.fr\">Kristeva.fr<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Luizard Pierre-Jean (2015), <em>L\u2019Etat islamique ou le retour de l\u2019Histoire<\/em>, La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Plenel Edwy (2015), <em>Pour les musulmans<\/em>, La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Terestchenko Michel (2005), <em>Un si fragile vernis d\u2019humanit\u00e9. Banalit\u00e9 du mal, banalit\u00e9 du bien<\/em>, La D\u00e9couverte, 2007.<\/p>\n\n\n\n<p>Todd Emmanuel (2015), <em>Qui est Charlie&nbsp;? Sociologie d\u2019une crise religieuse<\/em>, Paris, Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le sacrifice adolescent&nbsp;\u00bb, <em>Topique<\/em> n\u00b0 124, L\u2019Esprit du Temps.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019inespoir&nbsp;\u00bb, <em>Che Vuoi&nbsp;?<\/em> n\u00b010, Paris, L\u2019Harmattan, 1998.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10349?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour aborder certaines particularit\u00e9s des attentats terroristes r\u00e9cents, et notamment ceux qui sont survenus \u00e0 Paris en novembre 2015, une \u00e9laboration proprement m\u00e9tapsychologique serait beaucoup plus ambitieuse que ce que je peux dire aujourd\u2019hui. Pour que nos r\u00e9flexions soient pertinentes,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[530],"auteur":[1601],"dossier":[532],"mode":[60],"revue":[533],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10349","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-terrorisme","auteur-dominique-bourdin","dossier-terreur-et-terrorisme","mode-payant","revue-533","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10349","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10349"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10349\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16116,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10349\/revisions\/16116"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10349"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10349"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10349"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10349"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10349"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10349"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10349"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10349"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}