{"id":10348,"date":"2021-08-22T07:31:49","date_gmt":"2021-08-22T05:31:49","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/travailler-avec-les-familles-durant-le-confinement-intimite-temporalite-et-tissage-des-liens-2\/"},"modified":"2021-09-15T09:27:01","modified_gmt":"2021-09-15T07:27:01","slug":"travailler-avec-les-familles-durant-le-confinement-intimite-temporalite-et-tissage-des-liens","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/travailler-avec-les-familles-durant-le-confinement-intimite-temporalite-et-tissage-des-liens\/","title":{"rendered":"Travailler avec les familles durant le confinement : intimit\u00e9, temporalit\u00e9 et tissage des liens"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le contexte<\/h2>\n\n\n\n<p>La p\u00e9riode que nous vivons est marqu\u00e9e par la Covid-19, et cela a impliqu\u00e9 beaucoup de choses dans la vie de tout le monde. Un stress et une angoisse importante ont \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9s autour de l\u2019id\u00e9e de la contamination, et o\u00f9 le contact, le rapport \u00e0 l\u2019autre, \u00e9tait potentiellement dangereux. Cela a conduit \u00e0 la situation du confinement. Situation que nous pouvons qualifier d\u2019in\u00e9dite, et qui a fait rupture dans la vie des sujets. Rupture de par la soudainet\u00e9 de l\u2019application de cette mesure, mais aussi et surtout par le changement radical que cela a provoqu\u00e9 dans la vie de chacun, o\u00f9 la routine quotidienne s\u2019est trouv\u00e9e remplac\u00e9e par l\u2019injonction de rester chez soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela a amen\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de repenser les liens avec les autres, mais surtout la mani\u00e8re d\u2019entretenir ces liens. La technologie a particuli\u00e8rement \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 contribution, et a permis de r\u00e9pondre, au moins en partie, \u00e0 cette n\u00e9cessit\u00e9 de maintien du lien entre les sujets. Les discussions sur application, les appels vid\u00e9o, les visio-conf\u00e9rences ont \u00e9t\u00e9 autant de moyens de rester en lien, en contact avec les autres, et l\u2019investissement qu\u2019il y eut autour de ces outils ne cesse alors de nous rappeler que l\u2019\u00eatre humain reste un \u00eatre social.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le dispositif<\/h2>\n\n\n\n<p>Lorsque la mesure du confinement a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e, la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir le lien se posait \u00e9galement pour les professionnels de sant\u00e9, qui voyaient, pour une partie d\u2019entre eux, leurs prises en charges s\u2019arr\u00eater d\u2019une mani\u00e8re brutale. C\u2019est face \u00e0 cette difficult\u00e9 que nous nous sommes retrouv\u00e9s confront\u00e9s. Travaillant dans un Centre d\u2019Action M\u00e9dico-Social Pr\u00e9coce (CAMSP), lieu prenant en charge des enfants \u00e2g\u00e9s de 0 \u00e0 6 ans en situation de handicap, la question de rester en contact avec les familles semblait primordiale. Selon les lieux, nous avons pu voir que diff\u00e9rentes solutions ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9es pour t\u00e2cher de r\u00e9pondre \u00e0 cette probl\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre structure, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de proposer des appels t\u00e9l\u00e9phoniques r\u00e9guliers aux familles. La r\u00e9gularit\u00e9 de ces appels variait en fonction de la volont\u00e9 des familles d\u2019\u00eatre contact\u00e9es, et des difficult\u00e9s qu\u2019elles pouvaient rencontrer. La fonction de ces appels \u00e9tait, \u00e0 l\u2019origine, de garder un contact avec les familles, mais \u00e9galement de venir les soutenir pendant cette p\u00e9riode qui s\u2019annon\u00e7ait difficile. Et au d\u00e9but de la mise en place de ce dispositif, nous nous interrogions sur comment les familles allaient pouvoir s\u2019en saisir.<\/p>\n\n\n\n<p>Au premier abord, la situation de l\u2019entretien t\u00e9l\u00e9phonique nous est parue \u00e9trange. Nous nous retrouvions avec une nouvelle situation \u00e0 apprivoiser et o\u00f9 nos rep\u00e8res habituels du cadre n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9sents. En effet, les psychologues \u00e9tant d\u00e9ploy\u00e9s sur le Centre Hospitalier auquel nous sommes rattach\u00e9s, nous ne pouvions donc pas mettre en place des rendez-vous t\u00e9l\u00e9phoniques r\u00e9guliers avec des horaires fixes ou convenus d\u2019avance. Et d\u2019un entretien \u00e0 un autre, nous nous retrouvions face \u00e0 des appels pouvant avoir des dur\u00e9es, des contenus et des demandes tr\u00e8s diff\u00e9rents, cela demandant une r\u00e9flexion constante et soutenue pour \u00e9laborer ce qu\u2019il se passait au cours de ceux-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tranget\u00e9 de la situation de l\u2019entretien t\u00e9l\u00e9phonique nous venait en partie d\u2019une absence de corps pr\u00e9sent dans la pi\u00e8ce, donnant la sensation de se situer dans une rencontre \u00ab&nbsp;<em>d\u00e9corpor\u00e9is\u00e9e<\/em><sup>1<\/sup>&nbsp;\u00bb, ce qui nous questionnait sur la pr\u00e9sence du langage non-verbal qui d\u2019ordinaire accompagne nos entretiens, mais \u00e9galement sur la pr\u00e9valence de la voix dans sa pr\u00e9sence et son absence (le silence), et dans son adresse et sa r\u00e9ception. Nous nous situons alors dans un espace du \u00ab&nbsp;non-voir<sup>2<\/sup>&nbsp;\u00bb o\u00f9 \u00ab&nbsp;seules les voix v\u00e9hiculent les personnes, seules les voix cr\u00e9ent des corps<sup>3<\/sup>&nbsp;\u00bb, et o\u00f9 \u00ab&nbsp;seule la sensorialit\u00e9 de la voix sert de m\u00e9diation au transfert<sup>4<\/sup>&nbsp;\u00bb. Ainsi, nous avions une pr\u00e9sence des patients durant les entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques, mais nous y trouvions \u00e9galement un investissement psychique de leur part durant ces entretiens, mais \u00e9galement de notre part puisqu\u2019il nous semblait devoir alors faire preuve d\u2019une plus grande concentration.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, ces entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques semblent avoir amen\u00e9 un changement de position dans la relation et le transfert entre les patients et nous. Une sorte d\u2019\u00e9quit\u00e9 ou d\u2019\u00e9galit\u00e9 s\u2019est install\u00e9e facilitant pour certains parents l\u2019\u00e9change. Nous pouvons imaginer, entrevoir, que de communiquer de t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 t\u00e9l\u00e9phone, d\u2019un bureau qui est le n\u00f4tre \u00e0 chez eux, a pu restaurer un certain \u00e9quilibre dans la relation. Cela nous faisant sortir d\u2019une position pouvant \u00eatre v\u00e9cue par les parents comme surplombante. Il est probable que le partage d\u2019une m\u00eame exp\u00e9rience, celle du confinement et d\u2019avoir \u00e0 faire avec le virus ait \u00e9galement agi dans ce sens, et c\u2019est un th\u00e8me qui a pu venir dans plusieurs entretiens.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019intimit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>La question de l\u2019intimit\u00e9 intervient de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale dans le travail du psychologue, mais lorsque s\u2019est install\u00e9e la situation des entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques, elle prit pour nous une autre mesure. En effet, nous \u00e9tions, sauf quelques exceptions, \u00e0 l\u2019initiative de ces appels et entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques, et cela nous donnait en partie l\u2019impression d\u2019entrer chez les personnes que nous pouvions appeler, cela \u00e0 des jours et des horaires diff\u00e9rents. L\u2019id\u00e9e de l\u2019intrusion pouvait alors prendre forme, et elle \u00e9tait questionn\u00e9e par l\u2019\u00e9quipe ne serait-ce qu\u2019en se demandant \u00e0 partir de quelle heure une famille pouvait \u00eatre appel\u00e9e ou non. Il s\u2019agissait alors de chercher \u00e0 retrouver, recr\u00e9er de nouvelles \u00ab&nbsp;<em>conditions d\u2019une intimit\u00e9 partag\u00e9e, mais sans que le patient ait jamais le sentiment d\u2019une intrusion<\/em><sup>5<\/sup>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela d\u2019autant que cette question de l\u2019intrusion trouvait une certaine r\u00e9sonnance dans ce qui \u00e9tait v\u00e9cu par les familles car elles vivaient alors une situation de huis clos au domicile. Tous les membres d\u2019une m\u00eame famille se retrouvant alors \u00e0 partager un m\u00eame espace, la maison, sur une temporalit\u00e9 plus longue que d\u2019ordinaire, et avec peu de possibilit\u00e9 de sortie. Et la r\u00e9sonance de cette th\u00e9matique de l\u2019intrusion chez les familles, nous l\u2019avons trouv\u00e9e peut-\u00eatre \u00e0 contre-sens de ce \u00e0 quoi nous nous attendions.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les familles se sont, en majorit\u00e9, montr\u00e9es demandeuses d\u2019\u00eatre contact\u00e9es, et se sont saisies des appels quand ils avaient lieu. Et l\u2019intrusion, si elle existait, n\u2019\u00e9tait pas per\u00e7ue dans un sens p\u00e9joratif et agressif. Les entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques pouvaient \u00eatre d\u00e9crits comme des bouff\u00e9es d\u2019air, des moments o\u00f9 il \u00e9tait possible de sortir de l\u2019ambiance de la maison, de pouvoir entendre \u00ab&nbsp;quelqu\u2019un d\u2019autre&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;une autre personne&nbsp;\u00bb. Dans ces propos, nous pouvions d\u00e9celer une tendance mortif\u00e8re face \u00e0 cette situation de confinement qui avait besoin d\u2019ext\u00e9rieur pour remettre de la vie, de la pulsion, dans cette dynamique qui tournait \u00e0 circuit ferm\u00e9. Ainsi, le d\u00e9but de ces entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques \u00e9taient souvent mis au service d\u2019\u00e9vacuer le v\u00e9cu de la situation du confinement.<\/p>\n\n\n\n<p>Et cela nous fait nous poser la question&nbsp;: \u00e0 quelle place nous \u00e9tions&nbsp;? En premier lieu, nous pouvons dire que nous \u00e9tions \u00e0 une place de t\u00e9moin, t\u00e9moin de tout ce que nous entendions, les paroles adress\u00e9es, des deux c\u00f4t\u00e9s, et le fond sonore en arri\u00e8re-plan. Percevoir tous ces sons sans savoir si la personne a conscience que nous pouvons les entendre, ce qui pouvait nous mettre dans le r\u00f4le de l\u2019intrus qui assiste \u00e0 quelque chose auquel il ne devrait pas avoir acc\u00e8s. De plus, il est une chose de travailler sur des \u00e9l\u00e9ments du quotidien en s\u00e9ance, mais y assister d\u2019une certaine mani\u00e8re par le biais du t\u00e9l\u00e9phone en est une autre. Nous \u00e9tions alors \u00e0 une place d\u2019observateur, o\u00f9 sans se montrer intrusif, nous pouvions alors donner \u00e0 penser sur la situation aux parents, et les accompagner dans un travail d\u2019\u00e9laboration. Mais nous pouvions \u00e9galement \u00eatre comme amen\u00e9s dans la famille lorsque le parent nous mettait en haut-parleur.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Temporalit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Ces interrogations avaient lieu pendant ce moment particulier du confinement o\u00f9 le temps pouvait sembler comme ralenti, voir suspendu. En effet, nous avons pu observer que certaines familles, face \u00e0 une situation qui peut \u00eatre d\u00e9crite comme inqui\u00e9tante et angoissante, se sont comme repli\u00e9es sur elles-m\u00eames. Cette p\u00e9riode s\u2019est vue alors transform\u00e9e, en une bulle, un temps suspendu, partag\u00e9 par toute la famille. Ce temps suspendu li\u00e9 \u00e0 la situation du confinement a permis aux familles de laisser de c\u00f4t\u00e9 un stress quotidien li\u00e9 \u00e0 des probl\u00e9matiques d\u2019horaires par exemple (arriver \u00e0 l\u2019heure \u00e0 un rendez-vous), cela profitant autant aux parents qu\u2019aux enfants avec des moments de retrouvailles familiales.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce temps suspendu nous rappelle en partie le temps libre de Minkowski, temps \u00ab&nbsp;<em>qui nous permet de nous d\u00e9tendre r\u00e9ellement, de contempler la vie ambiante et de nous confondre avec elle, de rester en t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec nous-m\u00eames en plongeant notre regard jusqu\u2019au fond de notre \u00eatre, de r\u00e9fl\u00e9chir enfin<\/em><sup>6<\/sup>&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s le confinement, nous avons pu constater \u00e0 quel point pour certains enfants, et pour certaines familles, ce temps leur avait \u00e9t\u00e9 profitable, leur permettant de s\u2019apaiser, et pour certains enfants de retrouver une s\u00e9curit\u00e9 interne dans un environnement o\u00f9 leur rythme est respect\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce temps suspendu a permis de respecter le temps des enfants, mais \u00e9galement celui des parents. En effet, au cours des entretiens, nous avons pu constater que tout ce que nous pouvions apporter aux familles, dans le cadre des prises en charges, pouvait se montrer autant riche qu\u2019envahissant, voir angoissant, et que le temps pour \u00ab&nbsp;dig\u00e9rer&nbsp;\u00bb les informations n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment pr\u00e9sent. Ainsi, la maman d\u2019une petite fille pr\u00e9sentant un retard, notamment moteur, global de d\u00e9veloppement a pu exprimer qu\u2019avant, elle \u00e9tait tellement parasit\u00e9e par les comp\u00e9tences que sa fille devrait avoir vis-\u00e0-vis des enfants de son \u00e2ge, et par les exercices qu\u2019elle nous voyait faire en s\u00e9ance et qu\u2019elle essayait de reproduire \u00e0 la maison, qu\u2019elle n\u2019arrivait plus \u00e0 \u00eatre en relation avec sa fille que sur un mode d\u2019\u00e9valuation et d\u2019attente de performance. Ce temps suspendu lui a alors permis de poser des mots sur cette difficult\u00e9, et de retrouver plus de spontan\u00e9it\u00e9 dans la relation avec sa fille.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, ce temps suspendu fut aussi un temps d\u2019\u00e9laboration, temps d\u2019\u00e9laboration accompagn\u00e9 par le dispositif que nous proposions, les entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques. En effet, avec ce temps suspendu, cette bulle que nous d\u00e9crivions plus haut, les familles purent se recentrer sur elles, mais elles furent \u00e9galement, pour certaines, confront\u00e9es plus intens\u00e9ment \u00e0 leurs difficult\u00e9s. Avec certaines familles, il fut possible d\u2019accompagner les mouvements qu\u2019elles vivaient au cours des entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques, qui parfois duraient plus longtemps qu\u2019une s\u00e9ance ordinaire. L\u2019accompagnement de ces mouvements se situant alors dans une mise en mot de ce qui \u00e9tait v\u00e9cu, afin de donner lieu \u00e0 un travail de liaison et d\u2019\u00e9laboration.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Tissage de lien<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce travail de liaison et d\u2019\u00e9laboration que nous d\u00e9crivons se verrait r\u00e9sum\u00e9 par l\u2019image du tissage. Un tissage de lien dans la famille \u00e0 partir de notre position ext\u00e9rieure, physiquement et psychiquement. Et c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 nous trouvons peut-\u00eatre la r\u00e9ponse \u00e0 la question de la place que nous posions auparavant, celle d\u2019un regard ext\u00e9rieur donnant \u00e0 voir et \u00e0 penser sur ce qu\u2019il se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Nous occupions alors sur la sc\u00e8ne psychique la place du tiers venant se placer entre les \u00e9l\u00e9ments de la relation, ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9, dans une dimension triangulaire pour les lier, permettre une mise en perspective et faire advenir des repr\u00e9sentations.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, par ce travail de liaison, nous soutenions la mise en place de processus tertiaire, \u00ab&nbsp;<em>processus de liaison entre les processus primaires et les processus secondaires<\/em><sup>7<\/sup>&nbsp;\u00bb comme le dit Andr\u00e9 Green, et cela tout en assurant dans ce travail une \u00ab&nbsp;<em>fonction contenante, pare-excitante, de holding, etc., ou encore sa fonction de Surmoi limitant et tut\u00e9laire &#8211; autant de fonctions soutenues par la tierc\u00e9it\u00e9 et permettant dans un second temps l\u2019\u00e9mergence de ce qui est repr\u00e9sentable pour le patient<\/em><sup>8<\/sup>&nbsp;\u00bb. L\u2019id\u00e9e \u00e9tant alors de mettre en place un travail de \u00ab&nbsp;<em>holding pour l\u2019associativit\u00e9<\/em><sup>9<\/sup>&nbsp;\u00bb durant une p\u00e9riode qui le permit pour certaines familles.<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenant tout cela, nous nous rendons alors compte qu\u2019il fut possible de faire plus que de \u00ab&nbsp;rester en contact&nbsp;\u00bb. En effet, par ce temps particulier, que nous avons rapproch\u00e9 du temps libre de Minkowski, temps permettant de plonger \u00ab&nbsp;<em>jusqu\u2019au fond de notre \u00eatre<\/em><sup>10<\/sup>&nbsp;\u00bb, nous avons \u00e9galement pu travailler avec les parents qui pour certains pr\u00e9sentaient un \u00e9tat psychique comparable \u00e0 la transparence psychique d\u00e9crite par Monique Bydlowski<sup>11<\/sup>. Ce travail prenant alors sens et trouvant \u00e9cho dans la relation parent-enfant. Bien entendu, cela ne refl\u00e8te qu\u2019une partie de notre travail qui a pu \u00eatre poursuivi par ce biais, et qui ne concerne pas toutes les familles que nous avons en suivi. De plus, nous nous sommes trouv\u00e9s confront\u00e9s \u00e0 la difficult\u00e9 de poursuivre les suivis individuels avec les enfants au t\u00e9l\u00e9phone, ce qui pour nous \u00e9tait une limite importante \u00e0 cette pratique de l\u2019entretien t\u00e9l\u00e9phonique.<\/p>\n\n\n\n<p>La reprise des suivis en pr\u00e9sentiel fut marqu\u00e9e par deux points, importants pour nous, d\u2019une part, la reprise des suivis individuels des enfants, et d\u2019autre part, la mise en place de protocole sanitaire, dont le port du masque et de la tenue hospitali\u00e8re n\u2019en sont qu\u2019une partie. Il \u00e9tait alors n\u00e9cessaire, dans cette reprise, de penser ces nouvelles conditions, dans un contexte qui restait celui de la Covid-19, mais qui n\u2019\u00e9tait plus celui du confinement, et dans lequel nous perdions ce temps suspendu, et en int\u00e9grant ce qui avait pu \u00eatre fait durant le confinement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, nous faisons d\u00e9j\u00e0 le constat que cette p\u00e9riode fut particuli\u00e8re, et qu\u2019elle a permis au cours d\u2019un travail de repr\u00e9sentation \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments d\u2019\u00e9merger chez certains parents que nous suivons. La poursuite de ce travail ne fut pas forc\u00e9ment simple du fait de conditions mat\u00e9rielles, mais \u00e9galement de la perte de cet \u00e9tat particulier qui a eu lieu durant la p\u00e9riode de confinement.<\/p>\n\n\n\n<p>Car bien que nous puissions trouver un changement dans la relation avec les parents, o\u00f9 ce travail a pu avoir lieu, l\u2019intimit\u00e9 partag\u00e9e dont nous parlions se retrouvant toujours, il n\u2019a pas forc\u00e9ment \u00e9t\u00e9 possible de poursuivre ce travail de mise en repr\u00e9sentation par le biais du face-\u00e0-face, ce qui nous interroge sur de possibles failles narcissiques rendant compliqu\u00e9e la situation en face-\u00e0-face, mais permettant d\u2019investir l\u2019espace de l\u2019entretien t\u00e9l\u00e9phonique. Cela entre \u00e9galement en r\u00e9sonance, mais sur un autre versant, avec les parents o\u00f9 le regard en situation de face-\u00e0-face est v\u00e9cu comme soutenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure sur cette exp\u00e9rience, qu\u2019il conviendrait de poursuivre, nous pouvons constater \u00e0 quel point il est n\u00e9cessaire pour le psychologue d\u2019\u00eatre ouvert aux diff\u00e9rents moyens de mener une pratique clinique, et sur une adaptabilit\u00e9 \u00e0 avoir, cela toujours dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du patient. Suite \u00e0 cette p\u00e9riode, o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 un changement de pratique, nous avons pu constater l\u2019int\u00e9r\u00eat de la pratique de l\u2019entretien t\u00e9l\u00e9phonique, et cela nous rappelle la n\u00e9cessit\u00e9 de pouvoir \u00eatre souple dans notre mani\u00e8re de travailler, et qu\u2019il puisse y avoir une valorisation de ce travail en institution.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Comblez S., \u00ab&nbsp;Psychologue sur une ligne d\u2019\u00e9coute, une rencontre \u201cd\u00e9corpor\u00e9is\u00e9e\u201d\u00bb, <em>Le journal des psychologues<\/em>, 2009\/4, N\u00b0167, pp. 40-44.<\/li><li>Holleux A., Da Silva, \u00ab&nbsp;Une \u00e9coute suffisamment bonne&nbsp;\u00bb, <em>Le journal des psychologues<\/em>, 2009\/4, N\u00b0167, p. 52.<\/li><li><em>Ibid<\/em>., p. 52.<\/li><li>Comblez S., \u00ab&nbsp;Psychologue sur une ligne d\u2019\u00e9coute, une rencontre \u201cd\u00e9corpor\u00e9is\u00e9e\u201d&nbsp;\u00bb, <em>op. cit.<\/em>, p. 43.<\/li><li>Perrin-Constantino C., Verdon B., \u00ab&nbsp;L\u2019intimit\u00e9 du patient \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des \u00e9changes dans l\u2019\u00e9quipe&nbsp;: Le bilan psychologique et la prise en charge th\u00e9rapeutique&nbsp;\u00bb, <em>Cliniques<\/em>, 2020\/1, N\u00b019, p.192.<\/li><li>Minkowski E. (1933), <em>Le temps v\u00e9cu<\/em>, PUF, Paris, 1995, p. 2.<\/li><li>Green A., <em>Id\u00e9es directrices pour une psychanalyse contemporaine<\/em>, PUF, Paris, 2002, p. 252.<\/li><li>Odi M., \u00ab&nbsp;Notes th\u00e9oriques et cliniques sur la tierc\u00e9it\u00e9&nbsp;\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 2005\/3, Vol. 69 p. 863.<\/li><li>Odi M., \u00ab&nbsp;Notes th\u00e9oriques et cliniques sur la tierc\u00e9it\u00e9&nbsp;\u00bb, <em>op. cit.<\/em>, p. 863.<\/li><li>Minkowski E. (1933), <em>Le temps v\u00e9cu<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 2.<\/li><li>Bydlowski M., <em>La dette de vie<\/em>, PUF, 1997.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Bydlowki M.,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">La dette de vie<\/em>, PUF, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p>Comblez S., \u00ab&nbsp;Psychologue sur une ligne d\u2019\u00e9coute, une rencontre \u201cd\u00e9corpor\u00e9is\u00e9e\u201d&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le journal des psychologues<\/em>, 2009\/4, N\u00b0167, pp. 40-44.<\/p>\n\n\n\n<p>Holleaux A., Da Silva E., \u00ab&nbsp;Une \u00e9coute suffisamment bonne&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le journal des psychologues<\/em>, 2009, N\u00b0267, pp. 50-53.<\/p>\n\n\n\n<p>Green A.,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Id\u00e9es directrices pour une psychanalyse contemporaine<\/em>, PUF, Paris, 2002.<\/p>\n\n\n\n<p>Minkowski E., (1933),&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le temps v\u00e9cu<\/em>, PUF, Paris, 1995. Odi M., \u00ab&nbsp;Notes th\u00e9oriques et cliniques sur la tierc\u00e9it\u00e9&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 2005\/3, Vol. 69, pp. 861-868.<\/p>\n\n\n\n<p>Perrin-Constantino C., Verdon B., \u00ab&nbsp;L\u2019intimit\u00e9 du patient \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des \u00e9changes dans l\u2019\u00e9quipe&nbsp;: le bilan psychologique et la prise en charge th\u00e9rapeutique&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Cliniques<\/em>, 2020\/1, N\u00b019, pp. 189-205.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10348?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le contexte La p\u00e9riode que nous vivons est marqu\u00e9e par la Covid-19, et cela a impliqu\u00e9 beaucoup de choses dans la vie de tout le monde. Un stress et une angoisse importante ont \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9s autour de l\u2019id\u00e9e de la&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1225,1223],"thematique":[473],"auteur":[1415],"dossier":[479],"mode":[60],"revue":[480],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10348","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-dispositif","rubrique-perinatalite","thematique-covid","auteur-erwan-jolly","dossier-les-bebes-invisibles-et-leurs-parents-dans-le-contexte-de-la-pandemie-covid-19","mode-payant","revue-480","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10348","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10348"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10348\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13255,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10348\/revisions\/13255"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10348"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10348"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10348"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10348"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10348"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10348"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10348"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10348"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10348"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}