{"id":10344,"date":"2021-08-22T07:31:49","date_gmt":"2021-08-22T05:31:49","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/rene-roussillon-et-ses-ecrivains-2\/"},"modified":"2021-10-02T11:44:16","modified_gmt":"2021-10-02T09:44:16","slug":"rene-roussillon-et-ses-ecrivains","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/rene-roussillon-et-ses-ecrivains\/","title":{"rendered":"Ren\u00e9 Roussillon, et ses \u00e9crivains"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet et on ne conna\u00eet pas ses coll\u00e8gues. Lorsqu\u2019il s\u2019agit de parler d\u2019eux, on se rend compte que l\u2019on a pu les c\u00f4toyer durant des d\u00e9cennies (j\u2019ai aussi eu Ren\u00e9 Roussillon comme enseignant lors de mes ann\u00e9es lyonnaises de formation) et que, finalement, on en sait bien peu. Aussi mon titre demanderait \u00e0 \u00eatre resserr\u00e9&nbsp;: Ren\u00e9 Roussillon et ses \u00e9crivains dans ses publications. A bien y r\u00e9fl\u00e9chir, il faudrait sans doute encore pr\u00e9ciser que le plus souvent ce sont moins les \u00e9crivains que les \u0153uvres qui retiennent l\u2019attention de R. Roussillon. Pour ce qui est des humains, des personnes, ce qui, dans ses \u00e9crits, retient le plus son attention, ce sont les patients, les siens et ceux dont les professionnels lui parlent en supervision. Sur le rapport aux \u0153uvres artistiques, alors que je butais sur des questions de m\u00e9thodologie lors de la r\u00e9daction mon <em>Habilitation \u00e0 Diriger des Recherches<\/em> faite avec son accompagnement, R. Roussillon m\u2019a propos\u00e9 une cl\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 D. Anzieu. A propos du travail de ce dernier, il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un champ sert \u00e0 \u00e9clairer un autre, le mat\u00e9riel clinique construit \u00e0 partir d\u2019un champ enrichit celui obtenu \u00e0 partir d\u2019un autre, sans antagonisme et sans confusion m\u00e9thodologique. [&#8230;] il s\u2019agit beaucoup plus d\u2019un croisement, f\u00e9cond pour la clinique, de deux ou plusieurs d\u00e9marches. D. Anzieu le soulignait lui-m\u00eame, le fait clinique, pour \u00eatre av\u00e9r\u00e9, doit pouvoir \u00eatre \u00ab&nbsp;observ\u00e9&nbsp;\u00bb dans diff\u00e9rents dispositifs&nbsp;\u00bb qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019entretien clinique, des m\u00e9thodes projectives, de la cure, du groupe, des \u0153uvres de culture&#8230; Alors que certains psychanalystes sont passionn\u00e9s de litt\u00e9rature, il me semble que tel n\u2019est pas l\u2019enjeu pour R. Roussillon. Il cherche des interlocuteurs dans la perspective moins de penser contre (sans l\u2019exclure) que de penser avec&nbsp;: qu\u2019est-ce que tel livre, \u0153uvre, auteur, l\u2019oblige \u00e0 penser qu\u2019il n\u2019avait pas pens\u00e9&nbsp;? La pens\u00e9e de R. Roussillon \u00e0 cet \u00e9gard est une pens\u00e9e int\u00e9grative&nbsp;: qu\u2019est-ce que cette pens\u00e9e, cette \u0153uvre, l\u2019oblige \u00e0 penser et\/ou lui apporte qu\u2019il ne savait pas ou n\u2019avait pas suffisamment explicit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Lors d\u2019un \u00e9change au colloque <em>Narcissisme et cr\u00e9ation<\/em> en septembre 2014 \u00e0 Istanbul un d\u00e9bat apparut&nbsp;: choisissons-nous toujours des \u0153uvres qui nous \u00ab&nbsp;parlent&nbsp;\u00bb (j\u2019y reviendrai plus loin avec <em>Richard III<\/em>)&nbsp;? Forc\u00e9ment, dira-t-on. Mais alors, illustrent-elles le d\u00e9j\u00e0 su, le d\u00e9j\u00e0 compris, ou exigent-elles un nouvel effort de pens\u00e9e qui permette de ne pas ramener le texte \u00e0 ce que l\u2019on sait ou \u00e0 ce que l\u2019on croit, sans se laisser d\u00e9ranger par lui&nbsp;? Ou encore, ces \u0153uvres ont-elles pour objectif de fournir des preuves dans d\u2019autres champs que le champ initial qui les a suscit\u00e9es, ainsi que le propose R. Roussillon avec D. Anzieu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ren\u00e9 Roussillon et quelques \u0153uvres<\/h2>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas lu tout R. Roussillon. De plus, ici, j\u2019ai fait le choix de me limiter au champ de la litt\u00e9rature, comme j\u2019ai choisi de ne pas inclure les textes sur la cr\u00e9ation qui ne s\u2019appuient pas sur des cr\u00e9ateurs ou des \u0153uvres. Aussi vous proposerai-je une promenade ponctu\u00e9e de quelques points forts, de ces \u0153uvres qui semblent pour lui in\u00e9vitables tant elles entrent en dialogue avec son travail. A la mani\u00e8re du professeur de litt\u00e9rature et psychanalyste Pierre Bayard (<em>Peut-on appliquer la litt\u00e9rature \u00e0 la psychanalyse&nbsp;?, Le plagiat par anticipation<\/em>, \u2026), j\u2019ai pens\u00e9 r\u00e9cemment, lors de la communication de R. Roussillon au colloque d\u2019Istanbul, \u00ab&nbsp;Shakespeare a lu Roussillon&nbsp;\u00bb. Je sais bien que non mais cela montre en revanche sur quel fond culturel R. Roussillon pense. Ce fond aide chacun \u00e0 symboliser soit en lui faisant faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019un travail personnel, soit en apportant des \u00e9l\u00e9ments au travail personnel de symbolisation, mais il s\u2019agit ici d\u2019autre chose. En effet, R. Roussillon, comme d\u2019autres \u00e0 cet \u00e9gard, se propose de faire un pas de c\u00f4t\u00e9 pour rendre explicite la repr\u00e9sentation, la th\u00e9orie implicite, port\u00e9e par l\u2019\u0153uvre dans un vocabulaire, voire dans un r\u00e9f\u00e9rentiel, autre que celui de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque j\u2019ai voulu organiser mon propos, j\u2019ai bien entendu cherch\u00e9 un plan. Je suis arriv\u00e9 \u00e0 celui-ci, dont je n\u2019\u00e9tais pas m\u00e9content. Dans une premi\u00e8re partie, les textes dans lesquels R. Roussillon \u00e9taye sur des \u0153uvres litt\u00e9raires sa th\u00e9orisation de la symbolisation, de ses al\u00e9as et de ses \u00e9checs \u00e0 partir de <em>Alice au pays des merveilles<\/em> ou de <em>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir<\/em>, de M. Proust, de L-F. C\u00e9line. Dans une deuxi\u00e8me partie ceux dans lesquels il mod\u00e9lisait le rapport aux \u0153uvres, la r\u00e9ception, en appui sur I. Calvino&nbsp;; mais d\u00e9j\u00e0 cette partie pourrait \u00eatre une sous partie de la premi\u00e8re ou de la troisi\u00e8me&nbsp;! Dans une troisi\u00e8me partie, enfin, ceux o\u00f9 il pensait les souffrances narcissiques identitaires \u00e0 la lumi\u00e8re des \u0153uvres&nbsp;: je pense en particulier au travail sur A. Camus et sur le <em>Richard III<\/em> de Shakespeare. Finalement ce plan, que je conserverai tout de m\u00eame pour des besoins de clart\u00e9, m\u2019apparut bien r\u00e9ducteur. D\u2019une part car il y a des fils, ceux-l\u00e0 m\u00eame qui animent la pens\u00e9e et la recherche de R. Roussillon, qui courent d\u2019un texte \u00e0 l\u2019autre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autre part car on pourrait aussi lire ces textes de R. Roussillon comme des histoires de rencontres avec des passeurs de textes, d\u2019auteurs&nbsp;: Alain Ferrant pour C\u00e9line, Christine Serre pour Val\u00e8re Novarina, d\u2019autres encore que je ne connais pas, coll\u00e8gues, \u00e9tudiants, amis \u2026 Enfin parce que ces textes sont de diff\u00e9rents styles&nbsp;: si certains sont classiquement psychanalytiques, d\u2019autres racontent une histoire, d\u2019autres encore jouent avec le texte, l\u2019auteur (Calvino, Novarina)\u2026 Car c\u2019est avec ses contemporains que joue Ren\u00e9 Roussillon&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La th\u00e9orisation de la symbolisation<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans son article sur <em>La mat\u00e9rialit\u00e9 du mot<\/em>, paru en revue et repris dans <em>Agonie, clivage et symbolisation<\/em>, R. Roussillon s\u2019arr\u00eate sur <em>Alice<\/em> de L. Carroll. Bien s\u00fbr, Lewis Carroll, merveilleux conteur, est aussi un grand logicien, entre autres choses, avait tout pour plaire \u00e0 R. Roussillon. Dans cet article, ce dernier questionne l\u2019accrochage du langage \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, aux choses&nbsp;: le travail sur les processus de la symbolisation et les achoppements de ceux-ci tels qu\u2019ils sont repr\u00e9sent\u00e9s dans la litt\u00e9rature dans le meilleur des cas au niveau \u00ab&nbsp;m\u00e9ta&nbsp;\u00bb cher \u00e0 R. Roussillon&nbsp;: symbolisation de la symbolisation mais aussi des \u00e9checs ou des difficult\u00e9s de celle-ci. Dans un dialogue \u00e0 distance avec Lacan et l\u2019arbitraire du signe, dans un approfondissement implicite aussi de P. Aulagnier qui chemina un temps avec Lacan et s\u2019en s\u00e9para entre autres sur les questions de la symbolisation, dans un dialogue aussi avec le Green du rapport sur le langage, il repense l\u2019articulation mot\/chose dans la petite enfance et durant la latence (\u00e2ge d\u2019Alice). En effet Humpty-Dumpty, avec lequel Alice dialogue et qui figure la toute-puissance de l\u2019enfant face au langage dont il veut \u00eatre le ma\u00eetre, au fur et \u00e0 mesure de ses \u00e9changes avec Alice, laisse percevoir ce que R. Roussillon pense comme \u00ab&nbsp;un rapport transitionnel entre repr\u00e9sentation de chose et repr\u00e9sentation de mot&nbsp;\u00bb. Ceci suppose de penser la mani\u00e8re dont l\u2019enfant acquiert, s\u2019approprie le langage comme mati\u00e8re suffisamment mall\u00e9able, avant d\u2019oublier cette histoire au profit de l\u2019arbitraire du signe. Au fond, dans ce texte, R. Roussillon approfondit sa propre th\u00e9orisation en relisant et en explicitant ce qui est \u00e9crit par L. Carroll dont il est raisonnable de penser qu\u2019en bon logicien, il \u00e9tait ma\u00eetre d\u2019un certain nombre des enjeux de son texte.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une th\u00e9orie de la r\u00e9ception<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans <em>Emprise et d\u00e9prise&nbsp;: \u00e0 propos de&nbsp;: Si par une nuit d\u2019hiver un voyageur\u2026d\u2019Italo Calvino<\/em>, (2008), l\u2019\u00e9criture de R. Roussillon met en ab\u00eeme une conf\u00e9rence avec le texte de Calvino, y ins\u00e9rant des didascalies. Il y propose un travail sur \u00ab&nbsp;l\u2019auteur et le lecteur&nbsp;: fa\u00e7ons d\u2019emprise&nbsp;\u00bb et y reprend \u00e0 sa fa\u00e7on l\u2019histoire du rapport de l\u2019homme aux \u0153uvres, avec une centration particuli\u00e8re sur la deuxi\u00e8me partie du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;: centration sur le lecteur, le texte, la cr\u00e9ation. Il y critique aussi I. Calvino, car celui-ci serait \u00ab&nbsp;intelligent, presque trop&nbsp;\u00bb de conna\u00eetre les courants de la critique et d\u2019en jouer. Pourtant il y a un autre Calvino, grand conteur, qui devrait plaire \u00e0 R. Roussillon. D\u2019ailleurs, il cite ce Calvino-l\u00e0 qui lui fait un clin d\u2019\u0153il, voire l\u2019assigne \u00e0 \u00e9crire, le Calvino du \u00ab&nbsp;Chevalier inexistant&nbsp;\u00bb qui se nomme R. (pour Raymond) de Roussillon. Le travail de notre Roussillon (sans particule) est virtuose, \u00ab&nbsp;intelligent, presque trop&nbsp;\u00bb, qui, une fois n\u2019est pas coutume, joue le style et avec le style, la construction d\u2019I. Calvino, afin de penser la mani\u00e8re dont celui-ci essaie de maintenir narcissiquement son emprise d\u2019auteur sur un lecteur de plus en plus averti et critique. Nous retrouvons, toujours dans la lign\u00e9e freudienne de l\u2019auteur qui sait avant le psychanalyste, l\u2019id\u00e9e que \u00ab&nbsp;I. Calvino sait tout de l\u2019appareil d\u2019emprise que d\u00e9crit Freud dans <em>Les trois essais<\/em>&nbsp;\u00bb. Mais Calvino, du moins tel que lu par Roussillon, en sait un peu plus que Freud, d\u00e8s lors qu\u2019il rep\u00e8re que la forme premi\u00e8re de l\u2019emprise n\u2019est pas le cannibalisme mais le vampirisme. R. Roussillon a raison de souligner que l\u2019on ne peut plus lire les \u0153uvres comme si leurs auteurs \u00e9taient na\u00effs, exempts de savoir (et parfois d\u2019exp\u00e9rience) psychanalytique. En ce sens, par l\u2019emprise, Calvino se prot\u00e8ge sans doute des critiques, des lectures de son \u0153uvre qui pourraient lui \u00e9chapper. Au fond, dans cet article, Calvino et Roussillon jouent \u00e0 qui sera le plus malin.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette question de la r\u00e9ception est aussi d\u00e9velopp\u00e9e dans le chapitre <em>La rh\u00e9torique de l\u2019influence<\/em>, publi\u00e9 dans <em>Agonie, clivage et symbolisation<\/em>, cette fois avec Proust pour le souffle inscrit dans le rythme du texte et avec C\u00e9line pour le transfert par retournement sur le lecteur. Sans oublier ce qui fut sans doute une lecture d\u2019enfance du petit Ren\u00e9, <em>Tintin et le capitaine Haddock<\/em> jurant \u00e0 coup d\u2019anacoluthes&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les souffrances narcissiques identitaires<\/h2>\n\n\n\n<p>Cela commence avec un conte d\u2019Andersen un conte terrible&nbsp;: <em>La reine des glaces<\/em> ou <em>La reine des neiges<\/em> qui permet \u00e0 R. Roussillon de mettre en r\u00e9cit ses concepts, sa conception de certains fonctionnements de l\u2019appareil psychique. En effet ce conte met en jeu le paradoxe, le retournement, le gel m\u00e9lancolique des affects, mais aussi des voies th\u00e9rapeutiques. Ren\u00e9 Roussillon explique qu\u2019il se demande toujours lorsqu\u2019il fait une conf\u00e9rence comment il va raconter ce qu\u2019il a \u00e0 dire, mettant ainsi en tension, dans son travail de symbolisation personnel, pens\u00e9e narrative et pens\u00e9e conceptuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son travail <em>Don Juan, Freud et l\u2019homme de pierre<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 au colloque <em>Cr\u00e9ation<\/em> (Lyon 2013), R. Roussillon propose de faire \u00ab&nbsp;une recherche par l\u2019art&nbsp;\u00bb en ce sens que l\u2019art symbolise et explore la symbolisation et ses formes. M\u00e9thodologiquement, il effectue une lecture polyphonique de <em>Don Juan<\/em> en travaillant sur diff\u00e9rentes versions avec l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019elles s\u2019\u00e9clairent les unes les autres dans le dit comme dans ce qui es-tu. La m\u00e9thode n\u2019est pas sans \u00e9voquer celle de D. Anzieu sur le mythe d\u2019\u0152dipe ou celle de G. Steiner dans <em>Les Antigones<\/em>. Croisant la question de la r\u00e9ception, il rejoint celle de l\u2019emprise (th\u00e9oris\u00e9e aussi par l\u2019ami Alain Ferrant)&nbsp;: <em>Don Juan<\/em> court de femme en femme, sur lesquelles il exerce son emprise, par crainte du retournement de cette emprise, par crainte de devenir l\u2019objet de l\u2019emprise f\u00e9minine. Puis il d\u00e9gage, s\u2019appuyant sur des d\u00e9tails du texte, la ligne de la m\u00e9lancolie que <em>Don Juan<\/em> fuit de fa\u00e7on maniaque et qui se r\u00e9v\u00e8le dans la rencontre avec la statue du commandeur, avec l\u2019homme de pierre dont R. Roussillon lit le r\u00e9veil comme un signifiant formel (on reconna\u00eet l\u00e0 son int\u00e9r\u00eat, d\u00e9velopp\u00e9 depuis, pour les formes primaires de la symbolisation)&nbsp;: \u00ab&nbsp;un corps inanim\u00e9 s\u2019anime&nbsp;\u00bb, ce qui le conduit \u00e0 se demander ce qui revient de la mort. Pour ce faire, il fait r\u00e9sonner ceci avec les statues, et en particulier avec les statues qui s\u2019animent chez Freud&nbsp;: celle de la <em>Gradiva<\/em> (auto-repr\u00e9sentation de ses propres processus d\u2019ensevelissement par Norbert Hanold puis d\u00e9sensevelissement), celle de Mo\u00efse, celle du p\u00e8re tot\u00e9mis\u00e9 de la horde primitive\u2026 Puis, creusant une piste fort parlante cliniquement, il soutient l\u2019id\u00e9e que ce qui est central dans <em>Don Juan<\/em>, c\u2019est la vengeance et son pendant, la d\u00e9ception primaire. <em>Don Juan<\/em> suscite la vengeance, lui qui se venge d\u2019une d\u00e9ception narcissique primaire, dans un \u00ab&nbsp;retournement actif-passif typique des d\u00e9fenses narcissiques&nbsp;\u00bb. <em>In fine<\/em>, en \u00e9cho pour moi \u00e0 son d\u00e9part \u00e0 la retraite universitaire qui nous r\u00e9unit et \u00e0 son <em>Voyager dans le temps<\/em> (1992), R. Roussillon articule <em>Don Juan<\/em> \u00e0 la question du vieillissement&nbsp;: ce temps o\u00f9 la solution adolescente ne tient plus (la s\u00e9duction et le retournement par le sexuel), o\u00f9 \u00ab&nbsp;ce qui avait \u00e9t\u00e9 immobilis\u00e9 et statufi\u00e9 se remet en mouvement, en qu\u00eate d\u2019inscription et de reconnaissance&nbsp;\u00bb. D\u00e8s lors, le corps inanim\u00e9 qui s\u2019anime est fait des exp\u00e9riences archa\u00efques non symbolis\u00e9es, rest\u00e9es en souffrance, du sujet. Pour peu que le sujet s\u2019y ouvre, la dynamique du vieillissement peut relancer le processus int\u00e9gratif du moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail sur Camus (<em>Le visage de l\u2019\u00e9tranger et la matrice du n\u00e9gatif chez A. Camus<\/em>, Istanbul, 2012) est \u00e0 ma connaissance le seul qui porte sp\u00e9cifiquement sur un auteur. R. Roussillon y recherche, \u00e0 travers diff\u00e9rents textes de diff\u00e9rentes cat\u00e9gories (roman, <em>L\u2019\u00e9tranger<\/em>, th\u00e9\u00e2tre, <em>Caligula<\/em>, essai, <em>Le mythe de Sisyphe<\/em>) ce qui est r\u00e9curent. Camus propose une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de la cr\u00e9ation lorsqu\u2019il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour \u00eatre \u00e9difi\u00e9e l\u2019\u0153uvre d\u2019art doit se servir d\u2019abord des forces obscures de l\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb, ce qui conduit R. Roussillon \u00e0 travailler la question de l\u2019absurde comme figuration du d\u00e9sespoir, d\u2019un sentiment d\u2019impasse auquel Camus ne voit que deux issus&nbsp;: le suicide ou le meurtre. L\u2019\u0153uvre viendrait comme tentative d\u2019en trouver une troisi\u00e8me avec la cr\u00e9ation. Avec A. Camus et son \u0153uvre, R. Roussillon approfondit l\u2019articulation entre les souffrances narcissiques identitaires, le besoin de cr\u00e9er et le travail sur le lecteur, tout ceci autour de la question de la relation primaire \u00e0 la m\u00e8re, relation rest\u00e9e \u00e9nigmatique, obscure, sur un mode auquel \u00ab&nbsp;il est inutile de vouloir se d\u00e9rober&nbsp;\u00bb du fait du \u00ab&nbsp;d\u00e9j\u00e0 mort dans la relation \u00e0 la m\u00e8re&nbsp;\u00bb. Camus le dit \u00e0 merveille&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019absurde na\u00eet de la confrontation entre l\u2019appel humain et le silence d\u00e9raisonnable du monde.&nbsp;\u00bb R. Roussillon d\u00e9veloppe ici \u00e0 propos de la cr\u00e9ation et du cr\u00e9ateur la \u00ab&nbsp;logique du d\u00e9sespoir&nbsp;\u00bb qu\u2019il a aussi mise sur le m\u00e9tier dans son travail avec J. Furtos et l\u2019ORSPERE (Observatoire R\u00e9gional Rh\u00f4ne-Alpes sur la Souffrance Psychique en rapport avec l\u2019Exclusion). D\u2019autre part, en un r\u00e9seau serr\u00e9, <em>Richard III<\/em> n\u2019est pas loin&nbsp;: R. Roussillon a de la suite dans les id\u00e9es. En septembre 2014, R. Roussillon relance sa r\u00e9flexion avec le <em>Richard III<\/em> de Shakespeare (\u00e9tudi\u00e9 par Freud en 1916). Ceci s\u2019inscrit dans un projet plus large (en dialogue <em>post-mortem<\/em> avec A. Green&nbsp;?) dans lequel il fait de Shakespeare le th\u00e9oricien du narcissisme. En l\u2019\u00e9coutant, vu les lectures qu\u2019il avait retenues dans ce texte, j\u2019ai eu le sentiment par moment que c\u2019\u00e9tait presque trop beau, qu\u2019il retrouvait l\u00e0 sous une forme remarquable ce qu\u2019il avait pens\u00e9 depuis des ann\u00e9es. Mais ressortait aussi que jamais <em>Richard III<\/em> n\u2019avait \u00e9t\u00e9 lu ainsi, que l\u2019\u00e9coute et l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019il en proposait marqueraient la prochaine rencontre avec ce texte tant elles lui \u00e9taient ajust\u00e9es&nbsp;: au plus pr\u00e8s et r\u00e9v\u00e9latrices en m\u00eame temps.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un bouquet<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour terminer, je ferai un cadeau \u00e0 Ren\u00e9 Roussillon, un cadeau que nous allons partager et qui en sera paradoxalement augment\u00e9&nbsp;: un bouquet de mots, de mots mis en bouquets de textes.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, un po\u00e8me de Meng Ming&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>En face<\/em>,<br><em>il y a une femme<\/em><br><em>qui pour moi<\/em>,<br><em>en silence<\/em>,<br><em>soutient de son bras<\/em><br><em>la t\u00eate pr\u00e9cieuse<\/em><br><em>de l\u2019existence.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Puis, traduit du n\u00e9onorv\u00e9gien, des textes de Olav H. Hauge&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Bouleau<\/em><br><em>Il a remarqu\u00e9<\/em><br><em>une chose<\/em>,<br><em>vieil Hallvor.<\/em><br><em>&#8211; Le bouleau pousse<\/em><br><em>seulement le matin.<\/em><br><em>&#8211; Ca, c\u2019est une sottise&nbsp;!<\/em><br><em>Je crois moi qu\u2019on grandit lorsqu\u2019on dort.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et puis ma plus belle d\u00e9couverte de lecture de l\u2019ann\u00e9e, <em>Des pas de crabes sur du jaune<\/em>, de Ph. Longchamp&nbsp;: elle est n\u00e9e ni\u00e9e. C\u2019est d\u00e9cisif. On l\u2019a tout de m\u00eame nomm\u00e9e Ang\u00e9lique.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous laisse r\u00eaver ou \u00e9crire la suite\u2026 Cher Ren\u00e9, bonne route jalonn\u00e9e de lectures roboratives, entre pens\u00e9e et r\u00eaverie, entre s\u00e9duction et rivalit\u00e9, entre estime et amiti\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Carroll L., (1865), <em>Alice au pays des merveilles, De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir et de ce qu\u2019Alice y trouva<\/em>, in <em>Tout Alice<\/em>, Paris, Garnier-Flammarion, (1979).<\/p>\n\n\n\n<p>Green, (1984), <em>Le langage dans la psychanalyse<\/em>, in <em>Langages<\/em>, Paris, Les Belles Lettres, 19-250.<\/p>\n\n\n\n<p>Hauge O. H., (2008), <em>Nord profond<\/em>, Saint-Pou\u00e7ain sur Sioule, ed. Bleu autour.<\/p>\n\n\n\n<p>Longchamp P., (2004), <em>Des pas de crabe sur du jaune<\/em>, Le Chambon sur Lignon, Ed. Cheyne.<\/p>\n\n\n\n<p>Matot J-P., Roussillon R., (2010), <em>La psychanalyse&nbsp;: une remise en jeu&nbsp;: Les conceptions de Ren\u00e9 Roussillon \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la clinique<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Meng Ming, (2011), <em>L\u2019ann\u00e9e des fleurs de Sophora<\/em>, Le Chambon sur Lignon, ed. Cheyne.<\/p>\n\n\n\n<p>Roussillon R., \u00ab\u00a0Voyager dans le temps\u00a0\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, T LVI-4, dec 1992, Puf, 969-978<\/p>\n\n\n\n<p>(1995), <em>La mat\u00e9rialit\u00e9 du mot<\/em>, Montr\u00e9al, Trans Hiver 1995, 181-203, (repris dans <em>Agonie, clivage et symbolisation<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>(2001), <em>Agonie, clivage et symbolisation<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>(2002), \u00ab&nbsp;D. Anzieu, La recherche en psychologie clinique \u00e0 travers l\u2019\u0153uvre de Didier Anzieu&nbsp;\u00bb, <em>Le Journal des psychologues<\/em>, Hors-s\u00e9rie <em>Hommage \u00e0 Didier Anzieu<\/em>, 59-66<\/p>\n\n\n\n<p>(2008), \u00ab&nbsp;Emprise et d\u00e9prise&nbsp;: \u00e0 propos de&nbsp;: <em>Si par une nuit d\u2019hiver un voyageur<\/em>\u2026d\u2019 Italo Calvino&nbsp;\u00bb, <em>Confrontations psychiatriques,<\/em> n\u00b048, 245-258.<\/p>\n\n\n\n<p>(2012), <em>Le visage de l\u2019\u00e9tranger et la matrice du n\u00e9gatif chez A. Camus<\/em>, Istanbul, 2012, (paru en turc).<\/p>\n\n\n\n<p>(2013), <em>Don Juan, Freud et l\u2019homme de pierre<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 au Colloque <em>Cr\u00e9ation<\/em> (Lyon 2013), \u00e0 para\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Sackville-West V., (1931), <em>Toute passion abolie<\/em>, Paris, Autrement, (2005).<\/p>\n\n\n\n<p>Steiner G., (1986), <em>Les Antigones<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott D. W., (1931), A note on normality and anxiety, <em>Through pediatric to psychoanalysis<\/em>, Londres, Tavistock publications, (1975).<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10344?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction On conna\u00eet et on ne conna\u00eet pas ses coll\u00e8gues. 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