{"id":10332,"date":"2021-08-22T07:31:49","date_gmt":"2021-08-22T05:31:49","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/le-plaisir-au-travail-et-la-sublimation-a-la-lumiere-de-la-psychodynamique-du-travail-2\/"},"modified":"2021-10-01T15:51:58","modified_gmt":"2021-10-01T13:51:58","slug":"le-plaisir-au-travail-et-la-sublimation-a-la-lumiere-de-la-psychodynamique-du-travail","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-plaisir-au-travail-et-la-sublimation-a-la-lumiere-de-la-psychodynamique-du-travail\/","title":{"rendered":"Le plaisir au travail et la sublimation \u00e0 la lumi\u00e8re de la psychodynamique du travail"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019ouverture des psychanalystes aux questions du travail est assez r\u00e9cente, et est sans doute en rapport avec le fait que bon nombre d\u2019entre eux re\u00e7oivent des patients dont la demande premi\u00e8re porte sur leur souffrance au travail. A l\u2019instar de Freud, la majorit\u00e9 des psychanalystes ont longtemps fait peu de cas des questions cliniques et th\u00e9oriques soulev\u00e9es par l\u2019engagement dans le travail ordinaire. Classiquement, et \u00e0 d\u00e9faut de poser la question de ce qu\u2019est le travail d\u2019un point de vue m\u00e9tapsychologique, les conditions de travail ne sont consid\u00e9r\u00e9es comme pathog\u00e8nes qu\u2019en raison de fragilit\u00e9s de l\u2019appareil psychique pr\u00e9existantes, et l\u2019organisation du travail ne serait qu\u2019un r\u00e9v\u00e9lateur de conflits issus de l\u2019histoire infantile. Prenant acte de l\u2019insistance de la clinique, il devient aujourd\u2019hui incontournable de repartir du constat d\u00e9j\u00e0 ancien de Barbara Lantos (1952) \u00ab&nbsp;Si les troubles relatifs au travail sont l\u2019objet de plaintes dans la cure analytique, la question de savoir ce qu\u2019est le travail n\u2019est pas trait\u00e9 comme un probl\u00e8me (pour la th\u00e9orie psychanalytique)&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ce probl\u00e8me, le mieux est sans doute de commencer par l\u2019analyse de ce qui, dans le rapport au travail, convoque la <em>subjectivit\u00e9<\/em>. Si l\u2019analyse clinique du rapport subjectif au travail permet d\u2019examiner les effets pathog\u00e8nes du travail, elle offre aussi un r\u00e9examen de son \u00ab&nbsp;<em>indispensabilit\u00e9 pour chacun<\/em>&nbsp;\u00bb (Freud, 1929), ce qui impose aux cliniciens de reconsid\u00e9rer les rapports entre activit\u00e9 de travail ordinaire et th\u00e9orie de la sublimation. C\u2019est seulement dans un second temps que l\u2019on pourra envisager pourquoi certaines organisations du travail, en sapant les ressorts de <em>la sublimation<\/em>, voire en s\u2019opposant fondamentalement \u00e0 cette derni\u00e8re, sont capables de d\u00e9stabiliser l\u2019individu et de d\u00e9clencher une crise psychique pouvant parfois mener jusqu\u2019au suicide. Prendre en consid\u00e9ration ces donn\u00e9es cliniques sugg\u00e8re enfin d\u2019accorder \u00e0 la sublimation une place significativement plus importante que celle qu\u2019on lui assigne g\u00e9n\u00e9ralement, pour rendre compte du fonctionnement psychique et de la construction de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le \u00ab&nbsp;lien social&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Travail, subjectivit\u00e9, \u00ab&nbsp;corpspropriation&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Les sciences de l\u2019ing\u00e9nieur ont longtemps oppos\u00e9 le travail de conception au travail d\u2019ex\u00e9cution, ce dernier passant pour plus noble que le premier. La distinction n\u2019est pas caduque, mais il convient malgr\u00e9 tout de souligner qu\u2019il n\u2019y a pas de strict travail d\u2019ex\u00e9cution si, par l\u00e0, on veut d\u00e9signer une activit\u00e9 d\u2019ob\u00e9issance \u00e0 des prescriptions, des proc\u00e9dures ou des ordres. Tous ceux qui travaillent contournent les r\u00e8glements, enfreignent les proc\u00e9dures, trichent avec les consignes. Pas seulement par go\u00fbt de la d\u00e9sob\u00e9issance mais, beaucoup plus couramment, pour bien faire. Car le travail concret ne se pr\u00e9sente jamais exactement comme le pr\u00e9voient les concepteurs. Il y a toujours des impr\u00e9vus, des pannes, des dysfonctionnements, et ce, dans tout travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Travailler suppose constamment de tricher, d\u2019ajuster, ou de transgresser. S\u2019en tenir \u00e0 la stricte ex\u00e9cution des proc\u00e9dures officielles perturbe le <em>process<\/em> de travail et correspond <em>in fine<\/em> \u00e0 la gr\u00e8ve du z\u00e8le. Le z\u00e8le, c\u2019est la mobilisation de cette intelligence subjective qui permet de combler l\u2019\u00e9cart entre la t\u00e2che, prescrite, et l\u2019activit\u00e9, effective. Ce z\u00e8le dont nous parlons n\u2019est autre que le travail vivant dont aucune organisation de travail ne peut se passer. Le travail est par essence vivant, puisqu\u2019il est pr\u00e9cis\u00e9ment requis l\u00e0 o\u00f9 les savoirs \u00e9tablis et la technique sont insuffisants.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour devenir habile dans son travail, il faut accepter de se faire habiter par l\u2019exp\u00e9rience du r\u00e9el et de l\u2019\u00e9chec, d\u2019endurer la souffrance jusqu\u2019\u00e0 n\u2019en plus dormir la nuit, jusqu\u2019\u00e0 empoisonner les relations dans l\u2019espace domestique. L\u2019exp\u00e9rience du r\u00e9el du monde, c\u2019est-\u00e0-dire de sa r\u00e9sistance \u00e0 la ma\u00eetrise, se fait in\u00e9vitablement sur le mode de l\u2019\u00e9chec. C\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une exp\u00e9rience <em>affective<\/em>&nbsp;: surprise, agacement, irritation, col\u00e8re, sentiment d\u2019impuissance\u2026 Ces sentiments sont la mati\u00e8re premi\u00e8re fondamentale de la connaissance du monde. C\u2019est d\u2019abord affectivement que le r\u00e9el du monde se r\u00e9v\u00e8le au sujet qui travaille. Travailler ce n\u2019est pas seulement \u00e9chouer, c\u2019est aussi \u00eatre capable d\u2019<em>endurer<\/em> l\u2019\u00e9chec, aussi longtemps que cela sera n\u00e9cessaire pour trouver la solution permettant de surmonter les obstacles.<\/p>\n\n\n\n<p>A la v\u00e9rit\u00e9 cette endurance \u00e0 l\u2019\u00e9chec est d\u00e9cisive. C\u2019est que pour trouver la solution il faut \u00e9tablir au pr\u00e9alable une v\u00e9ritable intimit\u00e9 avec la r\u00e9sistance du r\u00e9el&nbsp;; il faut faire corps avec elle. Pour \u00e9prouver affectivement le r\u00e9el et donc conna\u00eetre le monde, il faut un corps, d\u2019abord, parce que c\u2019est avec le corps qu\u2019on \u00e9prouve les affects. Trouver la solution qui convient est impossible sans formation pr\u00e9alable d\u2019une familiarit\u00e9 entre le corps et le r\u00e9el, que le philosophe Michel Henry a th\u00e9oris\u00e9e sous le concept de \u00ab&nbsp;corpspropriation du monde&nbsp;\u00bb (Henry, 1987). Cette corpspropriation n\u2019est pas seulement cognitive. L\u2019essentiel de son g\u00e9nie se joue dans le corps \u00e0 corps avec le r\u00e9el, qu\u2019il s\u2019agisse par exemple pour le psychanalyste de palper l\u2019angoisse du patient qui menace de rupture la cure analytique, angoisse dont il s\u2019efforce de rep\u00e9rer la forme, les contours et le contenu. Chaque habilet\u00e9 est en fait le r\u00e9sultat d\u2019une \u00e9laboration de l\u2019exp\u00e9rience subjective du corps aux prises avec le r\u00e9el. La corpspropriation n\u2019est pas seulement une fa\u00e7on, \u00e0 vrai dire la seule fa\u00e7on, d\u2019habiter le monde. En retour elle transforme et mod\u00e8le le corps lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Classiquement, en psychanalyse, la sublimation est d\u00e9crite comme un processus qui d\u00e9tourne la pulsion de son but et de son objet au profit d\u2019une activit\u00e9 socialement valoris\u00e9e. Au niveau intrasubjectif, c\u2019est sur ce renoncement \u00e0 la satisfaction sexuelle imm\u00e9diate que repose le pouvoir inventif du corps. L\u2019aboutissement de ce processus de sublimation est cens\u00e9 \u00eatre au service de la liaison, et est en soi une transformation qui rel\u00e8ve d\u2019un travail, au sens freudien d\u2019<em>Arbeit<\/em> (Dejours, 2009). Dans cette optique, le travail de production&nbsp;\u2013&nbsp;<em>poi\u00e8sis<\/em>&nbsp;\u2013&nbsp;se transforme-t-il gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019endurance, en \u00ab&nbsp;exigence de travail (<em>Arbeitsanforderung<\/em>) impos\u00e9e au psychisme du fait de ses relations avec le corps&nbsp;\u00bb (Freud, 1915), pour autant que ce soit dans ce corps que s\u2019\u00e9prouve d\u2019abord la r\u00e9sistance du r\u00e9el. Le plaisir tir\u00e9 du succ\u00e8s du travail-<em>Arbeit<\/em>, occasionn\u00e9 par le travail-<em>poi\u00e9sis<\/em>, est li\u00e9 \u00e0 l\u2019accroissement des registres de sensibilit\u00e9 et de l\u2019intelligence du corps. La <em>poi\u00e8sis<\/em> passe par la formation de nouvelles habilet\u00e9s, dans l\u2019ombre de laquelle se joue la perlaboration qui conf\u00e8re au corps le g\u00e9nie de son intelligence. De ce fait, l\u2019activit\u00e9 constitue le m\u00e9diateur privil\u00e9gi\u00e9 pour r\u00e9am\u00e9nager l\u2019\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du corps, et est au service du narcissisme. Une appr\u00e9ciation du statut de cette notion d\u2019<em>Arbeit<\/em> dans la th\u00e9orisation psychanalytique conduirait \u00e0 r\u00e9examiner les rapports entretenus entre sexualit\u00e9, corps et travail et \u00e0 reconsid\u00e9rer le concept de sublimation.<\/p>\n\n\n\n<p>La fa\u00e7on dont le travail ordinaire convoque la subjectivit\u00e9 du travailleur habile constitue <em>le premier niveau de la sublimation<\/em>, o\u00f9 se trouve principalement engag\u00e9 le rapport de soi \u00e0 soi, entre corpspropriation et accroissement des pouvoirs du corps. Une analyse m\u00e9tapsychologique de la sublimation plus fouill\u00e9e montrerait que ce corps qui jouit de l\u2019accroissement de son pouvoir de sentir, ce n\u2019est pas le corps biologique mais le corps \u00e9rotique (Dejours, 2001).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Travail, coop\u00e9ration et activit\u00e9 d\u00e9ontique<\/h2>\n\n\n\n<p>Bien que tout ce qui concerne le rapport solipsiste \u00e0 la t\u00e2che soit d\u00e9j\u00e0 fort complexe, s\u2019en tenir \u00e0 cette analyse de la centralit\u00e9 subjective du travail serait une simplification injustifi\u00e9e. Le travail, en effet, implique aussi dans la plupart des situations, le rapport \u00e0 autrui. On travaille pour quelqu\u2019un, pour un client, pour un patient, pour un chef, pour ses subordonn\u00e9s, pour des coll\u00e8gues.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en va de la coop\u00e9ration comme de l\u2019activit\u00e9. A savoir qu\u2019il existe toujours un d\u00e9calage entre l\u2019organisation du travail prescrite, ce qu\u2019on d\u00e9signe sous le nom de <em>coordination<\/em> et l\u2019organisation du travail effective, ce qu\u2019on d\u00e9signe sous le nom de <em>coop\u00e9ration<\/em>. La coop\u00e9ration implique un remaniement consensuel de l\u2019organisation prescrite, de la division des t\u00e2ches et des hommes, en inventant des r\u00e8gles pratiques, admises et respect\u00e9es par tous. Alors peuvent \u00eatre mis en discussion les diff\u00e9rents modes op\u00e9ratoires de chacun, pour d\u00e9cider ensemble ce qui peut \u00eatre admis et ce qui doit \u00eatre \u00e9vit\u00e9 ou interdit. Tout cela consiste en fin de compte \u00e0 apporter son concours \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration collective sur le \u00ab&nbsp;comment&nbsp;\u00bb du travailler ensemble. A cette activit\u00e9 de construction d\u2019accords et de r\u00e8gles, qui consomme une bonne partie de notre temps et de notre \u00e9nergie, on donne le nom d\u2019<em>activit\u00e9 d\u00e9ontique<\/em>. (Pharo, 1991) A la diff\u00e9rence d\u2019un groupe ou d\u2019une foule, il n\u2019y a \u00e0 proprement parler de collectif que lorsqu\u2019il y a des r\u00e8gles qui organisent l\u2019activit\u00e9 commune. L\u2019activit\u00e9 d\u00e9ontique fait partie int\u00e9grante du travail ordinaire et elle conduit \u00e0 des diff\u00e9renciations parfois tr\u00e8s marqu\u00e9es entre \u00e9quipes ou entre collectifs. Les collectifs ont une histoire, qui n\u2019est autre que l\u2019histoire de leurs r\u00e8gles et de leurs transformations successives.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui participent \u00e0 l\u2019activit\u00e9 d\u00e9ontique, \u00e0 la vie du collectif apportent, de fait, une contribution majeure \u00e0 la coop\u00e9ration, \u00e0 l\u2019organisation du travail. S\u2019ils s\u2019impliquent de la sorte c\u2019est parce qu\u2019en \u00e9change de cette contribution ils esp\u00e8rent une r\u00e9tribution. La forme que prend principalement la r\u00e9tribution symbolique attendue, c\u2019est la reconnaissance. Au double-sens du terme&nbsp;: reconnaissance au sens de gratitude pour le service rendu&nbsp;; reconnaissance au sens de jugement sur la qualit\u00e9 du travail accompli. La reconnaissance, elle aussi, n\u2019atteint son efficacit\u00e9 symbolique que si elle est obtenue et si elle est conf\u00e9r\u00e9e selon des proc\u00e9dures dont les crit\u00e8res sont extr\u00eamement pr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n<p>La reconnaissance a un impact consid\u00e9rable sur l\u2019identit\u00e9. Selon Dejours (1993), c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la reconnaissance que pour une part essentielle la souffrance est transform\u00e9e en plaisir au travail. Nous sommes ici loin du masochisme, c\u2019est-\u00e0-dire du plaisir tir\u00e9 de l\u2019\u00e9rotisation de la souffrance, directement. Le chemin qui passe par la reconnaissance est beaucoup plus long et ne ressortit pas \u00e0 la coexcitation sexuelle, il d\u00e9pend du jugement de l\u2019autre. Les termes \u00e9nigmatiques de Freud pour qualifier la sublimation prennent, sous la loupe de la psychodynamique du travail, une signification pr\u00e9cise. \u00ab&nbsp;C\u2019est une certaine esp\u00e8ce de modification du but et de changement de l\u2019objet, dans laquelle notre \u00e9chelle de valeurs sociale entre en ligne de compte, que nous distinguons sous le nom de sublimation&nbsp;\u00bb (Freud, 1933). La psychodynamique de la reconnaissance au travail constitue le <em>deuxi\u00e8me niveau de la sublimation<\/em>, o\u00f9 se trouve principalement engag\u00e9 le rapport \u00e0 l\u2019autre, entre reconnaissance et renforcement de l\u2019identit\u00e9. Alors que le premier niveau de la sublimation, celui de la corpspropriation, est strictement intrasubjectif, la fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9chelle de valeurs sociale entre en ligne de compte dans ce second niveau de la sublimation est tributaire de jugements de reconnaissance par les autres.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Travail, souffrance \u00e9thique, <em>Kulturarbeit<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>Comment l\u2019exp\u00e9rience subjective du travail peut-elle convoquer la psychanalyse&nbsp;? Aujourd\u2019hui, cette question prend sa puissance de l\u2019appui sur la discussion d\u00e9gag\u00e9e depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es par la clinique, \u00e0 savoir la dimension de la <em>souffrance \u00e9thique<\/em> (Dejours, 1998). La souffrance \u00e9thique intervient lorsque le sujet ex\u00e9cute des ordres que pourtant il r\u00e9prouve, et fait, d\u00e8s lors, l\u2019exp\u00e9rience de la trahison de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la sublimation est potentiellement pourvoyeuse de b\u00e9n\u00e9fices essentiels, en termes d\u2019accroissement des registres de sensibilit\u00e9 du corps et de l\u2019amour de soi, \u00e0 l\u2019inverse, certains modes d\u2019organisations du travail emp\u00eachent la sublimation au point de pouvoir, <em>via<\/em> la souffrance \u00e9thique, conduire \u00e0 la ruine de l\u2019amour de soi et au passage \u00e0 l\u2019acte suicidaire. Dans les circonstances actuelles, certains travailleurs en viennent \u00e0 accepter de mettre leur z\u00e8le au service d\u2019objectifs que leur sens moral r\u00e9prouve. Du fait qu\u2019elle prive le sujet de la possibilit\u00e9 de conf\u00e9rer du sens \u00e0 son activit\u00e9, cette exp\u00e9rience rompt la possibilit\u00e9 d\u2019engager son activit\u00e9 dans un destin sublimatoire.<\/p>\n\n\n\n<p>En proc\u00e9dant \u00e0 l\u2019investigation des suicides au travail (Dejours et B\u00e8gue, 2009&nbsp;; Dejours, 2005), l\u2019analyse sugg\u00e8re que le travail engage la subjectivit\u00e9 de tous ceux qui s\u2019impliquent authentiquement dans un travail de qualit\u00e9. S\u2019engager subjectivement dans une \u0153uvre que l\u2019on d\u00e9sapprouve, participer au \u00ab&nbsp;<em>sale boulot<\/em>&nbsp;\u00bb (Hughes, 1956), peut chez certains sujets g\u00e9n\u00e9rer des conflits qui, du fait de leur histoire infantile, produisent divers sentiments moraux, tels que la honte, l\u2019indignit\u00e9 ou la culpabilit\u00e9. La clinique du travail a montr\u00e9 que la participation \u00e0 des conduites productrices d\u2019absence de sens, peut entra\u00eener des d\u00e9compensations subites sans qu\u2019il n\u2019y ait aucun ant\u00e9c\u00e9dent psychiatriques (Dejours, 2005). <em>A contrario<\/em>, d\u2019autres sujets seront exempts de ces sentiments moraux douloureux, et afficheront une apparente normalit\u00e9 et\/ou des troubles somatiques (Edrei et Rolo, 2012&nbsp;; Gaignard, 2007)<\/p>\n\n\n\n<p>Cette clinique tient son originalit\u00e9 de ce qu\u2019elle stipule que, par l\u2019exp\u00e9rience subjective du travail, la question \u00e9thique est syst\u00e9matiquement pos\u00e9e. Si l\u2019exp\u00e9rience du travail est un lieu de mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de valeurs qui lui pr\u00e9existent, la confrontation au r\u00e9el est aussi un espace de fa\u00e7onnage de ces valeurs, de formations d\u2019opinions individuelles et d\u2019accords collectifs sur ce que signifie \u00ab&nbsp;<em>bien travailler<\/em>&nbsp;\u00bb (Demaegdt, Mieg et Gernet, 2014). On l\u2019aura compris, les enjeux sublimatoires ne concernent pas uniquement les \u0153uvres g\u00e9niales d\u2019un Goethe, d\u2019un L\u00e9onard, et autres grands artistes. La sublimation est finalement le fait de tout travail de m\u00e9tier, et serait donc bien plus r\u00e9pandue que ne le pensait Freud. Elle est au rendez-vous de tout travail lorsque ce dernier est orient\u00e9 vers la recherche de la <em>qualit\u00e9<\/em> et quand, pour ce faire, il s\u2019efforce de participer \u00e0 l\u2019activit\u00e9 d\u00e9ontique. (Demaegdt et Rolo, 2013) Autrement dit, la question du rapport aux valeurs est intimement li\u00e9e \u00e0 celle du \u00ab&nbsp;travail bien fait&nbsp;\u00bb, qui se conquiert pour partie en situation, et r\u00e9sulte de conflits pratiques aux issues incertaines. Ce jugement que le sujet porte sur lui-m\u00eame, et qui diff\u00e8re du jugement de reconnaissance (deuxi\u00e8me niveau de la sublimation), inclut la dimension de la qualit\u00e9 de sa contribution au regard de la production, mais inclut aussi l\u2019utilit\u00e9 du travail et la valeur \u00e9thique de sa prestation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me de la souffrance \u00e9thique permet de rendre mieux saisissable un deuxi\u00e8me volet de la fa\u00e7on dont \u00ab&nbsp;notre \u00e9chelle de valeurs sociale entre en ligne de compte&nbsp;\u00bb. Ainsi, en sus du d\u00e9ploiement de l\u2019intelligence du corps et de son articulation \u00e0 la dynamique de la reconnaissance, la trajectoire sublimatoire engage in\u00e9vitablement une dimension axiologique, la souffrance \u00e9thique t\u00e9moigne que la sublimation repose sur un soubassement \u00e9thique, ce qui, dans le narcissisme, ressortit \u00e0 l\u2019estime de soi et \u00e0 l\u2019amour de soi, C\u2019est en quelque sorte le <em>troisi\u00e8me niveau de la sublimation<\/em>, o\u00f9 se trouve principalement engag\u00e9 le rapport \u00e0 la culture, \u00e0 la civilisation, au <em>Kulturarbeit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est soulev\u00e9 avec la souffrance \u00e9thique est l\u2019\u00e9pineux probl\u00e8me de l\u2019incidence psychopathologique de la r\u00e9pression des valeurs morales dans l\u2019exercice du travail, ce qui revient \u00e0 dire que l\u2019\u00e9thique n\u2019est pas seulement une question philosophique, elle est aussi bel et bien une question clinique. L\u2019exp\u00e9rience du travail est ce qui permet de prendre la m\u00e9tapsychologie \u00e0 contre-pied. Au lieu de partir des manifestations de la sexualit\u00e9 pour d\u00e9couvrir ses effets dans le registre de la perversion, les recherches engag\u00e9es en psychodynamique du travail partent de l\u2019exp\u00e9rience du travail pour d\u00e9voiler que la question du <em>clivage<\/em>, et par cons\u00e9quent de la perversion, est syst\u00e9matiquement au rendez-vous du travail. (Dejours, 1985&nbsp;; Molinier, 1998) L\u2019excitation qui na\u00eet de la rencontre avec la r\u00e9sistance du r\u00e9el suscite in\u00e9vitablement des conflits sur la sc\u00e8ne intrapsychique. Divers am\u00e9nagements d\u00e9fensifs permettent de s\u2019emp\u00eacher de penser, de fa\u00e7on plus ou moins temporaire ou transitoire, en s\u00e9parant des secteurs de la vie ou de la pens\u00e9e afin de faire l\u2019\u00e9conomie de la contradiction et de l\u2019angoisse. Au sein d\u2019un m\u00eame appareil psychique coexistent alors des modes de fonctionnement distincts, qui ne communiquent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Si une partie de l\u2019excitation se retrouve \u00e9ventuellement ma\u00eetris\u00e9e et li\u00e9e <em>via<\/em> l\u2019activit\u00e9, une autre peut persister sous une forme d\u00e9li\u00e9e, non sublim\u00e9e. Qu\u2019advient-il de cette excitation pulsionnelle lorsqu\u2019elle ne trouve pas de chemin sublimatoire&nbsp;? Les travaux r\u00e9cents montrent que le r\u00e9tr\u00e9cissement des potentialit\u00e9s sublimatoires s\u2019assortit d\u2019une sexualisation d\u00e9fensive du travail, des actes techniques, et des relations qui s\u2019y nouent. Autrement dit, l\u2019<em>\u00e9rotisation de la souffrance<\/em> au travail, la sienne ou celle d\u2019autrui, permet de supporter les contraintes, voire d\u2019y trouver une satisfaction ou d\u2019en jouir, en liant l\u2019excitation qui r\u00e9siste \u00e0 la sublimation. Pourtant, dans cette optique, la violence, l\u2019humiliation, la cruaut\u00e9 et les scories de la perversion ne peuvent \u00eatre strictement imput\u00e9s \u00e0 une structure pathologique. Le masochisme ou le sadisme \u00ab&nbsp;secondaire&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019activit\u00e9 op\u00e8rent une transformation de la souffrance en jouissance et prot\u00e8gent ainsi le sujet de la d\u00e9compensation (Dejours, 2004&nbsp;; Molinier, 2006&nbsp;; Demaegdt, 2008). Ce faisant, ce sado-masochisme mobilis\u00e9 au service des strat\u00e9gies d\u00e9fensives renforce et structure les rapports de domination. Les manifestations \u00ab&nbsp;perverses&nbsp;\u00bb que l\u2019on est alors en mesure de rep\u00e9rer, qui d\u00e9rivent de la protection de la sant\u00e9 psychique au travail, se distinguent point par point de la voie longue du plaisir au travail.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un point de vue m\u00e9tapsychologique, la clinique de la souffrance \u00e9thique am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9cuser l\u2019id\u00e9e que la <em>violence<\/em> serait l\u2019expression d\u2019une pulsion de mort \u00ab&nbsp;instinctuelle&nbsp;\u00bb et non sexuelle. Il semble plus justifi\u00e9 de penser ce que la violence doit \u00e0 l\u2019emp\u00eachement sublimatoire. A cet \u00e9gard, la lecture des textes de Freud et de ses disciples consacr\u00e9s aux n\u00e9vroses de guerre permet de d\u00e9gager que c\u2019est suite \u00e0 la rencontre avec la souffrance impliqu\u00e9e dans le travail du soldat que la th\u00e9orie des pulsions a \u00e9t\u00e9 remani\u00e9e dans les ann\u00e9es 1920. Freud pressent que l\u2019engagement subjectif dans le travail, en l\u2019esp\u00e8ce le travail du soldat, engage un \u00ab&nbsp;conflit entre l\u2019ancien moi pacifique et le nouveau moi guerrier du soldat&nbsp;\u00bb (Freud, 1919). Le conflit psychique relatif \u00e0 l\u2019engagement dans la guerre, que Freud rep\u00e8re et th\u00e9matise avec la notion de Moi-guerrier, sera finalement abandonn\u00e9 au profit de l\u2019introduction de la pulsion de mort. Cette issue conceptuelle naturalisera les probl\u00e8mes m\u00e9tapsychologiques, cliniques et \u00e9thiques, pos\u00e9s par la guerre, qu\u2019il convient aujourd\u2019hui de r\u00e9examiner \u00e0 partir des connaissances tir\u00e9es de la clinique de la souffrance \u00e9thique. (Demaegdt, 2013)<\/p>\n\n\n\n<p>Du point de vue de la clinique du travail, l\u2019insertion du sujet dans \u00ab\u00a0un morceau de r\u00e9alit\u00e9, la communaut\u00e9 humaine\u00a0\u00bb (Freud, 1929), est largement tributaire de ces rapports entre exp\u00e9rience intime du travail et sublimation, ce qui permet de questionner \u00e0 nouveaux frais les rapports que la psychanalyse \u00e9tablit entre la vie psychique et le <em>Kulturarbeit<\/em>. Dans cette perspective, le travail vivant et le renoncement \u00e0 la satisfaction pulsionnelle, \u00e0 l\u2019origine de la sublimation, apparaissent bel et bien comme jouant un r\u00f4le essentiel dans la structuration ou la d\u00e9structuration du <em>lien social<\/em>. Entre une th\u00e9orie du lien social fond\u00e9e sur le travail et la coop\u00e9ration, et la th\u00e9orie sociale formul\u00e9e par Freud dans <em>Psychologie des masses et analyse du moi<\/em>, fond\u00e9e sur la libido, la continuit\u00e9 n\u2019a rien d\u2019\u00e9vident. Un des d\u00e9fis pos\u00e9s par cette discussion th\u00e9orique sur la sublimation n\u2019est ni plus ni moins que de reprendre \u00e0 nouveaux frais la question des formes contemporaines du <em>Malaise dans la culture<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Dejours C., 1985, \u00ab&nbsp;Organisation du travail, clivage, ali\u00e9nation&nbsp;\u00bb, In Dejours C.,Veil C., &amp; Wisner A., (1985), <em>Psychopathologie du travail<\/em>, Eme \u00c9ditions sociales fran\u00e7aises (Esf).<\/p>\n\n\n\n<p>Dejours C. (1993), <em>Travail, usure mentale. De la psychopathologie \u00e0 la psychodynamique du travail<\/em>. Nouvelle \u00e9dition augment\u00e9e. Paris, Bayard.<\/p>\n\n\n\n<p>Dejours C. (1998), <em>Souffrance en France. La banalisation de l\u2019injustice sociale<\/em>. Paris, Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Dejours C. (2001), <em>Le corps d\u2019abord. Corps \u00e9rotique, corps biologique et sens moral<\/em>, Paris, Payot<\/p>\n\n\n\n<p>Dejours C., (2004), \u00ab&nbsp;Activisme professionnel&nbsp;: masochisme, compulsivit\u00e9 ou ali\u00e9nation&nbsp;?&nbsp;\u00bb, <em>Travailler<\/em> n\u00b011, p 25-40.<\/p>\n\n\n\n<p>Dejours C., (2005), \u00ab&nbsp;Nouvelles formes de servitude et suicide&nbsp;\u00bb. <em>Travailler<\/em> n\u00b013, p 53-74.<\/p>\n\n\n\n<p>Dejours C., (2009b) <em>Travail Vivant. 1&nbsp;: Sexualit\u00e9 et travail<\/em>, Paris, Payot.<\/p>\n\n\n\n<p>Dejours C., B\u00e8gue F. (2009) <em>Suicide et Travail, que faire&nbsp;?<\/em> Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Demaegdt C., (2008). \u00ab&nbsp;M\u00e9fiance, violence et sexualisation secondaire dans le m\u00e9tier de surveillance&nbsp;\u00bb. <em>Travailler<\/em>, n\u00b020. p 77-97.<\/p>\n\n\n\n<p>Demaegdt C., (2013) \u00ab&nbsp;L\u2019embarras du travail dans l\u2019\u00e9tiologie psychanalytique des n\u00e9vroses de guerre&nbsp;\u00bb. <em>L\u2019Information psychiatrique<\/em>, 89, pp 651-659.<\/p>\n\n\n\n<p>Demaegdt C., Rolo D., (2013) \u00ab&nbsp;Dire ce \u00e0 quoi l\u2019on tient dans le travail. Enjeux \u00e9thiques du travail de soin psychiatrique&nbsp;\u00bb. <em>Nouvelle revue de Psychosociologie<\/em> n\u00b015, pp 305-315.<\/p>\n\n\n\n<p>Demaegdt C., Mieg C., Gernet I.,(2014) \u00ab&nbsp;La qualit\u00e9 du travail en psychiatrie. Un probl\u00e8me d\u2019\u00e9valuation, ou un probl\u00e8me pour l\u2019\u00e9valuation&nbsp;?&nbsp;\u00bb In Lhuilier D. (sous dir.). <em>Qualit\u00e9 du travail, qualit\u00e9 au travail<\/em>, Octar\u00e8s, p 63-74.<\/p>\n\n\n\n<p>Edrei B. et Rolo D., 2012, \u00ab&nbsp;\u201cTel est pris qui croyait prendre\u201d, Clinique psychosomatique et clinique du travail&nbsp;\u00bb, <em>Travailler<\/em>, n\u00b0 28&nbsp;: 101-124.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1915), \u00ab&nbsp;Les Pulsions et leurs destins&nbsp;\u00bb, <em>OCF.P<\/em>, t. XIII.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1919), \u00ab&nbsp;Introduction \u00e0 Sur la psychanalyse des n\u00e9vroses de guerre&nbsp;\u00bb, <em>OCF.P<\/em>, vol XV.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1921), \u00ab&nbsp;Psychologie des masses et analyse du moi&nbsp;\u00bb, <em>OCF.P<\/em>, t. XVI.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1929), \u00ab&nbsp;Le Malaise dans la culture&nbsp;\u00bb, <em>OCF.P<\/em>, t. XVIII.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1933), \u00ab&nbsp;Nouvelles conf\u00e9rences sur la psychanalyse&nbsp;\u00bb, <em>OCF.P<\/em>, vol. XIX.<\/p>\n\n\n\n<p>Gaignard L., (2007). <em>Violence et travail, essai sur les figures psychopathologiques de la culpabilit\u00e9 objective<\/em>. In&nbsp;: Dejours C. (dir). <em>Conjurer la violence. Travail, violence et sant\u00e9<\/em>. Paris, Payot.<\/p>\n\n\n\n<p>Henry M. (1987), <em>La Barbarie<\/em>, Paris, Grasset, coll. \u00ab&nbsp;Biblio Essai&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Hughes E., (1956), \u00ab&nbsp;Division du travail et r\u00f4le social&nbsp;\u00bb, in <em>Le regard sociologique<\/em>, Paris, Editions de l\u2019EHESS.<\/p>\n\n\n\n<p>Lantos B. (1952), \u00ab&nbsp;Metapsychological considerations on the concept of work&nbsp;\u00bb, <em>International Journal of Psychoanalysis<\/em>, vol. 33, n\u00b04.<\/p>\n\n\n\n<p>Molinier P. (1998), \u00ab&nbsp;Autonomie morale subjective, th\u00e9orie psychanalytique des instances morales et psychodynamique du travail&nbsp;\u00bb.<em>Travailler<\/em>, n\u00b01&nbsp;: 55-69.<\/p>\n\n\n\n<p>Molinier P. (2006), \u00ab\u00a0Le masochisme des femmes dans le travail\u00a0: mythe sexiste ou d\u00e9fense professionnelle\u00a0? Le cas des infirmi\u00e8res de bloc op\u00e9ratoire\u00a0\u00bb, <em>Psychologie clinique et projective<\/em>, vol 12, p 211-230<\/p>\n\n\n\n<p>Pharo P., (1991), <em>Politique et Savoir-vivre. Enqu\u00eate sur les fondements du lien civil<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10332?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction L\u2019ouverture des psychanalystes aux questions du travail est assez r\u00e9cente, et est sans doute en rapport avec le fait que bon nombre d\u2019entre eux re\u00e7oivent des patients dont la demande premi\u00e8re porte sur leur souffrance au travail. 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