{"id":10327,"date":"2021-08-22T07:31:47","date_gmt":"2021-08-22T05:31:47","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/sigmund-freud-du-regard-a-lecoute-2\/"},"modified":"2021-10-10T23:01:24","modified_gmt":"2021-10-10T21:01:24","slug":"sigmund-freud-du-regard-a-lecoute","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/sigmund-freud-du-regard-a-lecoute\/","title":{"rendered":"Bloc-notes"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">SYLVAIN MISSONNIER, Clinique des m\u00e9tamorphoses, Er\u00e8s, coll. \u201cThema\/psy\u201d septembre 2020, 224 pages, 14,50 \u20ac<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est sous ce titre intrigant et g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019associations libres que Sylvain Missonnier vient de publier un ouvrage aussi profond qu\u2019original.<\/p>\n\n\n\n<p>La ligne \u00e9ditoriale de la collection <em>Thema\/Psy<\/em> est claire&nbsp;: il s\u2019agit de donner \u00ab&nbsp;un \u00e9clairage tr\u00e8s personnel sur une notion&nbsp;\u00bb et de demander \u00e0 l\u2019auteur en quoi cette notion \u00ab&nbsp;en toute subjectivit\u00e9&nbsp;\u00bb, les \u00ab&nbsp;aide \u00e0 appr\u00e9hender leur propre pratique et leur ouvre des horizons de pens\u00e9e et de recherches&nbsp;\u00bb. A ce cahier des charges, l\u2019auteur, psychanalyste, professeur de psychologie clinique de la p\u00e9rinatalit\u00e9, a r\u00e9pondu \u00e0 la lettre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce travail introspectif lui permet de mettre en lumi\u00e8re un certain nombre de concepts th\u00e9oriques \u00ab&nbsp;mais avec la vivacit\u00e9 des traces \u00e9motionnelles, affectives et fantasmatiques de leurs d\u00e9couvertes et de leur transmission&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Acceptant de s\u2019exposer, en confiant souvenirs d\u2019enfance, \u00e9v\u00e8nements de vie, en nous offrant ses r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires, philosophiques, cin\u00e9matographiques, cliniques et m\u00e9tapsychologiques, Sylvain Missonnier revisite des concepts fondamentaux, nous entra\u00eene dans son parcours professionnel, de l\u2019amour des origines du professeur p\u00e9rinataliste, \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la transparence psychique li\u00e9e \u00e0 toute crise humaine, jusqu\u2019au fr\u00f4lement de l\u2019aile de la mort \u00e0 la suite de l\u2019irruption brutale du R\u00e9el un matin d\u2019hiver.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9flexion engag\u00e9e autour de la \u00ab&nbsp;Relation d\u2019Objet Virtuelle&nbsp;\u00bb, concept fondamental de la pens\u00e9e de Sylvain Missonnier met en lumi\u00e8re les origines et le devenir des processus de transformations psychiques&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>transformations<\/em> des repr\u00e9sentations de l\u2019enfant virtuel dans le processus pr\u00e9natal du devenir parent, <em>transformations<\/em> dans le travail de symbolisation primaire chez le nourrisson\u2026, <em>transformations<\/em> dans la cure, <em>transformations<\/em> inh\u00e9rentes aux crises et aux \u00e9preuves existentielles.&nbsp;\u00bb C\u2019est sous le terme de clinique des m\u00e9tamorphoses que Sylvain Missonnier nous invite \u00e0 regrouper cette diversit\u00e9 non exhaustive de transformations.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que toute crise existentielle conduit \u00e0 un r\u00e9am\u00e9nagement psychique et \u00e0 la mise en \u0153uvre de processus cr\u00e9atifs, et qu\u2019il n\u2019existe pas de vie sans moments critiques (naissance, adolescence, parentalit\u00e9, vieillesse, deuil, rupture, maladie etc \u2026), la m\u00e9tamorphose serait une \u00ab&nbsp;signature de la condition humaine et de son d\u00e9veloppement <em>discontinu<\/em>&nbsp;\u00bb. Il n\u2019y aurait donc \u00ab&nbsp;pas de maturations subjectives humaines sans crises cathartiques des m\u00e9tamorphoses&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Train de nuit pour Lisbonne<\/em>, Pascal Mercier \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je crois qu\u2019exprimer une chose, c\u2019est lui conserver sa force et lui \u00f4ter l\u2019\u00e9pouvante&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet ouvrage, je crois que Sylvain Missonnier, en d\u00e9montrant la permanence du sentiment d\u2019exister au travers des remaniements psychiques issus des \u00e9v\u00e9nements de la vie, en <em>nommant<\/em> m\u00e9tamorphoses ces transformations biopsychiques travaill\u00e9es par la virtualisation\/actualisation, laisse toute sa force \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement v\u00e9cu tout en lui \u00f4tant son caract\u00e8re potentiellement destructeur, son risque d\u2019\u00e9pouvante.<\/p>\n\n\n\n<p>Si, bien s\u00fbr, Ovide et Kafka sont ici convi\u00e9s, c\u2019est bien d\u2019autres auteurs qui viendront illustrer le travail de Sylvain Missonnier, et donner sens et repr\u00e9sentations au concept de m\u00e9tamorphose.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne citerai ici que la derni\u00e8re r\u00e9f\u00e9rence, choisie par l\u2019auteur, \u00e0 la fin de son ouvrage, et d\u00e9crivant l\u2019\u00e9tat amoureux&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une constellation dynamique de d\u00e9sirs, de sensations, de fantasmes et d\u2019affects, conscients et inconscients, qui modifie pour un temps l\u2019ensemble de l\u2019organisation personnelle et qui se traduit par une disposition irr\u00e9sistible \u00e0 constituer l\u2019objet \u00e9lu en tant que source et centre de toute satisfaction, de tout bonheur, mobilisant l\u2019essentiel des ressources \u00e9nerg\u00e9tiques. Or une telle m\u00e9tamorphose ne peut s\u2019accomplir qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019une certaine disponibilit\u00e9 pr\u00e9alable de la sensibilit\u00e9, d\u2019une certaine attente ou tension aussi, et d\u2019un certain degr\u00e9 de richesse, au moins virtuelle, du fonctionnement psychique&nbsp;\u00bb (Christian David, <em>L\u2019\u00e9tat amoureux. Essais psychanalytiques<\/em>). Et Sylvain Missonnier ponctue&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout est dit&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9criture de Sylvain Missonnier, d\u2019une justesse et d\u2019une authenticit\u00e9 rares, sa description des diff\u00e9rents moments critiques ponctuant toute vie humaine, avec son cort\u00e8ge de virtualit\u00e9s f\u00e9condes ou traumatiques, nous oblige \u00e0 une r\u00e9flexion sur nos propres mutations, sur les transformations qui ont jalonn\u00e9 notre vie. Et, <em>in fine<\/em>, sur l\u2019importance de cette notion de m\u00e9tamorphose, dont l\u2019\u00e9tat de grossesse et l\u2019accouchement sont probablement la plus forte des repr\u00e9sentations, mais qui t\u00e9moigne pour chacun d\u2019entre nous de la cr\u00e9ativit\u00e9 psychique tout autant que de la conscience de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute fallait-il du courage pour s\u2019exposer, mais il fallait \u00e9galement une tr\u00e8s grande g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 pour nous faire partager un travail r\u00e9flexif et th\u00e9orique issu d\u2019\u00e9v\u00e8nements totalement personnels et pour nous offrir avec simplicit\u00e9 le maillage du concept et de l\u2019\u00e9v\u00e9nement dans la pens\u00e9e en action.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ouvrage est un t\u00e9moignage pr\u00e9cieux de ce que peut \u00eatre une m\u00e9tapsychologie incarn\u00e9e, une transmission th\u00e9orico-clinique \u00e9clairante, une th\u00e9orie vivante.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, oui, il nous ouvre des \u00ab&nbsp;horizons de pens\u00e9e et de recherches&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sylvie S\u00e9guret<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Psychologue clinicienne<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Sous la direction de<\/em> PHILIPPE KINOO, MURIEL MEYNCKENS-FOUREZ et CHRISTINE VANDER BORGHT, Supervision en institution et analyse de pratiques, Eloge du conflit et du plaisir, De Boeck Sup\u00e9rieur, Louvain-la-Neuve, novembre 2019, 256 pages, 33 \u20ac<\/h2>\n\n\n\n<p>Lors de la d\u00e9couverte d\u2019articles ou d\u2019ouvrages th\u00e9orico-cliniques, nous sommes familiers du privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre invit\u00e9s \u00e0 \u00eatre t\u00e9moins proches de l\u2019intimit\u00e9 de la relation entre le patient et son th\u00e9rapeute, qui nous y invite en somme. Il est certes moins courant de pouvoir entrer quasi sans frapper dans les locaux o\u00f9 sont r\u00e9unies des \u00e9quipes institutionnelles enti\u00e8res et leur superviseur. D\u2019importants articles portant sur ces questions ont paru depuis de longues ann\u00e9es, et nous pensons particuli\u00e8rement aux riches publications de la <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique de Groupe<\/em> ou de la revue <em>Connexions<\/em> pour ne citer que celles-ci. Mais un ouvrage entier pr\u00e9sentant une suite de r\u00e9flexions \u00ab&nbsp;synth\u00e9tiques&nbsp;\u00bb est plus rare. Nous rencontrons ici des \u00e9quipes pench\u00e9es sur leur t\u00e2che primaire, \u00e0 savoir le soin dans les institutions de la m\u00e9sinscription sociale comme les nommait A.-N. Henry, mais aussi sur leurs relations parfois p\u00e9nibles et toujours complexes, les questions de hi\u00e9rarchie, ou les multiples pans des circuits organisationnels qui vont souvent, nous le savons, se nicher dans les d\u00e9tails (comme le diable, nous disait Nietzche \u2026)&nbsp;; les derni\u00e8res ann\u00e9es ont mis notamment en \u00e9vidence les souffrances g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les positions de gestion manag\u00e9riales, et la pand\u00e9mie de Covid-19 qui a surgit depuis la parution du livre de nos coll\u00e8gues belges, entra\u00eenant confinement, distanciations dans tous les sens du terme, n\u2019amenuisera certes pas les besoins r\u00e9flexifs des \u00e9quipes. Christophe Dejours, dont la pens\u00e9e est un des filigranes de l\u2019ouvrage, rappelle que \u00ab&nbsp;<em>corps et travail ne sont pas des concepts reconnus de la m\u00e9tapsychologie freudienne&nbsp;; (\u2026) Freud ne propose pas de th\u00e9orie du corps ni de th\u00e9orie du travail<\/em>&nbsp;\u00bb (Dejours, Ch., <em>Travail vivant<\/em>, Tome 1, PBP, Payot, Paris, 2013, p.51). D. Robin, l\u2019un des auteurs du livre pr\u00e9sent\u00e9 ici, nous dit que travail \u00e9voquerait douleur voire torture, comme en t\u00e9moignerait son \u00e9tymologie antique \u00ab&nbsp;<em>tripalium<\/em>&nbsp;\u00bb. Mais c\u2019est aussi un \u00ab&nbsp;<em>espace am\u00e9nag\u00e9, constitu\u00e9 d\u2019un b\u00e2ti tr\u00e8s robuste\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;: lu sur le petit panneau explicatif fix\u00e9 sur cet ancien <em>travail<\/em> de mar\u00e9chal ferrant au sein d\u2019un vieux village du Tarn o\u00f9 m\u2019ont men\u00e9 mes pas r\u00e9cemment \u2026 Le travail est aussi un \u00ab&nbsp;cadre&nbsp;\u00bb, solidement tourn\u00e9 vers le vivant et la collaboration \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ouvrage nous offre des repr\u00e9sentations en effet tr\u00e8s vivantes, concr\u00e8tes, et des exemples nombreux portant sur des dimensions institutionnelles tr\u00e8s diverses&nbsp;; il nous fait cheminer \u00e0 travers les enjeux, y compris pour le superviseur (ou analyste des pratiques) tels qu\u2019ils s\u2019imposent, nous \u00ab&nbsp;prennent au jeu&nbsp;\u00bb et se travaillent au fil du processus, bien d\u00e9crit comme s\u2019amor\u00e7ant largement en amont de la \u00ab&nbsp;demande&nbsp;\u00bb formul\u00e9e, et se rejouant tout autant au cours de la \u00ab&nbsp;fin&nbsp;\u00bb de la relation liant l\u2019\u00e9quipe et son superviseur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lecteur est aussi, en somme, invit\u00e9 \u00e0 rejoindre l\u2019\u00e9quipe des auteurs, elle-m\u00eame au travail dans le plaisir de l\u2019\u00e9laboration, de la copens\u00e9e, s\u2019activant \u00e0 une co-\u00e9criture \u00e0 plusieurs mains et nous communiquant <em>via<\/em> un choix d\u2019exp\u00e9riences rapport\u00e9es, leur exp\u00e9rience sur le terrain, terrain fr\u00e9quemment parsem\u00e9 de traumas aux effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res. Le panel compos\u00e9 de dix auteurs est lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la transmission, certes vers le lecteur, mais aussi dans son propre groupe, en interne&nbsp;; transpara\u00eet l\u00e0 le jeu subtil des rapports entre \u00ab&nbsp;vieux routiers&nbsp;\u00bb et praticiens plus jeunes. Ren\u00e9 Ka\u00ebs \u00e9crivait&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u2026 la formation consiste dans le processus sur lequel elle se construit et sur les effets de capacit\u00e9 (P. Ric\u0153ur, 2004) qu\u2019elle engendre<\/em>&nbsp;\u00bb <em>(Le travail psychique de la formation<\/em>, Dunod, Paris, 2011, p.25)&nbsp;; dans ce m\u00eame ouvrage, N. Vander Elst et G. Gimenez mettent l\u2019accent sur le fait que \u00ab&nbsp;<em>se former c\u2019est h\u00e9riter et s\u2019approprier un h\u00e9ritage<\/em>&nbsp;\u00bb. Nous sommes ici dans ce registre.<\/p>\n\n\n\n<p>A d\u00e9faut sans doute de rencontrer une \u00ab&nbsp;conflictualit\u00e9&nbsp;\u00bb plus franche portant sur les \u00e9carts th\u00e9oriques, le lecteur qui cherche \u00e0 ne pas s\u2019emp\u00eatrer dans ceux-ci ou \u00e0 \u00e9viter les risques et impasses de la pens\u00e9e unique, trouvera certes sa satisfaction et le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une claire diversit\u00e9&nbsp;: clart\u00e9 int\u00e9grant une dimension historique, voire quelque peu \u00ab&nbsp;encyclop\u00e9dique&nbsp;\u00bb comme en t\u00e9moignent la bibliographie et les nombreuses r\u00e9f\u00e9rences aux auteurs qui furent pour certains pionniers en mati\u00e8re d\u2019approche des institutions et des complexes rapports au travail. Nous retrouvons par exemple \u00e9voqu\u00e9s au fil des pages les travaux de Stanton et Schwartz (1954), W.R. Bion (1962), H. Freudenberger (1982&nbsp;; \u00ab&nbsp;inventeur&nbsp;\u00bb \u00e0 ses d\u00e9pens de la notion de <em>burn-out<\/em>), E. Dessoy (1993), P.-C. Racamier (1993) ou encore P. Fustier (2004), J. Oury (2003, 2007) et R. Roussillon (1987, 1991). Ainsi, l\u2019ouvrage ne nous engage gu\u00e8re dans les m\u00e9andres des confrontations ou des nuances -m\u00eame si celles-ci peuvent bien s\u00fbr s\u2019av\u00e9rer significatives &#8211; entre les conceptions tant\u00f4t famili\u00e8res au syst\u00e9micien, tant\u00f4t au psychanalyste&nbsp;; il fait plut\u00f4t le pari d\u2019un \u00ab&nbsp;\u00e9clectisme \u00e9clair\u00e9&nbsp;\u00bb et d\u2019une certaine pragmatique qui conviendra aux lecteurs d\u00e9sireux de se faire une id\u00e9e assez directe et illustr\u00e9e de ce qui peut animer pens\u00e9es et r\u00e9flexions de superviseurs d\u2019\u00e9quipes. Les textes sont d\u00e8s lors abordables pour qui s\u2019int\u00e9resse au travail en \u00e9quipe, du dedans ou du dehors pourrait-on dire&nbsp;: mais les auteurs nous indiquent fort bien que nul n\u2019est jamais vraiment \u00ab&nbsp;hors&nbsp;\u00bb de l\u2019institution et de ses multiples niveaux et enchev\u00eatrements conscients ou non&nbsp;; ceux-ci nous happent, nous rattrapent, nous incluent y compris lorsque nous pr\u00e9tendons occuper une position d\u2019intervenants dits \u00ab&nbsp;tiers&nbsp;\u00bb (p 99).<\/p>\n\n\n\n<p>Nous trouvons dans ce livre des pistes pour penser les champs d\u2019intervention, d\u00e9crire les modes de direction institutionnelle, la construction du cadre, les m\u00e9tafonctions de la supervision ou de l\u2019analyse de pratiques, les isomorphismes, certaines sp\u00e9cificit\u00e9s des dynamiques institutionnelles \u00e0 la source des demandes d\u2019intervention, pour approcher les techniques de m\u00e9diatisation d\u00e9velopp\u00e9es notamment en pratique syst\u00e9mique, ou, pour terminer, la question \u2026 de la fin de l\u2019intervention. Notons qu\u2019un glossaire compl\u00e8te l\u2019ouvrage&nbsp;: il guidera le lecteur dans la compr\u00e9hension des concepts avec lesquels il serait moins familier, notamment selon ses \u00ab&nbsp;habitudes&nbsp;\u00bb th\u00e9oriques de base. En effet, comme nous le sugg\u00e9rions plus haut, l\u2019ouvrage est probablement aussi bien destin\u00e9 au praticien lui-m\u00eame engag\u00e9 dans des t\u00e2ches d\u2019analyse des pratiques et d\u00e9sirant \u00e9tayer sa r\u00e9flexion, qu\u2019aux membres d\u2019\u00e9quipes soignantes (\u00e9ducateurs, cadres ou responsables, par exemple) mus par le besoin ou l\u2019int\u00e9r\u00eat de mieux situer ou comprendre certains enjeux de la dynamique travers\u00e9e par le groupe institutionnel, par exemple au d\u00e9cours d\u2019une phase de supervision ou d\u2019analyse de pratiques \u2026 ou plut\u00f4t dans leur apr\u00e8s coup&nbsp;: de fait, il me semble toujours pr\u00e9f\u00e9rable que l\u2019 \u00ab&nbsp;en-jeu&nbsp;\u00bb (terme emprunt\u00e9 \u00e0 R. Roussillon) &#8211; souvent largement inconscient mais pour autant tout aussi producteur d\u2019effets, voire de \u00ab&nbsp;surprises&nbsp;\u00bb op\u00e9rantes &#8211; reste situ\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du transfert spontan\u00e9 sur le superviseur et sur le dispositif plut\u00f4t que du c\u00f4t\u00e9 de la rationalit\u00e9, de la secondarisation ou de l\u2019intellectualisation dans laquelle une lecture \u00ab&nbsp;en temps r\u00e9el&nbsp;\u00bb risque toujours de nous pousser.<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs insistent sur leur conviction que le travail en institution devrait \u00eatre n\u00e9cessairement un lieu de conflit et de plaisir&nbsp;; une des conditions \u00e0 atteindre, \u00e9crivent-ils en s\u2019appuyant sur D.W. Winnicott, sera que \u00ab&nbsp;l\u2019institution et son fonctionnement puissent \u00eatre suffisamment bons, voire \u201cjuste assez bon\u201d&nbsp;\u00bb (p.225). Une des facettes de cette \u00ab&nbsp;capacit\u00e9&nbsp;\u00bb, qui constitue un des fils rouges de l\u2019ouvrage et de nos pratiques, serait&nbsp;: transcender l\u2019opposition beaucoup trop simpliste entre les dits utilisateurs et les dits professionnels (p.&nbsp;207).<\/p>\n\n\n\n<p>Permettre une large d\u00e9couverte, donner des rep\u00e8res th\u00e9oriques vari\u00e9s, nous immerger tr\u00e8s concr\u00e8tement dans une s\u00e9rie de situations sous forme de vignettes&nbsp;: voici l\u2019offre de ce travail collectif de 250 pages. Le lecteur d\u00e9sireux de s\u2019engager plus profond\u00e9ment dans les ombres et lumi\u00e8res des institutions vues davantage comme des appareillages psychiques (R. Ka\u00ebs) au sein desquels les dispositifs de soins eux-m\u00eames peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme r\u00e9gis largement, eux-aussi, selon des processus inconscients, trouveront \u00e0 poursuivre leurs recherches notamment dans un ouvrage paru \u00e0 peine quelques semaines plus tard, chez Dunod, sous la direction de J.-P. Pinel et G. Gaillard, auteurs majeurs dont on ne trouve pas l\u2019\u00e9vocation, assez \u00e9tonnamment, dans le pr\u00e9sent livre. Nous pourrions voir dans cet \u00e9cart ou ce hasard le reflet de ce qu\u2019en mati\u00e8re d\u2019institutions, y compris celles rassemblant les sp\u00e9cialistes de la question &#8211; syst\u00e9miciens, psychanalystes, ou autres &#8211; tout est sans cesse \u00e0 remettre sur le m\u00e9tier pour lier, d\u00e9construire et reconstruire, se perdre pour tenter d\u2019approfondir et de comprendre \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs nous invitent fort bien \u00e0 les suivre dans le plaisir et le conflit, dont ils font l\u2019\u00e9loge comme ils l\u2019annoncent dans le sous-titre&nbsp;; ils rejoignent ce que N. Vander Elst et G. Gimenez \u00e9crivaient apr\u00e8s avoir eux aussi insist\u00e9 sur la dimension \u00ab&nbsp;<em>ludique, maturante et narcissisante<\/em>&nbsp;\u00bb, des processus de formation&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>la formation est une transformation potentiellement anxiog\u00e8ne et porteuse de souffrance&nbsp;: on se transforme, on perd et on se perd en se formant \u2026<\/em>&nbsp;\u00bb. Lire un ouvrage riche de diverses approches et largement illustr\u00e9 d\u2019exemples cliniques ouvre d\u00e8s lors un espace \u00ab&nbsp;\u00e0 t\u00eate repos\u00e9e&nbsp;\u00bb pour aborder les complexit\u00e9s de ce qui se d\u00e9pose et se cristallise dans les lieux de supervision et d\u2019analyse des pratiques en institution.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Michel Cailliau<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>psychologue clinicien, psychoth\u00e9rapeute, formateur et intervenant institutionnel<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"mailto:michel.cailliau@skynet.be\">michel.cailliau@skynet.be<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">HENRI VERMOREL, Sigmund Freud et Romain Rolland. Un dialogue, Editions Albin Michel, 2018&nbsp;640 pages, 29 \u20ac<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage d\u2019\u00e9rudition de Henri Vermorel reprend et refond le livre \u00e9crit avec sa femme Madeleine Vermorel (1993), en une \u00ab&nbsp;\u00e9laboration enti\u00e8rement renouvel\u00e9e de (leurs) recherches&nbsp;\u00bb, 25&nbsp;ans plus tard et deux ans seulement avant sa mort le 25&nbsp;f\u00e9vrier 2020 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 92&nbsp;ans. Henri Vermorel \u00e9tait psychiatre des h\u00f4pitaux (Bassens, Savoie), psychanalyste membre titulaire formateur de la <em>Soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique de Paris<\/em>&nbsp;; il pr\u00e9sida le <em>Groupe Lyonnais de Psychanalyse<\/em>&nbsp;; il animait de nombreux s\u00e9minaires et supervisions.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs fils peuvent \u00eatre tir\u00e9s de la lecture de cette \u0153uvre magistrale de psychanalyse, plong\u00e9e dans la culture et dans l\u2019histoire des ann\u00e9es 1920-40 et irrigu\u00e9e d\u2019abondantes r\u00e9f\u00e9rences philosophiques, litt\u00e9raires, musicales, mythologiques\u2026 Henri Vermorel m\u00e8ne son travail avec une grande pr\u00e9cision d\u2019\u00e9criture et le souci d\u2019accompagner le lecteur dans une d\u00e9couverte aussi complexe que passionnante, au confluent du culturel et de l\u2019intime. Le <em>Dialogue<\/em> entre Freud et Rolland se tient entre 1923, date de leur premi\u00e8re correspondance, et 1936, l\u2019envoi de Freud \u00e0 Rolland pour son 70<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire, de son texte&nbsp;: <em>Un trouble du souvenir sur l\u2019Acropole<\/em>. Un simple \u00e9change de remerciements cl\u00f4t alors leur correspondance, tous deux sont \u00e2g\u00e9s et malades, et Rolland passe \u00e0 d\u2019autres pr\u00e9occupations.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9tour des pages, Henri Vermorel rappelle r\u00e9guli\u00e8rement une id\u00e9e auparavant avanc\u00e9e, l\u2019\u00e9claire sous un autre jour, donnant \u00e0 son style d\u2019\u00e9criture une profondeur de vue saisissante. Selon ma propre lecture, cette \u0153uvre se pr\u00e9sente comme une s\u00e9ance d\u2019analyse en abyme&nbsp;: le livre est \u00e9crit comme pourrait se d\u00e9rouler une s\u00e9ance, avec ses moments de r\u00e9miniscence, d\u2019\u00e9chos inattendus et apr\u00e8s-coups dont le relev\u00e9 minutieux, d\u00e9taill\u00e9, permet de retrouver le fil transf\u00e9rentiel. Mais cette s\u00e9ance en son parcours, rassemble, condense et r\u00e9v\u00e8le l\u2019ensemble du parcours analytique personnel de Freud. Et celui-ci m\u00eame contient en germes et accompagne tout le d\u00e9veloppement de la cr\u00e9ation freudienne. Dans sa riche correspondance, Freud avance des id\u00e9es reprises et \u00e9labor\u00e9es ensuite dans les \u00e9crits m\u00e9tapsychologiques. Entre Freud et Rolland, la correspondance se r\u00e9sume \u00e0 une vingtaine de lettres entre 1923 et 1936, une seule rencontre en 1924, et des \u00e9changes de livres&nbsp;; mais la profondeur de leurs discussions a inspir\u00e9 et accompagn\u00e9 la derni\u00e8re partie de l\u2019\u0153uvre du cr\u00e9ateur de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Quels sont les points communs entre Freud \u00ab&nbsp;juif ath\u00e9e&nbsp;\u00bb, voire \u00ab&nbsp;h\u00e9r\u00e9tique&nbsp;\u00bb et Rolland, \u00ab&nbsp;chr\u00e9tien sans Eglise&nbsp;\u00bb&nbsp;? Tous deux sont des Europ\u00e9ens et des humanistes&nbsp;: Freud se d\u00e9finit comme \u00ab&nbsp;citoyen du monde de la culture&nbsp;\u00bb et Rolland, pacifiste, s\u2019\u00e9l\u00e8ve en 1914 contre la guerre&nbsp;: \u00ab&nbsp;crime contre la civilisation&nbsp;\u00bb. Il en pr\u00e9voit l\u2019horreur de m\u00eame qu\u2019il pressent la catastrophe hitl\u00e9rienne&nbsp;: \u00ab&nbsp;crime contre l\u2019humanit\u00e9&nbsp;\u00bb et s\u2019oppose au fascisme, puis il critique le colonialisme&nbsp;; il se rapproche de Gandhi et \u00e9tudie la mystique hindoue&nbsp;; il se laissera leurrer par le communisme de Staline, ayant du mal \u00e0 renoncer \u00e0 l\u2019id\u00e9al d\u2019un monde nouveau que semblait promettre la r\u00e9volution russe. La r\u00e9flexion de Freud est intimement li\u00e9e \u00e0 l\u2019Histoire, ainsi la mort de millions de jeunes gens pendant la Grande Guerre \u00e9voque aux deux amis, les v\u0153ux de mort (inconscients) des p\u00e8res envers leurs fils et serait une impulsion \u00e0 \u00e9laborer la seconde th\u00e9orie pulsionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun est nourri de culture gr\u00e9co-latine, se reconna\u00eet une filiation dans l\u2019\u0153uvre de Goethe et des romantiques allemands, ainsi que chez Spinoza, le philosophe juif la\u00efque d\u2019Amsterdam. Henri Vermorel rappelle que les concepts <em>princeps<\/em> de la psychanalyse &#8211; situ\u00e9e entre mat\u00e9rialisme et id\u00e9alisme, sont des th\u00e8mes romantiques&nbsp;: le r\u00eave&nbsp;; l\u2019inconscient&nbsp;; la pulsion (<em>Trieb<\/em>). Chacun parle la langue de l\u2019autre, et plusieurs langues&nbsp;; ils sont des \u00e9crivains&nbsp;; ils aiment l\u2019Italie et m\u00e9diteront tous deux devant la statue du <em>Mo\u00efse<\/em> de Michel-Ange \u00e0 Rome, sur le tombeau du pape Jules II. Rolland se passionne pour la musique, \u00e0 laquelle Freud d\u00e9clare ne rien entendre\u2026 Ils sont en dialogue avec des intellectuels europ\u00e9ens dont Stefan Zweig qui veille \u00e0 entretenir le lien entre eux. Il est un \u00ab&nbsp;pollinisateur crois\u00e9&nbsp;\u00bb des \u00e9changes entre ses deux amis. Rolland obtient le prix Nobel de litt\u00e9rature en 1915, une distinction qu\u2019esp\u00e9rait Freud n\u00e9anmoins r\u00e9compens\u00e9 par le prix Goethe en 1930. Ils sont aussi tous deux les fils a\u00een\u00e9s de m\u00e8res passionn\u00e9es mais bient\u00f4t affect\u00e9es par un deuil, et d\u00e9\u00e7us par une imago paternelle qu\u2019ils compensent par des identifications h\u00e9ro\u00efques&nbsp;: \u00ab&nbsp;seul contre tous&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Henri Vermorel attire notre attention sur le terme d\u2019\u00ab&nbsp;auto-analyse&nbsp;\u00bb (de Freud) qu\u2019il juge impropre. En effet, cette analyse s\u2019appuie sur des tiers&nbsp;: la longue relation transf\u00e9rentielle avec son ami Fliess, (puis Jung, puis Rolland)&nbsp;; les exp\u00e9riences avec les patients&nbsp;; les donn\u00e9es issues de la culture. Aussi est-il plus exact de d\u00e9finir le mot \u00ab&nbsp;auto-analyse&nbsp;\u00bb ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;processus cr\u00e9ateur, appuy\u00e9 sur le transfert \u00e0 un tiers, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un travail int\u00e9rieur analytique, notamment sur ses r\u00eaves, confront\u00e9 aux donn\u00e9es de l\u2019exp\u00e9rience clinique avec les patients, ou encore aux donn\u00e9es de la litt\u00e9rature et de la mythologie&nbsp;\u00bb. (p.62).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019inattendu plaisir de la lecture li\u00e9 \u00e0 la construction originale de l\u2019\u00e9criture, suscite une surprise et m\u00eame un trouble qui font \u00e9cho \u00e0 l\u2019objet d\u2019\u00e9tude que cerne Henri Vermorel&nbsp;: la myst\u00e9rieuse pouss\u00e9e de l\u2019inattendu \u00e9prouv\u00e9 sur l\u2019Acropole en 1904 est rest\u00e9e une interrogation pour Freud jusqu\u2019\u00e0 une forme de r\u00e9solution en 1936, dans la cr\u00e9ation du texte <em>Un trouble du souvenir\u2026<\/em> qui marque le terme de son dialogue avec Rolland. Aux \u00ab&nbsp;illuminations&nbsp;\u00bb et \u00e0 la \u00ab&nbsp;sensation oc\u00e9anique&nbsp;\u00bb de Rolland, r\u00e9pondent le \u00ab&nbsp;sentiment d\u2019\u00e9trangement&nbsp;\u00bb, le trouble de Freud. Le lecteur, tout en suivant Henri Vermorel qui expose avec p\u00e9dagogie la gen\u00e8se de l\u2019\u0153uvre freudienne \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9changes avec Rolland, est \u00e9mu par les \u00e9vocations de la plong\u00e9e dans l\u2019immense \u00e9tendue psychique, oc\u00e9anique, des premi\u00e8res relations de l\u2019\u00eatre humain avec la m\u00e8re, aux confins de la vie et de la mort. Et Henri Vermorel de montrer combien les blessures narcissiques pr\u00e9coces, qu\u2019ont tous deux v\u00e9cues Freud et Rolland, sont des ferments pour l\u2019\u0153uvre de leurs vies. Par la contrainte \u00e0 cr\u00e9er qu\u2019elles imposent, elles font face au d\u00e9sespoir sans fond qui s\u2019\u00e9prouve dans l\u2019emprise d\u2019une imago maternelle devenue dangereuse&nbsp;: absorb\u00e9e dans le chagrin de la mort d\u2019un b\u00e9b\u00e9 ou d\u2019un petit enfant, elle ne peut plus alimenter narcissiquement l\u2019enfant \u00ab&nbsp;survivant&nbsp;\u00bb qui s\u2019\u00e9prouve menac\u00e9 en raison de l\u2019immaturit\u00e9 de son jeune moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma revue de lecture suit un seul fil&nbsp;: l\u2019\u00e9mergence dans l\u2019auto-analyse de Freud, appuy\u00e9e sur la relation transf\u00e9rentielle \u00e0 Rolland, du deuil encrypt\u00e9 de sa toute petite enfance, qui trouve une certaine issue s\u2019accompagnant dans l\u2019\u0153uvre de vues nouvelles sur les traumas pr\u00e9coces, la relation primaire m\u00e8re-enfant, la f\u00e9minit\u00e9. Freud malade, \u00e2g\u00e9, atterr\u00e9 par l\u2019effondrement de la civilisation europ\u00e9enne, perd sa m\u00e8re en 1930&nbsp;; il approche lui-m\u00eame de la mort, \u00ab&nbsp;retour au sein maternel&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;455).<\/p>\n\n\n\n<p>Henri Vermorel montre le processus analytique&nbsp;: du transfert rest\u00e9 m\u00e9fiant avec Fliess, sold\u00e9 par une rupture et des traces in\u00e9labor\u00e9es (la peur de Freud de mourir jeune) au transfert plus confiant, \u00e0 valence maternelle, avec Rolland. <em>Le trouble du souvenir sur l\u2019Acropole<\/em> aura \u00e9t\u00e9 un ferment permanent mais approfondi seulement \u00e0 la fin de la vie de Freud. Ce n\u2019est que dans la relation suffisamment confiante avec Rolland que peut se transf\u00e9rer le traumatisme pr\u00e9coce&nbsp;; la lev\u00e9e du clivage issu du trauma pr\u00e9coce est prot\u00e9g\u00e9e par la nature \u00e9pistolaire des \u00e9changes qui m\u00e9nage une certaine distance.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud prend contact par lettre avec Rolland, connu comme un grand id\u00e9aliste, (il sera le \u00ab&nbsp;dernier romantique fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb) dans un moment de d\u00e9sespoir, peu apr\u00e8s la guerre&nbsp;: nous sommes en 1923, exactement au moment de la d\u00e9couverte d\u2019un cancer de la m\u00e2choire&nbsp;; il a perdu sa fille Sophie en 1920, son petit-fils mourra en 1923. Dans la premi\u00e8re lettre adress\u00e9e \u00e0 Rolland, Freud se campe comme un \u00ab&nbsp;destructeur des illusions&nbsp;\u00bb face \u00e0 celui qui \u00e9tend son \u00ab&nbsp;amour \u00e0 tous les enfants des hommes&nbsp;\u00bb. Rolland r\u00e9plique \u00e0 l\u2019id\u00e9alisme que lui suppose Freud, par l\u2019envoi d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, <em>Liluli<\/em>, qui est une satire de l\u2019illusion. Freud se met alors \u00e0 \u00e9crire <em>L\u2019avenir d\u2019une illusion<\/em>, qu\u2019il enverra d\u00e8s parution \u00e0 son interlocuteur (1927).<\/p>\n\n\n\n<p>En 1924, lors d\u2019un voyage musical \u00e0 Vienne, Rolland se rend au domicile de Freud, pour un entretien d\u2019une heure (la dur\u00e9e d\u2019une s\u00e9ance d\u2019analyse \u00e0 l\u2019\u00e9poque), en pr\u00e9sence de Zweig et d\u2019Anna Freud. Un courant souterrain de transmission de pens\u00e9e semble s\u2019installer parall\u00e8lement \u00e0 leur discussion qui porte sur la violence et les instincts d\u00e9cha\u00een\u00e9s, et le g\u00e9nie cr\u00e9ateur. Freud donne \u00e0 Rolland la place de l\u2019analyste&nbsp;: il \u00e9voquera le souvenir de sa pr\u00e9sence, assis sur le fauteuil rouge. Cette rencontre vivifie le transfert par lettres&nbsp;: Rolland \u00e9crit le <em>Voyage int\u00e9rieur<\/em> et simultan\u00e9ment Freud r\u00e9dige son <em>Autopr\u00e9sentation<\/em>. Le texte de Rolland a un tour intime, il \u00e9voque d\u00e8s les premi\u00e8res pages la mort de sa petite s\u0153ur Madeleine, 3&nbsp;ans, au bord de l\u2019oc\u00e9an, alors qu\u2019il avait 5&nbsp;ans. Ils n\u2019en avaient pas parl\u00e9, mais Freud \u00e2g\u00e9 d\u2019\u00e0 peine 2&nbsp;ans, avait lui, perdu son petit fr\u00e8re Julius. Rolland d\u00e9crit l\u2019enfermement du petit gar\u00e7on avec une m\u00e8re endeuill\u00e9e, \u00e0 l\u2019\u00e9cart du p\u00e8re&nbsp;: la maison est une \u00ab&nbsp;ratoire&nbsp;\u00bb. Le ressort de sa cr\u00e9ation est comme chez Freud, une lutte contre la mort. Rolland vit des \u00ab&nbsp;illuminations&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00e9clairs&nbsp;\u00bb dont le premier au bord de l\u2019oc\u00e9an le ram\u00e8ne \u00e0 une communion avec sa petite s\u0153ur, en une dilatation narcissique. \u00ab&nbsp;L\u2019immensit\u00e9 des flots s\u2019associe \u00e0 l\u2019image de la mort tout en la d\u00e9niant&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;257). C\u2019est le premier \u00e9prouv\u00e9 de la \u00ab&nbsp;sensation oc\u00e9anique&nbsp;\u00bb que Rolland propose \u00e0 la r\u00e9flexion de Freud, dans une prompte r\u00e9ponse \u00e0 sa lecture de <em>L\u2019avenir d\u2019une illusion.<\/em> Cette analyse critique des religions, qui contient une premi\u00e8re version du <em>souvenir sur l\u2019Acropole<\/em> mentionnant le \u00ab&nbsp;caract\u00e8re particulier du lieu&nbsp;\u00bb-sacr\u00e9&nbsp;? avance Henri Vermorel, propulse leurs \u00e9changes \u00ab&nbsp;dans une phase active et cr\u00e9ative&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;251). Rolland (1927) interroge Freud sur la \u00ab&nbsp;sensation religieuse&nbsp;\u00bb toute personnelle, diff\u00e9rente des religions&nbsp;; cette sensation est famili\u00e8re \u00e0 beaucoup d\u2019hommes, affirme-t-il, elle est \u00ab&nbsp;une source de renouvellement vital&nbsp;\u00bb et ce sentiment \u00ab&nbsp;oc\u00e9anique&nbsp;\u00bb n\u2019a pourtant rien \u00e0 voir avec une aspiration \u00e0 l\u2019\u00e9ternel. \u00ab&nbsp;C\u2019est un contact&nbsp;\u00bb \u00e9crit encore Rolland (p.&nbsp;252). Freud met pr\u00e8s de deux ans \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cette lettre&nbsp;: les remarques sur le sentiment oc\u00e9anique ne lui ont laiss\u00e9 \u00ab&nbsp;aucun repos&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;264). Henri Vermorel remarque que ce d\u00e9lai correspond \u00e0 l\u2019\u00e2ge de Freud lorsque Julius est mort. Ce serait la r\u00e9surgence des deux faces d\u2019un deuil&nbsp;: la sid\u00e9ration puis une intense r\u00e9flexion. La notation sensible des r\u00e9currences des dates ou des dur\u00e9es, des assonances pourrait donner au lecteur une impression de logique \u00ab&nbsp;forc\u00e9e&nbsp;\u00bb, cependant vite remplac\u00e9e par la reconnaissance de l\u2019\u00e9tonnante portance des vagues de l\u2019inconscient&nbsp;: dissimulations, co\u00efncidences, lev\u00e9es de voile, d\u00e9tails, \u00e9mergences de l\u2019originaire se frayant un chemin dans le d\u00e9ploiement du transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa r\u00e9ponse \u00e0 Rolland, en 1929, Freud d\u00e9clare \u00e9carter la mystique de son chemin, s\u2019y sentant \u00ab&nbsp;ferm\u00e9 autant qu\u2019\u00e0 la musique&nbsp;\u00bb, tandis que Rolland s\u2019aventure dans la mystique hindoue pas compl\u00e8tement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 Freud&nbsp;: celui-ci relie \u00ab&nbsp;nirvana&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;pulsion de mort&nbsp;\u00bb. Cependant Freud lui annonce la parution d\u2019un ouvrage, <em>Le Malaise dans la culture<\/em>, dont Rolland sera destinataire de la 2<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9dition en 1931 soit encore deux ans plus tard. La sid\u00e9ration qui explique le d\u00e9lai de r\u00e9ponse, est une nouvelle trace du trauma subi par le petit Sigismund vers deux ans. Le premier chapitre est une r\u00e9ponse \u00e0 Rolland&nbsp;: Freud trouve une place au sentiment oc\u00e9anique dans la m\u00e9tapsychologie. Il \u00e9tablit un parall\u00e8le avec le narcissisme primaire et fait l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une \u00ab&nbsp;survivance de l\u2019originel \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ult\u00e9rieur qui est n\u00e9 de lui&nbsp;\u00bb&nbsp;: il s\u2019agit de \u00ab&nbsp;la cons\u00e9quence d\u2019un clivage du d\u00e9veloppement&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;294). Henri Vermorel sugg\u00e8re le transfert maternel qui s\u2019installe, illustr\u00e9 par la m\u00e9taphore arch\u00e9ologique de la Rome antique. Le transfert de pens\u00e9e se d\u00e9ploie dans la suite de la communication primitive m\u00e8re-enfant&nbsp;: Freud adresse \u00e0 Rolland la <em>Nouvelle suite des le\u00e7ons<\/em>, il y aborde le temps pr\u00e9g\u00e9nital.<\/p>\n\n\n\n<p>En pleine mont\u00e9e du nazisme, Freud est sollicit\u00e9 pour \u00e9crire un texte \u00e0 l\u2019occasion du 70<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de Rolland. Apr\u00e8s une br\u00e8ve sid\u00e9ration, il envoie une lettre ouverte \u00e0 son ami&nbsp;: <em>Un Trouble du souvenir sur l\u2019Acropole<\/em>. Cette \u00ab&nbsp;odyss\u00e9e mythique&nbsp;\u00bb condense la gen\u00e8se de l\u2019\u0153uvre et l\u2019auto-analyse freudienne. Henri Vermorel montre que ce texte est une suite de la discussion sur le sentiment oc\u00e9anique, poursuivant l\u2019ouverture de la crypte du deuil de Julius. Freud place Rolland en position d\u2019analyste, lui demandant de pr\u00eater attention \u00e0 des donn\u00e9es personnelles. Il explore un \u00e9v\u00e9nement de 1904 rest\u00e9 \u00e9nigmatique. Alors en plein conflit avec Fliess (n\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e que Julius), Freud se rend avec son fr\u00e8re Alexander (du m\u00eame \u00e2ge que Rolland) sur l\u2019Acropole, apr\u00e8s une h\u00e9sitation partag\u00e9e. Parvenu au sommet un \u00ab&nbsp;\u00e9trangement&nbsp;\u00bb le saisit, une \u00ab&nbsp;double conscience&nbsp;\u00bb \u00e9crit-il, indiquant son auto-perception du clivage &#8211; qui permet \u00e0 des traces non transform\u00e9es de parvenir \u00ab&nbsp;en l\u2019\u00e9tat&nbsp;\u00bb \u00e0 la conscience. Il relie cet \u00ab&nbsp;\u00e9trangement&nbsp;\u00bb aux \u00ab&nbsp;hallucinations occasionnelles de l\u2019\u00eatre sain&nbsp;\u00bb &#8211; lui reconnaissant ainsi une similitude avec la sensation oc\u00e9anique. Freud sollicite Alexander pour \u00e9voquer le souvenir commun de leurs ann\u00e9es de lyc\u00e9e&nbsp;: or c\u2019est Julius qui aurait pu fr\u00e9quenter le lyc\u00e9e en m\u00eame temps que Freud, et non pas Alexander, en raison de l\u2019\u00e9cart d\u2019\u00e2ge&nbsp;; le fant\u00f4me de Julius transpara\u00eet dans cette confusion. Dans cet \u00ab&nbsp;\u00e9trangement&nbsp;\u00bb seraient contenus les souhaits de mort envers le pu\u00een\u00e9 rival et l\u2019effondrement de l\u2019enfant aux prises avec la culpabilit\u00e9 inconsciente et la fusion retrouv\u00e9e, mais avec une m\u00e8re endeuill\u00e9e, \u00ab&nbsp;morte&nbsp;\u00bb (A. Green). La rivalit\u00e9 avec Alexander-Rolland est plus simple \u00e0 surmonter, Sigmund atteint le sommet\u2026 dans une relation confiante. \u00ab&nbsp;C\u2019est sous une forme apais\u00e9e que surgit ce <em>revenant<\/em>, comme si un travail int\u00e9rieur avait pu se r\u00e9aliser&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;454). Travail int\u00e9rieur encore, qui conduit Freud \u00e0 adresser \u00e0 son p\u00e8re, sur l\u2019Acropole, sa \u00ab&nbsp;pi\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb, vertu romaine impliquant le devoir envers le p\u00e8re. Et dans la qu\u00eate d\u2019immortalit\u00e9 de Freud, il y aurait une identification \u00e0 l\u2019Eternel f\u00e9minin, le contact avec la m\u00e8re des origines.<\/p>\n\n\n\n<p>Contre les deuils de l\u2019enfance s\u2019\u00e9rige le g\u00e9nie cr\u00e9ateur et sa destin\u00e9e h\u00e9ro\u00efque&nbsp;: contraint \u00e0 cr\u00e9er, il se tient au bord du gouffre d\u2019un clivage pr\u00e9coce. La \u00ab&nbsp;sensation oc\u00e9anique&nbsp;\u00bb, source de la cr\u00e9ation, est ambigu\u00eb -communion avec l\u2019univers et ab\u00eeme. Cependant la matrice de la cr\u00e9ation est groupale&nbsp;: le groupe (des intellectuels, des acquis culturels, les doubles rencontr\u00e9s en Fliess, Jung, Ferenczi, Rolland, Mann\u2026) temp\u00e8re le fantasme d\u00e9monique d\u2019auto-engendrement du cr\u00e9ateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les derniers \u00e9crits de Freud prolongent les th\u00e8mes abord\u00e9s par les deux \u00e9crivains, en une r\u00e9flexion rest\u00e9e inaboutie que d\u00e9velopperont ses successeurs. Alors terminons par une <em>Note<\/em> de l\u2019exil \u00e0 Londres en 1938&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est int\u00e9ressant, pour ce qui est des premi\u00e8res exp\u00e9riences v\u00e9cues, (\u2026) que les diverses r\u00e9actions se conservent. (\u2026) Explication&nbsp;: faiblesse de la synth\u00e8se, conservation du caract\u00e8re des processus primaires&nbsp;\u00bb (R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes, Londres juin 1938, in&nbsp;: <em>OCF<\/em>, XX, Paris, PUF, 2010, p.&nbsp;319).<\/p>\n\n\n\n<p>Henri Vermorel fut lui aussi un passeur, entre plusieurs cultures psychanalytiques&nbsp;: il invita et travailla avec Ute Rupprecht Schampera (Allemagne), avec Ronald Fairbairn (Ecosse), avec Michael Woodbury (Washington), avec des psychanalystes russes, du Maghreb\u2026&nbsp;; ses qualit\u00e9s d\u2019accueil et d\u2019ouverture d\u2019esprit nous inspirent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Marie-Aim\u00e9e Hays<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Psychologue clinicienne,<\/p>\n\n\n\n<p>Docteure en psychologie,<\/p>\n\n\n\n<p>P\u00e9rinataliste,<\/p>\n\n\n\n<p>Psychanalyste, membre de la <em>Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">YVES GIGOU PATRICK COUPECHOUX, Mon m\u00e9tier d\u2019infirmier. Eloge de la psychiatrie de secteur, Editions D\u2019Une, 2019, 124 pages, 18 \u20ac<\/h2>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 un livre qui tombe \u00e0 point nomm\u00e9&nbsp;! Juste \u00e0 un moment politique complexe au cours duquel nous voyons successivement d\u00e9construites les valeurs fondamentales qui avaient fait tout le sel de la fin du 20<sup>eme<\/sup> si\u00e8cle, et notamment en mati\u00e8re de psychiatrie \u00e0 visage humain. La psychiatrie asilaire, croyait-on na\u00efvement, \u00e9tait d\u00e9finitivement rel\u00e9gu\u00e9e apr\u00e8s sa mise en accusation pour les 45&nbsp;000 malades mentaux morts de faim dans les h\u00f4pitaux psychiatriques au sortir de la deuxi\u00e8me guerre mondiale. C\u2019\u00e9tait sans compter sur son retour sous forme d\u2019asiles p\u00e9riph\u00e9riques nombreux dans les pratiques d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019av\u00e8nement de la psychiatrie de secteur, rendue vivante par les concepts de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, avait initi\u00e9 des pratiques nouvelles pour les patients atteints de souffrances psychiques graves et une r\u00e9flexion permanente sur les institutions qui les accueillaient. Nous savions d\u00e9sormais ce qu\u2019il convenait de mettre en place pour soigner nos fr\u00e8res les malades mentaux de fa\u00e7on toute humaine, et il ne restait plus qu\u2019\u00e0 enseigner, convaincre, discuter avec toutes les personnes composant les \u00e9quipes de psychiatrie et \u00e9galement, bien entendu, avec nos relais dans la cit\u00e9, les \u00e9lus, les repr\u00e9sentants d\u2019associations, les professionnels des champs sanitaires, \u00e9ducatifs, sociaux, et les patients eux-m\u00eames et leurs familles\u2026 Ces rencontres lorsqu\u2019elles ont eu lieu ou continuent d\u2019avoir lieu, permettent de construire une psychiatrie non pas seulement dans la cit\u00e9, mais surtout avec la cit\u00e9 et ses membres, illustrant au quotidien les multiples possibilit\u00e9s de vivre ensemble et diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre que vous allez lire retrace admirablement cette histoire \u00e0 partir du point de vue d\u2019un des alli\u00e9s historiques du psychiatre, l\u2019infirmier en psychiatrie. Mais pas n\u2019importe lequel d\u2019entre eux, Yves Gigou. L\u2019homme a une histoire particuli\u00e8re. A l\u2019instar de beaucoup d\u2019entre eux, et apr\u00e8s une enfance personnelle particuli\u00e8re, il est venu du prol\u00e9tariat, est pass\u00e9 par la CGT et le Parti Communiste, a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 par les CEMEA (Centres d\u2019Entra\u00eenement aux M\u00e9thodes d\u2019\u00c9ducation Active), et est p\u00e9tri de nombreuses rencontres avec des personnes dont les noms resteront dans l\u2019histoire de la psychiatrie, voire dans l\u2019Histoire&nbsp;: Ginette Amado, Germaine Le Guillant, Lucien Bonnaf\u00e9, Fran\u00e7ois Tosquelles, Jean Oury, Roger Mis\u00e8s, Guy Baillon et beaucoup d\u2019autres que je ne saurais tous citer ici. On assiste, avec son r\u00e9cit, \u00e0 la mis\u00e8re de la psychiatrie d\u2019avant la sectorisation, lorsque, venant de quitter les quelques exp\u00e9riences ouvri\u00e8res entreprises apr\u00e8s son certificat d\u2019\u00e9tudes, il arrive \u00e0 l\u2019asile chez \u00ab&nbsp;les agit\u00e9s&nbsp;\u00bb. Mais, ne se satisfaisant pas d\u2019assister au spectacle de l\u2019\u00e9pouvante, il d\u00e9cide d\u2019agir avec ses potes et de le transformer en rencontres \u00e0 visage humain. Dans cette r\u00e9volution interne, il insiste sur l\u2019importance de la formation. Non pas une formation initiale seulement, mais bien plut\u00f4t une formation continu\u00e9e, faite de rencontres diverses et vari\u00e9es, allant de la psychanalyse \u00e0 la politique, des activit\u00e9s th\u00e9rapeutiques cr\u00e9atives \u00e0 l\u2019animation des groupes, de la lecture au jeu th\u00e9\u00e2tral. Ce faisant, riche de toutes ces exp\u00e9riences, il contribue puissamment \u00e0 la mise en place des dispositifs sectoriels, au fur et \u00e0 mesure des inventions n\u00e9cessaires r\u00e9alis\u00e9es par les soignants pour les patients. Les id\u00e9ologies qui ont encadr\u00e9 ces mouvements sont \u00e9voqu\u00e9es mais jamais f\u00e9tichis\u00e9es, laissant toute leur place aux bricolages invent\u00e9s par les artisans du secteur en fonction des sp\u00e9cificit\u00e9s de leurs environnements. C\u2019est tout le sens de sa d\u00e9finition&nbsp;: habiter un secteur g\u00e9od\u00e9mographique, rencontrer ses personnes, ses cultures, ses espaces, ses particularit\u00e9s pour construire avec eux une politique de la psychiatrie digne de ce nom. L\u2019aventure humaine de Yves Gigou nous enseigne comment il a r\u00e9ussi \u00e0 participer \u00e0 cette construction avec d\u2019autres, illustrant parfaitement le concept de \u00ab&nbsp;collectif&nbsp;\u00bb d\u00e9velopp\u00e9 par Oury, et toujours en lien avec les habitants du secteur, fid\u00e8le aux pratiques de Bonnaf\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais non content de participer activement \u00e0 la mise en place du \u00ab&nbsp;secteur&nbsp;\u00bb, il accepte de devenir un militant de son d\u00e9veloppement en concourant au mouvement des CEMEA qui \u00e0 partir de 1947 a aid\u00e9 \u00e0 la formation des infirmiers psychiatriques par des stages initi\u00e9s par Georges Daum\u00e9zon et Germaine Le Guillant, puis gr\u00e2ce \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une revue, <em>Vie Sociale et Traitemen<\/em>t, qu\u2019il va diriger avec succ\u00e8s pendant plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, Yves Gigou est un soignant hors pair auquel beaucoup de soignants peuvent s\u2019identifier car sa trajectoire nous permet de revenir sur ce qui est important dans notre m\u00e9tier de \u00ab&nbsp;psychiste&nbsp;\u00bb (Tosquelles).<\/p>\n\n\n\n<p>Plut\u00f4t que de pleurer avec nostalgie sur cette p\u00e9riode r\u00e9volue, prenons son exemple comme un mod\u00e8le de ce que nous pouvons faire pour permettre \u00e0 une psychiatrie humaine de perdurer et \u00e0 tous les soignants de r\u00e9sister aux vents contraires qui soufflent sur elle aujourd\u2019hui&nbsp;: tenir compte de la r\u00e9alit\u00e9 qui s\u2019impose \u00e0 nous, mais continuer de r\u00eaver sans cesse aux ouvertures possibles dans le sens d\u2019une humanisation des pratiques pour en nourrir toutes les occasions de transformations qui nous seront offertes. Merci \u00e0 Yves Gigou et \u00e0 Patrick Coupechoux de nous en avoir trac\u00e9 la route.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Pierre Delion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Professeur \u00e0 la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de Lille 2, psychanalyste<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conf\u00e9rences d\u2019Introduction \u00e0 la Psychanalyse (CIP) de la SPP. Conf\u00e9rence de Alain Gibeault&nbsp;: <em>Processus du premier entretien et psychose, les conditions d\u2019une rencontre<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>Le 8&nbsp;octobre, Alain Gibeault inaugurait la premi\u00e8re soir\u00e9e du cycle Adultes 2020-2021 des <em>Conf\u00e9rences d\u2019Introduction \u00e0 la Psychanalyse<\/em> de la SPP.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir-l\u00e0, il nous a offert une plong\u00e9e dans l\u2019univers du premier entretien psychanalytique avec comme fil directeur l\u2019exemple des patients adultes pr\u00e9sentant un mode d\u2019organisation psychotique.<\/p>\n\n\n\n<p>Si certains avancent le terme de premi\u00e8re consultation, d\u2019autres de temps consultatif, de premier entretien, ou bien encore d\u2019entretiens pr\u00e9liminaires, notre conf\u00e9rencier insiste&nbsp;: il s\u2019agit avant tout d\u2019une rencontre entre deux personnes, entre deux psychismes.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1890, alors qu\u2019il se trouve en excursion dans les montagnes autrichiennes, Freud arrive dans une auberge et y fait la connaissance d\u2019une jeune serveuse Katharina <sup>1<\/sup> qui lui expose ses sympt\u00f4mes d\u2019angoisse. Il m\u00e8ne avec elle ce que pourraient \u00eatre les fondements d\u2019un premier entretien. Il commence par investiguer les circonstances qui ont pu conduire aux sympt\u00f4mes en s\u2019appuyant sur ses connaissances de l\u2019hyst\u00e9rie li\u00e9e \u00e0 des s\u00e9ductions traumatiques en particulier sexuelles. La serveuse lui confirme en effet un lien avec une sc\u00e8ne au cours de laquelle elle a surpris son p\u00e8re ayant des relations sexuelles avec une jeune fille. Ces souvenirs la renvoient directement \u00e0 une autre sc\u00e8ne o\u00f9 son p\u00e8re aurait \u00e9galement tent\u00e9 de la s\u00e9duire. Apr\u00e8s avoir racont\u00e9 son r\u00e9cit \u00e0 Freud, la jeune patiente para\u00eet soulag\u00e9e d\u2019avoir pu d\u00e9couvrir le secret sous-jacent de ses sympt\u00f4mes. C\u2019est en observant la signification subjective de faits objectifs que Freud peut alors confirmer son hypoth\u00e8se de l\u2019\u00e9tiologie sexuelle de l\u2019hyst\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>A. Gibeault a choisi de relater ce c\u00e9l\u00e8bre cas pour nous souligner les enjeux th\u00e9rapeutiques du premier entretien relatifs \u00e0 la relation transf\u00e9ro-contre-tranf\u00e9rentielle inconsciente entre Freud et Katharina. Freud n\u2019a jamais revu la patiente, mais A. Gibeault qui a pu se rendre dans la fameuse auberge, nous raconte la suite de l\u2019histoire figur\u00e9e sur les murs de l\u2019auberge&nbsp;: Katharina se serait mari\u00e9e et aurait eu plusieurs enfants dont certains par la suite auraient consult\u00e9 Freud. Cet entretien illustre les trois fonctions que Freud a attribu\u00e9es \u00e0 la psychanalyse&nbsp;: un <em>proc\u00e9d\u00e9 d\u2019investigation<\/em> des processus mentaux, une <em>m\u00e9thode th\u00e9rapeutique<\/em> fond\u00e9e sur cette investigation et enfin une s\u00e9rie de <em>conceptions psychologiques<\/em> formant progressivement une nouvelle discipline scientifique. La formule de J.-L. Baldacci et C. Bouchard <sup>2<\/sup> en reprend l\u2019essence m\u00eame&nbsp;: \u00ab&nbsp;investiguer, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 <em>traiter<\/em> en fonction d\u2019un <em>savoir<\/em> en mouvement&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une rencontre donc, \u00e0 l\u2019issue de laquelle il s\u2019agit de pouvoir estimer la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie psychique du patient et de pouvoir poser une indication \u00e9ventuelle de traitement psychanalytique, traitement qui aura lieu dans certains dispositifs institutionnels avec l\u2019analyste traitant distingu\u00e9 de l\u2019analyste consultant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son article de 1985, E. Kestemberg <sup>3<\/sup> a \u00e9labor\u00e9 six param\u00e8tres \u00e0 identifier au cours de l\u2019entretien&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Le degr\u00e9 de libert\u00e9 int\u00e9rieure du patient&nbsp;;<\/li><li>Les possibilit\u00e9s de mobilisation psychique&nbsp;;<\/li><li>La qualit\u00e9 de l\u2019histoire personnelle rapport\u00e9e&nbsp;;<\/li><li>Les capacit\u00e9s fantasmatiques et oniriques&nbsp;;<\/li><li>La r\u00e9partition entre investissements narcissiques et objectaux&nbsp;;<\/li><li>La pr\u00e9sence d\u2019\u00e9l\u00e9ments contre-transf\u00e9rentiels chez l\u2019analyste.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Elle insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de rep\u00e9rer que l\u2019entretien, qui est toujours \u00ab&nbsp;premier&nbsp;\u00bb pour le patient, puisse lui permettre d\u2019ouvrir une nouvelle voie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au plaisir de la r\u00e9p\u00e9tition se sera substitu\u00e9 le plaisir de la nouveaut\u00e9, ou encore, plus modestement, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 aura pu d\u00e9couvrir qu\u2019il est capable d\u2019\u00e9prouver d\u2019autres plaisirs que celui de la r\u00e9p\u00e9tition&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais alors, qu\u2019en est-il de la particularit\u00e9 de ce premier entretien avec un patient au fonctionnement psychotique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Si dans le premier temps de sa r\u00e9flexion, Freud pensait que dans la psychose, le d\u00e9ni de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait total, il est ensuite radicalement revenu sur cette id\u00e9e <sup>4<\/sup>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le probl\u00e8me de la psychose serait simple et transparent si le d\u00e9tachement du moi d\u2019avec la r\u00e9alit\u00e9 pouvait se r\u00e9aliser sans reste. Mais cela semble ne se produire que rarement, peut-\u00eatre ne se produire jamais\u2026 On apprend par ce que communiquent des patients apr\u00e8s leur gu\u00e9rison qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, dans un coin de leur \u00e2me, ainsi qu\u2019ils s\u2019expriment, une personne normale se tenait cach\u00e9e qui laissait d\u00e9filer devant elle, comme un <em>observateur d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9<\/em>, les fantasmes morbides&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette affirmation est sans doute l\u2019une des plus importantes en ce qui concerne la relation psychanalytique avec les patients psychotiques, car malgr\u00e9 les profondes angoisses d\u2019an\u00e9antissement qui les submergent, elle ouvre la voie \u00e0 une possibilit\u00e9 de travail avec la partie non psychotique du Moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon E. Kestemberg, on ne peut cependant pas parler de la possibilit\u00e9 d\u2019un r\u00e9el transfert, qui supposerait une diff\u00e9renciation des imagos, mais plut\u00f4t d\u2019un investissement transf\u00e9rentiel, en lien dans ce cas \u00e0 une imago archa\u00efque bisexu\u00e9e de la m\u00e8re. Pourtant, cet investissement semble le garant d\u2019un lien objectal \u00e0 minima m\u00eame s\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une imago terrifiante, qui peut rendre l\u2019atmosph\u00e8re de l\u2019entretien parfois difficile \u00e0 supporter.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment favoriser le processus de symbolisation tout en \u00e9vitant au patient de se sentir menac\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Avec un patient pr\u00e9sentant un fonctionnement n\u00e9vrotique, c\u2019est d\u2019abord, selon M. de M\u2019Uzan <sup>5<\/sup>, la <em>valeur du silence<\/em> qui permet la qualification d\u2019un objet transf\u00e9rentiel. Avec le transfert sur l\u2019analyste des imagos parentales, l\u2019analyste passe du statut de personne \u00e0 celui de personnage. Puis, la <em>relance associative<\/em> porteuse d\u2019une invitation \u00e0 fantasmer (\u00ab&nbsp;qu\u2019est-ce que vous imaginez&nbsp;?&nbsp;\u00bb) s\u2019av\u00e8re souvent utile. Enfin, <em>l\u2019interpr\u00e9tation de la d\u00e9fense<\/em> doit pr\u00e9valoir sur celle <em>de contenu<\/em> nous dit-il, telle sa fameuse intervention devenue classique, d\u00e8s lors qu\u2019un patient en avait fini avec les premiers temps de pr\u00e9sentation de ses sympt\u00f4mes et de ses troubles&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et alors, qu\u2019est-ce qu\u2019on peut dire une fois qu\u2019on a tout dit&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Bien souvent, ce type d\u2019interpr\u00e9tation de la d\u00e9fense, qui suit \u00e9ventuellement un long temps de silence de l\u2019analyste, d\u00e9clenche en effet un moment mutatif associ\u00e9 \u00e0 une lev\u00e9e du refoulement.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, avec un patient pr\u00e9sentant un <em>fonctionnement psychotique<\/em>, un silence trop prolong\u00e9 risque de le laisser seul face \u00e0 la menace d\u2019\u00eatre envahi par l\u2019objet. Tout l\u2019art se situe alors dans la capacit\u00e9 de l\u2019analyste \u00e0 adapter ce temps de silence pour ne pas laisser le patient expos\u00e9 \u00e0 une perte des limites du Moi. Ce n\u2019est que dans un second temps, une fois acquise la capacit\u00e9 du Moi \u00e0 lier l\u2019excitation pulsionnelle dans des repr\u00e9sentations, qu\u2019il sera possible d\u2019interpr\u00e9ter les fantasmes inconscients et le transfert, sans risque d\u2019effraction.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif qui doit guider l\u2019entretien est celui de r\u00e9ussir \u00e0 faire passer le patient d\u2019un investissement de l\u2019analyste en tant que personne r\u00e9elle \u00e0 un investissement de l\u2019analyste dans sa fonction analytique. C\u2019est ce que J.-L. Donnet <sup>6<\/sup> nomme&nbsp;: passer de <em>la s\u00e9duction de la personne \u00e0 la s\u00e9duction de la m\u00e9thode<\/em>. Ce, afin de lui permettre alors d\u2019\u00eatre en capacit\u00e9 d\u2019investir par la suite celui ou celle qui sera son th\u00e9rapeute traitant.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, l\u2019alli\u00e9e la plus importante du premier entretien semble se situer dans la fonction tierc\u00e9isante de l\u2019institution. Elle peut \u00eatre mat\u00e9rialis\u00e9e par les murs m\u00eames du centre, les premi\u00e8res conversations t\u00e9l\u00e9phoniques men\u00e9es par le patient avec le secr\u00e9tariat, un travail d\u2019accompagnement et de soutien r\u00e9alis\u00e9 par un psychiatre ext\u00e9rieur, etc. Ce recours \u00e0 un <em>Personnage tiers<\/em> au sens d\u2019E. Kestemberg permet d\u2019all\u00e9ger l\u2019intensit\u00e9 affective de la rencontre avec un objet unique et donc d\u2019\u00e9loigner le risque pour le patient de ne pas s\u2019engager dans un traitement analytique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il va sans dire qu\u2019A. Gibeault a pris soin d\u2019illustrer sa conf\u00e9rence avec l\u2019exemple clinique d\u2019un patient qu\u2019il a re\u00e7u au Centre. Nous l\u2019avons suivi pas \u00e0 pas, tout au long du processus qui a eu cours dans cette v\u00e9ritable rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vanessa Martinache<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Psychologue clinicienne<\/p>\n\n\n\n<p>Psychanalyste, membre de la SPP<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Freud S. (1895),\u00a0<em>Etudes sur l\u2019hyst\u00e9rie.<\/em><\/li><li>Baldacci J.-L. and Bouchard C. (1998),\u00a0<em>La rencontre analytique, proposition d\u2019un parcours, in RFP<\/em>, t.\u00a062.<\/li><li>Kestemberg E. (1985)\u00a0<em>Les enseignements du \u00ab\u00a0premier entretien\u00a0\u00bb, in Psychanalyse et psychose<\/em>, n\u00b010.<\/li><li>Freud S. (1938 [1940a]),\u00a0<em>Abr\u00e9g\u00e9 de psychanalyse<\/em>.<\/li><li>De M\u2019Uzan M. (2015),\u00a0<em>Introduction \u00e0 la th\u00e9orie de l\u2019entretien pr\u00e9liminaire, in L\u2019inqui\u00e9tude permanente<\/em>.<\/li><li>Donnet J-L et de M\u2019Uzan M. (1998),\u00a0<em>La rencontre analytique, in RFP<\/em>, t.\u00a062.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10327?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SYLVAIN MISSONNIER, Clinique des m\u00e9tamorphoses, Er\u00e8s, coll. \u201cThema\/psy\u201d septembre 2020, 224 pages, 14,50 \u20ac C\u2019est sous ce titre intrigant et g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019associations libres que Sylvain Missonnier vient de publier un ouvrage aussi profond qu\u2019original. 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