{"id":10319,"date":"2021-08-22T07:31:47","date_gmt":"2021-08-22T05:31:47","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/haine-ambivalence-et-inexorabilite-2\/"},"modified":"2021-09-18T15:50:06","modified_gmt":"2021-09-18T13:50:06","slug":"haine-ambivalence-et-inexorabilite","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/haine-ambivalence-et-inexorabilite\/","title":{"rendered":"Haine, ambivalence et inexorabilit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Destructivit\u00e9, exaltation et haine<\/h2>\n\n\n\n<p>La rencontre d\u2019une association entre destructivit\u00e9, exaltation et haine fait imm\u00e9diatement r\u00e9sonner un cort\u00e8ge d\u2019affects barbares, \u00e9voque des dangers, des catastrophes, des apocalypses. Tentons de retrouver un peu de calme en contemplant chacun de ces th\u00e8mes isol\u00e9ment, tout en restant sur une approche dite \u00ab&nbsp;de premi\u00e8re impression&nbsp;\u00bb\u2026 La destructivit\u00e9 n\u2019est pas riche en nuances et en citations. J\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 d\u2019embl\u00e9e le cri des fascistes espagnols&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vive la mort&nbsp;\u2013&nbsp;<em>Viva la muerte<\/em><sup>1<\/sup>&nbsp;\u00bb, puis le propos d\u2019un SS rapport\u00e9 par Primo Levi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ici pas de pourquoi. <em>Hier ist kein Waru<\/em>m.&nbsp;\u00bb Peut-on faire pire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exaltation r\u00e9serve un meilleur accueil. Paul Denis en a d\u00e9gag\u00e9 des richesses, claires dans leurs expositions, bien dot\u00e9es en \u00e9nergie et en bonnes applications, mais il souligne leurs aspect mauvais, voire leur malignit\u00e9. Et puis voici la haine, sentiment authentique, pr\u00eat \u00e0 tout, qui redonne sa place r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019objet. Pas de haine sans objet, pas d\u2019objet qui ne puisse \u00eatre ha\u00ef. Vaste programme dans lequel d\u2019autres associations se nouent, l\u2019amour, la projection, l\u2019ambivalence, le conflit. Nous reviendrons plus loin sur les petites haines du quotidien.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le duel<\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019ai trouv\u00e9 une vigoureuse approche de la haine, de la destructivit\u00e9, et de l\u2019exaltation dans une nouvelle de Joseph Conrad intitul\u00e9e <em>Le duel<\/em><sup>2<\/sup>. Quinze ans durant, deux officiers de Napol\u00e9on, les F\u00e9raud et d\u2019Hubert, se battent en duel, \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e, au sabre, au pistolet, \u00e0 pied, \u00e0 cheval. F\u00e9raud, \u00e0 grand renfort d\u2019injures et de propos m\u00e9prisants, toujours exalt\u00e9, provoque le lieutenant d\u2019Hubert. Celui-ci aimerait \u00e9viter un combat mais l\u2019autre est si d\u00e9sireux de le tuer qu\u2019il l\u2019oblige \u00e0 se d\u00e9fendre. F\u00e9raud est plus dou\u00e9 pour le maniement des armes, mais d\u2019Hubert, meilleur tacticien, a souvent l\u2019avantage. La Restauration ruine F\u00e9raud, mais d\u2019Hubert reste bien en gr\u00e2ce, toujours pr\u00e8s du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un dernier duel, il triomphe de F\u00e9raud par ruse en \u00e9pargnant sa vie, ce qui, selon le code du duel, lui donne un droit de vie et de mort. Il n\u2019exerce pas ce droit mais le conserve, en suspens. F\u00e9raud, pris dans une interdiction de tuer et de se tuer, attendra ind\u00e9finiment l\u2019ordre de se br\u00fbler la cervelle. D\u2019Hubert en bon tacticien n\u2019avait pas c\u00e9d\u00e9 aux tentations de la destructivit\u00e9 par haine suffisante. F\u00e9raud a perdu ses capacit\u00e9s d\u2019exaltation et de destructivit\u00e9. Sa haine a d\u00e9bord\u00e9. Le voici d\u00e9gonfl\u00e9, crev\u00e9 vivant, si l\u2019on peut dire. Il ne lui reste plus qu\u2019\u00e0 mourir d\u2019usure.<\/p>\n\n\n\n<p>Conrad le d\u00e9crit ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il \u00e9prouvait de fa\u00e7on rapproch\u00e9e le besoin de pleurer, de hurler, de se mordre les poings jusqu\u2019au sang, de passer des jours entiers allong\u00e9 sur son lit, la t\u00eate enfouie sous l\u2019oreiller&nbsp;; mais ces acc\u00e8s r\u00e9sultaient de l\u2019ennui pur et simple, de l\u2019angoisse d\u2019un immense, indescriptible et inconcevable vide. Son incapacit\u00e9 mentale \u00e0 comprendre la nature d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de son cas le sauva du suicide. [\u2026] Il ne pensait \u00e0 rien. Mais son app\u00e9tit l\u2019abandonnait, et la difficult\u00e9 qu\u2019il rencontrait \u00e0 exprimer son accablement (les plus furieux jurons n\u2019y suffisaient pas) le r\u00e9duisit peu \u00e0 peu au silence \u2013&nbsp;une sorte de mort pour un M\u00e9ridional<sup>3<\/sup>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La haine, valeur s\u00fbre<\/h2>\n\n\n\n<p>La haine est une valeur s\u00fbre. Je n\u2019irai pas jusqu\u2019\u00e0 dire qu\u2019elle est un placement de p\u00e8re de famille, mais dans la mesure o\u00f9 elle est bien partag\u00e9e entre les adolescents, leurs parents et leurs psychanalystes, elle fait partie de ce qui est franc, loyal et tr\u00e8s rarement imit\u00e9. Ce n\u2019est pas le cas de l\u2019amour. La haine \u0153dipienne contribue tr\u00e8s largement \u00e0 la construction de limites anti-incestueuses et aux choix d\u2019objets nets et pr\u00e9cis&nbsp;; <em>\u00e9ros<\/em> aurait plut\u00f4t tendance \u00e0 faire des liaisons de toutes sortes porteuses d\u2019une vis\u00e9e incestueuse, dont il aurait bien du mal \u00e0 se d\u00e9faire si la haine ne venait pas l\u2019aider \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 l\u2019attirance de l\u2019objet. Elle tend \u00e0 dessiner des limites nettes l\u00e0 o\u00f9 l\u2019angoisse amoureuse des rapprochements ferait perdre la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019adolescence est aussi une position fluctuante pouvant s\u2019\u00e9carter des r\u00e9f\u00e9rences \u0153dipiennes, pour peu que la destructivit\u00e9 s\u2019y manifeste. On la rencontre dans quelques tableaux pathologiques souvent inaugur\u00e9s par une confusion mentale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Perte d\u2019ambivalence et r\u00e8gne de l\u2019incoercibilit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors que l\u2019ambivalence ne r\u00e9pond plus, une d\u00e9route identitaire incoercible saisit tout l\u2019\u00eatre dans un sentiment de manque fondamental. Une d\u00e9sintrication pulsionnelle enraye le jeu des instances. Le moi et le surmoi sont mis hors jeu au profit du moi id\u00e9al brassant l\u2019illusion totale d\u2019une toute-puissance physique et psychique, hallucinatoire et d\u00e9lirante, m\u00eal\u00e9e d\u2019effroi non moins incoercible.<\/p>\n\n\n\n<p>La haine ne se d\u00e9ploie qu\u2019en maintenant un objet, alors que la destructivit\u00e9 aspire \u00e0 la destruction totale de soi et des objets. La haine maintient une relation dialectique \u00e0 l\u2019amour, du sujet \u00e0 l\u2019objet, et r\u00e9ciproquement, d\u2019o\u00f9 d\u00e9coulent les sentiments de culpabilit\u00e9 dans l\u2019ambivalence. La destructivit\u00e9 n\u2019a que faire de la culpabilit\u00e9 du sujet, ou plut\u00f4t, c\u2019est l\u2019all\u00e9gation de culpabilit\u00e9 de l\u2019objet qui sert de pr\u00e9texte au d\u00e9ploiement de la destruction. La haine est alors convoqu\u00e9e comme bonne, saine et salubre, en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment de purification justifiant des destructions. Mais dans sa relation \u00e0 la destructivit\u00e9, et par sa satisfaction m\u00eame, la haine est source de soup\u00e7ons. N\u2019aurait-elle pas entra\u00een\u00e9 quelque plaisir, quelque jouissance&nbsp;? L\u2019incoercibilit\u00e9 de la destructivit\u00e9 veut des tables rases, et pour sa puret\u00e9, doit \u00e9liminer jusqu\u2019\u00e0 la notion d\u2019objet. Dans la destructivit\u00e9 bien conduite, la vie psychique est retranch\u00e9e, la repr\u00e9sentation r\u00e9duite au statut de figuration, puis de figure, d\u2019image, puis de rien du tout, sans amour et sans haine, dans une exon\u00e9ration de tout inexorable. Le fin du fin, serait la fin de tout dans l\u2019ultime \u00e9vacuation de soi par soi&nbsp;: plus d\u2019objet, plus de pulsions, plus de projection, plus de haine, plus de sujet. Seules la haine et ses jouissances peuvent mettre un frein \u00e0 la d\u00e9gringolade psychique, physique et symbolique. Par manque d\u2019appuis, un d\u00e9sarroi se met en place, pr\u00e9lude \u00e0 la d\u00e9sesp\u00e9rance, elle-m\u00eame pr\u00e9lude \u00e0 une d\u00e9faillance anaclitique totale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Florent&nbsp;: de l\u2019exaltation violente et fugace au collapsus sans haine<\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9 ailleurs le cas d\u2019un gar\u00e7on \u00e2g\u00e9 de 10 ans, suivi en psychodrame psychanalytique individuel dans le service de Bernard Golse, \u00e0 Necker. Rescap\u00e9 d\u2019une tentative de pendaison, il s\u2019opposait passivement \u00e0 tout ce que nous pouvions lui proposer dans des sc\u00e8nes auxquelles il ne participait pas ou peu. Une fois, cependant, il fut soudain d\u00e9bord\u00e9 par une hyperactivit\u00e9 motrice, hallucinatoire et d\u00e9lirante, alors qu\u2019il jouait une sc\u00e8ne de peinture, en alliance avec Fabienne de Lanlay, une coll\u00e8gue, pouvant repr\u00e9senter sa m\u00e8re ou son double. Ils tenaient la sc\u00e8ne \u00e0 eux deux jusqu\u2019\u00e0 ce que la coll\u00e8gue se montre vuln\u00e9rable. Aussit\u00f4t Florent cessa tout mouvement et hurla&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ne m\u2019approche pas. Tu es mauvaise, je voudrais que tu cr\u00e8ves. Tu es la partie de moi que je d\u00e9teste, que je hais, qui me d\u00e9go\u00fbte, tu es immortelle et tu n\u2019existes pas. Je ne peux rien contre toi. Je ne peux pas te supprimer, va-t\u2019en, fous-moi la paix&nbsp;!&nbsp;\u00bb Il vibrait sur place, montrait son poing, d\u00e9bordait de haine.<\/p>\n\n\n\n<p>Devant de telles impr\u00e9cations, Florent semblait \u00e0 la fois envahi et envahissant. Plut\u00f4t inquiet quant \u00e0 la tournure de la sc\u00e8ne, j\u2019y mis fin. Il se calma peu \u00e0 peu et nous avons pu aller au bout de la s\u00e9ance sur un mode silencieux, lui, mes coll\u00e8gues et moi, tous stup\u00e9faits et ext\u00e9nu\u00e9s. Avec Paul Denis, j\u2019avancerais que l\u2019exaltation mauvaise annon\u00e7ait la venue d\u2019une malignit\u00e9 d\u00e9lirante et hallucinatoire par d\u00e9bordement. Florent se calma donc, je le raccompagnai jusqu\u2019\u00e0 l\u2019espace d\u2019attente o\u00f9 il retrouva sa m\u00e8re. Mes coll\u00e8gues revenaient doucement de l\u2019\u00e9motion partag\u00e9e apr\u00e8s tant de violence verbale, posturale et gestuelle. Nous \u00e9tions soucieux pour la suite imm\u00e9diate mais rassur\u00e9s par le retour au calme.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce grand mouvement d\u2019exaltation, unique, fut suivi pendant longtemps d\u2019\u00e9pisodes r\u00e9p\u00e9titifs de passages \u00e0 vide, de d\u00e9pression corporelle, \u00e9voquant aussi bien des d\u00e9gonflages pneumatiques qu\u2019un collapsus topique. Passivit\u00e9s moins spectaculaires que la grande crise d\u2019impr\u00e9cations mais tout aussi pr\u00e9occupantes \u00e0 la longue. Mes pens\u00e9es allaient du c\u00f4t\u00e9 de la pendaison quand, \u00e0 chaque s\u00e9ance, il se calait contre un mur puis se laissait glisser jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre compl\u00e8tement \u00e9tendu par terre, inerte. Il me semblait qu\u2019il ne se laissait pas ranimer par crainte d\u2019angoisses trop violentes, d\u00e9structurantes. J\u2019avais le souvenir d\u2019autres enfants, plus jeunes, qui s\u2019\u00e9talaient, s\u2019\u00e9croulaient et s\u2019\u00e9coulaient ainsi, dans l\u2019inverse absolu de toute exaltation, en plein collapsus topique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le couloir d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la salle de psychodrame, Florent me demandait \u00e0 voix basse de le laisser partir, de le laisser retrouver sa m\u00e8re. Quelques mots suffisaient pour qu\u2019il me suive, mais son absence d\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 mon \u00e9gard me souciait. Un petit mouvement conflictuel mod\u00e9r\u00e9 m\u2019aurait fait du bien. Un peu de transfert hostile, \u00e9tait-ce trop demander, plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre celui qui m\u00e8ne l\u2019autre \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Me vint alors l\u2019id\u00e9e de faire appara\u00eetre un peu de cette haine sur laquelle je comptais tant. Comme son p\u00e8re n\u2019\u00e9tait jamais venu aux consultations et entretiens pr\u00e9liminaires, je dis \u00e0 Florent que nous \u00e9tions dans une situation d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e puisque j\u2019avais rencontr\u00e9 sa m\u00e8re, mais pas son p\u00e8re. Je lui fis part de mon intention d\u2019\u00e9crire \u00e0 celui-ci pour qu\u2019il prenne rendez-vous. Il prit un air pensif que je ne lui avais jamais vu et acquies\u00e7a d\u2019un tout petit mouvement de t\u00eate, avant de se laisser couler sur le sol.<\/p>\n\n\n\n<p>Une semaine plus tard, son p\u00e8re \u00e9tait pr\u00e9sent, ce qui nous permit de nous pr\u00e9senter et de pr\u00e9senter le psychodrame. Nous restions ainsi dans l\u2019esprit manifeste d\u2019un entretien pr\u00e9liminaire apr\u00e8s coup. Mais de fa\u00e7on latente, la rencontre avec le p\u00e8re en pr\u00e9sence de l\u2019enfant fut opportune, car elle permit l\u2019\u00e9mergence d\u2019un transfert sur moi et d\u2019un transfert lat\u00e9ral rejetant structur\u00e9 sur la coll\u00e8gue qu\u2019il avait injuri\u00e9e au d\u00e9but du traitement. Elle ne figurait plus une imago \u00e9pouvantable, mais elle acc\u00e9dait ainsi \u00e0 une fonction de gardienne des myst\u00e8res et des \u00e9nigmes. Pour cela, il ne lui donna aucun r\u00f4le pendant pr\u00e8s de cinq ans de psychodrame, sauf quand je l\u2019envoyais sur sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, je devins indispensable \u00e0 l\u2019\u00e9gard du d\u00e9ploiement de tous les mouvements de haine et de m\u00e9pris qu\u2019il pouvait exprimer. L\u2019apparition d\u2019un tiers apportant de quoi nourrir un transfert et mettant le meneur de jeu dans une position d\u2019enrichissement de l\u2019instance surmo\u00efque. Donc attaquant l\u2019aspect inexorable de la relation pour laisser se d\u00e9ployer une certaine ambivalence.<\/p>\n\n\n\n<p>La venue du p\u00e8re avait nourri les possibilit\u00e9s d\u2019un transfert n\u00e9gatif, temp\u00e9r\u00e9 par le jeu psychodramatique et par le d\u00e9laissement de la coll\u00e8gue injuri\u00e9e auparavant. Mes coll\u00e8gues, d\u2019abord h\u00e9sitants, se joignirent rapidement \u00e0 ses critiques. Il se redressait assez pour s\u2019installer en tailleur, enfouissait sa t\u00eate dans son pull, en ressortait pour mimer des gestes hostiles et guerriers. Plus tard, il m\u2019attaqua volontiers au niveau de mon physique, de mes v\u00eatements et de mon \u00e2ge. Derri\u00e8re les commentaires sur ma calvitie, la tenue de mes pantalons, de mes suppos\u00e9es bretelles, quand m\u00eame \u00e0 bonne distance de mon corps. Cette image clownesque \u00e9tait relay\u00e9e par mes coll\u00e8gues figurant des postures d\u2019\u00e9pouvantails peu inqui\u00e9tants, mais quand m\u00eame hostiles. Je sentais qu\u2019il savait parfois toucher juste, ou presque, sur de petits points de d\u00e9tail. Comment lui donner acte de l\u2019authenticit\u00e9 de ces mouvements m\u00e9prisants et haineux, mais parfois dr\u00f4les&nbsp;? Je d\u00e9cidai de m\u2019emparer des propos les plus d\u00e9sagr\u00e9ables et de lui faire remarquer qu\u2019ils \u00e9taient propices \u00e0 l\u2019expansion de ma haine sur lui.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en vins \u00e0 lui dire que la rencontre de sa haine et de la mienne \u00e9tait ce que nous avions de plus authentique, de plus franc et de moins sujet \u00e0 des exc\u00e8s ou \u00e0 des hypocrisies. Avec deux haines comme les n\u00f4tres, point n\u2019\u00e9tait besoin d\u2019am\u00e9nager des attitudes de \u00ab&nbsp;faux cul&nbsp;\u00bb. Cela ayant \u00e9t\u00e9 comment\u00e9 deux ou trois fois, il commen\u00e7a \u00e0 tester ma culture des informations d\u2019actualit\u00e9. Il aborda des sujets scientifiques ou politiques surprenants pour un gar\u00e7on de son \u00e2ge. J\u2019appris qu\u2019il passait les r\u00e9cr\u00e9ations au centre de documentation du coll\u00e8ge et qu\u2019il s\u2019y \u00e9tait fait une place. Il ne pr\u00e9cisa jamais ce qu\u2019il avait pu recevoir ou organiser quant aux relations avec les autres adolescents. Mais il me dit qu\u2019il les \u00e9vitait et qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rait parler avec son fr\u00e8re de six ans son a\u00een\u00e9. Ainsi d\u00e9gag\u00e9s des convenances affectives, nous avons tenu bon sur la franchise et sur une entente tacite qui concernait aussi son hypermaturit\u00e9 du moi de coll\u00e9gien repli\u00e9 sur ses acquisitions culturelles. Nous n\u2019avions pas \u00e0 nous m\u00e9fier des faux-semblants, mais il garda une distance que n\u2019habitait plus la projection. Pour relancer la haine, il passait par une forme de curiosit\u00e9 sexuelle selon laquelle il savait tout de la contraception, des pratiques sexuelles, du jeu des rivalit\u00e9s. L\u2019angoisse de castration y trouvait des contre-investissements bien accord\u00e9s \u00e0 sa croissance et \u00e0 ses transformations physiques et sexuelles. Vers 13 ou 14 ans, il parla plus volontiers de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 et de leurs discussions sur la vie, l\u2019amour, la haine.<\/p>\n\n\n\n<p>Viennent alors de longues et monotones s\u00e9ances. Il y a peu de jeu. Son angoisse \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du psychodrame se modifie et devient l\u2019expression d\u2019un d\u00e9go\u00fbt ou d\u2019un m\u00e9pris propres \u00e0 aborder par ruse et d\u00e9tours \u0153dipiens les m\u00eames sujets qu\u2019avec son fr\u00e8re a\u00een\u00e9. \u00c0&nbsp;partir de l\u00e0, les manifestations de transfert paternel se resserrent sur lui et moi, et je deviens un tiers avec qui \u00e9changer dans une ambivalence issue de la haine. Peu \u00e0 peu, le contre-investissement haineux nous prot\u00e8ge de la destructivit\u00e9. L\u2019action psychodramatique dans la haine surmonte la passivit\u00e9 de la destruction. Les mois passent, les ann\u00e9es aussi.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019escrime d\u2019une n\u00e9gociation<\/h2>\n\n\n\n<p>En cinq ans, Florent m\u2019annon\u00e7a maintes fois son intention d\u2019arr\u00eater le psychodrame, mais son ambivalence \u00e9tait interpr\u00e9table. La haine \u00e9tait devenue peu \u00e0 peu un jeu, une complicit\u00e9 entre lui et moi. Florent finit par r\u00e9agir \u00e0 nos jeux, avec des commentaires amus\u00e9s. Rire de nous lui permet de rire de lui. Les imagos y perdent leurs aspects clownesques et perdent de leurs capacit\u00e9s d\u2019outrances, quelles qu\u2019elles soient. Il commente sur nous ce qu\u2019il pourrait tout aussi bien dire de lui. Par exemple&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dites, \u00e7a fait vraiment partie de votre m\u00e9tier&nbsp;? Et on vous paye pour \u00e7a&nbsp;? Non, mais vous \u00eates des gros nuls\u2026 \u00e0 vos \u00e2ges\u2026 Vous n\u2019avez pas honte&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il rit de bon c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la rentr\u00e9e en classe de seconde, il ne revient pas. Je lui \u00e9cris apr\u00e8s une seconde absence. La semaine suivante, il est l\u00e0, accompagn\u00e9 par sa m\u00e8re. Visage ferm\u00e9, d\u00e9marche raide. Face \u00e0 moi, il me toise et dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait ma derni\u00e8re s\u00e9ance, je suis \u00e9tonn\u00e9 que vous n\u2019en ayez pas tenu compte et que vous ayez eu besoin de m\u2019\u00e9crire. Vous \u00e9tiez pr\u00e9venu par le consultant, le docteur Z. Maintenant je suis en seconde, j\u2019ai du travail. Il pense que je peux me passer de vous.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je note ton d\u00e9sir d\u2019arr\u00eater le psychodrame, mais on s\u2019y prend autrement. Pour nous, ce n\u2019est pas fini. C\u2019est pour \u00e7a que je t\u2019ai \u00e9crit.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Florent insiste, fait celui qui imagine que Z. m\u2019a parl\u00e9. Je pense qu\u2019il organise un fantasme de sc\u00e8ne primitive entre Z. et moi, mais je n\u2019en suis pas moins agac\u00e9. Je cherche \u00e0 donner du sens \u00e0 cette excitation, tout en me d\u00e9barrassant du probl\u00e8me, d\u2019o\u00f9 mon envie de lui r\u00e9pondre sur-le-champ plut\u00f4t que de lui faire jouer. Je me reprends, lui propose une sc\u00e8ne, qu\u2019il refuse, puis accepte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeu psychodramatique se heurte \u00e0 son opposition renouvel\u00e9e, jusqu\u2019au moment o\u00f9 il introduit la notion de divorce. J\u2019arr\u00eate le jeu pour lui dire qu\u2019un divorce prend toujours beaucoup de temps et qu\u2019il s\u2019agit de gens qui se sont auparavant aim\u00e9s. J\u2019ajoute qu\u2019il lui faut reprendre ce qu\u2019il a laiss\u00e9 en \u00e9bauche au psychodrame, et que nous reprenions ce qu\u2019il a laiss\u00e9 en \u00e9bauche chez nous. Une date de s\u00e9paration est donc \u00e0 fixer dans l\u2019avenir. Il refuse&nbsp;; nous sommes en pleine sc\u00e8ne de m\u00e9nage haineuse dans le d\u00e9fi.<\/p>\n\n\n\n<p>Florent conc\u00e8de qu\u2019il n\u2019a pas l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une fin de cure, mais que Z. en a une. Il prend volontiers le r\u00f4le de Z. Pendant le jeu, un acteur entre en sc\u00e8ne et fait le geste de lui remettre une petite bo\u00eete. Florent demande ce que c\u2019est, et ce qu\u2019elle contient. L\u2019acteur r\u00e9pond&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce sont les couilles du meneur de jeu, que vous lui aviez coup\u00e9es.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Florent arr\u00eate la sc\u00e8ne en riant et se tourne vers moi en disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous me faites faire n\u2019importe quoi.&nbsp;\u00bb Toujours d\u00e9tendu, il se dit sensible \u00e0 mon intention de poursuivre ce travail. Il pr\u00e9cise qu\u2019il part, mais qu\u2019il aurait bien aim\u00e9 savoir des choses sur moi, ma vie, mon pass\u00e9. Puis soudain il prend du recul et dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;On se parle comme deux vieux cons sur un banc.&nbsp;\u00bb J\u2019appr\u00e9cie silencieusement la condensation qui convoque la tendresse, la castration, l\u2019ambivalence et l\u2019homosexualit\u00e9. C\u2019est une sc\u00e8ne qui regroupe bien des avanc\u00e9es, des progr\u00e8s comme des r\u00e9gressions que nous avions d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9es. Nous la reprenons et elle conduit Florent \u00e0 me dire, dans le jeu, qu\u2019il est trop vieux pour ces \u00e2neries. Il a l\u2019air triste. C\u2019est la fin de la s\u00e9ance. Je lui dis que je l\u2019attends la semaine prochaine, ce \u00e0 quoi il r\u00e9pond \u00ab&nbsp;esp\u00e9rez toujours&nbsp;\u00bb et sort.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la sortie de Florent, les th\u00e9rapeutes souhaitent un \u00e9claircissement de la situation avec Z. Mais il semble que cette autorisation soit une d\u00e9robade de Florent devant sa propre prise de d\u00e9cision. Il se cache derri\u00e8re elle pour ne pas \u00e9prouver la pl\u00e9nitude de sa force et la culpabilit\u00e9 d\u2019\u00eatre plus fort que moi. L\u2019id\u00e9e de ma castration l\u2019a fait changer de registre. Il s\u2019est ensuite int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 mon pass\u00e9. Ce genre de pr\u00e9occupation va au-del\u00e0 d\u2019une curiosit\u00e9 qui restera insatisfaite. Il a d\u00fb le sentir, mais elle indique un moment d\u2019identification souhait\u00e9e et possible. On peut donc lui en donner acte et consid\u00e9rer qu\u2019il y a l\u00e0 un choix fait par lui, quoique voil\u00e9 par son utilisation de Z.<\/p>\n\n\n\n<p>La semaine suivante, Florent est l\u00e0. Il me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de venir encore deux fois, pour bien finir ce psychodrame.&nbsp;\u00bb Je lui demande ce qui lui vient \u00e0 l\u2019esprit. Il r\u00e9pond qu\u2019il ne sait pas. Je dis alors&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est l\u2019inconnu&nbsp;\u00bb et l\u2019invite \u00e0 jouer ce r\u00f4le. Florent me taquine et me dit que l\u2019inconnu, c\u2019est mon \u00e2ge. Puis il l\u2019\u00e9value avec une grande exactitude et d\u00e9cide de jouer avec l\u2019avenir. Auparavant, il montre l\u2019\u00e9volution de sa taille, mesur\u00e9e sur l\u2019encadrement de la porte. De bas en haut, \u00e7a fait \u00e0 peu pr\u00e8s 1,80&nbsp;m. \u00c0&nbsp;l\u2019actrice qui joue l\u2019avenir et qui lui demande ce qu\u2019il fait ici, il dit qu\u2019il y a un docteur qui l\u2019emb\u00eate et qui l\u2019a coinc\u00e9 pour deux s\u00e9ances. L\u2019avenir lui propose de le lib\u00e9rer et me tue. Florent me demande alors de lui dire ce qu\u2019il y a apr\u00e8s la mort. Viennent de multiples jeux sur la mort et la dur\u00e9e de la vie. Il veut vivre jusqu\u2019\u00e0 95 ans. \u00c0&nbsp;la fin de la s\u00e9ance, il me rappelle que la prochaine s\u00e9ance sera la derni\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Florent a retrouv\u00e9 du plaisir \u00e0 \u00e9changer, \u00e0 jouer. \u00c0&nbsp;travers un jeu avec l\u2019angoisse de castration, les identifications entre lui et moi se mettent en place dans ces jeux sur l\u2019avenir et l\u2019\u00e2ge de chacun. Nous restons incertains sur l\u2019\u00e9pisode de son pass\u00e9 qui l\u2019a conduit jusqu\u2019\u00e0 nous. Le jeu avec la mort tient l\u2019angoisse de chacun \u00e0 distance. La destructivit\u00e9 a laiss\u00e9 la place \u00e0 l\u2019ambivalence, et celle-ci n\u2019est pas fig\u00e9e mais t\u00e9moigne d\u2019une \u00e9volutivit\u00e9 en cours.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il me retrouve, Florent se dit content que le psychodrame soit termin\u00e9. Une discussion a lieu sur le temps pass\u00e9 au psychodrame, \u00ab&nbsp;\u00e7a fait une paye&nbsp;\u00bb dit-il, puis il se met \u00e0 calculer le nombre de s\u00e9ances. Nous en comptons environ deux cents. Il est satisfait que cela se termine par un chiffre rond&nbsp;: \u00ab&nbsp;le hasard fait bien les choses&nbsp;\u00bb dit-il. Une sc\u00e8ne montre qu\u2019il compte sur ce hasard pour se d\u00e9responsabiliser&nbsp;; c\u2019est un masque. Il en convient et s\u2019interroge sur le pass\u00e9 de notre entreprise commune. Il dit que c\u2019est comme pour un pot de d\u00e9part o\u00f9 l\u2019on r\u00e9veille les souvenirs. Tout le monde vient sur sc\u00e8ne pour trinquer au pot de d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<p>Florent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quel souvenir aurez-vous de moi&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Moi, jou\u00e9 par une actrice&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu te demandes ce qui va rester dans ma t\u00eate&nbsp;? Oui, m\u00eame si elle est d\u00e9garnie et qu\u2019il n\u2019y reste plus grand chose.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et toi&nbsp;? Quel souvenir vas-tu garder de moi&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Florent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cinq ans avec Monsieur Propre, \u00e7a laisse des traces.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la fin de la sc\u00e8ne et je lui demande ce qui lui revient de ce psychodrame, l\u00e0, spontan\u00e9ment. Il r\u00e9fl\u00e9chit un peu puis se souvient de la sc\u00e8ne des invisibles et du peintre. Il choisit Fabienne pour reprendre un r\u00f4le&nbsp;; on se souvient qu\u2019elle \u00e9tait son double dans la sc\u00e8ne du peintre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce choix est tout \u00e0 fait remarquable puisqu\u2019il ne lui a jamais demand\u00e9 de jouer son double ou tout autre r\u00f4le. Cela fait cinq ans qu\u2019elle ne joue qu\u2019\u00e0 ma demande. On se souvient qu\u2019il l\u2019avait accept\u00e9e puis haineusement rejet\u00e9e, comme une partie pourrie de lui-m\u00eame. Nous sommes \u00e9mus par cette retrouvaille avec une partie de lui, r\u00e9par\u00e9e et \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer. Mais il modifie le souvenir. Il sent que jadis il a \u00ab&nbsp;p\u00e9t\u00e9 un c\u00e2ble invisible&nbsp;\u00bb, maintenant, il est en s\u00e9curit\u00e9. Conscient que Fabienne est \u00e0 nouveau dans le r\u00f4le de son double, il lui demande de l\u2019aide pour partager le c\u00e2ble restaur\u00e9. Elle lui demande s\u2019il veut vraiment bosser avec elle. Il r\u00e9pond qu\u2019\u00e0 deux Florent, ils pourront mieux isoler. Ils le coupent et chacun en prend une moiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Florent&nbsp;(s\u2019adressant \u00e0 son double jou\u00e9 par Fabienne)&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est propre. Tu rentres chez les doubles&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Fabienne (dans le r\u00f4le de son double)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oui, allez, je te serre la main pour te dire au revoir.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Florent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je sais que je t\u2019ai gard\u00e9 longtemps mais au bout d\u2019un moment t\u2019es parti. On se retrouvera peut-\u00eatre quelque part.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9ance se terminant, je dis \u00e0 Florent qu\u2019au d\u00e9but, on l\u2019aurait pris pour une flaque d\u2019huile \u00e9tal\u00e9e contre et sous la porte, mais c\u2019\u00e9tait faux. \u00c9mu, il me r\u00e9pond que oui, c\u2019est \u00e7a, mais il est un peu g\u00ean\u00e9 par ses sentiments, il n\u2019en a pas l\u2019habitude. Je le remercie pour ces deux derni\u00e8res s\u00e9ances qui permettent de se quitter sans blessures. Nous discutons un peu de la dynamique conflictuelle que nous avons eue au cours du psychodrame et de nos haines dans nos ambivalences respectives. Nous nous s\u00e9parons l\u00e0-dessus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un commentaire<\/h2>\n\n\n\n<p>La destructivit\u00e9, lorsqu\u2019elle se soumet, ne perd pas compl\u00e8tement la main. Elle s\u2019int\u00e8gre \u00e0 une d\u00e9marche de restauration des conditions n\u00e9cessaires \u00e0 la paix et \u00e0 la reprise d\u2019activit\u00e9s physiques et psychiques favorables \u00e0 la vie. Elle n\u2019est plus condamn\u00e9e tel un cheval fou courant au pr\u00e9cipice. Mais il faut qu\u2019un cavalier la dirige, c\u2019est le moi, lui-m\u00eame r\u00e9pondant aux valeurs du surmoi-id\u00e9al du moi, et usant des \u00e9nergies dont il dispose&nbsp;: libido narcissique, mais aussi libido sexuelle sous toutes ses formes, des plus primitives dans la d\u00e9charge brute jusqu\u2019aux plus subtiles orient\u00e9es vers la sublimation. Cela ne peut alors se faire sans la haine selon ses diff\u00e9rents degr\u00e9s engag\u00e9s dans l\u2019ambivalence. Au pire, la dimension \u00e9rotique de l\u2019ambivalence dispara\u00eet et la haine m\u00e8ne \u00e0 la destruction, lentement, par \u00e9rosion, par m\u00e9moire haineuse. Mais associ\u00e9e \u00e0 une haine mod\u00e9r\u00e9e, la destructivit\u00e9 et l\u2019exaltation peuvent soutenir notre activit\u00e9 de pens\u00e9e et d\u2019action. Avec des degr\u00e9s de haine moins \u00e9lev\u00e9s, penser, sublimer, passe par l\u2019ambivalence de fa\u00e7on subtile et f\u00e9conde, loin des haines destructrices, dans lesquelles la destructivit\u00e9 prend la main. La haine est d\u00e9j\u00e0 une mise en forme, son expression est faite pour \u00eatre entendue.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre travail avec les enfants nous confronte \u00e0 des mouvements haineux qui n\u2019auraient \u00e9t\u00e9 que dans la destructivit\u00e9, faute d\u2019\u00e9coute qui les re\u00e7oive. Certes, on pr\u00e9f\u00e9rerait des fleurs, mais \u00e0 rassembler les \u00e9l\u00e9ments physiques de la haine, \u00e0 se poser, transf\u00e9rentiellement, comme r\u00e9ceptacle et comme vecteur de cette haine unifi\u00e9e, on donne les garanties de l\u2019objet sur lequel peut se faire la projection du mauvais.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>J. Mill\u00e1n-Astray rench\u00e9rissait avec \u00ab&nbsp;Muera la intelectualidad&nbsp;\u00bb.<\/li><li>Notons qu\u2019il est tr\u00e8s probable que, pour l\u2019amour d\u2019une femme, Conrad se soit lui-m\u00eame battu en duel avec un rival, dont il disait dans une lettre&nbsp;: \u00ab&nbsp;je lui ai cass\u00e9 la patte&nbsp;\u00bb.<\/li><li>J. Conrad, <em>Le duel<\/em>, Paris, Rivages poche, 2017, p. 81.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10319?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Destructivit\u00e9, exaltation et haine La rencontre d\u2019une association entre destructivit\u00e9, exaltation et haine fait imm\u00e9diatement r\u00e9sonner un cort\u00e8ge d\u2019affects barbares, \u00e9voque des dangers, des catastrophes, des apocalypses. 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